‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 22 sur 183 · AI) A · texte numérisé non relu

AI) A

Selon l'histoire sainte, la pénitence d'Adam a été fort longue : il a vécu neuf cent trente uns. Oen. v, 5. Dieu lui accorda celte longue \ie, afin de perpétuer parmi ses descendants la certitude des grandes vérités dont il avait été témoin, ou qu'il avait reeues de la propre bouche de Dieu même : les hommes pouvaient-ils avoir un maître plus respectable et plus digne de foi? Mais, sans la promesse qui lui avait été laite d'un réparateur, il aurait été souvent tenté de se livrer au désespoir, en vo)anl le déluge de maux de toute espèce que sa faute a>ail fait tomber sur la terre.

Aucun des pères de l'Eglise n'a douté du salut d'Ada ;i ; tous ont clé persuadés qu'il a été sauvé par Jésus-Christ. Saint Augustin dit que c'est la croyance de l'Eglise, el l'on a taxé d'erreur Tai en el les enrratites, qui ne voulai nt pas admettre cette vérité.

On a même cru, dans les prenvors siècles, i\u'Adam avait été enterré sur le Calvaire, el que Jésus-Christ avait été crucifié sur sa sépulture, afin que le sang versé pour le salut du monde purifiât les restes du premier pécheur. Quoique celle tradition ne paraisse fondée que sur un pa^saga de l'Ecriture mal entendu, elle altiste toujours la haute idée qu'avaient nos anciens maîtres de l'étendue et de l'efficacité de la rédemption.

Il paraît que certains théologiens l'avaient profondément oubliée, lorsqu'ils ont dit que le poché originel ou la chute à1 Adam est la clef de tout le syslèm? du christianisme, le premier anneau auquel lient toate la chaîne de la révélaiion : il aurait fallu dire au moins: Le péché originel efl'ucé et pleinement réparé par Jésus-Christ. S. us le dogme fondamental de la rédemption, celui du péché originel pourrait nous inspirer de la crainte , des regrets, de la douleur , peut-être le désespoir; il n'exciterait en nous ni reconnaissance, ni confiance, ni amour de Dieu, sentiments dans iesiiuels consiste la religion. Au mol Péché originel, nous ferons voir que la croyance de l'un de ces dogmes ne peut pas subsister sans celle de l'autre.

Quelques auteurs ont pensé que Platon avait eu connaissance de la chute d'Adam, cl qu'il l'avait apprise par la lecture dos livics de Moïse. Eusèbe, dans sa Préparation évangélique, liv. xn, c. 11, cite une fable tirée des Symposiaquos de Platon, dans laquelle Cille histoire semble être rapportée d'uni? manière allcg nique; mais cette allusion n'est ni fort sensible, ni absolument certaine. Au temps de Platon, les livres de Moïse n'étaient pas encore traduits en grec, el ce philosophe n'avait point de connaissance de l'hébreu. Ou sait d'ailleurs que les Juifs ne montraient pas aisément leurs livres aux païens. 11 faut juger de même de la fable de Pandore, que quelques-uns ont prise pour une altération de l'histoire de la chute d Adam.

ADAMITESouADAMIENS, secte d'anciens hérétiques, qu'on croit avoir été on rejeton

«les hasili liens et des e irpocralions, sur :u lin d ir siècle.

Selon saint Eniphane, ils prirent le nom à'ada77iites, parce qu'ils prétendaient avoir été rétablis dans l'état de nature innocente, être tels qu'Adam au momenlde sa création, et par conséquent devoir imi!er sa nudité, ils détestaient le mariage , soutenant que l'union conjugale n'aurait jamais eu lieu sur la terre sans le péché, et remaniaient la puissance des femmes en commun comme un privilège de leur prétendu rétablissement dans la justice originelle. Quelque incompatibles que fussent ces dogmes infâmes avec une vie chaste, quelques-uns d'eux ne laissaient pas de se vanter d'être continents, et assuraient que si quelqu'un des leurs tombait dans le péché de la chair, ils le chassaient de leur assemblée, comme Adam et Eye avaient clé chassés du paradis teireslre pour avoir mangé du fruit défendu ; qu'ils se regardaient comme Adam el Eve, el leur temple comme le paradis. Ce temple, après ton!, n'était qu'un souterrain, une caverne oit euf", ou i\n poêle dans lequel ils entraient tout nus, hommes et femmes, el là , tout leur était permis, jusqu'à l'adultère et à l'inceste, dès que l'ancien ou le chef de leur société avait prononcé ces paroles de la («enèse, ci, y.1-L,Crescitect mutliplicmnini. Théodoret ajoute que, pour commettre de pareilles actions, ils n'avaient pas même d'égard à l'honnêteté publique, el imitaient l'impudence des cyniques du paganisme. Tertullien assure qu'ils niaient, avec Valenliu, l'unité de Dieu, la nécessité de la prière, et traitaient le martyre de folie el d'extravagance. Saint Clément d'Alexandrie dit qu'ils se vantaient d'avoir des livres seercis de Zoroaslre; ce qui a fait conjecturer à M. de Tillemonl qu'ils étaient livrés à la magie. Tom. Il, pag. 280.

Celle secte infâme fut renouvelée dans le xne siècle par un certain Tendème, connu encore sous le nom de Tanchelin, qui sema ses erreurs à Anvers, sous le règne de l'empereur Henri V. Les principales étaient , qu'il n'y avait poiol de distinction entre les prêtres el les laïques, et que la fornication cl l'adultère étaient des actions saintes et méritoires. Accompagné de trois mille scélérats armés, il accrédita cette doctrine par son éloquence el par ses exemples; sa socle lui survécut peu, et fut éteinte par le zèle de saint Norbert.

D'autres adamiles reparurent encore dans le x:\' siècle, SOUS Te nom de tw lupins et de p<tuvi es frères, dans le Dauphiué cl la Savoie. Ils soutenaient que l'homme, arrivé à u i Certain étal de perfection, était affranchi do la loi des passions, et que, bien loin que la liberté de l'homme sage consistât à n'être pas soumis à leur empire, elle consistai! au contraire à secouer le joug des L>is divines. ils <:l aient tout nus, ei commettaient en

plein jour les actions les plus brûlâtes. Le roi Charles V en fil périr plusieurs par les flammes : on brûla aussi quelques-uns de leurs livres à Paris, dans la place du marche aux Pourceaux, Lors de la rue Saint- Ilonoi c.

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