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On pont voir dans les premiers chapitres de la Genèse tou'.c l'histoire d'Adam, la loi que Dieu lui imposa, sa désobéissance, la peine à laquelle il lui condamné avec sa poslérilé (1). Cette narration, qui est fort cou rie, a fourni une ample matière aux conjectures des commentateurs, aux disputes des théologiens, au\ erreurs des hérétiques, et aux abjections des incrédules.
Il est d'abord évident que le premier homme n'a pu exister que par création. Les anciens alliées, qui disaient que les hommes étaient fortuitement sortis du sein de la terre, comme les champignons ; les maiérialistes modernes, qui pensentque la naissance de l'homme a été un effet nécessaire du débrouillement du chaos ; les savants physiciens, qui ont calculé et fixé les époques de la nature, sans i.ous apprendre comment les hommes, les animaux et les plantes, ont pu éclore d'un globe de verre enHammé dans son origine,
(I) « Jusqu'ici Dieu, dit Bossuct , ava't loul fait eu commandant ; mais quand il s'agit de produire l'homme, M<>ïse lui l'ail tenir un nouveau langage : Faisons l'homme, dit il, à noire image ei ressemblance. Ce n'est plus celle parole impérieuse et dominante ; cVsl une parole plus douce, quoique non moins ellicaee. Dieu tient conseil en lui-même ; Dieu s'excite lui-même, comme pour nous faire voir que l'ouvrage qu'il va en! reprendre surpasse tous les ouvrafes qu'il avait faits jusqu'alors. Faisons l'homme... ,a parole de conseil, dont Dieu se sert, marque que li créature qui va être faite est la seule qui peut agir par conseil et par intelligence. Tout le reste n'esi pas moins extraordinaire. Jusque là nous n'avions point vu, dois l'histoire de la Genèse, ie doigt de Dieu applique sur une malien: corruptible, l'our former le corps de l'homme, lui-même prend de la lene ; cl celle lerre, arrangée sous une telle main, reçoit li plus belle ligure qui ail encore paru dans le monde.
« Ceite attention particulière, qui parait en Dieu quand il l'ail l'homme, nous momie qu'il a pour lui un égird particulier, quoique, d'ailleurs, tout soit conduit immédialemeni par sa sagesse.
« Mais li manière dont il produit l'âme est beaucoup plus merveilleuse, il ne la tiie point de matière, il l'inspire d'en haut ; c'est un souille de vie qui vit ni de lui-même. Quand il créa les hê es, il dii : Que l'eau produise des poissons, et il créa de celle sorte les mons'res marins, et loute âme vivante et mourante qui devait remplir les eaux. I! dit encore : Que la terre produise toute âme virante, les bêles à quatre pieds et les reptiles. C'est ainsi que devaient naître ces âmes vivantes d'une vie brute et bestiale, à qui Dieu ne donne pour toute action que des mouvements dépendants du corps. Diu les lire du sein des eaux el de la lerre. Mais celle àme, dont l,i vie devait être une imitation de la sienne; qui devait vivre, « oinme lui, de raison et d'intelligence ; qui lui devait cire unie en le contemplant et en l'armant, et qui, pour celte raison, éiait laile à son image, ne pouvait être tirée de la matière. Dieu, en façonnant la matière, peut bien loriner un beau corps; mais, en quelque sorte qu'il la tourne cl la façonne, jamais il n'y trouvera son image cl sa ressemlilance. L'âme, faite à son image, et qui peut être heureuse eu le possédant, doit êire produite p.ir une nouvelle créa ion : elle doit venir d'en haut; el c'e4 ce que signilie ce soufde. de vie que Dieu lire de sa b ftiche.
i Souvenons-nous que Moïse propose aux hommes charnels, par de-, images sensibles, des vén in pures et iulclleCiUcUes. Ne croyons pas que Dieu
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sont aussi peusages les unsque lesautres (1). Leurs rêves sublimes disparaissent devant le récit simple et naturel de l'auteur sacré : Au commencement Dieu créa le ciel et la terre ... Il dit : Que la lumière soit, et la lumiire fut Il dit : Faisons l'homme a notre
IMAGE ET A NOTRE RESSEMBLANCE, et ï homme
fut fait à l'image de Dieu. Gen. I. Par ce peu de paroles l'homme apprend ce qu'il est, ce qu'il doit à Dieu et à soi-même, ce qu'il a lieu d'attendre de la bonté de son Créateur. [ Voy. Révélation prim tive ]
Dieu est-il donc corporel aussi bien que l'h >mme? Ona répondu aux marcioniies, aux manichéens, iiux philosophes du quatrième siècle, aux incrédules du dix-huitième, qui ont fait celte question, que la partie principale de l'homme n'est pas le corps, mais l'âme. Or, cette âme est douée d'intelligence, de réflexion, de volonté, de liberté, d'action; elle a le pouvoir de réprimer les appétits déréglés du corps, de. penser au présent, au passé et à l'avenir, de communiquer aux autres par la parole ce qu'elle pense, de commander aux animaux, de faire servir à son usage la plupart des ouvrages du Créateur, de le connaître, de l'adorer et de l'aimer; c'est par là que l'homme ressemble à Dieu. Préférerons-nous, comme certains philosophes, de resscmblerauxaniinaux plutôt qu'à Dieu qui nous a fails?
sou'fle à la manière des animaux ; ne croyons pas
cpie notre âme so.t un air subtil, ni une vapeur dé-
le souille que Dieu inspire, et qui porie en lui-
liée
même l'image de Dieu, n'est ni air ni vapeur. Ne croyons pas que notre âme soit une portion de la naiine divine, comme l'ont rêvé quelques philosophes. Dieu n'est pas un tout qui se partage. Quand Dieu aurait des parties, elles ne seraient pas laites : car le Créateur, l'Etre incréé ne serait pas composé de créatures. L'Ame est feue et tellement faite qu'elle n'est rien de la nature divine, mais seulement une chose faite à l'image et ressemblance de la nature divine, une chose qui doit toujours demeurer unie à celui qui i'a formée ; c'esi ce que veut dire ce souille divin, c'esl ce que nous représente cet esprit de vie.
€ Voilà donc l'homme formé. Dieu forme encore de lui la compagne qu'il lui veut donner. Tous les bommes naissent d'un seul maii.igo, afin d'eue à jamais, quelque dispersés el multipliés qu'ils soient, une seule el même famille. »
(t) < La nature, dit llolland, dénuée de sentiment et d'intelligence, a donc produit cet être merveil eux dont la constitution étonne également l'aoalomistc el le philosophe ! la lerre a donc lait l'homme comme le bourgeois gentilhomme fait de la prose, c'esià-dire, sans le savoir ! ces millions de parties qui forment le corps humain ont donc été dispersées jadis sur le globe, se sont renconiiées, on ne sait quand ni comment, se sontentre* heurtées, attirées, repo> ssées ; puis, après bien des essais, se sont rangées loul juste dans le bel ordre où nous les voyons ; ordre qui surpasse loul ce que l'ail a pu produire e( loul ce i[ue l'esprit peut concevoir ! Mais ce n'est pas là le plus étonnant. Ces même-, aiomes, de bruis et de lUOrti qu'ils étaient, ont produit , par leurs combinaisons fortuites, la vie, le sentiment et la lacune de raisonner. Pour s'épargner la peine de former a si grands frais chaque individu , ils se sonl arranges en mâle et femelle, de manière à pouvoir désorni us étend e leur espne par la «die de la généralJ§Hfc/Çtil '"''" ;| 'UU|* impulsions iiicip oques, à
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La manière dont la formation delà femme est racontée dans l'histoire sainte a donné lieu à quelques railleries froides et à des imaginations bizarres qui ne valent pas la peine d'être réfutées ; mais c'est une grande leçon donnée au genre humain. Dieua voulu par là faire connaître à la femme la supériorité de l'homme de qui elle a été formée ; à -l'homme, combien sa compagne doit lui être chère, puisqu'elle est une partie de sa propre substance; à tous les deux, qu'ils doivent conserver entre eu\ l'union la plus étroite, de laquelle dépend leur bonheur et celui de leurs enfants.
Mais en quel étal se trouvaient ces deux créaturesau momenlde leur naissance, quelle était leur félicité dans l'état d'innocence, quelle aurait été leur destinée et celle de leurs enfants, si les uns ni les autres n'a-
leur gravitation mutuelle, que l'on doit l'invention de la parole, des sciences el des arts. Si ce système paraît monstrueux à la r;iison, il faut avouer qu'il plall moins à t'imagina trou que le» brillantes illusions de la mythologie....
i Si la nature ou la matière a produit tous ces Corps organisés, (liantes, animaux et hommes , d'où vient que, depuis qu'on l'observe, el 1*3 ne produit plus rien de pareil? la nature a-l-elle donc changé? pourquoi cette même rencontre d'atomes, qui ni jadis tant de merveilles , n'a-t-elle plus lieu, et pourquoi s'obstine t elle à laisser aux êtres organisés le soin de se reproduiie eux-mêmes?
< Les anciens, oui étaient aussi ignorants en histoire naturelle qu'en physique , pouvaient croire qu'un animal se foi mail comme le sel, par la juxtaposition de différentes molécules réunies eu venu de certaines forces de rapport. 11 leur élail permis de conjecturer qu'une masse de boue, imprégnée el échauffée par les rayons du soleil, peut s'animaliser, loul comme ils se persuadaient i|ue les insectes, les grenouilles, les crapauds et les lézards qu'ils trouvaient dans la fange du Nil, étaient de la boue animée par la chaleur. Mais il est inconcevab'e que, dans le dix -huit lème siècle, après toutes les découvertes des modernes, on n'ait pas honte de parler encore comme les anciens , et d'élayer un système de philosophie sur des erreurs doni le peuple même commence à se moquer. Un animal ne naît que de son semblable, c'est la loi uniforme et invariable de la nature. Rien de ce qui esl organisé ne se forme par opposition, pas même le champignon ni la mousse. La raison s'unit à l'expérience pour rejeter les générations équivoques. Elle nous dit qu'un corps organisé est un tout qui n'a pu se tonner successivement, puisque chaque pa; lie suppose l'existence des autres. C'est un système d'un nombre infini de machines qui correspondent directement, qui ont entre elles des rapports intimes, qui sont laites les unes pour les autres, et dont les forces concourent à un but général. Ce tout se développe et augmente de volume; mais, en tant que machine, il est toujours en petit ce qu'il seia en grand, de sorte que toutes les matières alimentaires ne sauraient y ajouter une libre.
< Imaginons pour un moment que l'av; ugle concours des molécules de la matière inanimée ait réussi à produire un homme, à l'aide des lois de l'impulsion el de l'attraction. Supposons, contre toute vraisemblance, que dis-je? contre toute certitude, que la nature ne sait plus faire aujourd'hui ce qu'elle a su faire en des temps plus reculés. Dévorons enfin toutes les absurdités qui entourent el accablent le système de l'athée; soumettons le bon sens au uicjuijé et l'évidence à l'erreur; qui est-ce
vaient pas péché ? Questions intéressantes, mais sur lesquelles l'Ecriture sainle ne s'est expliquée qu'avec beaucoup de réserve.
Elle nous apprend que Dieu a créé l'homme droit, Eccli. vu, 30, et dans la justice, Ephes. îv , 2V , par conséquent non - seulement exempt de vice, mais encore doué de la grâce sanctifiante qui le rendait agréable à Dieu, Elle nous dit qu'il a été créé immortel, dans ce sens qu'il pouvait s'exempter de la mort en ne péchant pas ; la mort n'étant entréa dans le monde que pnr la jalousie du démon, Sap. ii, 23, et par le péché, Rom. v, 12. Nous voyons aussi, Eccli. xvn, G, que Dieu s'était plu à donner à nos premiers parents loutes sortes de connaissances, en créant dans eux la science de l'esprit, en remplissant lei.r cœur de sentiment, et leur faisant voir les biens et les maux. D'où il suit que l'état du premier homme avant son péché t lait un état très-heureux, quoique son bonheur ne fût pas comple!, puisqu'il pouvait perdre par sa désobéissance la justice dans laquelle il avait été créé, et tous les dons qui y étaient attachés. Un bonheur plus parfait devait être le fruit de sa persévérance libre dans le ben. Nous ne savons pas combien il aurait fallu qu'elle durât pour qu'Adam fût eonfirmé dans la justice et ne pût désormais la perdre.
S'il eût persévéré, ses enfanls auraient eu en naissant la justice originelledans laquelle il avait é!é créé ; mais chacun de ses descendants aurait été pcut-élre assujetti à drs lois, exposé au danger de les violer, et de perdre, comme Adam, tous les privilèges de l'innocence : c'est le sentiment d'Eslius d'après saint Augustin, I. n Sentent., dist. 20, §5. On pourrait encore agiler bien d'autres questions ; mais, puisque l'Ecriture se lait, n'imitons pas la curiosité téméraire de notre premier père : n'approchons pas de l'arbre de la science pour y chercher un fruit qui nous est défendu.
Pourquoi, demandent les incrédules après les manichéens, pourquoi imposera l'homme une loi, et lui faire une défense, lorsque
qui animera cet androïde, cette matière organiquement disposée par les mains du hasard? qui est-ce qui lui donnera la faculté de sentir, de pemer, déjuger et de faire des abstractions? comment est-ce que la nature donnera l'intelligence et le sentiment, n'ayant ni sentiment ni intelligence? Hélas ! elle n'est qu'impulsion el gravilaiion ; et il lui est aussi impossible aV produire par là une seule pensée, qu'il l'est au néant de créer un seul atonie.
« Les matérialistes croient, en toute s'mpliciléde cœur, que le sol de la Laponie a produit le renne, parce que cet animal esi indigène à ce pays, el qu'il ne peut v.vre dans un climat plus doux. Que ditesvous de l'argument ? Voyez- vous ces vers qui fourmillent dans les cavités d'un vieux fromage? Ifs y trouvent une nourriture el une chaleur qui leur couvrent ; donc c'est ce fromage qui les a produits. Une telle conclusion est fort bonne pour l'enfant qui a mangé le fromage sans se soucier du ver; mais elle étonne dans un philosophe qui se donne pour capable de creuser les idées, et «l'interpréter la nature. » (llolland, liéflex. pliitos. sur le syst. de lu nul. , c G). — Une simple réflexion a sufli pour faire justice de ces misérables sophismes.
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Dieu «avait bien qu'elle serait violée ? Parce que l'homme créé libre était capable d'obéissance, el qu il la devait à son Créateur. C'est par sou libre arbitre, autant que par son inlelligence, que l'homme est distingué des animaux; il était juste que Dieu exigeât de lui un témoignage de soumission, eu reconnaissance de la vie et des autres bienfaits qu'il lui avait accordés. Dans tous les éiats possibles, il est de l'ordre que le bonheur parfait ne soit pas un don de Dieu purement gratuit, mais une récompense réservée à l'obéissance de l'homme el à la vertu : aucun argument des incrédules ne peut prouver le contraire ; la prévoyance que Dieu avait de la désobéissance future lïAdam ne devait déroger en rien à cet ordre éternel , infiniment juste el sage.
Un effet, dit saint Augustin, pourquoi Dieu ne devait-il pas permettre qu'Adam fût tenté et succomba'? Il savait que la chute de l'homme et sa pun lion seraient pour ses descendants un exemple qui servirait à les rendre plus obéissants ; que de cette race même pécheresse naîtrait un peuple desaiuts qui, avec la grâce divine, remporteraient à leur tour sur le démon une victoire plus glorieuse. Si donc cet esprit malicieux a semblé prévaloir pour un temps par la chute de l'homme, il a été vaincu pour l'éternité par la réparation de l'homme. L. 1 contra <.dvers. leg. et proph., n, 21 el 23. De Civ. Dci, I. xiv, c. 27. DeCatec!). ruiib.. c. 18.
Lorsque les incrédules demandent encore pourquoi Dieu a interdit à notre premier père le fruit qui donnait la connaissance du bien el du mal, Us affectent de ne pas entendre de quelle connaissance il est question. Ailam connaissait déjà le bien et le mal moral ; l'Kcrilure nous apprend que Dieu la lui avait donnée. Eccli. xvu, G; autrement il aurait été aussi incapable de pécher que les enfants qui n'ont pas encore atteint l'âge de discrétion : mais il n'avait point encore la connaissance du mal physique, puisqu'il n'eu avait éprouvé aucun ; il n'avait aucune idée de la honte et du remords que cause la conscience d'un crime. 11 les sentit après son péché; il fut en étal de comparer le bien-être et la douleur : telle est la connaissance expérimentale de laquelle Dieu vou ail le préserver. Il ne s'ensuit donc pas qu'il y ail eu un arbre dont le fruit avail la vertu de faire connaître le bien et le mal (1).
C'est une nouvelle témérité, de la part des incrédules, de soutenir qu'il y a eu de l'injustice à rendre Adam maître du sorl de sa postérité. C'esl la condition naturelle de I humanité ; et tel esl l'ordre établi dans toutes les société, politiques. Un père, par sa mauvaise conduite, peut réduire à la misère ses enfants nés et à naître ; il peul les déshonorer d'avance par un crime ; il peul, dans les pays où l'esclavage est établi, les réduire à
(I) Bergier répond à ses adversaires par le moyen de l'allégorie. N"«is croyons que c'et»t un défaut : car nue lois placé sur la pente de l'allégorie, on arrive facilement à fausser lonles Ici croyances. Voi/. Herméiumihe, Allégorie.
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cette condition en vendant sa liberté. Il est du bien de la société que cela soii ainsi, afin d'inspirer aux pères plus d'horreur des crimes qui peuvent avoir pour leurs enfants des suites si terribles, et plus de reconnaissance aux enfants envers un père qui, pat la sagesse de ses mœurs, les a mis à couvert de ce malheur.
Dieu, Continuent nos adversaires, pouvait prévenir le péché de l'homme par une grâce efficace, sans nuire à son libre arbitre ; s'il ne devait pasceltegrâce à l'homme, du moins il la devait à lui-môme el à sa bonté infinie. Ne donner â l'homme dans cette circonstance qu'un secours inefficace dont Dieu prévoyait l'inutilité, c'était plutôt lui faire du mal que du bien.
Ce raisonnement, s'il était solide, prouverait que Dieu, en vertu de sa boulé infinie, ne peut donner à aucun homme une grâce dont il prévoit l'inefficacité, et ne peut permettre aucun péché ; mais ilporiesurtroisou quatre suppositions fausses. La première, qu'un moindre bienfait, comparé à un plus grand, n'est plus un bien, mais un mal. La deuxième, que de deux bieufaits inégaux, Dieu se doit à lui-même d'accorder toujours le plus grand, ce qui va droit à l'infini. La troisième, que plus Dieu prévoit de résistance delà pari de l'homme, plus il est obligé d'augmenter la grâce ; comme si la malice de l'homme était un litre qui lui donnedroitaux grâces de Dieu. La quatrième, qu'il faut raisonner de la bonté de Dieu jointe à une puissance infinie, comme de la bonté de l'homme qui n'a qu'un pouvoir très-borné. Toutes ces absurdités n'ont pas besoin d'une plus longue réfutation.
Une grâce inefficace, ou de laquelle Dieu prévoit l'inefficacité, est sans doute un moindre bienfait qu'une grâce dont il prévoit l'efficacité; mais il esl faux que la première soit un mal , un don inutile ou pernicieux, un piège tendu à l'homme, etc. Ui\ secours, qui donne à l'homme toute la force nécessaire pour le rendre maître de son choix el de son action, ne peut sous aucune face être envisagé comme un mal.
Ce que l'historien sacré dit de la tentation d'Eve et de ses suites a fourni aux incrédules de quoi exercer leur malignité. Cette narration leur paraît renfermer plusieurs absurdités : que le serpent soit le plus rusé do tous les animaux ; qu'il ail eu une conversation suivie avec la femme, el qu'elle se soit laissé tromper; qu'il soit plus maudit que les autres animaux, pendant qu'il y a des peuples qui lui rendent un culte ; qu'il n'ait rampé sur son venlrc que depuis ce tempslà ; qu'il mange de la terre, clc.
l'ar ces réflexions mêmes, les censeurs de l'histoire sainle prouvent, ou que Moïse était un insensé, ou qu'il y a un sens caché sous l'écorce de celle histoire. C'est ce que nous soutenons , et un célèbre incrédule l'a reconnu. De la manière, dit-il, dont I historien raconte ce funeste événement, il parait bien que son intention n'a pas été que nous sussions comment la chose s'était passée, et
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cela seul doit persuader à toute personne raisonnable que la plume de Moisc a été sous la direction particulière du Saint-Esprit. En effet, si Moïse eût été le maître de ses expressions et de ses pensées, il n'aurait jamais enveloppé d'une façon si étonnante le récit d'une telle action; il en aurait parlé d'un stxjle un peu plus humain et plus propre à instruire la postérité ; mais une force majeure, une sagesse infinie le dirigeait de telle sorte qu'il n'écrivait pas selon ses vues, mais selon les desseins cachés de la Providence. Bayle, I\'ouv., juin 1G86, art. 2, p. 592.
Est-il vrai d'ailleurs que son récit renferme des absurdités? l°Nous ne connaissons pas assez les différentes espèces de serpents, pour savoir jusque quel point ces animaux sont rusés et industrieux ; ceux qui entendent parler des castors pour la première fois, sont tentés de prendre pour des fables ce que l'on en raconte. 2° Il est constant que ce fut le démon qui emprunta l'organe du serpent pour converser avec E*e, et cette femme n'avait pas encore assez d'expérience pour savoir si un animal était capable ou incapable de parler. 3° 11 n'est pas moins vrai qu'en général nous avons horreur des serpents, et qu'il n'y a qu'une longue habitude qui puisse accoutumer des peuples à demi sauvages à se familiariser avec quelques espèces de ces animaux, fe Si l'on en croit les voyageurs et les naturalistes, il y a des serpents ailés qui s'élèvent dans les airs ; il n'est donc pas certain que toutes les espèces aient toujours rampé sur leur ventre. On dit encore qu'il y en a qui sont d'une beauté singulière, et l'on en a vu de très-apprivoisés. Enfin, si les serpents ne mangent pas la terre, ils semblent du moins avaler la poussière et les ordures en cherchant les insectes dont ils se nourrissent. Il n'y a donc rien d'absurde ni de ridicule dans la narration de Moïse.
Une question plus importante est de savoir si Dieu a puni trop rigoureusement le péché à' Adam, comme le supposent les incrédules. La faute, disent-ils, fut légère, et le châtiment est terrible : être condamné, pour toute cette vie, au travail et aux souffrances ; éprouver sans cesse la révolte de la chair contre l'esprit, et des passions contre la raison ; avoir continuellement sous les yeux la mort qu'il faut subir, et un supplice éternel dont nous sommes menacés, et cela pour un prétendu crime qui n'est, dans le fond, qu'une légère désobéissance ; y a-t-il de la proportion entre le péché et la p< ine ?
Nous répondons, en premier lieu, qu'il est absurde de vouloir juger de la grièveléde la faute A' Adam autrement que par le châtiment que Dieu en a tiré ; avons-nous assisté au conseil de Dieu, qu avons-nous vu ce qui s'est passé dans l'âme d' Adam, pour savoir jusqu'à quel point il a été criminel ou excusable? La facilité de l'obéissance, dit saint Augustin, est précisément ce qui, dans les circonstances, aggrave la faute d'Adam. En second lieu, les misères de cette vie, la concupiscence même, sont une suite de notre nature : l'exemption de la mort, la soumis-
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sion entière de la chair à l'esprit, était une grâce que Dieu ne devait pointa nos premiers parents, ainsi que nous !e prouverons à l'article Nature pure; il a donc pu, sans injustice, en priver l'homme coupable et ses descendants. En troisième lieu, l'on n'est pas obligé de croire, puisque l'Eglise ne l'a pas décidé, que les enfants souillés du péché originel sont tourmentés par des supplices. Ils n'entreront pas dans le royaume du ciel ; mais il n'est pas dit que le lieu où ils seront sera pour eux un lieu de tourments. Nous discuterons cette question au mot Baptême.
Les péchés actuels, qui fonJ. perdre la grâce, seront punis, il est vrai, par des supplices éternels ; mais ces péchés ne sont pas des châtiments de la faute d'Adam, ce sont des maux que nous nous faisons volontairement â nous-mêmes par des vices et des habitudes que nous avons contractées trèslibrement, et dont il ne tiendrait qu'à nous de nous préserver. Enfin, quand on parle da la faute d'Adam et de la punition, il faudrait ne pas oublier la manière dont Jésus-Christ l'a réparée par la grâce de la rédemption.
C'est en démontrant, par l'Ecriture sainte, l'excellence, la plénitude, l'universalité de celte grâce, que les Pères de l'Eglise ont répondu aux objections des marcionilcs et des manichéens, qu'ils ont prouvé aux ariens la divinité de Jé>us-Christ, qu'ils ont réfuté les pélagiens, qui, dans leur système, réduisaient à rien la rédemption, comme font encore aujourd'hui les sociniens.
Ils nous font remarquer d'abord que la promesse de la rédemption est aussi ancienne que le péché. Avant de condamner Adam aux souffrances et à la mort, Dieu avait déjà lancé la malédiction contre le serpent, et lui avait dit : La race de la femme t'écrasera la tête. C'est, disent les Pères, en vertu de celte promesse et des mérites du Rédempteur, que Dieu n'a condamné Adam et sa postérité qu'à une peine temporelle; ainsi la rédemption future a commencé d'opérer son effet au moment même qu'elle a été promise. Voy. Proto-évangile, Rédemption.
2° Ils nous représentent que les souffrances el la mort sont l'expiation du péché et un sujet de mérite en vertu de la passion du Sauveur; d'où ils concluent que la condamnation de l'homme a été sous ce rapport un acte de miséricorde de la part de Dieu. Jésus- Christ, dit saint Paul, a été les amertumes de la mort, en nous assurant une résurrection semblable à la sienne. 1 Cor. xv,55. Voy. Mort, Souffrance.
3° Ils observent que la grâce, répandue avec abondance par Jésus-Christ, nous rend victorieux de la concupiscence ; que par ce combat la vertu devient plus méritoire, et digne d'une récompense aussi grande que celle qui était destinée à notre preniier père. Par ces différentes considérations, nos saints docteurs font comprendre la dignité à laquelle notre nature a été élevée par son union avec le Verbe divin ; ils montrent la grandeur du ma) par la puissance du remède.
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