‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 49 sur 183 · APE · texte numérisé non relu

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quand ils sont portés à l'excès, et peuvent devenir pour nous une occasion de péché; et en effet, les affections et les penchants naturels ne doivent être nommés passions, que quand ils sont poussés à l'excès. Voy. Passions. — 2° Les stoïciens n'aspiraient à l'insensibilité que par un principe d'orgueil ; ils jugeaient les choses de ce monde indignes d'affecter l'âme du sage; c'était une inhumanité réfléchie. Jésus-Christ veut que nous consrrvions la tranquillité d'âme par un molif de confiance en Dieu, que nous aimions nos semblables en Dieu et pour Dieu. — 3° Sises leçons pouvaient nous laisser des doutes, il les S expliquées par son exemple : il a aimé tendrement ses proches et ses amis: il a répandu des larmes sur le tombeau de Lazare; il a pleuré sur la ruine future de Jérusalem et des Juifs; il n'a rencontré aucun malheureux sans le soulager, etc. Ce n'est pas là du stoïcisme. — k° Jésus-Christ n'a ordonné le renoncement absolu qu'à ceux qu'il destinait àla prédication de l'Evangile; il n'a conseillé à aucun autre de ses auditeurs de quitter son état, ou de négliger les devoirs de la société; au contraire, saint Paul enjoint à ceux qui se sont convertis, de demeurer chacun dans l'état où il a reçu sa vocation à la foi ( / Cor. vif, 2!) ).

Mais on accuse quelques Pères de l'Eglise d'avoir enseigné la même morale que les stoïciens, d'avoir exigé qu'un chrétien fût sans passions; c'est un des principaux reproches que Barbevrac fit à saint Clément d'Alexandrie. Traité de la morale des Pères, chap. 5, § 46. — Expliquons les termes, le scandale sera réparé. Nous disons qu'un homme est sans passions, lorsqu'il les réprime si parfaitement qu'il n'en paraît rien au dehors, et qu'elles ne lui font commettre aucune faute : nous disons qu'il est insensible, lorsqu'il ne donne aucun signe extérieur de sensibilité. Voilà ce que veut saint Clément. Déjà nous avons observé que nos penchants naturels ne sont censés passions que quand ils sont portés à l'excès, Or, cet excès peut-Il être permis? L'Evangile condamne formellement toutes les passions, l'orgueil, l'ambition, la vaine gloire, même dans les bonnesœuvres, l'attachement aux richesses, le désir de les posséder, l'inquiétude pour l'avenir, la volupté et tout ce qui peut y porterie simple désir des plaisirs défendus , la jalousie et la haine, la colère et l'impatience, le ressentiment et les projets de vengeance, l'intempérance, la mollesse, l'oisiveté, etc. Jésus-Christ nous commande toutes les vertus opposées; il serait aisé de le faire voir en détail. Saint Clément n'exige rien de plus, et l'on ne peut lui faire aucun reproche qui n'ait été tourné par les incrédules contre Jésus-Christ et contre les apôtres. Voy. Morale CHRÉTIENNE.

APELL1TES ou APELLÉIENS, comme les nomme saint Epiphane ; hérétiques du ne siècle, sectateurs d'Apelles, disciple de Marciou.mais qui ne suivit pasenlouteschoses les sentiments de son maître. Il n'admit pas comme lui deux dieux, ou deux principes actifs

et coéternels, mais un seul Dieu existant de soi-même et souverainement bon; probablement néanmoins il supposait l'éternité de la matière. Selon lui, le monde n'avait pas été fait par ce Dieu bon, mais par un esprit d'un rang inférieur, dont l'impuissance et la maladresse étaient cause des maux que nous éprou vons. Pensait-il que Dieu avait créé librement cet ouvrier malhabile, ou que celui-ci était sorti nécessairement de Dieu par émanation ? Les anciens n'en disent rien. Au reste, Apelles n'accusait point cet esprit de méchanceté : il supposait au contraire que par ses prières il avait obtenu que Dieu envoyât son Fils sur la terre, afin de corriger le monde. — 11 ne soutenait point avec Marcion que le Fils de Dieu n'avait eu qu'une chair apparente, et avait fait illusion à t<<us les sens ; mais il prétendait qu'en descendant du ciel le Fils de Dieu s'était formé lui-même un corps tiré des quatre éléments, sans s'incarner dans le sein d'une vierge ; qu'il avait réellement souffert ; qu'il était mort et ressuscité ; qu'avant son ascension il avait rendu aux éléments le corps qu'il en avait tiré; que son âme seule était retournée au ciel. Conséquemmenl il niait, aussi bien que Marcion, la résurrection future de la chair. 11 ne rejetait pas absolument, comme lui, tout l'Ancien Testament. Mais il y a, disait-il, du bon et du mauvais ; c'est à choisir, et c'est ce que Jésus-Christ a voulu dire, lorsqu'il nous a ordonné d'être de bons changeurs. On l'accuse de ne pas avoir imité la contineuce de sou maître, de s'être livré à des femmes, d'avoir même été séduit par une certaine Philumène, qu'il regardait comme inspirée et une prophétesse.

La multitude des sectes qui ont paru dans le iie siècle, la variété des rêveries forgées par leurs divers docteurs, nous donneront souvent occasion de faire des réflexions. 1° Tous ces raisonneurs étaient des philosophes sortis de l'école d'Alexandrie, ou d'ailleurs, qui voulaient accorder les dogmes du christianisme avec la doctrine de Pylhagore et de Platon, et en savoir plus qu'il n'a plu à Dieu de nous en révéler. 2° Tous voulaient expliquer l'origine du mal, et aucune deleurs hypothèses ne résolvait la difficulté. Si c'est Dieu qui a créé librement le formateur du monde en prévoyant le mal qui arriverait, il en est responsable comme s'il l'avait fait luimême. Si cet ouvrier a existé nécessairement, tout est fatalité pure; autant vaut dire que Dieu n'a pas pu mieux faire. 3°Quoique intéressés à révoquer en doute l'histoire de l'Evangile, et à portée d'en vérifier les faits, ils n'ont pas osé récuser le témoignage des apôtres, ils l'ont plutôt confirmé. k° Saint Paul les a peints d'après nature (// Tim. iv, 4) • Us ne pourront, dit-il, souffrir une saine doctrine; ils auront la démangeaison d'écouter de nouveaux maîtres : ils fermeront leurs oreilles à la vérité, et courront après des fables.

APHTHAUTODOCÈTES. Voy. Incorruptibles.

APOCALYPSE, du grec «ttox*W}i?, révélation; c'est le nom du dernier livre canonique

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de l'Ecriture. — Il coniient, en vingt-deux chapitres, une prophétie touchant l'état de l'Eglise depuis l'ascension de Jésus-Christ au ciel jusqu'au dernier jugement, et c'est comme la conclusion de toutes les saintes Ecritures, afin que les fidèles, reconnaissant la conformité des révélations de la nouvelle alliance avec les prédictions de l'ancienne, soient confirmés dans l'attente du dernier avènement de Jésus-Christ. Ces révélations furent faites à l'apôtre saint Jean, durant son exil dans l'Ile de Patmos, pendant la persécution de Domitien.

L'enchaînement d'idées sublimes et. prophétiques qui composent Y Apocalypse a toujours été un labyrinthe pour les plus grands génies, et un écueil pour la plupart des commentateurs. On sait par quelles rêveries Drabicius, Joseph Mède, le ministre Jurieu, le grand Newton lui-même, ont prétendu l'expliquer; ces vaines tentatives sont bien propres à humilier l'esprit humain.

On a longtemps disputé dans les premiers siècles de l'Eglise sur l'authenticité et la canonicité de ce livre ; mais ces deux points sont aujourd'hui pleinement éclaiicis. Quant à son authenticité , quelques anciens la niaient : Céiinthe, disaient-ils, avait attribué l'Apocalypse à saint Jean, pour donner du poids à ses rêveries, et pour établir le règne de Jésus-Christ pendant mille ans sur la terre après le jugement. Voy. Millénaires. Saint Denis d'Alexandrie, cité par Eusèbe, l'attribue à un écrivain nommé Jean, différent de l'évangélisle. 11 est vrai que les anciennes copies grecques, tant manuscrites qu'imprimées, de Y Apocalypse, portent en tête le nom de Jean le divin. Mais on sait que les Pères grecs donnent par excellence ce surnom à l'apôtre saint Jean, pour le distinguer des autres évangélisles, et parce qu'il a traité spécialement de la divinité du Verbe. A celle raison l'on ajoute, 1° que dans Y Apocalypse saint Jean est nommément désigné par ces termes : à Jean qui a publié la parole de Dieu, et qui a rendu témoignage de tout ce qu'il a vu de Jésus-Christ ; caractères qui ne conviennent qu'à l'apôtre. 2° Ce livre est adressé aux sept Eglises d'Asie, dont saint Jean avait le gouvernement. 3* Il est écrit de Pile de Patmos, où saint Irénée, Eusèbe et tous les anciens conviennent que l'apôtre saint Jean fut relégué en 93, et d'où il revint en 98, époque qui fixe encore le temps où l'ouvrage lut composé, k* Enfin, plusieurs auleurs voisins des temps apostoliques, tels que saint Justin, saint Irénée, Origène, Viclorin, et après eux une foule de Pères et d'auteurs ecclésiastiques , l'attribuent à saint Jean l'évangéliste. Voy. Authenticité et Av- THENTlQUB. — Quant à sa canonicilé, (die n'a pas été moins contestée. Saint Jérôme rapporte tiue dans l'Eglise grecque, même de son temps, on la révoquait en doute. Eusèbe et saint Epiphaue en conviennent. Dans les catalogues des livres saints, dressés par le concile de Eaodicée, par saint Grégoire de Nazianze, par saint Cyrille de Jérusalem, et par quelquei autres auteurs Grecs, il n'en

est fait aucune mention. Mais on l'a toujours regardée comme canonique dans l'Eglise latine. C'est le sentiment de saint Augustin, de saint Irénée, de Théophile d'Antioche, de Mélilon, d'Apollonius et de Clément Alexandrin. Le troisième concile de Carthage, tenu cn397, l'inséra dans le canon des Ecritures, et depuis ce temps-là l'Eglise d'Orient l'a admise comme celle d'Occident.

Les alugiens, hérétiques du h» siècle, rejetaient I Apocalypse, dont ils tournaient les révélations en ridicule, surtout celles des sept trompettes, des quatre anges liés sur l'Euphrate, etc. Saint Epiphaue, répondant à leurs invectives, observe que YApocalypse, n'étant pas une simple histoire, mais une prophétie, il ne doit par paraître étrange que ce livre soit écrit dans un style figuré, semblable à celui des prophètes de l'Ancien Testament. — La difficulté la plus spécieuse qu'ils opposassent à l'authenticité de YApocalypse, était fondée sur ce qu'on lit au ch. H, 18 : Ecrivez à l'ange de l'Eglise de Thyatire. Or, ajoutaient-ils, du temps de l'apôtre saint Jean, il n'y avait nulle Eglise chrétienne à Thyatire. Saint Epiphaue convient du fait, et répond que l'apôtre parlant d'une chose fulure, c'est-à-dire, de l'Eglise qui devait être un jour établie à Thyatire, en parle comme d'une chose présenteelaccomplie.suivant l'usagedes prophètes. Grotius remarque qu'encore qu'il n'y eût aucune Eglise de païens convertis à Thyatire, quand saint Jean écrivit son Apocalypse, il y en avait néanmoins une de Juifs, semblable à celle qui s'était établie à Thessalonique avant que saint Paul y prêchai.

Il y a eu plusieurs Apocalypses supposées. Saint Clément, dans ses Hypolyposes, parle d'une Apocalypse de saint Pierre ; et Sozomène ajoute qu'on la lisait tous les ans vers Pâques dans les Eglises de Palestine. Ce dernier parle encore d'une Apocalypse de saint Paul, que les moines estimaient autrefois, et que les coplhes modernes se vantent de posséder. Eusèbe fait aussi mention de YApocalypse d'Adam; saint Epiphane, de celle d'Abraham,supposée par les hérétiques séthiens, et des révélations de Selh et de Narie, femme de Noé, par les gnostiques. Nicéphore parle d'une Apocalypse d'Esdras, Gralicn et Cédrèno d'une Apocalypse de Moïse, d'une attribuée à saint Thomas , d'une troisième de saint Etienne, et saint Jérôme d'une quatrième, dont on faisait auteur lo prophète Elie. Porphyre, dans la Vie de J'iotin, cite les Apocalypses de Zoroastrc, de Zostrein, de Nicotliée, d'Allogènes, etc., livres dont on ne connaît plus que les titres, et qui vraisemblablement n'étaient quo des recueils de fables. Sixl. Senens., lib. n et vi. Dupin, Dissert, prélim. tom. III; Hiblioth. des Aut. ecclés.

On ne doit pas être étonné de ce que les calvinistes ont toujours refusé de reconnaître la canonicité de YApocalypse. Ce livre renferme un tableau de la liturgie apostolique qui ne leur est pas favorable. Yoy. Li- TuiuiiB. De nos jours, Abauzit, professeur à Lausanne, a ffiil unedisscrlatiou contre VA-

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pocalypse; le plus célèbre des incrédules modernes en a copié les objections dans deux ou Irois de ses ouvrages. Les anglicans au contraire mettent ce livre au nombre des saintes Ecritures; depuis peu, le savant Lart! ner a rassemblé les témoignages des anciens sur ce sujet. Credibility ofthe Gospel Hislory, lom. XVII, p. 356. Ceux qui ont traité ce point de critique sacrée ne paraissent pas avoir fait attention que le pape saint Clément, l'un des Pères apostoliques, fait évidemment allusion à deux passages de ce livre. Dans sa première lettre aux Corinthiens, n. 31, on lit : Voici le Seigneur; sa récompense est avec lui, pour rendre à chacun selon ses œuvres. Ces mêmes paroles se trouvent [Apoc. xxu, 12). La lettre finit par ces mots : A Dieu, par Jésus-Christ, gloire, honneur, puissance, majesté, trône .éternel, depuis les siècles et pour toujours. Voy. l'Apocalypse, c. v, v 13. — Mais comme ce livre semblait favoriser l'erreur des millénaires, on craignait que Cérin'.he ne l'eût supposé pour établir cette fausse opinion ; c'est ce qui empêcha d'abord plusieurs catholiques de le reconnaître pour canonique. Le doute a cessé, lorsqu'on a vu que le vrai sens ne donnait aucun lieu à celle erreur.

Pour affaiblir les témoignages qui déposent en faveur de l'authenticité de Y Apocalypse, les protestants disent que les Pères ne l'ont admise, que parce qu'ils étaient millénaires. Tout au contraire, ceux qui onl embrassé l'opinion des millénaires ne l'ont fait que parce qu'ils la croyaient enseignée dans Y Apocalypse; et quelques-uns d'enlre eux, qui ont réfuté les millénaires, ont cependant reçu Y Apocalypse comme un livre canonique; c'est cequ'a fait Origène. Avant le troisième siècle, on nepeulcileraucun des Pères qui ait formellement rejeté' ce livre.

Une autre objection des calvinistes, est que ces mêmes Pères onl reçu comme authentiques plusieurs autres écrits, dont la supposition et la fausseté ont élè reconnues dans la suite ; qu'ils onl ajouté foi à plusieurs histoires évidemment fabuleuses. Soil. Si pour prouver l'authenticité d'un livre quelconque, il faut des témoins qui aient é!é infaillibles et à couvert de toute erreur, nous demandons aux calvinistes qui sont les témoins auxquels ils se fient pour croire l'authenticité cl la canonicilé des livr.es qu'ils admettent? Ils n'ont pas vu qu'en alléguant ce reproche, ils sapaient par le fondement toute espèce de certitude morale, loulcespèej» de preuve pour constater des faits. — Puisque des livres qui avaient d'abord passé pour authentiques ont été reconnus dans la suite pour supposés et apocryphes, nous demandons encore pourquoi d'autres livres, dont on avait d'abord soupçonné la supposition, n'ont pas pu dans la suite êlre reconnus pour authentiques. Les mêmes règles de critique, qui nous font douter d'un fait lorsqu'il n'est pas encore suffisamment prouvé, doivent sans doute nous le faire croire lorsque nous avons découvert des preuves. — C'est ce qui est arrivée l'égard de plusieurs livres de l'Ecriture sainte, et en particulier de V Apocalypse.

DlCT. DE TllfOL. DOGMATIQUE. I.

En 397, le concile de Cartilage la mit au

rang des livres sacrés, quoique les conciles précédents ne l'eussent pas encore reçue commo canonique. On sait que le ive siècle, lorsque la paix eut été rendue à l'Eglise, fui un temps de lumière, de recherches, de savantes discussions ; les monuments des siècles précédents furent rassemblés et comparés, la tradition fut interrogée, les témoins confrontés : ce qui avait élé obscur et douteux jusqu'alors put devenir certain et incontestable. Tant que l'hérésie des millénaires avait subsisté, l'Eglise avait craint de l'autoriser en canonisant \' Apocalypse ; lorsque celle secte fut éteinte, il n'y eut plus de danger.

Iîeausobre, Ilistoire du manichéisme, 2" partie. 1. 1, chap. 5, § 3, soutient que les Eglises orientales du rile syrien n'ont point reconnu V Apocalypse pour canonique, puisqu'elle ne se trouve pas dans l'ancienne version syriaque du Nouveau Testament, dont ces Eglises se sont toujours servies ; mais il se trompe : nous ferons voir le contraire au mol Bibliïs Syiuaques.

APOCREAS. C'est la semaine qui répond à celle que nous appelons la septuagésime. Les Grecs l'appellent apocréas, ou privation de chair, parce qu'après le dimanche qui la suit, on cesse de manger de la chair, el l'on use de laitage jusqu'au second jour après la quinquagésime , que commence le grand jeûne de carême. Pendant Vapocréasf on ne chante ni triode ni alléluia.

APOCRISA1RE ou APOCRIS1AIRE, répondant, député, envoyé, lerme grec dérivé d'ànoxpi.afutt , je réponds. L'on appelait ainsi dans l'Eglise grecque des ecclésiastiques envoyés dans la ville impériale par les Eglises, par lesévêques ou par les monastères, pour y poursuivre les affaires qu'ils avaient à la cour. Justinien, par une loi, défendit aux évoques de s'absenter pour longtemps de leurs diocèses, sans en avoir r(çu un or.lre exprès de sa part, et il leur ordonna d'envoyer Yapocrisiaire ou l'économe de leur Eglise à la cour, lorsqu'ils y auraient des affaires a Iraiter. Dans la suile les empereurs nommèrent aussi apocrisiaires leurs ambassadeurs et leurs envoyés ; mais il ne faut pas les confondre avec les députés ecclésiastiques, liingham, Origin. ecclcs., I. ni, c. 13, § 6 ; Justin., Novell, vi, c. 2.

APOCRYPHE du grec «ttox/ju^î, lerme qui, selon son élymologie, signifie caché. — En ce sens, on nomm ail apocryphe tout écrit gardé secrètement et dérobé à la connaissance du public. Ainsi les livres des sibylles à Kome, confies à la garde des décemvirs ; les annales d'Egypte et de Tyr, dunt les prêtres seuls de ces royaumes étaient dépositaires, et dont la' lecture n'était pas permise indifféremment à tout le m.jnde, étaient des livres apocryphes. Parmi les divines Ecritures de l'Ancien Testament, un livre pouvait êlre en même temps, dans ce sens général, un livre sacré et divin, et uu livre apocryphe; sacré et divin , parce qu'on en connaissait l'origine, qu'on savait qu'il avait été révélé ; apocryphe, parce qu'il était déposé dans le temple, el qu'il nu.-

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vail point été communiqué nu peuple. Car, des Hois. Nous n'avons plus le livre d'Enoch,

lorsque les Juifs publiaient leurs livres sa- si célèbre dans l'antiquité; et, selon saint

rrés, ils les appelaient canoniques et divins. Augustin, on en supposa un autre plein de

et le nom d'apocryphes restait à ceux qu'ils fictions, que tous les Pères, excepté Tertul-

gardaienl dans leurs archives, ce qui n'eni- lien, ont regardé comme apocryphe. Il faut

péchait pas qu'ils ne pussent être sacrés et aussi ranger dans la classe des cavrages

divins, quoiqu'ils ne fussent pas connus pour apocryphes, le livre de Y Assomption de Moi-

tels du public. Ainsi, avant la traduction des se, et celui de Y Assomption ou Apocalypse

Septante, les livres de l'Ancien Testament d'Elie. Quelques juifs ont supposé des livres

pouvaient être appelés apocryphes par rap- sous le nom des patriarches, comme celui

poil aux Gentils et par rapport aux Juifs; la des Générations éternelles, qu'ils attribuaient

même qualification convenait aux livres qui à Adam. Les ébionites avaient pareillement

n'étaient pas insérés dans le canon ou lecata- supposé un livre intitulé Y Echelle de Jucob,

logue public des Ecritures. C'est précisément et un autre qui avait pour litre la Généalogie

ainsi qu'il faut entendre ce que dit saint Epi- des fils et des filles d'Adum, ouvrages imagi-

phane, que les livres apocryphes ne sont nés ou par des Juifs, amateurs des fictions,

point déposés dans l'arche parmi les autres ou par les hérétiques, qui, par cet artifice,

écrits inspirés semaient leurs opinions et en recherchaient

Dans le christianisme, on a attaché au mot l'origine jusque dans une antiquité propre à apocryphe une signification différente, et on en imposer à des yeux peu clairvoyants, l'emploie pour exprimer tout livre douteux, Lorsque l'Eglise a déclaré un livre apodont l'auteur est incertain, et sur la foi du- cryphe, et l'a exclu du canon des Ecritures, quel on ne peut faire fonds, comme on peut elle n'a pas prétendu décider par là que c'est \olr dans saint Jérôme, et dans quelques un livre sans autorité et supposé sous un autres Pères grecs et latins plus anciens que faux nom. Ainsi le Pasteur d'Hermas, que lui : ainsi l'on dit un livre, un passage, une plusieurs anciens Pères ont placé dans le histoire apocryphe, etc., lorsqu'il y a de for- même rang que les livres sacrés, n'a plus tes raisons de suspecter leur authenticité, aujourd'hui la même autorité; il ne s'ensuit et de penser que ces écrits sont supposés, pas qu'il soit faussement attribué à Hermas, En matière de doctrine, on nomme apocry- et absolument indigne de croyance. Plusieurs phes les livres des héréliques, et même des critiques, instruits d'ailleurs, semblent n'alivres qui ne contiennent aucune erreur, voir pas assez fait celte distinction : parce mais qui ne sont point reconnus pour divins, qu'un ouvrage est regardé comme apocryphe^ c'est à-dire, qui n'ont été mis ni par la sy- ils ont conclu que c'a été la production d'un nagogue, ni par l'Eglise, dans le canon, pour imposteur.

être lus en public dans les assemblées des C'est la méprise dans laquelle parait être

juifs ou des chrétiens. tombé l'auteur d'un mémoire sur les ouvrages

Dans le doute, si un livre est canonique ou apocryphes supposés dans les premiers siècles

weryphe, s'il doit faire autorité ou non en de l'Église, Mém. de l'Acad. des Jnscript.,

...alière de religion, on sent la nécessité d'un t. XXVII, in-4°, p. 95, qui a été copié par

tribunal supérieur et infaillible pour fixer l'auteur de 1 Examen critique des apologistes

l'incertitude des esprits; et ce tribunal est de la Religion chrétienne, c. u. Il met à peu

1 Eglise, à laquelle seule il appartient de don- près sur la même ligne les livres notoirc-

neràunlivre le titre de divin, ou de le rejeter ment supposés et forgés par les hérétiques,

comme supposé. les écrits dont les auteurs ne sont pas cer-

Les catholiques et les protestants ont eu tainement connus, mais qui ne renferment

des di-pules très-vives sur l'autorité de quel- aucune erreur, et les ouvrages dont les au-

«;ues livres que ces derniers traitent lYapo- teurs sont connus, mais qui ne doivent pas

cryphes, comme Judith, Esdras, les Mâcha- être placés dans le canon des livres sacrés,

bées : les premiers se sont fondés sur les parce que le pape Gélasc les a tous déclarés

anciens canons ou catalogues, et sur le té- apocryphes. Il est cependant évident qu'il y a

moignage uniforme des Père»; les autres sur une grande différence à mettre entre les uns

la tradition de quelques Eglises. La question et les autres.

est de savoir si l'opinion d un petit nombre Nous convenons, 1° que les faux Evangi-

d'Egliscs particulières doit remporter sur les, publiés sous les noms de saint Pierre,

telle du plus grand nombre- Les livres rc- de saint Jacques, de saint Mathias, etc., les

roniilll pour apocryphes par l'Eglise catholi- faux Actes des Apôtres, les fausses Apoca-

que, qui sont véritablement hors du canon lypscs, sont ou des impostures faites mali-

<le l'Ancien Testament, et que nous avons cicusement par des héréliques dans le des-

encorc aujourd'hui, sont YOraison de Ma- sein d'établir leurs erreurs, et qui ne ntéri-

nassci, qui est à la lin des bibles ordinaires ; lent aucune attention ; ou des histoires fuies

le in' et le -iv livre des Machabées. A la fin innocemment par des écrivains mal instruits

île Job, on trouve une addition dans le grec, et trop crédules, mais qui n'avaient aucune

qui contient une généalogie de Job, avec un intention de tromper : une partie de ces dif-

diinotiri de la femme de Job; on voit aussi, férentes productions a paru dans le second

dans l'édition grecque, un psaume qui n'est siècle; le reste ne nous est connu que par

pas du nombre des cent cinquante; et à la le décret de Célase, porté sur la fin du cin-

(iu du livre de la Sagesse, un discours de quiètue siècle. Tout cela ne doit point cire,

balumon, lire du vu.' chapitre du IIP livre confondu. — 2° Nous convenons que lau-

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Iheuticité de la Lettre d'Abgare n'est pas incontestable, qu'il n'est pas absolument certain que les apôtres aient eux-mêmes composé le symbole qui porte leur nom, non plus que les liturgies qui leur sont attribuées et les canons appelés Canons des Apôtres: mais ces écrits sont-ils apocryphes dans le même sens que les précédents? Le symho'e est véritablement le précis de la doctrine des apôtres, leurs liturgies sont très-anciennes, et ont été en usage dès les premiers siècles dans plusieurs Eglises; les canons apostoliques sont l'ouvrage des premiers conciles, et un monument de la discipline suivie pour lors dans l'Eglise. Ce sont donc des pièces respectables, que l'on ne peut rejeter absolument sans témérité. — 3° Nous soutenons que le Pasteur d'Hermas, la Lettre de saint Barnabe , les deux Lettres, de saint Clément, les sepi Lettres de saint Ignace sont authentiques, sont vérilablement des auteurs auxquels on les attribue; mais que l'on ne doit pas les mettre au rang des livres sacrés ou des écritures canoniques : c'est dans ce sens seulement que l'on peut les nommer apocryphes. Nous parlerons de ces divers écrits sous leurs noms propres, de même que du célèbre passage de Josèphe, des livres des sibylles, etc.

Quand on a fait une fois loues ces distinctions, l'on n'est plus étonné du grand nombre d'écrits supposés dans les premiers siècles et dans les suivants, parce que l'on voit les causes des différentes espèces de suppositions; il est aisé de montrer que la multitude des livres rejelés comme apocryphes ne peut former aucun préjugé contre I 'authenticité ou contre la canonicité des autres; il en résulte que le jugement des critiques anciens ou modernes n'est pas une règle infaillible, que la seule décision à laquelle on puisse se fier sans aucun danger d'< rreur est celle de l'Eglise.

Mosheim prétend que la multitude des livres apocryphes, supposés dans le n« et le m* siècle de l'Eglise, est venue de la métbode de disputer qui s'introduisit parmi les Pères et les docteurs de ces temps-là. Suivant son opinion, les docteurs chrétiens, élevés dans les écoles des rhéteurs et des sophistes, ne se firent aucun scrupule d'adopter la maxime des platoniciens, qui pensaient qu'il était permis d'employer le mensonge et l'imposture jour soutenir la vérité. Conséquemment, les écrivains ecclésiastiques, en disputant contre les païens et contre les hérétiques , furent plus occupés du soin de vaincre leurs adversaires ou de les réduire au silence, que de leur montrer la vérité ; et cette manière de traiter les controverses fut nommée économique. On supposa des livres sous des noms respectables; on employa des fraudes pieuses, etc. Hist. ecclésiast. du 11e siècle, r« part., c. 3, § 15; me siècle, ue pari., c. 3. § 10.

Au mot Economie, nous réfuterons cette calomnie forgée par les protestants, par nécessite de système, pour déprimer l'autorité des Pères de l'Eglise, et avidement adoptée

par les incrédules modernes; nous ferons voir que ces accusateurs téméraires ont prêté aux docteurs chrétiens leur propre génie et leur méthode de disputer. En parlant du second siècle, Mosheim n'avait pas osé affirmer cette imputation : « On aurait tort, dit-il, d'attribuer toutes ces fraudes pieuses aux vrais chrétiens ; la plupart des ouvrages apocryphes furent la production de l'esprit fertile des gnostiques ; mais je ne saurais assurer que les vrais chrétiens ont été enlièiement exempts de ce reproche. » Sous le nie siècle, il a été plus hardi; il accuse les controversistes d'avoir supposé les canons des apôtres, les constitutions apostoliques, les récognitions de saint Clément, et les clémentines. — Heureusement la calomnie se dément ici elle-même; de l'aveu de Moslu im, les canons des apôtres renferment la discipline suivie dans l'Eglise pendant le 11e et le ine siècles : or, à celte époque, on a fait profession de suivre ce que les apôtres avaient établi dans les Eglises qu'ils avaient fondées ; où est la fausseté, où est la fraude, d'avoir nommé canons apostoliques les règles qui transmettaient par écrit la discipline que l'on croyait et que l'on savait avoir été établie par les apôtres ? Il est plus que probable que ces canons n'ont été recueillis et rassemblés qu'au ive siècle; ce ne peut donc pas être une fraude du n;6. — Il en est de même des constitutions apostoliques, des récognitions et des clémentines ; on n'en voit encore aucun vestige dans les auteurs du me siècle. Il y a eu plusieurs écrivains nommés Clément; si l'on a attribué par erreur à saint Clément de Rome les ouvrages d'un autre Clément, il s'ensuit que l'on a manqué de discernement et de critique, et non que l'on a péché contre la bonne foi. Dans les bas siècles et presque de nos jours, on a mis sous le nom de saint Augustin des sermons, des traités, des commentaires qui n'étaient pas de lui. La critique, devenue plus éclairée et plus circonspecte, découvre tous les jours de ces sortes d'erreurs ; elles ont eu lieu à l'égard des auteurs profanes, comme à l'égard des écrivains sacrés et des Pères de l'Eglise. Il y a de l'entêtement et de la malignité à vouloir que toutes ces méprises soient des impostures réfléchies, plutôt que des fautes d'iguorance et de préoccupation.

Aux articles Constitutions apostoliques.

Evangile, Hermas, Sibylles, etc., nous ferons voir que la plupart des suppositions des livres apocryphes ont pu se faire trèsinnocemment, que toutes celles qui ont été réfléchies et malicieuses ont été l'ouvrage des hérétiques et des philosophes, et non des docteurs de l'Eglise ; qu'un très-graiwJ nombre se sont faites postérieurement au ine et même au ive siècle. Reausobre, quoique ennemi déclaré des Pères de l'Eglise, convient que la plupart des faux livres quj ont paru plus tôt ont été forgés par un certain Leucius Carinus, hérétique de la secte des docèles. Hist. du Manich., 1. 1, 1. n, c.2, p. 3V6. Les soupçons et les accusations

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