‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 57 sur 183 · A UC · texte numérisé non relu

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Archias de Corinlhe, avec le secou. s de trois cents ouvriers, construisit en un an le grand vaisseau d'Hiéron, roi de Syracuse. — Quand on supposerait V arche beaucoup plus grande, et balte en soixante-dix-huil ans, il faudrait faire attention aux forces des hommes du premier âge du monde, qui ont toujours été regardés comme beaucoup plus robustes que ceux des temps postérieurs. Par ces réflexions, l'on peut répond e aux object ons de ceux qui prétendent que l'aîné des enfants de Noé ne naquit qu'environ le temps auquel l'arche fut commencée, que le plus jeune ne vint au monde que lorsque l'ouvrage était déjà f >rt avancé, qu'il se passa par conséquent un temps considérable avant qu'ils fussent en état de rendre service à leur père. On détruit également ce que d'autres objectent, qu'il est impossible que trois ou quatre hommes aient suffi pour construire un bâtiment auquel il fallait employer une prodigi use quantité d'arbres, et un nombre infini de bras pour les façonner. Que saiton d'ailleurs si Noé ne se fit pas aider par des ouvriers ?

2° Le bois qui servit à bâtir V arche est appelé dans l'Ecriture hetsé gopher, que les Septante traduisent par bois cquarri; Onkélos et Jonathan, bois de cèdre ; saint Jérôme, bois taillé ou poli, et ailleurs, bois goudronné, ou enduit de bitume ; Kimchi dit que c'était un bois léger ; Vatable, un bois qui demeure dans l'eau sans se corrompre ; Junius, Tremellius et Buxtord, une espèce de cèdre appelé par les Grecs xsSpeXûrn. M. Le Pelletier de Rouen pense de même, parce que ce bois incorruptible est très-commun dans l'Asie. Selon Hérodote et Aristophane, les rois d'Egypte et de Syrie employaient le cèdre au lieu de sapin à la construction de leurs (lottes ; mais on ne doit pas faire beaucoup de fond sur la tradition reçue dans tout l'Orient, qui veut que Varche se sot conservée jusqu'à présent tout entière sur le mont Ararat. — Bocharl soutient que (jopher est le cyprès, parce que dans l'Arménie et dans l'Assyrie, où probablement Varche fut construite, il n'y a que le cyprès qui s oit propre à construire un long vaisseau tel que l'arche. Arrien, liv. vu, cl Slrahon, liv. xvi, racontent qu'Alexandre voulant faire construire une Hotte dans la Rabylonie, fut obligé de faire venir des cyprès d'Assyrie. Or, il ii est pas vraisemb! ible que Noé avec sesenfauls, obligés de faire un vaisseau si vaste en si peu de temps, aient encore été dans la nécessité de tirer du loin les bois de construction. — D'autres enfin croient qoe l'hébreu gopher signifie en général des bois gras et résineux, comme le pin, le sapin, le lerébin- Ibe. On ne doit faire aucune attention ans fables que les mahométans ont forgées à ce sujet.

3° Selon Moïse, Varche avait trois cents coudées de long, cinquante de large, cl trente de hauteur. Plusieurs critiques ont prétendu que ces mesures ne donnaient pas une capacité suffisante pourcontenir tous les animaux ci !<•> provisions que Varche devait renfermer.

Celse s'en est moqué, et a nommé ce bâtiment Varche d'abs-irdilc. — Pour résoudre cette difficulté, les Pères et les commentateurs ont recherché quelle était la grandeur de fa coudée dont Moïse a parlé. Origène, saint Augustin et; d'autres ont pensé qu'il était question des coudées géométriques des Egyptiens, qui contenaient, selon eax, six coudées vulgaires ou neuf pieds. Mais on ne voit pas que ces coudées aient été en usage chez les Hébreux. Dans cette supposition, Varche aurait eu 2700 pieds de longueur; ce qui, joint aux autres dimensions, lui eût donné une capacité énorme et superflue. Quelques-uns ont dit que les hommes d'alors étant plus grands que ceux d'aujourd'hui , leur coudée était aussi plus longue; mais par la même raison, les animaux devaient être aussi plus grands et occuper plus de place. — D'autres supposent que Moïse parle de la coudée sacrée qui était de la largeur de la main plus grande que la coudée ordinaire ; mais il ne parait pas que celte mesure ail été cmployéeaillcurs que dans les édifices sacrés comme étaient le tempe et le tabernacle. — Buleo et le P. Kircher paraissent avoir mieux rencontré, en supposant la coudée de la lo gueur d'un ped et demi, lis prouvent géométriquement qu'avec cette mesure Varche était trèssuifisanle pour renfermer tous les animaux et toutes les provisions nécessaires pour les nourrir pendant un an. On est encore moins gêné, à cet égard, dans le sentiment de MM. Le Pelletier, Graves, Cumberland et Newton, qui donnent à l'ancienne coudée hébraïque la même longueur qu'a l'ancienne coudée do Memphis, c'est-à-dire envir >n vingt pouces et demi, mesure de Paris. — Snellius a prétendu que Varche avait plus d'un arpent et demi de superficie ; Cunéus et Budee n'ont pas calculé de même ; Arbuihawl compte qu'elle avait quarante fois huit mille cent soixante-deux pieds cubiques de capacité. Le père Lami juge qu'elle était de cent dix pieds plus longue que l'église de Sainl-Merry à Paris, et de soixante-quatre pieds plusélroite. Son traducteur anglais ajoute qu'elle était plus longue que ne l'est l'églisedeSainl-Paul à Londres de l'est à l'ouest, et qu'elle avait soixante-quatre pieds de hauteur selon lu mesure anglaise.

k° Outre les huit personnes qui composaient la famille de Noé, Varche contenait une paire de chaque espèce d'animaux impurs, et sept d'animaux purs, avec leur provision d'aliments pour un an. Au premier coup d'œil, cela peut paraître impossible ; mais quand on en vient au calcul, on trouve que le nombre des animaux n'est pas si grand qu'on se l'était d'abord imaginé. Nous ne connaissons guère que cent ou tout au plus cent trente espèces de quadrupèdes, environ autant d'oiseaux, et quarante espèces de ceux qui vivent dans l'eau. Les naturalistes comptent ordinairement cent soixante et dix espèces d'oiseaux en tout. Wilkins, évoque de Cliesler, prétend qu'il n'y avait que soixante et douze espèces de quadrupèdes qui fussent nécessairement dans Varche.

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5" Suivant la description que Moïse fait de cet édifice, il paraît qu'il était séparé en trois étages, qui avaient chacun dix coudées ou quinze pieds de hauteur. Probablement l'étage le plus bas était occupé par les quadrupèdes et par les reptiles, celui du milieu par les provisions , celui d'en haut par les oiseaux, par Noé et par sa famille ; chaque étage devait être divisé en plusieurs loges. Philon, Josèphe et d'autres commentateurs, imaginent encore un quatrième étage sous les autres, qui était comme le fond do cale du vaisseau, qui contenait le lest et les excréments des animaux. — Drexélius pense que Varche était divisée en trois cents loges ou appartements ; le P. Fournier en compte trois cent vingt-trois; l'auteur des Questions sur la Gen'se, quatre cents. Huilée , Arias, Montanus, Wilkins, le P. Lami, supposent autant de loges qu'il y avait d'espèces d'animaux. M. Le Pelletier et B sleo en mettent beaucoup moins, parce que, si on les multipliait trop, chacune des huit personnes qui étaient dans Varche aurait eu quarante ou cinquante loges à pourvoir et à nettoyer par jour; ce qui est impossible. — Peut-être y a-l-il autant de difficulté à diminuer le nombre des loges, à moins qu'on ne diminue le nombre des animaux ; il puait plus difficile de prendre soin de trois cents animaux dans soixante-douze loges que s'ils occupaient chacun la leur.

Budée a calculé que tous les animaux renfermés dans {'arche ne devaient pas tenir plus de place que cinq cents chevaux ou cinquante-six paires de bœufs. L" P. Lami porte ce nombre à soixante quatre paires, ou cent vingt-huit bœufs. Selon lui, en supposant que deux chevaux ne tiennent pas plus de place qu'un bœuf, si Parc/te a eu de l'espace pour deux cent cinquante-six chevaux, elle a pu contenir tous les animaux : il démontre qu'un seul étage pouvait contenir cinq cents chevaux, en comptant neuf pieds carrés pour un cheval.

Quant à ce qui regarde les aliments contenus dans le second étage, Budée a observé que trente ou quarante livres de foin suffisent ordinairement à un bœuf pour sa nourriture journalière , et qu'une coudée solide de foin, pressée comme elle est dans les greniers ou magasins, pèse environ quarante livres. Or, il paraît que le second étage avait cent cinquante mille coudées cubes. Si on les divise entre deux cent six bœufs, il y aura deux tiers de loin plus qu'ils n'en pourront manger dans ua an. — Selon le calcul de Williiiiss tous les animaux carnassiers sont équivalents, pour leur volume et pour leur nourriture, à vingt-sept loups, et tous les autres à deux cent huit bœufs. Pour la nourriture des premiers, il met mille huit cent vingt-cinq hreliis, et pour c Ile des seconds, cent neuf mille cinq cents coudées de foin: or, les «Jeux premiers étages étaient plus que suffisants pour contenir le tout. Quant au troisième, tout le monde convient qu'il y avait plus de place qu'il n'en fallait pour les dseaux, pour

JYW et sa famille, et pour leur nourriture.

Ce savant évêque observe qu'il est plus difficile d'évaluer la capacité de Varche, que d'y trouver une place suffisante pour toutes les espèces d'animaux connus. La cause est l'imperfection de nos listes d'animaux, surtout des animaux des parties du monde qui ne sont pas encore fréquentées et suffisamment connues. 11 ajoute que le plus habile mathématicien de nos joues ne déterminerait pas mieux les dimensions d'un vaisseau tel que Varche, qu'elles ne le sont dans l'écriture, relativement à l'usage auquel Yar~ die était destinée ; d'où il conclut que la narration de Moïse dont on a vou'u faire une objection contre la vérité de l'Ecriture sainte, en est plutôt une preuve, lin effet, il est à présumer que, dans les premiers âges du inonde , les hommes , moins exercés qu'aujourd'hui dans les sciences et dans les arts, devaient, être aussi plus sujets à des erreurs de calcul ; cependant, si l'on avait aujourd'hui à proportionner un vaisseau à la masse des animaux et à leur nourriture , on ne s'en acquitterait pas mieux: par conséquent Varche ne peut être une invention de l'esprit humain. Eu pareil cas, les hommes sont exposés à grossir prodigieusement les objets ; il serait donc arrivé, dans les dimensions de Varche de N»é, ce qui arrive dans l'estimation du nombre des étoiles par la seule vue. De même que l'on juge d'abord le nombre des étoiles infini, on aui ail poussé les dimensions de Varche à une grandeur démesurée, et l'on aurait produit un bâtiment beaucoup plus grand qu'il ne fallait ; l'h slorien aurait plus péché par l'excès de capacité qu'il lui aurait donnée, que ceux qui attaquent son histoire ne prétendent qu'il pèche par défaut,

M. Le Pelletier de Rouen et Buteo ont encore poussé plus loin l'exactitude et la précision ; voici l'extrait de leur travail, tel qu'il a été donné par dom Calmet, dans sa Dissertation sur Varche de Noé. La premier suppose que Varche était un bâtiment de la figure d'un paralléiipipède rec angle dont on peut diviser la hauteur intérieure en quatre étages. 11 donne trois coudées et demie au premier, sept au second, huit au troisième, six el demie au quatrième ; il laisse les cinq coudées restantes des trente de la hauteur , pour les épaisseurs du fond, du comble, et des trois ponts ou planchers des trois derniers étages. — Le premier étage était le fond, ou ce que l'on appelle la carène dans les navires ; le second servait de grenier ou de magasin ; dans le troisième étaient les établcs ; dans le quatrième, les volières. Mais comme la carène ne se comptait point pour un étage, et ne servait que d'un réservoir d'eau douce , Varche n'en avait proprement que trois, comme l'Ecriture le dit, quoique les commentateurs en aient supposé quatre en comptant la carène. — Il ne veut que trentesix établcs pour les animaux tcr;estres, cl autant pour les oiseaux ; chaque stable pouvait avoir quinzecoudées quatre ueu-

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