‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 178 sur 183 · GRO · texte numérisé non relu

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suivant que ce culte est encore supposé par l'habitude des chrétiens de faire le signe de la croix.

Ces mêmes critiques soutiennent que les Pères ont mal dissipé l'ignominie que l'on jetait sur les chrétiens, à cause du supplice de Jésus-Christ. Au iv siècle, saint Justin (Apol. 1, n° 55) représente que la croix du Sauveur est le signe le plus éclatant de son pouvoir, et de l'empire qu'il exerce sur le monde entier; il rappelle les paroles d'isaïe qu'il avait citées , nu 35 , où le prophète , parlant du Messie, dit qu'il portera la marque de son empire sur son épaule; c'est la croix, dit saint Justin , que Jésus-Christ a portée avant d'y être attaché. Il observe, aussi bien que Minutius Félix et Tertullien, que cet objet prétendu de malédiction se •voit néanmoins partout sur les mâts des vaisseaux , sur les instruments du labourage , sur les enseignes militaires , auxquelles les soldats rendent un culte religieux. — Pour trouver matière à une censure , Le Clerc et Barbeyrac suppriment la première réflexion de saint Justin ; ils disent que la seconde n'est qu'une déclaration puérile. Où est donc le ridicule de dire aux païens : Si la croix était par elle-même un objet d'horreur, vous ne devriez la souffrir nulle part, surtout avec les images des dieux auxquels vous rendez un culte ? L'horreur et le scandale des païens, répond Barbeyrac, ne venait pas de la figure de la croix, mais de ce qu'elle était l'instrument du supplice des criminels, et en particulier de celui de Jésus-Christ. Nous le savons. Cependant cet instrument de supplice paraissait sur les enseignes militaires a\ee les figures des dieux. Par la croix , Jésus- Christ a racheté le genre humain ; par la prédication de ce mystère, le monde a été converti et sanctifié, et les prophètes l'avaient prédit. Saint Justin n'insiste pas sur celte raison en parlant aux païens, parce qu'il aurait fallu leur développer le mystère de la rédemption ; mais il presse cet argument lorsqu'il dispute centre le juif Tryphon, qui était mieux instruit, nc 94 et suiv. Tertullien le fait aussi valoir (Adv. Judœos, cap. 10 et suiv.) Origène l'a répété dix fois au philosophe Celse, qui se vantait de connaître parfaitement le christianisme. Les Pères n'ignoraient donc pas les raisons qui font disparaître le scandale de la croix, mais ils ne voulaient pas les placer hors de propos.

Quand la croix, disent les protestants, serait respectable à cause de ce qu'elle représente et à causedes idées qu'elle nous donne, l serait encore ridicule de lui adresser la .•arole, de lui supposer du sentiment , de 'action, de la vertu, de la puissance; de dire .ju'elle a entendu les dernières paroles de lésus-Christ mourant, qu'elle opère des miracles , qu'elle met en fuite les démons , ju'elle est la source du salut et notre unique espérance, etc. Ce langage des catholiques est celui de l'idolâtrie la plus grossière. Quand il serait supportable, en parlant de la croix à laquelle Jésus-Christ a été attaché,

il serait encore absurde à l'égard de toute autre figure de la croix.

Réponse. Si, en matière de religion, le langage figuré et métaphorique est un crime, il faut commencer par condamner Jésus- Christ, qui veut qu'un chrétien porte sa croix; il faut réformer saint Paul, qui ne veut pas que l'on rende vide la croix de Jésus-Chris», qui appelle sa prédication la parole de la croix, qui se glorifie dans la croix , etc. Quand on a objecté aux prolestants un passage d'Origène (Comment, in Epist.ad Rom., lib. vi, n° 1), où il relève le pouvoir de la croix de Jésus-Christ, ils ont répondu que ce Père parle , non de la croix matérielle , mais de la pensée, du souvenir, de la méditation de la mort de Jésus-Christ. Ainsi ils expliquent le langage des Pères dans un sens figuré, lorsqu'ils y trouvent leur avantage , et ils prennent tout à la lettre, lorsque cela peut leur fournir un sujet de reproche. Ils nous demandent quelle vertu peut avoir une croix de bois ou de mêlai ; nous leur demandons à notre tour, quelle verlu peut avoir le signe de la croix formé sur nous : si les calvinistes en ont perdu la pratique, les luthériens du moins et les anglicans l'ont conservée , el nous allons voir qu'elle date des temps apostoliques.

Ils ont encore beaucoup argumenté sur le terme d'adoration dont nous nous servons communément à l'égard de la croix; nous avons fait voir ailleurs que l'équivoque de ce mot, et l'abus que l'on en peut faire , ne prouvent rien. Voy. Adoration.

Beausobre prétend que l'honneur rendu à la croix ne fut d'abord qu'un respect extérieur, tel qu'on le rend en général aux choses saintes, et l'on n'honora d'abord que la croix à laquelle Jésus-Christ avait été attaché ; ensuite cet honneur fut adressé à toutes les images de celte croix. Les mêmes monuments qui nous parlent de l'adoration de la croix, font aussi mention de Xadoïutian des saints lieux (Hisl. du Munich., liv. ir, ch. 6, § 1, n° G). — Nous soutenons que si le respect rendu aux choses saintes n'était qu'extérieur, ce serait une momerie et une hypocrisie indigne d'un homme grave et sensé. En second lieu , nous demandons si le respect adiessé au^- choses sain! es est un respect purement civil, et qui n'ait de relation qu'à l'ordre civil de la société. 11 csl évident qu'il a rapport à l'ordre religieux ; que c'est un acte de religion qui a Dieu pour olijet ; qu'en dépit des protestants, c'est un culte religieux, puisqu'encore une fois, culte et respect sont synonymes.

L'usage de planter des croix sur les grands chemins est venu de ce que le droit d'asile y était attaché aussi bien qu'aux églises el aux autels. Ainsi l'ordonne le concile de Clermont, tenu l'an 1095, canon 29.

Croix (Signe de la). C'est l'action de former une croix sur soi-même, en portant la main du front à la poitrine , et de l'épaule gauche à l'épaule droite, en prononçant ces mots : Au nom du Père , et du Fils , et du Saint-Esprit. Ces paroles sont de Jésus Christ

CRO

même, lorsqu'il institua le baptême (Mailh., xxvir, 1§). — C'est une profession abrégée il 1 1 christianisme, de laquelle les premiers fidèles contractèrent d'abord l'habitude. « A toutes nos actions, dit Tertullicn , lorsque nous entrons ou sortons, lorsque nous prenons nos babils, que nous allons au bain, à table, au lit , que nous prenons une chaise ou une lumière, nous formons la croix sur noire front. Ces sortes de pratiques ne sont point commandées par une loi formelle de l'Ecriture.; mais la tradition les enseigne, la coutume les confirme, et la foi les observe.» (De Corona, c. 4). Les chrétiens opposaient ce signe vénérable à toutes les supe. si liions (h'S païens. — Origène (Select, in Ezech., c. ix) (lit la même chose ; saint Cyrille de Jérusalem recommande cette pratique aux fidèles (Cclech. k); saint Basile (L. de Spirit. Sancto, c. 27, n° GG ) dit que c'est une tradition apostolique. Les Pères nous apprennent que l'onction du baptême et celle delà confirmation se faisaient en forme de croix sur le front du baptisé ; ils attestent qu'il se faisait des miracles par le signe de la croix ; que ce signe puissant suffisait pour mettre en fuite les démons , et pour déconcerter tous leurs prestiges dans les cérémonies magiques des païens (Lactance , I. iv Divin. Instit., c. 27 ; de Morte persec, c. 10, etc.)

Puisque la tradition a suffi pour introduire ce signe parmi les premiers fidèles, nous demandons aux protestants pourquoi elle n'a pas suffi pour autoriser aussi le culte rendu a la croix ; quelle différence il y a entre former sur nous une croix par motif de religion , et rendre un respect religieux à ce même signe placé sous nos yeux ? Voilà ce «lue nous ne concevons pas.

Dans le saint sacrifice de la messe, dans l'administration des sacrements, dans les bénédictions, dans tout le culte extérieur, l'Eglise répète sanf cesse le signe de la croix; c'est pour nous apprendre et nous convaincre qu'aucune pratique , aucune cérémonie ne peut produire aucun effet qu'en vertu des mérites et de la mort de Jésus-Christ ; que toutes les grâces de Dieu nous viennent en considération des souffrances de ce divin Sauveur , et du sang qu'il a versé pour nous sur la croix.

Une coutume assez commune chez lescophtes et chez les autres chrétiens orientaux, est d'imprimer avec un fer chaud le signe de la croix sur le front des enfants , ou sur une autre partie du visage. Quelques auteurs mal instruits ont cru que ces chrétiens faisaient cette cérémonie par religion, et qu'ils se persuadaient qu'elle peut tenir lieu du baptême; ils se sont trompes : l'abbé Renaudot, m. eux informé, soutient qu'il n'y a dans celle coutume rien de superstitieux. Elle est venue de ce que tes mahoinélans enlèvent souvent les enfants des chrétiens pour en faire des esclaves, et pour les élever dans le mahométisine malgré leurs parenls; mais comme ils sont ennemis delà croix, qui est le signe du christianisme, ils uc veulent pas d'un enfant u'i d'un esclave qui a cette marque imprimée

au liont ou au visage. (Perpétuité de la foi , ton:. V, 1. w, c. 4, pag. 10G.)

Choix (Fête de la). L'Eglise romaine célèbre deux fêles à l'honneur de la sainte croix ; la première le 3 mai , sous le nom de Y Invention ou de la découverte de la sainte croix; elle a été instituée en mémoire de ce que sainte Hélène, mère de l'empereur Constantin, l'an 32G, fit chercher et trouva, sous les ruines du Calvaire, la croix à laquelle Jésus-Christ avait été attaché. Cet événement est rapporté par saint Cyrille de Jérusalem , qui fut placé surle siège de cette église vingtcinq ans après ; il eu parle à ses auditeurs comme témoins oculaii es et sur le lieu même (Cutech. 10; saint Paulin, epist. 31 ; saint Jérôme, Sulpice-Sévère, saint Ambroise, de ObituTheod.). Saint Jean Chrysostoine, Ruffin et Théodorel en ont aussi fait mention. — En comparant leurs récits , l'on voit que les païens s'étaient appliques à dérober aux chrétiens la connaissance du lieu de la sépulture de Jésus-Christ. Non-seulement, ils y avaient amassé une grande quantité de pierres et de décombres, mais ils y avaient élevé un temple de Vénus, et avaient érigé une stalue de Jupiter sur le lieu où s'était accompli le mystère de la résurrection. Sainte Hélène, après avoir fait démolir le temple , fit creuser à côté du Calvaire , et l'on y découvrit enfin le tombeau du Sauveur, avec les instruments de sa passion. Comme ou trouva trois croix , celle de Jésus-Christ fut reconnue par un miracle qu'elle opéra. L'impératrice en envoya une partie à Constantin, une autre partie à Rome, pour être placée dans une église qu'elle y fonda sous le litre de la Sainte-Croix de Jérusalem. Elle laissa la plus grande portion dans l'église qu'elle fit bâtir sur le saint sépulcre, et qui fut appelée Basilique de la Sainte-Croix, l'é~ glise du Sépulcre ou de la Résurrection.

Les protestants, prévenus contre le culte de la croix, ont objecté qu'Eusèbe n'a pas parlé de celte découverte; mais que prouve ce silence contre le récit des témoins oculaires, des contemporains, ou des auteurs voisius de l'événement? Le P. de Monlfaucon nous apprend qu'Eusèbe fait mention de la découverte de la croix dans son Commentaire du Ps. 87, p. 5V0. — « Les miracles de Jésus-Christ, dit saint Cyrille de Jérusalem, rendent témoignage à sa puissance et à sa grandeur, aussi bien que le bois de la croix trouvé ces jours-ci parmi nous, et duquel ceux qui eu prenneut avec fui ont presque rempli tout le monde... 11 en est de même du sépulcre où il a été enseveli, et do la pierre qui est encore aujourd'hui dessus. » Cutech. 10. Dans la quatrième el la treizième catéchèse, il dit que les parcelles de la croix sont répandues par (oui le monde. Les fidèles qui visitaient les lieux saints désiraient tous d en avoir. Quand nous n'aurions point d'autre témoin que celui-là , il ne serait pas récusable; il était né et il parlait sur le lieu même, il pouvait avoir vu de ses yeux le fait qu'il attestait, cl plusieurs do ses auditeurs en avaient été témoins comme lui. — lias-

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nage a néanmoins osé écrire, dans son Uisl. des Juifs, liv. vi, ch. lk , sect. 10, que Grégoire de Tours, mort l'an 596, est le premier (tui e/n ail parlé. C'est ainsi que sont instruiis les auteurs que les protestants regardent comme des oracles (TiMemont, tom. VU, p. 5). Bans les Vies des Pires et des Martyrs, tom IV, p. 91, l'on trouvera un dét.iil <;urieux touchant les divers instruments de la passion du Sauveur.

La seconde fête de la sa i nie croix est celle de son Exaltation, le \k septembre : l'institution en est plus ancienne que celle de la fête précédente; elle remonte au règrtë de Constantin. On est persuadé qu'elle fut établie l'an 335, soil en mémoire de la croix qui avait apparu miraculeusement à cet empereur , soit pour célébrer la découverte que sainte Hélène sa mère avait faite lie la croix de Jésus— Christ. Du moins les Grecs et les Latins, la solennisaienl au v'etau v.e siècles, et ils l'avaient fi*.ée au j>ur de la dédicace de l'église que sainte Hélène avait fait bâtir sur le Calvaire. Toutes les années, à ce jour, l'évêque de Jérusalem montait sur une tribune élevée, et il y exposait la sainte croix à la vénération du peuple : do là le nom ci' Exaltation donné à la fée. Les Grecs nommaient celte cérémonie , les Mystères sacrés de Dieu, ou la Sainteté de Dieu, au rapport de Nicéphore.

Vers l'an 61V , Chosroès , roi de Perse , après avoir vaincu les Humains, s'empara de Jérusalem ; il emporta dans la Perse la sainte croix, qui était renfermée dans une châsse d'argent. Mais l'an 628, Chosroès lut vaincu à son tour par l'empereur Héracli us, et obligé de recevoir les conditions de la paix. L'un des premiers aclicles du traité conclu avec Siroès son fils , fut la restitution de celle précieuse relique. Elle fut rapportée par Zacharie , patriarche de Jérusalem , qui avait été fait prisonnier, et fut replacée par Héraciius lui-mêmedans l'église du Calvaire. Cet événement rendit plus célèbre la fête de YExalt lion de la sainte Croix. Dans le vme siècle, les Latins établirent une fêle particulière le 3 de mai, en mémoire de l'invention ou de la découverte de cette relique. Voy. Acta Sancl ., 3 maii; Thomassin, Traité des Fêtes, p. kl'i); I ies des Pères et des Martyrs, tom. V1U, 14- septembre, etc.

Quant à l'apparition miraculeuse d'une croix que l'empereur Constantin vit dans le ciel, voy. Constantin.

Croix, pectorale; c'est une croix d'or, d'argent, ou de pierres précieuses, que les évèques, les archevêques, les abbés réguliers et les abbesses portent pendue à leur cou, et qui est une des marques de leur dignité. — Cet usage paraît ancien. Jean le Diacre représente saint Grégoire dans son mausolée avec un reliquaire pendu à son cou, et nomme cet ornement filateria ; peut-être est-ce une corruption du molpfiylactcr-ia. Voy. Phy- Lactèues. Saint Grégoire lui-même, expliquant ce terme, dit que c'est une croix enrichie de reliques. Innocent 111 dit que par celle croix les papes ont voulu imiter la lame

d'or que le grand prêtre des Juifs porlail sur son front. Cet usuge des papes a passé aux évêques. Quant à la croix que l'on porte devant les archevêques, voy. Porte-croix , et ['Ancien Sacramentaire, première partie, page

CROIX (Filles de la) [1]. Elles forment une congrégation dont l'institut a pour objet l'instruction des jeunes personnes de leur sexe. — Leur premier établissement eut lieu en 1623, à lloye en Picardie. Appelées à Paris par la dame de Villeneuve, veuve d'un maître des requêtes, leur socielé fut confirmée par l'archevêque de celle ville, et autorisée par des lettres patentes vérifiées au parlement en 16^2.

Celte congrégation est divisée en deux sociétés particulières : les unes sont lices par les vœux simples de chasteté, de pauvreté, d'obéis>ance et de stabilité; les autres, sans faire aucun vœu , sont unies dans les maisons qu'elles habitent sous la direction d'un supérieur. Les unes et les autres, outre l'instruction des jeunes personnes de leur sexe , reçoivent encore chez elles les pauvres qui veulent s'instruire de leur religion, et se disposer à un changement de vie. hlles portent le même habit, avec cette différence néanmoins que celles qui font des vœux portent une-petite ctola d'argent , et les autres uue petite de bois. (Extrait du Dict. de Jurisprudence.)

CKOSSE, bâton pastoral que portent Isa archevêques, les évêques et les aubes réguliers, et que l'on porte devant eux quand ils officient.

Il paraît que dans l'origine c'était un bâton pour s'appuyer; mais, de tout temps, cet appui,- nécessaire aux vieillards, a été une marque de distinction [Num. «Vit, 2, et xxi, 18). Nous voyons les chefs des tiibus d'Israël distingués par le bâton, et c'est l'origine du sceptre ou bâton de commandement. On lit pour la première fois dans le conci e de Truyes de l'an 867, que les évêques de la province de Keims , qui avaient été sacrés pendant l'absence de l'archevêque Ebbon , reçurent de lui, après qu'il eut été rétabli , l'anneau et le bâton pastoral, suivant l'usage de l'Eglise de France. En 885, dans le concile de Nîmes , on rompit la crosse d'un archevêque de Narbonne, intrus, nomme Salva. Dalsamon dit qu'il n'y avait que les patriarches en Orient qui la portassent.

On donne celle crosse à l'évêque dans l'ordination, pour marquer, dit saint Isidore de S^* ville, qu'il a droit de corriger, et qu'il doit soutenir les faibles. L'auteur de la vie de saint Césaire d'Arles parle du clerc qui portait sa crosse, et saiut Burcliard, évéque de Wurlsbourg, est loué dans sa Vie d'avoir eu une crosse de bois. Voy. {'Ancien S icramcntaire, première partie, p. 150, loi.

CKOYANCE. Croire, en général , est la même chose qu'être persuadé et convaincu ; aussi croymee signifie persuasion ', mais

(!) Cet article est reproduit d'nprès Pcdition du

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toule persuasion ne peut pas élre appelée croyance.

Nous sommes persuadés que deux et deux font quatre, que les trois angles d'un triangle sont égaux à deux droits; ces deux propositions sont évidentes par elles - mêmes. Quoique nous ne concevions pas comment la liberté peut se concilier avec l'immutabilité, nous sommes convaincus cependant que Dieu est libre et immuable, parce que c'est une vérité qui se déduit évidemment de la notion d'Etre nécessaire , conséquemment une vérité démontrée. — Nous sommes certains qu'un corps est mû par un autre corps ; nous le voyons de nos yeux, nous le sentons par le tact , quoique nous ne comprenions pas pourquoi le mouvement se communique d'un corps à un autre corps. Nous sentons que notre âme meut notre propre corps, c'est une véritéde conscience, quoiqu'il ne soit pas possible de concevoir comment un esprit peut agir sur un corps. — Dans tous ces cas, notre persuasion n'est pas proprement une croyance; nous ne croyons pas, mais nous voyons et nous sentons. Quoique nous n'ayons pas vu la ville de Rome, nous croyons sou existence sur le témoignage de ceux qui l'ont vue, de ceux qui l'habitent, sur les relations que nous avons avec eux, etc. Les peuples de Guinée , qui n'ont jamais vu de glace, ne conçoivent pas comment l'eau peut devenir un corps solide, croient cependant l'existence de la glace, sur le témoignage de mille voyageurs ; s'ils ne la croyaieut pas, ils seraient insensés. Les aveugles-nés ne conçoivent point les phénomènes des couleurs, un miroir, une perspective, uu tableau; ils en croient cependant l'existence , et cette persuasion leur est dictée par le bon sens. Dans ces divers cas, la croyance est une foi humaine fondée sur le témoignage des hommes.

Nous croyons que Dieu e6t un on trois personnes, que le Verbe incarné est Dieu et homme , que Jésus-Christ est réellement dans l'Eucharistie, etc.; quoique nous ne concevions pas ces mystères , nous les croyons sur le témoignage de Dieu , ou parce que Dieu les a révélés : cette croyance est une foi divine. Nous sommes convaincus de la révélation par les motifs de crédibilité dont elle est revêtue.

Lorsqu'on demande : Pouvons-nous croire ce que nous ne concevons pas ? c'est demander si les aveu»les-nés peuvent croire l'existence des couleurs, si les peuples de Guinée peuvent croire l'existence de la glace, si nous-mêmes pouvons croire la communication du mouvement d'un corps à un autre. Cependant l'on a fait des libelles pour prouver qu'il est impossible de croire séiieusetneot ce que l'on ne conçoit pas, que c'est un enthousiasme cl une folie , que nos professions de foi ne sont qu'un jargon de mots sans idées , que proposer à un homme un mystère, c'est comme si ou lui parlait une langue inconnue, etc. ; cl toutes ces maximes sont autant d'axiomes de la philosophie des incrédules.

Pour croire un dogme de foi divine , est-il nécessaire que ce dogme soit obscur et inconcevable? Non. La spiritualité el l'immortalité de l'âme nous paraissent des vérités, démontrées ; mais nous pouvons faire abs-j; traction des preuves naturelles que nous en avons , et croire ces mômes vérités , parce que Dieu les a révélées ; un ignorant, qui n'a jamais réfléchi sur les preuves, croit ces deux dogmes, parce que la religion les lui enseigne. — Ceux qui virent Jésus-Christ opérer un miracle , pour prouver qu'il avait le pouvoir de remettre les péchés (Matth. ix, 6), furent témoins oculaires de la révélation, ou du signe par lequel Dieu attestait le pouvoir de Jésus-Christ; ils en eurent une certitude physique. Sans avoir vu les miracles du Sauveur, nous en avons une certitude morale portée au plus haut degré : non-seulement ils nous sont attestés par les écrits des témoins oculaires et par une tradition vivante qui n'a jamais été interrompue, mais par l'eflet qu'ils ont produit , qui est l'établissement du christianisme. Jamais les apôtres n'auraientconverli personne, si les faitsqu'ils annonçaient n'avaient pas été indubitables. Voy. Certitude.

Quand on reproche aux athées et aux autres incrédules les conséquences de leur doctrine, et les funestes effets qu'elle doit produiresur les mœurs, ils disent que lacroyance influe très-peu sur la conduite des hommes , que le tempérament seul décide de leurs vices ou de leurs vertus; de là ils concluent que la religion est la chose du monde la plus indifférente cl la plus inutile. D'autre part, ils soutiennent que les vices elles malheurs des hommes viennent de leurs erreurs, qu'il faut leur enseigner la vérité pour les rendre heureux, qu'il est bon, par conséquent, de prêcher l'athéisme, parce que c'est la vérité; ils ajoutent que les erreurs en fait de religion sont la cause de la plupart des crimes commis dans le monde. La contradiction de ces principes est palpable. De quoi servira aux hommes la vérile , si cette connaissance ne peut influer en rien sur leur conduite? Comment la religion, qui commande toutes les vertus el défend tous les vices, peut-elle produire par elle-même l'effet directement opposé au but dj sou institution ?

11 ne sert de rien de citer l'exemple des chrétiens vicieux, pour prouver que leur religion n'influe eu rien sur leurs mœurs. Lorsque la croyance gêne les passions, il n'est pas étonnant quo celles-ci soient souvent les plus fortes, et entraînent l'homme au crime malgré les remords que la religion lui cause. Au contraire , si la doctrine favorise les passions, en brisant le lien qui tend à les réprimer, die doit certainement rendre l'homme plus vicieux , puisqu'elle élouffe en lui la voix de la conscience et les remords. Tel est donc l'eflet que produiraient l'athéisme el l'irréligion sur tous ceux qui sont nés avec des passions violentes.

Où les laits décident, les conjectures et les raisonnements sont superflus. 11 est ineui;-

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testable que le christianisme, dès qu'il fut établi, causa une révolulion sensible dans les mœurs des Juifs et des païens, et les rendit beaucoup meilleures qu'elles n'élaient; c'est un fail avaué par les ennemis mémo de la religion. Donc il n'est pas vrai , on général, que la croyance des hommes n'influe en rien sur leur conduite.

* Croyances catholiques (Progrès des). — Jamais on n'a plus parlé de progrès que dan^ noire siè< le; les sciences, les arls, les législations, les peuples eux-mêmes, dil-on, sont en progrès. Nous n'avons à mesurer ni retendue, ni la nature de ces progrès mais il en est un qui doit nous intéresser, c'est celui des croyances religieuses; or une religion est en progi es lorsque le nombre de ses sectateurs augmente; lorsque ses croyances et ses pratiques sont sincèrement admises perses partisans, enfin lorsque sa doctrine soit dogmatique, soit morale, prend du développement et de nouveaux perfectionnements. Considérée sous le premier rapport, la question du progrès du catholicisme appartient à l'article Propagation de la foi et Catuolicité ; considérée sous le second, c'est une question de fail qui dépend des lieux et des drconstances : car il est bien évident que la ferveur religieuse n'est la même ni dans tous les lieux, ni dans tous les temps. Envisagée sous le dernier rapport, la question est vraiment philosophique et digne du penseur. Nous avons constaté le progrès de la moi aie dans notre Introduction au Dictionnaire de Théologie morale. Ici nous voulons envisager la question uniquement par rapport aux croyances.

Nous rencontrons deux sortes d'adversaires, appartenant tous deux à la même école. Les uns accusent le catholicisme d'être essentiellement stationnais, parce qu'il professe l'immutabilité de ses doctrines ; d'autres rationalisas prétendent que nous sommes de leur famiile, nous catholiques, et que notre dogme s'est formé lentement et pièce à pièce, comme le rationalisme tâche de former le sien. Pour répondre à ces deux sortes d'adversaires, il suffit d'exposer la nature du progrès dont la doctrine catholique est susceptible. Nous avons vu dans notre Dictionnaire de Théologie morale, que la foi chrétienne est toujours la même, que les développements qu'elle peut recevoir ne sont que l'explication de la croyance générale. Nous nous contentons de renvoyer à l'article Foi de ce Dictionnaire, où lu théorie de la foi a été complètement développée.

* Croyances générales. Les croyances générales de l'Eglise ont toujours eu une très-grande autorité pour régler la foi et les mœurs des fidèles. C'est l'une des sources les plus riches de la Tradition (Voy. ce mol), suivant ces belles paroles de Vincent de Lérins, de Tertullien et de saint Augustin : i Dans l'Eglise catholique, dit Vincent de Lérins, on doit s'en tenir avec le plus grand soin à ce qui a été cru en tous lieux , en tout temps, et par tous les fidèles. » In ipsa catholica Ecclesia, magnopere curandum est ut >d Uneamus quod ubique, quod semper, quod ab omnibus ciedilum est. < C'est avec une grande raison, dit saint Augustin, que l'on croit que ce qui s'observe dans l'Iiglise universelle et qui s'est toujours observé sans avoir été établi par aucun concile, ne peut venir que de la tradition apostolique. » Quod universa tenet Ecclesia, nec cu7iciliis institulum, sed semper relentum est, non nisi auctoritate aposiolica Iradilum rectissime creditur. « Est-il vraisemblable, s'écrie Tertullien, que tant et de si grandes Eglises se soient accordées pour la même erreur? Où doit se rencontrer une diversité prodigieuse, une parfaite uniformité ne saurait régner ; l'erreur aurait nécessairement varié. Non, ce qui se trouve le même pairni le très-grand nombre n'e>l point une erreur, mais la tradition. » Quod apud mullos unum invenilur, non est erratum, sed iradilum.

DlCT. DE TuÉOL. DOGMATISE. I.

CRUCIFIEMENT. Quelle qu'ait été la méthode des Romains et des Juifs d'attacher à la croix ceux qui étaient condamnés à mourir par ce supplice, nous ne pouvons douter de la manière dont Jésus-Christ y fut attaché. La narration des évangélistes ne laisse aucune incertitude sur ce point; il est dit que Jésus Christ, après sa résurrection, fit voir et loucher à saint Thomas les plaies formées dansses mains et dans ses pieds par les clous (Joun. xx, 25 et 27). Sur la vraie croix, conservée à Rome, on remarque encore les vestiges des clous, et lorsqu'elle fut retrouvée parsainte Hélène, on retrouva aussi les clous par lesquels Jésus-Christ y avait été attaché,

Ce supplice était cruel ; il n'est pas étonnant que Jésus-Christ, épuisé par une nuit entière de souffrances, par la flagellation, par la fatigue de porter sa croix, par les plaies de ses membres, n'ait conservé sa vie sur la croix que pendant trois heures, et soit mort plus tôt que les deux voleurs crucifiés avec IuL Aucun des ennemis du christianisme n'a osé disconvenir autrefois que Jésus-Christ n'ait expiré sur la croix; mais de nos jours, il s'en est trouvé qui ont affecté de douter s'il était véritablement mort lorsqu'il en fut détaché. Ils n'ont pas vu qu'ils faisaient disparaître une de leurs plus pompeuses objections contre la résurrection; ils disent que si Jésus-Christ était véritablement ressuscité, il auraitsans doute reparu en public, et se serait montré à ses ennemis pour les confondre. Mais, par la même raison, s'il n'était pas mort, il n'a tenu qu'à lui de reparaître et de se montrer aux Juifs, s'il l'avait voulu.

Constantin, convertiau christianisme, abolit avec raison le supplice de la croix. Dès ce moment, elle a passé non-seulement, comme iedil saint Augustin, du lieu des supplices sur le front des empereurs, mais du lieu des supplices sur les autels.

Plusieurs incrédules ont prétendu qu'il y a contradiction entre les évangélistes au sujet de Iheure à laquelle Jésus-Christ fut attaché à la croix. Saint Matthieu, saint Marc et saint Luc, après avoir raconté le crucifiement, disent que depuis la sixième heure jusqu'à la neuvième, c'est-à-dire depuis midi jusqu'à trois heures, la Judée fut couverte de ténèbres ; d'où il résulte que le Sauveur fut attaché à la croix vers midi. Mais saint Marc, c. xv, v. 25, dit, en parlant des Juifs. il était la troisième heure, ou neuf heures du malin, et ils le crucifièrent. Au contraire, nous lisons dans saint Jean, c. xix, v. lk, qu'il était environ la sixième heure, ou midi, lorsque Pilate présenta Jésus aux Juifs, qui demandèrent sa mort ; il ne put donc être crucifié que quelques heures après midi. Comment concilier tout cela ? — Fort aisément, avec un peu d'attention. Saint Jean ne dit pas qu'il était la sixième heure précise, mais environ la sixième heure; il n'était donc pas encore midi lorsque les Juifs demandèrent la mort de Jésus, et que Pilalc le leur livra . ur, l'évangélistc ajoute,

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verset 16, çue loutde suite ils le conduisirent au Calvaire, chargé de sa croix ; Jésus- Christ putdoncy être attaché à midi, comme les trois autres évangélistes le supposent. Lorsque saint Marc dit qu'îï était la troisièmeheure, et qu'ils le crucifièrent, on doit entendre que dès les neuf heures du matin les Juifs se disposèrent à le crucifier, après que Pilate le leur aurait livré ; autrement il y aurait contradiction entre le verset 25 et le verset 33 du même chapitre de saint Marc. Il est évident que, dans les versets 23, 24, 25 et 2G, cet historien n'a ni suivi l'ordre des faits, ni prétendu marquer l'heure précise. Cette circonstance n'était pas assez importante pour mériter beaucoup d'attention; et quand un copiste, par inadvertance, aurait mis la troisième heure pour la sixième heure, ce ne serait pas un grand malheur.

CRUCIFIX, image de Jésus-Christ attaché à la croix. Les caiholiques honorent le crucifix en mémoire du mystère de la rédemption, et pour exciter en eux la reconnaissance de ce bienfait ; les protestants ont ôté les crucifix des églises. Ce ne fut qu'avec beaucoup de peine que du temps de la prétendue réformation d'Angleterre, la reine Elisabeth put en conserver un dans sa chapelle. Noos ne savons pas pourquoi les réformateurs ont témoigné tant d'horreur pour ce signe si capable d'exciter la piété. L'on en voit cependant encore dans plusieurs temples des luthériens.

Autrefois un catbolrque se serait fait scrupule de ne pas avoir un crucifix dans sa chambre ; aujourd'hui on laisse au peuple ce pieux usage; il est à craindre qu'en perdant de vue l'image, on n'oublie bientôt ce qu'elle représente. Le culte de la croix et 1 usage des crucifix devinrent plus communs dans l'Eglise immédiatement après l'invention do la sainte croix. Voy. {'Ancien Sacramentaire, par Grancolas, première partie, page 60.

CULTE, honneur que l'on rend à Dieu, ou à d'autrps êtres, par rapport à lui et par respect pour lui (1). 11 est impossible d'ad-

(I) Exposition du dogme catholique. — < Pour commencer par l'adoration qui est due à Dieu , dit Bossuei , l'Eglise catholique enseigne qu'elle consiste principalement à croire qu'il est le créateur et le Seigneur de imites choses, et à nous attacher à lui de toutes les puissances de noire âme par la foi, par l'espérance et par la charité, comme a celui qui seul peut faire noire félicité, par la communication du Lien infini, qui est lui-même.

« Celle adoration intérieure que nous rendons à Dieu, en esprit et en vérité, a ses marques extérieures, dont la principale e-t le sacrifice, qui ne peut être offert qu'à Dieu seul , parce (pie le sacrifice est établi pour faire un aveu public et une proies aiion solennelle de la souveraineté de Dieu , et de notre dépendance absolue.

i La même Eglise enseigne que loul culte religieux se doit terminer à Dieu comme à sa fin nécessaire; et si l'honneur qu'elle rend à la sainte Vierge et aux Sainls peut être appelé religieux, c'est à cause qu'il se rappoiie nécessairement à Dieu.

< Mais avant que d'expliquer davantage en quoi Consiste cet honuetir, il n'est pas inutile de remarquer

mettre en Dieu une providence, sans en couciure qu'il est juste et nécessaire de lui rendre un culte, non parce qu'il en a besoin, mais parce que nous avons besoin nousmêmes d'être reconnaissants, respectueux, soumis à notre Créateur : quiconque ne l'est pas envers Dieu, l'est encore moius envers les hommes.

Respecter sa majesté suprême, sentir en tout lieu sa présence, reconnaître ses bienfaits, croire à sa parole, se soumettre à ses ordres et à sa volonté, se confier en ses promesses el en sa bonté, l'aimer sur toutes choses : voilà les sentiments dans lesquels consiste le culte en esprit et en vérité ; lous réunis forment ce que nous appelons ["adoration ou le culte suprême qui n'e-t dû et ne peut être rendu qu'à Dieu seul. [Voy. Religion.]

Avant d'entrer dans aucune question sur ce sujet, il faut commencer par expliquer les termes. Dans toutes les langues, culte, honneur, respect, vénération, révérence, service, sont synonymes, surtout dans le langage commun el populaire. Dans l'Ecriture sainte même, le terme hébreu qui désigne le culte suprême rendu à Dieu, exprime aussi l'honneur que les patriakxhes ont rendu plus d'une fois aux anges, el celui qu'ils ont

que Messieurs de la religion préiendue réformée, pressés par la force de la vérité, commencent à nous avouer que la coutume de prier les sainls , cl d'honorer leurs reliques, était établie dès le ive siècle de l'Eglise. M. Daillé, en faisant cet aveu dans le livre qu'il a fait contre la tradition des Latins, touchant l'objet du culte religieux, accuse saint Basile, saint Ambroisc, saint Jérôme, saint Jean Chrysosiome, saint Augustin, el plusieurs autres grandes lumières de l'antiquité, qui ont paru dans ce -siècle, el surtout saint Grégoire de Nazianze, qui est appelé le tbé 'logien par excellence, d'avoir changé en ce point la doctrine des trois sièc es p;écédenis. Mais il parait peu vraisemblable que M. Daillé ail mieux entendu les sentiments de» Pères des trois premiers siècles, que ceux qui ont recueilli, pour ainsi dire , la succession de leur doctrine immédiatement après leur mort ; el on le croira d'autant moins, que bien loin que les l'ères du ive siècle se soient aperçus qu'il s'introduisît aucune nouveauté dans leur culte, ce ministre, au contraire, nous a rapporté des textes exprès, par lesquels ils font voir clairement qu'ils prétendaient, en priant les saints, suivre les exemples de ceux qui les avaenl précédés. Mais sans examiner davantage le sentiment des Pères des trois premiers siècles, je me contente de l'aveu de M. Daillé, qui nous abandonne tant de grands personnages qui ont enseigné l'Eglise dans le ive. Car emore qu'il se soit avisé, douze cents ans après leur mort, de leur donner par mépris une manière de nom de sectes, en les appelant ticliqitnires, c'est-à-dire, gens qui honorent les reliques, j'espère que ceux de sa communion seront plus respectueux envers ce* grands hommes. Ils n'oseront du moins leur objecter qu'en priant les saints, el en honorant leurs i cliques, ils soient tombés dans l'idolâtrie, ou qu'ils aient renversé la confiance que les chrétiens doivent avoir en Jé-us-Clirisl; el il faut espérer que dorénavant ils ne nous feront plus ces reproches, quand ils considéreront qu'ils ne peuvent nous les taire, Bans les faire eu même temps à tant d'excellents Domines dont ils font proies-ion, aussi bien que nous, de levé ci la sainteté el la doctrine. »

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témoigné aux hommes ; dans ces divers passages, les versions emploient indifféremment le mot adorer ou se prosterner. Cependant le mot et l'action ne peuvent pas désigner le même sentiment ni le même degré de respect à l'égard d'objets si différents; il faut donc que la signification des mots change suivant les circonstances et suivant l'intention des écrivains. — Conséquemment l'on est obligé de distinguer différentes espèces de culte, et il convient d'en prendre l'idée dans l'Ecriture sainte. Faute d'avoir eu des notions justes et nettes sur ce point, les théologiens hétérodoxes ont fait une infinité de raisonnements et de réflexions fausses; il n'est aucun article de la doctrine catholique qu'ils aient mieux réussi à défigurer. — Nous appelons culte intérieur les sentiments d'estime, d'admiration, de reconnaissance, de confiance, de soumission à l'égard d'un être que nous en jugeons digne; et culte extérieur, les signes sensibles par lesquels nous témoignons ces sentiments ; comme les génuflexions, les prosternements, les prières, les vœux, les offrandes, etc. Lorsque ces témoignages ne sont pas accompagnés des sentiments du cœur, ce n'est plus un culte vrai et sincère, c'est une pure hypocrisie , vice que Jésus-Christ et les prophètes ont souvent reproché aux Juifs.

Comme le culte change de nature, suivant la différence des motifs qui l'inspirent, il faut distinguer le culte civil d'avec le culte religieux. Lorsque nous honorons dans un personnage des qualités, un pouvoir, une autorité, qui n'ont rapport qu'à l'ordre civil et temporel de la société, c'est un culte purement civil ; si nous voulons honorer en lui une dignité, un pouvoir, un mérite surnaturel, avantages qui n'ont rapport qu'à l'ordre de la grâce et au salut éternel, c'est un culte religieux, puisque la religion seule nous peut faire connaître et nous faire estimer les dons de la grâce. Mais nous ne pouvons pas exprimer le culte religieux par d'autres signes que le culte civil, c'est la diversité du motif qui en fait toute la différence. — Par conséquent, le culle ne peut pas non plus être le même, lorsque nous avons une idée toute différente des personnes ou des objets auxquels nous l'adressons. Comme nous reconnaissons en Dieu seul toute perfection, les attributs de créateur et de seul souverain maître, nous lui devons des sentiments d'admiration, de respect, de reconnaissance, de confiance, d'amour, de soumission, que nous ne pouvons avoir pour aucune créature ; ainsi, nous lui rendons non-seulement un culle religieux, mais un culte suprême, que nous appelons proprement adoration; il y aurait de la folie et de l'impiété à vouloir rendre ce culte à un autre qu'à lui.

Lorsque nous respectons et honorons, dans les anges et dans les saints, les grâces surnaturelles que Dieu leur a faites, la dignité à laquelle il les a élevés, le pouvoir qu'il leur accorde, ce n'est certainement plus un culte divin, ni un culte suprême,

mais un culte inférieur et subordonné ; c'est néanmoins toujours un culte religieux, puisqu'il a pour motif la religion , ou le respect que nous avons pour Dieu lui-même. Lorsque Dieu dit aux Israélites (Exod. xxiu, 21) : Respectez mon ange, parce qui mon nom est en lui, il ne leur prescrivait pas un culte civil. Lorsqu'une femme de Samai ie se prosterna devant Elisée, parce que ce prophète venait de ressusciter son enfant, ello ne prétendit point honorer en lui une dignité ni un pouvoir civil, mais la qualité de suint prophète, d'homme de Dieu, et le pouvoir d'opérer des miracles (IV Reg. iv, 9 et 37). Dans l'ordre civil, on peut appeler culte suprême celui que l'on rend au roi, et culte inférieur celui que l'on témoigne à ses ministres. Pourquoi cette dénomination n'auraitelle pas lieu en fait de culte religieux ?

Pour mettre plus de clarté dans leur langage, les théologiens appellent latrie le culte rendu à Dieu, et dulie celui que l'on rend aux saints; mais dans l'origine, ces deux termes tirés du grec signifiaient également service, sans distinction. — Il faut encore so souvenir que nous employons souvent les mêmes démonstrations extérieures, pour témoigner un culte inférieur et pour rendre un culte suprême; et c'est alors l'intention seule qui délerminela signification dessignes. On s'incline, on se découvre, on se met à genoux, on se prosterne devant les grands aussi bien que devant les rois, sans avoir pour cela l'intention de leur rendre un honneur égal; il en est encore de même dans le culte religieux à l'égard de Dieu, et à l'égard des anges et des saints. Presque toute la différence se trouve dans la forme des prières; nous demandons à Dieu de nous accorderses grâces par lui-même, et nous supplions les saints de les obtenir pour nous par leur intercession : cela est très-différent.

Le culte, soit civil, soit religieux, est tantôt absolu et tantôt relatif; les honneurs que l'on rend au roi sont un culle civil absolu, le respect que l'on a pour son image ou pour son ambassadeur est relatif ; on ne les honore pas pour eux-mêmes, mais en considération du roi. Il est dit dans le psaume xcvm, Hebr. xcix, v. J> et 9 : Adorez l'escabeau des

pieds du Seigneur, parce qu'il est saint

Adorez sa sainte montagne. Lorsque les Juifs se proslernaient devant l'arche d'alliance, devant le temple, devant la montagne de Sion ; lorsqu'ils se tournaient de ce côté-là pour prier, ils ne prétendaient pas rendre leur culte à la montagne, au temple, ni à l'arche, mais à Dieu, qui était censé y être présent : donc lorsque nous faisons de même devant une image du Sauveur, ou devant sa croix, ce n'est point à ces symboles que se termine notre culte, mais à Jésus-Christ lui-même. H dit à ses disciples : Celui qui vous reçoit, me reçoit;.... celui qui vous écoute, m'écoute, et celui qui vous méprise, me méprise (Matth. x, 40; Luc. x, lu). Il n'est donc pas vrai qu'en fait de culle religieux, la distinction que nous mettons entre le culte absolu et le culte relatif soit une in-

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vention moderne des théologiens, qui n'est point fondée sur l'Ecriture sainte, comme les prolestants le prétendent.

Avec le secours de ces notions, qui nous paraissent claires, nous parviendrons aisément à résoudre les questions que l'on a coutume de proposer louchant le culte en général. 1° Est-il permis de rendre un culte religieux à d'autres élres qu'à Dieu ? 2° La religion ne ronsiste-t-elle que dans le culte intérieur? Ne faut-il pas absolument témoigner ce culte à l'extérieur? 3° La pompe, dans le culte divin, est-elle un abus? 4° Que doit-on entendre par culte superstitieux, indu el superflu?

I. Les prolestants soutiennent que tout culte religieux, rendu à d'autres êtres qu'à Dieu, est une impiété et une idolâtrie; c'est un des principaux motifs qu'ils ont allégués pour justifier leur séparation d'avec l'Eglise romaine. Dieu, disent-ils, s'en est. clairement expliqué {Deul. vr, 13) : Vous craindrez le Seigneur votre Dieu, et vous le servirez seul. Jésus-Christ a répété ces paroles dans l'Evangile (Malth. iv, 10). La loi est claire et sans réplique. — Nous répondons que celte loi défend de rendre à d'autres êtres qu'à Dieu seul le culte suprême, le culte qui atteste sa qualité de seul souverain Seigneur, mais qu'elle ne défend point de rendre à d'autres le culte inférieur et subordonné, qui suppose que ce sont des créatures dépendantes de Dieu, parce que ce culte, loin d'ôter à Dieu son litre de seul souverain Seigneur, le lui confirme au contraire. Nous prouvons que tel est le sens de la loi, 1° parce que Dieu lui-même dit aux Juifs {Exod. xxui, 21) : J'enverrai mon ange qui vous précédera ;... respectez-le {observa eum), ne te méprisez pas parce que mon nom est en lui. Il est donc faux que Dieu ait défendu ailleurs tout culte quelconque adressé à d'autres élres qu'à lui. 2' Parce que nous voyons les patriarches, les juges, les prophètes , se prosterner devant des anges, et leur rendre le plus profond respect. Abraham se prosterna devant trois anges qu'il reçut chez lui, Balaam fit de même devant celui qui lui apparut, Josué devant un autre, Daniel devant celui qui vint lui révéler l'avenir. L'ange qui se nomme le prince de Varmée du Seigneur, dità Josué : Déchaussez-vous : le lieu où vous êtes est saint {Jos. v, lk et suiv.). Josué, pénétré de respect, se prosterne et lui dit : Que mon Seigneur ordonne-t-il à son serviteur ? Josué a-t-il en cela violé la loi? Vainement les protestants diront que ce n'était là qu'un culte civil; nous avons démontré le contraire d'avance par la simple notion des termes. — Ils prétendent que, dans ces différentes circonstances, c'était le Fils de Dieu qui apparaissait aux anciens justes , cela peut être ; mais ces justes le savaient-ils? Dieu ne les eii avait pas prévenus, et ces anges ne le disent point; au contraire, Dieu, qui avilit averli les Israélites que son ange les précéderait {Exod. xxm, 21), promet dans la suite à Moïse qu'il les précédera lui-même, c. xxxiii, v. 17. 11 y avait donc une différen-

ce entre Dieu et son ange. Celoi qui se nomme prince de l'armée du Seigneur, uq s'attribue p;ts la divinité. — 3° Nous ajoutons qu'il est impossible de respecter sincèrement Dieu, sans honorer des êtres, qu'il a nommés ses amis, ses saints, ses élus. — Nous soutenons même que ia loi du Deu^éronome ne défend point de témoigner du respect pour des choses inanimées, lorsque ce sont des symboles de la présence de Dieu , comme étaient la nuée lumineuse dans laquelle Dieu parlait à Moïse, l'arche d'alliance, le tabernacle et le temple; Dieu, au contraire, dit aux Israélites (Levil. xxvi, 2) :Soyez^ saisis de frayeur devant mon sanctuaire, el il leur ordonne de respecter comme saint tout ce qui sert à son culte. David dit, {Ps. xcvn:, 5) : Louez le Seigneur notre Dieu, adorez l'escabeau de ses pieds, parie que c'est une chose sainte. Il est absurde de nous opposer toujours une ou deux lois, et de ne tenir aucun compte de toutes les autres.

Ainsi, rien n'est plus faux que la notion que Beausobre a voulu donner du culte religieux, lorsqu'il a dit que c'est celui qui fait partie de l'honneur que l'on rend à Dieu {Hist. du mmich., 1. îx, c. 5, §4 et suiv.). Afin de persuader qu'il n'y a point de culte religieux que celui qui est dû à Dieu, et lorsqu'il a décidé que les mêmes cérémonies qui se pratiquent innocemment dans le culte civil, à l'égard d'une créature, ne sont plus permises pour lui rendre un culte religieux, il a formellement contredit l'Ecriture sainte. — C'était, dit-il, un acled'idoJâtrie de baiser sa main en regardant le soleil et en s'inclinant devant lui {Job , xxxi, 26) ; cependant les païens ne le regardaient que comme un être dépendant el un instrument du Dieu suprême. Celte observation est encore fausse. Jamais les païens n'ont connu un Dieu créateur, suprême et maître du soleil ; ils croyaient cet astre animé, intelligent, puissant par lui-même, par conséquent un Dieu très-indépendant d'un Dieu suprême; nous le verrons ci-après.

11 convient que les manichéens rendaient un honneur direct au soleil et à la lune, parce qu'ils les envisageaient comme des temples dans lesquels Jésus-Christ résidait par ses deux attributs de vertu et de sagesse ; mais il les absout d'idolâtrie, parce qu'ils ne rendaient pas à ces deux astres l'adoration suprême qui n'appartient qu'à Dieu seul. 11 allègue une citation de Fauste le manichéen, qui dit : Nous avons pour ces choses la même vénération que vous avez pour le pain et pour le calice. Or, les catholiques, dit Beausobre, n'avaient pour le pain et pour le calice qu'un respect religieux, parce que c'étaient les figures du corps el du sang de Jésus-Christ.— Admettons pour un moment celte raison fausse. 11 s'ensuit 1° qu'il n'est pas vrai que tout culte ou tout respect religieux adressé à un autre être qu'à Dieu soit une idolâtrie comme le soutiennent les protestants. 2" Que si les Pères sont coupables d'une inconséquence, en blâmant le culte des manichéens, pendant qu'ils approuvent

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celui des catholiques, Beausobre y tombe lui-même, en condamnant l'idolâtrie, le culte des catholiques, pendant qu'il justifie celui des manichéens. 3U Sa décision à l'égard de ceux-ci est formellement contraire au passage de .lob qu'il a cité.

H n'est pas étonnant qu'avec ces notions fausses du culte religieux, nos adversaires n'aient jamais su s'accorder entre eux.

Paillé, calviniste, soutient que tout culte religieux qui ne s'adresse pas directement et uniquement à Dieu est une idolâtrie, ou du moins une superstition. Les sociiiiens, au contraire, prétendent que, quoique Jésus- Christ ne soit pas Dieu, on peut cependant l'adorer comme Dieu, parce qu'il a dit que l'on doit honorer le Fils comme on honore le Père. Beausobre juge que l'on a pu, sans idolâtrie, donner le nom de Dieu à des créatures ; mais que l'on ne peut pas, sans tomber dans ce crime, leur rendre l'honneur qui est dû à Dieu seul ; comme si on pouvait leur faire plus d'honneur que de les appeier des dieux. Hyde , anglican, blâme les chrétiens de la Perse, parce qu'ils aimaient mieux être mis à mort que d'adorer le soleil et le feu (De Relig. vet. Pers., c. 1). Beausobre les approuve ; mais il prétend que ce culte était innocent de la part des Perses, des manichéens et des sabiens (Ilist. du manich., tom. II, I. îx, c. 1, n.9). Sans doute, suivant son avis, ces mécréants entendaient tous mieux la question que les chrétiens. Engel, autre calviniste, ne veut pas que l'on taxe d'idolâtrie le culte que les Chinois rendent aux esprits ou génies, aux âmes de leurs ancêtres et à Conlucius. Selon la foule des déistes, celui que les païens rendaient à leurs dieux n'était pas une idolâtrie, parce qu'il se rapportait indirectement au vrai Dieu; et les honneurs rendus aux mânes des héros étaient un hommage adressé à la vertu. Cependant, quoique nous honorions dans les saints des vertus beaucoup plus pures que celles des prétendus héros, on nous en fait uu crime. Voy. Paganisme, § 4 et 5.

Basnage, aussi peu équitable que les autres, nous reproche à'adorer les anges et les saints ; il dit que l'on condamne a Rome ceux qui enseignent que Vadoration est due à Dieu seul (Histoire de i Eglise, lom. Il, liv. xviii, cl, n. 2). Il savait bien que ce n'est là qu'uue équivoque frauduleuse, que nous ne nous servons jamais du terme d'adoration en parlant du culte des anges et des saints, parce que, dans l'usage ordinaire, ce mol signifie le culte suprême; il n'ignorait pas que l'Eglise romaine fait profession de rendre ce culte à Dieu seul. N'importe, il lui a paru plus utile d'en imposer aux ignorants que de dire la vérité. Mais afin de se contredire aussi bien que les autres, il avoue, n. 7, qu'il est permis de vénérer les martyrs. Qu'il nous fasse donc voir que, dans l'Ecriture sainte, adorer et vénérer ne signifient jamais la même chose. Ensuite il nous oppose Lactance, qui a dit qu'il ne faut avoir de vénération que pour Dieu seul. Nous ver-

rous ci-après de quelle vénération ce Père a voulu parler.

Ce critique accumule contre nous des preuves négatives ; et pour les rendre plus fortes, il y ajoute, du sien. « Les anciens n'exhortaient les fidèles qu'à honorer et à prier Dieu. » Mais onl-ils défendu expressément d'honorer et de prier les anges et les saints ? Bientôt nous ferons voir le contraire. Les premiers chrétiens, selon lui, n'adressaient leurs prières qu'à Dieu, puisqu'il ne nous reste des premiers siècles aucune prière, ni aucune hymne, qui soient adressées aux saints. Malheureusement il ne nous en reste pas davantage de celles que l'on adressait à Dieu ; les liturgies n'ont été mises par écrit que sur la fin du ivc siècle, et il y est fait mention de l'intercession et de l'invocation des saints. — Il cite Pline le Jeune et Eusèbe, qui disent que les chrétiens n'adressaient qu'à Jésus-Christ leurs hymnes et leurs cantiques ; et c'était une preuve de sa divinité. Fausse citation. Pline rapporte que les chrétiens s'assemb'aient le dimanche pour chanter des hymnes à Jésus-Christ comme à un Dieu. Eusèbe dit que, dans les cantiques des fidèles, la divinité lui était attribuée, bonne preuve de la croyance de l'Eglise contre les ariens, mais preuve nulle contre nous ; nous convenons que des hymnes, des cantiques, des louanges de la Divinité, ne peuvent êlro adressés qu'à Jésus-Christ. Selon Tertullien, continue Basnage, on ne doit demander des bienfaits qu'à celui-là seul qui peut les donner (Apolog., c. 30) ; d'accord. Dieu seul peut les donner par lui-même ; mais les anges, les saints, nos frères vivants, peuvent les obtenir pour nous. C'est pour cela que saint Jacques nous ordonne de prier les uns pour les autres, c. v, vers. 15. Tertullien n'a pas condamné cette pratique. \rous vous êtes approchés, dit saint Paul, de la Jérusalem céleste, delà multitude des anges, de l'assemblée et de l'Eglise des premiers-nés qui sont écrits dans le ciel, de Dieu qui est le juge de tous, des esprits des justes qui sont dans la gloire, de Jésus médiateur de la nouvelle alliance, etc. (Hebr. xii, 22). De quoi nous sert cette société avec les anges et les saints, s'ils ne peuvent rien nous donner et si nous n'avons rien à leur demander?

Avant de citer Origèue, il aurait dû le lire. Ce Père, selon lui, soutient contre Celse, que quand les gcn.es auraient le pouvoir de guérir les maladies et de nous faire du bien, il ne faudrait encore s'adresser qu'à Dieu. C'est une fausseté ; Origène enseigne le contraire; voici ses paroles, 1. vin, n. 13 : « Si Celse parlait des vrais ministres de Dieu, qui sont les anges, et s'il disait qu'il faut leur rendre un culte, peut-être qu'après avoir épuré les sens du mot culte, et les devoirs dans lesquels il consiste, je lui dirais à ce sujet ce qui convient ; mais comme il appello ministres de Dieu les démons adorés par les gentils, refusons de les honorer et de les servir, parce que ee ne sont point de vrais ministres de Dieu; n. 3i et 36. Les anges regardent comme leurs associés et leurs amis les

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vrais adorateurs de Dieu : ils s'intéressent à leur salut, ils les aident et leur font du bien ;.... l'ange gardien présente à Dieu les prières de celui dont le soin lui est confié, et U prie avec lui ; n. 60. Au lieu de compltr sur le secours des démons ou génies, il vaut Lien mieux nous confier en Dieu par Jésus- Glirist, lui demander toute espèce de secours et l'assistance des saints anges et des justes, aûn qu'ils nous délivrent des mauvais démons. » Est-ce là désapprouver le culte des anges et toute confiance en eux ? Il serait absurde de prétendre que nous ne devons aucune reconnaissance, aucune confiance, aucun respect, aucun hommage aux esprits bienheureux, qui nous considèrent et nous assistent comme leurs associés et leurs amis; ces sentiments n'onl-ils pas toujours pour objet principal Dieu, qui a daigné nous accorder ce puissant secours ?

Mais un protestant ne démord pas ; les Pères, dit Basnage, donnaient le culte d'un seul Dieu pour la marque dislinclive du christianisme; c'est pour cela que les chrétiens furent accusés d'athéisme. On soutenait contre les ariens, que si Jésus-Christ n'était pas Dieu, il ne serait pas permis de l'adorer ni de se confier en lui. Tout cela est irai, et il ne s'ensuit rien contre nous : c'est à un seul Dieu que nous rendons notre culte, et non à plusieurs dieux ; des honneurs et des respects, très-inférieurs et très-différents du culte suprême, adressés aux anges et aux saints, loin de déroger au culte divin, en sont au contraire un effet et une conséquence inséparable. Si Jésus-Christ n'était pas Dieu, ce serait une impiété de l'adorer comme Dieu, et de nous confier en lui comme étant Dieu , cet argument était très-solide contre les ariens ; il ne l'est pas moins contre les sociciens : mais il ne prouve rien contre nous, puisque jamais il ne nous est venu dans l'esprit d'honorer d'un culte divin les anges et les saints, ni de nous confier en eux comme étant des dieux. — Non-seulement les païens accusèrent les chrétiens d'athéisme ; mais, par une contradiction grossière, ils leur reprochèrent d'honorer les martyrs comme des dieux ; les Actes du martyre de Baint Polycarpe, Julien, Libanius, dans l'oraison funèbre de cet empereur, Porphyre et d'autres, ont forgé celte calomnie ; les protestants la répètent, et cela ne leur fait pas beaucoup d'honneur.

Ils nous objectent que celle distinction que nous faisons entre deux espèces de culte religieux ne se trouve point dans les anciens Pères : voyons pourquoi, et lâchons de prendre le vrai sens de ce qu'ils ont dit. Il est prouvé, par tous les monuments de l'antiquité, que chez les païens tout culte religieux était censé culte divin, culte suprême, et qu'ils n'en connaissaient point d'autre. Jamais les païens n'ont attribué à leurs dieux du second ordre, ni aux mânes de leurs héros, un simple pouvoir d'intercession, un pouvoir subordonné aux volontés d'un Dieu souverain ; chaque Dieu était indépendant et maître absolu dans son département ; sou-

vent dans les poètes nous voyons les grands dieux et Jupiter lui-même, demander le secours des dieux du bas étage. Nous ferons voir ailleurs que l'on abuse du tenue, quand on prête aux païens en général, et même aux philosophes antérieurs au christianisme, la notion d'un Pieu souverain, dont les autres n'étaient que les serviteurs et les ministres ; le prétendu Dieu suprême des anciens philosophes élait l'âme du monde, et celte âme ne se mêlait point de gouverner les choses d'ici-bas ; on ne peut lui attribuer une providence que dans un sens faux et abusif. — Après la naissance même du christianisme, quelques philosophes changèrent de langage ; mais sans toucher au foud de leur système. Celse, qui fait semblant d'admettre une providence divine, la nie cependant, puisqu'il décide que Dieu ne se'fâche pas plus contre les hommes que contre les singes et contre les mouches ; et qu'il ne leur fait point de menaces (Origène contre Celse, 1. iv, n. 99). Jamais il n'a dit qu'il faut rendre un culte au Dieu souverain ; Porphyre décide formellement qu'il ne faut lui en rendre aucun (De l'Abstin., 1. n, n. 34). Tout le culte était réservé pour les dieux gouverneurs du monde : à plus forte raison le commun des païens pensaient-ils de même. Voy. Paganisme.

Il est donc évident que tout culte élait direct et absolu, se bornait au personnage auquel il était adressé, et n'avait aucune relation à un Dieu souverain ; il étaïlle même pour Nous les dieux, et il consistait dans les mêmes pratiques. Basnage observe que les anciens ne connaissaient pas la distinction de latrie et de dulie. Cela n'est pas fort étonnant ; les païens contre lesquels ils écrivaient ne pouvaient en avoir aucune notion, puisque chez eux tout était latrie, ou culte divin, adoration prise en rigueur. — Conséquemment les Pères ont dû être très-reservés sur l'emploi du mot cxdle religieux, à cause du sens que les païens y attachaient. Quand ils auraient dit tous, comme Lactance, qu'il ne faul avoir de la vénération que pour Dieu seul, il ne s'ensuivrait encore rien, puisque entre eux et tes païens, vénération, respect, honneur, etc., signifient toujours le culte divin, le culte suprême. Voilà pourquoi Origène a dit que s'il s'agissait entre Celse et lui du culte des anges, il faudrait commencer par épurer le sens du mot culte, et voir en quoi il doit consister.

Lorsque les protestants veulent tourner à leur avantage l'explication d'un terme, ils ont grand soin de faire attention aux circonstances, aux personnes, à la question dont il s'agit : lorsqu'il est de leur intérêt de le rendre équivoque, ils ne veulent plus d'explication. Cependant l'Ecriture sainte nous force de distinguer deux sortes de culte religieux, l'un pour Dieu seul, l'autre pour les personnes et pour les choses qui ont un rapport spécial avec Dieu ; n'importe, ils n'en veulent point. Depuis deux cents ans, ils répètent les mêmes sophismes, cl ils les renouvelleront jusqu'à la fin des siècles, bien sûrs

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qu'ils en imposeront toujours aux ignorants. Mais enfin nos preuves tirées de l'Kcriture sainte demeurent en leur entier. Voy. Anges, Saints, Martyks, etc.

II. Le cnhe extérieur est-il nécessaire pour former une religion ? Il l'est absolument, et la preuve de cette vérité est sensible. Les sentiments de respect, de reconnaissance, de confiance, de soumission à l'égard de Dieu, naîtraient difficilement dans le cœur de la plupart des hommes ; ils n'y dureraient pas longtemps, si l'on n'employait pas des signes extérieurs pour les exciter, les entretenir et se les communiquer les uns aux autres ; ce qui ne frappe point nos sens ne fait jamais sur nous une impression vive et durable. Il faut donc à l'homme un culte extérieur, des signes expressifs de ce qu'il sent, des symboles, des cérémonies. Nous ne pouvons témoigner à Dieu nos affections que par les mômes signes qui servent à les faire connaître à nos semblables. — Nous convenons qu'il n'est pas besoin d'une révélation pour comprendre que des prières et des vœux, l'action de se prosterner, des présents et des offrandes, des attentions de propreté et de décence, des signes de joie à l'aspect d'une personne, des regrets de lui avoir déplu, sont capables d'exciter sa bienveillance; il est naturel d'en conclure que ce qui plaît aux hommes est aussi agréable à Dieu ; ainsi ont raisonné tous les peuples. Mais Dieu n'a pas attendu que l'homme fît toutes ces réflexions ; les livres saints nous apprennent qu'il a daigné instruire le premier homme, puisque les enfants d'Adam, qui n'avaient point eu d'autre instituteur que leur père, ont offert des sacrifices au Seigneur (Gen. iv), et que les patriarches ont usé, par religion, de toutes les pratiques dont nous venons de parler.

Il est dit dans l'histoire de la création, que Dieu bénit le septième jour, et le sanctifia (Gen. u, 3) ; il le consacra donc à son culte: ce n'est pas l'homme qui est auteur de celle dislinction. Le repos du septième jour était une profession formelle du dogme de la création, par conséquent de l'unité de Dieu; un préservatif contre le polythéisme et l'idolâtrie : les hommes n'y sont tombés que pour avoir méconnu Dieu créateur. Gain et Abel offrent à Dieu en sacrifice leur nourriture, c'était pour eux le plus précieux des biens (Gen. iv, 3 et k). Ils reconnaissent donc que tout vient de Dieu, que c'est à lui de nous prescrire l'usage que nous devons faire do ses dons. — Il est dit d'Enos, v. 2G, qu'il commença à invoquer le nom du Seigneur; mais d'habiles interprèles jugent qu'il y a dans le texte hébreu : Alors on commit des profanations en invoquant le nom du Seigneur. Le culte extérieur de religion é ait déjà établi.

Kn accordant pour nourri ure à nos premiers parents les fruits de la terre, Dieu leur avait interdit un fruit particulier (G?n. i, 29; ii, 17). Dans la suite, il accorde à Noé et à ses entants la chair des animaux, mais il leur en interdit le sang, c.ix,v. 3 et k; Noé distingue d«s animaux purs et impurs, c.

vu, v. 2 ; c. vin, 20. Nouvelle, preuve de respect et de dépendance que D eu exigeait de l'homme. Il se laisse apaiser par les sacrifices de Noé, c. vin, v.2l. Hénoc se rend rccommandable par sa piété, et Dieu le délivre des misères de cette vie, c. v, v. 2i. Des leçons aussi énergiques ne pouvaient manquer de produire leur effet. Dans le livre dé Job, qui est de la plus haute antiquité, il est parlé d'holocaustes et de sacrifices pour le péché, de prêtres et de viclimes choisies, de vœux et de prières, de pratiques de pénitence, d'expiations et d'ablutions. Dans l'histoire des patriarches, nous voyons des serments faits au nom de Dieu, des libations ou des effusions d'huile odoriférante, des promesses faites à Dieu, des honneurs rendus aux morls, qui attestent la croyance de l'immortalité, etc.

On a souvent écrit, surtout de nos jours, que le culte des premiers hommes était trèssimple et dégagé des sens; que le cérémonial fut de l'invention des prêtres, et fit bientôt dégénérer la religion. Autant de faits avancés au hasard, et contredits par nos livres saints. Le cérémonial des patriarches n'est ni très-simple, ni dégagé des sens, puisque nous y trouvons des prières et des prosternations, des autels et des offrandes, de3 sacrifices et un choix des viclimes, des ablutions et des expiations, des abstinences, des vœux, des consécrations, des serments, les louanges de Dieu, et les signes de joie re'igieuse, les assemblées elles repas communs, les fêtes, l'usage de changer d'habits avant d'offrir un sacrifice, le soin de renoncer à tous les signes d'idolâtrie, les honneurs funèbres et le respect pour les tombeaux. Tout cela était connu avant qu'il y eût des prêtres, et s'il n'y avait point eu de cérémonial, il n'y aurait jamais eu de sacerdoce. — Un homme qui désire ardemment de gagner les bonnes grâces d'un bienfaiteur ou d'apaiser un maître irrité, n'a pas besoin de leçons des prêtres pour imaginer comment il doit s'y prendre; les désirs ardents donnent de l'esprit et de l'adresse aux plus stupides, et un instinct naturel nous porte à faire pour Dieu ce que nous faisons pour nos semblables. D'ailleurs Dieu lui-même y avait pourvu.

Il n'est donc pas vrai que ce soit le cérémonial qui a fait dégénérer la religion, puisqu'il est aussi ancien que la religion même. Au contraire, celle-ci n'a dégénéré que quand les hommes se sont écartés du cérémonial primitif pour suivre l'instinct des passions aveugles et capricieuses. Pendant qu'ils s'égaraient, la religion des patriarches est demeurée pure et con^amment la même durant deux mille cinq cents ans.

Les philosophes qui ont si mal conçu l'origine du culte extérieur, n'en ont pas mieux aperçu l'importance; elle est cependant palpable. l°De tout temps ce culte a été une profession solennelle des dogmes les plus essentiels, de la création, de l'unité de Dieu, de sa provideuce , de la chute de l'homme, delà venue d'un Rédempteur, de la vie future. Les peuples qui n'ont pas été û-

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l'èlcs à pratiquer le cérémonial tel que Dieu l'avait prescrit , n'ont pas tardé de méconnaître ces mômes vérités. Le culte extérieur du christianisme est une profession trèsclaire des dogmes de notre croyance; de tout temps on s'en est servi pour monlrer aux hérétiques la vraie doctrine rie Jésus- Christ et des ap'ôtres, et pour éclaircir au hesoin le sens des passades de l'Ecriture sainte sur lesquels on contestait. Ainsi, l'on a opposé aux ariens les canliques des fidèles qui attribuaient à Jésus-Christ la divinité; aux pélagiens , les prières par lesquelles l'Eglise implore continuellement le secours de la grâce divine ; et le pape Célestin Ier renvoyait à ces mêmes prières pour discerner la croyance ancienne de l'Eglise. On a fait de même pour montrer aux protestants qu'ils se sont écartés de la foi primitive et universelle, et on a tiré des anciennes liturgies un argument contre eux, auquel ils ne peuveut rien répliquer de solide. Nous ne devons pas être étonnés de ce qu'ils ont supprimé chez eux tout cet appareil extérieur de culte qui les condamnait. — 2° C'est une leçon de morale qui rappelle continuellement aux hommes leurs devoirs envers Dieu, envers leurs semblables, envers eux-mêmes : devoirs qui s'ensuivent naturellement des dogmes dont nous venons de parler. En effet, si Dieu est le seul distributeur des biens de ce monde, il faut nous contenter de ce qu'il nous donne, ne pas envahir ce qu'il a daigné accorder aux autres : lorsqu'il nous les prodigue au delà de nos besoins, il est juste d'en faire parla ceux qui en sont privés. Puisqu'il est le seul arbitre delà vie et delà mort, il n'est pas permis d'altenler à la vie de personne. Il a béni et sanctifié le mariage; la fécondité est un don de sa puissance {Gen. i, 28 ; iv, 1 et 25) : c'est donc un crime de souiller le lit d'aulrui, etc. La conduite des anciens justes démontre qu'ils ont tiré toutes ces conséquences, ou plutôt que Dieu les leur a fait apercevoir. H ne serait pas difficile de faire voir que les cérémonies du christianisme sont une leçon de morale encore plus énergique et plus éloquente que toutes les cérémonies anciennes. Voy. Christianisme. — 3" Le culte extérieur est un lien de société qui réunit les hommes au pied des autels, leur inspire les sentiments de fraternité, maintient parmi eux l'ordre et la paix, contribue à la civilisation ; et le culte primitif a formé la société domestique; le culte mosaïque, la société nationale, le culte chrétien la société universelle de tous les peuples. — kr' C'est un monument des faits qui, dans la suite des siècles, ont prouvé la révélation ; ainsi la pâque et l'offrande des premiers-nés rappelaient aux Juifs leur sortie miraculeuse de l'Egypte; la Pentecôte la publication de la loi sur le mont tîiuaï, etc. Le dimanche nous atteste la résurrection de, Jésus-Christ; nos fêles célèbrent les principaux événements de sa Vie, etc.

l'iusieurs philosophes de nos jours ont

décidé que le culte intérieur est 1h seul qui honore Deu : maxime commode pour se dispenser de toute pratique de religion, mais maxime très-fausse. Dieu n'aurait pas institué le culte extérieur, s'il ne s'en tenait pas honoré, et s'il n'était pas nécessaire pour entretenir le culte intérieur. Nous voudrions savoir si ceux qui renoncent à toute pratique sensible sont les adorateurs de Dieu les plus fervents. — Lorsque Jésus-Christ a dit que les vrais adorateurs rendront à Dieu un culte en esprit et en vérité {Joan. iv, 23.) il n'a pas prétendu exclure le culte extérieur, puisqu'il l'a observé iui-même. 11 a institué par lui-même le baptême etl'eucliaristie, par ses apôtres lesautres sacrements et la forme de la liturgie. 11 condamnait, comme les prophètes, le culte purement extérieur, auquel le cœur n'a point de part (Matth. xv,8); mais il a loué les signes de componction du publicain, l'offrande de la veuve, et a commandé la prière; en pariant des purifications etdes œuvres de charité, il a dit qu'il fallait pratiquer les unes et ne pas omettre lesautres (Luc. xi, 4-2) (1).

Les déclamations contre les abus du culte extérieur ne sont souvent qu'un trait d'hypocrisie. Jusqu'à la fin des siècles, les hommes abuserout des choses les plus saintes; les passions savent tourner à leur avantage le frein même destiné à les réprimer. Mais le plus odieux de tous les abus est de vouloir supprimer toutes les institutions desquelles on peut abuser. Faut-il bannir de la société civile les démonstrations de bienveillance et d'amitié parce que ces signes sont souvent faux et perfides ?

Quand il s'est agi de déterminer ce qu'il fallait approuver ou blâmer, conserver ou abolir dans le culte extérieur de l'Eglise romaine, les protestants ne se sont pas mieux accordés que sur les principes desquels il

(1) Tous les êtres sont obligés de rendre à leur manière leurs hommages au Créateur : le corps, qui est sous la puissance de l'âme, ne le peut que par les actes d'adoration que ceiui-ci lui commande. « Dieu, disaient les auteurs de l'Encyclopédie, art. Rel'Gion, en unissant la matière à l'esprit, l'a associée à la re ligion , et d'une manière si admirable que, lorsque l'âme n'a pas la liberté de satisfaire son zèle en se servant de la parole, des mains, des piosiernements, elle se sent comme privée d'une partie du cube qu'elle voudrait rendre, et de celle même qui lui donnerait le plus de consolation; mais si elle est li bre, et que ce qu'elle éprouve au dedans la louche visiblement et la pénètre, alors ses regards vers le ciel, ses mains étendues, ses cantiques, ses prosternemenls, ses adorations diversifiées en cent manières, ses larmes que l'amour et la pénitence l'ont également couler, soulagent son cœur en suppléant à son impuissance, et il semble que c'est moins l'âme qui associe le corps à sa pieté et à sa religion, que ce n'est le corps même (pu se bâte de venir à son secours ei de suppléer à ce que l'esprit ne saurait taire; eu sorie que dans la fonction non-seulement la plus spirituelle, mais aussi la (dus divine, c'est le corps qui lient lieu de ministre public et de prêtre, comme dans le niarlyre, c'est le corps qui est le témoin visibie et le défenseur de la vérité contre tout ce qui l'attaque i

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fallait partir. Los calvinistes ont réduit le leur à la prédication, à la prière publique, au chant des psaumes, à la cérémonie du baptême et à celle de la cène, faite sans aucun appareil: ils ont jngé tout le reste abusif. 1 es luthériens en ont retenu un peu davantage, mais leur cérémonial n'est pas uniforme dans les différents pays. Les anglicans en ont conservé plus que les autres sectes, c'est un des reproches que celles-ci leur 'font; elles disent que les anglicans sont encore à moitié papistes; qu'il fallait ou abolir toutes les superstitions de Home, ou les conserver dans leur entier. Aussi un écrivain de cette nation avoue qu'il n'est pas aisé de déterminer jusqu'à quel point il convient de se prêtera l'infirmitéhumaineen fait de cérémonies, ni de fixer un milieu dans lequel on puisse flatter les sens et l'imagination, sans blesser la raison, et sans ternir la pureté de la véritable religion. Il est singulier que, sans savoir jusqu'où il fallait aller, ni où l'on devait s'arrêter, on ait commencé par condamner l'Eglise romaine, et qu'on l'accuse d'avoir passé toutes les bornes, quand on ne peut pas dire où il fallait planter les bornes.

On lui reproche d'avoir établi une multitude de cérémonies ridicules qui détruisent la vérilab e religion, qui ne tendent qu'à enrichir le clergé, qui entretiennent les peuples dans l'ignorance et dans la superstition. Mais n'est-ce pas cette accusation même qui suppose beaucoup d'ignorance ? 1° Aux yeux des déistes, les cérémonies des protestants ne paraissent pas moins ridicules que les nôtres ; ils n'en veulent point du tout : ce que les protestants diront pour justifier les leurs nous servira pour faire l'apologie des nôtres. 2° Le clergé n'a pu avoir aucun motif d'intérêt pour multiplier les cérémonies, puisque les rétributions manuelles ou les droits casuels n'ont été établis qu'après lé vme siècle, lorsque les biens de l'Eglise ont été pillés par les seigneurs. Peut-on prouver que la multitude des cérémonies n'a pris naissance que depuis ce temps-là? Dans un moment nous prouverons le contraire. On a été aussi forcé d'établir en Angleterre un casuel, après le pillage des biens ecclésiastiques fait par les protestants, et ces droits sont beaucoup plus forlsqu'eu France. Le clergé anglican a donc eu plus d'intérêt à inventer de nouvelles cérémonies que les prêtres catholiques. 3° Les sectes de chrétiens orientaux sont séparées de l'Eglise romaine depuis le ve siècle ; cependant leur cérémonial est pour le moins aussi chargé que le nôtre, et leur clergé n'en est pas .plus riche pour cela. Nous cherchons vainement dans toute l'antiquité ecclésiastique des preuves de l'intérêt prétendu des prêtres à multiplier les cérémonies. Elles sont évidemment plus anciennes que les schismes des Orientaux. 4° De nouvelles cérémonies n'ont pu être établies que par les évêques : or, ceux-ci n'ont jamais pu y avoir aucun intérêt , puisque leurs richesses ont toujours été des fonds, et non des droits ca-

suels. Voilà comme on raisonne au hasard, quand on ne prend pas la peine de consulter l'histoire. Nous connaissons plusieurs conciles ou assemblées du clergé qui ont proscrit des cérémonies nouvelles et superstitieuses ; on ne peut pas en citer un qui en ait introduit.

Jamais nous ne concevrons comment les cérémonies peuvententrelenirle peuple dans l'ignorance : nous avons fait voir, au contraire, que c'.est un moyen que Dieu a pris pour instruire les hommes. Une partie de l'instruction chrétienne consiste à faire concevoir au peuple le sens elles raisons des cérémonies religieuses.

Cet appareil extérieur, disent encore les protestants et les incrédules , sera toujours un piège pour le peuple ; il fait plus de cas des cérémonies que des vertus, et comme les Juifs, il croit avoir rempli toute justice lorsque a satisfait au culte extérieur. — Ici nos adversaires ne voient pas qu'ils se confondent encore : puisque le peuple aime les cérémonies, qu'il y attache beaucoup d'importance, qu'il les regarde comme une partie essentielle de la religion, c'est donc lui qui en a voulu, et ce ne sont pas les préires qui en sont les auteurs. Quand ceux-ci ne s'en seraient pas mêlés, le peuple en aurait fait malgré eux ; et , en dépit des philosophes, il y a des cérémonies et un culte extérieur quelconque dans toutes les contrées de l'univers, même chez les sauvages.

Mais il y a plus : Dieu savait sans doute mieux que nos censeurs les inconvénients, les abus, les erreurs auxquels les cérémonies ne manqueraient pas de donner lieu; il en a cependant ordonné depuis le commencement du monde : il en augmenta beaucoup le nombre eu donnant sa loi aux Juifs, et Jésus-Christ lui-même a daigné les observer. 11 prévoyait tout le mal que le culte extérieur pourrait produire dans son Eglise ; il a cependant donné à ses apôlres le pouvoir de l'établir, puisqu'ils l'ont fait. Si ce mal était aussi réel et aussi grand que le prétendent nos adversaires, il serait étonnant que Jésus-Christ n'eût prisaucuie précaution pour le prévenir, et qu'il n'eût pas donné à ce sujet les avis les plus clairs et les leçons les plus expresses. Où sont-elles dans l'Evangile ? — L'abus, s'il y en a, date de fort loin. Les prétendus réformateurs imaginaient que la multitude des cérémonies avait été introduite dans les bas siècles, au milieu des ténèbres de l'ignorance. Quand on les a retrouvées chez les sectes orientales, il a fallu convenir que le cérémonial était plus ancien que leur schisme; on en a placé l'origine au ive siècle. Mais les critiques les plus récents, par une sagacité supérieure, ont découvert que le très-grand nombre des cérémonies sont venues du platonisme des anciens Pères. Or, ils voient ce platonisme, non-seulement dans les écrits des auteurs du h' siècle; mais les sociniens et les déistes l'aperçoivent dans l'Evangile de saint Jean; et son Apocalypse nous présente le plan d'une liturgie pompeuse. On ne peut paa

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remonter plus haut. Voy. Liturgie. Ainsi s'accordent encore nos adversaires sur l'origine du cérémonial.

III. La pompe et la magnificence dans le culte extérieur de religion sont-elles un abus? C'est l'avis des incrédules et de la plupart de nos disserlateurs modernes. Dans un siècle où le luxe est porté à son comble et ruine tous les Etats, on a jugé que l'économie ne serait nulle part plus nécessaire que dans le culte divin; on en a calculé exactement la dépense : on sait ce qu'il en coûte pour le luminaire, pour le pain bénit, pour les funérailles, pour Kent retien de la fabrique. Voilà sûrement ce qui ruine le peuple, il faut absolument retrancher le superflu, linons semble voir les Athéniens qui avaient condamné à mort tout citoyen qui voudrait faire employer a d'autres usages l'argent destiné pour les spectacles. — Nos sages économistes, animés du même esprit, trouvent trèsbon que les richesses soient prodiguées pour lés fêles publiques , pour les théâtres qui corrompent les mœurs, pour les amusements de toute espèce; ils déplorent la dépense qui se fait pour les spectacles de religion, parce qu'ils instruisent les hommes, les excitent à la vertu , les consolent par l'espérance d'un bonheur à venir. Ils affectent de la compassion pour la misère du peuple ; non-seulement ils ne voudraient rien retrancher sur leurs plaisirs pourla soulager, mais ils veulent ôter au peup'e le seul moyen qui lui reste de se consoler et de s'encourager dans les temples du Seigneur, par des motifs de religion. Sans doute il vaut mieux, suivant leur opinion, qu'il aille s'en distraire dans les lieux de débauche et dans les écoles du vice ; aussi les a-t-on multipliés pour sa commodité. Mais où iront Ceux qui craignent l'infection de ces lieux empestés, et qui ne veulent pas se pervertir ? Laissons déraisonner les insensés; consultons la simple lumière naturel. e et l'expérience de toutes les nations.

Il est nécessaire de donner aux hommes une haute idée de la majesté divine, et de rendre son culte respectable ; on n'y parviendra pas sans le secours d'une pompe extérieure. L'homme ne peut être pris que par les sens ; voilà le principe duquel il faut partir; on ne réussira point à captiver son imagination, si l'on ne met sous ses yeux les objets auxquels il attache un grand prix. A moins que le peuple ne trouve dans la religion la même magnificence qu'il aperçoit dans les cérémonies civiles, à moins qu'il ne voie rendre à Dieu des hommages aussi pompeux que ceux que l'on rend aux puissances de la terre, quelle idée se formerat— il de la grandeur du Maître qu'il adore? C'est la réflexion de saint Thomas. Les protestants sentent aujourd'hui les suites funestes de la nudité à laquelle ils ont réduit le culte divin : un incrédule même est convenu que le retranchement du culte en Angleterre eu a banni la piété, y a fait éclore l'athéisme et l'irréligion ; le mépris de ce culte a produit le même effet parmi nous.

Quand on nous demande, avec Juvénal :

A quoi sert l'or dans les temples ?

Diale, ponti fices, in temptoquid fucit aurum?

nous répondons qu'il sert à témoigner le respect que l'on a pour Dieu, à reconnaître que tous les biens viennent de lur, et que tout doit être consacré à son service. Ceux qui refusent de contribuer à la pompe du culte divin, n'en sont pas pour cela mieux disposés à secourir les pauvres. Le peuple veut de la magnificence, parce qu'il aime la religion, elle est sa seule ressource ; les incrédules réprouvent cet éclat imposant , parce qu'ils détestent la religion. — Il est convenable que, pour assister aux assemblées religieuses les jours de fêle, le peuple se mette le plus proprement qu'il lui est possible, afin que cet appareil extérieur le fasse souvenir de la pureté de l'âme qu'il doit y apporter; afin que les grands, qui dédaignent ces assemblées, aient moins de répugnance à se mêler avec le peuple ; afin que l'énorme disproportion que mettent les richesses entre les uns et les autres, disparaisse un peu devant le souverain Maître, aux yeux duquel tous les hommes sont égaux. Jacob, prêt à offrir un sacrifice à la tête de sa maison, ordonna à ses gens de se laver et de changer d'habits (Gen. xxxv, 2). Dieu commanda la même chose aux Hébreux, quand il voulut leur donner sa loi sur le mont de Sinaï [Exod. xix, 10). Ce signe extérieur de respect se retrouve chez toutes les nations; toutes, sans exception, mettent dans le» hommages qu'elles rendent à la Divinité le plus de pompe qu'il leur est possible.

Cependant nos philosophes prétendent justifier leur avis. «L'excès de la magnificence du culte public, disent-ils, excile celle des particuliers; on veut toujours imiter ce qu'on admire le plus. Il n'est pas vrai que celte magnificence soit nécessaire; les premiers chrétiens pensaient- différemment. Origène témoigne qu'ils faisaient peu de cas des temples et des autels. C'est en effet au milieu de l'univers qu'il faut adorer celui qu'on en croit l'auteur. Un autel de pierres, élevé sur une hauteur, au milieu d'un vaste horizon, serait plus auguste et plus digne de la majesté suprême, que ces édifices dans lesquels sa puissance et sa grandeur paraissent resserrées entre quatre colonnes. Le peuple se familiarise avec la pompe et les cérémonies, d'autant plus aisément, qu'étant pratiquées par ses semblables, elles sont plus proches de lui, et moins propres à lui imposer; bientôt l'habitude les lui rend indifférentes. Si la synaxe ne se célébrait qu'une fois l'année, et qu'on se rassemblât de divers endroits pour y assister, comme on faisait aux jeux olympiques, elle paraîtrait d'une tout autre importance. C'est le sort de toutes choses, do devenir moins vénérables en devenant plus communes.» — Celle sublime doctrine était déjà consignée dans deux Encyclopédies : on la retrouvera encore dans le Dictionnaire des Finances ; ce serait dominait) qu'elle s«

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