‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 62 sur 183 · A II M · texte numérisé non relu

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cherché parmi eux leurs propres erreurs ils n'en ont trouvé aucun vestige. Cependant les arménien* schismatiques sont séparés de l'Eglise romaine depuis plus de douze cents ans'. — C'est sans fondement que Brerewood les a accusés de favoriser les opinions des yacramentaires, et de ne point manger des animaux qui sont estimés immondes dans la loi de Moïse; il n'a pas pris garde que c'est la coutume de toutes les sociétés chrétiennes d'Orient, de ne manger ni sang, ni viandes étouffées ; en quoi, selon l'esprit de la primitive Eglise, il n'y a point de superstition. Ils sont grands jeûneurs, et, à les entendre, l'essentiel de la religion consiste ci jeûner. — On compte parmi eux plusieurs monastères de l'ordre de Saint-Basile, dont les schismatiques ohservent la rè»l^ : mais ceux qui se sont réunis à l'Eglise romaine ont emhrassé celle de saint Dominique, depuis que les dominicains, envoyés en Arménie par Jean XXII, eurent beaucoup contribué à les réunir au saint-siége. Celte union a été rompue et renouvelée plusieurs fois,sur!out Ou concile de Florence, sous Eugène IV.

Les arméniens font l'office ecclésiastique en ancienne langue arménienne, différente de celle d'aujourd'hui, et que le peuple n'entend pas. Ils ont aussi dans la même langue toute la Bible, traduite d'après la version des Septante. Ceux qui sont soumis au pape font aussi l'office en cette langue, et tiennent la même croyance que l'Eglise catholique, sans aucun mélange des erreurs que professent les schismatiques.— Nous remarquerons encore que le titre de verlabied, ou docteur, est plus respecté des ai méniens que celui d'évéque; ils le confèrent avec les mêmes cérémonies qu'on donne les ordres sacrés, parce que, selon eux, celte dignité représente celle de Jésus-Christ, qui s'appelait rabbi, ou docteur. Ces vertabieds ont droit de prêcher assis, et de porter une crosse semblable à celle du patriarche, tandis que les évoques n'en ont qu'une moins distinguée, et prêchent debout : l'ignorance de leurs évoques a procuré ces honneurs aux docteurs. Galanus, Conciliât, de l'Eglise armén. avec rEgliserom. Simon, llisi. des relig. du Lexanf.

ARMES. Il n'est pas vrai, comme l'ont avancé quelques censeurs du christianisme, qu'il soit défendu à un chrétien de porter les armes. Saint Luc, dans son Evangile, rapporte la leçon que fit saint Jean-Baptiste iiux soldats*: Ne faites violence à personne injustement ; contentez-vous de votre solde (Luc. |ll). Il ne leur ordonna point de quitter les armes. Lorsque Jésus-Christ loua la foi du centurion, et lui accorda un miracle, il ne blâma point sa profession (Matth., vu, 10, 13). Saint Paul veut que chacun demeure dans l'étal de vie dans lequel il a été appelé à la foi ; les soldats ne sont pas exceptés (/ Cor. vu, 20). Terlullicn atteste que de son temps les camps et les armées étaient remplis de chrétiens, qu'ils étaient bons soldats, puisqu'ils ne craignaient point la mort. Apol., th. 37 et '»:>. Si dans son Traité del'ldohUric,

et dans celui de la Couronne., il décide qu'un chrétien ne doit point embrasser l'état militaire, c'est qu'alors on exigeait qu'un soldat fil son serment par les dieux de l'empire, et rendît un culte aux enseignes militaires chargées des images des dieux : c'est dans ce sens qu'il dit qu'il n'y a rien de commun en- Ire le signe de Jésus-Christ et les enseignes du diable, de Idolol. c. 19 ; qu'un chrétien ne doit pas veiller pendant la nuit à la garde des dieux auxquels il a renoncé, de Coronn, c. 9. Lorsque ce danger n'exista plus, le troisième canon du concile d'Arles ordonna d'excommunier ceux qui désertaient, même pendant la paix. Constantin régnait pour lors ; on ne tendait plus de pièges aux suidais chrétiens pour les engager à trahir leur religion. L'horreur pour la profession militaire est une erreur des quakers, réfutée par Bellarmin, t. II, Conlrov. de Laicis.

ARM1NIAN1SME, doctrine d'Arminius, célèbre ministre d'Amsterdam, et depuis professeur en théologie dans l'académie de Leyde, et des arminiens, ses sectateurs. Calvin, Bèze, Zanchius, etc., avaient établi des dogmes trop sévères sur le libre arbitre, la prédestination, la justification, la persévérance et la grâce; les arminiens ont pris sur tous ces points des sentiments plus modérés et approchant à quelques égards de ceux de l'Eglise romaine. Gomar, professeur en théologie dans l'académie de Groningue, et calviniste rigide, s'éleva contre la doctrine d'Arminius ; après bien des disputes commencées dès K.09, et qui menaçaient les Provinces-Unies d'une guerre civile, la matière fut discutée et décidée en faveur des Gomaristes, par le synode de Dordrecht, tenu en 1618 et 1619. Outre les théologiens de Hollande, ce synode fut composé de députés de toules les Eglises réformées, excepté des Français, qui en furent empêches pour des raisons d'Etal.

Pour bien comprendre l'état de la question qui était à décider, il faut savoir que les théologiens attachés aux sentiments de Calvin sur la prédestination ne s'accordaient pas : les uns soutenaient, comme leur maître, que Dieu, de toute éternité, et avant même de prévoir le péché d'Adam, avait prédestiné une partie du genre humain au bonheur éternel, et une autre partie aux tourments de l'enfer; qu'en conséquence Dieu avait tellement résolu la chute d'Adam, et avaitdisposé les événements de telle manière, que nos premiers parents ne pouvaient pas s'abstenir de pécher. Ces théologiens lurent nommés supralapsaires, parce qu'ils supposaient une prédestination et une réprobation absolues ante lapsum ou supra lapsum : sentiment horrible, qui peint Dieu comme le plus injuste et le plus cruel de tous les tyrans. D'autres disaient que Dieu n'a pas prédéterminé positivement la chute d'Adam , qu'il l'a seulement permise ; que, par celle (bute, le genre humain tout entier étant devenu une masse de perdition et de damnation, Dieu a résolu d'en tirer un certain nombre d'hommes, et do les conduire par ses grâces au royaume éternel, pendant qu'il

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laisse les autres dans colle masse, et leur refuse les grâces nécessaires pour se sauver. Ainsi, selon ces théologiens, la prédcslina- Mon et la réprobation se font sub lapsum ou infra lapsum; c'est pour cela qu'ils furent nommes sublapsaires ou infralapsaires. Voy. ce mot. Lies deux partis se réunirent sous le nom de gomarist.es, pour condamner les arminiens.

La dispule pour lors se réduisait à cinq chefs : le premier regardai! la prédestination ; le second, l'universalité de la rédemption ; le troisième et le quatrième, qu'on traitait toujours ensemble, regardaient la corruption de l'homme et sa conversion ; le cinquième concernait la persévérance.— Sur la prédestination, les arminiens disaient, « qu'il ne faut reconnaître en Dieu aucun décret absolu par iequel il ait résolu de donner Jésus-Christ aux seuls élus, ni de donner non plus à eux seu's, par une vocation efficace, la foi, la justification, la persévérance et la gloire; mais qu'il a donné Jésus-Christ pour rédempteur commun à tout le monde, et résolu par ce décret de justifier et de sauver tous ceux qui croiront en lui, et en même temps de leur donner à tous les moyens suffisants pour élre sauvés ; que personne ne périt pour n'avoir point ces moyens, mais pour en avoir abusé; que l'élection absolue et précise des particuliers se fait en vue de leur foi et de leur persévérance future; qu'il n'y a d'élection que conditionnelle ; que la réprobation se fait de même, en vue de l'infidélité et de la persévérance dans le mal. » Ce système était directement opposé tant à celui des supralapsaires qu'à celui des infralapsaires.— Sur l'universalité de la rédemption, les arminiens enseignaient « que le priy. payé par le Fils de Dieu n'est pas seulement suffisant à tous, mais actuellement offert pour tous et un chacun ; qu'aucun n'est exclu du fruit de la rédemption par un décret absolu, ni autrement que par sa faute. » Doctrine loute différente de celle de Calvin et des gomarisles, qui posent pour dogme indubitable que Jésus-Christ n'est mort en aucune sorte ijue pour les prédestinés, et nullement pour les réprouvés.— Sur le troisième et quatrième chef, après avoir dit que la grâce est nécessaire à tout bien, non-seulement pour l'achever, mais encore pour le commencer, ils ajoutaient que la grâce n'est pas irrésistible, c'est-à-dire qu'on peut y résister; ils soutenaient qu'encore qte la grâce soit donnée inégalcmenl , « Dieu en donne ou en offre une suffisante à tous ceux à qui l'Evangile est annoncé, même à ceux qui ne se convertissent pas, et l'offre avec un désir sincère et sérieux de les sauver tous : Il est in* «ligne de Dieu, disaient-ils, de faire semblant de vouloir sauver, et au fond de ne le vouloir pas; de pousser secrètement les hommes aux péchés qu'il défend publiquement, » deux opinions monstrueuses qu'avaient introduites les premiers réformateurs. Sur le cinquième, c'est-à-dire, sur la persévérance, ils décidaient que « Dieu donne aux vrais fidèles, régénérés par sa grâce, des moyens

pour se conserver dans cet étal ; qu'ils peuvent perdre la vraie foi justifiante, et tomber dans des péchés incompatibles avec la justification, même dans les crimes atroces, y persévérer, y mourir même, s'en relever par la pénitence, sans néanmoins que la grâce les contraigne à le faire. » Par ce sentiment ils détruisaient celui des calvinistes rigides: savoir, que l'homme une fois justifié ne peut plus perdre la grâce, ni totalement, ni finalement ; c'est-à-dire, ni tout à fait pour un certain temps ; ni pour jamais et sans retour. Les arminiens sont aussi appelés remontrants, par rapport à une requête on remontrance qu'ils adressèrent aux élats généraux des Provinces-Unies en 1611, et dans laquelle ils exposèrent les principaux articles de leur croyance.

Leurs cinq articles de doctrine furent solennellement condamnés par le synode de Dordrecht ; eux-mêmes furent privés de leurs places de ministres et de leurs chaires ; il lut décidé qu'à l'avenir personne ne serait admis à la fonction d'enseigner sans avoir souscrit à celte condamnation. Les qomarisles * supralapsaires firent tous leurs efforts pour faire approuver par le synode leur sentiment touchant la prédestination , mais ils ne purent pas en venir à boul ; les théologiens anglais et d'autres s'y opposèrent : ainsi, la doctrine établie à Dordreclit est celle des infralapsaires. Mosheim, Hist. erelés. du xvir siècle, sect. 2, part, if, c. 2, § 11. Les décrets de l'assemblée de Dordrechl fuient reçus et adoptés par les calvinistes de France, dans un synode national tenu à Gharentou eu 1623 : nous verrons dans un moment quels en furent les fruits.

Depuis leur condamnation, les a mini en s ont poussé leur système beaucoup plus loin que n'avait fait Arminius lui-même : ils sont tombés dans le pélagianisme , el se sont fort approchés des sonuiens, surtout lorsqu'ils avaient pour chef Simon Episcopius. Quand les calvinistes les accusent de renouveler une ancienne hérésie, déjà condamnée dans les pélagiens et les semi-pélagiens, ils répliquent que la simple autorité des hommes ne peut passer pour une preuve légitime que dans l'Eglise romaine; que les calvinistes eux-mêmes ont introduit dans la religion une toute autre manière d'en décider les différends ; qu'il ne suffit pas de faire voir qu'une opinion a été condamnée, mais qu'il faut montrer qu'elle a élé condamnée à juste tilre. Sur ce principe , que les calvinistes ne sont pas en état de réfuter, les arminiens retranchent un assez grand nombre d'articles de religion que les premiers appellent fondamentaux , parce qu'on ne les trouve point assez clairement expliqués dans l'Ecriture. Ils rejettent avec mépris les catéchismes et les confessions de foi auxquels les calvinistes veulent qu'on s'en tienne. C'est pourquoi ceux-ci, dans le synode de Dordreotit, s'attachèrent beaucoup à établir la nécessité do décider les différends de religion par voio d'autorité, cl revinrent ainsi aux principes des catholiques, contre lesquels i!s oui luul

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