‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 64 sur 183 · AP.N · texte numérisé non relu

AP.N

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faite dans le synode de Charenlon on 1623. Ou celte acceptation ne fut pas sincère, ou les calvinistes ont rougi dans la suite de l'aveuglement de leurs docteurs.

Nous ne 6nirions pas, si nous suivions en détail toutes les absurdités, les erreurs, les traits de duplicité et de passion que l'on voit dans ces mêmes déerels. Us se trouvent dans le recueil des confessions de foi des églises protestantes. Bossuet, Histoire des Vuriat., liv. xiv, § 23, etc.

Les luthériens, non plus que les anglicans, n'ont pas pu se dissimuler que la censure portée à Dordrecht contre Varminianisme retombait directement sur eux. Mosheim a fait une dissertation, dans laquelle il prouve, 1° que les cinq articles de doctrine condamnés par ce synode sont le sentiment commun des luthériens et de la plupart des théologiens anglicans. 2° Que le synode, loin de condamner la conduite abominable de Calvin, qui représente Dieu comme auteur du péché, l'a plutôt adoptée et conGrmée. 3° Que les décrets de Dordrecht ont été exprès conçus en termes ambigus, pour laisser la liberté de les entendre comme on voudra. k* Il réfute les sophismes et les subterfuges par lesquels plusieurs théologiens calvinistes ont voulu prouver que la censure de ce synode n'intéress lit point les luthériens. 5* Il montre le ridicule des éloges outrés qu'ils ont faits de cette assemblée et de ses déerels, et l'opprobre dont les calvinistes se sont couverts en usant de violence envers 1< s arminiens, parce qu'ils les ont regardés comme hérétiques. 6° Il conclut que cette conduite est le plus grand obstacle que les calvinistes aient pu mettre à leur réunion avec les autres protestants, et le plus sûr moyen qu'ils aient pu trouver de rendre la division éternelle. De aucioritate concilii Dorderat., pacisacrœ noxia, iu-k°, Helmstad., 172(ï.

ARNALDISTES ou ARNAUDISTES, hérétiques ainsi nommés d'Arnaud de Dresse, leur chef. Ils parun nt dans le xn* siècle; ils invectivèrent hautement contre la possession des biens ecclésiastiques qu'ils traitaient d'usurpation. Ils rejetaient le baptême des enfants, le sacrifice de la messe, la prière pour les morts, le culte de la croix, etc. Us furent condamnés au concile de Là- Iran sous Innocent H, en 1139. Arnaud, après avoir excité des troubles à Bresse et à Home, fut pendu et brûlé dans celte dernière ville, en 1155, et ses cendres furent jetées dans le Tibre. Quelques-uns de ses disciples, qu'on nommait aussi publicains ou poplicains, étant passés de France en Angleterre vers l'an 1166, y furent arrêtés et dissipés. Cette secte devint ensuite une brauche de l'hérésie des albigeois.

Mosheim, apologiste déclaré de tous les hérétiques, dit qu'Arnaud de Bresse était un homme d'une érudition immense cl d'une austérité étonnante, mais d'un caractère turbulent et impétueux ; qu'il ne paraît avoir adopté aucune doctrine incompatible avec l'esprit de la véritable religion; que les

principes qui le Cirent agir ne furent répréhensibles que parce qu'il les poussa trop loin, et qu'il les exécuta avec un degré de véhémence qui fui aussi criminel qu'impi udenl ; qu'à la fin il fut la victime de la vengeance de ses ennemis: que l'an 1155 il fut crucifié et jeté au feu. Hist. ecclc*. du xir siùle, IIe part., c. 5, § 10. — Mosheim a sans diiule oublié qu'Arnaud de Bresse était moine et disciple d'Ahailard, et qu'il n'a laissé aucun ouvrage qui prouve son éru-« dition ; il ne fallait donc pas lui en suppo* ser, après avoir peint tous les moines de ce temps-là comme des ignorants. Celui-ci condamnait le baptême des enfants, le sacrifice de la messe, etc. Il voulait que l'on dépouillât les ecclésiastiques des biens qu'ils possédaient légitimement; il excita des séditions. Nous reconnaissons là les principes cl l'esprit des prétendus réformateurs; mais est-il compatible avec l'esprit de la véritable religion, qui défend de troubler l'ordre public, surtout à un moine sans autorité? Mosheim eût-il trouvé bon qu'un zélateur de la pauvreté, évangélique lui eût été les deux abbayes qu'il possédait? Arnaud de Bresse ne fut donc pas la victime de la vengeance de ses ennemis, mais justement puni comme séditieux et perturbateur du repos public; il ne fut point crucifié, mais attaché à un poteau, étranglé et brûlé.

Il ne faut pas le confondre avec Arnaud de Villeneuve , chimiste et médecin célèbre, qui pratiqua et enseigna son art avec beaucoup de tépulation en Espagne et à Paris au commencement du xiv siècle.

Malheureusement il voulut faire aussi le théologien ; il enseigna dans ses livres qu'en Jésus-Christ la nature humaine est égale en toutes choses à la Divinité, et a su tout ce que savait la Divinité; que le démon a fait périr la foi; que Dieu n'a point menacé de la damnation éternelle ceux qui pèchent, mais seulement ceux qui donnent mauvais exemple ; que le monde devait finir l'an 1335, etc. Q.iinze propositions extraites do ses ouvrages furent condamnées, après sa mort, par l'inquisition de Tarragone, parce qu'elles avaient des sectateurs en Espagne. Mais il n'est pas vrai que cet auteur ail été du nombre de ceux qui eurent de la peine à se soustraire à la main du bourreau, comme l'avance Mosheim, xiii' siècle, ir partie, c. 1, § 9. Arnaud de Villeneuve mourut dans le vaisseau qui le transportait en Italie, où il était appelé pour traiter avec le pape Clément V. Voy. Dict. des Hér.% par Pluquet [édit. Migne], qui cite ses garants.

ARNOBE, professeur de rhétorique à Sicca en Afrique, se convertit au christianisme pendant la persécution de Dioclétien, et mourut au commencement du ive siècle; il eut pour disciple Lactance. Après sa conversion, il écrivit en sept livres un ouvrage contre les gentils, où il fa il l'apologie de la religion chrétienne, et réfute la doctrine des païens. Comme il n'était pas encore parfaitement instruit de nos dogmes, on lui reproche d'être tombé dans quelques niépri-

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ses ; mais le P. Le Nourry et dom Ceillier 1 ont justifié sur plusieurs articles. On n'a point encore de meilleure édition de cet ouvrage que celle d'Amsterdam en 1651, ïn-t°.

Barbeyrac, Traité de la morale des Pères, c. fc,. § 3, note, accuse Amobe d'avoir enseigné que Dieu n'est point le créateur des insectes ni des âmes humaines ; mais après une lecture attentive, il nous paraît qu'il a seulement voulu dire que si l'on s'en tenait aux notions philosophiques et aux lumières que l'on pouvait puiser chez les philosophes, on ne pourrait jamais démontrer nue les insectes et les âmes humaines sont l'ouvrage immédiat de Dieu ; et que l'on ne pourrait donner des réponses satisfaisantes à ceux qui soutenaient le contraire ; qu'ainsi c'est de la révélation seule qu'il faut apprendre ces vérités.

II ne faut pas confondre cet auteur avec Amobe le jeune, prêtre de Marseille, qui vivait vers l'an WO, qui a fait un commentaire sur les psaumes, et qui est accusé de scmi-pélagianisme.

AUKHABONAlKES,nom qu'on donna aux sacramenlaires dans le xvie siècle, parce qu'ils disaient que l'eucharistie est donnée comme le gage du corps de Jésus-Christ, et comme l'investiture de l'hérédité promise. Stancharus enseigna cette doctrine en Transylvanie. Voy. Pratéole, au mot Arrhabonaires. — Ce mot est dérivé du latin arrha ou arrhabo, arrhe, gage, nantissement. Les catholiques conviennent que l'eucharistie est un gage de l'immortalité bienheureuse, mais que c'est là un de ses effets, et non son essence, comme le soutenaient les hérétiques dont il est ici question.

ART. Certains critiques, fort mal instruits, ont accusé le christianisme d'avoir contribué à la dégradation des arts. Pour peu que l'on ait lu l'histoire, on sait que ce fut en Europe un effet de l'inondation des Barbares, et en Asie une suite des ravages des mahométans; que sans la religion chrétienne tous les arts de dessin auraient été anéantis. Les mahométans ont en horreur les statues : les iconoi lasles. pour leur plaire, brisèrent les images; les barbares venus du Nord étaient trop grossiers pour faire aucun cas de la peinture, de la sculpture, de l'architecture, de Vurt des décorations; toute pompe extérieure fut bannie, excepté du culte divin et des temples du Seigneur. C'est là qu'il s'en est conservé un reste de goût, qui s'est ranimé à la renaissance des lettres; et celles-ci n'ont été préservées de leur ruine entière que par la religion. Voy. LET- TRES, SciKNCrS.

Art de- Esprits, ou art angélique, moyen superstitieux pour acquérir la connaissance de tout ce qu'on veut savoir avec le secours de son ange gardien ou de quelque autre bon auge. On distingue deux sortes d'ar* angélique :\\\n obscur, qui s'exerce par la voie d'élévation ou d'extase; l'autre, clair et distinct, lequel se pratique par le ministère des anges, qui apparaissent aux hommes sous des formes corporelles, et qui s'eu-

Iretiennenl avec eux. Ce fut peut-êlre cet art dont se servit le père du célèbre Cardan, lorsqu'il disputa contre les trois esprits qui soutenaient la doctrine d'Averroës, et qu'il reçut ou crut recevoir des lumières d'un génie qu'il eut avec lui pendant trente-trois ans. Il est certain que cet art est superstitieux, puisqu'il n'est autorisé ni de Dieu ni de l'Eglise, et que les anges, par le ministère de-quels on suppose qu'il s'exerce, ne sont autres que des esprits de ténèbres et des anges de Satan. D'ailleurs, les cérémonies dont on se sert ne sont que des conjurations par lesquelles on oblige les démons, en vertu de quelque pacte, de dire ce qu'ils savent, et de rendre les services qu'on exige d'eux. V oij. Art Notoire. Cardan, Mb. xvi, de rer. Variel. Thiers , Traité des superstitions , lom. I, pag. 275.

Art notoire, moyen superstitieux par lequel on promet l'acquisition des sciences par infusion et sans peine, en praliquanl quelques jeûnes et en faisant certaines cérémonies inventées à ce dessein. Ceux qui font profession de cet art assurent que Salomon en est l'auteur, et que ce fut par ce moyen qu'il acquit en une nuit celte grai.de sagesse qui l'a rendu si célèbre dans le monde. Ils ajoutent qu'il a renfermé les préceptes et la méthode de cet art dans un petit livre qu'ils prennent pour modèle. Voici la manière par laquelle ils prétendent acquérir les sciences, selon le témoignage du père Delrio : ils ordonnent à leurs aspirants de fréquenter les sacrements, de jeûner tous les vendredis au pain et à l'eau, et de faire plusieurs prières pendant sept semaines ; ensuite ils leur prescrivent d'autres prières, et leur font adorer certaines images les sept premers jours de la nouvelle lune, au lever du soleil, durant trois mois ; ils leur font encore choisir un jour où ils se sentent plus pieux qu'à l'ordinaire et plus disposés à recevoir les inspirations divines : ces jours-là ils les font mettre à genoux dans une église on oratoire , ou en pleine campagne, et leur font dire trois fois le premier verset de l'hymne Veni, Creator Spirilus, etc., les assurant qu'ils seront après cela remplis de la science comme Salomon, les prophètes et les apôtres. Saint Thomas d'Aquin montre la vanité de cet art prétendu : saint Antonin, atchevequede Florence, Dcnys le Chartreux, Gerson cl le cardinal Cajetan, prouvent que c'est une curiosité criminelle par laquelle on tente Dieu, et un pacte tacite avec le démon : aussi cet art ful-il condamné comme superstitieux par la faculté de théologie de Paris, l'an 1320. Delrio, Disquis. Magic. , part. 2. Thiers, Traité des superstitions , ibi.l.

Art de sa nt Anselme, moyen de guérir les plaies les plus dangereuses, en touchant seulement aux linges qui ont été appliqués sur les blessures. Quelques soldats italiens , qui font encore ce métier, en attribuent l'invention à saint Anselme; mais Delrio assure que c'est une superstition inventée par Anselme de Parme, fameux magicien, et remarque que ceux qui sont ainsi guéris, si toute-

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fuis ils en guérissent, retombent ensuite dans de plus grands maux, et finissent malheureusement leur vie. Delrio, Disquis. Magic. liv. r.

Aut de saint Paul, sorte d'art notoire, que quelques superstitieux disent avoir élé enseigné par saint Paul, après qu'il eut été ravi jusqu'au troisième ciel : on ne sait pas bien les cérémonies que pratiquent ceux qui prétendent acquérir les sciences par ce moyen, sans aucune élude et par inspiration ; mais on ne peut douter que cet art ne soit illicite ; il est constant que saint Paul n'a jamais révélé ce qu'il ouït dans son ravissement, puisqu'il dit lui-même qu'il entendit des paroles ineffables, qu'il n'est pas permis à un homme de raconter. Voy. Art notoire. Thiers, Traité des superstitions.

*■ ARTÉMON1TES. Héréiiques qui reconnaissaient Arlémon pour matlre. Cei hérésiarque avait adopté les principes de Théodoie (Voy. Théodoliens). Il enseignait que la divinité ne s'était unie à l'humanité de Jésus-Clirist qu'à la naissance du Sauveur du inonde, et que le Messie ne pouvait qu'improprement êire appelé Dieu. Arlémon compte quelques sectateurs à Rome.

ARTICLE DE FOI. Voy. Dogme.

¥ Articles fondamentaux. Les protesiants, pour réunir leurs diverses secies en une seule, ont divisé les dogmes en fondamentaux et non fonda mentaux ; les premiers sont ceux qu'on doit admettre pour faire partie de la véritable Eglise de Jésus-Christ. On peut admettre ou rejeter les seconds. Nous examinerons spécialement ce système à l'art. Jliueu -.observons seulement ici que les piolesiants n'ont pu s'entendre sur le nombre de louis articles fondamentaux, et que quelques-uns ont réduit le christianisme à une pure école de philosophie.

* Articles organises. Nous avons apprécié les articles organiques dans le Dictionnaire de Théologie morale. Nous y avons joint les réclamations que le cardinal Caprara lit contre ces articles. Nous nous contentons d'y renvoyer.

ARTOTYRITES. Voy. Montanistes.

ARUSPICE. Voy. Divination.

ASCENSION, se dit proprement de l'élévation miraculeuse de Jésus-Christ quand il monta au ciel en corps et en âme, en présence et à la vue de ses apôtres.

Tertullien fait une énuméralion succincte des différentes erreurs que l'on a enseignées sur Vascension du Sauveur. Les apelliles pensaient que Jésus-Christ laissa son corps dans les airs ( saint Augustin dit qu'ils prétendaient que ce fut sur la terre) , et qu'il monta sans corps au ciel : comme Jésus- Christ n'avait point apporté de corps du ciel, mais qu'il l'avait reçu des éléments du monde, ils soutenaient qu'en retournant au ciel il l'avait restitué à ces éléments. — Les séleuciens et les hermiens croyaient que le corps de Jésus-Christ ne monta pas plus haut que le soleil, et qu'il y resta en dépôt. Ils se fondaient sur ce passage des psaumes : // a placé son tabernacle dans le soleil. Saint Grégoire de Nazianze attribue la même opinion aux manichéens.

Le jour de V Ascension est une fêie célébrée par l'Eglise dix jours avant la Pentecôte, en mémoire de l'ascension de Nolrc- Seigneur. Selon saint Augustin ( Episl. 118,

n. 1), elle a élé instituée par les apôlrea mêmes. La célébration en est commandée par les Constitutions apostoliques, I. vin, cap. 3 ( Thomassin, Traité des fêtes, p. 370).

Quelques incrédules modernes ont comparé malicieusement l'ascension de Jésus- Christ à l'apothéose de Romulus, pour insinuer que l'une n'est pas mieux prouvée que l'autre. Selon l'histoire romaine , un seul homme a dit que Romulus lui était apparu et l'avait assuré de son transport dans le ciel. Voy. Tile-Live. Il ne risquait rien d'inventer cette fable. Douze apôtres et une multitude de disciples ont assuré qu'ils avaient vu Jésus-Christ ressuscité s'élever au ciel, et ils ont répandu leur sang pour sceller la vérité de leur témoignage. L'apothéose de Romulus n'avait élé ni prévue ni prédite ; elle fut imaginée pour écarter le soupçon d'un régicide commis par les sénateurs ; la résurrection et l'ascension de Jésus-Christ avaient été annoncées par les prophètes et par luimême ; ces deux prodiges ont fondé le christianisme. On pouvait croire sans conséquence ou ne pas croire la fable de Romulus ; on ne pouvait pas être chrétien sans croire la résurrection et Vascension de Jésus-Christ, professées dans le symbole, et l'on ne pouvait embrasser le christianisme sans s'exposer à la haine des Juifs et des païens. Personne n'a eu intérêt de contester la divinité de Romulus ; elle se conciliait très -bien avec le système du paganisme : les Juifs, au contraire, ont eu un très-grand intérêt à démontrer la fausseté de la narration des apôtres, et pour l'adopter il fallait renoncer au judaïsme ou au paganisme. La fable de Ro mulus n'a pu servir qu'à rendre les Romains ambitieux, usurpateurs, ennemis de l'univers entier ; la croyance de la divinité de Jésus-Christ a banni du monde les folies, l'impiété, les crimes du paganisme, a établi le règne de la vérité et de la vertu. Voilà des différences incontestables.

ASCÈTES, du grec, «<xx»jt>3?, mot qui signifie à la lettre une personne qui s'exerce, qui travaille. Ce nom a élé donné en général à tous ceux qui embrassaient un genre de vie plus austère, et qui par là s'exerçaient plus à la vertu, ou travaillaient plus fortement à l'acquérir que le commun des hommes. En ce sens, les essénieus chez les Juifs, les pythagoriciens entre les philosophes, pouvaient être appelés ascètes. Parmi les chrétiens, dans les premiers temps, on donnait le même litre à tous ceux qui se dis inguaient des autres par l'austérité de leurs mœurs, qui s'abstenaient, par exemple, de vin et de viande. Depuis, la vie monastique ayant été mise en honneur dans l'Orient, et regardée comme plus parfaite que la vie commune, le nom d'ascètes est demeuré aux moines, cl parti entièrement à ceux qui se retiraient da>«< les déserts, et n'avaient d'autre occupation que de s'exercer à la méditation, à la lecture, aux jeûnes et aux autres mortifications. On l'a aussi donné à des religieuses ; en conséquence on a nommé asceteria les monastères, mais surtout certaines maisons dans

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lesquelles il y avail des moniales cl des acolytes, dont l'office était d'ensevelir les morts. Les Grecs donnent généralement le nom d'ascètes à tous les moines, soit anachorètes et solitaires, soit cénobites.

M. de Valois, dans ses noies sur Eusèbe, el le père Pagi, remarquent que, dans les premiers temps, le nom d'ascètes et celui de moines n'étaient pas synonymes. Il y a toujours eu des ascètes dans l'Eglise, et la vie monastique n'a commencé à y être en honneur que dans le iv' siècle. Bingham observe plusieurs différences entre les moines anciens et les ascètes ; par exemple, que ceux-ci \ ivàicnt dans les villes, qu'il y en avait de toute condition, même des clercs, et qu'ils ne suivaient point d'autres règles particulières que les lois de l'Eglise, au lieu <]ue les moines livaîent dans la solitude, étaient tous laïques, du moins dans les commencements, etassujeltis aux règles ou constitutions de leurs fondateurs. De là on a nommé rie ascétique la v ie que menaient les chrétiens fervents. — Elle consistait, scion M. Fleury, à pratiquer volontairement tous les exercices de la pénitence. Les ascétiques s'enf rm aient d'ordinaire dans des maisons, où ils vivaient en grande retraite, gardant la continence, cl ajoutant à la frugalité chrétienne des abstinences et des jeûnes extraordinaires. Ils pratiquaient la xérophagic ou nourriture sèche, et les jeûnes de deux ou trois jours de suite, ou plus encore ; ils s'exerçaient à porter le cilice, à marcher nu-pieds, à dormir sur la terre, à veiller une grande partie de la nuit, à lire assidûment l'Ecriture sainte, à prier ie plus continuellement qu'il était possible. Telle était la vie ascétique : de grands évoques et de fameux docteurs, entre autres Origène, l'avaient menée. On nommait par excellence ceux qui la pratiquaient, les élus entre les élus, iArx-âv èxXecto èpo:. Clément Alexandrin, Eusèbe, llist., I. vi, cap. 3. Fleury, Mœurs des chrétiens, 11e part., n. 20. Bingham, Orig. ecclés., liv. vri, c. 1, § 6.

On conçoit que la vie ascétique, telle que nous venons de la décrire, ne pouvait manquer de déplaire aux protestants, et qu'il est de leur intérêt de la faire envisager comme un effet de l'enthousiasme de quelques chrétiens mal instruits. Ce fui, selon leur opinion, une erreur capitale, un système extravagant, qui a causé dans tous les siècles les plus grands maux dans l'Eglise. On distingua, dit Moshcim, les préceptes que Jésus-Christ a établis pour tous les hommes, d'avec les conseils auxquels il a exhorté seulement quelques personnes ; on se flatta de s'élever, par la pratique de ceux-ci, à un degré supérieurde verluelde sainteté, et de jouir d'une union plus intime avec Dieu. Dans cette persuasion, plusieurs chrétiens du n« siècle s'interdirent l'usage du vin, de la viande, du mariage, du commerce ; ils exténuèrent leurs corps par des veilles, l'abstinence, le travail et la faim ; bientôt il* allèrent th. relier le bonheur dans les déserts, loin de la soucié des hommes. Ce travers d'esprit lui a paru né de deux causes : la première lut l'ambition d'imiter

les philosophes platoniciens et pythagoriciens, dont Porphyre a rendu les fol'es idées dans son Traité de l'abstinence ; la seconde fut la mélancolie qu'inspire naturellement le climat de l'Egypte, maladie de laquelle étaient affectés les esséniens el les thérapeute?, qui avaient déjà mené cette vie triste et lugubre longtemps avant la venue de Jésus-Christ. De là, dit-il, elle passa dans la Syrie et dans les contrées \oisines, dont les habitants sont à peu près du même tempérament que les Egyptiens ; el dans la suite elle infecta même les nations européennes : telle a été i'origine des vœux, des mortifications monas iques,du célibat des prêtres, des pénitences infructueuses eldes autres superstitions qui ont terni la beauté el la simplicité du christianisme. Ilist. ecclés. du second siècle, n« part , cap. 3, § 1 1 el suiv. C'est le langage de tous les protestants. — Ainsi, suivant leur opinion, c'est dès le second siècle, cl immédiatement après la mort du dernier des apôtres, que le christianisme a commencé à se corrompre, à devenir un chaos d'erreurs et de superstitions ; ce sont les disciples mêmes des apôtres qui ont préféré à la doctrine de leurs maîtres celle des philosophes païens, cl qui ont fait dominer celle-ci dans l'Eglise. Et c'est ainsi que Jésus-Christ a tenu la promesse qu'il avail faite d'être avec son Eglise jusqu'à la consommation des siècles. Quand on considère ce système des protestants, on est tenté deleur demander s'ils croient en Jésus-Cbrisl.

Au mot Conseils Evangéliqies, nous ferons voir que la distinction que les premiers chrétiens en ont faile d'avec les préceptes, n'a pas été une vaine imagination de leur part, el que Jésus- Christ l'a faile lui-même ; que c'est lui qui a dit qu'il y a quelque chose de plus parlail que ce qu'il a prescrit ou ordonné à tous les hommes, et qu'en le faisant on peut mériter une plus grande récompense. Ici nous avons à prouver que c'est encore lui qui a donné l'exemple de la vie ascétique, el queses apôtres l'ont pratiquée comme lui ; les chrétiens n'ont donc pas eu besoin d'en aller chercher le modèh cbez les philosophes païens, ni chez les esséniens ou chez les thérapeutes juifs.

Jésus-Christ a loué la vie so'itaire, pénitente, chaste et mortifiée de saint Jean-Baptiste (Matlk. n, 8), vie ascétique, s'il en lut jamais ; il a pratiqué lui-même la chasteté, la pauvreté, la mortification, le jeûne, le renoncement à toutes choses, la prière continuelle ; tout cela cependant n'es! pas commandé à tous les hommes : nous persuadera t-ou qu'il y a de l'enthousiasme el de la folie à vouloir imiter Jésus-Christ ? Il dit qu'il y a des hommes qui se sont faits eunuques pour le royaume des cieux {Mat th. xix, 12). Il appelle bienheureux ceux qui pleurent ; il prédit que ses disciples jeûneront lorsqu'ils seront privés de sa présence; il leur promet le centuple, parce qu'ils ont tout quitté pour le suivre (v, 5 ; ix, 15 ; xix, 29). Il ne resto aux protestants qu'à se joindre aux incrédules el à dire connue eux que Jésus-Cbrisl était d'un caractère austère, fâcheux, mélan-

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