‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 46 sur 183 · NT · texte numérisé non relu

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des métaphores qui nous apprennent seulement que Dieu agit, produit, par un simple acte de sa volonté les mêmes effets que s'il avait des pieds , des mains , des yeux, etc. Nous tombons dans le même inconvénient à l'égard des opérations de notre âme. Comme les organes du corps sont les instruments par lesquels nous exerçons nos facultés spirituelles, il est naturel d'exprimer celles-ci par les fonctions corporelles. Nous disons d'un homme de génie que c'est une bonne tête, d'un esprit pénétrant qu'il a de bons eux , d'un homme puissant qu'il a le bras ong, etc. Ce langage ne trompe personne. Ainsi, par analogie, les yeux de Dieu sont la connaissance qu'il a de toutes choses; sa main, son bras est sa puissance ; sa bouche, sa parole , sont les signes qu'il donne de sa volonté, etc. Le psalmisle dit que les cieux sont l'ouvrage des doigts de Dieu , afin de nous faire comprendre que Dieu les a faits ^ans y employer toutes ses forces , mais avec autant de facilité que ce que nous faisons du bout des doigts. Voyez les deux articles suivants.

ANTHROPOMORPHISME , ANTHROPO- MORPH1TES, terme formé d'av0^<u7ro? homme, et de fiop'ffl forme. L'anthropomorphisme est l'erreur de ceux qui attribuent à Dieu une figure humaine, un corps humain. D'anciens hérétiques prirent à la lettre les anthropologies de l'Ecriture, et ce qu'elle nous dit que Dieu a fait l'homme à son image et à sa ressemblance. Ils en conclurent que Dieu a réellement des pieds, des mains, des jeux et un corps comme le nôtre ; que les patriarches avaient vu Dieu , non sous une figure empruntée, mais dans sa propre substance divine. Ils nommaient origénisles ceux qui leur soutenaient que Dieu est un être purement spirituel : ils allégorisent, disaient-ils, comme Origène, les paroles de l'Ecriture qui prouvent que Dieu a un corps comme nous.

Saint Epiphane appelle les anthropomorphites, audiens, d'un certain Audius, que l'on croit avoir été leur chef, et qui a vécu dans la Mésopotamie ; il était à peu près contemporain d'Arius; saint Augustin les nomme ladiens, vadiani

Mosheim, qui croit, sur des preuves assez légères, que V anthropomorphisme était une erreur très -commune dans les premiers siècles de l'Eglise, non-seulement parmi les fidèles, mais parmi les évêques, avoue néanmoins que ceux qui le soutenaient n'attribuaient pas à Dieu un corps grossier et charnel, mais un corps subtil et délié, semblable à la lumière, organisé comme le corps humain, non par nécessité, mais pour l'ornement et pour se rendre visible aux bienheureux.

Tertullien semble être tombé dans l'anthropomorphisme; mais on peut aisément l'en disculper, puisqu'il a démontré, contre Hcrmogène, que Dieu est créateur de la matière ; il aurait donc fallu que Dieu créât son propre corps, absurdité qui n'est jamais venue dans l'esprit de Ter lullicn. Ce Père pense quequaml Dieu est apparu aux patriarches, ce n'était

pas Dieu le Père, mais son Fils, qui, en prenant une figure humaine, préludait, pour ainsi dire, à l'incarnation. Adv Marcion., 1. 11, c. 27. Il était donc bien persuadé que Dieu n'a point de corps.

Mosheim rapporte qu'au xc siècle cette erreur fut renouvelée en Italie par des gens du commun, et même par des ecclésiastiques, et qu'ils y furent induilspar l'habitude de voir des images dans les églises. Quand cela serait, il ne s'ensuivrait rien contre le culte des images : les anthropomorphites du quatrième siècle avaient été induits en erreur par plusieurs passages de l'Ecriture sainte grossièrement entendus. Cependant les protestants veulent que les hommes les plus ignorants lisent l'Ecriture sainte.

Aujourd'hui, parmi les incrédules modernes, les uns accusent d'anthropomorphisme tous ceux qui admettent un Dieu, parce que nous ne pouvons penser à Dieu sans nous en former une image. Mais celle illusion de l'imagination ne prouve rien, dès que nous faisons profession de croire que Dieu est un pur esprit. Toutes les fois que nous entendons nommer un objet que nous n'avons jamais vu, nous nous en formons une image . et cette image est toujours très-différente de ce qu'est l'objet en lui-même : il no s'ensuit rien. — D'autres reprochent aux théologiens Y anthropomorphisme spirituel, c'est-à-dire, d'attribuer à Dieu toutes les qualités humaines, l'entendement, la volonté , la science, la sagesse, elc. De ce langage, disent- ils, il s'ensuit que Dieu est de même nature que nous, un homme comme nous, quoique plus parfait peut-être que nous. Quand cela serait vrai, faudrait-il embrasser l'athéisme , parce que nous ne pouvons avoir de Dieu des idées dignes de sa grandeur et de ses perfections infinies? ou faut-il nous abstenir de penser à Dieu et d'en parler , parce que le langage humain n'est pas assez parf :il? Mais le reproche des aînées est mal fondé. Nous croyons et nous déclarons qu'en Dieu toute perfection est infinie, exemple do tous les défauts de l'homme , mais que noire esprit borné no peut rien concevoir d'infini : il n'y a donc là aucun danger d'erreur. Voy. Attiubots, et l'article suivant.

ANTHROPOPATH1E, figure, expression , discours par lesquels on ailribueà Dieu les passionshumaines, commel'amour, la haine, la jalousie, etc. Ce n'est pas la même chose i\\i'anlhrupolog:e : celle-ci a lieu lorsqu'on attribue à Dieu quelque chose que ce soii qui convient à l'homme, comme des membres, etc. Anlhropopalhie ne se dit que quand on lui prête des passions ou des affections humaines. — Puisque Dieu est immuable et sou\craincmenl parfait , il est évident qu'on ne peut lui attribuer des passions, non plus que des membres corporels, sinon dans un sens métaphorique. On dit que Dieu est irrité, lorsqu'il punit ; qu'il bailles impies, par la même raison qu'il est jaloux de son culte, parce qu'il défend de le rendre à d'autres qu'à lui , elc. Voy .G tassii Philolog. Sucra, col. ioUO cl suiv. Tertullien disait aux

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inarcionites, qui se scandalisaient de ces expressions de l'Ecriture sainte : « Je vous répète que Dieu n'a pu converser avec les hommes à moins qu'il ne daignât parler comme eux, s'attribuer leurs sentiments et leurs affections. Il fallait ce langage humain pour mettre à portée de notre faiblesse les grandeurs de la majesté suprême. Si cela paraît indigne de Dieu, cela est nécessaire à l'homme : or, rien nVst plus digue de Dieu que linst ruction et le salut de ses créatures. » Adv. Marcion., 1. u, c. 27; Origène, contre Cclse, I. iv, n. 71 et s.; saint Cyrille, contre Julien, I. v, p. 151-154, répondent de même.

ANTHROPOPHAGES, peuples qui mangent de la chair humaine ; leur nom vient d'âvO/juTro,- homme, et de <j.«ytïv manger. Avant que les hommes, devenus sauvages, eussent élé adoucis par la culture des ans et civilisés par des lois, il paraît que la plupart des peuples mangeaient de la chair humaine : les sauvages en mangent encore; les Grecs et les Romains attribuaient à Orphée la réforme de cet horrible usage. Croirait-on qu'il a plu à un philosophe de notre siècle d'accuser les Juifs d'avoir élé anthropophages ? Nous lisons dans Ezéchiel, c. xxxi et suiv. : Dites aux oiseaux du ciel et aux bétes de la campagne : Venez, accourez à la victime que je vais immoler sur les montagnes d'Israël, pour vous en faire manger la chair et boire le sang. Vous mangerez la chair des guerriers , vous boirez le sang des grands de la terre, des béliers et des taureaux, etc. Selon le philosophe dont nous parlons, les oiseaux du ciel et les bêtes de la campagne sont les Juifs. — Nous ne relèverions pas celte ineptie, si nous ne savions jusqu'à quel point les disciples des philosophes portent l'incrédulité.

ANTIAD1APH01USTES, c'est à-dire, opposes aux adiaphorisles ou indifférents. Voy. Adiaphoiustes. — Dans le xvr siècle, ce nom fut donné à une secte de luthériens rigides, qui refusaient de reconnaître la juridiction des évoques, et improuvaient plusieurs cérémonies de l'Eglise observées par les luthériens mitigés. Voy. Luthériens.

ANT1D1COMA1UAMTES, anciens hérétiques qui ont prétendu que la sainte Vierge n'avait pas continué de vivre dans l'état de 'virginité; mais qu'elle avait eu plusieurs enfants de Joseph , son époux, après la naissance de Jésus-Christ. Voy. Viekge. — On les appelle aussi antidicomarit/s, et quelquefois aiitimarianiles et antimariens. Leur opinion était fondée sur des passages de l'Ecriture, où Jésus fait mention du ses frères et de ses sœurs, et sur un passage de saint Matthieu, où il est dit que Joseph ne connut point Marie jusqu'à ce qu'elle eût mis au inonde notre Sauveur. Mais on sait que chez les Hébreux les frères et les soeurs signifient souvent les cousins et les cousines. - L's antidicomarianiles él aient des secta- Wurs d'IIelvitlius et de Jovinien, qui parurent à Home sur la lin du quatrième siècle. Ils lurent relûtes par saint Jérôme.

* ANTICONCOKDA l "AIRES.-" L'Église de France avait eu humblement a soullnr de la révolution Je

89, lorsque le pape Pie VII rondin avec le premier consul le Concordat du 15 juillet 1801. Les évêques de France étaient morts on dispersés; les Eglises privées de pasteurs, étaient dans une espèce de veuvage. Il faiblit, pour guérir un si grand mal, employer un remède énergique. Pie Vil résolut de détruire tous les sièges et d'en établir de nouveaux. Un pareil acte de suprême autorité ne s'était pas encore vu dans l'Église. Le saint- père voulut d'abord recourir à la voie de la conciliation. Il demanda à tous les évêques la démission de leurs sièges. Quatre-vingtun évêques existaient encore : quarante-cinq accédèrent au désir du pontife ; trente-six s'y refusèrent, alléguant pour motif qu'ils n'avaient pas élé consubés dans les nouveaux arrangements du pape avec le premier consul, i Mais, comme l'observe M. Picot, la proposition de consulter et d'entendre tous les évêques était-elle d'une exécution facile dans un temps de révolutions et d'incertitudes, qui n'offrait pas assez de tranquillité pour la réunion d'un concile ? ht le besoin urgent d'éteindre un long schisme et de faire cesser une persécution déclarée; la nécessité de relever la religion de ses ruines, et de la rappeler dans le cœur des fidèles, qui l'oubliaient de plus en plus au milieu des orages et des entraves où elle gémissait depuis plus de dix ans, n'autorisaientils pas le pape à s'écarter des règles ordinaires cl à déployer un pouvoir proportionné à la grandeur des maux de l'église ? >

Le pape ne tint compte de ce refus, et le 29 novembre il rendit la bulle Qui Chrihti Domini, qui divisait la France (qui comprenait alors la Belgique et la Savoie) en soixante diocèses, dont dix métropoles et cin!|uante évèchés. Par la bu le Quoniam favenle, Pie VU délégua au cardinal Caprara le pouvoir d'instituer de nouveaux évêques. Les évêques qui avaient refusé leur démission rédigèrent une protestation contre ce qui venait de se faire. Elle portait sur quatre points : — sur le Concordai, — sur la reconnaissance du gouvernement républicain par le pape, au détriment du roi légitime, — sur l'aliénation des biens du clergé , — et sur les articles organiques. Celte protestation fut signée non-seulement par les trentesix é\èques, mais encore par MM. De la Chambre et de La lour, qui avaient envoyé leur démission.

Pie VII vint sacrer Napoléon ; il exigea des évêques un acte d'adhésion à toutes les mesuies prises par lui relativement aux affaires ecclésiastiques de France. Tous souscrivirent, lis avaient déjà délégué leurs pouvoirs aux évêques nommés afin que leurs actes ne fussent pas frappés de nullité. Après la coûte de Napoléon, Louis XVIII demanda aux opposants qui avaient jusqu'alors persisté dans leur relus, de donner enfin leur démission. Pour ne pas conlrister le cœur de ce bon roi qu'ils aimaient , ils remirent leur démission entre ses mains. Cette démission était conçue en termes qui étaient loin d'être flatteurs pour le pape. Une lettre écrite à Pie Vil le "li août 1810 par M. de Périgord et six autres évêques, fut rejetée par la cour de Korne. Enfin, le 8 novembre, ils souscrivirent un acte d'obéissance sans aucune réserve. Un f-eul évèque, M. de 'Chemines, persista dans son relus. Il écrivit à Louis XVIII, qui avait parlé de *OU sacre dans un discouis d'ouverture desCh .mitres : « Le sièclj est trop usé pour ne lui donner qu'une cérémonie et un spectacle sans préliminaire cl sans suite. Le Dieu de Ulovis, de Charlemagiie et de saint Louis et le Dieu de saint Henri, «le u us les apôtres des Gaules et de leurs successeurs légitime*. Aussi, le grand saint dit au baptême de Clovis : baisse/, la lél -, lier Sicambre; adorez ce que vous avez brûlé, et brûlez ce que vous avez adoré. Il faut que sann Louis puisse dire à V. M. de* paroles bien plus glorieuses : Levé/, la lèle, fils de saint Louis ; vous avez relevé ce qui était abattu, et vous avez abattu ce qui s'était élevé, Sani cela, sire, le Dieu de saint Demi, des ;tpo ici des Gauled cl de leurs successeurs légitimes,

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le Dieu de Clovis, de Charlemagne et de saint Louis ne sera point à votre sacre. » M. de Tliémines fut «lors le chef de la Petite-Eglise, et ne se soumit qu'en 1829.

Environ quatre cents prêtres demeurèrent attachés aux opposants. Nous consacrons à leur schisme un article particulier sous le nom d'EcL.SE (Petite-).

ANTIENNE, en latin antiphona, du grec «vit, contre , et ywà , voix, chant. — Les antiennes ont été ainsi nommées , parce que dans l'origine on les chantait à deux chœurs, qui se répondaient alternativement; et l'on comprenait sous ce litre les hymnes et les psaumes que l'on chantait dans l'église. Saint Ignace, disciple des apôtres, a été, selon Socrate , l'auteur de celle manière de chanter parmi les Grecs, et saint Ambroise l'a introduite chez les Latins. Théodore en attribue l'origine à Diodore et à Flavien. Quoi qu'il en soit, on comprenait sous ce li- Ire tout ce qui se chantait par deux chœurs dans l'église alternativement. Aujourd'hui la signification de ce lerme est restreinte à certains passages courts tirés de 1 Ecriture , qui conviennent au mystère, à la vie ou à la dignité du saint dont on célèbre la fêle, et qui, soit dans léchant, soit dans la récilalion de l'office, précèdent les psaumes et les cantiques. Le nombre des antiennes varie suivant la solennité plus ou moins grande des offices. L'intonation de Vanlienne doit toujours régler celle des psaumes. Les premiers mots de Van tienne sont adressés par un choriste à quelque personne du clergé , qui la répète ; c'est ce qui s'appelle imposer et entonner une antienne. Dans l'office romain , après l'imposition de Vanlienne , le chœur poursuit et la chante tout entière avant le psaume, et après le psaume (oui le chœur la répète.

On donneaussi le nom d'antienne à quelques prières particulières que l'Eglise romaine chanleà l'honneur de la sainte Vierge, et qui sont suivi" s d'un verset et d'une oraison, telles que le Salve Iiegina, Regina cœli, etc.

* ANTILOGIE, conlraili* lion, opposition. — L'Ecriture semble renlermer beaucoup de contradictions ; mais elles ne sont pas réelles ; car il est impossible que l'Esprit-Saini qui a dicté l'Ecriture, se contredise ; elles ne sont qu'apparentes et relaiives à la faiblesse de notre esprit, à notre manière imparfaite de concevoir, à l'ignorance où nous sommes de la langue, de l'histoire et des usages des Juifs, à la perte de be.iiiC'.up d'anciens monuments nécessaires pour l'intelligence des livres saints. Plusieurs auteurs ont fait des traités ou des indices des anlilogies apparentes de l'Ecriture, entre autres Ponlas; on peut les consulter pour avoir l'éclaircissement de toutes les contradictions apparentes.

ANT1LUTHEIUENS ou SACUAMENTAI- RES, hérétiques du xvr siècle, qui ayant rompu de communion avec l'Eglise, à l'imitation de Luther, n'ont cependant pas suivi ses O] inions, et ont formé d'autres sectes , telles que les calvinistes , les zuingliens, etc.

ANT1MENSE, est une sorte de nappe consacrée, dont on use en certaines occasions dans l'Eglise grecque, d;ms les lieux où il ne se trouve point d'autel convenable. — Le P. Goar observe, qu'eu égard au peu d'églises consacrées qu'avaient les Grecs, et à la

difficulté du transport des autels consacrés, celle Eglise a fait durant des siècles enliers usage de certaines étoffes consacrées, ou de linges appelés untimensia, pour suppléera ces défauts.

. ANT1NOMIENS ou ANOMIENS, ennemis de la loi. Plusieurs sectes d'hérétiques ont été ainsi appelées: 1° les anabaptistes, qui soutinrent d'abord que la liberté évangélique les dispensait d'être soumis aux lois civiles, et qui prirent les armes pour secouer le joug des princes et de la noblesse. En cela, ils prétendirent suivre les principes que Luther avait établis dans son livre de la liberté évangélique. Voy. Anabaptistes. — 2° Les sectateurs de Jeun Agricola , disciple de Luther, né comme lui à Islcbe , ou Ainleben, dans la basse Saxe, d'où ces sectaires furent aussi nommés Islébiens. Comme saint Paul a dit que l'homme est justifié par la foi, sans les œuvres de la loi ; que la loi est survenue de manière que le péché s'est augmenté ; que si l'on peut être juste par la loi, Jésus- Christ est mort en vain, etc., Lulher et ses disciples en prirent occasion de soutenir que l'obéissance à la loi et les bonnes œuvres ne servaient de rien à la justification ni au salut. Ils ne voulaient pas voir que, dans tous ces passages, saint Paul parle de la loi cérémonielle, et non de la loi morale contenue dans le Décalogue , puisqu'en parlant de celle-ci, il dit que ceux qui accomplissent la loi seront justifiés (Rom. il, 13).

Moshcim a fait ce qu'il a pu pour pallier la turpitude de la doctrine de Lulher, et les pernicieuses conséquences qui s'ensuivaient. Pendant que Luther , dit-il, inculquait aux peuples la doctrine de l'Evangile , qui nous représente les mériles de Jésus-Christ comme la sourcedu salut des hommes; pendantqu'il réfutait les papistes, qui confondent la loi avec l'Evangile, et qui nous représentenl le bonheur éternel comme la récompense de l'obéissance légale , il s'éleva un fanatique nommé Agricola , qui abusa de sa doctrine , et ouvrit la porte aux erreurs les plus pernicieuses. Il se mil à déclamer contre la loi , soutenant qu'il ne convenait point de la proposer au peuple comme une règle de mœurs, et q e l'on devait se borner à enseigner et à expliquer l'Evangile; ses sectateurs furent nommés antinomiens. Ceux qui les ont combattus prétendent que leur morale élail très-dissolue; que, selon leur doctrine, un homme pouvait se livrer à ses passions et transgresser sans remords la loi divine , pourvu qu'il fût toujours attaché à Jésus- Christ, et qu'il embrassât ses mérites par une foi vive. — Mais, continue Moshcim, il ne faut pas croire aveuglément toules ces imputations : le principal crime d'Agricola consistait dans quelques expressions malsonnanles, inexactes et impropres, qu'il ne faut pas prendre à la rigueur. Sa doctrine consislail à soutenir que les dix commandements donnés à Moïse ne regardaient proprement que les Juifs; que les chrétiens pouvaient les négliger sans pécher ; qu'il suffisait d'expliquer clairement cl d'inculquer ce

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que Jésus-Christ et ses apôtres avaient enseigné dans le Nouveau Testament, tant au sujet <ie ta grâce et du salut , que par rapport aux obligations du repentir et de la vertu. La plupart des docteurs de ce siècle ont le défaut de ne point expliquer leurs sentiments d'une manière claire et suivie; de là vient qu'on leur impute des opinions qu'ils n'ont jamais eues. Ilist. eedés. , xvi' siècle, sect. 3, ii« part.,c. 1, §§ 2-"> et 26.

Cette apologie d'un sectaire fanatique est un chef-d'œuvre d'entêtement et de mauvaise foi. En premier lieu, nous défions Mosheim et tous les protestants de citer un seul théologien catholique qui n'ait pas représenté les mérites de Jésus-Christ comme la source du salut des hommes; qui ait attribué aux bonnes œuvres un mérite indépendant de ceux de Jésus-Christ ; qui ail représenté le bonheur éternel comme la récompense d'une obéissance à la loi qui ne fût pas l'effet de la grâce de Jésus-Christ. Nous les délions encore d'en citer un seul qui ail confondu la loi avec l'Evangile, qui ait dit que le bonheur éternel est la récompense de V obéissance légale, si par là l'on entend l'obéissance à la loi cérémonielle des Juifs. A la vérité, Luther prêtait toutes ces erreurs aux théologiens catholiques , en déguisant malicieusement leur doctrine; mais apiès les décisions si formelles du concile de Trente, universellement suivies par tous les théologiens de l'Eglise romaine, il y a bien de la mauvaise foi à confirmer encore la calomnie de Luther, et à leur imputer une doctrine qu'ils regardent comme hérétique. Quand il serait vrai que les théologiens catholiques du seizième siècle avaient le même défaut que les autres docteurs de ces temps-là , et qu'ils n'expliquaient pas leurs sentiments d'une manière assez claire, il y aurait de l'injustice à prendre à la rigueur les expressions inexactes dont ils se sont servis, pour leur imputer des opinions qu'ils n'ont pas eues, pendant que l'on blâme ce procédé à l'égard des docteurs protestants. Mosheim, en blâmant les détracteurs d'Agricola et des untinomiens, fait évidemment le procès de Luther, et se condamne lui-même. — Eu second lieu, quand la doctrine de ces sectaires aurait été telle qu'il le prétend, elle serait encore fausse et formellement contraire à l'Evangile. Jésus- Christ [Matth. v, 17) commence par déclarer qu'il n'est point venu détruire la loi ni les prophètes, mais les accomplir; que quiconque détruira le moindre commandement de la loi, et enseignera à le faire, sera le dernier dans le royaume des cieux ; ensuite il explique plusieurs de ces commandements.

li répond à un jeune homme qui lui demandait ce qu'il faut faire pour avoir la vie éternelle : Si vous voulez entier dans la vie, gardez 1rs commandements , qui sont de ne commettre ni homicide, ni adultère, ni vol, ni faux témoignage , d'honorer votre père et votre mère, d'aimer le prochain comme vous mente. Chap. xix, v. 16. C'est le Décalogue. Il est doue faux que ces dix commaudeiucijîs ne regardent (lue les Juis, et que

les chrétiens peuvent les négliger s ins pécher, il est absurde d'opposer l'Evangile à la loi du Décalogue, puisque l'Evangile la renouvelle : il l'est de dire qu'il faut inculquer ce que Jésus-Christ et les apôtres ont enseigné, sans faire mention du Décalogue; puisque le Décalogue fait partie essentielle de leur doctrine. Mais Mosheim, comme tous les protestants, ne voit des erreurs que dans l'Eglise romaine ; les plus monstrueuses et les plus révoltantes ne lui paraissent rien dans sa secte.

3° Dans le xvii" siècle, il y a eu d'autres antinomiens parmi les puritains d'Angleterre qui tirèrent de la doctrine de Calvin les mêmes conséquences qu'Agricola avait tirées de celle de Luther. Les uns argumentèrent sur la prédcslina'.ion. Ils enseignèrent qu'il est inutile d'exhorter les chrétiens à la vertu et à l'obéissance à la loi de Dieu , parce que ceux qu'il a élus pour être sauvés, par un décret immuable et éternel, sont portés à la pratique de la piété et de la vertu par une impulsionde la grâce divine, à laquelle ils ne sauraient résister ; au lieu quo ceux qu'il a destinés à être damnés éternellement, ne peuvent devenir vertueux , quelques exhortations et quelques remontrances qu'on puisse leur faire, ni obéir à la loi divine, puisque Dieu leur refuse sa grâce et les secours dont ils ont besoin. Ils conclurent qu'il faut se bornera prêcher la foi en Jésus-Christ et les avantages de la nouvelle alliance. Mais quels sont ces avantages pour ceux qui soni destinés à être damnés? — l.esaulres raisonnèrent sur le dogme de l'inamissibililé de la justice. Ils dirent que les élus ne pouvant déchoir de la grâce, ni perdre la laveur divine, il s'ensuit que les mauvaises actions qu'ils commettent ne sont point des péchés réels, et ne peuvent être regardées comme un abandonde la loi ;que parconséquenlilsn'ont besoin ni de confesser leurs péchés ni do s'en repentir; que l'adultère , par exomplo, d'un élu, quoiqu'il paraisse aux yeux des hommes un péché énorme, n'est point tel aux yeux de Dieu ; parce qu'un des caractères essentiel» et (iistinclifs des élus est de ne pouvoir rien faire qui déplaise à Dieu et qui soit contraire à sa loi. Mosheim, xvir siècle, sect. 2, »• part. , c. 2, § 23. Mosheim déleste avec raison toutes ces conséquences; mais est-il en état de démontrer qu'elles ne se tirent pas directement et évidemment du dogme de la prédestination, et de celui de l'inamissibilité delà justice, tels que Calvin les a enseignés? Le docteur Arnaud a prouvé la connexion de ces conséquences dans l'ouvrage intitule: Le renversement de la morale de Jésus - Christ, par les erreurs des calvinistes touchant la justification ; et nous soutenons qu'elles nes'ensun eut pas moins de l'opinion de la grâce irrésistible , opinion commune aux luthériens et aux calvinistes. Dans celle hypothèse, il est aussi absurde de prêcher la nécessité de croire en Jésus-Christ et les avantages de la nouvelle allunc ', quo d'e\liorler les hommes à la vertu et à l'obéissance à loi de Dieu. Ceux à qui Dieu uo

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donne pas la grâce irrésistible de la fui en Jésus-Christ, ne peuvent pas plus avoir cette foi, qu'ils ne peuvent obéir à la lui, lorsque Dieu leur refuse la grâce irrésistible de l'obéissance. Dans celte même hypothèse, il est très-vraique l'homme privé de la grâce ne pèche point en désobéissant à loi; parce qu'il est absurde que l'homme qui pèche soit condamnable et punissable, en ne faisant pas ce qu'il lui est impossible de faire. Or il est impossible à l'homme de croire en Jésus-Christ et d'obéir à la loi sans la grâce. — Il est donc évident que les erreurs de ces diverses sectes A'antinomiens ne pouvaient manquer d'éclore de la doctrine des prétendus réformateurs.

4" Quelques-uns prétendent que l'on a aussi donné le nom a'antinomiens à ceux qui soutiennent que dans la pratique des bonnes œuvres, il ne faut avoir aucun égard aux motifs naturels, parce que les œuvres inspirées par ces motifs ne servent de rien au salut. Mais ces motif* ne sont point incompatibles avec ceux que la foi nous propose. Lorsque Jésus-Curist dil : Donnez, et l'on vous donnera;... vous serez mesurés comme vous aurez mesuré les autres (Luc. G, 36); Accordez-vous promptement en chemin avec votre adverstire, de peur qu'il ne vous livre au juge, et que vous ne soyez mis en prison (Matih. v, 25) -.lorsque saint Paul dil : Gloïe, honneur et paix à quiconque fait le bien, etc., ils nous prennent p^r noire propre inlérêt, motif très-naturel. Autre chose est de dire qu'il ne faut pas agir par les molifs naturels seuls, et autre chose de soutenir qu'il ne faut jamais agir par aucun de ces motifs. Quoiqu'une butine œuvre faite par ces seu's motifs ne soit pas méritoire pour le salut, elle est cependant louable; l'habitude d'en faire ainsi dispose, du moins indirectement, à en faire par des motifs plus parfaits. Un païen verlueux par nature est sans doule mieux disposé qu'un païen vicieux à devenir chrétien, el à pratiquer la vertu lorsqu'il le sera. L'Eglise a condamné avec raison les théologiens qui ont enseigné que toutes les bonnes œuvres des infidè es sont des péchés et que loules les vertus des philosophes sont des vices. Voy. Infidèles, OEuvres (1).

ANTIOCHE. Il paraît que l'Eglise de celle ville capitale de Syrie, est la plus ancienne après celle de Jérusalem ; selon la tradition, c'est là que saint Pierre établit son premier sié»e, el que les dsciptes de Jésus-Christ prirent le nom de chrétiens ( Act. xi , 18 el 26; xiu, 1, etc.). Saint Luc, l'un des évangeiisles, était d'Antioche. Comme c'était la demeure du gouverneur romain qui commandait dans la Palestine, il y avait

(1.) Il s'est formé nu xvme siècle une nouvelle secte d'anliiioiiiiens. Elle reconnut pour chef un ccriain Wliithfield, qui compta bientôt un grand nombre de sectateurs d'un rang distingué dans le comté d'Exester. Si doctrine est un prédeslinianisme absolu , parce que Dieu a voulu le salut des uns el la damnation des autres. La \eilu, selon lui, n'a d'autre ellet que de nous donner un certain bien être en celle vie. On est révolté d'une telle doctrine qui détruit les notions élémentaires de la justice éternelle,

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