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sou'fic le principe même de la vie. Mais il est' écrit que le souffle du Tout-Puissant donne l'intelligence. Job, xxxn, 8. Jamais nos auteurs sacrés n'ont attribué l'intclli-
mouvements qui sont une conditior. indispensable de l'organisation de son corps, des mouvements de spontanéité. Il ouvre et Terme les yeux et la bouche; il dirige ses membres comme il lui pbiîl ; il transporte son corps où il veul, prenant en lui-même des points d'appui ; enfin, il se meut à son gré pour satisfaire ou ses besoins ou ses désirs. Quand ses sens lui ont transmis des impressions occasionnées par les divers corps de la nature, il réagit sur le monde extérieur, comme nous l'avons déjà exposé, au moyen d'un appareil nerveux spécial auquel un mouvement est instantanément imprimé dans la direction du dedans au dehors, pour être communiqué à l'appareil musculaire qui exécute les ordres de la volonté. On conçoit que tous ces mouvements ont leur origine dans l'intérieur du corps humain, et qu'ils peuvent être modifiés soit en force, soil en vites-e, au gré d'une puissance centrale harmonisatrice douée de spontanéité. Comme la matière est essentiellement inerte, il y a incompatibilité, sous le rapport de la causalité, entre l'idée de corps et celle de mouvement, spontané surtout. La même incompatibilité existe si l'on considère l'organisme lui-même, puisque, comme nous l'avons déjà fait observer, il est soumis à des lois invariables qui excluent toute idée de spontanéité.
Cependant des physiologistes matérialistes ne voient dans l'homme d'autre force que celle qui préside à l'organisme. Ils ne reconnaissent point en lui l'existence de mouvements spontanés proprement dits, et soutiennent que tous les actes sont les produits d'instincts et d'aptitudes, comme chez les animaux. Mais la fausseté de cette prétention ne peut échapper à quiconque réfléchit un instant sur les actes de la spontanéité humaine. Ne voyons-nous pas, en effet, combien nous varions nos actions, comhieu surtout l'exercice et l'application perfectionnent les divers mouvements de noire corps. Nous sommes témoins tous les jours que différents hommes agissent de diverses manières dans les mêmes circonstances, quoique mus par les mêmes instincts, et que le même homme, dans les cas identiq es, se détermine à des actes tout opposé-. Mais de telles anomalies n'auraient assurément pas plus lieu chez l'homme qu'elles n'ont lieu chez les animaux, si, comme ceux-ci, il n'était mû que par ses instincts naturels; si, en un mot, il ne possédait pas un principe de moiiliié ou d'activité qui domine l'organisme lui-même , en agissant directement sur le système nerveux de relation. D'ailleurs, s'il n'y avait en l'homme d'autre force que des appétits, des instincts, comme ceux-ci ne se manifestent pas successivement, il n'y aurait pas même lieu de choisir entre des actes simplement contradictoires, à plus forte raison n'aurait-on jamais à se déterminer pour le plaisir ou pour la peine, ce qui est évidemment contraire à l'expérience quotidienne. Enfin l'homme h'ohéirail qu'à des forces instinctives; ses actes, ses habitudes domestiques surtout seraient invariablement lis mêmes dans tous les temps et dans tous les lieux; il n'inventerait ni ne perfectionnerait rien, à l'instar des animaux ; par conséquent, il n'aurait pu s'é ever jusqu'à la humeur de la civilisation actuelle. Qui ne von, au contraire, qu'il y a en l'homme un principe de spontanéité qui le fait agir non-seulement en dehors de ses instincts, mais aussi tres- Souvent contre ses instincts moines ?
li'ésl h i que se rattache naturellement la question de l.« dépendance réciproque du principe actif humain, ei de l'organisme, ou, comme on dit vulgaireineni, de l'âme et du corps, i'our exercer la puis-
DlCÏ» 1>E Tbéol. DOGMATIQUE. 1.
gence à la m.ilière. Les philosophes qui ont dit que le souffle désigne ici quelque chose de matériel, ont bien peu réfléchi sur l'énergie du langage.
sance de motililé, le principe actif agit directement sur le système nerveux, et par son entremise sur les organes du mouvement. D'un autre cô é, sa puissance de sensibilité ne peut entrer en action qu'après certaines modifications du cerveju, dont les prolongements communiquent avec les faisceaux nerveux les plus extérieurs, qui constituent les organes des sens. Enfin, sa puissance d'intelleclion elle-même ne peut engendrer aucune idée, aucune réflexion, former aucun jugement, prendre aucune détermination, sans l'action du système nerveux. Il y a donc dans tout phénomène intellectuel, comme dans tout phénomène de motilitéel de sensibilité, deux choses nécessairement unies, un acte de spontanéité et une impression nerveuse également nécessaires pour l'accomplissement du phénomène. Mais ces relations intimes du principe actif n'ont lieu qu^vec le système nerveux de la vie animale, et non avec celui de la vie organique. Les nerfs de ce système, qui ont pour point d'unité tantôt un ganglion, tantôt un plexus ou lacis du filet nerveux, sont le siège d'une multitude de phénomènes sur lesquels la volonté n'exerce aucune intlucnce directe, et même dont nous n'avons la conscience que quand les impressions sont douloureuses.
On ne conçoit pas, dira-t-on, comment l'àme exerce une action immédiate sur le système nerveux de la vie de relation. Nous nous abstenons de rapporter les divers systèmes de l'influx physique, du médiateur plastique, de l'harmonie préétablie, etc., au moyen desquels les métaphysiciens ont cherché à expliquer l'union de l'àme avec le corps ; parce qu'ils ne sont fondés sur aucun fait que l'on pui-se soumettre à l'observation. Il est prouvé que les actes du principe actif sont toujours précédés ou suivis de certaines modifications du système nerveux de relation. Cependant l'influence de la matière sera toujours un mystère pour nous, vu l'incompalibiliié de ces deux substances sur l'esprit. Mais comprenonsnous mieux, en mécanique, la communication du mouvement et sa transmission d'un corps à un autre ? Savons-nous même bien ce que c'est que le mouvement, ce que c'est que la vitesse ? Voilà cependant des phénomènes qui sont sous la domination directe des sens. Et nous voudrions connaître le pourquoi et le comment des relations de l'esprit avec la matière ! Nous ne comprendrons jamais, dit le prolond Sieinmelz (Cours de psychologie), pourquoi certains changements dans les corpuscules de la matière cérébrale sont toujours suivis de certaines modifications de l'àme; mais aussi comprenons-nous pourquoi, dans certaines conditions, un sel en solution se sépara de son milieu et se cristallise, et pourquoi il revêt une forme toujours identique ? En y regardant de près, nous serons peut-être obligés d'avouer que nous ne possédons le pourquoi de rien.
Les phénomènes qui manifestent celte propriété du principe actif humain sur les faits psychologiques proprement dits caractérisent l'homme bien mieux que les sensations, que les mouvements spontanés, et peuvent tous être rapportés à l'idée générale de pensée. M. Ituchez regrette que, depuis Départes, on te soit servi du mot de pensée pour désigner la propriété essentielle de l'esprit ou de l'àme humaine, soit parce que la pensée n'est point, dans l'homme pourvu d'un organisme, un fait purement spirituel; soil parce qu'elle est un fait de pure conscience, et par tonséquenl indémontrable; soil enfin parce que le mol pensée ne donne qu'une idée confuse des pensées intellectuelles derhomme. «Que fait-on qu nul ou pense ? se demande- t-it (kwi, etc., t. m, p.
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Dieu dit : Faisons l'homme à noire image ri ressemblance, pour qu'il préside aux animaux, à tout ce qui vil sur la terre, à toute la terre elle-même (Gens 1, 26). Kt Dieu lui donne en eff l cet empire, v. 28 ; l'homme est donc d'une nature bien supérieure à celle
r<56). On formule des propositions, c'est-à-dire l'on juge, l'on imagine, l'on se sonv enl, l'on sent, l'on ra sonne, en un moi on agit. Une lelle analyse ne laisse point de place au vague. Je demanderai d'abord au profond philosophe, dottt je sais d'ailleurs apprécier le rare talent, comment les espèces, nécessairement moins abstraites que le genre, se aient d'une nature plus spirituelle, ou moins mixte. On a vu, du reste, que toutes les opérations de l'âme sont jointes à des effets matériels. Ensuite, quand on juge, qu'on se souvient, de, on produit des actes de pure conscience, qui ne sont communirables, comme nnite pensée, que par des signes sensibles exprimes d'une manière quelconque. Enfin, le mot pemée est trop propre à résumer les résultats du mode d'activi:é de l'âme, distinct soit de la sensib lité, soit de la inutilité, i
Certains matérialistes idéologues des temps modernes ont soutenu que penser était sentir et que la sensation avait autant de lonnes que la pensée. Or, ils faisaient résider dans la matière la faculté de sentir, il sulfit, pour réfuter celle erreur, de renvoyer à ce que nous avons dit sur la sensibilité et de répéter, après Laromiguière (Leçons de philosophie, passim), que l'on ne sent qu'au moyen de l'attention, laquelle procède évidemment d'un principe aclif ou immatériel.
A plus forte raison, la pensée proprement dite a l-elle aussi un principe actif, puisque, contrairement à la sensation, elle précède toute modification du système nerveux. Penser, c'est léun r plusieurs sujets souvent très-distincts les uns des autres, et dont on a acquis la connaissance en diffé enls points; c'est transporter les qualités d'un sujttdans un autre; c'est aller souvent l'un de l'autre pour élabiir des icssemblaiices ou des différences; c'est abstraire les diverses propriétés d'une substance; c'est recomposer la inèine substance après l'avoir analysée; c'est rapporter les effets à leurs causes, et déduire les conséquences de leur principe, etc. , etc. Or, n'y a-l il point évidemment de l'activité dans la production de tous ces actes ? D'un autre côlé, il ne s'opèie aucun déplacement des objets réunis ou divisés, aucun mouvement n'a lieu hors de nous à l'occasion de nos (ensées. A la vérité, il s'effectue dans le système nerveux une translation de molécules; niais c'est poslérieurment à l'acte qui produit la pensée. Au reste, pour que l'on pût, avec quelque apparence de raison, attribuer au mouvement du Jbiide nerveux les efïc s que nous avons mentionnés, il faudrait qu'il y eût contact entre les nerfs et les objets extérieurs, et que ce contact suffit pour réunir les objets. Mais on conçoit que, dans celle hypothèse, les premières pensées humaines sur les étoiles, le soleil, !a lune, la terre, etc., auraient bouleversé la nature. L'acuvité dont résulte la peu ce est donc tout aune chose que du mouvement. Mais la matière n'est susceptible que de mouvement : encore faut il que celui-ci lut soit impri né par une force, comme nous l'avons fait voir en traitant de la sensibilité. Donc le principe de la pensée csl doué d'une activité, d'une spontanéité, dont l'organisme humain même n'e-l pas susceptible. Donc l'uilclleclion est une propriété d'un sujet actif, immatériel.
Locke semble avoir cru que Dieu pouvait douer là matière de la faculté de penser ; mai-, rien n'est plus absurde que cette supposition, attendu qu'aucune puissance ne peut avoir le même sujet d'aliiilmts qui «excluent essentiellement. Or, la matière est inerte
des animaux, puisqu'il est créé pour ê're leur maître. [ Voy., art. Adam, le beau passage de Bossuet sur ce verset de la tienèse.]
Km effet. Dieu ne parle point aux élres maériels, il n'adresse point la parole aux animaux ; m;iis il parle à l'homme, il converse avec lui, il lui accorde des droits, lui impose des devoirs ; il agit avec lui co urne avec un être intelligent, libre, maître de ses actions, digne de récompense ou de châtiment : est-ce ainsi que l'on traite un aulomale ou un animal ? Des spéculations métaphysiques sur la nature de l'esprit et de la matière, des dissertations grammaticales sur la signification des termes, sonl bien froides en comparaison des leçons que nous donne l'histoire sainte.
Il n'est donc pas étonnant qu'il ne se soit encore trouvé sur la terre aucun peuple assez stupide pour confondre l'esprit avec la matière, et l'homme avec les animaux ; la
et partant essentiellement inaclive ; tandis que la pensée suppose nécessairement un sujet actif. Il est donc encore moins vrai que la matière puisse penser, qu'il ne l'est qu'elle puisse digérer, sécréter, ou exercer une fonction quelconque. Le mathématicien Euler, qui a fait une dissertation latine, aussi claire que solide, pour démontrer l'opposition qu'il y a entre la matière et la pensée (Opuscula), résume toutes ses idées en cet argument.
Nultum corpus vint habere potest inerliœ contrariant ;
Alqui facullas cogitandi est vis inerliœ contraria: Ergo uullum corpus [acuttaleni cogitandi habere potest.
On a «outenu, à la fin du dernier siècle et au commencement de celui-ci, que la pensée est le produit de l'organisme. Mais d'abord il n'y a dans l'organisme que des molécules matérielles, et par conséquent inertes ; elles font partie de l'organisme pour un temps plus ou moins long, puis elles rentrent dans leur élat d'inertie en retournant à la classe des corps bruts. A la vérité l'organisme est constitué et conservé par la (orce vitale qui le soustrait aux actions physiques et chimiques que subissent les corps inorganiques. Mais, outre que celle force n'a pour résultat qu'un cercle de mouvements, elle n'a rien de spontané, elle est absolue et tout à fait indépendante de la volonté, tandis que la peu ée est produite et modifiée au gré de celle puissance.
Le langage même est propre à montrer qu'il y a en no as un principe actif d'intelleciiou d'un ordre supérieur à l'organisini'. En effet, il y a dans le langage deux choses bien distinctes, le son elle sens : celuici n'est pas le môme pour tout le monde; le son, au contraire est toujours le même. Mais s'il n'y avait en nous que de l'organisme, comme le môme son produit chez tout le monde la même impression nerveuse, il réveillerait aussi constamment la même idée; et réciproquement, la môme Idée serait invariablement alla liée à des sons identiques, ce qui est contraire à tnus les laits du langage. Il n'est pas nécessaire, pour sentir relie vérité, de posséder plusieurs langues ; il sufi.it de coonaî re dans une même langue deux impressions ou nié ne deux mots qui soiriu à peu près synonymes ou seulement ibuv liom uyincs.
Il est donc scientifiquement démontré, Contre toutes sortes de matérialistes, qu'il v a en fliommeun principe actif de sensibilité et d'intellec ion : or c'est < ••» principe que l'on csl couvi'iiu d'appeler à e humaine.
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plupart ont mieux aimé donner une âme inlilligente et spirituelle aux animaux que do la refuser à l'homme.
Faudra-t-il parcourir loule la suite de l'histoire et des livres sainls, pour montrer la même croyance toujours subsistante chez les Hébreux ? Vainement on y chercherait des vestiges de matérialisme, ou des expressions capables de prouver que les Juifs ont mis l'homme au rang des animaux. Le reproche le plus sanglant que les auteurs sacrés font aux hommes corrompus et livrés à fies passions brutales, est de leur dire qu'ils ont oublié leur propre nature, qu'ils se sont dégradés jusqu'au rang des animaux, et se sont rendus semblables aux brutes. Ps. XLvm, xv et xxî ; Isaï. 1, 3, etc.
On a vou!u tourner Moïse en ridicule , parce qu'en défendant aux Israélites de manger le sang des animaux, il a dit que l'âme de loule chair est dans le sang, el que le sang est l'dme des animaux. Levit. xvïi, 11 et H ; Veut, xn, 23. Et l'on a conclu que les auteurs sacrés, en parlant de l'dme en général, n'ont entendu rien autre chose que ie soufile ou la respiration.
Quand Moïse aurait voulu donner à entendre que le principe de la vie des animaux est drins leur sang, nous ne voyons pas par quelle raison démonstrative nos plus habiles physiciens pourraient prouver le contraire, et il ne s'ensuivrait pas que Moïse a pensé de même à l'égard de l'dme de l'homme. Mais ce législateur ne faisait pas une dissertation philosophique sur l'dme des bêtes ; il donnait aux Hébreux une raison sensible de la loi qu'il leur imposait. 11 leur défend de mang r le sang des animaux, parce que ce sang, sans lequel les animaux ne peuvent vivre, a été donné de Dieu aux Israélites pour expier leurs âmes, lorsqu'il est offert sur l'autel. C'est donc dans ce sens qu'il dit, Lnit. xvïi, 11 : Le sang est pour V expiation de /'ame, et Deul. xn, 23 : Leur sang est pour /'ame. Mais cela ne signifie point que le sang tient lieu d'dme aux animaux.
Comme l'dme signifie en général le principe de la vie, les Hébreux or.l pu dire, com« me nous, l'dme des brûles, puisqu'elles ont en effet un principe de vie. Quel est-il ? Nous ne le savons pas mieux qu'eux. Mais ils i» 'ont jamais pensé, non plus que nous, que ce piincipe fût le même en nous el dans les brutes. Ils se servent du mot âme pour désigner l'homme, et non les animaux quand ils disent : toute âme qui ne recevra point la circoncision, toute âme qui péchera mourra, toute âme qui ne s affligera point, etc. Ils attribuent à l'dme et non au corps les fonctions spirituelles. Lorsque David dit : Mon âme 5e réjouit dans le Seigneur ; mon âme est affligée ; mon âme, bénissez le Seigneur , etc., cela ne peut s'entendre du souille, de la respiration, du principe de vie matérielle.
Nous prouverons dans un moment qua les Israélites onl cru constamment l'icumorlalitéde l'dme humaine; il en résultera qu'ils ne l'ont point confondue avec le souffle ou la respiration.
Personne ne nous obligera, sans doute, à montrer que Jésus-Chnsta confirmé par ses leçons divines la croyance primitive de la spiritualité de l'dme, el qu'il a pleinement dissipé les doutes qu'une philosophie conlentieuse avait répandus sur cette importante question : Dieu est esprit, dit-il, et ceux qui lui rendent un culte doivent l'adorer en esprit et en vérité (Joan.t îv, 24). Mais c'est surtout en établissant d'une manière invincible l'immortalité de l'dme, que notre divin Maître en a démontré la spiritualité ; nous le verrons ci-après.
Les incrédules, qui ne savent argumenter que sur des mots, ont cependant objecté que souvent, dans l'Evangile, l'dme ne signifie rien autre chose que la vie. Cela n'est pas étonnant, puisque c'est l'dme qui est le principe de la vie ; mais lorsque Jésus-Cbrist a dit : Celui qui perdra son ame pour moi, lu retrouvera; celui qui hait son ame en ce monde la garde pour une vie éternelle [Malth. x, 39 , Joan., xm, 25) ; n'est-il questiou là que de la vie du corps?
Dans l'impossibilité de faire de Jésus-Christ un matérialiste, nos savants dissertateurs ont du moins voulu imprimer celle tache aux Pères de l'Eglise. Ils ont soutenu que, comme aucun des anciens philosophes n'a eu l'idée de la parfaite spiritualité, les Pères de l'Eglise ne l'ont pas mieux conçue ; qu'ils ont seulement entendu par V esprit une matière subtile ; que, selon leur opinion, Dieu, les anges, les âmes humaines, sont foncièrement des corps, mais légers, ignés ou aériens.
Nous n'avons certainement aurun intérêt à justifier les anciens philosophes ; mais nous ne pouvons nous résoudre à croire que des hommes, qui ont combattu de toutes leurs forces contre le matérialisme des épicuriens , sont tombés cependant dans la même erreur. Cicéron, dans ses Tusculanes, a prouvé la spiritualité de l'dme aussi solidement que Descartes, et il fait profession de répéter les leçons de Plalon, de Socrate et d'Aristote. Nos littérateurs modernes se sont moqués de celui-ci, parce qu'il a dit que l'dme est une entéléchie ; ils n'ont pas vu que t'vreÀ^îia chez les Grecs signifie la même chose que intelligcntia chez les Latins. Voii«* des dissertateurs fort en état de juger de la doctrine des anciens philosophes.
Nous croirons encore moins que les Pères de l'Eglise ont préféré les leçons du portique ou de l'académie à celles de l'Ecriture sainte, et qu'en admettant un Dieu créateur, ils onl supposé un Dieu corporel : ces deux dogmes sont incompatibles. La plupart ont insisté sur ce qu'il est dit dans la Genèse, que Dieu a fait l'homme à son image; et ils n'ont jamais pensé qu'un corps, tant subtil qu'il pût cire, pouvait ressembler à un pur esprit. Enfin, tous ont attribué à l'dme humaine l'intelligence, la liberté et l'immortalité : propriétés qui ne peuvent appartenir à un corps.
A la vérité les Pères, obligés de s'assujeltir au langage ordinaire, ont été dans le
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indue embarras que les philosophes ; ils ont olé forcés d'exprimer la nalure, les propriélés, les opérations de Vâme par de9 termes empruntés des choses corporelles ; parce qu'aucune langue de l'univers no peut en fournir d'aulres. Ainsi, les uns ont pris le mot de corps dans un sens synonyme à celui de substance, parce que celui-ci n'était pas employé chez les Latins dans la même signification que chez nous ; les autres ont .•ippi'lé la manière d'être des esprits une forvie, et leur action un mouvement ; d'autres ont désigné la présence de Vâme dans toutes les parties du corps par le terme de diffusion, d'égalité ou de quantité ; autant de métaphores sur lesquelles il est ridicule d'appuyer des arguments. Au ni" siècle de l'Eglise, Plolin, disciple de Platon, dans sa quatrième Ennéade ; sainl Augustin, dans son livre De quantitate animœ ; au v% Claudien Mamerl, dans son traité De statu animœ, ont démontré l'immatérialité de Vâme par les mêmes preuves que Descaries. Il est donc ridicule de leur attribuer le matérialisme par voie de conséquence, ou sur quelques expressions qui ne sont pas parfaitement exactes, pendant qu'ils font une profession formelle de la doctrine contraire.
Le comble de la témérité a été d'affirmer, comme on l'a fait de nos jours, que saint Augustin est le premier qui, après bien des efforts, est venu à bout de concevoir la spiritualité et l'essence de Vâme ; que cependant il a toujours raisonné en parfait matérialiste sur les substances spirituelles. Nonseulement dans l'ouvrage que nous venons de citer, mais dans le livre x de Trinitate, c. JO.ce Père donne de la spiritualité de Vâme une démonstration à laquelle aucun matérialiste n'a jamais répon lu.
On attribuait autrefois à saint Grégoire Thaumaturge une dispute dans laquelle l'auteur prouve contre Talien que Vâme humaine est une substance immatérielle, simple et non composée, par conséquent immortelle. Cet ouvrage est sans doule d'un écrivain plus récent, mais qui raisonne trèssolidement. Gérard Vossius observe que la même doctrine esl formellement professée par sainl Maxime dans une di sei talion sur Vâme, par saint Alhanase, par sainl Jean Chrysostome et par saint Grégoire de Nazianze. Nous aurons soin de justifier les autres dans leur article particulier.
Parmi les passages allégués par les incrédules pour calomnier les Pères, il y en a plusieurs qui sont forgés, d autres que l'on a tirés d'ouvrages qui ne sonl point des auteurs auxquels on les attribue, d autres dans lesquels on force le sens dos expressions ; mais nos adversaires ne sont pas scrupuleux sur le choix des armes dont ils se servent.
Ils disent que les anciens étaient fort embarrassés à expliquer l'origine de l'cime, surliiBt Tertullien, I. de Anima, c. 19, et Paint Augustin, I. de Ori§ ins animœ. Mais avonsnous besoin de l'expliquer mieux que ne Fait l'Ecriture sainte? Saint Augusl n n'a natté cette question (pie parcs qu'il aurait
voulu concevoir comment le péché d'Adam esl transmis à ses descendants. Cela n'est pas fort nécessaire ; il suffit de croire le dogme du péché originel tel qu'il est révélé. Tertullien, dans ce livre même, soutient de toutes ses forces la simplicité, l'indivisibilité et l'indissolubilité de Vâme, c. li. Cependant l'on s'obstine à dire qu'il a cru Vâme corporelle.
II. De V immortalité de Vâme (1). On demande si ce dogme est clairement révélé, s'il a été cru par les patriarches et par les Juifs : il n'en esl rien, selon nos philosophes matérialistes ; ils disent qu'avant la captivité de B;sbylone les Juifs n'en ont eu aucune notion , qu'ils font emprunté des Chaldéens ou des Perses ; mais on ne nous dil point à quelle école ces derniers en avaient élé instruits.
(I) « L'immortalité de l'âme, dit P.iscal, est une chose qui nous intéresse si profondément, qu'il faul avoir perdu tout sentiment pour être dans l'indifférence de savoir ce qui en esl. Toutes nos actions et tomes nos pensées doivent prendre des roules si différentes, selon qu'il y aura des b'ens éeruels à espérer ou non, qu'il est impossible de taire une démarche avec sens et jugement qu'on la réglant par la vue de ce point, qui doit èire notre dernier objei. » L'unporlance de ce dogme l'a fait étudier par tous les sages. Nous allons exposer les motifs sur lesquels il repose. Nous avons vuque l'àme est indépendantede l'organisme, elle le domine même en ce qu'elle agit à son gré, en vertu de son activité propre, sur le système de relation ; d'où il suit qu'elle n'est pas destructible, comme le corps, par les actions phy«iques el chimiques. Toutefois, nous devons avancer que l'immortalité du principe immatériel qui est en nous ne peut se déduire ni de l'expérience ni de lu science. C'est donc dans une autre source que nous devons puiser nos preuves. Nous consulterons d'abord la croyance des peuples sur ce sujet, el nous en déduirons les conséquences qui en décou 'eut. Nous verrons ensuite ce que la raison nous enseigne par rapport à l'immortalité de l'aine. Une troisième preuve se tirerait de l'Ecriture ; mais Bergier la fournit abondamment. Toutefois, pour ne pas scinder l'addition que nous ajoutons ici, nous parlerons en enre de l'influence que l'immortalité de l'àme peut avoir sur la s iciélé.
1. Toutes les nations, nouvelles et anciennes, policées et sauvages, ont professé la doctrine de l'immortalité de l'Ame. Dans quelque temps, dans quelque pays que l'on voie des peuples, on trouve celle loi établie. Tous ils ont eu leur empire des morts. Les Latins avaient leur enfer, les Crées leur hadès, les Egyptiens leur amentliès, etc.; en un mot, Cbdcléens, Phéniciens, Egyptiens, Perses, Indien-, Celles, Germains, sauvages des forcis américaines, peuplades de la mer du Sud, tout ce qui a jamais existé de nations a élé réuni dans la même loi. Les poêles les plus anciens la célèbrent. Timee le l'ylagorieien loue beauc >up llmnèie d'avoir conservé clans ses poèmes l'une emie tradition des diàlimem.s de l'autre vie. Les pli losophes le-> plus éclairés l'ont enseignée. Dans les Dialogues de l'ialon, Socrate s'.ituicheà prouver l'immortalité de l'àme. Il eu parle comme d'une tradition de la plus haute antiquité.
« Un doit croire, dit expresse. neut Platon, aux opinions anciennes, qui enseignent que l'àme sera jugée après la mon et punie sévèrement si elle n'a pas vécu en eue raisonnable. » Aristolo, cité par P.ulanp e, pat le du bonheur des hommes après celle vie comme d'une opinion de la plu • ancienne date, dont personne ne peut assigiisr ni l'origine ni l'an-
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Nous répondons d'abord que le souffle de la bouche du Seigneur ne meurt point ; mais nous ne sommes pas réduits à celte seule preuve. Après le péché d'Adam, avant de le
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condamner à la mort, Dieu lui promet un rédempteur. En quoi celte promesse pouvait-elle l'intéresser, si elle ne devait pas être accomplie pendant sa vie, et s'il devait
leur, et qui se perd dans l'obscurité des siècles les plus reculés. Cicéron dit que l'immortalité de l'âme a élé soutenue par des savants de la plus grande autorité; que c'est une opinion commune à tous ceux qui approchent le plus des dieux; que l'ami quiié de celle croyance est une preuve de sa vérité. Nous serions infinis si nous voulions citer tous les poètes, tous les historiens, tous les philosophes, tous les orateurs, etc., qui tiennent le même langage. Mais, comme toute vérité qui gêne les passions mauvaises, l'immorlalité de l'âme a élé rejetée par les hommes qui placent le souverain bonheur dans les plaisirs sensuels. Nous aurions lieu d'être suipris que les épicuriens de nom et d'effet aient admis une vérité qui combattait si fort leurs penchants déréglés.
On ne voit, dirons-nous avec Leland, point de conclusion plus légitime à tirer de la grande antiquité de cette doctrine, que celle-ci, savoir : qu'elle taisait partie de la religion primitive communiquée par une révélation expresse de Dieu aux premiers pères du genre humain, afin qu'ils a transmissent à leur postérité. C'est la pensée de Grolius, qui dit que la tradition de l'immortalité de Pâme passa de nos premiers pères aux nations les plus civilisé s : Quœ anliquissitua trudiliu a primis (umle enim alioqui ?) parenlibus ad populos moruliores pêne cmnes manavil, c.21. 11 est en effet difficile de concevoir que, dans ces premiers âges où les hommes grossiers el ignorants étaient incapables de fane des raisonnements abstraits et subi Is, ils fussent parvenus eux-mêmes à se tonner des notions de la nature d'un être immatériel qui devait survivre à la morl du corps, et continuer de penser api es la destruction des organes corporels. Comment purent- ils alors s'élever aux spéculaiions sublimes el pénibles de la nature et des qualités de l'aine, qui oui embarrassé depuis les philosophes, les plus grands génies, dans le bel âge de la science ? Toutes les connaissances des hommes se bornaient à ce qu'ils pouvaient apprendre par l'observation et l'expérience, ou par la voie de l'instruction. Ils voyienl leurs semblables mouiir après avoir vécu un certain nombre d'années. Voilà à quoi se réduirait l'expérience sur la lin de l'homme; elle n'était guère propre à leur donner l'idée d'une vie future, où chacun serait puni ou récompensé selon qu'il auiait bien ou mal vécu dans celle-ci. Ce ne fui donc ni par un raisonnement scientifique, dont ils n'étaient pas capables, ni par l'expérience et l'observation, que les hommes parvinrent à la connaissance de l'imiii« rtaliié de l'âme et d'un élal futur. 11 ne resle plus qu'un moyen, celui de l'instruction divine ou de la révélation. C'est à la révélation qu'il faut rapporter l'oiigine de ceite tradition univei selle. Plusieurs auteurs païens déjà cilés lui donnent une origine divine, ci l'fceriture sainte ne nous permet pas d'en douter. >
Chateaubriand, parlant du respect de tous les peuples pour les tombeaux, a formulé la même croyance dans son magnifique langage. < C'e-t ici, dil-il, que la nature humaine se montre supérieure au reste de la création, et déclare ses hau:es destinées. La bête connaît- elle le cercueil, et s'inquiète l-elle de ses Cendres'/ Que lui font les ossements de son père, ou plutôt s ait-elle qui est sou père après que les besoins de l'enfance sont passés? Parmi tous les êtres créés, l'homme seul recueille la cendre de son semblable, et lui porle un respect religieux : à nos yeux, le domaine de la mort a quelque chose de Sacré. D'où nous vient donc la puissante idée que nous avons du trépas ? Quelques grains de poussière mériteraient-ils nos hommages? Mon, sans doute; uoua respectons
la cendre de nos ancêtres, parce qu'une voix secrète nous dit que tout n'est pas éteint en eux. et cVst celle voix qui consacre le culte funèbre chez ions bs peuples de la terre. Tous sont également persuadés que le sommeil n'est pas durable, même au tombeau, et que la mort n'est qu'une transfiguration glorieuse. »
II. Lorsque la raison humaine considère l'état des choses dans ce monde, el qu'elle le compare avec ta justice divine, elle ne peut manquer de dire que l'on doit à sa sagesse, à sa bonté et à sa justice, de rendre l'âme immortelle. « Les biens de celte vie, dit M. de la Luzerne, sont communs aux bons et aux méchants, indifféremment distribués aux uns et aux autres. On peut même dire qu'à cet égard les scé érats sont mieux traités que les honnêtes gens. La raison en est que, n'ayant en vue que ces sortes de biens, ils emploient, pour se les procurer, touies sortes de moyens honnêtes ou malhonnêtes que les hommes vertueux ne se permettent pas. Je n'ai pas besoin de prouver celte vérité, que lait voir évidemment el continuellement l'expérience. Nos adversaires ne la contestent pas. Au coniraire, ils se font de la prospérité des méchants un de leurs principaux arguments contre la providence, argument qui \éritaolemei t aurait de la force, si le dogme de la vie future n'en donnait pas la solution. — D'après celte répartition des biens et des maux de la vie, égale entre les justes et les malfaiteurs, si même eile n'est pas plus favorable à ceux-ci, nous faisons le raisonnement contraire à celui des incrédules, et bien mieux fondé que le leur. Nous disons que Dieu ne récompensant pas dans cette vie les vertus, et n'y punissant pas les vices, c'est une conséquence nécessaire qu'il y ait, après la mort, un autre élat où la récompense sera accordée el le châtiment inlligé ; qu'il se doit à lui même cette sanction; el qu'il manquerait à sa sagesse, à sa bonté et à sa justice, s'il manquait à l'exercer.
« 1° Il est contraire à la sagesse de vouloir une lin, sans en vouloir les moyens. Dieu veut que l'homme fasse le bien el évite ie mal, el il lui en donne le précepte. Il est donc de sa sagesse de pourvoir à l'observation de ce précepte, en donnant à l'homme un motif puissant, universel et toujours subsistant, de suivre la vertu el de s'éloigner du vice. Les motifs qui déterminent l'homme sont le désir du bonheur el la crainte du malheur : la sagesse divine exige donc qu'il soil pourvu à l'observation du précepte, en attachant le bonheur à la vertu, el le malheur au vice. Mais dans la vie présente celle sanction n'esl pas effectuée ; il doit doue y avoir, après celte vie, un autre élat où elle se réalise. — Dans l'hypothèse des incrédules, quel motif assez fort pourra déterminer l'homme aux sacrifices que souvent exige la pratique de la verlu ? S'il n'a d'autres biens à espérer que ceux de la vie actuelle, son unique intérêt sera de se les procurer par toutes sortes de voies ; el comme le vice apporte souvent plus d'avantages présents que la venu, il aura, dans une mull.lude d'occasions, plus d'intérêt à commettre le mal qu'à opérer le bien. Ainsi, la sagesse infinie se contredirait elle-même ; elle donnerait à la fois le précepte de l'observation et le motif de l'infraction; elle mettrait le moyeu en opposition avec la fin.
« 2. S'il n'y a de bonheur que dans celle vie, la boulé divine est évidemment en défaut; l'existence qu'elle a donnée à l'homme n'esl qu'un don funeste; les souffrances n'ont plus de dédommagement; les combats contre les passions, plus de palmes : les travaux, plus de salaires; les douleurs, plus de consolations. Les incrédules qui relèvent, qui exaltent,
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mourir tout entier? Dieu dit à Caïn : Si tu fais bien, n'en recevras-tu pas la récompense ? Mais fi tu fais mal, ton péché s'élèvera contre toi (Gen. îv, 7). Cependant Abel, loin de rc-
f|ni quelquefois môme exagèrent les maux que souffrent les justes sur la terre, font sentir bien clairement la nécessité d'une vie différente sous l'empire d'un Dieu bienfaisant. Un maître bon doit faire le bonheur de ceux qui suivent ses ordres. Otez la vie future, quel est le bonheur que Dieu procure aux observateurs de ses commandements? — Est-il conforme à la boulé du Créateur, que sa créature, par l'acte le plus parlait d'obéissance et. de vertu qu'elle puisse faire, détruise son bonheur. Le comble de la perfection est de mourir pour la vertu. Si cet acte héroïque ne mène pas au bonheur, il anéantit tout ceiui que l'homme peut espérer.
« 3. Est-il juste à un supérieur qui a donné des ordres, de traiter également et indifféremment ceux qui les enfreignent et ceux qui les remplissent? C'est cependant ce qu'imputent à Dieu ceux qui prétendent qu'il a boné l'existence de l'homme à celte vie. 11 faut même qu'ils aillent plus loin : comme le vice jouit plus souvent des agréments et des avantages de ce monde que la vertu, ils doivent, conséquemment à leur système, soutenir que la justice divine a voulu et a établi un ordre de choses dans lequel c'est à l'infraction de ses commandements qu'elle a attaché le bonheur, et c'est à cause de l'observation qu'elle rend misérable. Voici le raisonnement qu'ils attribuent au dominateur essentiellement et infiniment juste : En créant un être libre, je lui ai donné des préceptes; je lui ai ordonné de les oUserver, en n'épargnant ni efforts ni travaux ; je lui ai défendu de les violer, quelque satisfaction , quelque avantage qu'il pût y trouver ; et celui qui m'aura obéi aura, pour tout prix de ses sacnlices, les peines qu'elles lui auront causées; celui au conlraiie qui m'aura désobéi aura, pour unique punition, la jouissance des plaisirs qu'il se sera procurés. Malheur aux observateurs du commandement, bonheur aux infraclaires ; sage celui qui se rend heureux aux dépens de ses semblables, insensé celui qui {ait le bonheur public par ses privations. Voilà le système de justice divine de nos adversaires. •
« Concluons en trois mots. Ou le précepte divin de taire le bien et d'éviter le mal n'est muni d'aucune fcanclion, ou il a sa sanction dans la vie présente, ou, comme nous le soutenons, sa sanction est réservée à une vie future. De ces trois choses la première répugne manifestement aux attributs divins; la seconde est formellement démentie par une expérience constante et évidente; reste donc la troisième.
< J'oserai donc le dire à la suite des docteurs de l'Eglise : S'il n'y a pas de sanction dans une autre vie, il n'y a pas de vertu sur la terre, il n'y a pas de Dieu dans le ciel. C'est bannir la vertu que de lui ôler ses motifs ; c'est anéantir Dieu que de le priver de ses attributs. » (M. de la Luzerne, Dissertation «tir ta loi naturelle, chapitre 3.)
Voici comment Jean-Jacques Ilousseau exprime la même pensée : c Plus je rentre en moi, plus je me consulte, cl plus je lis ces mots gravés dans mon aine : Sois juste, cl lu serasheureux. Il n'en es> rien pourtant à considérer l'étal présent des choses. Le méchant prospère el le jusle reste opprimé. Voyez aussi quelle indignation s'allume en nous quand celte attente est frustrée ! La conscience s'élève cl murmure contre son auteur ; elle lui cric en gémissant : Tu m'as trompé. Je l'ai trompé, téméraire, el qui te l'a •lit? Ton âme csl-ellc anéantie? As-tu cessé d'exister? 0 Brutus 1 ù mou lils. ne souille point la noble vie en la linissant; ne laisse point ton espoir et ta gloire aux champs de Philippes. Pourquoi dis-tu : la velu n'est rien, quand lu vas jouir du prix de Ij tienne ?
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ceveir la récompense de ses verlus en ce monde, a péri par une mort violente et prématurée. Dieu, qui faisait alors la fonction de législateur et de juge, a-t-il pu le permel-
Tu vas mourir, penses- tu. Non, tu vas vivre; et c'est alors que je tiendrai tout ce que je l'ai promis.
< Si l'âme esi immatérielle, elle peut survivre au corps; et si elle lui survit, la Providence est justifiée. Quand je n'aurais d'autres preuves de l'immortalité de l'âme que le triomphe du méchant el l'oppression du jusle en ce monde, cela seul m'empêcherait d'en douter ! Une si choquante dissonance dans l'harmonie universelle me ferait chercher à la résoudre. Je me dirais : tout ne finit pas pour non* avec la vie ; tout rentre dans l'ordre à la moru
« Quand l'union du corps et de l'âme est rompue, je conçois que l'un peut se dissoudre et l'autre se conserver. Pourquoi la destruction de l'un entrainerait-elle la destruction de l'autre? Au contraire, élant de nalure si différente, ils étaient, par leur union, dans un état violent; el quand celle union cesse, ils rentrent tons deux dans leur étal naturel. La substance active regagne toute la force qu'elle employait à mouvoir la substance passive el moite. Hélas ! je le sens irop par mes vices : l'homme ne vit qu'à moitié durant sa vie; el la vie de l'àme ne se commence qu'à la mort du corps. t (Emile.)
III. De toutes les vérités il n'en est point de plus propre à élever l'âme de l'homme, à le consoler dans ses malheurs et à l'affermir dans le bien.
« 1. L'espérance d'une seconde vie, dit la Luzerne, esl bien plus flatteuse pour lui que celle du néant; sa destination est bien plus noble, si, à la suite de celle courte vie, la partie principale de luimême existe encore pour recevoir le prix de ses bonnes actions, que s'il est détruit tout enliercommeles bêles. Dans les malheurs qu'il éprouve en ce monde, la plus douce consolation est de se représenter le bonheur qui l'attend dans un monde nouveau. 11 ne sera jamais ébranlé par les maux actuels, celui qui s'appuie fortement sur l'espérance des biens futurs. Il regardait comme légères et passagères ses dures tribulations , celui qui élevait ses regards vers le poids immense degloire réservé pour lui dans l'éternité. Si je me trompe, fait dire Cicéron au vieux Caion, d.ms ma croyance de l'immortalité des âmes, j'ai du plaisir à me tromper ainsi. Je ne veux pas qu'on m'arrache une erreur qui fait mes délices. Si, comme le pen?ent quelques minces philosophes , je ne dois rien sentir après mon trépas, je n'ai pas à craindre que les philosophes morts me taillent de mon erreur.
« 2. Utile pour élever l'âme de l'homme, et pour le consoler dans ses malheurs, la pensée de la vie future l'est encore pour lui faite embrasser la venu, pour l'y maintenir quand il s'y est attaché, pour l'y ramener quand il a eu le malheur de s'en écarter. Quel encouragement aux actions généreuses peut égaler la contemplation d'un Dieu qu en esl le témoin, le juge el le rémunérateur? Otez la croyance de l'autre vie, quel intérêt peut avoir l'homme placé, dans des circonstances très-fréquenies, entre la vertu qui exige des sacrifices, et le vice qui promet des avantages, sinon de préférer le vice à la venu ? Kemellez celle salutaire persuasion, vous rendez à l'homme un intérêt de suivre la vertu supérieur a tous ceux que le vice peut présenter. Cel intérêt de la vie future donne un molif universel pour touies les personnes, pour toutes les actions, pour toutes les circonstances; un motif facilement aperçu, un motif continuellement actif; un motif donl le poids ne peut raisonnablement cire balancé par aucun feutre ; el pour nous en convaincre, nous n'avons besoin que de l'aveu même des adversaires de noire dogme. Lu contestant sa vérité, ils reconnussent formelle-
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tre, s'il n'y a ni récompenses à espérer, ni châtiments à craindre après la morl.— Abraham entend de la bouche de Dieu ces paroles consolantes : Je serai moi-même ta grande récompense. (G en. xv,l). Elle était bien faible, si elle devait se borner à la vie présente. Que Taisaient à ce patriarche les bénédic-
roenl son utilité. Bergier a réuni un grand nombre de confessions positives des incrédules : je ne puis mieux faire que de copier ses expressions.
< 3. Les destructeurs de l'âme sont forcés d'avouer « la nécessité du dogme que nous établissons. Epi-
• cure n'a jamais osé prétendre qee sa doctrine pût t être utile à la société, si elle devenait commune : « il la donmil comme un mystère de liué seulement
< à faire la félicité d'un philosophe, comme si un
< philosophe n'était plus un homme ! Spinosa convei liait qu'il vaut mieux que le peuple lasse son de- « voir par religion que par crainte : or, la religion « serait nulle, sans la croyance de la vie futuie. « Pomponace dit qu'il a fallu, pour le bien commun, « proposer au très-grand nombre des hommes les « peines et les lécompcnses de l'autre vie, parce i qu'ils sont nés avec de mauvaises inclinations, c Bayle soutient, contre Cardan, qu'il n'est pas vrai i que ce dogme ait produit plus de mal que de bien , « même à ne considé er les choses que par des vues
• de politique ; que la doctrine contraire désesjère « les gens de bien. Tolland, dans ses Lettres philoi sophiques , avoue que , pour réprimer les nié- « chants, il a été nécessaire d'établir l'opinion des « peines et ôe-, récompenses après la mort. Selon « Schafuhury, croire i|iie les mauvaises actions « sont punies par la justi e divine, est le meilleur « remède contre le vice, et le plus grand encmirage- « ment à la vertu, Bolingbroke observe que la doc- « trine des peines et des récompenses futures est « propre à donner de la force aux lois civiles, et à « réprimer les vices des hommes. David Hume ne « Viut point reconnaître pour bons citoyens m bons « politiques, ceux qui s'efforcent de désabuser le « genre humain des préjugés de religion.
« Même concert parmi les inciedules français :
< l'auteur de la Lettre de T.i.ra ybule à Leucippe con- « vient que la croyance d'une autre vie est le plus « ferme fondement des sociétés, porte les hommes « à la vertu, et les détourne du crime. Dans les « Sentiments des philosophes sur la nature de l'âme , « l'auteur confesse que la morale des athées est « dangereuse en général, et n'est bonne à ptêcher
< qu'aux honnêtes gens. Dans les Dialogues sur l'âme, « il est dit que, pour des hommes faibles et corrom- « pus , une religion dogmatique et la supposition « d'une première cause deviennent nécessaires ; « qu'une origine divine et l'attente d'un bonheur
< éternel flattent l'amour-propre, et peuvent pro- « duire de grandes choses. L'auteur du Système de « la Nature prouve qu'aucun motif naturel n'est as- « sez fort pour détourner du vice un homme né avec « des passions vives, et qu'il n'est pas le maître d'y « résister : il est donc très-à-propos de recourir à « un motif surnaturel. Dans les Lettres à Sophie, il « est dit que l'hypothèse de l'immortalité de l'âme « est, de toutes les fictions, la plus pi opte au bon- « heur du genre humain en général, et à la félicité « des particuliers qui le composent. L'auteur du li- « vie de l'Esprit est d'avis qu'il faut conserver , « même aux fausses religions, ce qu'elles ont d'utile;
< qu'il ne laul point détruire le lartare ni l'élysée.
« On demandera peut-être comment, avec de pa- « reils aveux, de pi étendus zélateurs des intérêts de « l'humanité osent écrire contre la croyance d'une « autre vie? Ce n'est point à nous de répondre. « C'e>t au lecteur judicieux à leur rendre la justice « qui leur est due. •>
lions que Dieu lui promettait de répandre sur sa postérité? Abraham achète une caverne pour servir de tombeau à Sara son épouse ; il la laisse pour héritage à ses enfants. Jacob veut y être enterré et dormir avec ses pères (Gen. xlvii, 30). La mort ne peut être censée un sommeil, qu'autant qu'il y a un réveil à espérer. Ce patriarche, près de mourir, assemble ses enfants : Je meurs, dit-il ; enterrez-moi dans le iombeau d'Abraham et d'isaac ; et s'adressant à Dieu, il ajoute : J'attends de vous, Seigneur, ma délivrance et mon salut (Gen. \i vi t, 21 ; xi.ix, 18 et 29). Il n'clait | oint question là de la guérison; Jacob savait bien qu'il ne relèverail pas de sa maladie. — Joseph son fils, dans la môme circonstance, dit à ses frères : Après ma mort, Dieu vous visitera et vous conduira dans la terre qu'il a promise à nos pères Abraham, Isaac et Jacob Transportez mes os avec vous (l, -23). Cet ordre fut exécuté (Exod. xm, 19). Si on nous demande où est gravé le dogme de Pimmorlalilé, nous répondrons hardiment : Sur le tombeau des patriarches.— Job, réduit au comble du malheur, ne perd point courage; il dit : Quand Dieu m'âterait la vie, j'espérerais encore en lui ( xin, 15). Les leviers de ma bière porteront mon espérance ; elle reposera avec moi dans la poussière du tombeau (xvt, 17 ; llebr.). Sur ce sujet, Salomon dit dans les Proverbes (xiv, 32), que le juste espère même dans sa moit. Que peut-il espérer, s'il meurt pour toujours ?
Jl est incontestable que les Egyptiens croyaient non-seulement l'immortalité de Vdme, mais encore la résurrection future; c'est pour cela qu'ils embaumaient les corps Les Israélites ont demeuré plus de deux cents ans parmi les Egyptiens, et ils ont imité leur coutume d'embaumer ; serait-il possible qu'ils n'eussent pas adopté la même croyance, si déjà ils ne l'avaient pas eue par la tradition de leurs pères? Mais nous en avons des preuves trop positives pour pouvoir en douter.
1° Moïse leur défend d'interroger les morts, pour apprendre d'eux les choses cachées , comme faisaient les Chananéens (Deut. xvm, 11). Malgré la défense, cette superstition fut pratiquée. Saiil fit évoquer par une pylhonisse Y âme de Samuel, qui lui dit : Demain vous et vos fils serez avec moi (I Rtg. xxvm, 11). Isaïe parle encore de cet abus (vu, 19; lxv, k). 11 n'aurait pas eu lieu chez une nation persuadée que les morts ne subsistent plus. C est pour cela même que tout homme qui avait touché un mort était censé impur. — 2° En offrant à Dieu les prémices des fruits de la terre, un Israélite était obligé de protester qu'il n'en avait rien employé à un usage impur, et qu'il n'en avait rien donné au mort (Deut. xxvi, 13). L'usage de faire des offrandes aux mânes, ou aux âmes des morts, de se couper les cheveux et la barbe, et de les mettre dans leur cercueil, de répandre du sang à leur honneur, suppose évidemment ht croyance de l'immortalité de Ydne; toutes
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«es superstitions sont défendues aux Juifs, parce qu'ils étaient enclins à y tomber (Levit. xix, 27; Veut. xiv, 1). Cela n'aurait pas été nécessaire s'ils n'avaient eu aucune notion d'une autre vie. -8° Le prophète Balaam dit (Num. xxiii, 10) : Que mon ame meure de la mort des justes, et que mes derniers moments soient semblables aux leurs. Quelle différence peut-il y avoir entre la mort des jutes et celle des pécheurs, s'il n'y a rien à espérer ni à craindre après la mort. Les premiers, sans doute, sont tranquilles et n'ont point de remords ; et pourquoi les seconds en auraient-ils, si tout finit avec celte vie? — k* Pour avertir Moïse de sa mort prochaine, Dieu lui dit : Tu dormiras avec tes pères (Deut. xxxi, 16). Monte sur la montagne de Ne'bo ; tu y seras réuni à tes proches, comme ton frère Aaron est mort sur la montagne de Uor, et a été réuni à son peuple Deut. xxxn, 49). Mais les parents de Moïse et d'Aaron avaient été enterrés en Egypte ; ces deux frères, morts dans le désert, no pouvaient donc pas être réunis, par la sépulture, à leur famille. Ces expressions nous indiquent évidemment un séjour des morts différent du tombeau. — 5° David, étonné de la prospérité des pécheurs, de leur insolence et de leur impiété, avait été tenté «le désespérer des récompenses de la vertu, et de regarder les justes comme des insensés. J'ai voulu, dit-il, comprendre ce mystère; j'y ai eu de la peine, jusqu'à ce que je suis entré dans le secret de Dieu, et que j'ai considéré leur dernière, fin. (Ps. lxxii, 16j. Ce scandale ne serait pas dissipé, si les uns et les autres avaient la mort pour dernière fin. — 6° Salomon son fils fait la même chose dans l'Ecclésiaste ; il lient d'abord le langage d'un épicurien, qui juge que tout se termine au tombeau, que les bons et les méchants ont la même destinée. Qui sait, dit-il, si l'esprit des enfants d'Adam monte en haut, et si celui des animaux descend dans la terre?.... Tous meurent de même ; les morts ne sentent ni ne connaissent plus rien ; il n'y a plus de récom~ pense pour eux, et leur mémoire tombe également dans l'oubli : bornons-nous donc à jouir du présent, etc. Mais bientôt il réfute ce langage impie. Ne dites point : Il n'y a point de j'movidence, de peur que Dieu, irrité de ce
discours, ne confonde tous vos projets
Craignez Dieu (v, 5). Il vaut mieux aller dans une maison où règne le deuil, que dans celle où l'on prépare un festin : dans la première, l'homme est averti de sa fin dernière, H quoique plein de vie, il pense à ce qui doit lui arriver (v:i, 3). Parce que les méchants ne sont pus punis d'abord, les enfants des hommes font le mal sans crainte ; cependant, puisque l'impie a péché cent fois impunément, je yuis certain que ceux qui craignent Dieu prospéreront à leur tour (vm, 11). liéjouissezvous pendant voire jeunesse, à ta bonne heure : mais sachez que Dieu sera votre juge sur tout cela (xi, 9). Souvenez-vous de votre Créateur dans ce temps-là même, avant que n'arrive le moment auquel la poussière retombera dans h terre d'où eUe a été tirée, et auquel l'erprit
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retournera à Dieu qui l'a donné (xu, 1 et 7). Craignez Dieu et observez ses commandements : c'est l'essentiel pour l'homme ; Dieu entrera en jugement avec lui pour tout le bien et le mal qu'il aura fait (xm). Comment les épicuriens de nos jours ont-ils osé affirmer que Salouon pensait comme eux? — 7 Elie voulant ressusciter un enfant dit à Dieu : « Seigneur, faites que l'dmede cet enfant revienne dans son corps. » L'historien ajoute que l'âme de cet enfant revint en lui et qu'il ressuscita (/// Reg. xvn, 20). Ce n'est pas le seul prodige de cette espèce rapporté dans les livres saints. Les matérialistes onl-ils jamais cru aux résurrections ? — 8° Isaïe nous assure que les justes morts se reposent dans le lieu de leur sommeil, parce qu'ils ont marché droit (lvh, 1 et 2). Il suppose (xiv, 9) que les morts parlent au roi de Babylone lorsqu'il va les rejoindre, et lui reprochent son orgueil.
Tous ces écrivains sacrés que nous citons ont vécu avant la Captivité de Babylone ; ils tiennent cependant le même langage que ceux qui sont venus après, comme Daniel, Esdras, les auteurs des livres de la Sagesse, de l'Ecclésiastique el des Machabées. Celte uniformité d'expressions, de conduite, do lois, d'usages, nous paraît plus capable de constater le fait de la croyance constante des patriarches et des Juifs, qu'une dissertation philosophique sur la nature et la destinée de l'âme humaine, quand même elle aurail été faite par l'un des enfants d\\ilain.
Les Egyptiens, les Chan anéens, les Chaldéens, les Perses, les Indiens, les Chinois, les Scythes, les Celtes, les anciens Bretons, les Gaulois, les Grecs et les Humains, les Sauvages même, ont cru de tout temps l'immortalité de l'dme. C'est sur celte tradition universelle que Platon, Cicéron et les autres philosophes fondaient l'opinion qu'ils en avaient, beaucoup plus que sur leurs démonstrations. Et des disserta'eurs modernes avaient entrepris de nous persuader que, par une exception unique sous le ciel , les Juifs ignoraient profondément cette vérité, et qu'il n'en est pas fait mention dans leurs livres I
Nous convenons que chez les païens la croyance de l'immortalité de Vâme n'a jamais fait partie de la religion publique ; aucune loi ne rendait sacré ce dogme important; on pouvait l'admettre ou le nier sans conséquence et sans courir aucun danger. C'est ce qui démontre combien la religion païenne était incapable de conlribuer à la pureté des mœurs, et combien les peuples avaient besoin d'une religion plus sage et plus sainte.
Lorsque Jésus-Christ parut sur la terre, la philosophie épicurienne, les fables des pontes sur les enfers, et la corruption des mœurs, avaient presque entièrement détruit chez les païens la croyance de l'immortalité de Vâme. Malgré les arguments de Platon et de Cicéron, Juvénal nous apprend que, chez les Homains, personne, excepté les enfants, ne croyait plus à la fable des enfers.
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Par une vieille habitude, on honorait encore les mânes ou les âmes des morts, et l'on faisait des apothéoses; mais personne ne savait ce qu'il fallait penser de l'étal de ces âmes. La foi à la vie à venir nVniraii pour rien dans la morale; il ne restait à la vertu, pour se soutenir, que l'instinct de la nature et un faible pressentiment des peines et des récompenses futures. Cette même foi était ébranlée chez les Juifs p;ir les sophisme* des saducéens; l'on sentait le b soin d'un maître plus imposant que les docteurs de la loi et que les philosophes.
Le Fils de Dieu annonça la vie éternelle pour les justes, et le feu éternel pour les méchants; il fonda ce dogme, non sur des arguments philosophiques, mais sur sa parole, qui était celle de Dieu son Père ; il le prouva non-seulement par les résurrections qu'il opéra, mais par sa propre résurrection ; il assura, non-seulement la vie éternelle de Vâme, mais la résurrection future des corps. Il fit de ce dogme capital la base de toute sa morale ; par là il consola et encouragea la vertu, il fit trembler le crime, il forma des disciples capables de mourir comme lui en bénissant Dieu, et il imposa plus d'une fois 6ilen< e aux frivoles objections des saducéens. Lorsqu'ils voulurent argumenter contre le dogme de la résurr. ction future, il leur dit: N'avez-vous pas lu ce que Dieu vous a dit : Je suis le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob? Il nest pas le Dieu des morts, mais des vivants. [M al th. xxii, 31). En effet, ces patriarches n'ont pas été récompensés dans celle vie de leurs verlus et du culte qu'ils ont rendu constamment à Dieu; il faut donc que Dieu les récompense dans une autre vie ; et s'ils vivent, pourquoi ne ressusciteraientils pas? — Jésus-Christ, dit saint Paul, a mis en lumière la vie et l'immortalité par l'Evangile [Il Tim. i, 10). S'il n'a pas dil de la vie future tout ce que voudraient les philosophes pour satisfaire leur curiosité, il nous en a suffisamment appris pour confirmer la foi des justes et pour effrayer les pécheurs.
Celse et les autres philosophes ennemis du christianisme ont loumé en ridicule le dogme de la résurrection des corps; mais ils n'ont osé rien affirmer sur l'état des âmes après la morl : ils ont mieux aimé demeurer dans une ignorance qui favorisait leurs vices, que d'embrasser une doctrine qui les aurait excilés à la vertu. 11 est trop tard, après dix -sept cents ans de lumière, de vouloir ramener les anciennes ténèbres touchant la nature et la destinée de Vâme humaine.
111. De l'origine de rame. La croyance générale de l'Eglise chrétienne est que les âmes humaines sont l'ouvrage immédiat de la puissance divine, et que Dieu leur donne l'être par création. Ce senlimenl est fondé tout à la fois sur l'Ecriture s îinte, qui dit que Dieu a créé toutes choses sans exception, et sur la notion claire que nous avons de la nature des esprits. Puisque ce sont des êtres 6:mp!es, sans étendue et sans parties , ud
esprit ne peut être détaché de la substanco d'un autre esprit; il ne peut donc en sortir par émanation, comme un corps sort d'un autre corps dans lequel il était renfermé. Ou il faut que les âmes soient éternelles et sans commencement comme Dieu , oft il faut qu'elles aient commencé d'être par création.
Cependant de savanls critiques prote»tants prétendent que ce n'a point éé là e sentiment des anciens Pères de l'Eglise ; que la plupart ont cru, comme le grand nombre des philosophes, que les âmes sont une partie de la substance divine, et qu'elles en sont sorties par émanation. Beausobre, en ptrliculier, dans son Histoire du Manichéisme , 1. vi, c. 5, § 9, s'est attaché à prouver ce fait, et il s'en est servi pour réfuter ou pour éluder les arguments par lesquels les Pères ont attaqué les manichéens. Comme celle erreur serait grossière et donnerait lieu à des conséquences très-fausses, il est bon de savoir si les Pères y >ont réellement tombés. 1° 11 est difficile de croire que les Pères, qui ont formellement enseigné que Dieu a créé les corps ou la matière, aient douté s'il a créé aussi les esprits; l'un lui a-l-il été plus difficile que l'autre ? Les anciens phiiosophes n'ont admis les émanations que parce qu'ils retenaient le dogme de la création; dès que les Pères ont professé ce dogme, quelle raison auraient-ils pu avoir de croire l'émanation des esprits. 2° Beausobre, après avoir cité un passage de Maires, qui porte que la première âme émana du Dieu de la lumière, dit qu'il ne faut pas presser ces mots, qu'ils peuvent signifier seulement que Vâme fui envoyée de la part de Dieu; mais dans les passages des Pères qu'il cite, il presse tous les mots, ou les prend dans le sens le plus rigoureux. 3' 11 ne veut pas que l'on impute aux manichéens les conséquences qui suivaient de leur doctrine, parce que ces hérétiques les niaient; mais il a grand soin de relever toutes les conséquences des opinions fausses qu'il attribue aux Pères, quoique ceux-ci ne les aient jamais admises. Telle est sa méthode dans tout son livre. Mais voyons les passages qui lui servent de preuves.
Dans le dialogue de saint Justin avec Tryphon, n. k, ce Juif lui demande si l'd/ne de l'homme est divine et immortelle; si c'esl une partie de l'Esprit souverain, regiœ mentis pariicala; si, de même que cet Esprit voil Dieu, nous pouvons espérer de voir en espril la Divinité, et d'être ainsi heureux. Assurément, répond saint Justin. Mais ce qui précèle prouve clairement, 1° que par \ Esprit souverain qui voil Dieu, sainl Justin entend le Saint-Esprit; 2° que ia seule question élait de savoir si Vâme peut voir Dieu. Ainsi, la réponse affirmative de saint Justin tombe directement sur celle partie de la question, el non sur ce qui précède. Beausobre a tronqué le passage, pour persuader le contraire. 3° Saint Juslin déclare, ibid.t n. 4, qu'il ne croit point, comme Platon, que Vâme est iacréée, ir/briff, et indestructible
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par sa nature, non plus que le monde. Je ne penne pis néanmoins, dit il, qu'aucune amb périsse. S'il avait pensé que l'âme est une portion de Dieu, aurait-il cru quMle peut é(re anéantie ?-r- Dans le fragment d'un outrage sur la résurrection future, n. 8, sainl Justin reprend ceux qui disaient que Vâme est incorruptible, parce que c'est une partie cl un souffle de Dieu ; mais qu'il n'en est pas de même de la chair. « Serait-ce donc, dit ce Père, une preuve de puissance ou de bonté de la part de Dieu, de sauver ce qui doit être sauvé par sa propre nature, qui est une portion de lui-même et son souffle ? Ce serait se conserver soi-même. » Je croirais, dit Beausobre, que ce raisonnement de Justin est un argument ad hominem, s'il ne s'était pas expliqué clairement dans sa dispute avec Tryphon. Or, nous venons de voir que celle explication est absolument contraire au sentiment de Beausobre; donc le seul but de saint Justin, dans le passage que nous examinons, esl de prouver que ceux qui nient la résurrection de la chair raisonnent mal. — Tatien, son disciple, contra Grœcos, u. 7, dit : « Le Verbe divin a fait l'homme image de l'immortalité; de manière que, comme Dieu pst immortel, ainsi l'homme, fait participant d'une portion de Dieu, a aussi l'immortalité; mais avant de créer l'homme, le Verbe a créé les anges. » Il est constant que, par celle portion de Dieu, Tatien, comme saint Justin son maître, entend le Saint-Esprit; si cette portion était Vâme de l'homme, il serait absurde de dire que l'homme en a été fait participant. N. 12: « Nous connaissons, dil Tatien, deux espèces d'esprit : l'une est appelée Vâme; l'autre, plus excellente, esl l'image et la ressemblance de Dieu. Les premiers hommes avaient l'une et l'autre, de manière qu'ils étaient en partie matière, et en partie supérieurs à la maiière. » Beausobre, liv. v i, c. 1, n. 1, conclut de ce passage que les Pères, aussi bien que les man chéens, admettaient deux âmes dans l'homme. Nouvelle fausseté: jamais les Pères n'ont pensé que le Sainl-Esprit fût une partie de Vâme humaine. — Sainl C émeut d'Alexandrie , Strom., liv. vi, p. G63, et sainl I renée, liv. v, c. 12, n. 2, se sont exprimés de même; tous onl pensé que Vâme est rendue immortelle par la vertu du Saint-Esprit, et non par sa nature, parce qu'elle a été créée : or, si c'était une portion de la substance divine, elle serait immortelle par sa nature même, et sérail incréée. — Saint Méthode, Sympos. Virg., p. 74, dit que la semence humaine contient, pour ainsi dire, une partie divine de la puissance créatrice. Beausobre a supprimé ces mots pour ainsi di< e, qui font vor qu'il ne faut pas prendre à la lettre ce pass.'^c; il signifie seulement que l'homme a reçu de Dieu le pouvoir de procréer des cnf.iûls. — L'aulcur des Fausses Clémentines , homil. 13, n. 10, dit que Vâme procédant de Dieu est de même substance que lui, quoique les âmes ne soient pas ('es d.cux : c'està-dire, que Vâme esl esprit comme Dieu; mais l'auteur ne dit pas qu clic est une partie
de sa substance. — Suivant Laclance, liv. u, c. 13 : « Dieu, avant formé le corps de l'homme, lui souffla une âme de la source vivifiante de son esprit, qui esl immortel... Vâme par laquelle nous vivons vient du ciel et de Dieu, au lieu que le corps vient de la terre. » Si cela prouve que Vâme c t une émanation de la nature divine, il faut attribuer celte erreur à Moïse : Lacîance ne fait que répéter son expression. — Terlullien est plus obscur: selon sa coutume, en parlant de Vâme il prodigue les métaphores ; si l'on veut tout I rendre à la lettre, il n'y a pas d'erreur que l'on ne puisse lui imputer. Lib. de Anima, c. 11, il d l que Vâme n'est 'pas proprement l'esprit de Dieu, mais le souffle de cet esprit. H distingue l'esprit ou l'entendement d'avec Vâme; il l'appelle le siège naturel de Vâmef ce qu'il y a en elle de principal et de divin, c. 12. « Cet entendement, dit-il, peut cire obscurci, parce qu'il n'est pas Dieu; mais il ne peut être éteint , parce qu'il vient de Dieu... Dieu l'a fait sortir de lui par son propre souffle. » Adv. Praxeam, c. 5. Il dit que l'animal raisonnable n'a pas seulement élé fait par un ouvrier intelligent, mais qu'il a élé animé de sa propre subsiance. Bien n'est plus formel. Mais il est de l'équité naturelle de juger des sentiments d'un auteur par ses raisonnements plutôt que par ses expressions. Or Tertullien, dans son livre contre Hermogène, qui soutenait la matière éternelle et incréée, prouve que Dieu est créateur, seul éternel, que loul ce qui existe a été créé de rien; c'est la conclusion de son ouvrage. Ainsi, par le souffle de l'esprit dr Dieu, il entend l'effet d'un souffle créateur; autrement cette expression serait inintelligible. Dans son livre de Anima, c, I, il dil qu'ii a traité contre Hermogène de l'origine de Va .• e, de Censu animœ; qu'il a prouve qu'elle n'e->t point tirée du sein de la matière, mais du soufile de Dieu : puisque ce souffle est créateur, il faut que Vâme ait commencé d'être par création. C'est aussi ce que prouve Tertullien, c. k. « Puisque nous soutenons, dil-il, que Vâme vient du sou Ile de Dieu, nous devons par conséquent lui attribuer un commencement; aussi enseignons- nous contre Platon qu'elle est née et a été faile, parce qu'elle a commencé... Il esl permis d'exprimer par le même terme, être fait, être engendré, recevoir l'être, puisque loul ce qui a commencé d'èlre reçoit la naissance; et l'on peut appeler un ouvrier le pèi e de ce qu'il a fait. Ainsi, selon notre foi, qui enseigne que l'dme est née ou a élé faite, l'Ecriture prophétique a réfuté le sentiment de Platon. » Or, Platon admettait les émanations des esprits, parce qu'il rejetait la création. — llii'l., c. 10 et suiv. Loin de distinguer deux substances, ou deux parties dans Vâme, il réfuLe celle opinion comme une erreur des philosophes. « l'âme, dit-il, c. l'i, esl une et simple, (oui entière en soi, de sao Iota est; elle ne peut pas plus être composée que div sib'c et destructible, etc. » Après une profession de foi aussi claire, nous ne concevons
pas comment on peut accuser Terlutilen
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d'avoir cru Y Ame corporelle, el cependant émanée de la substance de Dieu, et d'avoir distingué YAme de l'esprit ou de l'entendement. H a seulement distingué dans Ydme les facultés et les opérations, comme la vie ou la respiration, la puissance de mouvoir ou de sentir, l'intelligence ou l'entendement, el la volonté : nous taisons encore de même.— Que prouve donc ce qu'il a dit en passant dans le livre contre Praxéas, où il s'agissait de tout autre chose que de la nature de YAme? Rien du tout. On peut dire sans erreur que l'homme a été animé par le souffle de Dieu, souflle créateur, émané de la propre substance de Dieu ; mais ce souffle a été la cause efficiente de Ydme, et non Ydme elle-même. Cent fois l'on a dit que Ydme est un souflle divin, parce qu'elle en est l'effet, et non parce que c'est une émanation de la subsiance de Dieu. Nous lisons dans Job, c. xxxm, v. 4 : Le souffle du Tout-Puissant m'a donné la vie. Les Pères n'ont rien dit de plus.
Enfin Beausobre a cité Synésius, qui appelle YAme de l'homme, la semence de Dieu ; une étincelle de son esprit, la fille de Dieu, une partie de Dieu : mais c'est dans les poésies que Synésius s'exprime ainsi, et les métaphores chez les poètes ne sont pas des arguments de métaphysique. Il est absurde de les prendre à la rigueur, pendant que Beausobre ne veut pas que l'on en agisse ainsi à l'égard des hérétiques.
Nous convenons que la question de l'origine de Ydme est très-obscure, surtout lorsqu'on s'en tient aux notions philosophiques: il y a eu sur ce point trois ou quatre opinions différentes chez les anciens. Les uns ont cru la préexistence des Ames , comme Origène, mais il supposait que Dieu les a tirées du néant toutes ensemble ; les antres ont pensé que Dieu les a créées en détail, à mesure que les corps humains sont engendrés : plusieurs ont imaginé que YAme d'Adam fut tirée du néant, et que toutes les autres naissent de celle-là par voie de propagation , ex traduce. Quant au système de l'émanation des Ames hors de la substance de Dieu, c'a été celui des philosophes, el non des docteurs de l'Eglise, qui tous ont admis la création. Aussi saint Augustin qui, dans sa h lire 143 à Marcellin, et dans sa lettre à Opiat, compte quatre opinions louchant l'origine de Ydm-, ne fait aucune mention des émanations. Au reste, il est faux que l'une de ces opinions soit plus commode que les autres pour résoudre les difficultés que l'on fait sur l'origine du mal moral. Les critiques protestants ne se sont obstinés à prêter aux Pères de l'Eglise le système des émanations, qui ;i été celui des philosophes et des anciens hérétiques, que pour avoir la satisfaction d ; les déprimer, el on dirait qu'ils ont cherché à faire leur cour aux sociuiens. Voy. émanation (1).
(1) Propriétés de Came humaine. — Les propriétés humaines ressorlcnt prinriyalepent.de notre aine : nous niions les exposer. Ces propriétés sont l'unité, l'identité, la liberté et la personnalité.
Ame du monde. Le système de Pythagore, des stoïciens el d'autres philosophes , était que le monde esl un grand tout dont Dieu est Yâme,el duquel les différents corps, comme les astres, la terre, la mer, etc., sont les membres ; que Dieu est répandu dans loules ces parties et les anim>, comme notre Ame vivifie et fait mouvoir toutes les parties de noire corps. Cette opinion supposait que la matière esl éternelle ; que Dieu ne l'a point
1° Unité humaine. Les trois modes d'action que nous avons reconnus dans te principe actif humain, sont Irès-spuvenl simultanément en exercice. Combien de fis n'anive-t-il pas (|ue nous sentons, que nous nous mouvons et que nous pensons tout à la fois? Et même, nous ne distinguons ces opérations If s unes des autres, nous ne les isolons que par abstraction. D'ailleurs, elles sont toutes réunies sous l'empire d'une même volonté. Nous avons vu ci-dessus (col. lttè, not. 1), comment les diverses sensations sontcentralisées sans être confondues, comment elles sont comparées par la pensée, comment à leur occasion il y a réaction du principe actif sur le inonde extérieur. Il est donc évident que la sensibilité, la motilité et i'inteltection sont trois propriétés, ou mieux trois modes d action du même principe actif. Ainsi, il y a dans 1 homme une unité réelle et stable dont l'activité centralise tout.
Quelques matérialistes ont prétendu que l'unité humaine, dont ils ne peuvent méconnaître l'existence, avait son siège dans les organes Nous avons démontré, à l'endroit cité ci-dessus, qu'il n'y a point dans l'organisme d'uniié proprement dite, mais que le système nerveux de relation, le seul des opérations duquel nous ayons la conscience, a nue multitude de centi alités qui se correspondent deux à deux dans les deux lobes du cerveau, et dont aucune n'est plus importante que les aunes. Il y a donc nécessairement pluralité dans l'organisme; d'où il suit que l'unité humaine a un tout autre principe. On ne peut même supposer que cette unité réside dans un atome indivisible de matière, quoique dans cette hyp iihèse, de la Luzerne, el après lui les traués classiques do philosophie, disent que la question ne serait plus que dois les mots. Cet atome, éprouvant simultanément plusieurs impressions différentes, ne pourrait ni les distinguer, m les comparer : cependant l'unité humaine compaie et juge. De plus, la physiologie moderne reconnaît que les molécules qui constituent l'organisme sont sans ce-se renouvelées et remplacées par d'autres : or, ce phénomène ne pourrail concorder avec la stabilité de L'imite humaine , si une molécule matérielle quelconque , soii divisible, soit indivisible, en était le siège. Ce raisonnement est d'autant pins lort que les matérialistes modernes placent tcur molécule privilégiée dans le système nerveux, el que cependant le iluide nerveux, seul propre aux impressions, esl renouvelé partiellement aux dépens du sang après chaque transmission de mouvement, el intégralement par le sommeil, au moins une lois tmiles les vin^lquatre heures. Il est donc bien certain, d'après ces laits, que l'uuilé humaine ne peut avoir qu'un sujet aciil ou immatériel. ,
i* Identité humanè. L'id. nt té humaine n est rien antre chose que l'uniié considérée comme persévérant pendant toute E-i durée de la ve : c'est I unité humaine elle-même en tant que stable. Aussi, le» considérations physiologiques qui oui ete expo-ce* concernant la nature du substratum de I unie, s appliquent-elles d'elles-mêmes à l'idenlite. Mais voyons encore comment la conscience permanente de noire identité prouve l'immatérialité du principe qui agit en nous. La physiologie reconnaît depuis longtemps 'u* toute la substance du corps se renouvelle inte-
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créée, mais seulement arranger, et qu'il a ainsi formé son propre corps, qui est le monde. Quelques stoïciens poussaient l'abbiii dite jusqu'à dire que le monde a une dme, qui s'est faite elle-même et a fait le moud? : Flabcre mentem qnœ et se et ipsum fab'icata sit. Cic, Acad. Qurpst., I. 2, c. 37. On préte-'d que c'était aussi le sentiment dos Egyptiens. Dans cette h> pothèse, toutes les p ri ies de la nature sont animées aussi bien que
I hommeel que les brutes ; toutes lt-sdmes particulières '•ont des portions détachées de la grande âme <|ui meut le tout ; el'es vont s'y réunir, lorsque le corps particulier qu'elles amment vient à se dissoudre. Combien d'erreurs les anciens philosophes ont soutenues, faute d'admettre le dogme de la création 1
Les athées modernes et les matérialistes, afin de tourner notre croyance en ridicule,
gralement plusieurs fois pendant la vie, par l'action incessante de la nutrition. < Ce qu'il y a, dit Button, de pins constant, de plus invariable dans la nature, c'est r*einpreinie ou le moule de chaque espère; ce qu'il y a de plus variable et de plus corruptible, t'est la substance. » Le grand Cuvier a au?si décrit le même phénomène. « Dans les corps vivants, dit-il, aucune mnlécu e ne reste en place; toutes entrent et sortent successivement : la vie est un louihillon continuel, dont la direction, touie compliquée qu'elle est, demeure constante, ainsi que l'espèce des molécules qui y sont entraînées, mais non les molécules individuelles elles-mêmes; au contraire, la matière actuelle du corps vivant n'y sera bienlôi plus, et cependant elle est dépositaire de la force qui contraindra la matière future à marcher dans le même sens qu'elle. > M. Flourens, membre "le l'Académie des sciences, a eoiiliimé en 18it (Compte rendu de l'Acad. des se., janvier) par des expériences directes, le fait physiologique du renouvellement de l'organisme, même dans les parties les plus soldes. Il a soumis un jeune poic pendant un mois au régime de la garance, et l'a remis pendant six autres mois au régime ordinaire.
II en a fait ensuite examiner les os par l'Académie des sciences : on y a remarqué une couche rouge , qui était sans contredit la plus nouvelle quand l'anima! éia.l nourri à la garance, mais qui était devenue la plus ancienne, et par la résorption des couches blanches les p us intérieures, qui préexistaient à la couche longe, et par la formation de couches blanches nouvelles , après que le porc eut repris de la nourriture sans garance. De-, expériences du inén e genre ont été f;iites aussi dans ces derniers temps sur des oiseaux avec beaucoup de variété : elles ont eu tontes (les lésuliats analogues. Elles prouvent inconleMablemeiii que le subilraium de l'identité ne peut eue de la matière, et put ni, qu'il est iminaiéri< 1.
.">" Liberté humaine. Nous avons constaté, en traitant soit de la sensibilité, soit de la inutilité, soit de l'inieHeclion du principe actif humain, que et; principe e>t doué de spontanéité (a). Or, pouvoir agir de soi-même sans être mù par aucune force, c'est être libre : la liberté découle donc tout naturellement de la spontanéité. Elle est foulée, en outre, sur le sentiment intime de chaque homme, et sur le lénioignagiie de tous les hommes qui ont été ou qui sont réunis eu c<<rps de nation. Tous ont accepté et souvent même imposé à leurs semblables une responsabilité morale, qui ne peut avoir d'aulie rondement que la croyance universelle en la libéré humaine.
\>r-> physiologistes de CtH derniers temps ont prétendu, pour anéantir la illicite humaine, et cxcumt toutes les passions, qu'il existait liaus cb.ique individu quelques aptitudes à des actions spéciales, dé- Ici minces par un plus grand développement de terfoi Voir ci dessus, col. 102, n<\. 1.
ont dit que, sous le nom de Irieu, nous n'entendons rien autre chose que Y âme du monde, ou l'univers anime ; qu'ainsi nous retombons dans l'erreur des stoïciens ; que, comme eux, nous adorons la nature et rien déplus; c'est ce qu'ils appellent le panthéisme. — S'ils voulaient être de bonne foi, ils conviendraient au contraire que la révélation sape celle erreur par le fondement, en nous enseignant que Pieu a créé le monde : le panthéisme est absolument incompatible avec le dogme de la création.
l°Les pythagoriciens et les stoïciens supposent , les uns, l'éternité du monde : les autres, l'éternité de la matière : dans l'hypothèse de la création, rien n'est élernel que Dieu; tous 1rs antres êlres ont commencé, et D eu les a tirés du néant par son seul vou- ! loir. Il a dit, et tout a été fait. — 2° Selon la
laines parties de Pencépha'e. Ces renflements, selon les mêmes ameurs, seraient traduits par des protulèiancs crâniennes plus ou moins saillantes, manifestant des penchants plus ou moins violents, des aptitudes plus ou moins déterminantes. Sur ces laits | analomiqiies vérifiés a posteriori, ainsi qu'ils l'ont soutenu, il- ont essayé d'organiser une science qu'il! ont appelé phrénoioijie ou cranioscopie. Cal! est l'inventeur de ce nouveau système de fatalisme et de matérialisme, que ttroussais mil tous ses soins à populariser en France. J'ai fréquenté plusieurs lois des Cours de plircnotogie pratique, dans l'intention d'examiner les choses de près, et je n'y ai trouvé qu'c reur et charlatanisme! Lorsque les analystes ou les professeurs eux-mêmes se trompaient dans l'appréciation des aptitudes des sujets soumis à leurs investigations, el ils se trompaient presque toujours quand les personnes leur étaient tout à lait inconnues, ils ivonaient que de l'aptitude on ne devait pas conclure la liéquenee des actes, ce qui, dans le fond , éia l reconnaître la puissance de la volonté, ou la liberté.
Al lis citons l'autorité des hommes de la s ience, pour démontrer que la phrénolugie "a dans l'anatomie aucun fondement véritable M. le docteur Foville, dans ses recherches sur l'encéphale, est parvenu à démontrer, contre le système de («ail, que la forme exiérieure du ciâne est dépendante non d s saillies ou développements des circonvolutions cérébrales, mais des s>cs séreux qui se dilatent dans ies ventricules. M. de Blainville, dans son rapport sur le mémoire de cet habile expérimentateur, appuie la même doctrine de nouvelles considérations, et prouve que les circonvolutions cérébi aies, quand elles ipportent quelques modifications à la forme du cràne,| ne joueni qu'un rôle très- seconda ire, mais que 1», (orme générale est certainement due à celle des ventricules. ( Voir U. K. de l'Acad. des se, séance du 11 mai 1810). < Les p'iré lOlogiSlés, dit M. le ■ docteur Bûchez, prétendent posséder une sciencelt laite, ayant une certitude et nue méthode, cl donnant nue prévoyance : or leur science n'existe pas;! elle est en contradiction avec l'an il unie. Ils sou-l tiennent que les sens intra-ciàniens sont des renfle- 1 DISAIS nerveux ou de petites masses nerveuses : oi dans le cerveau il n'y a presque partout que des I filets nerveux. Leur Certitude, disent- ils, est londet I sur lobs 'nation ; nids toujours, dans h urs obsei-jl valions, en les supposant même aussi pailule I qu'ils l'assurent, il leur en manque net essaireincn I - • !■■ .iiii- Us peuvent,. en effet, nhse<ver les ace j extérieurs des animaux, c'est la le tôle où ils peu | vent avoir une c.eilaine cei lilude. Mais de là il, concluent à une aptitude, el à une certaine localisa lion tle celle aptitude dans un point de fencéphu e Voi à un 'Ole où la certitude leur manque oujoin» (
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doctrine de? stoïciens, Dieu, identifié arec le monde, n'était pas libre d"en diriger les mouvements à lois éternelles
il était soumis aux et immuables du destin : la
son gre
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providence n'était autre chose que la chaîne successive et nécessaire de ces mêmes lois. C'est par là que ces philosophes se flattaient d'absoudre la providence des maux de ce
car d'abord ils ne peuvent savoir si le système d'aces extérieurs qu'ils ont reconnu, est l'effet d'une ou de vingt aptitudes ; ensuite, quant à la localisation, ils manquent complètement des moyens de lu reconnaître d'une manière assurée ; leurs échecs , sous ce rapport, sont innombrables; il n'est pas une seule de leurs localisations qu'une observation attentive et répétée des lésions cérébrales n'ait démontrée lau-se. Leur méthode pour procéder à la localisation est grossière, mauvaise et tout à Fait impropre. Que faut-il, eu effet, pour démontrer que tel sens réside en tel lieu de l'encéphale? Ils notent d'abord que tel an-mal a tel instinct ou telle aptitude; puis ils examinent son crâne comparativement avec ce'ui d'un aune animal qui ne manilesie ni cet instinct ni cette aptitude; ils notent la saillie la plus considérable qui se trouve sur le crâne du premier, et ne se trouve point sur le crâne ilu second; et ils affirment que le renflement cérébral' dont dépend l'aptitude qu'il s'agit de localiser, correspond à la saillie. C'est sur la connaissance des rapports des saillies crâniennes avec de prétendus renflements cérébraux dont la spécificité a été établie de la ma icie qui I vient d'être décrite, qu'ils fondent leur prévoyance, tvr, l'analouiie prouve que dans l'homme il n'y a point de rapport nécessaire entre les protubérances du crâne et le développement des surfaces encépnaliqtn s coi respondanles, et (pie dans la plupart des animaux il n'y en a presque jamais. En outre, l'anatomie nous a prend que le cerveau don être considéré comme ui e trame d'une liés grande étendue, une sorte de toile nerveuse plus longue que laige, qui est ployée ou pli-sée sur elle-même de minière à être contenue dans le crâne : or, en supposant qu'il y ail un renflement sur un point de celle trame nerveuse, quel que soit le point renflé, évidemment toute c ne toile, plissée sur elle-même, en éprouvera ii n soulèveim ni général. Pour reconnaître le lieu du soulèvement, il faudrait déplisser la trame : autrement, même lorsqu'on constaterait une augmentation de volume dans la masse, ou ue pourrait jamai, savoir u'où dépend ce développement. Ce dernier argument atialoiuique rend impossible même à atteindre ce que la phrénologie soutient cepeii lanl posséder. Lulin, quand même l'argument n'existerait pas, il y a un nombre considérable d'observaiions et d'expériences qwi concluent directement contre les diverses alhruialious dont Se targue cette pi étendue science, pour démonlier qu'elle existe. •
Disons un mol du pliietw-mayiiéUsine. Ce genre de phrénologie, cultivé surtout en Al.emague et en Angleterre, consiste à tue d'une tète humaine la ma nifesiaiion d'une (acuité quelconque, ci excitant l'organe spécial dans lequel ebe est supposée résider. Mais celle théorie n'a aucun fondement dans l'expérience : Car, suivant les partisan- praticiens du magnétisme humain, les phénomènes obtenus ne tiennent aucunement à la inaguél.saliou partielle el locale du cerveau ; mais ils dépendent uniquement de la réaction symphalique de la pensée du magnétiseur sur le magnétise (a). Selon eux, on ob ieoi les mêmes résultats aussi complètement eu agissant magnétiquement sur tout autre point de l'oiganisme du somnambule, taudis qu'aucun effet n'est produit par un m iguéliScur qui actionne au hasard un organe iluni u ignore entièrement les fonctions.
{(i) Nous nous exprimons dans le sens des partisans du iiiiguéiisine humain, sans nous prononcer, puur le présent, sur la valeur scient litpie du magnétisme lui-même. \ O'j. jrt. MAfc>tTi9.uE.
Ce serait ici le lieu de considérer le magnétisme animal ou humain dans ses rapports avec la liberté : mais nous espérons p ni voir parler plus p 1 1 neniment des phénomènes magnétiques , quand nous traiterons de l'existence des miracles.
4° Personnalité humaine. Nous allons dire quelques mots de la personnalité du principe actif humain , contre les panthéistes spiritualités. Cette propriété résulte évidemment de la spontanéité, de i'uniié, de l'identité; elle constitue l'individualité que nos philosophes modernes, d'après les rationalistes allemands , appellent si improprement le moi, soit qu'il s'agisse d'eux-mêmes, soit qu'ils parlent de tout autre. Pour nous, qui prenons à lâche avant tout de nous rendre Compte de nos idées, et d'être clair pour des e prils attentifs, nous proposons de remplacer selon les cas le moi, qui est si vague, el auquel on donne tant de sens différents, par les expressions : l'unité, l'identité, la spontanéité, la personnalité, le sentiment de l'individualité ou la conscience de ses propres opérations, lesquelles offrent à l'esprit des idées bien distinctes, que l'on confond toutes dans l'irralionnel moi. Si l'on veut abréger, ne dirait-on pas avec plus de raison le soi, quand on veut exprimer le lentimeni de l'individualité chei autrui ?
Chacun a le sentiment de son individualité, el par con-équent celui de sa spontanéité : ce sentiment universel a servi de hase à toutes les législations, a toutes les iiiSliluiious sociales. Si, comme le pré codent qaetq'es panthéistes modernes, lous les hommes avaient une au.e qui lût commune à lous les êtres actifs, lis ne poui raient dans le même instant, ainsi que cela a lieu, en venu de la nntililé, pro luire les mouvements les plus variés, se livrer .mx < ccupauons les pus diverse-., même les plus opposées, el personne n'aurait la responsabilité de ses actes, qu'un se. .liment universel ..tiribue à chaque individu ; il n'y aurait donc pas d'ordre social possible.
De plus, on dé montre, à l'aide des s iences d'observation, que le siège de la sensibilité n'est pas dans l'organisme, el que par < onséqueul il est dans un principe immatériel, ou dans I âme. Mais si la même aine était commune à lous les corps humains, ou seulement à deux, e.le devrait souvent sentir en même temps les impressions Us pins oppo ées ; et, dans l'opinion de nos panthéistes, elle devrait éprouver t >ui à lait d'incessantes douleurs el d'incessantes voluptés, puisque tous les maux et toits les plaisirs impressionnent l'humanité >iinullauémeui et sans r. àche. Or, quoi de plus co ira re a l'expérience de chaque individu ei de chaque instant qu'une si étrange assertion?
Lnlin, pour réfuter le système panthéistique a« point de vue de i'inteîleciioii, qu'il suffi e ne dire que, si là même âme aumaii tout C rps humain aussitôt qu'il esi convenablement organisé-, depuis longtemps aucun homme n'aurait eu besoin u'éducal.ou ; toutes les connaissances acquises au genre huma n seraient communes a tous les individus, parmi lesquels il n'y aurait ni supériorité ni infériorité de lumières; les idées neuves, les internions ne seraient ignorées de personne, el jama. s il n'y au. ail eu ni lie pourrait y avoir sur la terre divergence de doctrines, d'opinions, d'idées, yui ne sent l'absurdité d'un pareil système? Sa conception seule, counaire au sens commun le plus universel, est plus que sullisante pour eu prouver la fausseté, ci pour démontrer n'une manière pérempio re l'existence de la personnalité humaine, laquelle est Csseinic !• ment intoinniuuit ab e.
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monde. Vainement des critiques anciens ou modernes on4f.ru adoucir la roideur du destin, en disant que Dieu a commandé une fuis, qu'ensuite il obéit toujours : semper paret, semel ju-sit. S'il a commandé librement une fois, il est responsable des conséquences de sa propre loi ; s'il l'a fait nécessairement, c'est plutôt une obéissance qu'un commandement. Suivant la doctrine de nos livres saints, Dieu goûter ne le monde aussi librement qu'il l'a créé ; il suspend , quand il veut, l'effet des lois qu'il a lui-même établies : il pourrait anéantir le monde, sans rien perdre de son être ; et avec un peu de réflexion, il est aisé de justifier sa providence. — 3° Dans l'h\ polbèse de Y âme du monde, Dieu n'est point un être simple; non-seulement il est composé d'un corps et d'une âme, mais tontes les âmes des hommes, des animaux, des éléments, ne sont que des parties de la grau le âme qui donne la vie au tout. De là il résulte que tous les êtres en mouvement sont autant de dieux particuliers, aussi dignes d'être adorés les uns que les autres. C'est le fondement philosophique de l'ido'âtrie. Aussi dans le Traité de Gicéron, de Nat. J)eor., I. ii, le stoïcien Balbus s'efforce de prouver qui* chaque partie du monde est Dieu ; qu'elle est animée, douée d'intelligence et de sagesse, adorable par conséquent. — k" De là il s'ensuit que Dieu est corporel, qu'il est le sujet de tous les changements qui surviennent dans la nature , que l'un des membres de Dieu périt lorsqu'un corps se dissout, etc. C'est l'objection que l'épicurien Velléius fait aux stoïciens, ibid., I. i et qu'Origène répète contre Celse, I. i, n. 20. Vainement Beausobrc observe que l'ylhagore niait celle conséquence ; qu'il soutenait que la nature divine est une et indivisible: l'opiniâtreté d'un philosophe à soutenir des contradictions ne l'excuse point. Aucun de ces inconvénients n'a lieu dans l'hypothèse de la création. — 5° Dans celle de Phylhagore et des stoïciens, on ne conçoit pas mieux la spiritualité des âmes que cclli' de Dieu; toutes sont des parties de la grande âme, de laquelle elles ont été détachées, dont elles sont sorties par émanation, et à laquelle elles doivent se réunir et s'y confondre, comme une goutte d'eau qui retombe dans" l'Océan. Les esprits ont-ils donc des partit s, etc.? Beausobre emploie inutilement toute son Industrie pour sauver encore celte absurdité. 11 peut avoir raison de soutenir que ce n'est point là le spinosisme ; mais c'est du moins une erreur qui en approche beaucoup. — G' Les âmes réunies, après la mort du corps, à la grande âme de l'univers, n'ont plus d'existence individuelle cl personnelle; elles sont incapables de plaisir et de douleur, de récompense el de punition ; supposé le destin, «lies sont dans tous les temps privées de la liberté ; ce système détruit donc toute murale raisonnée.
Le dogme de la création lait disparaître toutes ce» absurdités. Dieu, pur esprit, est M être simple; il a créé les âmes aussi bien que les corps, il Us a douces de liberté, ci
leur a donné des lois: il les punit ou les récompense éternellement, selon leurs mérites. L'âme du monde est donc une rêverie philosophique qui n'a rien de commun avec la doctrine révélée ; c'est une erreur inévitable, dès que l'on n'admet point la création. Mata le peuple n'a jamais eu connaissance de cette absurdité ; aucun peuple n'a élevé des autels à Y âme du monde. Les païens supposaient autant à' âmes particulières dans l'univers qu'il y a d'êtres qui paraissent animés ; ils adoraient ces intelligences particulières, parce qu'ils les croyaient douées de forces supérieures à celles de l'homme, et ils nommaient ces esprits les immortels. Le> patriarches et les Juifs ont adoré le Créateur du monde, et l'ont adoré seul ; ils lui ont attribué une provHence générale sur tons les êtres, et une providence particulière à l'égard de l'homme; nous l'adorons comme eux, nous avons la même foi que Dieu a daigne enseigner à notre premier père.
Quelques déistes ont voulu justifier l'opinion des stoïciens : dans ce système, disentils, il n'y a qu'un seul Dieu auquel se rapportait tout le culte que les païens rendaient aux différentes parties de la nature ; on a donc lorl de les accuser de polythéisme. Fausse réflexion. — En premier lieu, il était absurde d'adresser un culte à un cire assujetti aux lois suprêmes du destin : lois immuables, auxquelles les bonnes ni les mauvaises actions des hommes ne peuvent rien changer. Les stoïciens disaient que les dieux d'Epicure étaient absolument nuls ; qu'il élait ridicule de les honorer, puisqu'ils ne so mêlaient point des choses d'ici-bas ; mais les épicuriens pouvaient leur rendre le change, en soutenant qu'il élait ridicule d'adorer des dieux soumis à la fatalité, puisqu'ils ne pouvaient faire de bien ni de mal aux hommes que ce qui était déterminé par un immuable destin. Si Dieu n'est pas libre dans les décrets de sa providence, toute religion est superflue. — En second lieu, il n'est paa vrai que le culte rendu aux différentes parlies de la nature fût adressé à la grande âme de 1 univers. Un païen qui adorait le soleil et qui le croyait animé, était persuade que Yd~ me de cet astre voyait et connaissait le culte qu'il lui rendait, lui en savait gré, et pouvait lui faire du bien ou du mal. lin général les dieux n'ont été adorés que parce qu'on les supposait intelligents el puissants, susceptibles d'amitié ou de colère. C'est donc à ['âme ou à l'esprit logé dans le soleil que le culte se terminait, sans remonter plus haut ni sans aller plus loin. On n'a jamais cru que le soleil ou lel autre dieu attendait h s ordres de la grande âme de l'univers, pour faire du bien ou du mal aux hommes. Il y avait donc réellement autant de dieux indépendants les uns des autres, qu'il y avait d'êtres animes dans la nature. Si ce n'est pas la le polythéisme, comment doit-on nommer celle croyance l — En troisième lieu, l'd//ie d'un homme n'était pas moins une portion de la (ronde âme de I univers, que Ydmc du soleil, de la lune, d'un fleuv e ou d'une fou -