‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 32 sur 183 · LE · texte numérisé non relu

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Outre le sens allégorique de l'Ecriture sainte, les interprèles y distinguent encore un sens tropologique, qui regarde les mœurs, et un sens anagogique, qui concerne les récompenses que Dieu nous promet dans l'autre vie. Voyez Ecriture sainte, § 3.

De là quelques incrédules ont pris occasion de conclure que les auteurs sacrés ont écrit exprés dans un style énigmalique, afin de tromper les auditeurs et les lecteurs : conséquence très-peu réfléchie. Quand nous disons que l'Ecriture sainte a souvent un sens allégorique ou figuratif, nous ne prétendons pas que les écrivains sacrés oui eu toujours en vue un double suns. Il n'est pas certain que Moïse, en parlant des deux enfants d'Abraham, a compris que l'un était une figure du peuple juif, l'autre du peuple chrétien ; ni qu'en portant la loi dont nous avons parlé, il pensait à pourvoir à la subsistance des prédicateurs de l'Evangile. Il peut avoir ignoré le dessein que Dieu avait tu lui faisant écrire cette histoire et porter

celte loi; et Dieu s'est réservé de le révéler aux écrivains du Nouveau Testament. Moïse n'a donc péché ni contre la sincérité d'un historien, ni contre la sages-e d'un législateur. Il en est de même des prophètes et des autres historiens sacrés ; tous peut-être n'ont eu en vue que le sens littéral; mais cela n'empêche pas que Dieu n'ail pu nous découvrir, sous l'écorce de la lettre, un autre sens, ou par Jésus-Chris!, ou par les apôtres, ou par les docteurs de l'Eglise. Il ne s'ensuit pas de là que Dieu a Irompé les écrivains sacrés, ni qu'il a voulu induire en erreur les Juifs, dépositaires des Ecritures ; il s'ensuil seulement qu'il n'a pas révélé à ces anciens tout ce qu'il se proposait de faire dans la suite des siècles.

Nous lisons dans l'Evangile, Joan. xi, k9, que Caïphe dit aux prêtres et aux pharisiens rassemblés, en parlant de Jésus-Christ : Vot$i n'y entendez rien; vous ne voyez pas qu'il est expédient pour vous que cet homme meurs pour le peuple et pour que toute la nation ne périsse point. L'Evan„ile ajoute : Caiphz ne dit point cela de lui-même; mais, comme il était pontife, il prophétisa que Jésus mourrait non-seulement pour le peuple, mais pour rassembler tous les enfants de Dieu. Caïphe fil donc une prédiction sans le savoir; son discours fut une allégorie dont il ne comprenait pas tout le sens. Mais soit que les écrivains de l'Ancien Testament aient compris tous le sens de ce qu'ils disaient, ou qu'ils n'en aient vu qu'une partie, ils n'ont été ni trompeurs ni trompés.

C'est une question de savoir si, dans le dessein de Dieu, toute la loi de Moïse était figurative; si l'on peut el si l'on doit donner à tous les événements de l'Ancien Testament un sens allégorique, el les envisager comme autant de types et de figures de ce qui arrive dans le iNouvcau. Nous examinerons celte question au mot Figure el Figurisme.

Non-seulement plusieurs incrédules, mais quelques auteurs chrétiens, ont pensé que les anciennes prophéties ne pouvaient être appliquées à Jésus-Christ que dans un sens allégorique; que dans le sens littéral elles regardaient d'autres personnages el d'autres événements. Nous prouverons le contraire au mot Prophétie.

De même que les anciens , surtout les Orientaux, aimaient à parler en paraboles, ils avaient aussi du goût pour les allégories; ils se plaisaient à trouver dans un événement quelconque la figure d'un autre événement. Un de nos philosophes, très - appliqué à tourner en ridicule les livres saints, est convenu qu'une ancienne coutume de l'Orient était non-seulenienl de parler en allégories, mais d'exprimer, par îles actions singulières, les choses qu'on voulait signifier, et de peindre aux yeux des auditeurs les objets dont on voulail leur frapper l'imagination. Rien n'était, dit-il, plus naturel; car les hommes n'ayani écrit longtemps leurs pensées qu'en hiéroglyphes, ils devaient prendre l'habitude de parler comme ils écrivaient.. Nous ne devons donc pas être étonnés de ce

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que Dieu a souvent ordonné iiu\ prophètes des actions qui semblaient ridicules, mais qui étaient très-capables d'exciter l'attention des spectateurs, et qui renfermaient beaucoup de sens.

Ainsi, le prophète Isaïe marche au milieu de Jéiusalem avec la nudité des esclaves, pour annoncer aux Juifs leur sort futur, Isaïe, c. 20; Jérémie met un joug sur ses épaules, pour leur montrer d'avance celui qui leur sera imposé par Nabuchodonosor ; il envoie des chaînes aux rois de lldumée, de Moab et de Tyr, symbole de celles dont ils étaient menacés. Dieu ordonne à Osée d'épouser une prostituée, de l'abandonner pendant quelque temps, et de la reprendre ensuite, pour peindre la conduite de Dieu à l'égard de la nation juive, etc. C'étaient des allégories Irèsfrappanles, et l'on en trouve quelques exemples dans l'histoire profane.

Puisque telle était la tournure des mœurs antiques, il n'est pas surprenant que les Juifs «lient souvent donné un sens allégorique aux l'a ts de l'histoire sainte. Saint Paul l'a fait p us d'une fuis; les Pères de l'Eglise les plus anciens l'ont imité, parce que celte manière d'instruire était du goût de leurs auditeurs. Mais les prolestants leur en font un crime; il> disent que cette méthode, ridicule en ellemême, n'est bonne qu'à pallier l'ignorance du prédicateur, à faire passer des visions pour des vérités importantes, à donner aux auditeurs un goût faux, à les détourner de la recherche du sens litléral et naturel de l'Ecriture sainte. Tel est le jugement qu'en n porté Barbeyrac, Traité de la morale des Pères, cliap. 7, § 6 et suiv. 11 soutient que l'exemple des apôtres ne peut pas servir à justifier les Pères,

1° Les apôtres, dit-il, ont fait rarement usage des allégories , et les Pères s'en servent continuellement; les premiers y ont recours , plutôt pour montrer, dans l'Ancien Testament , les mystères de Jésus-Christ , que pour en tirer des leçons de morale ; à peine en trouve-ton deux ou trois exemples dans saint Paul, au lieu que les Pères n'en donnent presque point d'autres.

Cependant saint Matthieu a pris dans un sens allégorique au moins vingt prophéties de l'ancien Testament : c'est un reproche que lui font les incrédules; et Barbeyrac , sans le savoir, a pris la peine de te confirmer. Saint Paul a tourné on leçon de morale, uon-seulement la loi du Ueutéronome , dont nous avons parlé, et celle qui défendait de se servir du pain levé dans la célébration de la pâque, mais encore la loi de la circoncision , celle du sabbat , celle des ablutions , celle des abstinences, les promesses faites à Abraham, les reproches et les menaces adressés aux Juifs par Isaïe , etc. Les Juifs modernes eu font un crime à saint Paul ; ils disent que c'est un expéJient imagine par cet apôtre, pour exempter ses pro:vélytes de l'observatiou de la loi cérémonielle. Il est fâcheux que Barbe, rac n'ait pas vu qu'il autorisait l'entêtement des Juifs.

iiaiut Pierre, Episl. /, cap. u, v.G, tourne

en Ipçon de morale la prophétie d'Isaïe , c. vi i, v. 14, concernant la pierre angulaire qui écrase les incrédules ; celle d'Osée, c. il, v. 2Ï, qui regarde les Juifs rentrés en grâce avec Dieu ; l'exemple des pécheurs exterminés par le déluge, et il compare le baptême à l'arche de Noé, c. ni, v. 20, etc. Ces sortes de leçons ne sont doue pas aussi rares dans les écrits des apôtres que Barbeyrac le prétend.

2° Il dit que, comme les écrivains sacrés étaient inspirés, nous devons les croire , lorsqu'ils nous découvrent un sens allégorique, dans un fait ou dans une loi , où nous ne l'aurions pas aperçu; mais qu'ils n'ont commandé à personne de faire de même, et qu'ils n'ont donné aucune règle pour découvrir ces sortes de sens; qu'ainsi ce sont des explications arbitraires et de vaines imaginations.

Nouvelle imprudence : comment n'a-t-il pas vu que les incrédules se prévaudraient encore de celte remarque et la tourneraient contre les apôtres mêmes? En effet, les incrédules disent que l'inspiration prétendue ne peut p<is rendre réel ce qui est imaginaire, ni respectable ce qui esl ridicule, ni justifier un sens auquel il est évident que le législateur des Juifs et leurs prophètes n'ont jamais pensé : c'est à Barbeyrac de prouver le contraire. Il s'ensuit seulement de son observation que les explications allégoriques données par les Pères ne sont pas des articles île foi ; et qui l'a jamais prétendu ? Les apôtres n'ont pas commandé ces explications, mais iis ne les ont pas défendues non plus t puisque saint Barnabe et saint Clément eu ont fait un grand usage; nous devons présumer que ces deux disciples immédiats des apôtres connaissaient pour le moins aussi h en les intentions de leurs maîtres, que les critiques protestants du xvir3 ou du xviu' siècle.

3J Les apôtres, continue le censeur des Pères, ont donné des sens allégoriques à l'Ecriture sainte, par condescendance pour les Jusfs qui avaientdu goût pour ce genre d'instruction ; mais ce n'est pas un exemple à suivre : ce goût esl pernicieux en lui-même, parce qu'il nous détourne de la recherche du sens littéral et vrai de la parole de Dieu.

Nous n'avouerons jamais qu'un genre d'instruction duquel les apôtres se sont servis, soil pernicieux en lui-même; mais nous soutenons que les Pères l'ont mis en usage par le même motif, par condescendance pour leurs auditeurs. En effet, après saint Barnabe et saint Clément de Borne , les deux Pères de l'Eglise qui y ont été le plus attachés sont saint Clément d'Alexandrie ci Or i gène ; l'un el l'autre instruisaient et écrivaient en Egypte : or, les Juifs d'Alexandrie étaient très -accoutumés aux explications allégoriques de l'Ecriture sainte , témoin les ouvrages de Philon. Les Egyptiens en général n'y étaient pas moins habitués par l'usage de leurs hiéroglyphes.

Une autre preuve du motif qui a conduit les Pères , c'est qu'ils ue se bornent point au

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sens mystique ou allégorique de l'Ecriture sainte. Origène, avant d'y avoir recours , donne assez souvent l'explication littérale du texte, et l'on connaît les travaux entrepris par ce savant homme pour confronter le texte hébreu avec les versions. Saint Grégoire de Nysse , après avoir tiré de la loi de Moïse un grand nombre û'al égories, conclut ainsi : Ce que nous venons de proposer se réduit à des conjectures ; nous les abandon' tions au jugement des lecteurs : s'ils les rejettent, nous ne les réclamerons point; s'ils les approuvent , nous n'en serons pcw pour cela plus contents de nous-mêmes (L. de Yita Mosis, p. 223). Saint Augustin , peu de temps après sa conversion , avait écrit deux lnres sur la Genèse contre les manichéens , où il avait donné des raisons allégoriques de la plupart des faits, parce que je ne voyais pas, dit-il, comment on pouvait les entendre dans le sens propre. Mieux instruit dans la suite , il fil un autre ouvrage sur la Genèse, prise dans le sens littéral , de Genesi ad litteram. La bonne foi aurait exigé que Beausohre fit cette remarque, avant de censurer saint Augustin, Hist. du Manich., tom. 1 , I. i, c 4 , pag. 283.

C'est donc très-mal à propos que l'on blâme les Pères de l'h'glise ; voudrait-on qu'ils eussent pris une autre méthode d'instruire , qui aurait déplu à leurs auditeurs , et qui n'aurait pas été écoutée ? Juger du goût des ii" et iue siècles de l'Eglise par celui du xvm , c'est une absurdité. En second lieu, les Pères ne pensaient point à former des savants , mais des chrétiens vertueux ; ils voulaient les accoutumer à chercher dans les livres saints, non de l'érudition ou des connaissances profanes , mais des leçons de morale et des sujets d'édificalion ; nous soutenons qu'ils n'avaient pas tort. Grâces à l'entêtement des hérétiques et des incrédules, ce n'est plus là ce qu'on veut aujourd'hui , il faut des remarques grammaticales, critiques, historiques, philosophiques, de la chronologie, de la géographie, de la physique et de l'histoire naturelle, pour expliquer les livres saints. Nous sommes sans doute, dans tous les genres, plus habiles que nos pères, en sommes-nous meilleurs chrétiens? Ces savantes discussions sont-elles à portée du peuple?

Or, c'est principalement le peuple que les Pères devaient et voulaient instruire. L'événement suffit pour nous convaincre qu'ils ont mieux réussi que leurs accusateurs. Les savants commentaires des protestants n'ont abouti qu'à multiplier parmi eux les disputes, les sectes, les erreurs ; ceux des Pères de l'Eglise formaient des hommes vertueux et des saints.

Ce qu'il y a de plus singulier, c'est que les protestants , qui censurent avec tant d'aigreur le goût des anciens Pères pour les allégories , sont cependant très-attentifs à profiter des explications allégoriques que saint Clément d'Alexandrie, Origène et Tertullien tint données quelquefois aux paroles de Jésus-Christ louchant l'Eucharistie.

Mais il esi bon de voir combien leur prévention contre les Pères a donné d'avantage aux incrédules. C'est mal à propos , dit l'un d'entre eux, que les apologistes du christianisme ont voulu prouver aux païens l'absurdité de leur religion par la nécessité de recourir à des allégories pour dissiper te sci nia le de leurs fables ; ne sommes -nous pas dans le même cas à l'égard de la plupart de-i faits de l'Ancien Testament? Les Pères de l'Eglise l'ont senti, puisque tous ont allégorisé et sont convenus que .sans cette méthode il était impossible d'entendre l'Ecriture sainte. Il cite en preuve saint Clément d'Alexandrie, Origène , ïerluliien et sainl Augustin. La fureur pour les allegori s a fait diviniser le cantique de Salomon ; lis mahnmétins font de même pour pallier les absurdités de l'Alcoran.

Vainement nous demanderions a'-ix censeurs des Pères une réponse solide à celte objection ; ce n'est pas chez eux que nous irons la chercher. Les actions infâmes et scandaleuses racontées dans les fables étaient attribuées aux dieux ; pouvail-on les condamner ou les blâmer? S'il y en a dans l'histoire sainle, elles sont attribuées à des hommes, elles ne sont point approuvées , souvent même elles sont punies ; cela est fort différent. Les hommes ne sont pas impeccables, mais les dieux devaient l'être ; toutes les actions des premiers ne sont pas des exemples à suivre ; mais pouvail-on être coupable en imitant les dieux? Nous n'avons donc pas besoin d'allégories pour expliquer l'ivresse de Noé, l'inceste de Loth avec ses filles, le mensonge que Jacob dit à son père pour avoir sa bénédiction, l'adultère et l'homicide de David , elc. , puisque nous ne sommes pas obligés de les justifier.

Nous avons vérifié les citations des Pères que l'on nous oppose ; la plupart sont fausses : voici tout ce qu'il y a de vrai.

S . i ii t Clément d'Alexandrie, Strom., I. u , c. L), pag. 481, dit que la manière dont Dieu en a agi à l'égard d'Adam , de Noé , d'Abraham, de Jacob et d'Esaù , était prophétique et typique; c'est aussi le sentiment île saint Paul à l'égard des deux derniers. Sainl Clément conclut par les paroles de Jacob : Parce que Dieu a eu pitié de moi, il m'a donné tout ce que je possède, I. vi,c. 15, pag. 803. Il observe que, selon l'Evangile , Jésus- Christ ne parlait qu'en paraboles; il conclut que, puisque Jésus-Christ est aussi l'auteur de la loi et des prophètes , il y a parlé de même en paraboles. Sainl Clément en donne pour raison, 1° que par là Dieu a voulu exciter notre vigilance et notre curiosité ; 2" parce que plusieurs auraient abusé d'un style plus clair; 3' parce que c'était la manière d'enseigner la plus ancienne et la plus générale ; k" parce que le style des Hébreux est ordinairement figuré. Mais il ajoute que les homin s vraiment intelligents sont ceux qui entendent l'Ecriture sainle selon lu règle ecclésiastique. Il n'admettait donc pas les explication» arbitraires, cl il ne s'ensuit pus do

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là <|ue lout est parabole ou allégorie dans l'Ecriture sainte.

Origènc, parlant de la distinction des animaux purs et impurs , Homil. 7 in Leiit. , n° 5, dit que si on l'entend comme les Juifs et comme le peuple, les lois que Dieu a portées sur ce sujet paraîtront moins raisonnables et moins respectables que celles des Athéniens , des Spartiates ou des Romains ; mais que- si on les entend selon le sens qu'enseigne l'Eglise , elles paraîtront vraiment divines et supérieures à toutes les lois humaines. L. u in Epist. ad Rom., n. 9. Il demande que peuvent avoir de commun avec la loi naturelle celles qui ordonnent la circoncision , qui défendent de faire un tissu de lin et de laine, ou de manger du pain levé à la fêle de Pâques. Il dit qu'ayant demandé à •'es Juifs la raison et l'utilité de ces lois , ils ne lui en ont point donné d'autre que le bon plaisir du législateur. Il ne s'ensuit pas de là qu'Origène voulait que l'on prît aussi dans un sens allégorique les autres lois dont la raison était dure et sensible , et les lois morales contenues dans le Déialogue. Il nous paraît que l'on a jugé ce Père un peu trop sévèrement , quand on a conclu de là qu'il détruisait souvent le sens littéral de l'Ecriture sainte ; ce n'était pas le détruire que d'avouer qu'il ne le voyait pas.

Tertullicn, liv. v contre Marcion , c. 5, dit que rien ne paraît pins ridicule ni plus méprisable que les sacrifices sanglants, les purifications, la loi du talion , la circoncision , les abstinences ; qu'aussi tout hérétique tourne en dérision l'ancien Testament dans son entier; nais que Dieu a voilé sous ces énigmes et sous ces figures une sagesse qui devait être révélée par Jésus-Christ. Cependant Tertullicn, dans ce même ouvrage, donne de très-bonnes raisons des abstinences prescrites aux Juifs , de la distinction des animaux purs et impurs, de la multitude des sacrifices et des offrandes. Lors donc qu'il a dit que tout cela pris à la lettre était ridicule et méprisable, il a entendu que cela paraissait tel aux hérétiques, et non aux fidèles insruiis par Jésus-Christ. Quand même il aurait voulu dire de toute la loi cérémonielle ce que les incrédules lui attribuent, il ne s'ensuivrait pas encore qu'il a pensé de même de lout l'Ancien Testament.*

Saint Augustin, L. contra Mendacium , ad Consent., c. 10, n.23 el2k, soutient qu'Abraham et lsaac n'ont pas menti, en disant que leurs épouses étaient leurs sœurs , non plus que Jacob, en disant à lsaac qu'il était Esaiï, son aîné , parce que c'étaient des figures , des types ou des métaphores. Nous ne pensons pas que cette excuse soit solide ; parce qu'une équivoque , employée pour tromper quelqu'un est un vrai mensonge : mais on n'en peut pas conclure que, selon saint Augustin, toute l'histoire sainte est figurative ou allégorique, et que sans le secours des allégories, il serait impossible de l'entendre.

Il n'a pas été difficile de réfuter Woolstou, qui prétendait que les miracles de Jésus- Christ devaicut être pris dans uu sens purc-

rement allégorique, et qu'ils avaient été ainsi envisagés par les Pères. Voy. le sens littéral de l'Ecriture sainte défendu par Stakhouse, etc.

Ce n'est point le goût pour les allégoties qui a fait diviniser le cantique de Salomon ; c'est au contraire l'habitude du style allégorique , usité de tout temps chez les Orientaux , qui a fait écrire ainsi cet ancien ouvrage, monument original des mœurs simples et innocentes qui régnaient pour lors. L'Eglise chrétienne l'a reçu comme un livre divin, sur la foi de la tradition constante des Juifs, transmise par les apôtres, et leur témoignage n'a pas besoin d'un autre garant.

Il n'est pas vrai que les mahomélans recoururent aux allégories pour pallier les absurdités et les turpitudes renfermées dans l'alcoran ; ils font profession de les croire à la lettre , telles que leur prétendu prophète les a écrites ; et quand ils voudraient user de ce palliatif , ils ne viendraient jamais à bout de leur donner la moindre apparence de bon sens. Voy. Marracci , Prodromus ad refut. Alcoranni, et Mahométisme.

ALLELU-IA ou ALLELU-IAH, deux mots hébreux qui signifient, louez le Seigneur.

Saint Jérôme est le premier qui ait introduit le mot alléluia dans le service de l'Eglise ; pendant longtemps on ne l'employait qu'une seule fois l'année dans l'Eglise latine , savoir le jour de Pâques ; mais il était plus en usage dans l'Eglise grecque , où ou le chantait dans la pompe funèbre des saints, comme saint Jérôme le témoigne expressément en parlant de celle de sainte Fabiole : celle coulume s'est conservée danscelte Eglise , où l'on chante même Valleluia quelquefois pendant le carême.

Saint Grégoire le Grand ordonna qu'on le chanterait de même toute l'année dans l'Eglise latine ; ce qui donna lieu à quelques personnes de lui reprocher qu'il étail trop attaché aux rites des Grecs, el qu'il introduisait dans l'Eglise de Home les cérémonies de celle de Constantinople ; mais il répondit que tel avait été autrefois l'usage à Itoaie , même lorsque le pape Damase, qui mourut en 384, introduisit la coutume de chanter Valleluia dans tous les offices de l'année. Ce décret de saint Grégoire lui tellement reçu dans toute l'Eglise d'Occident, qu'on y chantait Valleluia, même dans l'olfice des morts , comme l'a remarqué Baronius dans la description qu'il fait de l'enterrement de sainte lladegonde. On voit encore dans la messe mozarabique , attribuée à saint Isidore de Séville , cet introït de la messe des défunts : Tu es porlio mea, Domine , alléluia , in terra viven'tiwn, alléluia.

Dans la suile, l'Eglise romaine supprima le chaut de Valleluia dans l'office cl dans la messe des morts , aussi bien que depuis la septuagésime jusqu'au graduel de la messe du saoïedi saint, et elle y substitua ces paroles , Laus tibi , Domine , Rex œlernœ gloriœ, comme on le pratique encore aujourd'hui. Le quatrième concile de Tolède, dans le onzième de ses canon « , en (il une loi ex-

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