‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 44 sur 183 · AHA · texte numérisé non relu

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clésiasl. du xvie siècle, secl. 3, u* part., c. 3.

Maiscomment méconnaître une généalogie aussi claire ? C'est L'ither qui a ouvert la yoie à Munceret àStorek, parson livre delà liberté chrétienne, par ses déclamations fougueuses contre les pasîeurs de l'Eglise, contreles puissances séculières qui les soutenaient, contre l'autorité et les revenus du clergé; par le principe qu'il a établi, que la seule règle de notre foi est le texte de l'Ecriture sainte, entendu selon lesens de chaque particulier, et que Dieu donne à tous la grâce ou l'inspiration nécessaire pour le bien entendre. Avec de pareilles armes, le fanatismepcut-il être arrêté par quelqu'une des barrières que l'on voudrait lui opposer ?

Mosheim ne dissimule aucun des excès ni des crimes que se permirent les chefs des anabaptistes de Weslphalic ; il avoue que l'on ne pouvait pas se dispenser d'employer contre eux lesarmes et les supplices :1a bonne foi semblait exiger qu'il reconnût de même la première cause de tout le sang qui a étj répandu. Il était fort inutile de remonier aux vaudois, aux pélrobrusiens, aux wiclefiles, aux hussites, pour en faire descendre les anabaptistes; leur vrai père est Luther: il n'a pas pu méconnaître en eux son ouvrage ; il a tâché vainement d'éteindre un feu qu'il avait allumé. — Mosheim ne para t pas avoir trop bonne opinion des mennoniles, même tels qu'ils sont aujourd'hui ; il prétend qui;, dans leurs différentes confessions de foi, les articles qui regardent l'autorité des magistrats et l'ordre de la société civile sont proposés avec beaucoup plus d'adresse que de sincérité, sous des termes captieux qui font disparaître ce que ces articles peuvent avoir de choquant; ces co<> fessions, selon lui, sont plu'ôt des apologies que des déclarations naïves de ce que chacun doit croire. lbid., § 12 et 13. Cependant il observe que les mennoniles exposent la plupart des articles de leur croyance dans les propres termes de l'Ecriture sainte. Comment cette Ecriture, qui est si claire, au jugement des | roteslanis, peut-elle fournir à tous les hérétiques des termes captieux pour envelopper et dissimuler leur vraie fui ? Voilà ce que nous ne concevons pas.

Il y aurait bien d'autres observations à faire sur l'embarras dans lequel se trouvent les protestants, lorsqu'ils ont à traiter avec les différentes séries qui sont sorties de leur sein. — Les incrédules qui ont vanté la douceur, la régularité, la simplicité des mœurs actuelles des mennonites , afin de rendre odieuses les rigueurs que l'on a exercées contre leurs pères en Weslphalic, et les édita sanglants que Charles-Quint lit pub ier contre eux, ont montré bien peu de bonne foi dans leurs déclamations. Qu'avaient de commun les mœurs et la conduite des anabaptistes sédiiieux et sanguinaires , avec celles des mennoniles, tels qu'on nous les peint aujourd'hui ? Les édita lurent publiés et les exécutions furent faites immédiatement après les ravages que les premiers avaient commis ù main armée à Munster et dans la Wesl-

phalic. Si Leurs descendants les imitaient ,. ils mériteraient d'être traités de même. U a fallu toutes ces rigueurs pour faire cesser le fanatisme destructeur dont la secte était animée pour lors. S'il y a quelque chose d'odieux dans ce procédé, il doit retomber tout entier sur les premiers auteurs du mal. Les anabaptistes avaient exercé leur fureur nonseulement en Allemagne, mais en Suisse, en Flandre et dans la Hollande : les protestants sévirent contre eux avec autant de violence pour le moins que les catholiques; ils n'ont été tolérés que depuis qu'ils sont devenus paisibles. — Si nous en croyons Mosheim, il s'en faut beaucoup que la tolérance soit l'esprit général des meunonites,ou des anabaptistes modernes. En Angleterre, sous le règne de Cromwell, ils eurent des chefs qui n'étaient rien moins que modérés; aujourd'hui même ils sont divisés en deux sectes principales, savoir : celle des anabaptistes grossiers ou modérés, qui, à proprement parler, n'ont aucune croyance fixe el qui ne se font aucun scrupule de fraterniser avec les sociniens , et celle des anabaptistes rigides , ou mennoniles proprement dits , qui font profession de retenir la doctrine de Menno, et de ne s'en écarter en rien. Ceux-ci exercent l\ xcommunication la plus rigoureuse non-seulement contre tous les pécheurs publics, mais encore contre tous ceux qui s'éloignent de la simplicité des manières de leurs ancêtres; ils font profession de mépriser les sciences humaines, etc. On ne peut pas pousser l'intolérance plus loin, puisque parmi eux un excommunié ne peut plus espérer aucune marque d'affection ni aucun secoure de son épouse, de ses enfants, ni de ses parents les plus proches.

11 est bon de savoir que les sociniens , chassés de Pologne, profilèrent de la tolérance accordée aux mennonites e> Hollande , pour s'y introduire el s'y établir sous ce nom. Ainsi, la plupart des hommes lettrés qui prenaient en Hollande et ailleurs le nom de mennonites, sont de vrais sociniens ; c'est ce qui a rendu celle seele si nombreuse , cl qui lui a valu la protection de nos incrédules modernes. Mosheim, Hist. Ecclés. du xv, ie siècle, sect. 2, ir part., chap. 5; Hist. duSocin. ir' p., c. 18 et suiv.

ANACHORETE, ermite ou solitaire, homme retiré du monde par motif de religion , qui vit seul, afin de ne s'occuper que de Dieu cl de son salut. Ce mol vient du grec ùvx%upûv, se retirer, de même que ermite est dérivé à'êpr,[Loç, solitude, lieu désert. Dans l'origine, on a encore donné aux solitaires le nom de moines, tiré de ^ovo ..-, seul, isolé.

Ce genre de vie a toujours été connu dans l'Orient. Saint Paul {ilebr. xi, 38) «lit que les prophètes ont erré dans les déserts et sur les montagnes ; qu'ils onl demeuré dans les an- Ires el les cavernes de la terre. Sainl Jean- Baptiste, dès son enfance, se retira dans II* désert et y vécut jusqu'à 1 âge de Irenle ans ; Jésus-Christ lui-même fit I éloge de sa wo austère et de ses vertus [Mutlh. xi, 7). Mais S. Paul de la Thébaïde en Egypte est regarde

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comme le premier ermite ou anachorète du christianisme. Il se retira dans le désert de l.i Thébaïde l'an 230, pendant la persécution de De e et de Valérien ; bientôt il y fut suivi par saint Antoine et par d'aulies qui voulurent mener le même genre de vie. Plusieurs se réunirent ensuite pour vivre en commun, et furent nommés cénobites. Cet exemple fut même suivi par les femmes : quelques-unes s'enfoncèrent dans les déserts pour faire pénitence et pour éviter les dangers du siècle, d'autres se renfermèrent dans des cloîtres p ur y vivre ensemble sous une môme règle. Telle a été l'origine de l'état monastique. Voy. Moine, Cénobite, Rel gieuse, ete. Sur la fin du iv* siècle, la vie érémi tique passa de l'Egypte en Italie, et bientôt après dans les Gaules; on y vit des anachorètes et des cénobites. L'irruption des barbares, arrivée au commencement du ve siècle, contribua à les multiplier ; pour se soustraire au brigandage, un grand nombre d'hommes se retirèrent dans des lieux déserts; plusieurs guerriers, tourmentés par des remords et par la crainte de retomber dans de nouveaux désordres, allèrent expier leurs crimes dans la solitude : on admira leur courage et leur vertu. Les mêmes raisons qui faisaient augmenter le nombre des monastères servirent aussi à multiplier les ermites ou anachorètes, et le goût pour ce genre de vie s'est conservé jusqu'à nous; de là le grand nombre d'ermitages que l'on voit d'un bout du royaume à l'autre. Mais les supérieurs ecclésiastiques ont reconnu depuis longtemps qu'il était mieux de réunir plusieurs ermites dans une même habitation, que de les laisser vivre absolument seuls.

Celte manière de vivre singulière ne pouvait manquer d'exciter la bile des ennemis de la religion ; aussi a-t-elle été blâmée avec atitanl d'aigreur par les protestants que par les incrédules. Ils en ont censuré l'origine, les motifs, les pratiques : ils en ont relevé les inconvénients et les pernicieuses conséquences. Le Clerc, Mosheim, Brucker et la foule des protestants ont déclamé à l'envi sur ce sujet; et nos philosophes moutonniers ont enchéri encore sur leurs invectives. — Les uns ont dit que le goût pour la vie so* litaire éta t , dans l'Orient , et surtout en Egypte, un vice du climat , un effet de la mélancolie et de la paresse que la chaleur inspire ; d autres ont jugé qu'il a été augmenté chez les chrétiens par les notions de la philosophie de Pylhagore et de Platon, selon lesquelles on croyait que plus l'âme se détachait du corps et des sens, plus elle s'approchait de Dieu. Ouelqucs-uns ont deviné que, dans les premier! siècles du christianisme, on renonçait au monde parce que l'on croyait qu'il allait finir. Presque tous ont décidé que l'estime pour la vie austère est née d'une notion fausse et absurde de la Divinité. Les chrétiens, disent-ils, se sont persuadé que Dieu, non content d'exiger le sang de son Fils pour apaiser sa justice, se plaisait encore aux tourmeuts de ses créaturcs.

A toutes ces réflexions il ne manque que du bon sens. Si tous ces savants dissertaleurs avaient passé la plus grande partie de leur vie à la campagne et loin du tumulte des vil!es, ils auraient éprouvé par eux-mêmes que l'on contracte très-aisément le goût de la solitude absolue, sans pensera la fin du monde, sans connaître la philosophie de Pylhagore, et sans avoir des notions absurdes de la Divinité. Une preuve qu'il ne vient point du climat, c'est qu'il a été pour le moins aussi commun et aussi vif dans les contrées du Nord qu;; dans les régions du Midi. Mais bornons -nous à des considérations religieuses.

Il est fâcheux d'abord que les protestants aient condamné avec tant de hauteur un genre de vie que Jésus-Christ a daigné louer dans son saint précurseur, et que saint Paul a proposé pour modèle dans les prophètes. Dirons-nous des uns et des autres ce que Mosheim a osé dire de saint Paul, premier ermite, que retiré dans le désert , il mena une vie plus digne d'une brute que d'un homme; Hist. ecclés du me siècle, ir part., c. 3, § 3 ? Ou penserons-nous qu'Klie, les autres prophètes et saint Jean - Baptiste avaient puisé le goût de la solitude dans les écrits de Pylhagore ou de Platon, dans la crainte de la fin du monde, etc.? Voilà comme les protestants respectent l'Ecriture sainte. — Lu second lieu, nous les défions de faire contre les solitaires aucun reproche qui n'ait été fait aux premiers chrétiens par les païens. Nous voyons par Y Apologétique de Tertullien, que ceux-ci appelaient les chrétiens insensés, hommes inutiles au monde, misanthropes ou ennemis du genre humain ; on tournait en ridicule leur air austère et pénitent, leur goût pour 1j solitude , la société particulière qu'ils formaient entre eux, etc. Les protestants semblent n'avoir fait que copier tous ces sarcasmes en faisant la satire des moines et des anachorètes. Aussi les incrédules n'ont pas manqué de tourner contre le christianisme même la censure que les protestants ont faite de la vie monastique ou érémilique. Ils disent que les maximes de l'Evangile tendent à séparer l'homme d'avec ses semblables, et à le détacher absolument du monde ; que c'était déjà la morale des esséniens et des thérapeutes, et que Jésus-Christ avait puisé sa doctrine parmi eux. Ils soutiennent que les premiers chrétiens furent de vrais moines , puisque saint Antoine ne prétendit faire autre chose que suivre l'Evangile à la lettre ; d'où ils concluent que la morale évangélique n'est faite que pour des moines. En effet, « saint Antoine, dit M. Fleury, saint Hilarion, saint l'arôme et les autres qui les imitèrent, ne prétendirent pas introduire une nouveauté ou renchérir sur la teilu de leurs pères; ils voulurent seulement conserver la tradition de la pratique exacte de l'Evangile qu'ils voyaient se relâcher de jour en jour. Ils se proposaient toujours pour modèle le* ascètes OU chrétiens fervents qui les avaient précèdes. » Mœurs daChrét., § 32.

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Bingbam lui - môme , quoique protestant, avoue qu'à l'exception de la solitude absolue, la vie des ascètes était la même que relie des anachorètes et des moines. Orig. ecclesiast., I. vu, c. \.Voy. Ascètes.

Nous prions les prolestants de vouloir bien justifier, contre la censure des incrédules, les premiers chrétiens formés par les leçons de Jésus-Christ et des apôtres; ce qu'ils diront nous servira de même à faire l'apologie des solitaires qui ont renoncé au monde. Mais i!s n'en feront rien ; peu leur importe de livrer le chri>lianismc au mépris des incrédules, pourvu qu'ils satisfassent leur propre haine contre l'Eglise romaine. — On ne sait que penser, quand on lit leurs lamentations sur la multitude des erreurs qu'a fait naitredans l'Eglise la philosophiedc Pylhagore et de Platon : De là est née, disentils, celte folle idée que l'on pouvait mener une vie plus sainle que celle de Jésus-Christ et d-es apôtres, el pratiquer des vertus plus parfaites que celles qui sont commandées dans l'Evangile ; de là l'estime insensée pour les austérités corporelles, pour l'abstinence et le jeûne, pour le célibat et la virginité ; de là la condamnation des secondes noces, le mépris pour l'étal du mariage, eic. Brucker, But. Philos., tom. III, 363. On croit entendre raisonner des déistes ou des épicuriens. En pariant de ces différents articles de la discipline chrétienne, nous leur ferons voir que tous sont fondés sur l'Ecriture sainle, sur les leçons formelles de Jésus-Christ et des apôtres, el nous les mettrons à couvert de leur folle censure, il s'ensuit déjà que les platoniciens et les pythagoriciens, qui ont fait cas de toutes ces pratiques, étaient plus raisonnables que les prolestants et les incrédules modernes. — Ajoutons que la vie des solitaires de la Thébaïde, qui nous parait si terrible, était à peu près la même que celle des pauvres et du peuple en Egypte. Selon le récit des voyageurs, le seul habit des deux sexes est une chemise ou un morceau de toile, et les jeunes gens, jusqu'à l'âge de quinze ou seize ans, ?onl absolument nus. Tous couchent sur la dure, dans la rue, ou sur les toits des maisons, cl avec deux poignées de riz un homme peut vivre pendant vingt -quatre heure*, sans avoir besoin d'autre nourriture. Il en est de même dans les Indes; cl telle y fut toujours la vie des brachrnanes ou des philosophes de ce pays-là. Mais des épicuriens septentrionaux sont effrayés de ce genre de vie : gâtés par un luxe désordonné, ils regardent les austérités comme un suicide lent et comme une folie , ils s'emportent contre les anachorètes, parce que ceux-ci étaient plus robustes et plus sobres qu'eux.

Ecoulons néanmoins leurs déclamations.

Si saint Paul, disent-ils, et saint Pacôme ont bien fait de renoncer au monde, et de se retirer dans les déserts, tout homme qui fera comme eux sera aussi louable qu'eux ; il faudra donc rompre toute société avec nos semblables , et vivre comme les animaux sauvages, pour être chrétiens parfaits. Des

que Dieu a créé l'homme pour la sociélé, il est absurde d'imaginer un état plus saint et plus respectable que l'étal social , ou des devoirs plus sacrés que ceux du sang et de la nature. Se détacher du monde et s'en séparer, c'est dans le fond renoncera l'humanité et se sou^raire à l'ordre général delà Providence, se rendre inutile aux autres ; c'est un travers, un attentat punissable; il ne peut venir que d'un fonds de misanthropie, de paresse ou de vanité : le canoniser et l'ériger en vertu, c'est un trait de démence. — Réponse. Si les anachorètes, en cherchant la solitude, avaient manqué aux devoirs du sang et de la nature, violé les engagements d'homme et de citoyen , résislé à l'ordre de la Providence , nous avouons qu'ils n'auraient été ni saints ni louables. Mais c'est à leurs détracteurs de prouver, 1° qu'ils ont abandonné leurs parents el leur famille dans des circonstances où elle pouvait avoir besoin de leurs secours ; 2° qu'ils n'avaient pas reçu de la nature un goûl décidé pour la retraite, pour la prière, pour un travail auquel ils pouvaient vaquer seuls; 3 qu'il n'y avait aucun danger pour eu * à demeurer dans le monde ; 4* qu'ils n'ont été d'aucune utilité pour leurs semblables. Autrement nous soutenons qu'ils n'ont manqué ni à la nature qui les portait au genre de vie qu'ils oui embrassé, ni à leurs parents qui pouvaient, se passer d'eux, ni à leurs concitoyens auxquels leur retraite ne portail aucun préjudice, ni aux emplois publics pour lesquels ils ne se sentaient pas faits, ni à la voix de Dieu, puisqu'au contraire ils croyaient lui obéir. Avant de conclure que tout homme fera bien de les imiter, il faut savoir si tout homme est dans les mêmes circonstances qu'eux.

Mais si tout homme prenait ce parti, que deviendrait la société ? — Folle supposition. Dieu y a pourvu ; il a tellement varie les goûts, les caractères, les latents, les besoins des hommes, qu'il csl impossible que tous embrassent le même étal de vie, dès qu'ils seront les maîtres de choisir. C'csl pnur cela que loutes les conditions se trouvent toujours à peu près également remplies, et qu'aucune ne demeure vacante : le choix que font les solitaires, loin de gêner celui des autres, leur laisse une place de plus. H n'est donc pas vrai qu'ils aillent contre l'ordre de la Providence, puisque la Providence veut que chacun choisisse, l'état qui lui convient le mieux ; ni contre le bien de la sociélé, puisqu'elle est intéressée à ce que personne ne soit gêné dans sou choix; ni contre le droit de leurs semblables, puisque, ceux-ci n'en reçoivent aucun préjudice : les solitaires nuisent moins au public que les honnêtes fainéants qui surchargent la société du poids el de l'ennui de leur oisiveté. — Il n'est pas vrai non plus qu'ils soient inutiles au monde. Dans les temps de calamité , de dévastation ou de contagion, lorsque la religion s'esl trouvée en danger, lorsque les peuples ont manqué de secours spirituels , lorsque le cierge séculier a été à peu près anéanti, on a vu les solitaires quitter leur

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retraite, accourir au secours de leurs frère-*, exercer la charité d'une manière héroïque ; souvent les rois sont allés les chercher au désert pour leur confier les affaires les plus importantes. Ceux de la Thébaïde travaillaient, non-seulement pour se procurer la subsistance , mais encore pour aider les pauvres du prix de leur travail. D'ailleurs, p!us les hommes sont vicieux , plus les mœurs publiques sont corrompues, plus il «Mutile et nécessaire de leur donner des exemples de frugalité, de désintéressement , de mortification, de patience, de piété , de soumission à Dieu, de mépris des choses de ce monde. Quoi que l'on puisse en dire, les solitaires l'ont fait dans tous les temps , et les peuples ne les ont respectés qu'autant «|u'ils le méditaient parleurs vertus.

Un homme, fatigué du tumulte de la société, rebuté par les vices de ses semblables, dégoûté des objets qui excitent les passions, n'a-t-il pas droit d'aller chercher dans la solitude la paix, le repos, l'innocence, la liberté, le calme de la conscience? Celui qui fuit le danger de la corruption, qui s'occupe à prier, à méditer, à travailler; quis'accoulume à retrancher à la nature tout ce dont elle peut se passer, n'est il pas louable ? 11 donne aux autres une grande leçon, savoir, <]ue l'on peut trouver avec Dieu un repos, des consolations, un bonheur, que le monde ne peut pas donner.

ANAGOGIE, ANAGOr.IQUiï. Voy. Ecriture sainte, § 3.

ANALYSE DE LA FOI. Voy. Foi.

ANAMÉLECH. Voy. Samaritain.

ANAN1E cl SAPHIKE. Ces deux époux furent frappés de mort à la parole de saint Pierre, pour avoir menti au Saint-Esprit (Act. v, 3). Les censeurs de la révélation n'ont pas manqué d'observer qu'un simple mensonge n'était pas un crime assez grave pour mériter la peine de mort; que saint Pierre agit dans cette circonstance avec une cruauté peu digne d'un apôtre. — Si cette observation était juste, ce serait à Dieu même qu'il faudrait s'en prendre : la parole de saint Pierre n'a certainement pas eu par elle-même la force de faire mourir subitement deux personnes; il faut donc que Dieu les ait punies lui-même. Mais il est faux que le crime ti'Ananie et de Saphire ail été un sin.ple mensonge. Comme les fidèles de Jérusalem avaient mis leurs biens en commun, personne n'avail droit de subsister aux dépens de celle communauté , que ceux qui s'étaient réellement dépouillés de leurs possessions. Ananie cl Saphire, après avoir vendu un champ, donnèrent une parlie du prix cl gardèrent le reste ; c'était une fraude : il fallait un exemple de sévérité pour prévenir cet abus (Acl. iv, 34 et 35). — D'ailleurs, selon le sentiment de plusieurs Pères de l'Eglise, Dieu punit ces deux époux en ce monde pour leur faire miséricorde en l'autre; ainsi en oui jugé Origène, lom. V in ftlilth., n. 15; saint Augustin, liv. m cmiia Epist. ni Parmen.t c. i, n.3; Scrm. l'iH, n. I ; si i ut Jérôme , Epist. 8, ad U:mct., ci d autres, I's

se sont fondés sur les paroles de saint Paul (/ Cor. n, 30) : Lorsque Dieu nous juge, il nous corrige, afin gue nous ne soyons pas damnés avec ce monde. A la vérité, il y en a aussi quelques-uns qui craignent que ces deux coupables n'aienl été damnés ; mais ils supposent dans le mensonge dont il est ici question, des circonstances et des motifs qui ne sont ni certains ni approuvés par l'Ecriture sainte.

ANATHÈME. Ce mo!, tiré du grec àviôsua, signifie, à la lettre, placé en haut ; l'on nommait ainsi les offrandes faites à la Divinité, et que l'on suspendait à la voûte ou aux murs des temples pour les exposer à la vue ; de là anuthème a signifié chose consacrée. Comme l'on exposaitaussi des objets odieux, la tête d'un coupable ou d'un ennemi, ses armes, ses dépouilles, anathème a exprimé chose exécrée ou exécrable, dévouée à la haine publique ou à la destruction; et ce dernier sens est devenu plus commun.

Ainsi l'Eglise dit anaihème aux hérétiques, à ceux qui corrompent la pureté de la foi ; plusieurs décrets ou canons des conciles sont conçus en ces termes : Si quelqu'un dit ou soutient telle erreur, qu'il soit anaihème, c'est-à-dire, qu'il soit retranché de la communion des fidèles, qu'il soit regardé comme un homme hors de la voie du salut et en état de damnation: qu'aucun fidèle n'ait de commerce avec lui. C'est ce que l'on nomme anathème judiciaire ; il ne peut être prononcé que par un supérieur qui ait autorité et juridiction, par un concile, par le pape, par un évéque. — Lorsqu'un hérétique veut se convertir et se réconcilier à l'Eglise, on l'oblige de dire anaihème à ses erreurs, c'est-à-dire, de les abjurer et d'y renoncer. — Saint Paul dit (Rom. ix, 3) : Je désirais moi-même d'élre anathème de la part de Jésus-Christ pour mes frères, gui sont nos parents selon la chair. Parmi les interprètes, les uns pensent que dans ce passage anathème signifie être maudit ou réprouvé par Jésus-Christ ; les antres souliennent qu'ii faut entendre : Je souhaitais d'être mis à part et dévoué par Jcsus- Christ au salut de mes frères.

Nous trouvons, dans l'ancien Testament, des exemples de cette double signification : il esl dit que Judith offrit au Seigneur les armes d'Holophcrne pour anathème d'oubli, ou pour monument contre l'oubli (Judith xvi, 23). — Moïse veut que l'on dévoue à Yanalhème. ou à la destruction les villes des Chananéens qui ne se rendront pas aux Israélites, et ceux qui adoreront les faix dieux (Peut, ix, 2<> ; Exod., xxn, 19). Le peuple assemblé à Masplia dévoua à Vanathème quiconque ne prendrait pas les armes contre les Henjamitcs, pour venger l'outrage fait à la femme d'un lévite (Jud. xix et xxi). Saûl prononça Vanalhrmc contre quiconque mangerait quelque chose avant le coucher du soleil, dans la poursuite des Philistins (/ lin/, xiv, %!%). Alors Vannthèmc est exprimé par le mot chcicm, dévastation, destruction.

Quiconque s'y trouvait enveloppé devait être

mis à mort. - De là quelques censeur! de

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l'Ecriture ont conclu que les Hébreux offraient à Dieu des sacrifices de sang humain. Selon leur opinion, il est dit (Levit. xxvn, 28 et 23) : Tout ce qu'un possesseur a voué à "anatheme, soit homme, soit animal , soit pièce de terre, sera consacré au Seigneur, ne pourra être racheté, mais sera mis à mort. N<»us soutenons que celle version est fautive. 1° Il est absurde d'ordonner qu'une pièce de terre, ou ce qui en provient, soit mis à mort. 2° Il y aurait contradiction entre celte loi et celle du verset 2 de ce même chapitre, où il est dit que toute personne vouée au Seigneur sera rachetée. 3° Dans le Deutéronome, c. xii, v. 30, il est sévèrement défendu d'offrir aucun sacrifice de sang humain, et il n'y en a aucun exemple certain dans l'Ecriture. 4° Cherem signifie constamment Vanntfième prononcé et exécuté contre les ennemis de l'Etat ; il y aurait eu de la folie à un Israélite de le prononcer contre ce qu'il possé lait, pendant qu'il pouvait en faire un don ou une oblation au Seigneur. Il faut «lonc traduire ainsi à la lettre : Tout anatheme qu'un homm1 aura juré au Seigneur, hors de ce qu'd possède, en hommes, en animaux, en terres qui lui appartiennent, ne sera ni vendu nirachté ; parce que tout anatheme tst sacré devant le Seigneur. Tout anathème ainsi juré ne sera point racheté , mais mis à mort. Dieu permettait à un homme de racheter ce qu'il avait voué et qui lui appartenait, mais non de racheter ce qui était aux ennemis et ne lui appartenait pas. Il est certain que la préposition mi ou min du lexte hébreu, que l'on traduit ordinairement par de ou ex, signifie aussi hormis, excepté. Voy. Glassii Philolog. Sacra , col. 1158, 1159,

ANCIEN. Le gouvernement le plus naturel et le plus sage est celui des anciens. Chez les patriarches, toute l'autorité était entre les mains des chefs de famille. Moïse, par le conseil de Jéthro, en choisit un nombre dans chaque tribu pour rendre la justice et faire observer la police parmi le peuple [Exod. xviu, 18 et suiv.). Chez les Romains, te sénat était l'assemblée des vieillards, senes. Les apôtres établirent cette forme de gouvernement pour maintenir l'ordre dans l'Eglise de Dieu. Saint Paul, qui ne pouvait pas .aller à Ephèse, fait venir les anciens de celle Eglise et leur dit : Ayez attention sur vousmêmes et sur tout le troupeau dont le Saint- Esprit vous a établis surveillants, p >nr gouverner l'Eglise de Dieu qu'il s'est acquise par son sang (Act. xx, 17, 28). Les apôtres délibèrent avec les anciens au concile de Jéru- • salem, et décident ensemble (xv, 6, 22, 23, '*1). Saint Jean, qui a représenté dans l'A - ; pocalypse l'ordre des assemblées chrétiennes ou de l'office divin, place le président sur un I trône, et vingt-quatre vieillards sur des sièges autour de lui. (Apoc. iv et v). Ces anciens ont été nommés prêtres, ^piTf:\izz;.oi, vieillards ; le président, évéque, inic <oiu>;, survei tant. Ainsi s'est formée la hiérarchie. — I ne s'ensuit pas de là que le gouvernement de l'Eg'ise, dans son origine, a élé purement

démocratique , comme le soutiennent les calvinistes ; que les évoques ne devaient et ne pouvaient rien décider sans avoir pris l'avis des anciens. Nous voyons, par les lettres de saint Paul à Timolhée et à Tite, qu'il leur attribue l'autorité et le pouvoir de gouverner leur troupeau , sans être obligés de consulter l'assemblée, si ce n'est dans les circonstances où il était besoin de témoignages. Voy. Evêque, Hiérarchise.

ANDRÉ (sainl), apôtre , frère de saint Pierre, né à Belhsaïde, fut disciple de saint Jean-Baptiste, et ensuite de Jésus-Christ. On croit communément qu'après la descente du Saint-Esprit il prêcha l'Evangile en Achaïe, et fut martyrisé à Palras. Il ne reste aucun écrit de ce saint apôtre ;les actes de son martyre, écrits sous le nom des prêtres d'Achaïe, sont contestés parles savants. Tillemonl , dans ses Mémoires sur l'Hisl. ceci., tom. 1, p. 320, les regarde comme apocryphes; le P. Alexandre, Hist. ecclés., tom. I, soutient qu'ils sont authentiques. M. Woog, professeur d'histoire et d'antiquités à Leipsick, a suivi le même sentiment dans de savantes dissertations qu'il a publiées en 1748 et 1751. Ce n'est point à nous à terminer cette contestation. — Les Moscovites sont persuadés que sainl Amlré a porié l'Evangile dans leur pays. Comme plusieurs anciens disent que cei apôtre a prêché dans la Scylhie , si on doit l'entendre de la Scylhie européenne , cette tradition serait favorable à l'opinion des Moscovites; mais il n'y a rien de certain sur tout cela. Fabricius , Salut, lux Evang., etc., p. 98. — Celte incertitude, dans laquelle la plupart des apôtres nous ont laissés touchant le lieu, la durée et le succès de leurs travaux, démontrequ'ils n'agiss tient ni par iniérêt ni par vanité: des prédicateurs jaloux de leur gloire, ou conduits par quelque motif humain , auraient pris plus de soin de laisser des monuments de leurs actions.

ANGE, substance spirituelle, intelligente, la première en dignité entre les créatures (1;.

Ce mot est formé du grec «yyeXo?, qui signifie messager ou envoyé; et c'est, disent les théologiens, une dénomination, non de nature, maisd'ofltce, prisedu ministèrequ'exercent les anges, et qui consiste à porler les ordres de Dieu, ou à révéler aux hommes ses volontés. C'est l'idée qu'en donne saint Paul (flebr. i, \k) : Tous les anges ne sont-ils pas des espiits chargés d'une administration, et envoyés pour l 'utilité de ceux qui ont part à l lient ige du satut? C'est parla même raison que ce nom est quelquefois donné aux hommes dans l'Ecriture : comme aux prêtres dans le prophète M ilachie, c. xi ; par saint Matthieu à saint Jean-Baptiste, c. xi, v. 10; et par sainl Jean, dans l'Apocalypse, aux évêques de plusieurs Eglises. — Selon les Sep-

(1) Il esl de foi qu'il y a des anges ; qu'ils ont élé créés dans un élal (l'innocence ; que plusieurs ange» se sont révoltés contre l>ien; que les démons s ni les ennemis dos boumics; qu'ils peuvent les tenter,

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tante, le Mes ic est appelé dans Isaïe (ix, G), l'aïuje du grand conseil, nom qui exprime son ministère et non sa nature ; il en est de même de l'hébreu , me'ec, ange ou envoyé. Cependant , l'usage a prévalu d'attacher à ce terme l'idée d'une, nature incorporelle , intelligente, supérieure à l'âme de l'homme, mais créée et inférieure à Dieu.

Quoique l'existence des anges ne puisse se prouver par la raison, toutes les religions l'ont admise en vertu de la révélation (t). A l'exception des saducéens , les Juifs la croyaient, même les samaritains et les caraïbes, selon le témoignage d'Abusaïd, auteur d'une version arabe du Pentatcuque, et selon le commentaire d'Aaron, juif caraïte, sur le même livre; ouvrages qui sont en manuscrit dans la bibliothèque du roi. — Les chrétiens ont suivi la même doctrine; mais les Pères ont été partagés sur la nature des anges. Les uns, comme Tertullicn , Origène, saint Clément d'Alexandrie, etc., ont cru qu'ils étaient toujours revêtus d'un corps très-subtil. Les autres , comme saint Basile, saint Alhanase, saint Cyrille, saint Grégoire de Nysse, saint Jean Chrysostome, etc., les ont regardés comme des êtres purement spirituels. C'est le sentiment de toute l'Eglise; mais l'Ecriture sainte atlesteque souvent les anges ont paru rêvé us d'un corps; nous ne voyons pas en quoi le sentiment de Tertullien et des autres pouvait être dangereux. — A la vérité, plusieurs ont cru que les anges avaient eu commerce avec les filles des hommes, et avaient engendré les géants. C'était le sentiment commun des philosophes , que les démons, c'est-à-dire les génies ou intelligences supérieures à l'humanité, n'étaient i as des esprits purs, mais revêtus d'un

et posséder leurs corps, mais seulement par une permission spéciale de la Divinité.

Il n'est pas de foi (pie les anges soient de purs esprits, parce qu'il n'y a aucun concile générai qui l'ait décidé ex proj'esbo. Ce serait cependant une grande témérité de le nier. — Il n'est pas de foi que les anges aient été créés dans un état de grâce, quoique ce soit l'opinion la plus commune. Il a cependant existé des théologiens qui ont enseigné que les anges oui été créés dans un état de justice naturelle ; mais (pie ce n'est que dans la suite qu'ils ont été élevés à l'état de grâce

Aucun concile n'a défini l'existence des anges gardiens. l' Ile est fondée sur une croyance tellement universelle, que la nier serait une erreur, sinon une hérésie.

(t) On savait par l'ancienne tradition, disent les Mémoires de f Académie des Inscriptions , t. XLII, qu'il existait des esprits supérieurs à l'homme, ministres du grand roi , dans le gouvernement du momie. Ce lut de ces esprits qu'on anima l'univers : On en plaça partout, dans le ciel, dans les astres, dans l'air, dans les montagnes, dans les eaux, dans les forêts, et même dans les entrailles de la lerre ; et l'on honora ces nouveaux dieux selon l'étendue et liHtDi>rlanefl du domaine qu'un leur avait attribué. Subordonnés les uns aux antres, ou leur faisait reconnaître pour supérieur un génie du premier ordre, que des nations plaçaient dans le soleil , 61 d'autres au-dessus de cet a:-lic, selon que le capiice le leur dictait.

corps subtil et aérien; conséquommenl ils croyaient qu'un grand nombre de ces génies recherchaient le commerce des femmes , aimaient l'odeur des sacrifices, et se plaisaient souvent à faire du mal aux hommes : Lucien , IMutarque , Porphyre et d'autres étaient dans cette opinion; nous ne voyons pas en quoi les Pères sont si répréhensihles de l'avoir suivie. E le leur paraissait confirmée par la version des Septante (Gen. vi,2), dont plusieurs exemplaires portent : Les anges de Dieu, voyant la beauté des filles des hommes, etc., au lieu qu'il y a dans l'hébreu, le samaritain, le syriaque et la Vulgate, les enfants de Dieu; dans le chaldéen et dans l'arabe, les enfants d<'S grands ou des princes. Il n'a donc pas été nécessaire que les Pères prissent cette opinion dans le livre apocryphe d'Enoch. — Mais quelle pernicieuse conséquence peut-on tirer de là? Il s'ensuit, dit-on, que les Pères n'avaient point de notion de la parfaite spiritualité. Ils l'admettaient du moins en Dieu, puisqu'ils le supposaient créateur. Quand ils auraient cru qu'elle ne pouvait avoir lieu dans aucune créature, ce ne serait pas un juste sujet de les blâmer avec autant d'aigreur que le font les protestants. « Voilà, dit Barbeyrac, les Pères des premiers siècles parfaitement d'accord entre eux sur une erreur grossière, puisée dans une mauvaise philosophie, dans un livre apocryphe, ou dans la fausse supposition que la version des Septante était inspirée. Que l'on vienne encore nous donner le consentement des Pères comme une marque sûre de la tradition. » Traité de la morale des Pères, c. 2, § 3. Ce ton triomphant est bien mal fondé.

1° Nous voudrions savoir par quelle démonstration ou par quel texte formel de l'Ecriture sainte on peut prouver que l'opinion des Pères était une erreur grossière ; nous défions Barbeyrac et tous ses pareils de prouver la parfaite spiritualité des anges autrement que par la tradition et par la croyance universelle de l'Eglise. 2° Il est faux que tous les anciens Pères aient été d'un sentiment unanime sur la nature des anges : dès le commencement du quatrième siècle, le très-grand nombre en ont soutenu la parfaite spiritualité. Le P. Pélau, Dogm. ihéol., loin. 111, I. i, c. 3, a cité parmi les Crées Tile, évêquo de Boslrcs, Didyme, saint Basile, saint Grégoire de Nysse, saint Grégoire de Nazianze, Eusèbe de Césarée, saint Epiphane, saint Jean Chrysoslome, Théodoret et plusieurs autres plus récents; parmi les Latins, Marins \ iclorin, Lactauce, saint Léon, Jumilius l'Africain, saint Léon, saint Grégoire le Grand et ceux qui l'ont suivi. L'on a répété cent fois aux protestants que la tradition n'est censée règle de loi, que quand elle est constante et à peu près unanime. 3' Il n'y a aucune preuve que les Pères aient été trompés par le livre apocryphe d'Enoch, et que la plupart l'aient consulte ; il parait même que les plus anciens ne l'ont pas connu. *■• Quand les ancens l'ères n'auraient pas cru la version des septante inspi-

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rée, de quelle autre traduction pouvaient-ils se servir? Il est fort singulier qu'on leur tasse un crime de n'avoir pas lu le texte hébreu que les juifs cachaient avec soin, et de n'avoir pas su l'hébreu qoe les juifs ne voulaient enseigner à personne. A entendre raisonner les protestants, ii semble que l'on ne puisse pas être bon chrétien sans avoir appris l'hébreu, et que Dieu ait mal pourvu au salut des premiers fidèles en ne leur donnant qu'une, version grecque.

Selon le sentiment commun des Pères et des théologiens, Ivsanges sont distribués eu trois hiérarchies, et chaque hiérarchie en trois ordres ou chœurs. La première est celle des séraphins, des chérubins et des trônes ; la seconde comprend les dominations, les vertus, les puissances; la troisième, les principautés, les archanges et les anges. Ce dernier nom est devenu commun à tous en général.

L'églisechrélienne croit que tous les anges ont été créés en état de grâce et destinés à la félicité, mais que plusieurs sont déchus de cet état par leur orgueil; qu'ils ont été précipités en enfer et condamnés à un supplice éternel, pendant que les autres ont été confirmés en grâce, et sont heureux pour toujours. Ceux-ci sont nommés les bons anges, ou simplement les anges; les autres sont appelés les mauvais anges, h s diables ou les démons. — Ce dogme de la chute des anges est fondé sur la ir Epître de saint Pierre, c. u, v. 4, où il est dit que Dieu n'a point pardonné aux anges qui ont péché, mais qu'il lésa précipités dans l'abîme, où ils sont retenus par des liens, tourmentés et réservés jusqu'au jugement , ou pour le jugement; et sur celle de saint Jude, v. 0, où nous lisons que Dieu relient liés de citâmes éternell s dans de profondes ténèbres, et qu'il réserve pour le jugement du grand jour, les a\geî qui n'ont pas conservé leur première dignité , mais qui ont quitté leur propre demeure.

Un autre article de la croyance chrétienne est que Dieu a donné à chacun de nous un ange gard en; on conclut celte vériié de plusieurs passages de l'Ecriture sainte [Gen. xlvui, 10; Mutth. xvm, 10; Act. xii, 15, etc.). C'est une tradition con~ Riante. — Quelques Pères de l'Eglise ont même pensé que chaque homme, dès sa naissance, était accompagné de deux anges, l'un bon qui le porte au bien, l'autre mauvais et qui le porte au mal ; ils se fondent sur un passage du Pasteur d'/lermas, qui l'enseigne ainsi : mais cette opinion n'a pas eu un grand nombre de partisans.

Il y aurait de la témérité à former sur le nombre des anges, sur leur état, sur leur pouvoir , sur leurs fonctions,' des questions qui ne peuvent pas être résolues par l'Ecriture sainte ni par la tradition. — Une dispute plus importante que nous avons avec les prolestants est de savoir s'il est permis de rendre auv anqes un culte religieux, de les invoquer, de compter sur

leur secours et leur intercession. Ce l le sentiment de l'Eglise catholique; mais ses ennemis le lui reprochent comme une erreur, ils y opposent les mêmes objections qu'ils font contre le culte des sainis. — Us disent que saint Paul a formellement défendu ce culte aux Colossiens ; chap. u, v. 18, après les avoir détournés du judaïsme et des cérémonies légales, il leur dit : Qupersonne ne vous séduise par une humilité apparente et un culte religieux des anges, chos's qu'il ne connaît point, et sur lesquelles il se conduit selon les vaines imaginations d'un esprit charnel, ne demeurant point attaché au chef, duquel tout le corps reçoit l'union, ii solidité et la croissance que Dieu lui donne. Us ajoutent que, quand saint Jean voulut se prosterner devant l'ange du Seigneur et l'adorer, cet ange lui dit : Ne te faites pns, adorez Dieu (Apoc. xix, 10); que le concile de Laodicée, tenu l'an 304, can. 3o, porte : « U ne faut pas que les chrétiens quittent l'Eglise de Dieu, pour aller invoquer des anges, et faire desassemblées défendues. Si donc on trouve quelqu'un attaché à cette idolâtrie cachée, qu'il soit anathème, parce qu'il a laissé Notre-SeigueurJésus-ChrislFils de Dieu, pour se livrer à l'idolâtrie. » Enfin, disent les protestants, une preuve que les Juifs ont toujours regardé comme superstitieux, criminel et idolâirique, tout culte qui n'était pas adressé à Dieu seul, c'est que jamais ils n'ont rendu aucun culte aux anges; la secte des caraïtes, la plus scrupuleusement attachée au texte de l'Ecriture, enseigne formellement qu'il ne faut leur en rendre aucun.

Nous répondons aux protestants, qie s'ils voulaient convenir une fois avec nous du sens qu'il faut attacher au mot culte ou culte religieux, la contestation serait bientôt terminée entre eux et nous. Mais tant qu'ils s'obstineront à soutenir que tout culte religieux est an culte divin et suprême, nous ne serons jamais d'accord, parce que celte prétention est évidemment fausse; et nous prouverons le contraire au mot Culte.

Les savants ont remarqué que déjà , du temps de saint Paul, la doctrine de Zoroaslre a^ait pénétré dans l'Asie et dans la Grèce; or, nous voyons par le Z end- Av esta que Zoroaslre admet un nombre infini d'ange» ou d esprits médiateurs , auxquels il attribue non-seulement un pouvoir d'intercession subordonné à la providence continuelle de Dieu, mais un pouvoir aussi absolu que celui que les païens prêtaient à leurs di ux. D'où il suit que le culic rendu à cette espèce de dieux secondaires ne pouvait, en aucune manière, se rapporter à Dieu; que c'étoit par conséquent un véritable polythéisme et une idolâtrie pure. Yvg. Pahsis. ("est dans celte source empoisonnée que Simon, IVlen.mdre, Valentiu, Cérinlhe et les gnostiques avaient puisé la notion de leurs éotis ou dieux secondaires, auxquels ils attribuaient, aussi bien que Platon, la formation M le gouvernement du monde; selon leur opinion, ces esprits ou génies éaient charges de tous

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l,s seins de la Prononce; le Die., suprême ange il faut enleudre le Verbe dnjn ou le ne se mêlait de rien, et aucun culle ne lui Messie; mais .1 n'y a rien dans le teste qui i.u dû - Dans celte hypothèse, saint autorise ce commentaire, Si nous partions Mu avait très-Sra.uler,ison de dire que les comme Jacob, .ls diraient que nous man- ,art s.ns de celte erreur n'y connaissaient quons de respect a D.eu en imitant un rien Sis étaient séduits par leur imagina- ange sur la même ligne et en associant ses ' Z Z ne demeuraient point atlachésau bénédictions acelles de D.eu.- /^oc/.xx;.., M^l^d^UoàU^MbWntMÛé 10, Dieu du aux Israélites :J envoie mon ^décider qu'ils abandonnaient Jésus-Christ ange deumf rou*,... respectez-le, écoutez „ Lw se livrer à l'idolâtrie; puisque le culte Mi», ne le méprisez point, parce qu d ne K s rendaient aux anges ou aux esprits ne vous épargnera pas lorsque vous pèche ez et ou a t na >lu se rapporter à Dieu que ce- que mon nom est en lu,. Les commentateurs rd, s oa • - Mais quand ou commente protestants prennent encore change pour , r cmîre que les anges ne sont que les eu- le Ris de D.eu ; mais sont-, s bien assures ïoIésdeDie^e le» exécuteurs de fses ordres, quM faut l'entendre ainsi? Au i™ *»£•aù'iî n'ont aucun pouvoir que celui que duire par respectez-le, .ls mettent pi en z Dieu leï? donne, qu'ils ne font rien que ce garde à lui: aucun passage de 1 Ecriture oùeDÎeu leur co lande, l'honneur, le res- sainte ne les ...commode ffum. wii, d . nect le culte qu'on leur rend, ne s'adresse- Balaam se rroslcrn;. devant 1 ange du beii oas vr incii alemenl à Dieu? Jésus-Christ gneur qui lu. apparaissait. - Josoé, », 14, \ ifl à ses e v(,vés : Celui qui vous écoute, voit un personnage arme qui lu. dit: Je suis niéc^uVleîiqLous méprise, me méprise; leprinee des armées du Seigneur Josue se Il celui àâ me méprise, méprise celui qui m'a prosterne, pénétre de respect, et dit : Que envoyé Se x 10). Cduiqui vous reçoit, me mon Seigneur veut-il de son serviteur ? L anreeet (Mai th. *, V Ce que vous avez fait ge répond : Déchamsez-vous; la terre où au moindre 4e mis frères est fait à mot même vous êtes est sainte. Josue obe. . Ce-t la au moinuT* ue / / marque de respect que Dieu avait exigée de

(xx.v, *uj. Moïse en lui apparaissant dans le buisson

Rien n'est doncplus frivole qucle sophisme ardenl ,Exod% ^31 Soutiendra-t-ou encore des protestants. Selon saint Paul, disent-ils, ce ^^ [à un c„|!eî __ Da,,s |c li-

en rendant un culte aux anges on se sépare ^re des Ju xm 21, Manué, convaincu du chef; selon le concile de Laodiccc on que le p(.rsoI,nage qui lui avait parle elail abandonne Jésus-Christ et 1 on tombe dans |.un„c(ju Seigneur, dit à son épouse : Nous l'idolâtrie : donc tout culle rendu aux anges mJrrons °ce(Juenuusl,VOnsvuDieu. Il était est une idolâtrie. Oui, lorsquel on se tait des ^Qn(, ersUaJé que cel aiige lenait |a plaCe anges la même idée qu'en avaient Zoroaslre, je l>ieu ; lui aurait-il refusé des respects? les gnostiques et les païens; pu. squ alors on Danicl x 9> demeure prosterné devant en fait des dieux, c'est-à-dire, des êtres { quj |uj parlail . au versei io et 27, il

poissants par eux-mêmes et indépendants : ^ ^ . Mon SeLgneur^ comment voire servimais lorsqu'on les envisage comme de simples Uar peul u parler au Seigneur? il ne me ministres ou envoyés de Dieu, il est absurde fe$u Mf Geforce. Le pro, hèle croyait de dire qu'en les honorant l'on nhunore pas parior a Dieu en parlant à son auge; la Dieu, puisque Jésus-Christ témoigne le cou- frayeur dônlilélail saisi était certainement un traire. respect religieux. — Zuchar. 1, 12, un ange

Autre chose es!, répliquent nos adversai- prie Dieu pour la délivrance des Juifs et res, de rendre honneur aux anges, et autre puur leur rétablissement dans la Judée. — chose de leur rendre un culte religieux. — un ange dit à Tobie, SU, 18 : Lorsque vous Fausse distinction. Culte, honneur, respect, faisiez des prières, je les ai présentées au vénération, sont synonymes ; tout culle, tout Seigneur. Saint Jean, dans l'Apocalypse, vil honneur, rendu directement à Dieu, est un en esprit un ange qui oITrait devant le trône acte de religion: or, le eulle, l'honneur deDieulesprie.es des saints; ct.ap. 8, v. 3 rendu à un envoyé de Dieu, et par respect tH,

pour Dieu, se rapporte à Dieu; pourquoi ne c'est sur ces passages que les Pères de

l'appellerait-on pas culte religieux ? — Que l'Eglise se s ml rondes pour soutenir qu'il est

l'ange de l'Apoolypse n'ait pas voulu élre non-seulement permis, mais juste et louable

adoré comme Dieu, cela n'est pas étonnant, d'houurer, de prier, d'invoqur les anges et

et il ne s'ensuit rien. ls saints. Celse disait : « Puisque les

K«l-il vrai qu'il n'y a dans l'Ecriture sainte chrétiens rendent un culte, non-seul. ment a

aucun vestige de culte rendu aux anges? Dieu, mais encore à son I? ils, ils doivenldunc

Gen xx.i, 26, Jacob demanda à l'ange, con- aussi le rendre a ses ministres, par consé-

Ire lequel il avait lutté, sa bénédiction ; c. queul aux génies ou aux esprits. Origine,

x. m.i, 16, le même patriarche bénissant les I. vm, n. 13, répond : « S. Celse avait cum-

enfanti de Joseph, dit : Que Dieu, qui me pris qui sont après le r.lï unique de Dieu

nourrit depuis ma naissance, que I'asgk qui ses vrais ministres, comme Gabriel, Michel,

m'a délivré de tous maux, bénisse ca enfants, les autres anges et les archanges, et qu il

Quoi qu'en disent les protestants, voilà soutint qu il faut leur rendre un culle, peut-

une invocation; ils l'uni si bien sentie, que être que., épurant le sens du mot Culte o|

plusieurs de leurs < ooimcnlalcurs, pour es les pratique» de celui qui le rend, je dirais

quhci k»cuù.»équcni:cs,0ttldil que pai cet ce qui convient à ce sujet autant que je puii

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le comprendre. Mais comme il entend par ministres de Dieu, les démons que les païens adorent, nous ne pouvons nous résoudre à honorer ces esprits que l'Ecriture nous apprend être les ministres de l'esprit malin, qui détourne tant qu'il peut les hommes du culte de Dieu : N. 60 : « Combien ne vautil pas mieux nous confier au Dieu souverain, par Jésus-Christ qui nous l'a ainsi enseigné, lui demander non-seulement toute espèce de secours, mais encore l'assistance des sainis anges et des justes, afin qu'ils nous délivrent des démons? » N. 64 : « Si Celse soutient qu'après Dieu il nous faut encore d'autres amis, qu'il sache que comme l'ombre suit le corps, la bonté de Dieu pour nous nous assure aussi la bienveillance des anges ses amis, des âmes et des esprits ; car ils connaissent qui sont ceux qui méritent les bienfaits de Dieu, et non-seulement ils leur veulent du bien, mais ils aident à ceux qui veulent adorer le Dieu souverain, ils le leur rendent propice, prient avec eux, et forment les mêmes vœux. » — Origène lui-même invoque sonan^e gardien (Homil. 1 in Ezech., n. 7). Sur le premier de ces passages, Grolius et Spencer ont eu la bonne foi d'avouer que le culte rendu aux anges n'est point contraire au premier commandement du Décalogue, et ne déroge point à ce qui est dit dans l'Apocalypse (xix, 10). Quelques théologiens anglicans ont été de même avis.

Des martyrs du iue siècle écrivent à saint Cyprien, Épisl. 77: « Prions afin que Dieu, Jésus-Christ et les anges nous soient favorables dans toutes nos actions. » — Saint Jérôme, Comm. in Ps. 15 ; saint Augustin, liv. i Locut. in Gens., se servent des paroles de Jacob [Gen. xlvim, 16), pour prouver qu'il est permis d'invoquer d'autres êtres que D eu. Le P. Pélau, tom. III, de Angelis, 1. ri, c. 8 et 9, a cité un grand nombre d'autres Pères de l'Eglise; mais les protestants nous abandonnent sans difficulté tous ceux du iv* siècle cl des suivants; ils avouent que dès lors le culte des anges et des saints a été établi dans l'Eglise. Quand nous ne pourrions pas prouver qu'il l'a été plus tôt, il nous paraît que deux cents ans après la mort des apôtres on pouvait savoir mieux qu'au xvr siècle quelle avait été leur doctrine. Diss. sur les bons et les mauvais anges. Bible d'Avig.. tom. XIII, p. 255. T hoinassin, Traité des Fê es, liv. n, c. 22. Vies des Pères et des Martyrs, loin. IV, p. 198; tom. IX, p. 2% (1).

* Anges gardiens. Le Seigneur , dit le prophète , a ordonné à ses angel de vous yurder dans toutes vos voies (Ps. xc). Jésus-Christ assure que les anges des enfants voient la f.ice du Père céleste (Matth. xvin). Ces passages et plusieurs autres semblables répandus dans les livres saints , ne laissent aucun lieu de douter que les hommes aient des auges gardiens , c'est-à-dire des anges préposés de Dieu pour les éclairer, les défendre et les conduire durant loul le

(t) Bergier a exposé les principales questions qui concernent les saints anges, leur existence, leur nature, l'état dans lequel ils ont éié créés, leurs fondions, la chute de quelques-uns d'entre eux et le

DlCT de Thfol. D06UAT:QCE. I.

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cours de I. ur vie. Mais ce sentiment est-il une vérité de foi? Il est de foi qu'il y a des anges députés à la garde des hommes. L'Ecriture et la tradition snm expresses sur ce point. Mais chaque homme en pnrii culiera-l-il son ange gardien? Quelques théologiens croient que c'est une vérité de foi aussi bien que la première, tandis que d'autres la regardent seulement comme une vérité si constante, quoique non expressément définie, qu'on ne pourrait la nier sans témérité et presque sans erreur. Assertio eatholica est, dit Suarez ; qufltnvis enim non sit expressa in Scriptuiis , vel ab Ecclesia di'finila , tanlo consensu E clesiœ universalia recepta est . et in Scriplura , pront a Paaibus intellecta est, tant magnum habel fundamenlum, ut sine ingenti temeritate, aefere errore neqarinon possit.

Les païens eux-mêmes ont cru à l'existence des anges gardiens. < Ils nous conduisent, dit Platon , et nous défendent quelquefois en écartant eux-mêmes les accidents et les objets nuisibles, et d'aulrcs fois en nous inspirant la pensée de les éviter, i (Plato, lib. x de Lfgib.) Ce sont eux qui par des pressentiments secrets nous mettent à couvert des maux prêis à nous accabler. Ce sont eux qui , comme les messagers et les ministres dn Trè^-Haui, lui présentent nos prières et nous rapportent les secours et les grâces dont nous avons besoin. Directeurs sages, prudents, zélés, infatigables, ils nous assistent particulièrement dans l'enfance , dans U s voyages , à la guerre dans les dangers et surtout à la mon.

ANGÉL1TES, hérétiques sectateurs de Sabellius, qui s'assemblaient à Alexandrie ,

culte qui est dû aux bons ange*. 11 nous reste à rechercher l'époque de la création des anges et lé pouvoir qu'ils ont sur le monde visible.

1. Il est certain que les ailles sont des substances spirituelles qui ont été créées de rien au commencement des temps : celle proposition a été énoncée par le ive concile de Lalran, tenu en l2io, sons le pape Innocent III. Quant à l'époque à laquelle ils ont clé tirés du néant, l'Ecriture garde le silence le plus absolu; nous ne pouvons donc procéder dans celle recherche qu'à l'aide de la tradition et de l'induction. Quelques Pères ont pensé que les anges ont été créés avant le monde visible, ce sont : Origène, saint Basile, saint Giégoire de Naziai ze, saini Ambroise, saint Jérôme, saint Ililaire. Acacius et Geunadius veulent qu'ils aient été créés après les eues matériels. Cornélius a Lapide ( In Gènes. Comment. ) affirme qu'ils ont été créés avec le monde au commencement des temps, et qu'ils ont été placés dans le ciel empyrée. II cite en laveur de son opinion sa ut Augustin, saint Grégoire le Grand, Kuperl, lîèile, le Maître des Sentences et d'autres scolastiques. I) ■ grand nombre de Pères réunissent étroitement In ciel des anges au ciel des astres, et beaucoup d'entre eux pensent que la création des uns et des autres a é;é simultanée, ils se fondent sur ce qu'en plusieurs endroits l'Ecriture donne le nom de cieux aussi b en aux esprits angéliques qu'aux aslres. De ce nombre sont les passages suivants : Les cieux racontent lu gloire de Dieu (Psal. xvin, 7); Les cieux ne sont pas purs en saprésence (Job, xv, 15); Louez le Seigneur, cieux des cieux (Psal. cxlviii, 4) ; J'exaucerai les cieux (Osée, n, 21); Les venus des cieux seront ébranlées {Luc, xu.'Sb), eic.etc. Philon, qui tonne comme la transition entre les deux grandes tradilionsdu genre humain, fait du ciel la demeure des esprits saints, tant invisibles que visibles. Saint Théophile veut que le cul dont il est question dans le premier verset de la Genèse, soit invisible et différent du firmament. Origène entend aussi par le premier ciel toute substance spirituelle. Saint Aug-tisin dit de <u premier ciel qu'il est intelligent et spirituel, composé

des esprits bienheureux qui soin les cieux des

eieux qui louent le Seigneur. Nuis pourrions encore citer en faveur de cett opinion saial hsile, Sève-

238 ANG

dans un lieu nommé Agelius ou Angelius. Yoy. Nicéphorc, I. xvm, c. kd; PraléoIe,au mol A NG élites. L'un et l'autre auraient besoin de garant, llesl plus probable que les

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23iî

nnge'Utes élaïcnt des sectaires qui rendaient aux anges un culte superstitieux, comme les gnosliques.

ANGELUS, prière que récitent les çalbo-

rianus, saint Jean Damascè e, saint Jé'ôme, sa;nt Thomas, saint Uouaventure, et antres ( V. C. C. T. t. XII, C. 264). Nous serons encore amenés, par suite d'antres considérations, à regarder ce sentiruent comme le plus probable. Noël Alexandre ( Ilistor. ecclesiast. , Vet. Test., dissert, i, art. 1, prop. m ) dit qu'on ne s'écarte ji:»s de la règle Je la loi en rapportant à la création des anges celle de la lumière. I! cite à l'appui de sa proposition beaucoup de textes de saint Augustin, où ce Père entend la création du ciel et surtout de la lumière, de celle des anges, et la séparation des ténèbres et de la lumière, de cel'e <nn lut laite des mauvais anges d'avec les bous. Kupert s'est aussi attaché à cette interprétation. Mais les autres Pères préfèrent avec raison le sens littéral, et ne voient dans la lumière rpie le (bride vivificateiir de la nature, qui agit principalement sur l'organe de la vue.

Pour nous, s'il nous est permis d'émettre notre sentiment sur celle matière, nous allons établir les assertions suivantes : \° il est certain une les anges étaient créés cl Qu'une partie d'entre eux étaient déchus avant la chute de l'homme, lui effet, si nous interprétons le troisième chapitre de la Genèse dans le sens obvie ci littéral, comme ont fait la plupart des saints Pères et des commentateurs, nous reconnaîtrons facilement qu'un mauvais auge, un ange déchu, jaloux du bonheur futur de l'homme, prit la forme d'un serpent pour tenter la première femme. Les anges étaient donc créés et les mauvais déjà condamnésavanlquela UJélitéde l'homme fût mise à l'épreuve. 2° II ne parait pas moins certain que la création des anges a précédé ou au moins accompagné celle des astre-, laquelle a eu lieu le quatrième jour. Il serait trop long d'en déduire ici les preuves.

IL Une tradition constante et universelle atteste que les anges sont les instruments de la Providence dans le gouvernement du monde visible (Cicer., de Nal. rfror., liv. î, c. '■i), et notamment dans la dire lion «les astres. Iluel (Alnet. Quant., liv. u, c. 14), a inontié que cette tradition se trouve chez tous les peuples: que les Grecs l'avaient reçue des Egyptiens et des Phéniciens, lesquels ont reconnu, ainsi que plusieurs anciens philosophes, l'existence d'esprits préposés à l'ordre de la nature, aux astres, aux végétaux, à la génération des animaux, aux éléments, aux hommes eux-mêmes. On voit que celte tradition, qui ne peut avoir pour fondement qu'une révélation primitive, s'est altérée, comme beaucoup d'autres, en plusieurs points, et que cette altération a donné naissance au sabéisme et à plusieurs antres cultes idolàiriqucs ; mais toujours est-il qu'elle a conservé une vérité importante. Le P. Lebrun (tlist. criiiq. des pratiq. tuperttit., liv. i, c. 1) ne craint pus iPamrmer, d'après la Préparation évangélique d'Eusèbe, que les anciens peuples, tout eu abusant des plus grandes vérités, en ont conservé la substance. « Un grand nombre d'anciens monuments, dit-il, ne nous permettent pas de douter qu'ils n'aient retenu

uois articles fondamentaux de la doctrine des patriarches : l'existence de la Divinité, de la Providence, et des esprits Intelligents qui sont ses ministres. Le mal esl qu'Us ont placé ces intelligences presque dans tous les corps. L'est là l'or:gine du rulte rendu à tant de créatures matérielles et réellement inanimées.... Ils ont supposé d'eux-mêmes (surtout Zoroastre ei les philosophes chaldéeus) une. des intelligences animaient les astres, les cléments et presque ions les corps. De là tous ces respects rendus non seulement aux astr. s, mais encore aux animaux. Pela l'invoca ion des anges, l'application

à découvrir quels étaient les génies, bons ou mauvais, qui présidaient aux événements, etc. >

Les saints Pères reproduisent presque unanimement, après l'avoir purifiée, cette tradition antique du gouvernement du momie par les anges.

Nous ne nous anéierons pas à en rapporter les témoignages, qui se trouvent cités longuement dans le traité des anges du Père Pélau el dans Huet, évoque d'Avranches.

Nous voyons de nos jours étendre l'action des anges d'une manière bien plus considérable. M. l'abbé Charvoz et les partisans de VQEuvre de la Miséricorde prétendent que la substance de l'homme est composée non-seulement d'un corps et d'une àme, mais encore d'un esprit déchu. Nous ne discuterons pas longuement cette singulière opinion. Elle est condamnée par le IIe canon du viue concile œcuménique, qui a défini que l'homme n 'a qu'une seule àme. Voici ses expressions : i Quoique l'ancien et le nouveau Testament enseignent que l'homme n'a qu'une âme intelligente et raisonnable, et que telle soit la doctrine de tous les saints Pères et a< cteurs de l'Eglise, quelques-uns ont poussé l'impiété jusqu'à oser enseigner que l'homme a deux âmes. Le saint concile œcuménique, se hâtant d'arracher les racines de cette malheureuse opinion, prononce solennellement anathème contre les inventeurs de celte impiété et contre ceux qui ont des opinions de celte espèce. >

Nous terminerons celte note par un passage de Bossuet qui nous donne une très-haute idée des saints anges : « On les voit aller sans cesse du ciel à la terre, et de la terre au ciel; ils portent , ils interprètent, ils exécutent les ordres de Dieu, et les ordies pour le salut , comme les ordres pour le châtiment, puisqu'ils impriment la marque salutaire sur le front des élus de Dieu ( Apoc. vu, 3 ), puisqu'ils altèrent le dragon qui voulait engloutir l'Eglise (xu, 7), puisqu'ils offrent, sur l'autel d'or, qui est Jésus-Christ, les parfums qui s>nt les prières des saints ( vin, 5 ). Tout cela n'est autre cho>e que l'exécution de ce qui esl dit, que les anges sont esprits administrateurs envoyés pour le ministère de notre salut (llebr. i, 1 i ). Tons les anciens ont cru, dès les premiers siècles, que les anges s'entremettaient dans toutes les actions de l'Eglise (Tertul. de liapt. v, o) : ils ont reconnu un ange qui présidait au baptême, un ange qui intervenait dans l'oblalion et la portait sur l'autel sublime, qui est Jésus-Christ, un ange qu'on appelait l'ange de l'oraison ( Id. de Oral, ri), qui présentait à Uieu les vieux des fidèles ; cl tout cela esl tonde principalement sur le chapitre vin de l'Apocalypse, où l'on verra claire* iiieni .la nécessité de reconnaître ce ministère angélique.

« Les anciens étaient si touchés de ce ministère des anges, qu'Origèire, rangé avec raison par les ministres au nombre des théologiens les | lus sublimes ( Jur. accomp. îles propli., p. 530), invoque publiquement <i d.rectemeiit l'ange ou baptême, et lui recommande un vieillard qui allait devenir enfant de Jésus-Chri-t par ce sacrement ( Urig. H ont. 1, in i.zïch. ) : témoignage de la doctrine du 1.1e siècle, que les vaines critiques du ministre Dsiilé ne nous pourront jama'S ravir.

> Il ne faut point hésiter à reconnaître saint Michel pour delcnseur de l'Eglise, comme il l'était de l'ancien peuple, après le. témoignage de Sailli Jean ( Apoc. xu, 7 ), conforme à celui de Daniel (v, 1"), 21, xu, I). Les protestai) is , qui, par une grossière imagination, croient toujours ûter a Pieu loin

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liques romains, surtout on France, où l'u«age en fut établi par Louis XI, qui ordonna que trois fois par jour, le malin, à midi, et le soir, on sonnerait une c!oche pour avertir les fidèles de réciter cette prière à l'honneur de la sainle Vierge, et pour remercier Dieu du mystère de l'Incarnation. — Elle est composée de trois versets, d'autant d'Ave, Maria, et d'une' oraison par laquelle on demande à Dieu sa grâce et le salut éternel par les mérites de Jésus-Christ. Le nom de cette prière vient du premier verset, Angélus Do-

ce qu'ils donnent à ses saints et à ses anges dans l'accomplissement de ses ouvrages, veulent que saint Michel soit dans fJApocalypse Jésus-Christ même Je Prince des anges, et apparemment dans Daniel le Verbe coi:çu éternellement dans le sein de Dieu (DuMoul., Ace. des Propli., sur le ch. xn, v. 7, p. 173 et 178). Mais ne prendront-ils jamais le droit esprit de l'Ecriture? Ne voient-ils pas que Daniel nous parle du prince des Grecs, du prince des Perses (x, 15, 20), c'est à-dire sans difficulté, des anges qui prési«leiit par l'ordre de Dieu à ces nations ; et que saint Michel est appelé dans le même sens le prince de la Synagogue, ou, comme l'archange Gabr'ul l'explique à Daniel, Michel, votre prince? t l ailleurs, plus expressément : Michel, un grand prince, qui est établi pour les enfants de votre peuple? Et que nous d.t saint Gabriel de ce grand prince? Michel, dit-il, un des premiers princes ( x, 21 ; xn, 1). Est-ce le Verbe de Dieu, égal à sou l'ère, le Ciéaieur de tous les anges, et le Souverain de tous ces princes, qui est seulement un des premiers d'entre eux ? Est-ce là un caracère d gue du Fils de D eu ? Que si le Michel de Daniel n'est qu'un ange, celui de saint Jean, qui visiblement est le même dont Daniel a parlé, ne peut pis être autre chose. Si le dragon et ses anges combattent contre l'Eglise, il n'y a point à s'animer que saint Michel et ses anges la défendent (Apoc. xn, 7). Si le dragon prévoit l'avenir, et redoub e ses efforts contre l'i'glise, lorsqu'il voit qu'i/ lui reste peu de temps pour la combattre là même (12;, pourquoi les saints anges ne seraient ils pas éclairés d'une lumière divine pour prévoir les tentations qui sont préparées aux saints , et les prévenir par leurs secours?

i Quand je vois dans les prophètes, dans l'Apocalypse et dans l'Evangile même, cet ange des Perses, cet ange des Grées, cet ange des Juifs (Dan. x, 15, 20, 21, mi, 1), l'ange des petits enlanls, qui en prend la défense devant Dieu contre ceux qui les scandalisent ( Ma.lh. xvn , 10), l'ange des eaux, fan^e du feu [Apoc. xiv, 18, xvi, 5), et ainsi des autres ; et quand je vois parmi tous ces anges celui qui met sur l'autel le céleste encens des prières ( llebr. vin, 5), je reconnais dans ces p»roles une espèce de médiation des saints anges ; je vois même le fondement qui peut avoir donné occasion aux païens de distribuer leurs divinités dans les éléments et dans les royaumes pour y présider; car toute erreur est fondée sur quelque vérité dont on abuse. Mais à Dieu ne plaise que je voie rien dans toutes ces expressions de l'Ecriture qui blesse la médiation de Jésus- Christ, que tous les esprits célestes reconnaissent comme leur Seigneur, ou qui tienne des erreurs païennes, puisqu'il y a une différence infinie entre reconnaître, comme les païens un dieu dont l'action ne puisse s'étendre à tout, ou qui ait besoin d'être soulagé par des subalternes, à la manièie des rois de la terre, dont la puissance est bornée , et un Dieu qui , faisant tout et pouvant lout, honoie ses créatures, en les associant, quand il lui plaît, et à Ij manière qu'il lui plaîl, à son action 1 >

mini, etc. Elle se nomme aussi le Pardon, parce que plusieurs souverains pontifes y ont attaché des indulgences. Ceux qui regardent celle pratique et plusieurs autres semblables comme des dévotions populaires, sont persuadés sans doute que le peuple seul dnil se souvenir qu'il est chrétien. Remercier Dieu du mystère de l'Incarnation et :fe la rédemption du monde, adorer le Verb^ divin dans le sein de Marie, implorer le secours de cette sainle Mère de Dieu, est certainement une dévotion très-so!ide, de laquelle aucun chréiien ne devrait rougir.

ANGLETERRE. On ne doute plus que les Bretons, ancierfs habitants de l'Angleterre, n'aient été convertis au christianisme sous le pontifical du pape Eleulhère, sur la fin du il* siècle, ou vers l'an 182. On peut en voir les preuves, Vies des Pères et des Martyrs, lom. IV, p. 595, et lom. IX, p. 607. Ceux d'entre les protestants qui contestent ce fait n'agissent que par prévention. Mais au v, les Saxons, les Angles, les Jultes, peuples idolâtres de la basse Germanie, ayant fait une irruption en Angleterre, s'en rendirent les maîtres, et l'an UZk, ils forcèrent les Bretons chrétiens à se retirer dans les montagnes du pays de Galles. — On ne voit pas que ceux-ci aient fait aucune tentative pour convertir leurs vainqueurs ; mais sur la fin du vr siècle, vers l'an 59G, saint Grégoire le Grand envoya en Angleterre le moine Augustin avec plusieurs autres missionnaires, pour amener à la foi chrétienne les peuples de cette île, et celte mission eut le plus grand succès. Hist. de l'Egl. Gallic, t. III, an. 595, 596. — Il ne paraît pas que les Bretons fussent engagés pour lors dans aucune erreur contraire à la foi catholique prêchee par Augustin et par ses collègues; ceux-ci ne leur en reprochèrent aucune d;ins les conférences qu'ils eurent avec eux. Augustin lesexhor ait seulement à se conformer à l'usage de l'Eglise catholique dans la célébration de la Paque, dans l'administration du baptême, et à se joindre à lui pour prêcher l'Evangile aux Anglo-Saxons encore idolâtres. Mais la haine qui régnait entre les deux peuples depuis cent cinquante ans, rendit les Bretons inflexibles ; ils refusèrent de se lier avec les missionnaires. Cette opiniâtreté n'empêcha pas le fruit de la mission; peu à peu l'Angleterre se convertit et redevint chrétienne ; elle a persévéré dans la foi cal Italique jusqu'au schisme de Henri VIII, en 1533.

Avant celle dernière époque, les travaux, les succès, les vertus, les miracles de l'apôtre de l'Angleterre y avaient rendu sa mémoire vén. -rable : il y était honoré comme saint à très-juste titre. Depuis que les Ang'ais ont cessé d'être calhuliques, plusieurs de leurs écrivains se sont appliqués a calomnier la mission de saint Augustin ; et les incrédules modernes n'ont pas manqué d'enchérir sur leurs accusations. — Ils disent : 1° que .celte mission fui un effet (!;• l'ambition de saint Grégoire, plutôt que de sun zèle pour la fui chrétienne ; que so^ printipal motif était d'étendre sur l'Antj'e-

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terre sa juridiction pontificale et sa suprématie, qui jusqu'alors n'y avaient pas été reconnues. Mais il est faux que les Bretons chrétiens eussent jamais méconnu la juridiction des papes. Selon Bède et d'autres auteurs, Lucius, premier roi chrétien des Bretons, s'adressa au pape Eleuthère pour obtenir les moyens d'instruire ses sujets et de les convertir au christianisme. En 429, lorsque saint Germain d'Auxerre et saint Loup de Troyes passèrent en Angleterre pour y étouffer le pélagianisme, le premier était légat du pape saint Célestin. Voy. la Chronique de saint Prosper. Gildns et Bède témoignent que, jusqu'à l'arrivée de saint Augustin et de ses collègues, les Bretons avaient persévéré dans la communion de l'Eglise catholique ; or cette communion ne peut subsister sans reconnaître l'autorité de son chef. 11 est certain d'ailleurs que saint Grégoire avait conçu le projet de convertir les Anglo- Saxons, avant d'être pipe. Hist. de l'tgl. Gallic, ihid. — 2° Us prétendent que les Bretons ne voulurent pas adopter les nouveaux dogmes introduits dans l'Eglise romaine, et enseignés par le moine Augustin, le culte des saints, le purgatoire, la confession auriculaire, etc. La fausseté de ce fait est prouvée par le témoignage de Bède et de Gildas ; le premier atteste formellement que les Bretons reconnurent l'orthodoxie de la doctrine de saint Augustin : tous deux assurent que, depuis la conversion des Bretons, leur foi n'avait reçu aucune atteinte, sinon par l'arianisme et le pélagianisme ; mais ces <îeux hérésies firent peu de progrès parmi eux , et furent promptement étouffées. — 3° Quelques-uns ont dit que le missionnaire Augustin aurait beaucoup mieux fait d'inspirer aux Anglo-Saxons des remords de leurs usurpations, et de les engager à restituer aux Bretons ce qu'ils leur avaient enle\é. A cela nous répondons qu'une conquête, faite depuis cent cinquante ans, ne pouvait pas donner aux Anglo-Saxons des remords fort efficaces; que quand ils en auraient eu, ils ne pouvaient pas ressusciter les Bretons que leurs pères avaient massacrés, ni leur rendre ce qui leur avait été pris. Par la même raison, ceux qui convertirent les Francs ne les engagèrent point à restituer les Gaules aux Romains, et ceux qui avaient converti les homains ne leur imposèrent point l'obligation de faire des resliiulions à toutes les nations de l'univers. Mais nos moralistes sévères devraient prouver aux Anglais actuels la nécessité de dédommager les Américains des torts qu'ils leur ont faits, et surtout de réparer les cruautés horribles que l'avarice leur a fait commettre dans les Indes. — h' Pour atténuer le mérite des travaux de saint Augustin, l'on a supposé que rien n'était plus aisé que de convertir au christianisme les Anglo- Nixous , puisque la reine Bertlic, épouse <i Ethelbert, roi de Kent, était chrétienne ; que tous les succès d'Augustin se bornèrent à convertir ce petit royaume. Malhcureusc- Uitui ce reproche est contredit par un autre

que l'on fait encore à ce saint missionnaire : on dit qu'il se laissa intimider d'abord par le récit que lui firent les évéques des Gaules de la difficulté de convertir les Anglo-Saxons, de leur férocité , de leur perfidie , de leurs mœurs. Ces évéques devaient en savoir quelque chose, et ces obstacles sont prouvés par les témoignages de Gildas et de Bède. Il est cependant certain que le christianisme transforma les Anglo-Saxons, les civilisa, leur donna d'autres mœurs, leur inspira les plus grandes vertus : dans la suite, V Angleterre fut appelée Vile des Saints. Si saint Augustin ne convertit que le royaume de Kent, ses collègues réussirent de même dans le reste de l'Angleterre. — 5° L'on a écrit qu'au lieu de donner aux Anglo-Saxous de vraies vertus, Augustin et ses coopérateurs ne leu.avaient inspiré que la bigoterie, les dévotions minutieuses, le goût du monachisme, etc. ; que jusqu'à la réformation les Anglais avaient été le peuple le plus superstitieux de l'univers. Mais il y a encore lieu de douter si, depuis la bienheureuse té formation, les Anglais sont radicalement guéris de toute superstition. Ceux qui les ont observés de près n'en conviennent point ; nous n'avons pas moins sujet de douter si leurs mœurs sont plus pures et leurs vertus plus héroïques que sous le catholicisme ; de l'aveu de leurs propres écrivains, ils ont égalé dans le Bengale les cruautés dont les Espagnols s'étaient rendus coupables en Amérique, et il ne paraît pas qu'ils soient fort scrupuleux observateurs du droit des gens. Voyez Y Etat civil, politique et commerçant du Bengale, par M. Bolts; le Zend-Avesla , t. I, i" partie, p. 12 \ les Voyages de M. Sonnerat, I. i, c. 1. Nous voudrions pouvoir oublier que, parles exploits des réformateurs, les plus riches bibliothèques de Y Angleterre ont été réduites en cendres, afin d'anéantir tous les monuments du papisme.

Le docteur Leland, quoique anglican zélé, prétend que tous les vices se sont introduits parmi ses compatriotes avec l'irréligion. L'auteur de Y Histoire des établissements des Européens dans les Indes reconnaît que tou; les principes de probité, d'honneur, d'amour du bien public, sont étouffés chez les Anglais par l'avidité qu'inspire l'esprit de commerce ; Richard Steele, dans une épîlre satirique au pape Clément XI, soutient que leur fanatisme est toujours le même. « 11 est vrai, dit-il, que nous n'avons pas aujourd'hui le pouvoir de brûler les hérétiques, comme les premiers réformateurs ; mais à cela près nous employons toujours les mêmes violences; nous persécutons, uous tourmentons, nous emprisonnons et nous ruinons tout homme qui prétend eu savoir plus que ses supérieurs : et plus cet homme est d'un caractère irréprochable, plus nous croyons qu'il est nécessaire de se servir de ces sortes de rigueurs contre lui.... Sur la fin de janvier et au commencement de février, un nous anime extraordinairement les uns contre les autres, parce qu'il est arrivé, il y a plus de soixante ans , que nos ancêtres

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étaient de grands scélérats, et l'on croit qu'on ne saurait irop insister sur un sujet si beau de génération en génération, et que l'on devrait même en parler depuis le commencement de l'année jusqu'à la fin. Un autre sujet d'enthousiasme est le danger de la pauvre Eglise, danger qui s'accroît toujours à mesure que le crédit et les espérances des catholiques augmentent. J'ai vu le temps que la figure d'une église faite de carton, plantée si arlificieusement au bout d'un bâton qu'elle paraissait chanceler, représentait le danger de notre pauvre Eglise; portée d'un air triste et lugubre devant un vénérable ecclésiastique, aux élections des membres du parlement, elle pissait pour un remède souverain contre ses ennemis, elle avait la vertu de les chasser du champ de bataille tout confus. J'ai vu même que le nom d'Eglise ou de Haute-Eglisr, prononcé avec emphase, et répété un certain nombre de fois, a pu changer l'air et la voix d'une multitude innombrable, lui donner un aspect hideux et farouche, agiter les cœurs, faire enfler les veines comme par une espèce de frénésie. J'ai vu en même temps que ce nom prononcé d'un air touchant et pathétique, les yeux et les mains vers le ciel, a pu changer les mensonges en vérités, un scélérat en un saint, et un perturbateur du repos public en une divinité tutélaire. Par un privilège singulier, les hommes attaqués de celte maladie ont acquis le droit de pénétrer les jugements de Dieu, et de les appliquer à leur prochain ; s'il arrive un fléau de la nature, ou un autre malheur public, ils savent à point nommé pourquoi Dieu l'envoie, quel est le crime qu'il a dessein de punir; et ce n'est jamais contre leurs propres crimes qu'il est irrité, c'est toujours contre ceux des autres, elc. »

Si quelqu'un s'est laissé séduire par les tableaux pompeux que nos écrivains modernes nous ont faits des heureux effets que la réforme a produits en Angleterre, nous linvilons à lire un ouvrage intitulé : La Conversion de /'Angleterre au christianisme , comparée avec sa prétendue Réformation , in-8% Paris, 1729.

Les historiens protestants ont abusé de la crédulité de leurs lecteurs, lorsqu'ils ont voulu persuader que la cause du schisme de VAnyleterre, en 1533, fut l'autorité excessive, ou plutôt la tyrannie que le pape exerçait sur ce royaume ; cette prétendue cause n'avait pas lieu en France ni dans les pays du Nord, et l'hérésie ne laissa pas de s'y établir. Il est de toute notoriété que la cause de la rupture lut le refus que fit Clément Vlll de déclarer nul le mariage d'Henri Vlll avec Catherine d'Aragon, et d'accorder à ce prince la liberté d'épouser Anne de Boleyn, de laquelle il éiail épris ; puisqu'avant d'avoir conçu celle passion, Henri Vlll avait écrit lui-même contre Luther en faveur de la juridiction et de l'autorité du pape. Les moyens dont on se servit ensuite pour détruire la religion on Angleterre, ne furent pas plus légitimes ni plus honncles que le motif : on y employa l'imposture, la calomnie, la violence

et les supplices. M. Bossuet, dans son Hist. des Variât., t. II, 1. vu, a mis ce fait dans la dernière évidence, et l'a prouvé par le propre aveu des protestants; aucun d'eux ne sera jamais en état de le convaincre de faux. L'auteur de la Conversion de l'Angleterre, etc., a fait de même. — Mosheim, dans l'impuissance de contester celte vérité, est convenu que les auteurs de cette révolution agirent souvent d'une manière violente, téméraire et précipitée; que plusieurs de ceux qui y eurent part agirent plus parpassion et par intérêt que par zèle pour la véritable religion. Hist. ecclés. duwv siècle, sect. 1, c. k, § \k. David Hume, dans son Hist. des maisons de Tudor et de Stuart, a posé pour principe que, si la superstition est le caractère de la religion romaine, le fanatisme a été relui de la prétendue réformation. Le traducteur de Mosheim, fâché de cet aveu, a voulu prouver le contraire, t. IV, p. 138 et suiv. Mais, au lieu de détruire ce fait, il l'a plutôt confirmé, puisqu'il a été forcé d'avouer que le fanatisme eut beaucoup de part à la conduite de plusieurs de ceux qui embrassèrent la réformation, p. W* ; que l'on abusa souvent de la-liberlé qu'elle introduisit; que l'ardeur des premiers réformateurs fut plus ou moins violente, plus ou moins mêlée avec la chaleur et la vivacité des passions humaines, p. 146 ; que le zèle des réformateurs fut quelquefois excessif, p. 150; que peut-être les emportements de Luther furent l'effet de son ressentiment et de l'ardeur de son caractère, etc., p. 153. Ce n'était donc pas la peine de disputer contre David Hume, puisque l'on se trouve réduit à lui accorder ce qu'il a dit.

La question est de savoir si des hommes conduits par le fanatisme, par la chaleur des passions, par l'amour de la nouveauté, et non de la vérité, étaient fort propres à réformer l'Eglise de Dieu, et s'il est probable que Dieu ait voulu se servir de pareils instruments. Nous verrons dans l'article suivant que la religion anglicane porte encore l'empreinte des mains qui l'ont formée, des motifs dont ses fondateurs furent animés, et des moyens dont ils se servirent. Une preuve que les Anglais n'étaient pas fort zélés pour la vérité, c'est qu'ils changèrent (rois fois de religion en douze ans. A la mon d'Henri Vlll, ils tenaient encore à la foi catholique; en 15i7, sous Edouard VI, ils dressèrent une profession de foi moil.é luthérienne, moitié calviniste ; sous le règne de Marie, en î'âoï, ils redevinrent catholiliques ; en 1559, sous le règne d'Elisabeth, le protestantisme fut rétabli.

Quoique l'on ait répandu des torrents do sang pour cimenter cette religion nouvelle, il s'en faut beaucoup qu'elle ait été généralement adoptée en Angleterre ; pendant que le gouvernement, les grands du royaume et une partie de la nation embrassaient ce mélange de lulhérianisme et de calvinisme, avec quelques faibles restes de catholicisme, que l'on nomme la religion anglicane, une autre partie s'attachait aux sentiments de Calvin,

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rejetait (ont le reste, et formait la scclc decem que l'on nommcpresbytériens et puritains. -ces deux factions se sont fait pendant longtemps une guerre cruelle; et si l'une des deux s'était trouvée assez forte, elle aurait exterminé l'autre. Après bien des combats, eles se sont reposées par lassitude, el elles ont été forcées de se tolérer mutuellement. — Dans le sein de ces deux sectes, il s'en est formé une infinité d'autres , comme les quakers ou trembleurs, les bernhutes ou frères moraves, les méthodistes, les anabaptistes, les sociniens, les brownistes ou indépendants, etc. Ainsi le christianisme, en Angleterre , est divisé en deux: partis principaux; l'un est retui des épiscopaux, que l'on appelle aussi V Eglise anglicane, ou la Haute-Eglise ; l'autre, celui des non-conformistes , ou séparatistes, qui comprend les presbytériens, puritains ou calvinistes rigides, et toutes les autres sectes dont nous venons de parler, sans en exclure même les catholiques, qui sont encore en assez grand nombre. — En 1716, plusieurs Anglais et quelques Ecossais avaient formé un concordat entre eux pour s'unir à l'Eglise grecque ; mais ce projet n'eut aucune suite. Les Grecs n'y auraient certainement pas consenti, à moins «lue les anglicans n'eussent changé leur croyance sur un très-grand nombre d'articles.

Quoique nos écrivains aient beaucoup vanté la tolérance établie dans ce royaume, !a r ligion catholique y a toujours été gênée par des lois très-sévères. Jusqu'à nos jours un catholique ne pouvait posséder aucune charge, ni entrer au parlement, sans avoir prêté le serment du test, par lequel on abjurait le dogme de la transsubstantiation et de la juridiction spirituelle du pape. Ce serment a été aboli depuis peu par un décret du parlement, et changé en un simple serment de fidélité, qui n'a aucun rappori à la religion ; mais ce té condescendance du gouvernement anglais a échauffé la bile des puritains, surtout en Ecosse, où ils sont la secte dominante.

Mosheim, dans son llist. ceci, du xvnr siècle, déplore le nombre des incrédules qui ont paru en Angleterre, et les effets pernicieux de leurs ouvrages; il pré lit que cette contagion pénétrera bientôt dans toutes les contrées de l'Europe, surtout dans celles où la réformation a introduit un esprit de liberté : il était aisé en effet de le prévoir. Ce sont les déistes anglais qui ont été les précepteurs de nos philosophes anlichréliens,et c'est un mauvais service que nous ont rendu nos voisins; il ne fait pas plus d'honneur à ['Angleterre qu'à la prétendue réformation. ANGLICAN. On appelle religion anglicane celle qui est autorisée eu Angleterre par les lois, pour la distinguer de celles qui y sont seulement tolérées. De toutes les communions chrétiennes non catholiques, les anglicans sont ceux qui s'écartent le moi ut de la croyance de l'Eglise romaine; ils en rejettent cependant un grand nombre d'articles essentiels. Ausii les autres protestants leur

reprochti.il de pencher toujours au papisme, d'en avoir conservé de trop grands reste*, et de n'avoir fait la réforme qu'à moitié. 11 n'est pas toujours aisé aux théologiens anglicans de se défendre, de montrer pourquoi ils se sont arrêtés en chemin, pourquoi ils ont retranché tel article el en ont retenu tel autre.

Dans la révolution qu'a subie la religion en Angleterre, il faut distinguer quatre époques principales. La première sous Henri VIII, lorsque ce prince, pour secouer le joug du saint-siége el de l'Eglise romaine, se déclara chef souverain de l'Eglise anglicane, el défendit de reconnaître aucune autorité spirituelle ou temporelle que la sienne. Il ne t ucha néanmoins ni aux autres points de doctrine, ni au culte extérieur établi dans l'Eglise catholique. — La seconde sous EdouarJ VI, son fils et son successeur. Après que les partisans de Luther et de Calvin eurent semé leurs erreurs parmi les Anglais, il fui décidé par acte du parlement, en 15V7, que l'on réformerait la discipline ecclésiastique el la forme du culte : c'est ce qui fut exécuté en 15i8; mais on ne convint pas encore d'un formulaire de doctrine ou d'une profession de foi. — La troisième sous la reine Marie, sœur d'Edouard, et qui lui succéda. Celte princesse, zélée catholique, fit casser en 1533 l'acte précédent, et fit rétablir le catholicisme. — Enfin , sous la reine Elisabeth , autre fille de Henri Vlll , qui avait été élevée dans les opinions des protestants, le parlement, l'an 1559, renouvela tout ce qui avait été fait sous Edouard VI . et proscrivit de nouveau le catholicisme. Mais la confession de foi anglicane ne fui dressée que trois ans après, dans un synode tenu à Londres en 15G2. Ou la trouve dans le Recueil des confessions de foi des Eglises réformées, p. 99 ; elle contient trente-neuf articles. Dans les cinq premiers, l'on fait profession de croire la Trinité, l'Incarnation , la d2sccnte de Jésus-Chrisl aux enfers, sa résurrection, la divinité du Saint- Esprit. Dans les Irois suivants, on reçoit comme enoniques lous les livres du Nouveau Testament; l'on exclut de l'Ancien les livres de Tobie, de Judith, une partie de celui d'Eslber, la Sagesse, l'Ecclésiastique, lîaruch, quelques chapitres de D miel et les deux livres des iMachabécs; l'on décide que tout co qui n'est pas contenu dans l'Ecriture sainte n'est point nécessaire au salut. Dans le 8r article, on reçoit le symbole des apôlres, celui du concile de Nicêe et celui de saint Alhanase.

Déjà l'on peut demander aux anglicans pourquoi ils rejettent ces livres dans l'Ancien Testament , pendant qu'ils admettent l'Epîlie de saint Jacques, celle de saint Jude el l'Apocalypse, que les calvinistes regardent comme apocryphes, précisément pour bs mêmes raisons. Les socinieus leur soulienm ni que ce qui e>t contenu dans le symbole de sainl Alhanase ne peut pas lire prouvé par l'Ecriture sainte. Aussi, dans la Gazette <le France du vendredi 7 mars I7M<>, ou nous annonce qu'une bonne partie des

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Américains anglicans ont retranché de leur office le symbole de saint Athanase, cl ont ôlé de celui des apôlres : 11 est descendu aux enfers.

Dans le 9e article et les suivants, il est décidé que tous les hommes naissent souillés du péché originel, qu'ils ont cependant un libre arbilre, mais qu'ils ne peuvent faire aucune bonne œuvre sans le secours prévenant de la grâc »; que l'homme est justifié par la foi seule. Ce dernier dogme est néanmoins formellement contraire à ce que dit saint Jacques, c. il ; et les deux articles précédents ne sont point admis par les sociniens. — Nous ne savons pas par quel texte de l'Ecriture sainte on peut prouver que toutes les œuvres faites sans la foi en Jésus- Christ sont des péchés, article 13; saint Paul ilécide le contraire [Rom. il, 14). Ou rejette, article 14, les œuvres de surérogation comme une impiété, en donnant un sens f lux et absurde à ce terme. Voy. Surérogation.

L'article 1G porte que l'on peut obtenir la rémission des péchés par la pénitence, et il condamne l'opinion de l'inamissibili é de la justice, soutenue par les calvinistes. Le 17e admet la prédestination ; mais il avertit qu'il n'y faut pas penser, de peur de tomber dans la présomption ou dans le désespoir. Le 18e décide que l'on ne peut pas être sauvé sans connaître Jésus-Christ. Selon le 19e, l'Eglise est l'assemblée des tidèles où la pure parole de Dieu est prêchée et où les sacrements sont bien administrés : d'où l'on conclut que l'Eglise romaine est dans l'erreur, quant au dogme, à la morale et au culte extérieur. Cet article est-il fort essentiel au salut? est-il clairement révélé dans l'Ecriture sainte? Suivant le 20e et le 21e, l'Eglise ne peut rien décider ni rien établir que ce qui est porté dans l'Ecriture sainte; les conciles, même généraux, peuvent se tromper et se sont souvent trompés en effet. Le 22e rejette la doctrine de l'Eglise romaine touchant le purgatoire, les indulgences, la vénération et Vadoration des images, des reliques, et l'invocation des saints. On voit bien que le terme ti1 adoration est affecté là par malignité. Il est décidé, dans le 23% que la mission est nécessaire pour prêcher et pour administrer les sacrements; que la mission est légitime quand elle est donnée par ceux qui ea ont le pouvoir; mais on ne dit point à qui ce pouvoir appartient, si c'est au roi, comme chef de l'Eglise anglicane, ou si c'est au clergé. Cet article était délicat : il est depieuré indécis. Le 24e veut que la liturgie soit célébrée en langue vulgaire. Les sacrements, selon le 25', sont les signes efficaces de la grâce, par lesquels Dieu excite et confirme notre foi en lui; il n'y en a que deux, savoir : le bap ême et la cène. On rejette les autres, parce que ce ne sont pas , dit-on , des signes visibles institués de Dieu; et cependant l'on avoue que quelques-uns sont une imitation de ce qu'ont fait les apôtres : il faut donc que les apôtres aient fait ce que Jésus-Christ ne leur avait pas commandé? 11 est évident que celte définition des sacrements est louche et cap-

tieuse, imaginée dans le dessein de concilier, s'il était possible, l'opinion des protestants avec la croyance de l'Eglise romaine. Con&équemment il est dit, article 27, que le baptême n'est pas seulement un signe de la profession du christianisme, mais un signe de régénération, le sceau de noire adoption, par lequel la foi est confirmée et la grâce augmentée , par la vertu de l'invocation divine. Mais si la grâce est augmentée, elle élail donc déjà dans l'âme du fidèle avant le baptême? En quel sens le baptême est-il une régénération? Ce même article veut que l'on baptise les enfants. Le 28e est encore plus inintelligible. 11 porte que, pour ceux qui reçoivent la cène avec foi, le pain que nous rompons est la communication du corps de Jésus-Christ; et que le calice bénit est la communication du sang de Jésus-Christ. Ce sont les paroles de saint Paul: mais on ajoute que le corps de Jésus-Christ est donné, reçu et mangé seulement d'une manière c leste et spirituelle; que le moyeu par lequel cela se fait est un objet de foi ; que ceux qui n'ont pas une foi vive ne sont pas participants de Jésus-Christ en aucune maniée, article 29. Voilà ce que saint Paul n'a pas dit. Ce même article réprouve la transsubstantiation, et l'usage de garder, de porter, d'élever et d'adorer le sacrement de l'Eucharistie; et le 30e décide qu'il faut communier sous les deux espèces. Les rédacteurs de ces articles auraient voulu trouver un milieu entre l'opinion des luthériens et celle des calvinistes : on voit comment ils y ont réussi ; à la vérité, les luthériens s'expriment aujourd'hui de même.

Voy. Euchahistie. Dans le 31% ils rejettent la doctrine catholique touchant le sacrificede la messe, comme un blasphème. Dans le 32% il est décidé que les évoques, les prêtres et les diacres peuvent se marier; dans le 33% que les excommunications sont valides; dans le 34% que pour le bon ordre U faut se conformer aux usages et aux cérémonies établies par autorité publique, niais que chaque Eglise peut les instituer, les changer ou les abolir à son gré. Le 35e donne la sanction aux homélies publiées sous Edouard VI, et !•' 36e au pontifical pour les ordinations, rédigé sous le môme règne. Le 37e déclare que le roi d'Angleterre jouit de l'autorité suprême sur tous ses sujets; que tous, môme les ecclésiastiques, doivent lui être soumis dans toutes les causes, et qu'il n'est soumis luimême à aucune juridiction étrangère; que le pape n'a aucune juridiction en Angleterre. On ajoute cependant que l'on ne prétend pas attribuer au roi l'administration de la parole de Dieu ni des sacrements; soit : on lui attribue du moins le privilège d'accorder, de limiter, ou d'ôler ce pouvoir à qui il jutre a propos. — Les articles suivants condamnent la doctrine des anabaptistes touchant les peines capitales, la guerre et la profession des armes, la communauté des biens et les serments.

Pour peu qu'un théologien soit instruit et sente la valeur des termes, il voit que celle confession de foi, dans la plupart de» article-.,

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est captieuse, équivoque, dictée par l'intérêt politique et par les circonstances, plus propre à perpétuer les disputes qu'à les éclaircir. Aussi s'en faut-il beaucoup que la doctrine, les usages, la discipline des anglicans, soient d'accord avec leur confession de foi; et cette contradiction leur est continuellement reprochée par ceux qu'ils appellent non- conformistes. Il est aisé d'ailleurs de la prouver en comparant colle confession de foi avec le plan de la religion anglicane, lel qu'il est tracé dans un livre intitulé : Regni Angliœ sub imperio reginœ Elisabethœ religio et gubernatio ecclesiastica, in- 4°, Londini, 1719, et dédié à Georges 11 ; pièce authentique, s'il en fut jamais. — En effet, suivant les 20e et 21e chapitres de la confession , l'Eglise ne peut rien décider et rien établir que ce qui est enseigné dans l'Ecriture sainte; les conciles, même généraux, peuvent se tromper, et se sont tron pés en effet; et dans le plan de religion, ir' partie, chapitre l,on fait profession de recevoir comme authentiques, ou comme faisant autorité, les trois symboles, les quatre premiers conciles , les sentiments des Pères des cinq premiers siècles; c. 4-, on dit que les décrets de ces conciles ont été acceptés et confirmés par les états du royaume d'Angleterre. Ces états ont donc accepté et confirmé des décrets de conciles qui onl pu se tromper, et qui se sont trompés en effet. — Chapitre 5 de ce même plan, on reconnaît que ce s;>nl les Pères des cinq premiers siècles qui nous ont désigné les livres canoniques de l'Ecriture, qui nous ont transmis l'histoire ecclésiastique, et qui ont réfuté les hérésies de leur temps. Mais si ces Pères se sont trompés , comment sommes-nous sûrs du jugement qu'ils ont porté louchant le nombre des livres canoniques? Les calvinistes les chargent de mille erreurs, et les anglicans n'ont pas pris la peine de les justifier : ils ont laissé ce soin aux catholiques. Chapitre 6, on déclare que les hérétiques doivent être punis par les censures ecclésiastiques et par les supplices que leur indigent les lois civiles. Mais qui a droit de juger que tel homme est hérétique? On ne le dit pas, el nous demandons vainement comment cela s'accorde avec la prétendue tolérance des Anglais. — Dans le chapitre 7, les catholiques sont accusés de se dévouer à Dieu par une foi non écriie; d'adorer ce qu'ils ignorent dans les reliques, dans les hosties, dans les images; de prier dans une langue inconnue; de prier les saints plus souvent que 'ésus-Christ ; de se prosterner devant les "mages; de retrancher la moitié de l'Eucharistie; d'avoir inventé la transsubstantiation, le purgatoire , le mérite des bonnes œuvres ; de renouveler le sacrifice de Jésus-Christ pour les vivants el pour les morts; de prétendre qui; l'Eglise romaine a de droit divin la juridiction sur toutes les autres. Sans relever la manière captieuse dont plusieurs de ces articles sont représentés ou travestis, il n'en est aucun que nous ne prouvions par le sentiment des conciles et des Pères des cinq premiers môcIcs : les luthériens cl les calvi

nistes n'en disconviennent pas , mais ils disent que cela ne suffit pas sans l'Ecriture sainte. Voilà un point de dispute sur lequel nos adversaires ne s'accorderont jamais. — Cependant, chapitre 8, les anglican* font profession d'être unis à toutes les Eglises protestantes el à toutes les Eglises chrétiennes. Nous voudrions savoir en quoi peut consister cette union, qnand on n'a ni la même foi, ni le même culte, ni la même discipline.

Outre la liturgie anglicane, que l'on peut voir dans le P. Lebrun, Expiant, des cérém. de la Messe, tom. VII, p. 53, les anglicans ont conservé l'office ecclésiastique du malin et du soir, les psaumes, les cantiques, les leçons , la confession générale des péchés et l'absolution, la doxologie, les alléluia, le Te Deum, le symbole des apôtres et celui de saint A1 hanase, les litanies, desquelles ils ont retranché les noms des saints, c. 12 et suiv. Ils administrent le baptême comme dans l'Eglise romaine, mais sans exorcismes et sans onctions. Leurs évêques donnent la confirmation par l'imposition des mains , avec une prière. Dans l'office des morts, ils demandent à Dieu de ne pas nous livrer aux supplices élernels, et d'accorder à tous les fidèles la félicité du corps el de l'âme; ils disent la prière Kyrie, eleison.

Dans la seconde partie de ce plan, le gouvernement ecclésiastique d'Angleterre est représenté en seize tables. La première attribue au roi l'autorité suprême dans toutes les matières ecclésiastiques, et beaucoup plus de pouvoir que nous n'en donnons au pape. La seconde et les suivantes règlent le pouvoir, les fonctions, la juridiction des archevêques et des évêques; il y est question de bénéfices en litre el des différentes espèces de biens ecclésiastiques.

La troisième partie établit la discipline qui regarde les simples fidèles, les fêtes, les jeûnes, l'abstinence. Nous y voyons Pâques, la Pentecôte, la Trinité, tous les dimanches, la Circoncision de Noire-Seigneur, l'Epiphanie, l'Annonciation, l'Ascension, Noël, la Toussaint, les fêtes des apôtres, des évangélistes„ de saint Jean-Baptiste, de saint Etienne, des Innocents. On nous avertit que tous ces jours sont consacrés à Dieu seul, comme si quelqu'un avait jamais enseigné le contraire. On y conserve le carême, les jeûnes des vigiles, l'abstinence des vendredis cl samedis, les Quatrc-Temps , les Kogalions ; mais l'on comprend que les anglicans ne sont pas forl scrupuleux sur loutes ces observances : l'exemple des autres sectes qui les méprisent a prévalu sur la règle. Dans les cathédrales, il y a des lecteurs, des chantres, des vicaires, des chanoines, un sous-doyen, un trésorier, un chance. ier, un préchantre, un doyen. Mais les synodes provinciaux ne peuvent rien statuer que sous l'autorité du roi.

Ainsi, en conservant un certain extérieur de religion, cl en défigurant la doctrine catholique, les réformateurs anglicans onl fasciné les veux du peuple el l'ont entraîné dans le icbisme; les ennemis du rlcrgéd'An-

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glelerre ne cessent de lui insulter à ce sujet. Si d'un côté les anglicans soutiennent que l'Ecriture sainte est la seule règle de foi, de l'autre ils s'attribuent le droitde l'interpréter et d'en fixer le vrai sens. « Il n'y a, dit Richard Steele à Clément XI, d'autre différence entre vous et nous, par rapport aux fondements de la doctrine, de la hiérarchie, du culte et de la discipline, que celle-ci : c'est que vous ne sauriez errerdans vos décisions, et que nous n'errons jamais ; c'est-à-dire, en d'autres termes, que vous êtes infaillible, et que nous avons toujours raison.... Ainsi, le synode de Dordrecht (dont les décisions sûres et certaines sont célébrées tous les trois ans dans ce pays-là par un jour solennel d'actions de grâces); ainsi, les synodes nationaux des églises réformées en France, l'assemblée générale de l'Eglise presbytérienne en Ecosse, et, si j'ose la nommer, la convocation du clergé d'Angleterre, ont tous eu également cette autorité inconteslable que votre Eglise s'attribue, et les peuples ont été obligés d'obéir à leurs décrets avec autant de soumission que l'on en a ptrmi vous pour ce qui part d'une infaillibilité absolue... En même temps que nous soutenons avec chaleur, contre vos controversistes, que les peuples ont droit d'examiner et d'éplucher eux-mêmes les Ecritures, nous avons soin de leur inculquer, dans nos instructions particulières, qu'ils ne doivent pas abuser de ce droit, qu'ils ne doivent pas prétendre être plus sages que leurs supérieurs, et qu'il faut qu'ils s'étudient à entendre les textes particuliers dans le même sens que l'Eglise les entend, et que leurs guides, qui ont Vautorilé interprétative, les expliquent. Nous réussissons aussi bien par cette méthode, que si nous défendions la lecture de l'Ecriture sainte.... Et quoique, par nos paroles, nous conservions à l'Ecriture sainte toute sa dignité, nous avons cependant l'adresse d'y substituer réellement nos propres explications et des dogmes tirés de nos explications, etc. » Ainsi en agissent toutes les sectes protestantes. Thomas Gordon leur fait le même reproche, Esprit du Clergé, p. kl. — En second lieu , selon le même principe , les anglicans n'admettent point l'autorité de la tradition; mais, dans leurs disputes avec les puritains et avec les sociniens, ils sont forcés d'employer le témoignage des Pères ou la tradition, pour montrer le sens des passages que ces sectaires entendent comme il leur pliait. Un théologien anglican a très-bien réfuté le livre de Daillé, De vero usa Palrum. C'est principalement par la tradition qu'ils .sou<icnnent l'institution divine de l'épiscopal, la supériorité des évéques sur les simples prêtres, l'usage apostolique du carême, etc. Ainsi, ils se fondent sur la tradition lorsqu'elle leur est favorable; ils l'abandonnent lorsque nous nous en servons pour leur prouver les dogmes catholiques auxquels ils ont renoncé. — En troisième lieu, il en est de même de la mission et de la succession des pasteurs. Vous ne pouvez, leur dit-ou, tenir celle succession et celle mission

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que des pisteurs de l'Eglise romaine; s'ils ont été capables de vous la transmettre, à plus forte raison l'ont-ils conservée pour eux : les ûdèles leur doivent donc la mémo docilité que vous exigez pour vous-mêmes; ils sont donc aussi assurés de leur salut en écoutant les pasteurs catholiques , qu'en vous écoutant vous-mêmes. Où était donc pour eux la nécessité de faire un schisme pour vous suivre? Vous dites que la doctrine des pasteurs catnoliques est fausse ; mais ils soutiennent que c'est la vôtre ; le simple fidèle doit plutôt les croire que vous; il doit présumer que la mission est plutôt chez eux qui sont le tronc que chez vous qui n'êtes que les branches, el que la vérité réside dans la source plutôt que dans le ruisseau qui en vient. C'est encore l'objection que leur fait Gordon, pag. 52. Aujourd'hui les mécréants anglais font à leur clergé les mêmes reproches que les réformateurs onl faits à celui de l'Eglise romaine, lorsqu'ils lui onl contesté le droit d'enseigner, et qu'ils s'en sont séparés. — En quatrième lieu, Gordon prouve, par les actes les plus solennels du parlement d'Angleterre, que l'Eglise anglicane, sa constitution, son clergé, tous les pouvoirs et les privilèges de celui-ci sont l'ouvrage de la puissance civile et qu'il tient tout d'elle ; que tous ses membres l'on ainsi reconnu, et se sont obligés par serment à le soutenir ainsi; que ces mêmes actes attribuent au roi tout pouvoir el toute autorité tant ecclésiastique que civile, le droit de réformer et de corriger toutes les erreurs, les hérésies el les abus; qu'en conséquence c'est la puissance civile qui a donné la sanction au livre de la liturgie, au rituel et à la formule d'ordination pour les ministres de l'Eglise. 11 dit que, dans le temps de la réforme, l'archevêque Cranmer avouait que l'ordination des évéques n'était qu'une institution civile, par laquelle ou parvenait à un office ecclésiastique; aucun membre du clergé anglican n'aurait alors osé soutenir le contraire. Tous furent forcés de jurer el de signer cette doctrine, p. 52 el 106 ; autrement, en vertu de l'arrêt du parlement de 15V7, ils auraient été punis comme criminels de lèse-majesté. David Hume , Hist. de la maison de Tudor, an 15V7; Hcylin, Burnet, elc.

C'est donc contre toute vérité qu'il est dit dans la confession de foi anglicane que l'on n'attribue point au roi le pouvoir d'administrer la parole de Dieu et les sacrements. Si le roi n'a pas ce pouvoir, comment peut-il le donner? Corriger les erreurs el les hérésies, approuver la liturgie et le rituel, prescrire les formules de prières et d'ordinations, n'est-ce donc pas administrer la parole de Dieu? C'est encore une absurdité de nommer mission une institution purement civile, et hiérarchie ou pouvoir sacré, un pouvoir émané de l'autorité civile. Les apôtres ont prétendu tenir leur mission el leurs pouvoirs, non des puissances de la lerre , mais de Jésus-Christ; par l'imposiiion des mains, ils ont voulu donner une grâce et une autorité spirituelle et surnaturelle, cl noa un office

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civil. Sciiul Paul dit aux évéques qu'ils ont élé établis , non par las princes et les magistrats, mais par le Saint-Esprit, pour gouverner l'Eglise de Dieu. Aet.% c. xx, v. 28. Le pouvoir de remettre les péchés, de lier et de délier dans le ciel cl sur la terre, que Jésus-Christ a donné à ses apôtres, n'est certainement pas un pouvoir civil. Les théologiens anglicans nomment avec emphase les droits divins de l'épiscopat, et ils font dériver ces droits et celte dignité de la puissance royale : ces droits ne sont donc pas plus divins que ceux d'un juge, d'un oHieier militaire ou d'un financier; tous ces droits sont de môme nature, puisqu'ils sont émanés de la même source. — Aussi le concile de Trente a décidé que ceux qui ont été appelés et institués au ministère ecclésiastique par le peuple, par la puissance séculière, ou qui s'y sont ingérés d'eux-mêmes, ne sont point devrais ministres de l'Eglise, mais des voleurs et des usurpateurs, sess. 23. c. 4.

Si le P. Le Courrayer, génovéfain, réfugié en Angleterre, avait élé mieux instruit, probablement il n'aurait pas entrepris, en 1723 et 1726, de soutenir la validité des ordinations anglicanes. Celte question en renferme deux, l'une de fait, l'autre de droit. La question de fait est de savoir si Mallhicu Parker, prétendu archevêque de Cantorbéry, et tige de tout l'épiscopat d'Angleterre, a reçu ou n'a pas reçu l'ordination épiscopale , par conséquent s'il a pu ou n'a pas pu ordonner validemenl d'autres évoques. La question de droit est de savoir si la forme d'ordination, prescrite par le rituel unylicun dressé sous Edouard VI, et encore actuellement suivie, est vaiide ou non.

Sur la première question, il faut savoir que, depuis l'an 1559, époque delà consommation du schisme de l'Angleterre, sous la reine Elisabeth, non-seulement les Anglais catholiques, mais les presbytériens et les autres non-conformistes, ont constamment soutenu aux anglicans, que l'épiscopat ne subsistait plus parmi eux; que Parker n'a jamais élé valideraient ordonné, puisque Barlow, évèque de Saint-David, et ensuite de Chichesler, prétendu consecrateur de Parker, ne l'avait pas élé lui-même. Plusieurs ont posé des faits, desquels il résulte qu'il n'a pu l'être; quelques-uns ont avancé qu'il avail ordonné Parker dans une auberge de Londres. On sait d'ailleurs que, selon la doctrineélabliepour lors, le brevelde la reine donnait le pouvoir épiscopal, sans qu'il fût besoin d'ordination.

Pour prouver le contraire , Le Courrayer a soutenu , lu que Barlow avait élé réellement sacré évèque, puisqu'il avail assisté en cette qualité aux assemblées du parlement sous Henri VIII ; mais cela prouve seulement que l'on présumait son ordination.

D'ailleurs un homme simplement nomme a un évéché pouvait assister au pailemenl .s.ins avoir encore été ordonné. 2° Qu'il n'est pas vrai que Barlow ait été absent et en Ecosse dans le temps auquel on suppose qu'il a ele ordonné; que , quoique l'on n'ait pis

pu Kclrouvor l'acte de son ordination , ce n'est qu'une preuve négative. Mais cette preuve est devenue très-posilive par l'affirmation constante de ceux qui ont pu savoir s'il avait élé sacré ou non. 3° Que la prétendue consécration de Parker dans une auberge est une fable. Cela peut être; mais le fait est très-analogue à la manière de penser des auteurs qui regardaient le sacre des évêquos comme une momerie. k° Que Parker a été réellement sacré à Lambeth le 17 décembre 1559, par harlow, assisté de Jean Scory, élu évèque d Héreford, de Miles Coverdale , ancien é\êque d'Excester, et de Jean Hoegskins , suffragant de Bedfford. On produit l'acte de celle consécration. — Mais en 1727 le P. Hardouin , et en 1730 le P. Le Quien , dominicain , onl réfuté Le Courrayer; ils onl fait voir que la plupart des actes et des litres qu'il a cités , en particulier l'acte de la prétendue ordination de Parker à Lambeth, sont faux, supposés ou altérés ; qu'ils ont élé forgés postérieurement à l'an 1559, pour satisfaire aux reproches que les catholiques faisaient aux anglicans louchant la nullité de leur épiscopat; que Le Courrayer a tronqué de mauvaise foi les passages de plusieurs auteurs. Ils ont prouvé par de nouveau* témoignages, que ni Barlow ni Parker n'ont jamais été ordonnés évoques ; que l'un el l'autre étaient très -persuadés qu'ils n'avaient pas besoin d'ordination. Le Courrayer n'a rien eu à répliquer de solide. Sur la question de droit, ou sur la validitéde l'ordination prescrite par le rituel d'Edouard VI, Le Courrayer a soutenu qu'elle est bonne el suffisante, 1° parce qu'elle consiste dans l'imposition des mains jointe à une prière ; 2° qu'il y est fait mention du sacerdoce et du sacrifice, du moins indirectement; 3° que le.-, erreurs parlicul.ères, soit du consecrateur soit de l'élu, ne font rien à la validité de la cérémonie ; h° que V ordinal ou le rituel d'Edouard VI a été dressé par des évoques et par des théologiens, et qu'il a élé seulement autorisé par le roi. — Pour savoir à quoi nous en tenir, il faul examiner la cérémonie telle qu'elleesl prescrite par ce rituel. 1 L'on commence par lire le brevet du roi , qui porte : Nous nommons, faisons, ordonnons , créons et établissons un tel évèque de tel siège. 2° L'on fait prêter à l'élu un serment conçu en ces termes : « J'atteste el je déclare sur ma conscience que le roi est le seul gouverneur suprême de ce royaume, tant dans les choses spirituelles ou ecclésiastiques que dans les temporelles, et qu'aucun autre prince ou prélat étranger n'y a aucune juridiction , pouvoir ni autorite ecclésiastique ou spirituelle. 3" L'évéque consecrateur demande à l'élu s'il a ele appelé à l'..dministration de l'épiscopat suivant la volonté de Jésus- Clnist el suivant les constitutions du royaume , el s'il est dans la volonté d'en remplir les devoirs, k" Après les réponses de l'élu , le consecrateur lui met la main sur la tète , el prononce celte prière : « Que Dieu loulpuiisanl , qui vous a donné celte volonté , vous ac.ordc encore les forces et la laeultc

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