‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 173 sur 183 · ICI · texte numérisé non relu

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lions, hasardées cl répétées aveuglément par nos incrédules, tombent d'elles-mêmes à la vue de la clarté et de l'énergie du texte sacré. C'est une grande question , entre les plus habiles critiques, de savoir s'il n'est aucun des anciens philosophes qui ait admis le d-.gme de la création, si tous l'ont rejeté formellement, si tous ont soutenu ou l'éternité du monde, ou l'éternité de la matière. Cudworlh, dans son Système intellectuel, avait avancé que les philosophes plus anciens qu'Arislote n'avaient point regardé le principe, rien ne se fait de rien, comme incontestable; il avait cité quelques passages qui semblaient prouver que Pythagorc, Platon et quelques-uns de leurs disciples, ont supposé une espèce de création. Mais Beausobre, Le Clerc, Mosheim, Brucker et d'autres, sont d'avis que ces passages ne sont pas décisifs, qu'ils sont contredits par d'autres plus clairs : d'où ils concluent qu'aucun philosophe n'a enseigné la création prise en rigueur. M. Anquetil s'est attaché à faire voir que Zoroastre et ses disciples ont formellement professé cette vérité (Mémoires de l'Académie des Inscriptions , tom. LXIX,m-12, p. 123). \Voy. Dieu.] — Il faut avouer cependant qu'il est difficile de voir quel a été le vrai sentiment des philosophes , touchant une question qui passait leur intelligence, à cause des contradictions fréquentes dans lesquelles ils sont tombés. S'ils avaient admis un Dieu créateur, il est à présumer qu'ils auraient tiré de cette notion les conséquences qui en découlent évidemment ; qu'ils en auraient conclu l'unité, la simplicité, la spiritualité, la providence de Dieu ; que jamais ils ne l'auraient pris pour l'âme du monde. Mosheim va jusqu'à prétendre que les platoniciens, même du 111e et du ive siècle, qui connaissaient les dogmes du christianisme, n'ont admis qu'en apparence celui de la création; qu'ils l'entendaient non dans un sens réel, mais dans un sens métaphysique, auquel on ne conçoit rien (Cudworth, Syst. inttl. , tom. II, p. 287). Quoi qu'il en soit, il demeure incontestable que le dogme de la création est venu, non des raisonnements philosophiques, mais de la révélation primitive, et de la tradition conservée par les patriarches et par leurs descendants (1).

(1) Ce n'est pas que le dogme de la création ne soit fondé sur une ilémonstraiion logique ei rationnelle. Nos plus illustres apologistes, liengier, Bullel, la Luzerne ont invinciblement démontré la nécessité absolue de la création. Mgr Gousset a donné dans l'édition du Dictionnaire de Théologie, de Besançon, un résumé clair, net et parfaitement démonstratif de leurs preuves. Nous nous contenterons de le ciier.

c Ce n*esl qne lorsqu'on est instruit par la révélation, dit-d, qu'on peut sentir et démontrer l'existence d'un Dieu créateur ; or, voici comment les philosophes chrétiens ont couiu i.e de procéder pour la démonstration du dogme de la ciéalion.

« I. Il existe quelque chose. L'on ne doit et l'on ne peut exiger aucune preuve de cette proposition : les alliées en conviennent avec nous.

« Un être ne peut exister à moins qu'il n'ait une

DlCT. IJE TllÉOL. DOGVUT QLE. I.

C'a donc été une témérité inexcusable do la part de Beuusobre, de soutenir, après Burnel, qu'il est incertain si ce dogme a f lit partie de l'ancienne théologie juive; qu'il n'y

raison suffisante de son existence. Ce principe est d'une évidence telle qu'il serait ridicule d'entreprendre de le prouver. Ce serait d'ailleurs une peina inutile, car il n'est contesté par personne.

c La raison sulîisanie de l'existence peut être de deux genres, ou la propre nature de l'être, ou une cause extérieure. Tout être existe, ou par soi-même, ou par autrui. Ce principe est encore reconnu vrai par nos adversaires.

< L'Etre qui existe par soi-même , eu vertu de sa propre nature, existe nécessairement; il ne peut pas ne point exister. Cette vérité est encore évidente el reconnue. Puisque l'existence fait partie de l'essence de cet être, il ne peut pas ne pas l'avoir. On l'appelle en conséquence l'Etre nécessaire.

t Au contraire, l'être qui doit son existence à une ca :se étrangère n'existe que dépendamment de cette cause, et autant qu',1 a été produit par elle. Son existence n'est pas une chose en soi nécessaire, puisqu'il a été un temps où il ne l'avait pas. On le conçoit non existant : il pourrait donc l'être. Nous le nommons en conséquence l'être contingent.

i II est important de reconnaître deux sortes de nécessité, l'une antécédente et absolue, l'autre conséquente et hypothétique. La première tient à la nature même et à l'essence de la chose. Ce qui est nécessaire de celte manière est aussi essentiel. H implique contradiction que cela ne soit pas; parce qu'il répugne qu'un être soit sans son essence. Ou appelle cetie nécessité antécédente , non qu'elle précède léellemenl la chose, mais parce que nous la concevons comme le principe de la chose. On l'appelle absolue, parce que dans aucun cas, dans aucune supposition, elle ne peut pas ne pas être. L'hypothèse que l'on voudrait imaginer de sa non-existence renfermerait une contradiction, présenterait l'être et le non-être. C'est ainsi, par exemple, que sont nécessaires les ax ornes de h géométrie. Il est nécessaire, d'une nécessité absolue, que tous les points de la circonférence d'un cercle soient à une égale distance du centre : on ne peut pas concevoir un cercle en excluant cette propriété essentielle. La nécessité conséquente ou hypothétique est, comme le mot l'annonce, celle qui résulte d'une supposition quelconque. L'hypothèse posée, la conséquence s'ensuit nécessairement ; mais sans celte hypothèse la chose aurait pu n'être pas. Il est nécessaire qu'elle soit d'après la supposition, il n'était pas nécessaire qu'elle lui avant la supposition. Par exemple, tous les événements passés ne peuvent pas ne pas avoir existé : puisqu'on les suppose passés, il est nécessaire qu'ils aient eu lieu ; mais il n'était pas nécessaire qu'ils existassent. 11 est maintenant nécessaire que Louis XIV ail vécu ; ce n'était pas en soi une chose nécessaire qu'il vécût. De même, dans l'ordre physique, le mouvement d un corps est l'effet nécessaire de l'impulsion qu'il a reçue. 11 est impossible que telle impulsion donnée à lei corps dans telle direction, ne produise pas un tel mouvement ; mais on sent nue ce n'est là qu'une nécessité hypothétique, qu'une nécessité résultante de la supposition que l'impulsion a élé donnée. Tout effet suppose une .cause: il peut y avoir entre l'effet el la cause une relation nécessaire; mais une nécessité de simple relation n'est pas absolue. La nécessité d'un effet ne peut être que le résultat de l'exslence et du 1'opéialion de sa cause. Si j'ouvre la main , le corps que je liens tombe nécessairement à terre; m. us sa chute n'est nécessaire que d'après l'hypothèse de l'ouverture ^e ma main. Un cllei nçcea*

1163 CWE cnÊ ||64

a, dans les livres saints, aucun passage par aucun passage assez clair, ni aucun ar^u-

lequcl on puisse le prouver démonstrative- ment assez démonstratif pour convaincre

ment à un : esprit prévenu (Hist. du Munich., un esprit prévenu; mais la prétention

tome II, I. v,c. k). Nous convenons qu'il n'est d'un raisonneur opiniâtre change-t-elle la

saîre d'une, nécessite absolue est une contradiction dans les termes. On s'exprimerait même pins exactement en disant que l'effet est nécessité, qu'en te disant nécessaire. Il résulte de là que les choses nécessaires d'une nécessité seulement hypothétique, .sont en soi absolument contingentes; ou les conçoit très-bien non existantes : il n'y a point de contradiction à ce qu'elles n'eussent pas été.

« 11. // existe un Etre nécessaire. Il implique contradiction que la totalité des êtres existants soit contingente ; dans ce cas elle existerait et ne pourrait pas exister. Elle existerait, c'est l'hypothèse : elle ne pourrait pas exister ; car n'ayant pas l'existence par sa nature, elle n'aurait pu la recevoir d'antrui, nuisque hors de la collection des êtres, il n'y a au- «can être. Elle n'aurait donc ni un principe interne, ni une cause externe de son existence. Elle n'aurait aucune raison suffisante pour exister. 11 faut ou nier qu'il existe aucun être, ou avouer qu'il y a quelque être existant par sa propre nature.

< L'être contingent est par sa nature indifférent à l'existence et à la non-existenee. Il n'existera jamais, s'il n'y est déterminé par une cause hors de lui. Dans l'hypothèse de tous les êires contingents, il ne s en trouvera aucun qui les détermine à exister ; si donc il n'y a pas un Etre nécessaire, rien n'existera.

t Ainsi tel est notre premier concept, telle est la notion primitive que la raison nous présente de Dieu, f.l de laquelle elle l'ait découler toutes les antres idées qu'elle nous en donne. C'est aussi celle que Dieu donnait à Moï-e de lui-même. Je suis Celui qui suis. Tu diras aux enfants a" Israël : Celui qui est nia envoyé vers vous. Dieu est celui qui est, et qui ne peut pas ne pas être ; à qui l'êtreappartieni en propre, et non pas en concession ; qui jouit de l'exisieuce par la vertu de sa nature, et qui ne l'a reçue d'aucune cause ; qui la possède essentiellement, et qu on ne peut pas concevoir non existant.

« Celte vérité, qu'il existe un Etre nécessaire, est généralement reconnue par les athées ; car ils prétendent que la matière existe nécessairement.

i Cependant quelques-uns ont imaginé un expédient : c'est de supposer une succession infinie d'êtres indifférents à exister, d'êtres contingents, qui se sont produits les uns les autres, sans qu'on puisse jamais arriver au premier de ces êtres produits.

< Mais cette supposition e»l évidemment absurde. Aucun de ces êtres produits n'existe par nature ; donc aucun n'a, dans sa nature, un principe d'existence : chacun d'eux a donc en soi-même le néant de le principe. Qu'on multiplie jusqu'à l'infini les néants de principe d'existence, on ne loi niera jamais un degré de ce principe ; car tous les néants imaginables des néants infinis d'un principe réel n'en peuvent pas produire un seul degré ; donc cette collection infinie d'êtres produits ne peut pas se donner l'exisieuce.

i Achevons de mettre ce raisonnement dans le plus grand jour, par quelques comparaisons.

« Qu'on multiplie à l'infini les zéros, ils ne donneront jamais la plus petite valeur : des zéros inliuis ne valent pas plus qu'un zéro.

< Qu'on multiplie à l'infini les aveugles, ils ne formeront pas le moindre d gré de puissance do voir ; une multitude inlinie d'aveugles ne peut p s plus voir qu'un seul ; parce que l'aveuglement étant te néant de la puissance de voir, une infinité d'aveuplemcnts ne seront que d»s néants inliuis de puissance de voir, qui ne donneront jamais aiuuii degré ne cette puissant e.

« D'une mu t tuile infinie de morts on ne verra

point sortir la vie. Des flambeaux éteinte, en quelque nombre qu'on les suppose, ne donneront point de lumière. En muliphanl les pauvres, on n'ôle pas la pauvreté, mais on l'augmente.

« D'ailleurs, on nous donne comme infinie celte chaîne de générations, de productions ; cependant elle ne l'est point. Si elle se termine on finit au moment présent, elle n'est donc pas infinie ; si elle augmente, elle l'est encore moins ; il est absurde que l'infini actuel puisse augmenter. Un peut commencer actuellement une chaîne successive, infinie en puissance, qui ne sera jamais terminée, qui n'existera jamais lotit entière ; mais une chaîne successive, actuellement infinie et actuellement terminée, est une contradiction.

< Ou mille ans avant nous elle était déjà inlinie, ou elle ne l'était pas. Si elle l'était, mille ans de plus ne l'ont pas rendue plus longue ; il est absurde que l'infini actuel puisse devenir plus grand. Si elle ne l'était pas, mille ans sont une durée : il est absurde que deux quantités bornées, ajoutées l'une à l'autre, produisent une quantité infinie.

« Tous les êtres étant produits, il n'en est aucun duquel on ne puisse demander : Quelle est sa cause? Kn rem an tant à l'infini, lo n de résoudre la question, l'on donne lieu de la renouveler à l'infini. En descendant la chaîne, tous les êtres sont cause de ceux qui suivent ; mais en remontant, ce ne sont plus que les effets de ceux qui précèdent : s'il n'y a point de première caut,e, ce sera une chaîne infinie d'effets sans cause.

« Concluons donc qu'il est un Etre absolument nécessaire, un Etre qui existe par soi-même, en vertu de sa propre nature.

« III. L'Etre nécessaire est nécessairement tout ce qu'il est, et tout ce quil peut être.

t On ne parle point des opérations libres de l'Etre nécessaire, des actes de sa volonté ; il .s'agit uniquement de ses attributs ; or ils sont tous en lui d'une nécessité absolue, de même (pie son existence. Dans les êtres contingents, il est lo il simple qu'il y ait des propriétés acc.identel.es ; ceux-mème de leurs attributs qui leur sont essentiels, ne sont nécessaires que d'une nécessilé hypothétique, c'est-à-dire d'une nécessité qui suppose l'existence contingente d'un sujet ; mais l'Etre nécessaire d'une Nécessité absolue a son essence d'une nécessilé absolue. Elle ne dépend pas d'une hypothèse, puisque l'existence de cet Elre est nécessaire absolument, et n'est la suite d'aucune hypothèse. Il n'a pas pu exis er sans son essence, et puisqu'il ne peut pas ne pas exister, il ne peut pas ne pas avoir ceile essence.

« Or, tomes les propriétés de l'Etre nécessaire lui sont essentielles ; il ne peut pas en avoir qui soient accidentelles : car de qui tiendrait-il des modifications purement accidentelles? Serait-ce de sa nature? Alors elles ne seraient pas accidentelles : ce qu'un êire possède en vertu de sa nature lui est essentiel. Serait-ce d'une cause extérieure ? Mais quelle serait celte cause contingente, qui aurait le pouvoir d'ajouter des modes accidentels a l'Etre nécessaire? Non, ce n'est que de sa nature que l'Etre nécessaire peut avoir ses modification*, t. es modifications d'un être ne sont pas des êtres à part, ayant une existence personne le, elles ne sont autre chose que I être lui-même modifié de telle façon. Ce les de l'Etre nécessaire sont dune l'Etre nécessaire lui-même; elles geill donc nécessaires. En un mol, il répugne qu'un ènv son nécessaire dans sa propriété d'exister, ci contingent (luis son mode dY\ist< r; qu'il existe ué-

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signification naturelle des termes? Nous avouons encore que l'hébreu bara, le grec ktîÇeiv, le latin creare, le français créer, n'expriment pas toujours la création proprement

cessairement, et cependant d'une manière contingente.

« IV. L'Etre nécessaire est éternel. L'élcrnilé est la conséquence immédiate de la nécessité d'exister ; nséiié et éternité sont presque deux termes i'd en tiques. Aussi tous ceux qui ont reconnu l'existence de la Divinité, même parmi' les païens, ont en même temps professé sou éternité. Et les alliées qui veulent que la matière exisie nécessairement, prétendent aussi qu'elle exisie éternellement.

t Eu effet, si l'être nécessaire a eu nu commence ment, d'où l'a t-il eu? De lui-même? Mais aucune chose ne peut se donner à elle-même l'existence. 11 faudrait qu'elle existât avant d'exister. De quelque nuire ? Mais alors il serait conling nt ; il ne serait plus l'Etre nécessaire.

i S'il pouvait y avoir un temps, soit dans le passé, suit dans le futur, où l'Etre nécessaire n'existât pas, il serait nécessaire et il ne le serait pas. Il le sérail, c'est l'hypothèse : il ne le serait pas , puisqu'il pourrait ne pas exister

« V. L'Etre nécessaire est immuable. L'immutabilité de PEtre nécessaire, c'et-à-dre sa propriété de ne jamais changer, de rester toujours le même, esl la conséquence immédiate de ce que nous avons établi jusqu'ici. Nous avons montré qu'il esl nécessairement ce qu'il esl : il ne peut donc pas devenir antre qu'il est. Mous avons établi que toutes ses propriétés lui sont essentielles : or, aucun être ne peut changer d'essence ; ce qui lui esl essentiel lui est tellement inhérent, qu'il ne peut pas ne pas l'avoir. L'Etre contingent qui peut être détruit ne peut pas, tandis qu'il subsiste, perdre s. m essence. L'essence de i'Eire nécessaire est indestructible, comme son existence.

< Tout changement provient d'une cause externe ou interne. H serait déraiso nable de prétendre que des eues contingents eu-sein sur l'Etre nécessaire la puissance de changer de nature. Il répugne également que la nécessité d'exister soit un principe de variation.

< VI. L'Etre nécessaire est infiniment parfait. Quand nous disons que l'Etre nécessaire est infiniment parfait, nous n'entendons pas qu'il possède absolument toutes les perfections imaginables ; il y en a qui, par leur naiure, sont mêlées d'imperfections : on sent bien que ce n'est pas de celles-là qu'il peut être ici question. Il y aurait contradiction dans les termes à dire qu'un être parlait jusqu'à l'infini renferme des imperfections. Il y a aussi des perfections qui sont opposées à d'autres el qui les excluent ; ce n'est pas encore de celles-là que je parle : il ne peut y avoir dans un même être des qualités contradictoires. J'ai dit que l'Etre nécessaire réunit Imites les perfections possibles, c'est-à-dire tontes celles qui sont compatibles, soit entie elles, soit avec le degiéinlint où elles doivent être portées.

« Four prouver l'infinie perfection de l'Etre nécessaire, je pose d'abord en principe qu'elle est p >sstble dans lui. Je dis dans lui, el dans lui seul. L'être contingent esi essentiellement fini dans ses perfections ; il ne les a que conlingemmeni, qu'accidentellement ; ainsi, d'abord il peut les perdre, ce qui est une imperfection ; ensuite, des qualités accidentelles sont sujettes à variation, peuvent recevoir de l'augmentation, île la diminution : aune contradiction formelle avec l'infini qui n'est susceptible ni de l'un ni de l'antie. Mai* si l'infinie perfection esl incompalible avec l'existence contingente, elle se concilie très-bien avec l'existence nécessaire ; les mêmes raisons ne l'excluent pas de l'Etre immuable, incapable de rien perdre et de rien acquérir. Le i>o=-

dite; aucune langue ne peut avoir un termo sacramentel pour la désigner, puisque eo n'est pas une idée qui soit naturellement venue à l'esprit des inventeurs du langage ;

sible esl ce qui ne répugne pas, ce qui n'implique pas contradiction, ce qui n'emporte pas l'être et le non-être : or, qu'y a-l-il de contradictoire à ce qu'un être qui exisie par sa nature, ail par sa nature l'infinie perfection? Est-ce l'agrégation de toutes les perfections compatibles entre elles? On ne peut pas le prétendre, puisque leur compatibilité fait punie de la supposition. Est-ce le souverain degré, l'exaltation tle toutes ces perfections jusqu'à l'infini, qu'on voudrait metlre en contradiction avec l'existencenécessaire? Il n'y a entre ces deux idées aucune opposition : l'aséi.é ne met pas, comme la contingence, une borne aux perfections. Nou. concevons, dans l'Etre nécessaire, la perfection illimitée : elle c>t d me possible en lui.

« Mais j'ajoute que, s'il peut la posséder, il la possèJe. L'Etre qui esl nécessairement loui ce qu'il est, est aussi nécessairement loin ce qu'il peut être. Si, pouvant être infiniment parlait, il ne l'était pas, il y aurait une contradiction manifeste. Il pourrait l'être : cela est avoué pir la supposition même qui est faite. Il ne pourrait pas l'être, puisque ne l'étant pas, il serait dans l'impossibilité de le devenir ; son immutabilité s'y opposerait. Acquéiir quelque perfection ou quelque degré de perfection, serait subir un changement, serait devenir autre que ce qu'il est.

f 11 n'y a dans l'Etre nécessaire rien qui ne lui soit essentiel ; ei ses perfections, et le degié de ses perfections, sont donc en lui essentiellement ; elles sont donc au point qui n'est pas susceptible d'augmentation : elles sont doue infinies.

f Si l'Etre nécessaire n'est pas infini en perfections il est donc borné. Mais d'où viendrait celle limitation ? Serait-ce d'autrui? Quelle serait celle cause supérieure à lui qui aurait le pouvoir de lui prescrire des bornes? Puisqu'il a essentiellement tuus ses attributs, on ne peut ni l'en priver ni les modifier. On ne peut ôter l'essence d'un être, à moins de l'anéantir. Serait-ce de l'Etre nécessaire lui-même que viendrait la limitation de ses perfections? Dms ce second cas, ce serait, ou sa volonté, ou sa naiure qui poserait la borne. Dire que c'est volontairement qu'il se met des bornes, est avancer une abMiidilé palpable ; et quand il le voudrait, il ne serait pas plus en son pouvoir qu'au pouvoir d'autrui de changer, de modifier son essence. Prétendre que c'est par sa propre nature que l'Elre nécessaire est restreint dans ses perfections, d'abord ce serait nier ce que nous venons de démontrer vrai, savoir, que l'infinie perfection est possible ; ensuite ce serait avancer que le principe d'existence le plus parfait e>i un piincipe d'imperfection, car le défaut d'une perfection, ou sa limitation, sont des imperfections réelles. La nécessité d'exister ne répugne qu'à deux choses, au néant ei à h contingence. Elle est compatible avec toute perfection, avec tout degré de perfection ; -elle ne peut donc pa> être le principe de la limitation de* perfections. Puisque l'Etre nécessaire ne peut être limité dans ses perfections ni par luimême, ni par autrui, il ne peul donc pas l'être ; il est donc illimité ; il esl donc infiniment parfait.

j VIL La matière n'est pas l'Etre nécessaire. Ne perdons pas de vue qu'il s'agit ici non d'une nécessité hypothétique, mais d'une nécessité d'exister absolue, essentielle, et telle qu'il y ait répugnance et contradiction dans l'idée de la non-existence. Ainsi pour soutenir l'aséiié de la matière, il faut prétendre qu'il est impossible de la concevoir non existante ; impossible même de concevoir un seul atome non existant. Or, je demande quelle contradiction il y au. ail à ce que la mal, ère n'existât pas, ou à ce

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m lis ny n - t - il pas d'aulre moyen de l'exprimer? Si nous en croyons Bcausobre , les auteurs sacrés , qui disent que Dieu a tout fait de rien , qu'il a tiré

q «"«lie fûl moins étendue qu'elle n'est, ou enfin à ce qu'il y eût dans le monde quelques particules de matière de moins. Je conçois la non-existence soit de la totalité, soil de quelques parties de la matière ; sa non-existence serait donc possible : son existence n'est donc pas nécessaire.

i Reprenons les propriétés que nous avons vu découler essentiellement de la nécessité d'exister, et nous nous convaincrons aisément qu'elles ne peuvent être appliquées à la matière.

t Nous avons vu que l'Etre nécessaire est nécessairement ce qu'il est ; qu'il y aurait contradiction entre son existence nécessaire et sa manière d'être contingente ; qu'en conséquence toutes ses propriélés lui sont essentielles. Prenez toutes les propriétés de la matière, vous n'en trouverez aucune qui ne soit contingente. L'étendue de chaque corps pourrait cire plus ou moins grande, sa forme pourrait être changée, sa situation déplacée, sa pesanteur allégée on aggravée. De toutes les manières d'être de la matière, il n'y en a aucune qui ne soit suscepiible de changement, aucune qui ne soit nécessaire. Ainsi la matière existe d'une manière contingente : elle n'existe donc pas nécessairement.

« La matière a ses propriétés, d'où elle a son existence, ou par soi-même ou par autrui. Elle ne peut pas unir son existence de sa nature, et recevoir ses propriétés d'une volonté étrangère. Comme un être ne peut pas exister sans propriétés, le principe soit interne, soit externe de son existence, l'est aussi de ses propriétés. Si donc la matière ne possède pas nécessairement ses propriétés, elle ne possède pas non plus nécessairement son existence ; mais l'une et les autres lui viennent d'une cuise étrangère. Si vous voulez que la matière ait nécessairement ses propriétés, vous devez prétendre que chaque corps a nécessairement telles propriétés, telle grandeur, telle figure, telle situation : ce qui est à chaque instant démenti par l'expérience. Nous voyons tous les corps sujets à des variations, à des vicissitudes continuelles. Ce n'est donc point de leur nature que les corps tirent leurs propriétés. Ce n'est donc point non plus de leur nature qu'ils tiennent leur existence. C'est d'une volonté étrangère qu'ils ont reçu tout ce qu'ils ont.

< Une autre propriété île l'Etre nécessaire, c'est son infinie perfection. Elle est telle qu'elle ne peut ni augmenter ni diminuer. Il ne peut rien acquérir ni rien perdre. Mais peut-on dire que la mat ère soit infiniment parfaite ? Toute matière n'esl-elle pas limitée, ce qui est* certainement une imperfection î Reste-l-elle toujours au même degré de perfection? Ne voyons-nous pas, au contraire, tous les corps été dans une succession continuelle d'accroissement et de décaissement, se former, s'améliorer, se détériorer, se dissoudre? Dira l-on que, dans ces vicissitudes, ils n'acquièrent ni ne perdent des perfections ? Je suppose avec nos adversaires, sans le leur accorder, que l'homme ne soit qu'un amas de matière. Dans celle hypothèse, qui est la leur, prétendront-ils que Newton n'était pas un être plus parfait, lorsqu'il révélait à l'univers les lois physiques qui le régissent, que lorsqu'il était dans le sein de sa mère un fœlus encore informe, OU dans le tombeau un cadavre rongé des vers? Un superbe édifice n'esl-il pas plus parlait que le las de pierres dont il lin construit, el que le monceau de ruines dans lequel il se confondra ? Le tableau de Raphaël n'à-l-il pa> (dus <le pcrleciion que n'en avaient les routeurs mises pêle-mêle sur sa palette, ou que n'en aura la phuss ère dans laquelle il finira par se résoudre? Les perfections dont la matière est suseep-

toutes choses du néant, qu'il a fait ce qui est de ce qui n'était point, n'ont pas enseigné la création assez clairement; parce que les anciens ont appelé rien, néant, ce qui n'était pas, la matière et les êtres qui n'avaient pas encore reçu leur forme. N'est-ce pas là se jouerdes termes ? Beausobre devait du moins nous direde quelles expressions les écrivains sacrés devaient se servir pour enseigner la création assez clairement. En raisonnant comme lui, on prouverait que lui-même n'admet pas assez clairement ce dogme , malgré la profession qu'il en fait. Dieu a dit, et tout a été fait; il dit que la lumière soit, t.% là lumière fui ; ainsi parlent les auteurs sacrés : ce langage se trouvc-t-il chez les profanes? — Par la même prévention, Beausobre doute si saint Justin a vu la création de la matière dans les paroles de Moïse; parce que, dans sa première ApoL, n° 59, il pense que Platon a emprunté de Moïse ce qu'il a dit de la formation du monde : or, PialonsupposequeDieu l'a forméd'une nature préexistante. Mais pour savoir ce qu'a pensé saint Justin, il ne fallait pas se contenter d'un seul passage. Dans son Exhortation aux Grecs, n° 22, il dit que « la différence qu'il y a entre le Créateur el l'ouvrier consiste en ce que le premier n'a besoin que de sa propre puissance pour produire des êtres, au lieu que le second a besoin de matière pour faire son ouvrage; » n° 23, il prouve que si la matière était incréée, Dieu n'aurait point de pouvoir sur elle, et qu'il ne pourrait

lible peuvent s'acquérir ou se perdre, augmenter ou diminuer : ainsi, encore à ce litre, la matière n'est pas l'Etre nécessaire.

i VIII. Le monde n'est pas l'Etre nécessaire. Le monde est la même chose que toutes ses parties ; donc si le monde existe nécessairement ei par luimême, toutes ses parties existent nécessairement el par elles-mêmes. Si les parties du inonde existent nécessairement et par elles-mêmes, elles sont ce qu'elles sont nécessairement et par elles-mêmes ; elles ne peuvent donc changer, parce que les natures des choses ne changent point.

< Loin d'apercevoir dans toutes les par.lies du monde celle inaltérabilité , qui est l'apanage de l'Etre qui existe nécessairement et par lui-même, nous ne voyons dans plusieurs qu'une continuelle vicissitude. Combien de changements n'a pas éprouvés la terre par la suite des années ! Les hommes, les animaux, les plantes naissent, croissent el meurent, d'autres leur succèdent qui auront le même sort. Changements, vicissitudes, altérations qui nous démontrent que ces parties ne sont pas nécessairement ; puisqu'elles n'o.it pas cette immobilité d'étal qui caractérise l'Etre nécessaire ; changements, vicissitudes, altérations, qui, en détruisant la nécessité d'exister dans quelques unes des parlies du monde, la détruisent également dans le tout.

« IX. La matière cl le monde ont été crééi. La matière et le inonde existent : or, ils n'existent pas par eux-mêmes, ainsi qu'on vient de le prouver ; doue ils oui reçu l'existence d'un autre ; donc ils sont créés, donc il y a un I Ire créateur distingué du inonde et de la matière : c'est ainsi que la raison môme, instruite par la révélation, démontre la création qui est au-dessus de la raison qu'elle ne peut comerendre, >

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