‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 175 sur 183 · CRI · texte numérisé non relu

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l'idéalisme !o plus universel, dans l'illusion subjective la plus profonde. Elle no;is emprisonne dans une sphère de songes iclle qu'il ne nous est plus permis île la franchir ( our arriver à aucune réalité- C'est au point qu'elle ne fait pas seulement l'homme incertain de ce qu'il sait; elle le déclare absolument incapable de rien savoir. C'est alors le scepticisme perfectionné, consommé, le scepticisme qui, sons ce nouveau nom de crilicisme , anéantit l'humanité même , laquelle n'existe (pie parce qu'elle connaît. » Ce jugement parait sévère, il est mérilé, nous ne pourrions en faire sentir touie la vérité sans exposer les sy^èmes de Kant , de Sehellinf, de Ficlue. Mais comme nous consacrons un article spécial à l'examen de la philosophie de ces princes des penseurs allemands , nous nous contentons d*y renvoyer pour avoir une idée claire et complète du çrilici me allemand.

CRITIQUE, art de découvrir et de prouver l'authenticité ou la supposition , l'intégrité ou l'altération, le sens vrai ou faux des livres et des monuments anciens, et de fixer le degré d'autorité que l'on doit leur attribuer. Critique est dérivé du grec x/uvu, je juge.

Cet art est nécessaire sans doute : avant d'ajouter foi à un litre quelconque, il faut savoir d'où il vient, s'il est parti de la main à laquelle on l'attribue , s'il est entier, s'il n'a été ni mutilé ni inlerpolé ; quel peut être le sens des expressions dont l'auteur s'est servi, si c'est un original ou seulement une version. On est obligé d'user de celle précaution à l'égard des livres saints, des ouvrages des Pères, et des monuments de l'histoire ecclésiastique. Faute de l'avoir observée dans les siècles passés, on a souvent cilé avec confiance des livres dont la supposition a été reconnue dans la suite, ou des auteurs qui ne méritaient aucune croyance.

Dans le siècle dernier et dans celui-ci , l'art de la critique a fait de grands progrès, ri a rendu à la religion des services importants ; on a examiné, c>mparé, discuté tous les anciens monuments avec toute l'exactitude et la sagacité possibles. La question est de savoir si, pour éviter un excès, l'on n'est pas tombé dans un autre, et si, en voulant taire du bien, l'on n'a pas fait aussi un trèsgrand mal. — Quelques écrivains , après avoir examiné les règles de critique établies parles savants qui ont acquis le plus de réputation par ce genre de travail, ont cru y apercevoir des défauts, et ont entrepris de montrer que ceux-méme qui y ont eu le plus de confiance, n'ont pas toujours été fidèles à les suivre dans la pratique. — C'est ce qu'a fait le P. Honora de Sainte-Marie, carme déchaussé, dans un ou* rage intitulé : liéflexions sur les règles et l'usage de la critique, en trois vol. in-k°. Après avoir observe la marche de nos critiques les plus estimés, il leur reproche : 1" de faire l'éloge d'un auteur, de vanter son mérite et ses talents, lorsqu'ils ont besoin de son témoignage ; de le déprimer ensuite et d'en faire peu de cas, lorsqu'il n'est pas de leur avis. 2 De préférer ordinairement le sentiment d'un hérétique, qui n'a d'autre mérite que beaucoup de témérité, à celui des écrivains catholiques le» plus respectables. 3 De recevoir comme

authentique un ancien ouvrage lorsqu'il leur est favorable , de le rejeter comme supposé lorsqu'il les incommode, h" De faire usage de l'argument négatif toutes les fois qu'il leur est utile, de le regarder comme nul quand on le leur oppose. 5° Pour savoir si un ouvrage est ou n'est pas de tel auteur, ils font beaucoup de fond sur la ressemblance ou la différence du style qui se trouve enire cet écrit et les autres du même auteur; mais, outre qu'un auteur n'a pas toujours le même style, a d s ouvrages plus travaillés les uns que les autres, il faut beaucoup de discernement, de goût, d'expérience, pour être en état d'en juger ; et les méprises en ce genre sont très-communes. G" Quelques-uns se sont trop livrés à des conjectures, ont chicané sur toutes les circonstances d'un fait, n'ont travaillé qu'à faire naître des doutes, ont mieux réussi à embrouiller qu'à éclaircir les événements importants de l'hisloiro ecclésiastique.

Il fait voir, qu'en observant à la lettre toutes les règles établies par nos ci itiques, on peut prouver la vérité de plusieurs faits qu'ils ont cependant regardés comme faux ou douteux, et l'authenticité de plusieurs ouvrages qu'ils ont réprouvés comme supposés et apocryphes, ou au contraire. Euxmêmes ne se sont point accordés dans le jugement qu'ils ont porlé d'un fait ou d'un écrit; les uns l'ont admis, les autres l'ont rejeté ; tous cependant ont fait profession de suivre les mêmes règles. Ils ne sont seulement pas convenus entre eux de ce qu'ils entendaient par authentique, apocryphe, canonique, supposé, etc.; tous n'ont pas attaché à ces termes la même idée.

C'est par ces règles prétendues que les protestants ont attaqué les livres de l'Ecriture sainte et les monuments ecclésiastiques qui ne leur étaient pas favorables. Les incrédules ont encore enchéri sur celte audace, et ont voulu renverser tous les titres de la révélation. 11 serait fâcheux que l'on pût reprocher à des écrivains catholiques de leur avoir fourni des armes. Déjà le P. Laubrussel, jésuite, avait montré les funestes conséquences de cette conduite dans un Traité des abus de lu critique en matière de religion, en 2 vol. t'n-12, imprimé à Paris en 1711. — L'abbé Renaudot a aussi fait voir que l'on a eu tort de vouloir juger de l'autorité des anciennes liturgies comme l'on juge de l'authenticité des écrits d'un auteur quelconque ; que l'autorité de ces liturgies ne vient point du personnage dont on leur a fait porter le nom , mais des Eglises qui s'en sont servies de tout temps (Liturg. orient, collect., t. I , pag. 2, etc.).

De toutes ces observations, il s'ensuit que l'on ne doit pas déférer aveuglément au jugement de nos meilleurs critiques , puisque leurs décisions ne sont rien moins qu'infaillibles, et qu'il faut comparer et peser leurs raisons. Un des grands reproches que les protestants font continuellement aux Pères de l'Eglise , est do dire que ces auteurs respectables ont manqué de critique; nous

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