‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 42 sur 183 · AMO · texte numérisé non relu

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renfermé toule sa morale dans le commandement d'aimer Dieu sur toutes choses , et le prochain comme soi-même : Dans ces deux commandements, dit-il, sont contenu* toute la loi et les prophètes [Malth. xxii, 37 ; Marc. xn; Luc. x). Il ne nous laisse pas ignorer en quoi consiste Y amour de Dieu : Celai qui retient mes commandements et les observe, m'aime véritablement ;... celui qui ne m aime point, ne les observe point (Joan. xiv, 21, 2V). il n'est donc point ici question de sentiments affectueux, souvent sujets à l'illusion, mais d'obéissance et de ûdélité à remplir tous nos devoirs.

Les motifs qui nous portent à aimer Dieu sont sa bonté infinie, les bienfaits dont il nous a comblés dans l'ordre de la nature et dans l'ordre de la grâce, les promesses qu'il nous l'ait, le bonheur éternel qu'il nous prépare, l'amour qu'il a pour nous. Voy. Reconnaiss ikcr. Il n'est pas vrai que Jésus-Christ nous ait défendu de rien aimer que Dieu ; cela serait contradictoire au précepte d'aimer le prochain comme nous-mêmes ; mais il nous défend de rien aimer plus que lui [Mat th. x, 37). Il veut que nous soyons prêts à tout quitter, lorsque cela est nécessaire pour le service de Dieu et pour le salut du prochain ; c'est le sens de ces paroles : Si quelqu'un vient à moi, et ne hait pas son père, sa mère, son épouse, ses enfants, ses frères et sœurs, et même sa propre vie , il ne peut être mon disciple [Luc. xiv, 26). Ce courage était néces- >aire aux apôtres , il l'est encore aux hommes apostoliques ; ont-ils cessé pour cela «l'aimer leur famille ? En se confiant à Jésus- Christ, ils assuraient à leurs proches la protection du meilleur et du plus puissant de tous les maîtres. Aucune morale ne tend plus directement à resserrer les liens de la nature et de la société que la morale de l'Evangile.

Nous ne nous arrêterons point ici à discuter s'il peut y avoir un amour de Dieu pur et désintéressé, sans aucun rapport à nousmêmes ; il nous suffit de savoir que notre plus grand intérêt pour ce monde et pour l'autre est d'aimer Dieu, et qu'un cœur assez ingrat pour ne pas aimer Dieu n'est pas fort disposé à aimer les hommes. Voy. Char tic.

AMOUR DU PROCHAIN. Lorsque Jésus- Christ nous commande dans l'Evangile d'aimer notre prochain comme nous-mêmes, il explique très-clairement en quoi doit consister cet amour. Faites aux autres, dit-il, ce tjue vous voulez qu'ils vous fassent [Malth. vu, 12; Luc. vi, 32). 11 ne nous ordonne point d'avoir pour tous les hommes les sentiments tendres et affectueux que nous avons pour nos amis, mais de leur témoigner de la bienveillance par des effets. La douceur, la complaisance, l'indulgence, la commisération, les secours, les conseils, les ser vices : voilà ce que nous exigeons de nos semblables, et ce que nous leur devons.- Comme les Juifs entendaient assez mal ce commandement de la loi, et ne comprenaient, sous le nom de prochain, que les hommes de leur nation, Jcsus- Clinsi les détrompe par la parabole du Samaritain qui soulage un Juif blessé, dé-

pouillé, abandonné; il leur apprenait par cet exemple qu'ils devaient regarder comme prochain, les hommes même qu'ils détestaient davantage, les Samaritains [Luc. x, 30). — Le commandement qu'ajoute Jésus-Christ d'aimer nos ennemis, dans ce sens, n'a donc, rien d'injuste ni d'impossible. Ce sont des hommes , ils ont droit à tous les devoirs d'humanité. Les anciens philosophes regardaient la vengeance comme un droit naturel ; notre divin Maître la réprime, en nous assurant que Dieu ne nous pardonnera point nos fautes, si nous ne les pardonnons nous-mêmes à ceux qui nous offensent [Malth. vi, li et 15). Si cette leçon n'était pas assez claire, que pouvons-nous opposer à l'exemple de Jésus- Christ mourant, qui demande pardon à son Père pour ceux qui Tout crucifié?

AMOUR-PROPRE, amour de nous-mêmes.

Un peu de réflexion suflil pour nous faire comprendre le vrai sens des maximes de l'Evangile, qui condamnent V amour-propre t qui nous ordonnent de renoncer à nous-mêmes et de nous haïr nous-mêmes. Quoi qu'en disent les incrédules, ces maximes ne sont ni absurdes, ni impossibles à suivre. L'amour-propre, pour peu qu'on le flatte, est nécessairement aveugle et injuste, et il trouve tôt ou lard sa punition en lui-même. Un homme qui s'aime à l'excès, qui rapporte tout à sou propre intérêt, qui veut une préférence exclusive, qui ne sait rendre justice à personne, devient l'ennemi de tous; plus il est sensible et chatouilleux, plus il est aisé de le mortifier et de le chagriner. Combien d'hommes célèbres se sont rendus malheureux par làl ils avaient beau s'enivrer d'encens et d'éloges , la moindre censure, le plus léger trait de satire suffisait pour les mettre en fureur, pour troubler leur repos , pour empoisonner leur vie. S'ils avaient su réprimer et modérer Vumour-prupre, ils auraient été heureux.

Il n'y a rien d'outré dans le tableau que saint Paul a tracé de cet odieux caractère: Il viendra, dit-il, des hommes amoureux d'euxmêmes, ambitieux, hautains, superbis, violents, ennemis de leur propre famille, ingrats et méchants, sans affection, incapables d amitié, calomniateurs, débauchés, querelleurs , durs envers tout le monde, perfides, insolent*, orgueilleux, ennemis de Dieu et de leurs semblables [il Jim. m, 2). L'on pourrait peutêtre en citer on plus grand nombrcd'exemples dans notre siècle que dans aucun autre. 1 oy. Abnégation, Haine, et le Dict. de Théoi, m< r.

* AMPOULE) (Sainte). Hincmar, archevêque de Reims, raconte, dans la Vie de saint Rémi, que lorsque cet illustre prélat voulut baptiser Uovi*, une blanche colombe appoita du ciel une peine ti< le contenant de l'huile sainte qui parfuma toute l'église. Elle servii ai baptême du premier roi chrétien. Elle éia t gardée dans l'abbaye de Saiui-Reini pour le sucre des nus. Les incrédules oui tourné en ridicule la pieuse emyance de quelques histoiiens, et ont Cherché à en faire un crime a la religion, qui jamais n'a reconnu le prétendu miracle. Mous ne croyons point a l'origine donnée par ilincmar à la saime ampoule. Grégoire de Tours, voisin des temps de la i on version de Clov ^, n'eu parle poi t. Si le mirai le

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avait eu lien, ce grand narrateur de prodiges nVûl pas manqué de raconter celui-ri. La sainte ampoule n'était donc qu'une huile sainte ordinaire, qui peutèire avait servi au baptême de Clovis, et qu'on réservait pour le sacre des rois.

AMSDORFIENS. Secte de protestants du xvie siècle, ainsi nommés de leur chef Nicolas Amsdorf, disciple de Luther, qui le fil d'abord ministre de Magdehourg, et, de sa propre autorité, évêque de Nuremberg. Ses sectateurs étaient des confessionnisles rigides, qui soutenaient que non-seulement les bonnes œuvres étaient inutiles, mais môme pernicieuses au salut : doctrine aussi contraire au bon sens qu'à l'Ecriture, el qui fut improuvée par les autres sectateurs de Luther. Voy. Luthériens.

AMULETTE , préservatif. On appelle ainsi certains remèdes superstitieux que l'on porte sur soij ou que l'on s'atlache au cou, pour 6e préserver de quelque maladie ou de quelque danger. — Pour remonter à l'origine de cet usage, il faut se souvenir que, selon la croyance des païens, les enchanteurs, les magiciens, les sorciers, par de certains charmes, par des paroles ou par des caractères , pouvaient envoyer des maladies ou d'autres malheurs aux personnes auxquelles ils voulaient nuire; que, par d'aulres paroles ou par d'autres figures , on pouvait arrêter leur pouvoir et rendre leur malice inutile ; qu'ainsi des médailles, des morceaux. Ae vélin ou de parchemin, empreints de certains caractères , étaient un remède ou un préservatif assuré contre toute espèce de maladie et d'accidents. Lucien , dans son J'hilopseudès, a fait de sanglantes railleries de celte absurdité. Voy. Charme, Les Grecs les nommaient phylactères, préservatifs ; les Latins, amolimentum ou amolelum, du verbe amoliri , détourner : d'où nous avons fait amulette, qui a le môme sens. Les Orientaux les appellent talisman , et selon l'opinion commune des Arabes, un magicien, par son talisman, peut opérer des prodiges. — C'est quelquefois une pierre précieuse, une pierre tirée du corps de quelque animal , ses os réduits en poudre, le signe d'une planète ou d'une constellation , une langue de parchemin, de plomb ou d'étain sur laquelle sont écrites certaines paroles , une figure obscène, etc. Sur ce point , les hommes, dans tous les temps et dans tous les lieux, ont poussé la faiblesse et la crédulité à un excès incroyable. Les anciens avaient surtout grand soin de pendre une amulette au cou des enfants, pour leur servir de préservatif contre les regards des envieux; l'on supposait qu'à cet âge ils étaient plus sujets aux maléfices et aux enchantements que les adultes; que le simple regard d'un ennemi jaloux, ou d'une vieille, pouvait les fasciner.

Comme celte erreur vient d'un attachement excessif à la vie el d'une crainte puérile de tout ce qui peut nous nuire, le christianisme n'est pas venu à bout de la détruire unhersellement. Dès les premiers siècles, les conciles el les Pères de l'Eglise défendirent aux fidèles ces praiiqucsdu paganisme,

sous peine d'anathème. Ils représentèrent que l'usage des amulctlei était un reste d'idolâtrie , ou de la confiance que l'on avait aux prétendus génies gouverneurs du monde , une espèce d'apostasie de la foi chrétienne, un défaut de confiance en Dieu, un préjugé aussi ridicule que celui des païens , qui attendaient du S'cours d'une statue muette et insensible. Thiers, dans son Traits des Superstitions , lre part. , liv. v , c. 1 , a rapporté un grand nombre de passages des Pères à ce sujet, et les canons de plusieurs conciles. — C'est aux médecins de décider si des poudres, des plantes , des préparations chimiques , renfermées dans des sachets et portées sur la chair, peuvent ou ne peuvent pas être des préservatifs contre certaines maladies. Une vaine confiance à ces sortes de remèdes ne tire à aucune conséquence contre la religion ; il n'y a point de superstition, lorsqu'on ne leur attribue qu'une vertu naturelle, vraie ou fausse. Il n'en est pas de même lorsqu'on porie sur soi des choses qui par leur nature ne peuvent avoir aucune vertu, et que l'on se persuade cependant qu'elles procurent du bonheur ou détournent quelque danger; c'est le cas de ceux qui espèrent de gagner au jeu , lorsqu'ils ont sur eux de la corde d'un pendu, etc. Celte confiance est non-seulement une absurdité, mais une impiété, puisqu'elle suppose qu'il y a sur la terre un autie pouvoir surnaturel que celui de Dieu , qui peut nous faire du bien ou du mal. On pourrait excuser cette erreur par la faiblesse d'esprit de ceux qui y tombent , si elle n'était pas ordinairement accompagnée d'opiniâtreté.

Une autre question est de savoir si c'est unesuperslilion de porter sur soi des reliques des saints, une croix, une im »ge, une chose bénite par les prières de l'Eglise, comme VAgnus Dei, etc., et si l'on doil mettre ces cho • ses au rang des amulettes, comme le prétendent les protestants. Nous convenons que si l'on attribue à ces choses une vertu surnaturelle de nou9 préserver d'accident, de mort subite, de mort dans l'état du péché, etc. , c'est une superstition. Elle n'est pas du môme genre que celle des amulettes , dont le prétendu pouvoir ne peut pas se rapporter à Dieu; mais c'est ce que les théologiens appellent vaine observance , parce que l'on attribue à des choses saintes et respectables un pouvoir que Dieu n'y a point attaché. — Un chrétien bien instruit ne les envisage point ainsi ; il sait que les saints ne peuvent nous secourir que par leurs prières el par leur intercession auprès de Dieu ; c'est pour cela que l'Eglise a décile qu'il est utile et louable de les honorer el de les invoquer. Or, c'est un signe d'invocation cl de respect à leur égard, de porter sur soi leur image ou de leurs reliques ; de même que c'est une marque d'affection et de respect pour une personne que de garder son portrait ou quelque chose qui lui ait appartenu. Ce n'est donc ni une vaine observance , ni une folle confiance d'espérer qu'en considération du respect cl de l'affection que nous lémobuons

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à un saint , il intercédera et prier.» pour nous. — De même une croix n'a par ellemême aucune vertu , mais c'est le signe du christianisme et de notre rédemption par Jésus-Christ; porter ce signe nous est un témoignage de notre foi el de noire confiance aux mérites du Sauveur; ne sommes-nous pas fondés à espérer qu'en récompense de ces sentiments il nous accordera des grâces? C'est une prière muette dont l'Eglise nous donne l'exemple; par ce signe , les premiers chrétiens se distinguaient des païens ; aujourd'hui il nous distingue des hérétiques et des incrédules. — En portant sur nous un Agnus Dei , ou une autre chose bénite par les prières de l'Eglise , nous attestons noire confiance à ces mêmes prières ; qu'y a-t-il là de superstitieux ? L' Agnus Dei est le symbole de Jésus-Christ rédempteur du monde ; il est donc louable de le respecter et de l'aimer. l\ir vanité l'on étale des bijoux et des pierres précieuses; il nous parait mieux de montrer des signes de religion et de piété : plus l'incrédulité affecte de mépris pour ces signes extérieurs, plus nous devons braver ses folles erreurs et ses railleries absurdes.

On nous objectera qu'il est bien difficile de faire comprendre au peuple le véritable esprit de ces usages, le degré de vertu qu'il doit leur attribuer, et de confiance qu'il doit y donner, qu'il s'y trompe aisément, qu'il ne manque presque jamais de tomber dans l'excès el dans quelques abus. Soit. Nous répliquerons toujours que , s'il fallait retrancher tout ce dont on peut abuser.il faudrait renoncer à toute religion et à toute pratique «le piété. Quand même les erreurs du peuple seraient inévitables, il vaudrait encore mieux qu'il excédât dans des choses respectables que dans des choses absurdes et détesta Mes ; il vaut mieux qu'il donne sa confiance à la croix qu'à une figure obscène , à l'image d'un saint qu'au signe d'une constellation , à une relique qu'au membre d'un animal , au pouvoir des saints qu'à la puissance des -démons. Ceux qui déclament le plus haut contre les superstitions, en sont-ils exempts? Tel qui se joue du pouvoir des saints admet les influences de la fortune; tel qui dédaignerait d'avoir sur soi une relique, porte de la corde de pendu ; de graves philosophes qui ne croyaient pas en Dieu , ont cru a la magie. Voy. Magie.

ANABAPTISTES. Secte d'hérétiques qui soutiennent qu'il ne faut pas baptiser les enfants avant l'âge de discrétion, ou qu'à cet âge on doit leur réitérer le baptême , parce que, selon eux , ces enfants doivent élre en état de rendre raison de leur foi pour recevoir validement ce sacrement.

Ce mol est composé d'coà derechef, et de p«nziç>.>, ou |3i7TT'.>, baptiser, laver, parce que l'usage des anabaptistes est de rebaptiser ceux qui ont été baptisés dans leur enfance. Dans les commencements , ils rcbaplisaienl aussi tous ceux qui embrassaient leur secte, el qui avaient reçu le baptême ailleurs. — Les novalicns, les calaphriges et les donalistcs , dans les premier! siècles, ont clé les

prédécesseurs des nouveaux anabaptiste» , n\ec lesquels cependant il ne faut pas confondre les évêques catholiques d'Asie el d'Afrique, qui, dans le ni' siècle, soutinrent que le baptême des hérétiques n'était pas valide, et qu'il fallait rebaptiser ceux des hérétiques qui rentraient dans le sein de l'Eglise. Voy. Kehaptisants. — Les vaudois , les albigeois, les pélrobrusiens, et la plupart des sectes qui s'élevèrent au xiu1 siècle, passent pour avoir adopté la même erreur; mais on ne leur a pas donné le nom d'anabaptistes, el il paraîl d'ailleurs qu'ils ne croyaient pas le baptême fort nécessaire.

Les anabaptistes, proprement di's , sont une seele de protestanls qui parut d'abord, vers l'an 1525 en quelques contrées d'Allemagne, et particulièrement en Weslphalic, où ils commirent d'horribles excès, surtout dans la ville de Munster, d'où ils furent nommés Monastériens et Munslériens. Us enseignaient que le baptême donné aux enfants élail nul el invalide ; que c'était un crimeque de prêter serment et de porter les armes ; qu'un véritable chrétien ne saurait élre ma gistrat : ils inspiraient de la haine pour les puissances et pour la noblesse ; voulaient que tous les hommes fussent libres el indépendants, el promettaient un sort heureux à ceux qui s'attacheraient à eux pour exterminer les impies, c'est-à-dire, ceux qui s'opposaient à leurs sentiments.

On ne sait pas au juste quel fut le premier auteur de celle secte : les uns en attribuent l'origine à Carlostad, d'autres à Zuingle, etc.; mais l'opinion la plus commune est qu'elle doil son origine à Thomas Munccr, de Zwickau, ville ne Misnie, et à Nicolas Storchon Pélargue, de Stalberg, en Saxe, qui avaient été tous deux disciples de Luther dont ils se séparèrent ensuite, sous prétexte que sa doctrine n'était pas assez parfaite ; qu'il n'avait que prépare les voies à la réformation, et que, pour parvenir à établir la véritable religion de Jésus-Christ, il fallait que la révélation vint à l'appui de la lettre morte de l'Ecriture : conséquemmcnl ces enthousiastes se prétendirent inspirés, et communiquèrent le même fanatisme à leurs prosélytes. — Sleidan observe que Luther avait prêché avec tan: de force pour ce qu'il appelait la liberté évungélique , que les paysans de Souabe se liguèrent ensemble, sous prétexte de défendre la doctrine évangélique cl de secouer le joug de la servitude. Us commirent de grands désordres : la noblesse, qu'ils se proposaient d'exterminer, prit les armes contre eux, et cette guerre fut sanglante. Luther leur écrivit plusieurs fois pour les engager à quitter les armes, mais inutilement : ils rétorquèrent contre lui sa propre doctrine, soutenant que, puisqu ils avaient été rendus libres par le sang de Jésus-Christ, c'était déjà trop d'outrages au nom chrétien, qu'ils eussent élé réputés esclaves par la noblesse, cl que, s'ils prenaient les armes, c'était par ordre de Dieu. Telles étaient les suites «tu fanatisme où Luther lui-même avait plongé l'Allemagne. Il crut y remédier en publiant UN

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livre dans lequel il invitait les princes à prendre les armes contre ces séditieux. Le comte de M msfeld, soutenu par les princes et la noblesse d'Allemagne, défit et prit Muncer et Pfiffer, qui furent exécutés à Mulhausen l'an 1525 ; mais la secle ne fut que dissipée et non détruite. Luther, suivantson caractère inconstant, désavoua en quelque sorte son premier livre par un second, à la sollicitation des gens de son parti, qui trouvaient sa première démarche dure et môme un peu cruelle.

Cependant les anabaptistes se multiplièrent et se trouvèrent assez puissants pour s'emparer de Munster, en 1534, et y soutenir un siège sous la conduite de Jean de Leyde, tailleur d'habits, et qui se fit déclarer leur roi. La ville fut reprise sur eux par l'évéque de Munster, le 24 juin 1535. Le prétendu roi el son confident Knisperdollin y périrent par les supplices ; etdepuis cet échec la secte des anabaptistes n'a plus osé se montrer ouvertement en Allemagne. — Vers le même temps, Calvin écrivitcontre eux un traité. Comme ils fondaient surtout leur doctrine sur cette parole de Jésus- Christ ( Marc, xvi, 16 ) : Quiconque croira et sera baptisé, sera sauoé , et qu'il n'y a que les adultes qui soient capables d'avoir la foi actuelle, ils en inféraient qu'il n'y a qu'eux non plus qui doivent recevoir le baptême ; qu'il n'y a aucun passage dans le nouveau Testament où le baptême des enfants soit expressément ordonné; d'où, ils tiraient celle conséquence qu'on devait le réitérer à ceux qui l'avaient reçu avant l'âge de raison. Calvin et d'autres auteurs, fort embarrassés de ce sophisme, eurent recours à la tradition et à la pratique de la primitive Eglise. Ils opposèrent aux anabaptistes Origône, qui fait mention du baptême des enfants ; l'auteur des questions attribuées à saint Justin ; un concile tenu en Afrique, qui, au rapport de saint Cyprien, ordonnait qu'on baptisât les enfants aussitôt qu'ils seraient nés ; la praliquedu même saint docteur à ce sujet; les conciles d'Autun, de Mâcon, de Gironne, de Londres, de Vienne, etc.; une foule de témoignages des Pères, tels que saint lrénée, saint Jérôme, saint Ambroise, saint Augustin, etc. — Ainsi Calvin et ses sectateurs, après avoir décrié la tradition, furent forcés d'y revenir ; mais ils avaient appris à leurs adversaires à la mépriser. D'ailleurs Calvin, en soutenant la validité et l'utilité du baptême des enfants, contredisait son propre système, puisque, selon lui, toute la vertu des sacrements consiste à exciter la fo1.

On oppose aux anabaptistes que les enfants sont jugés capables d'entrer dans le royaume des cieux [Marc. \\, 14 ; Luc. xvm, 16). Le Sauveur lui-même en fit approcher quelques-uns de lui et les bénit. Or, ailleurs, c. lit, v. 5, saint Jean assure que quiconque n'est pas baptisé ne peut entrer dans le royaume de Dieu ; d'où il s'ensuit qu'on doit donner le baptême aux enfants. — Ce que répondent les anabaptistes, que les enfants dont parle Jésus-Christ étaient déjà grands, est faux; dans saint Matthieu cl dans saint

Marc ils sont appelés de jeunes enfan(sr«(5/«; dans saint Loc, P/js'yu, de petits enfants; le même évangclisle dit expressément qu'il* furent amenés à Jésus-Christ ; ils n'étaient donc pas en état d'y aller tout seuls. — Une autre preuve se tire de ces paroles de saint Paul au* Romains, c. v, v. 17 : Si, à cause du péché d'un seul, la mort a régné par ce seul homme, à plus forte raison ceux qui reçoivent l'abondance de la grâce et du don de la justice régneront-ils da s la v e par un seul homme qui est Jésus-Christ. Or, si tous sont devenus criminels par un seul, les enfants sont donc criminels ; et de même si tous sont justifiés par un seul, les enfants sont donc aussi justifiés par lui : on ne saurai' être justifié sans la foi; les enfants ont donc la foi nécessaire pour recevoir le baptême, non pas une foi actuelle, telle qu'on l'exige dans les adultes, mais une foi suppléée par celle de l'Eglise, de leurs pères et mères, de leurs parrains et marraines. C'est la doctrine de saint Augustin, serm. i~6, de vrrb. Apost., lib. m; de Lib. Arb., c. 23, n° 67.

A cette erreur capitale les anabaptistes en ont ajouté plusieurs autres des gnostiques et des anciens hérétiques ; quelques-uns ont nié la divinité de Jésus-Christ et sa descente aux enfers ; d'autres ont soutenu que les âmes des morts dormaient jusqu'au jour du jugement, et que les peines de l'enfer n'étaient pas éternelles. Leurs enthousiastes prophétisaient que le jugement dernier approchait, et en fixaient même le terme.

Le sommaire de leur doctrine était « que le baplême des enfants est une invention du dé mon ; que l'Eglise de Jésus-Christ doit être exempte de tout péché; que toutes choses doivent être communes entre tous les fidèles; qu'il faut abolir entièrement l'usure, la dîme et toute espèce de tribut; que tout chrétien est en droit de prêcher l'Evangile; que par conséquent l'Eglise n'a pas besoin de pasteurs; que les magistrats civils sont absolument inutiles dans le royaume de Jésus - Christ ; que Dieu continue de révéler sa volonté à des personnes choisies, par des songes, des visions, des inspirations, etc. » Mai:» il ne pouvait y avoir une croyance uniforme parmi une troupe de fanatiques ignorants, dont chaque membre était en droit de se prétendre inspiré. Aussi, à mesure que le nombre des anabaptistes augmenta, les sectes se multiplièrent parmi eux, et on leur donna différents noms, tirés ou de leurs chef-, ou de leurs demeures, ou de leurs opinions particulières, ou de leur conduite. Outre les noms de monastériens, munslériens et muncériens, ils ont été appelés enthousiastes, calharistes, silencieux, adamistes, géorgiens ou davidiques, hutites, indépendants, melchioristes, midi péda liens, mennoniles, bockholdiens, augusliniens, libertins, dérélictiens, polygamiles , sempérorants, ambrosiens, tlanculaires, manifestaires, pacificateurs, pastoricides, sanguinaires, waterlandiens, etc. Les partisans de l'une de ces sectes prétendirent que, pour être sauvé, il no faut savoir ni lire ni écrire, pas même cou-

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