‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 43 sur 183 · IG · texte numérisé non relu

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naître les premières lettres de l'a'phahcl, ce qui les fit nommer abécédaires ou abécédariens. On prétend que Carlostad finit paremhrasser ce parti, qu'il renonça à sa qualité <'e docteur, se fit portefaix, et se nomma frère André. Mais la distinction la plus commune est celle des anabaptistes rigides et des anabaptistes mitigés. Ces derniers ont été connus sous les noms de gabriéliles, da huttérites ou frères de Moravie, enfin sous celui de mennonites. Voici l'origine de ces noms.

Lorsque les anabaptistes eurent été défaits et proscrits en Allemagne, à cause de leur conduite sanguinaire, Gabriel et Hutter, deux <le leurs principaux chefs, se retirèrent en Moravie : ils rassemblèrent le plus grand nombrequ'ils purent de leurs partisans. Hutter donna un symbole et des lois ; il leur enseigna, 1° qu'ils étaient la nation sainte que Dieu avait choisie pour la rendre dépositaire «lu vrai culte; 2" que toutes les sociétés qui ne mettent pas leurs hiens en commun sont impies, qu'un chrétien ne doit rien posséder en particulier ; 3° queleschrétiens ne doivent point reconnaître d'autres magistrats que l'es pasteurs ecclésiastiques; h° que Jésus- Christ n'est pas Dieu, mais prophète ; 5" que presque toutes les marques extérieures de religion sont contraires à la pureté du christianisme, qui doit être dans le cœur ; G° que tous ceux qui ne sont pas re! aptisés sont des infidèles, et que le nouveau baptême annule le9 mariages contractés auparavant; 7" que le. baptême n'est point administré pour effacer le péché originel ni pour donner la grâce, mais que c'est un s:gne par lequel un fidèle s'unit à l'Eglise; 8" que Jésus -Christ n'est point réellement présent dans l'Eucharistie; que le sacrifice delà messe, le culte des saints et des images, le purgatoire, etc., sont des superstitions et des abus. Ainsi les opinions des prolestants étaient toujours la base de celles des anabaptistes.

Hutter ne conserva parmi ses sectateurs point d'autre pratique de religion que le baptême des adultes ; il ne leur fit célébrer la rêne que deux fois l'année; il leur persuada de mettre en commun tons leurs biens, même les enfants, afin que tous fussent élevés de même. Celle république singulière forma d'àb >rl une. société d'excellents cultivateurs, laborieux, sobres, paisibles, très-réglés dans leurs mœurs ; mais la discorde, la corruption ri l'irréligion ne lardèrent pas de s'y introduire. Militer et Gabriel ne purent pas s'accorder longtemps ; le premier ne cessait d'invectiver contre les magistrats et contre t ule espèce d'autorité ; lesecond, plus modéré, voulait que l'on se conformât aux lois du pays où l'on était. H se forma ainsi deux partis, l'un de Gabriélites, et l'autre de Huttérites, qui s'excommunièrent mutuellement. Après la rnorl de llutter, qui fut puni du dernier supplice, comme hérétique séditieux, les deux sectes se réunirent sous le gouvernement de Gabriel ; mail il ne put y rétablir l'ordre ni la régularité des mœurs : il devint odieux à toute la secte, qui le fit chasser de la Moravie. Retiré en Pologne, il finit sa vie dans la

misère. Après la morl de ces deux homme*, les frères de Moravie se dispersèrent, et la plupart se réunirent aux sociniens, qui ont à peu près la même croyance, fia trou, flisi. des anabaptistes.

Vers l'an 153G, Mcnno Simon, ou Simon Mcnno, prêtre apostat, né dans la Frise, entreprit de faire en Hollande ce que Gabriel et Huiler avaient fait en Moravia. H entreprit de réunir les différentes sectes iVanabapt isles. Par ses prédications, par ses écrits, par ses voyages continuels, il en vint à bout, do moins jusqu'à un certain point, et il leur inspirades sentimentsplus modérés que ceux de leurs chefs précédents. II leur fit comprendre la nécessité de retrancher de leur doctrine non-seulement toutes les maximes licencieuses que plusieurs avaientenseignées louchant le divorce et la polygamie, mais encore toutes celles qui tendaient à détruire le gouvernement civil et à troubler l'ordre public, et les prétendues inspirations qui rendaient leur secte ridicule. S'il en retint le fond, il trouva du moins le secret de proposer ses opinions sous des expressions moins révoltantes. — Conséquemment, l'on prétend que la croyance actuelle des mennonites se réduit aux poinls suivants : ils n'administrent point le baplême aux enfants, mais seulement aux adultes capables de rendre compte de leur foi; sur l'Eucharistie, ils ont embrassé le sentiment des calvinistes. A l'égard de la grâce et de la prédestination, ils ne suivent point les opinions rigides de Calvin, mais plutôt celles de Mélanchlhon et d'Arminics, qui se rapprochent du pélagianisme. Il s'abstiennent du serment ; leur simple parole leur en tient lieu devant les magistrats. Ils regardent la guerre et la profession des armes comme illicites; mais ils contribuent de leurs biens à la défense de leur patrie. Ils ne condamnent plus absolument les charges de la magistrature; ils s'abstiennent seulement d'en exercer aucune. Grands partisans de la tolérance, par besoin plutôtque par conviction, ils souffrent parmi eux toutes les opinions qui ne leur paraissent pas attaquer l'essentiel du christianisme, et l'on conçoit que, selon leurs principes, cet essentiel se réduit à fort peu de chose. — On dit qu'en général leurs mœurs sont douces et pures ; comme plusieurs néanmoins se sont enrichis par la culture et par le commerce, ils se sont beaucoup relâchés de la morale sévère de leurs ancêtres, et ils ne se font plus de scrupule de jouir des commodités de la vie. Il y en a dans plusieurs parties de l' Allemagne, un très-grand nombre en Hollande, et plusieurs en Angleterre, où ils sont appelés b;ptistes, Quoique leur doctrine ressemble beaucoup à celle des quakers, ils ne fraternisent cependant pas ensemble.

Musbeim, qui a donné l'histoire des anabaptistes et des mennonites, a fait son possible pour répandre de l'obscurité sur l'origine de celle secte; il ne veut pas avouer que ces deux premieri fondateurs étaient deux disciples de- Luther; il a rougi sans doute de cct'e postérité du luthéranisme, llisl, ec-

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