‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 33 sur 183 · A II · texte numérisé non relu

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presse, qui a été adoptée par les aulres Eglises d Occident.

Saint Augustin , dans son épître 110 ad Januar., remarque qu'on ne chantait alléluia que le jour de Pâques. Il n'a fait que rapporter l'usage de son siècle. Dans la messe mozarahique, on le chantait après l'Evangile, mais non pas en tout temps; au lieu que dans les autres Eglises on le "chantait comme on le fait encore, entre l'Epître et l'Evangile, c'est-à-dire, au Graduel. Sidoine Apollinaire remarquait que les forçats ou rameurs chantaient à haute voix V alléluia, comme un signal pour s'exciter et s'encourager à leurs manœuvres.

C'était en effet la coutume des premiers chrétiens de sanctifier leur travail par le chant des hymnes et des psaumes.

Bingham, Orig. Eccl., totn. VTI,lib. xiv, cap. 11, $4.

ALLEMAGNE. Colle partie de l'Europe, à la prendre dans toute l'étendue qu'on lui donne aujourd'hui, n'a pas été convertie à la fi chrétienne en même temps. Saint Boniface, archevêque de Majeure, né en Angleterre, et religieux bénédictin, est regardé comme l'apôtre de Y Allemagne; c'est par ses travaux, continués depuis l'an 715, jusqu'à sa mort, arrivée l'an 755, que les Germains, voisins du Bhin, c'est-à-dire, les habitants de la Thuringe, de la Hesse, de la Frise et même de la Bavière , furent solidement convertis au christianisme, et que les premiers évêchés de cette partie occidentale de {'Allemagne furent fondés : son apostolat fut couronné par le martyre : il fui massacré par les barbares avec einquanle-deux de ses compagnons, soit missionnaires soil chrétiens; leur sang fut une semence qui produisit d'autres apôtres.

Les protestants mêmes n'ont pas osé contester son zèle, ses travaux, son courage, ses succès; mais, comme ce saint missionnaire a prêché le christianisme catholique, et non le protestantisme, il a bien fallu on déprimer l'éclat et en empoisonner au moins le motif. Boniface, dit Moshcim, obtint, par ses travaux et par ses pieux exploits , le titre honorable rf apôtre de la Germanie; et il le mérita certainement par les services signalés qu'il rendit au christianisme; mais cet éminent prélat fut un apôtre à la f<;ç>n moderne; il s'écarta à plusieurs égards de l'excellent modèle qu'il avait dans la conduite et le ministère des premiers et vais apôtres. Indépendamment de son zèle pour la gloire et l'autorité du pontife romain, gui égalait, s'il ne surpassait point, celui qu'il avait pour le service du Christ et pour la propagation de sa religion, on lui r proche plusieurs a tires choses indignes d'un vrai ministre chrétien. L'n combattant les superstitions païennes , il n'employa pas toujours les armes dont les anciens hérauts de l'Evangile se servirent pour faire triompher la vérité, mais souvent la violence et ta terreur, quelquefois même l'artifice et la fraude , pour multiplier le Y.omhrç des chrétiens. J'ajouterai que .ces

lettres annoncent un caractère impérieux et arrogant, un esprit fourbe et trompeur, un zèle excessif pour accroître les honneurs et les prétentions de l'ordre sicrdolal, et une profonde ignorance de plusieurs choses dont la connaissance est absolument indispensable à un apôtre , et surtout de celles gui ont pour objet la vraie nature et le véritable génie de la religion chrétienne {Hist. ecclés., VIIIe siècle, r< part., c. 1 , § 4). Instruits par ce tableau , nos incrédules français n'ont Das hésité de dire que les missionnaires de ['Allemagne prêchèrent le papisme el non le christianisme ; qu'ils furent les émissaires, les satellites, les esclaves des papes, plutôt (jue les envoyés de Jésus-Christ ; u'où nous devons conclure que les barbares ne firent pas si mal de les massacrer : mais il ne nous paraît pas fort difficile de les jusl.fier.

1 11 est absurde de vouloir que saint Boniface ail prêché dans l'Allemagne un autre christianisme, une autre religion que celle dans laquelle il avail été élevé et instruit, cl de la vérité de laquelle il était très-persuadé; qu'il ait établi "le prétendu christianisme de Luther et de Calvin, huit cents ans avant que celui -ci eût été forgé. Il y a donc aussi du ridicule à trouver mauvais qu'il ait cru fermement à l'autorité du pape, el qu'il l'ait établie dans les églises d'Allemagne, dès que c'était pour lors la foi et la croyance universelle de tout l'Occident. S'il avait fait autrement, c'est alors qu'il faudrait l'accuser d'infidélité à son ministère et de mauvaise foi. La seule preuve que l'on allègue de l'excès- de son zèle sur ce point, c'est que, selon les auteurs de Vllisloirs lillér, de la France, « saint Boniface, dans ses lettres, exprime son dévouement pour le sainl -siège en des termes qui ne sont pas assez proportionnés à la dignité du caractère épisc >pal. » Mais ces termes n'étonnaient personne dans ce lempslà, parce que l'autorité des papes était plus grande au vur siècle qu'elle n'est aujourd'hui; et nous verrons au mol Pape, que cela était ainsi par nécessité el par le besoin des circonstances.

2° C'est encore une absurdité de conclure de là que le zèle de saint Boniface était plus grand pour l'autorité du pontife romain que pour 11 gloire de Jésus-Christ et pour la propagation de sa religion. Puisque ce saint missionnaire croyait fermement quo l'autorité du pape avail été établie par Jésus- Christ lui-même, qu'elle élail nécessaire pour li propagation de la foi et pour maintenir l'unité de l'Eglise, quo l'on ne pouvait pas être sincèrement soumis à Jesus- Chrisl sans obéira son vicaire sur terre; son zèle pour cette autorité était un vrai zèle pour la gloire et pour le service do Jésus-Christ. Quand saint Boniface aurait été dans l'erreur, ce qui n'est pas, elle lui aurait été commune avec loul son siècle, el sa conduite élail parfaitement d'accord avec sa croyance.

.'?■• Quelle preuve peut on donner, pour

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faire voir qu'il a employé la violence et la terreur pour subjuguer les païens et faire triompher la vérité? Aucune; on nous fait seulement remarquer qu'il fut secondé par la puissante protection cl encouragé par les libéralités de Charles Martel, de Carloman elde Pépin, sesenfants. Il en avait besoin, sans doute, pour fonder des évôchés, des monastères et des écoles; mais ces princes le firent-ils escorter par des soldats, pour imprimer la terreur aux barliares, el pour les forcera se faire chrétiens? Il ne voulut pas seulement que ses compagnons fissent aucune résistance, lorsque les Frisons vinrent le massacrer; sa douceur, sa patience, sa résignation à la mort, sont attestées par ses lettres. Vies des Pères et des Martyrs, tom. V, p. 133.

k° On ne donne point de preuves non plus de son caractère fourbe et trompeur, des artifices et de la fraude qu'il employa pour multiplier le nouthre des chrétiens. Si par

fraudes les protestants entendent les reliques, es indulgences, le purgatoire, la confession, même les miracles, nous avouerons que saint Boniface les mit en usage; mais il faut commencer par prouver que tout cela sont des fraudes, elque saint Boniface lui-même n'y avait aucune foi. Ces prétendues fraudes sont un peu différentes des mensonges, des impostures, des calomnies, dont les prédicants du protestantisme se sont servis pour l'établir.

5° Nous avons beau chercher dans les lettres de ce saint évoque, ou ailleurs, des vc>tiges du caractère impérieux et arrogant qu'on lui attribue, nous n'y trouvons que des témoignages du contraire. Mais il était zélé pour l'honneur et les prétentions de l'ordre s'iccrdotal ; assurément , et ce crime lui est commun avec saint Paul, qui disait : Tant que je serai l'apôtre des nations, j'honorerai mon ministère. (Rom. xi, 13), et à Tite, il, 15 : Que personne ne vous mépris3. Saint Boniface ne s'est pas attribué autant d'autorité sur les églises qu'il avait fondées que Luther et Calvin sur celles qu'ils avaient perverties. Avant sa mort il se donna un successeur sur le siège de Mayence, et lui laissa le soin de gouverner celte église, pour aller continuer ses missions chez les idolâtres; il n'attribua aux évoques point d'autre autorité que celle dont ils jouissaient dans tout l'Occident.

6° Enfin, quand les missionnaires de l'Allemagne auraient donné quelque sujet aux préventions des protestants, ce qui n'est point, ces derniers seraient encore injustes, el pour ainsi dire barbares, de chercher à ternir la gloire «les ouvriers évangéliques qui ont instruit el civilisé leurs ancêtres : sans leurs travaux, Luther auraitil établi dans ces contrées sa prétendue réformation ? Aucun des prédicanls n'est allé prêcher l'Evangile chez les barbares; et nous connaissons le succès qu'ont eu leurs successeurs, quand ils ont voulu faire le personnage d'apôtres. Us ne savent que noir-

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cir et calomnier comme leurs prédécesseurs.

Nous ne nous arrêtons point à relever le ridicule do Brucker, qui reproche à saint Boniface de n'avoir pas assez rendu de services aux lettres et à la philosophie, en portant le christianisme en Allemagne: il se fâche contre les bénédictins, parce qu'ils lui ont attribué de l'érudition et do la capacité, et qu'ils l'ont loué d'avoir établi n'es écoles dans les monastères de Fulde et de Fritzlar. Il en prend occasion de confirmer ce que les auteurs protestants ont dit de l'ignorance de ce missionnaire, et il en apporte pour preuve, non-seulement ses lettres, mais ce que rapporte Avenlin, que ce fut saint Boniface qui dénonça au pape Zacharie Virgile de Salzbpurg comme hérétique, pour avoir avancé qu'il y a des antipodes. Nous ne pensons point que l'intention des bénédictins ait été de persuader que saint Boniface était un grand philosophe, et qu'il établit en Allemagne des écoles de philosophie pour des Germains qui ne savaient pas lire. Ce zélé missionnaire était instruit autant que l'on pouvait l'être au viue siècle; il avait fait les éludes que l'on faisait pour lors, et il s'était attaché aux sciences ecclésiastiques, les seules dont il eût besoin pour prêcher l'Evangile. Il établit des écoles pour ces mêmes sciences, et contribua, autant qu'il le put, à tirer les peuples de V Allemagne de l'ignorance grossière dans laquelle ils étaient plongés. Que devait-il faire de plus ? et n'est-ce pas là un service réel rendu aux lettres?

Ne savons-nous pas ce que veut dire Mosheim, lorsqu'il refuse à saint Boniface la connaissance des cfiosrs qui ont pour objet la vraie nature et le véritable génie de la religion chrétienne ? S'il entend par là que ce missionnaire ne, connaissait pas le christianisme tel qu'il a plu aux protestants de lo forger, nous en sommes déjà convenu; il suffit, selon leur opinion, de lire et d'étudier l'Ecriture sainte : or, saint Boniface l'avait étudiée et la lisait constamment, il l'avait même enseignée aux autres dans son monastère; mais il eut le malheur de n'y pas voir, non plus que nous, ce que les protestants ont prétendu y voir huit cents ans après.

Quant à la prétendue hérésie touchant les Antipodes, voyez ce mot. Mosheim et les autres protestants n'ont pas parlé d'une manière plus équitable des missions faites au ixe siècle chez les Saxons , par ordre de Charlemagne. Voy. Missions.

ALLIANCE. Dans les saintes Ecritures, on emploie souvent le mot testamentumt et en grec uioMyjo, pour exprimer la valeur du mol hébreu berilh, qui signifie alliance : d'où viennent les noms d'ancien et de Nouveau Testament, pour marquer l'ancienne et la nouvelle alliance. La première alliance de Dieu avec les hommes est celle qu'il fil avec Adam au moment do sa création, lorsqu'il lui défendit l'usage du fruit de la science du Lieu el du mal, Gen. n, 10. Colle défense

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