‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 51 sur 183 · AID · texte numérisé non relu

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qui devaient croire, les prémices de leur apostolat, après tes avoir éprouvées. Ce grand docteur, après avoir montré que les envoyés du Christ, perpétuant le sacerdoce en vertu d'une mission divine, n'ont fait que ce que fil Moïse pour établir celui de l'ancienne loi en le menant à l'abri de toute contestation, continue en ces icnnes : « Nos apôtres ont connu, par Notre- Seigneur Jésus-Christ, qu'il y aurait aussi des contestations relativement à l'épiscopat. C'est pour ce tnotif, dont ils avaient acquis une parfaite connaissance anticipée, qu'ils ont établi les pasteurs ci-dessus mentionnés, et qu'ils ont déterminé, pour régler la succcs-ion dans la suite, que lorsque ceux-ci seraient morts leur ministère et leurs fonctions seraient conféi es à d'autres hommes éprouvés. » Enlin il ajout/; que celle transmission de pouvoirs ne se fait que du consentemeut de l'Eglise universelle.

Les canons apostoliques, qui, selon de graves critiques, furent rédigés' par le même souverain pontife, et qui ont toujours joui dans l'Eglise de la plus grande autorité (V. Canons apostoliques), tracent les règles à suivre, tant pour la succession régulière et la conservation de la mission légitime des pasleurs de tous les ordres (a), que pour le maintien de la doctrine apostolique (b). Les constitutions apostoliques, dont on ne peut assigner l'époque précise, mais qui sont assurément antérieures au premier concile de Nicée, c'est-à-dire à l'an 323 (V. Constitutions apostoliques) (c) , rappellent (d) les précautions à prendre dans l'élection des évéques, comme ayant été observées dés les temps apostoliques.

Citons maintenant les témoignages des docteurs chrétiens des premiers siècles, ou qui ont rappelé dans leurs écrits l'aposlnlicité comme caractère de la vériiable Eglise, ou qui l'ont évidemment supposée, so l comme un fàitadmis univeisellement, soitconinie un principe incontestable. Saint Irénée, disciple de saint Polycarpe.qui le lut lui-même de l'a, être saint Jean, oppose souvent aux hérétiques de son temps l'apostolicilé de la doctrine et la succession légitime des pasteurs. < Tous ceux qui veulent connaître la vérité, dit-il (e), n'ont qu'à lever les yeux pour apercevoir dans toute l'Eglise la tradition des apôtres lépan lue dans le monde entier : nous pouvons compter ceux qui ont été établis évoques dans les Eglises par le-, apôtres et leurs successeurs jusqu'à nous. Aucun d'eux n'a enseigné celle doctrine. Mais comme il serait trop long de tracer en détail la succession des évéques dans les diverses Eglises, nous vous renvoyons à ia tradition de la plus grande, de la plus ancienne' et la plus universellement connue de imites, l'Eglise qui fut fondée à Home par saint Pierre et saint Paul . et qui s'y est perpétuée par la su. cession de ses évéques jusqu'à m. s jouis. > 11 cite ensuite les noms des différents papes jusqu'à Eleuli'ère, qui vivait alors. « 11 ne faut pas chercher chez d'autres, dit-il plus loin (f),la vérité; il est facile de

mais c'est à tort. Si l'on se repose au verset 40, on verra qu'il y mentionne les attributions particulières du souvelain Pontife, celle des prêtres, dont il est encore que>tion au verset ii, cl même celles des lévites. Il ne parle ici que des évéques ei des diacres, parce qu'il cite inuiiédia- UineiU après un texte d'Isaïe où il n'est question que de ces deux ordres de la hiérarchie. Saint Clément a S3ns doute cité d'api es un ancien manuscrit grec perdu depuis longtemps; car voici ce passage d'Isaïe (lx, 17) sans variantes selon les LXX : k«i $&„• «fo dre«wt«t <™> lv *?fa, xat

(a) Koir les canons I, â, 29, 67 el 75, dans la grande collection des conciles de Mansi, 1. 1, col. 30 soq.

{b) Canon 50, ibid. Voir aussi pour cet objol saint Clément, Aposlulic coast., liv. i, c. 7, et Bellarinin, De déficit, hv. m, c. 20.

(c) Consulter Mansi, Sacr. conçu, nova et amplissima colteclio, i. I, c. 2o8 seq.

(rf) Liv. ii, cl, 2 ci 3.

(e) Ativertiis hœrcses, liv. m, c. 5.

(/) Ibid., c. i.

la tirer de l'Eglise catholique, puisque les apôtres y ont versé à pleines mains, comme dans un riche dépôt, tout < e qui lient à la vérité : en sorte que quiconque lèvent peut y puiser le breuvage qui

donne la vie S'il s'élevait une discussion sur

quelque légère question, ne faudrail-il pas recourir aux plus anciennes Eglises, où les apôtres ont vécu, pour y apprendre ce qu'il y a de certain et de clair sur la matière en litige? Que ferait-on si les apôtres ne nous eussent point laissé d'Ecritures? ne faudrait-il pas se conformer à la tradition qu'ils ont confiée à ceux qu'ils ont chargés du soin des Eglises? i

Tertullien, dans son admirable livre des Prescriptions, s'appuie surtout sur la règle de l'apostolicilé, pour confondre les hérétiques de son temps. < Luimême. (Jésus Christ), écrit-il (a), tandis qu'il était sur la terre, soit dans ses discours au peuple, soit dans ses instructions particulières à ses disciples, a enseigné ce qu'il était, ce qu'il avait élé, les volontés de son Père donl il était chargé, el ce qu'il exigeait des hommes. Parmi ses disciple*, il en choisit douze jour raccompagner cl pour devenir dans la suite les docteurs des nations. L'un d'entre eux ayant élé retranché de ce nombre, il commanda aux onze autres, lorsqu'il retourna à son Père, après sa résurrection, d'aller enseigner toutes les nations, et de les baptiser au nom du Père, et du Fils, et du Sainl-Esprii. Aussitôt après, les apôtres (ou envoyés) ayant choisi Maihias, sur qui tomba le sort, pour remplacer le traître Judas, selon la prophétie de David, et ayant rc*u avec le Saint-Esprit qui leur avait été promis, le don des langues et des miracles, prêchèrent la foi en Jésus-Chrisl, et établirent des Eglises d'abord dans la Judée : ensuite, s'élanl partagé l'univers, ils annom èreiu la même foi et la même doctrine aux nations, tt fondèrent des Eglises dans les villes. C'est de ces Eglises que les autres ont emprunté la semence de la doctrine, el qu'elles rempruntent encore tous les jours pour devenir des Eglises. Par cette raison, on les compte aussi parmi les Eglises apostoliques donl elles sont les filles. Tout se rapporte nécessairement à son origine : c'est pourquoi un si grand nombre d'Eglises si considérables sont censées la même Eglise, la première de toutes, fondée parles apôlres el la mère de louies les autres. Toutes sont apostoliques, toutes ensemble ne font qu'une seule Eglise par la communication de la paix, la dénomination de frères et les liens de l'hospitalité qui unissait tons les fidèles Voici, continue le même

Père (c. 2i), comme nous lirons de là notre seconde prescription. Si Notre-Seigneur Jésus-Chrisi a envoyé ses apôlres pour prêcher, il ne faul donc pas recevoir d'aulres prédicateurs, parce que personne ne connaît le Père que le Fils et ceux à qui le Fils l'a révélé, el que le Fils n'a révélé qu'aux apôlres, envoyés pour prêcher ce qu'il leur a révélé. Mais qu'oui prêché les apôlres, c'est-à-dire que leur a révélé Jésus Chrisi? Je prétends, fondé sur la même prescription, qu'on ne peut le savoir que par les Eglises que les apôtres ont fondées et qu'ils ont instruites de vive voix et ensuite par leurs lettres. Si cel i est, il est incontestable que loute doctrine qui s'accorde avec la doctrine de ces Eglises apostoliques cl matrices, aussi anciennes que la foi, est la véritable, puisque c'est celle que les Eglises ont reçue des apôtres, que les apôtres ont reçue de Jésiis- Christ, et que Jésus-Christ a reçue de Dion. Il ne nous reste qu'à démontrer que notre doctrine, donl nous avons présenté plus haut l'abrégé, vient des a|ôires, el que, par une conséquence nécessaire, tontes les autres sonl fausses. Nous communiquons avec les Eglises apostoliques, parce que noire doctrine ne diffère en rien de la leur : voilà notre dé« monslraliou. » On ne peut établir ni plus clairemcni

(n) Prœscripl., c. 20.

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ni plus énergiqucment la rèsjlc invariable «le l'apo»mlicilé, soil du ministère, soil de la doctrine, que ne l'a fait ce Père à là fin du n* siècle. Voyons maintenant comment il en fait l'application contre les hérétiques de son temps. Après avuir parlé de Marcion, de Valenlin et d'Apelle (c. 30) et de la nouveauté de leurs doctrines, il continue ainsi : < Quant à un certain Nigidius, à Hermogène et à tant d'autres, dont l'occupation unique est de pervertir, qu'ils produisent les titres de leur mission... Qu'ils prouvent donc qu'ils sont de nouveaux apôtres, que Jésusf.lirist est descendu une seconde lois sur la terre, qu'il a de nouveau enseigné.... que, déplus, il leur a communiqué le pouvoir d'opérer les mêmes prodiges que lui-même : c'est à ces traits que nous reconnaissons les vrais apôtres de Jésus-Christ. > Puis il conclut (c. 32) : r Au reste, si quelques-unes de ces séries osent se dire contemporaines des apôtres pour paraître en venir, faites-nous donc voir, leur répond.ons-nous, l'origine de vos Eglises, l'ordre et la succession de vos évêques, en sorte que vous remontiez jusqu'aux apôtres, ou jusqu'à l'un de ces hommes apostoliques qui ont persévéré jusqu'à la fin | dans la communion des apôtres; car c'est ainsi que i les églises vi aiment apostoliques justifient qu'elles le ' sont. Ainsi, l'Eglise de Smyme montre Polycarpe que Jean lui a donné pour évêque, et l'Eglise de Rome, Clément, ordonné par Pierre. Toutes nous montrent de même ceux que les apôtres ont établis leurs évêques, et par le canal de qui elles ont reçu la semence de la doctrine apostolique. Que les hérétiques inventent du moins quelque chose de semblable. Après tant de blasphèmes, tout leur est permis : mais ils auront beau inventer, ils ne gagneront rien; car leur doctrine, rapprochée de celle des apôires, prouve assez par son opposition qu'elle n'a pour auteur ni un apôtre, ni un homme apostolique. Les apôtres n'ont pu êire opposés les uns aux autres dans leur enseignement; les hommes apostoliques n'ont pu l'être aux apôtres, si vous exceptez ceux qui les ont abandonnés. Oui, que les hérétiques montrent la conformité de leur doctrine à la doctrine apostolique.... Toutes les hérésies sont donc sommées par nos Eglises de justifier par leur doctrine ou par leur origine qu'elles sont apostoliques, comme elles le prétendent. La dilîérence de leur doctrine démontre au contraire qu'elles ne sont rien moin-> qu'apostoliques : c'est pourquoi aucune Eglise apostolique ne les reçoit à la paix et à la communion. » Enfin, Tertullien renvoie (c. 30) les hérétiques aux Eglises fondées par les apôtres eux-mêmes. < Voulez-vous, leur dit-il, saii«faire une louable curiosité, qui a pour objet le salut, parcourez les Eglises apostoliques, où président encore, et dans les mêmes places, les chaires des apôtres ; où lorsque vous entendrez la lecture de leurs lettres originales, vous croirez les voir eux-mêmes et entendre le son de leur voix. Eles-vous près de l'Achaïe, vous avez Coi inlhe ; de la Macédoine, vous avez Philippcs et Thessalon que. Passez vous en Asie, vous avez Ephèse; ètes-vous sur les frontières de l'Italie, vous a\cz Home, à l'autorité de qui nous sommes ans i à porié>: de recourir. Heureuse Egl se, dans le sein de laquelle les apôtres ont répandu et leur d cliïne ei leur sang ; «>ù Pierre est crucifié comme s<m maître ; où Paul est couronné comme Jean-Baptiste; d'où Jean TEvangéliste, sorti de l'huile bon. liante sain ei sauf, est relégué dans une île! Voyons donc ce qu'a appris et ce qu'enseigne Ruine, et eu quoi elle communique particulièrement avec le» Eglises d'Afrique. » Puis il expose la loi de l'Eglise <lc Home pour justiiicr de l'apostolicilé de celles d'Afrique, qui proie sent la même doctrine.

Saint Cyprien, au milieu «lu "t* siècle, établissait la constitution de l'Eglise sur Tordre de succession dans Icpiscopat, observe dans les temps anléiicurs

et remontant jusqu'aux apôtres (a). Enfin, au commencement du ive siècle (an 325), le premier concile général tenu à Nieée rédigea un symbole de foi plus explicite que celui des apôtres, d tus lequel ta qualité d'apostolique fut attribuée solennellement à la véritable Eglise. Or, cette profession de foi fut répétée, mentionnée ou supposée dans lotîtes les grandes assemblées des premiers pasteurs de l'Eglise, qui se tinrent depuis, comme nous le voyons pour les concilcsi de Constantinople, d'Ephèse et de Chalcédoine, dans les actes tant du lte que du m e concile de Constantinople (6). Il en fut de même dans les autres concile^ tenus depuis, jusqu'à celui de Trente, terminé en 150"), où ta même symbole fut rappelé (c) à rexempL', des l'êtes, qui dans les sa'n.ls conciles, rai observé la coutume d'opposer ce bouclier à toutes les

hérésies, au commencement de leurs opérations Ce

symltole se trouve aussi reproduit dans tous les livres de liturgie. On voit qu'il serait superflu de citer les Pères de l'Eglise qui depuis le premier concile de Nicée ont parlé de l'apostolicilé comme du caractère le plus distinctif de la véritable société chrétienne.

D'ailleurs, nous voyons dans tous les temps les premiers pasteurs assemblés baser invariablement leurs décisions tant dogmatiques que disciplinaires, ainsi que les jugements qu'ils avaient à prononcer relativement à la réintégration ou à la déposition des évêques, sur la triple règle de l'apostolicilé de la doctrine, des pratiques essentielles et du ministère. [Nous trouvons une application remarquable de cette règle, concernant la doctrine, dans le ni* concile tenu à Constantinople en 080 (d), et une autre encore plus solennelle, louchant la succession légitime des pasteurs, dans le quatrième concile (huitième œcuménique) assemblé dans la même ville eu 869, à l'effet de déposer Photius ainsi que tons les évêques intrus, et de rétablir dans leurs dignités saint Ignace et ceux qui étaient en communion avec ce patriarche légitime (e).

De tous ces faits, nous sommes en droit de conclure rigoureusement que la véritable Eglise de Jésus- Christ doit être apostolique. C'est-à-dire , que la société qu'il a établie si miraculeusement, au moyeu des hommes les plus simples, mais investis d'une autorité toute divine, pour procurer aux hommes tous les secours dont ils ont besoin dans l'ordre du salm, doit évidemment, d'après sa nature, tirer sou origine des apôtres, enseigner une doctrine et prescrire des pratiques apostoliques, ou dont on ne puisse pas assigner l'origine, enfin être gouvernée par une série de pasteurs, tous en communion les uns avec les autres, qui se soient suceélé sans interruption depuis les temps apostoliques, cl dans la communion des apôtres. D'ailleurs, nous avons vu que ce caractère essentiel de l'Eglise a été reconnu dans tous les siècles, cl qu'il a invariablement servi de règle pour le discernement des doctrines, des pratiques et des pasteurs légitimes de la véritable soc.éié chrétienne, de celle qui seule possède les moyens communs et extérieurs de salut.

11. Examinons maintenant quelle est celle des sociétés chrétiennes qui peut à juste titre s'airoger la qualité d'apostolique. Nous avons vu que la véritable Iglise de Jésus-Christ doit être apostolique, soil sous le rapport de sa doctrine et de ses pratiques essentielles, soil sous celui de sou origine et de la succession légitime et non interrompue de ses pasteur-. Considérons d'abord l'apostolicilé de l'Eglise sous le premier point de vue. Il n'est point nécessaire, pour en faire une juste appréciation, de considérer séparément toutes l«s doctrines et toutes les pratiques d'une société chrétienne, afin d'en constater direc ■

(a) Epist xxvu. — (/>) Voir Mansl .t. I\ , col. Ô70. »'t l. XI, roi 19*. («) S.ll ., III. {d) Mans», l. XI, 190* f. — (c) Cvncil. Consl , IV, acl. I, dans Maiisi, t. XVI, col. 27 jk/.

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temenl l'origine apostolique, en remontant ou en descendant de siècle en siècle : ce serait un travail dont peu de personnes sont capables; tons les hommes cependant, à quelque condition qu'ils appartiennent, doivent pouvoir sans grand effort reconmiire la véritable porte du salut. II suffit pour les cens simples qu'ils examinent ou qu'ils s'informent si telle ou telle société chrétienne a ou n'a pas été retranchée d'une autre plus ancienne qui jouissait du droit de possession, si l'on peut ou non assigner l'époque où elle a commencé avec un code doctrinal ou disciplinaire différent en un ou plusieurs points d'un autre suivi antérieurement. Or cet examen, qui est à la portée du plus grand nombre, sera décisif : car, comme le fait obseryer Bossuet (a), < le moment de la séparation sera toujours si constant, que les hérétiques eux-mêmes ne le pourront désavouer, et qu'ils n'oseront p2S seulement tenter de se f lire venir de la source par une suite que l'on n'ait jamais vue s'interrompre : c'est le faible inévitable de toutes les sectes que les hommes ont établies; nul ne peut changer les siècles passés, ni se donner des prédécesseurs, ou faire qu'il les ait trouvés en possession. La seule Eglise catholique remplit tous les siècles précédents par une suite qui ne peut lui être contestée. » Mais il est évident pour tout le momie qu'une secte nouvellement organisée, et avec la prétention tle réformer l'ancienne doctrine ou les anciennes pratiques, ne petit être apostolique. 11 résulte de ce simple examen que cette qualité ne peut être attribuée qu'à l'Eglise romaine, qui seule n'offre point le caractère de la nouveauté, qui seule n'a jamais varié soit dans ses croyances , soit dans ses pratiques essentielles.

Saint Augustin (6) donne la règle su.vanie, pour faire juger de l'apostoHcité, soit d'un dogme soit d'une pratique : < On est parfaitement fondé à croire, ditil, que ce qu'observe l'Eglise universelle et y fut toujours observé sans avoir été prescrit par les conciles, ne peut venir que de l'autorité apostolique. » Saint \incenl de Lérins dans ses Commonitorii, dit aussi que l'on doit rapporter à une tradition apostolique ce qui a été cru ou observé par tous les fidèles, dans tous les temps et dans tons les lieux. Mais on conçoit que la règle est d'une application d'autant plus difficile, qu'elle exige la connaissance parfaite de la tradition de l'Eglise universelle, sur tous les dogmes et toutes les pratiques. Néanmoins nous en ferons usage pour démontrer la légitimité des principales croyances et des pratiques essentielles de l'Eglise romaine sous les litres qui leur conviennent (c).

Mais il est beaucoup plus facile d'apprécier d'un seul coup d'oeil l'apostolicité de la véritable Eglise par la voie de la prescr.p ion. 11 est impossible, eu effet, qu'il s»it survenu aucun changement insensible, inaperçu , dans les doctrines ou dans les pratiques apostoliques : car ce changement se serait introduit ou par suite de l'ignorance où l'on aurait été des croyances et des piatiques du siècle procèdent, ou parce que quelques-uns auraient voulu soit abolir, soit établir frauduleusement un dogme ou une pratique; ou parce que tous les fidèles aura eut conspiré unanimement pour altérer en quelques points la tradition apostolique. Or, chacune de ces hypothèses est insoutenable : la première, parce que toutes les générations ne finissent point a\ec un siècle, que les précédentes vivent avec les suivantes, et que de tout temps le» fidèles de tous les âges ont fait en commun profession de la même loi et exercé publiquement le

(a) Disco.tr s sur l'hist. univ , p. n, c. 50.

(b) De Bapt. contra Donatistas, liv. iv, c. 24.

(et Ceux qui aiment les arguments ad hominem ne liront pas sans intérêt le chap. xxxiv d'un ouvrage de Thomas Moore uiiiiulé : Voyage a'un Irlandais à la recherche d'une religion. Cet inléréss mt auteur y prou\e l' antiquité auotolique de la doctrine caliwlique, tant par 1rs é< rits des réformateurs que par ceux de protestants plus modernes. Voir Dénions:, evanj , t. MV, col. 153 seq.

même culte ; la seconde, parce qu'on se serait récrié contre l'intention perverse des novateurs, aussitôt qu'on se serait aperçu qu'ils avaient la prétention de déroger aux croyances et aux pratiques communes : en supposant qu'ils eussent réussi dans une localité à opérer quelque changement, on aurait réclamé dans mille autres, eu leur contestant le droit qu'ils usurpaient, et c'est précisément ce que l'on a fait contre les hérésiarques de tous les siècles; la troisième hypothèse est encore plus inadmissible , parer qu'il aurait fallu convenir sur tous les points du globe où la religion chrétienne était professé-', d'ajouter ou de retrancher tel ou tel article, à partir de tel jour, tout en le laissant ignorer aux générations suivantes, ce qui eût été de toute impossibilité, vu l'opposition des intérêts et des passions, vu surtout les réclamations que n'auraient pas manqué de faire, n'importe dans quel siècle, les ennemis acharnés de l'Eglise, toujours disposés à la trouver eu défaut.

On ne peut donc aucunetnentsupposer qu'il soit jaruais survenu aucun changement inaperçu, soitdans les doctrines, soit dans les pratiques apostoliques; d'où l'on doit conclure que celte Eglise seule est apostolique, dans laquelle on ne peut signaler au.' un changement, soit dans la croyance, soit dans les pratiques essentielles : or l'Eglise romaine est visiblement la seule qui soit dans ce cas. Dès lors donc que telle croyance ou telle pratique était reçue dans tel siècle, on doit en conclure qu'elle l'était dans le précédent, puis dans les temps antérieurs, en remontant ainsi jusqu'aux apôtres. Car, ainsi que nous l'avons fait voir, aucun cli. ingénient insensible n'est possible, et s'il se lût introduit quelque innovation, on connaîtrait, selon la remarque de Bellarmin, comme on le fait sur toute hérésie , les six choses suivantes : 1" l'objet de l'innovation , 2° son auteur, 3° le temps où elle a commencé , 4° le lieu de sa naissance, 5° ceux qui s'y sont opposés, 0° la petite société qui en a d'abord favorisé la propagation. Mais aucun de ces indices de nouveauté n'est applicable soil aux doctrines, soit aux pratiques essentielles de l'Eglise romaine, et tous, au contraire, le sont aux croyances el aux observances des autres sectes; il est donc clair que l'Eglise romaine seule possède un ensemble de doctrines et de pratiques dont aucune n'a été altérée depuis les temps des apôtres, et que , par conséquent, seule elle doit être reconnue apostolique sous ce double rapport.

On pourrait objecter ici qu'il y a eu innovation dans la doctrine de l'Eglise romaine, toutes les fois que de nouveaux points dogmatiques ont été définis : nous renvoyons pour la réponse à l'article Foi, où nous distinguerons rigoureusement la foi implicite de la foi explicite. Quand à la détermination des pratiques essentielles, Voy. Culte, Discipline.

L'apostolicité du ministère est l'appui cl le garant de l'apostolicité de la doctrine. Si le canal par lequel la doctrine passe ne change pas et n'éprouve aucune interruption, n'esl-ce pas une preuve que l'eau découle de la vraie source? Si au contraire il y a interruption, ou peut marquer l'époque où elle a pu cesser u'êire la véritable doctrine.

< On dislingue deux choses dans le ministère ecclésiastique, dit M. de La Luzerne, le pouvoir d'ordre et le pouvoir de juridiction. Tous les deux émanent des apôires qui les avaient reçus de Jésus-Christ. C'est dans la continuité de ces deux pouvoirs, depuis les apôlres qui les premiers ont exercé ce •ministère sacré, jusqu'aux évoques qui l'exercent aujourd'hui, que consiste l'apostolicité du ministère. Le premier, t'est-à-dire le pouvoir d'ordre, s'est perpétué sans interruption par l'ordination canonique. Les apôlres ont ordonné les premiers évêques; ceux-là en oui consacré d'autres : el ainsi les évêques de nos jours oui reçu le même caractère épiscopal qu'avaient les premiers successeurs des apôlres. £>i, dans le cours des Siècles, il s'est rencontré quelque homme asseï téméraire pour entreprendre de laire une ordination

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d'évèques, sans avoir reçu lui-même des successeurs des apôtres le caraclère épiscopal, celle ordination a été non-seulement illégitime, mais encore invalide. Un tel épiscopal, n'étant pas le même qu'avaient les apôtres, n'est pas apostolique; il est nul. Le second pouvoir, qui est le pouvoir de juridiction, ayant été dès l'origine de l'Eglise iixé à des sièges et circonscrit dans des territoire-, c'est la succession continue des évêques sur ces sièges qui forme l'apostidicité de la juridiction. Chaque successeur a reçu la juridiction qu'avait son prédécesseur, et celle tradition non interrompue remonte jusqu'aux apôtres. Les érections nouvelles d'évôcliés ayant élé faites par l'autorité des successeurs des apô'rcs, soni de même dans la succession apostolique. Les uns sont établis dans les régions récemment acquises à la foi , 1 1 sont au si apostoliques que ceux qu'établissaient les apôtres à mesure qu'ils étendaient leurs prédications : ils -ont fondés, comme les premiers, par la puissance apostolique. Les autres sont des démembrements d'évéchés que l'on juge trop étendus. Les évêques qu'on y installe succèdent légitimement en celle partie à ceux dont on a démembré le territoire, lesquels les reconnaissent comme leurs successeurs. Tous ces établissements récents sont de nouveaux rameaux, mais qui sortent de la lige sacrée, et qui tirent leur substance de la racine apostolique. Au contraire, qu'un évêque prétende se faire un siège à luimême, ou, ce qui revient au même, qu'une puissance qui n'est pas celle des apôtres entreprenne d'en établir un, ce ne sera point un siège apostolique, paice qu'il ne sera pas dans l'ordre de la succession. Celui qu'on y aura élevé pourra avoir l'ordination apostolique, mais il n'aura pas la juridiction apostolique ; il n'exercera donc pas un ministère apostolique. »

Il nous reste maintenant à reconnaître quelle est celle des Eglises chrétiennes qui doit être lépuiée apostolique sous le point de vue «le son origine, et de la succession légitime et non interrompue de ses pasteurs, il serait presque aussi difficile pour un chrétien que pour un infidèle de rechercher la succession régulière des pasteurs de toutes les Eglises particulières; el même la vie de plusieurs hommes ne sulïirail pas à un tel travail , pour l'organisation duquel, au reste, les matériaux manqueraient te plus souvent. D'ailleurs, il est un grand nombre d'Eglises particulières dont la doctrine n'a subi aucun changement assignable, eldoit être par conséquent réputée apostolique , qui ne peuvent faire remonter la série de leurs paseurs jusqu'au temps des apôtres qu'en la rattachant à une autre série enice elle-même sur une souche apostolique. Il en esi plusieurs autres, principalement en Asie et en Afrique, qui, bien qu'ayant é;é fondées par des apôtres ou quelques-uns de leurs successeurs légitimes, ne peiivenicepeudanl produire une suite non interrompue de pasteurs pourvus d'une mission régulière , qu'en se greffant sur la souche romaine, et cela pour avoir rompu pendant un temps plus ou m i us long la chaîne apostolique. D'après ce qui précède, il est facile de conclure qu'il est rare que l'on puisse juger de l'apostolicité d'origine el de ministère d'une Eglise particulière, eu la considérant isolément , el qu'il importe de s'assurer avant tout si celte Eglise esi en communion avec une autre réputée plus ancienne , dont il soi l facile d'établir la succession non interrompue de pasteurs légitimes. Il est clair , en effel , qu'une Eglise particulière quelconque , qui est en communion de doctrines cl de pratiquas avec une aulrc visiblement apostolique, sous tous les rapports , ne peut cire gouvernée que par des pasieurs apostoliques, conformément à ces doctrines cl à ces pratiques apostoliques clles-mèin es.

Aussi, les plus anciens défenseurs de la véritable Eglise se conlenlaicnl-ils de prouver contra les hérétiques que la foi professée pur leurs Eglises était la

foi de Rome (<i) , celle grande Eglise dont l'apo lolicité n'a jamais pu être sérieusement révoquée en doute : ensuite , ils nommaient (ous les successeurs de saint Pierre sur le siège de Rome , jusqu'à celui qui vivait de leur temps. Nous nous abstenons de citer une seconde fois saint Irénée (b) , dont nous avons rapporlé les paroles en traitant la question da droit. Saint Augustin, dais l'exposition qu'il fnit (c) des motifs qui le retiennent dois le sein de l'Eglise catholique romaine , mentionne expressément « la succession de ses prélats sur son siég^, depuis saint Pierre , à qui le Seigneur , après sa résurrection , a confié le soin de paître ses brebis, jusqu'à l'evèque actuel. » D' même saint Optai, écrivant contre les donalisies, éiiuinère Ions les pipes depuis saint Pierre jusqu'à saint Srioc, qui vivait alors , « avec lequel, dit il , loul le monde el nous sommes unis de communion. Pour vous (donatislcs), ajoute-t-il, donneznous l'histoire de votre ministère épiscopal (il). » Cette manière de procéder des SS. Pères, en fait d'aposlolicité, avait élé remarquée avant nous par ïe savant Tournély : « Irénée, dit-il , n'énumère pas les évêques de Lyon, ni Eusèbe ceux de Césarée, qui l'avaient précédé, non plusqu'Epiphane ceux de Salamine , qu'Optai ceux de Milève, qu'Augustin ceux d'Ilippone; mais tons s'attachent à tracer la série des pouiifcs romains. >

APOSiOLINS, religieux dont l'ordre commença au xive siècle, à Milan en Italie. Ils prirent ce nom, parce qu'ils faisaient profession d'imilcr la vie des apôtres et celle des premiers fidèles.

APOSTOLIQUE, signifie, en général, qui vient des apôtres. On croit dans l'Eglise chrétienne, que la doctrine, pour êlre vraie, doit êire apostolique, qu'il ne faul rien enseigner que ce qui nous a é 6 transmis par les apô- Ires, ou de vive voix, ou par écrit : puisque la doctrine chrétienne est une doctrine révélée, nous ne pouvons la recevoir avec certitude que par l'organe de ceux que Jésus- Christ a envoyés pour l'enseigner. Terlullien a établi avec beaucoup de force ce principe, dans ses Prescriptions contre les hérétiques. — Par la même raison, la mission des pasteurs , pour être légitime, doit venir des apôtres par une succession non interrompue; toute mission qui ne vient pas d'eux, ne peut venir de Jésus-Christ, ne peut donner aucune autorité ni aucun pouvoir.

Le titre d'apostolique est donc un des caractères dislinclifs de la véritable Eglise, parce qu'elle fait profession d'être attachée à I la doctrine des apôtres ; que ses pasteurs, par une succession constante, tiennent leur mission de ces premiers envoyés de Jésus- l Christ. Aucune des sociétés qui se disent chrétiennes ne réunit ces deux caractères. • Ce litre , qu'on donne aujourd'hui par excellence à l'Eglise romaine , ne lui a pas toujours été uniquement alTccté. Dans les premiers siècles du christianisme , il était

(a) Voyez Terlullien, Prœscrip., Iil>. , c. xxxvi; Démons!, évang., t. I, c. xcvui; Curs. complet., t. I, col.7'J3; l'atroloq., t. Il.c-ii, édit. Migne.

(b) Aclo. Invies „ llv. III, c. 3.

(' ) Contra epist. Maniclnvi, qu.im vocinl fundamcnli, c. iv. l'atroloq., t. I.MI, col. 175, édit. Mi; -ne Plusieurs gallicans, el antre .unies Régaler, ont supprimé dans ce texte important ce qui a trait ii la primauté du Sami Siège Voyez Curs. rompL, t, IV, col, 59t.

(d) Heschismali donatUl , liv II, n. 3. Valrolog., t. M, col. 0t7, édit. Mignc.

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commun à toutes les Eglises qui avaient été fondées par les apôtres, et particulièrement aux sièges de Rome, de Jérusalem , d'Anliothe et d'Alexandrie, comme il paraît par divers écrits des Pères et autres monuments de l'histoire ecclésiastique. Les Eglises mômes qui ne pouvaient pas se dire apostoliques, eu égard à leur fondation faite par d'autres que par des apôtres , ne laissaient pas de prendre ce nom, soit à cause de la conformité de leur doctrine avec celle des Eglises apostoliques par leur fondation , soit encore parce que tous les évêques se regardaient comme successeurs des apôtres, et qu'ils agissaient dans leurs diocèses avec l'autorité des apôtres. Voy. Evêques.

Il paraît encore par les formules de Marculphc, dressées vers l'an GGO, qu'on donnait aux évêques le nom d' 'apostoliques. La première trace qu'on trouvé de cet usage, est une lettre de Clovis aux prélats assemblés ; en concile à Orléans ; elle commence par ces mots : Le roi Clovis aux saints évêques et très-dignes du siège apostolique. Le roi Contran nomme les évêques assemblés au concite de Boulogne , les pontifes apostoliques. — Dans les siècles suivants, les trois patriarcats d'Orient étant tombés entre les mains des Sarrasins, le titre d'apostolique lut réservé au seul siège de Rome, comme celui de pape au souverain pontife, qui en est évoque. Saint Grégoire le Grand, qui vivait dans le vr siècle, dit, livre v, épît. 37, que, quoiqu'il y ait eu plusieurs apôtres, néanmoins le siège du prince des apôtres a seul la suprême autorité, et par conséquent le nom d'apostolique, par un litre particulier. L'abbé Ruperl remarque, lib. i de Divin. O/fic, cap. 27, que les successeurs des apôtres ont été appelés patriarches ; mais que le successeur de saint Pierre a été nommé par excellence apostolique, à cause de la dignité du prince des apôtres. Enfin le concile de Reims, tenu en 1049, déclara que le souverain pontife de Rome était le seul primat apostolique de l'Eglise universelle. De là ces expressions aujourd'hui si usitées, siège apostolique, nonce apostolique, nolaire apostolique, bref apostolique, chambre apostolique, vicaire apostolique, etc.

Apostoliques (Pères.) Voy. Pères de l'Eglise.

Apostoliques, nom que deux sectes différentes ont pris, sous prétexte qu'elles imitaient les mœurs et la pratique des apôtres.

Les premiers apostoliques, autrement nommés apotactites, s'élevèrent d'entre lesencratites ou les cathares dans le iir siècle ; ils professaient l'abstinence du mariage, du vin, delà chair, etc. Voy. Apotactites. — L'autre secte des apostoliques fil grand bruit dans le xiue siècle ; son fondateur fut Gérard Sagarelli, ou Ségarel, né à Parme. 11 exigeait que ses disciples, à l'imitation des apôtres, allassent de ville en ville, vêtus de blanc, avec une longe barbe, les cheveux épars et la tête nue, accompagnés de certaines femmes qu'ils nommaient leurs sœurs. Il les obligeait à renoncer à toute propriété, et à prêcher la pé-

nitence ; mais dans leurs assemblées particulières, ils annonçaient la destruction prochaine de l'Eglise de Rome, rétablissement d'un culte plus pur et d'une Eglise plus glorieuse. Celte Eglise, selon lui, était sa sect<-, qu'il nommait la congrégation spirituelle. Il publia que loute l'autorité que Jésus-Christ avait donnée à saint Pierre et à ses succo seui s avait pris fin, et qu'il en avait hérité; qu'ainsi le souverain pontife n'avait aucune autorité sur lui : il ajoutait que les femmes pouvaient quitter leurs maris, les maris leurs femmes, pour entrer dans sa congrégation ; que c'était le seul moyend'êtresauvé;queDieuétani partout, il n'y avait pas besoin d'Eglise ni de service divin ; qu'il ne fallait point faire de vœux, et que rattachement à sa doctrine sanctifiait les actions les plus criminelles. On senl quels désordres pouvaient résulter de celte doctrine fanatique. Ségarel fut brûlé vif à Parme, l'an 1300. C'est à cause de lui que quelques auteurs ont désigné les apostoliques sous le nom de ségaréliens. — Après sa mort, un autre fanatique deNovare, nommé Dulcin ou Doucin, prit sa place ; il se vanta d'être envoyé du ciel pour annoncer aux hommes le règne de la charité : l'on prétendqu'il se livrait à l'inipudicité, et qu'il la permettait à ses sectateurs : la morale préchée par Ségarel devait nécessairement produire cet effet. Alors les apostoliques furent appelés dulcinisles, du nom de leur no a veau chef, qu'ils regardaient comme le fondateur du troisième règne. Séduits par les prétendues prophéties de l'abbé Joachim, qui avaient cours pour lors, ils disaient que le règne du Père avait duré depuis le commencement du monde jusqu'à Jésus- Christ, que celui du Fils avait fini l'an 1300; que le règne du Saint-Esprit commençait sous la direction de Doucin. Celui-ci publia que le pape Boniface VIII, lès prêtres et fis moines, périraient par l'épée de l'empereur Frédcric III, Gis de Pierre, roi d'Aragon, et qu'un nouveau pontife plus pieux serait placé sur le siège de Rome. Il leva même une armée, afin de commencer à vérifier lui-même ses prédictions. Reynier, évêque de Verceil , s'opposa vivement à ce sectaire, et pendant une guerre de plus de deux ans, il y eut beaucoup de sang répandu de part et d'autre. Enfin, Doucin, vaincu et pris dans une bataille, fut mis à mort à Verceil, l'an 1307, avec une femme nommée Marguerite, qu'il avait prise pour sa sœur spirituelle.— Dès ce moment sa secte se dissipa en Italie. L'on présume queles restes se réunirent aux vauilois dans les vallées du Piémont ; mais il s'en trouva encore eu France et en Allemagne. Mosheim assure que l'an 1402, l'un de ces fanatiques fut brûlé vif à Lubeck. Hist. eccl. du xme siècle, ne part., c. 5, § 14-, note. Lorsque les protestants déclament contre les supplices que l'on a fait subir à ces sectaires, ils devraient faire attention qu'on ne les a pas punis pour leurs erreurs, mais parce qu'ils troublaient la tranquilité publique et l'ordre de la société. Une erreur innocente, qui ne peut porter préjudice à personne, est graciablc ans doute : mais une doctrine se-

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ditieute, qui échauffe les esprits, corrompt les mœurs, alarme les gouvernements et qui est suivie d'émotion parmi le peuple, est un ciime d'Etat ; on a droitd'en punir lesauteurs et les sectateurs opinâtres.

Il n'est pas étonnant que les historiens n'aient pas rapporté d'une manière uniforme les erreurs et la conduite des apostoliques. Dans une secte de fanatiques ignorants, la croyance ne peut être la même ; chacun a droit de rêver et de publier ses visions : quelques-uns peuvent avoir des mœurs pures, pendant que les autres se livrent aux plus grands désordres. Il en a été de même dans tous les temps et parmi toutes sortes de sectaires. — Mosheim nous apprend encore que parmi les mennonites ou anabaptistes de Hollande, il y a aussi une branche que l'ou nomme apostoliques, du nom de Samuel Apostool, l'un de leurs pasteurs. Ce sont des mennonites rigides, qui n'admettent dans leur communion que ceux qui font profession dc'croirc tous les points de doctrine contenus dans leur confession de foi publique ; au lieu qu'une autre branche, appelée des galénistes, rrçoil tous ceux qui reconnaissent l'origine divine de l'Ancien et du Nouveau Testament, quels que soient d'ailleurs leurs sentiments particuliers. Hisl. ecclésiast. du xvir siècle, sert. 2e, 11e part., c. 4, §7.

APOTACT1TES ou APOTACTIQUES, en grec, Kiror«xTtT«( composé d'«jrô et t«tt«, je renonce. C'est le nom d'une secte d'anciens hérétiques qui renonçaient à tous leurs biens et voulaient imposer à tous les chrétiens l'obligation de faire de même, pour suivre les conseils évangéliques, et pour imiter l'exemple des apôtres cl des premiers fidèles. — 11 ne paraît pis qu'ils aient donnéd'abord dans aucune autre erreur. Selon quelques auteurs ecclésiastiques, ils eurent des vierges et des uiartyrs sous la persécution de Dioelélien au quatrième siècle. Ensuite ils tombèrent dans l'hérésie des encratites ; de là vient que la sixième loi du Code théodosien joint les apotacliques aux eunomiens et aux ariens. Selon saint Kpiphane, ils se servaient, comme les encratistes, de certains actes apocryphes de saint Thomas et de saint André, dans lesquels il est probable qu'ils avaient puisé leurs opinions.

APOTHÉOSE, action de placer un homme au rang des dieux. Sur cet article, qui appartient à l'histoire, nous ne ferons qu'une réflexion. Si les païens n'avaient placé au rang des dieux ou des objets de leur culte que des hommes recommandables par leurs vertus et par leurs bienfaits, cette cérémonie qui attestait la croyance de l'immortalité de l'âne , aurait été du moins une leçon pour les mœurs. Maisaccorder les honneurs divins à des personnages aussi vicieux et aussi méchants que l'ont été la plupart des empereurs, c'était un outrage sanglant fait à la majesté divine, et la plus mauvaise instruction que l'un pût donner aux peuples ; il en résultait (|iie ce n'est pas la vertu qui conduit l'homme au bonheur éternel. Cet a bus démontre jus qu'à quel point l'idée de la Divinité était dégradée

chez les païens. — C'est une injustice absurde d'avoir voulu comparer Yapothéose des empereurs;» la canonisation dessaintscomme ont fait quelques incrédules ; jamais l'Eglise n'a prétendu accorder à des hommes lc9 mêmes honneurs qu'à Dieu, et n'a placé au nombre des saints des personnages odieux par leurs vices.

APOTRES, envoyé, du grec ùnô et «ttAXw, j'envoie. On désigne sous ce nom les douze disciples que Jésus-Cdrist a choisis ei envoyés lui-même pour prêcher son Evangile et le répandre chez toutes les nations.

Quelques faux prédicateurs voulurent contester à saint Paul la qualité d'apôtre, sou9 prétexte q'i'il n'avait été ni instruit, ni envoyé par Jésus-Christ. Saint Paul releva ce reproche avec force au commencement de sonEpître aux Galates. En effet, son élection et sa mission sont clairement marquées dans ces paroles que Dieu dit à Ananie, en parlant de Saul converti (Act. ix , 16) : Cet homme est un instrument que j'ai choisi pour porter mon nom devant les rois et les nations. Dieu voulait montrer parla qu'il est le maître de donner une mission extraordinaire à qui il lui plaît ; que, lorsque les apôtres choisis par Jésus-Christ ne seraient plus, la mission ne serait pas pour cela détruite et anéantie. — Mais à cette mission divine saint Paul ajouta la mission ordinaire qui vient des pasteurs de l'Eglise, par la prière et par l'imposition des mains, des prophètes et de9 docteurs de l'Eglise d'Antioche ( Act. xrn, 2 et 3). Exemple qui n'a pas été imité p r ceux qui, dans la suite des siècles, se sont prétendus suscités de Dieu pour réformer l'Eglise.

Le ministère des apôtres consistait, 1° à enseigner toutes les nations : Prêchez l'Evangile à toute créature; ce que je vous dis à V oreille, publiez-le sur les toits, etc. Or, la fonction d'enseigner avec autorité emportait celle déjuger et de décider quelle était la doctrine conforme ou contraire à celle de Jésus-Christ , d'approuver la première et de condamner la seconde : les apôtres en ont usé ainsi, nous le voyous par leurs lettres. 2* A gouverner le troupeau de Jésus-C rist en qualité de pasteurs. Ce divin Sauveur n'avait pas chargé saint Pierre seul de cette fonction, lorsqu'il lui avait dii : Paissez mes agneaux, paissez mes brebis, puisque cet apôtre lui-même dit aux anciens de l'Eglise ou aux prêtres : Paissez le troupeau de Dieu qui est autour de vous non endominant sur le clergé, mais en lui servant de modèle de tout votre cœur ; et lorsque le prince des pasteurs paraîtra, vous recevrez une couronne de gloire incorruptible (1 Pelr. v, 2). Or, le soin du pas leur ne se borne point à guider les ouailles ; il consiste aussi a les nourrir, à les guérir lorsqu'elles sont malades, à les ramener lors» qu'elles s'égarent : conséquemment Jésus- Christ charge les apôtres de baptiser ; il leur donne le pouvoir de remettre et de retenir les péchés, de consacrer son corps et son sang.de donner le Saint-Esprit , etc. Que l'homme nous regarde, dit saint Paul, connut

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