‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 67 sur 183 · D.CT. DK THÉOL. DOGMATIQUE . I · texte numérisé non relu

D.CT. DK THÉOL. DOGMATIQUE . I

ASTAROTHIÏES. adorateurs d'Astnroth , ou de la lune. On dit qu'il y eut de ces idolâtres parmi les Juifs depuis Moïse jusqu'à la captivité de Nabylone. Voy. Astres.

ASTAT1ENS, hérétiques du ixc siècle, sectateurs d'un certain Sergius, qui avait renouvelé les erreurs des manichéens. Leur nom, dérivé du grec, signifie sans consistance, variables, inconstants, parce qu'ils changeaient de langage et de croyance à leur gré. Ils s'étaient fortifiés sous l'empereur Nicéphore qui les favorisait; mais son successeur Michel Curopalate les réprima par des édils très-sévères. On croit que ce sont. eux que Théophane et Cédrène nomment antiganiens. Le père Goar , dans ses notes sur Théophane, à l'an 803, prétend que les troupes de vagabonds, connusen France sous le nom de Bohémiens et d'Egyptiens , étaient des restes d'aslatiens ; mais cette conjecture ne s'accorde pas à l'idée que Constantin Porphyrogénète et Cédrène nous donnent de celte secte; née en Phrygie, elle y domina et s'étendit peu dans le reste de l'empire. Les as— tatiens joignaient l'usage du baptême à toutes les cérémonies de la loi de Moïse, et faisaient un mélange absurde du judaïsme et du christianisme.

ASTÈRE ouASTÉRlUS (saint), archevêque d'Amasée dans le Pont, mort peu après l'iiniOO, a tenu un rang distingué parmi les docteurs de l'Eglise du ive siècle. Il reste de lui plusieurs homélies, dont les anciens ont fait très-grand cas. Elles ont éié publiées par le P. Combefis, Auct. BibL Palrum, t. 1 , avec les extraits de quelques autres tirées de Pholius. Théophile Raynaud les avait aussi recueillies et fait imprimer en latin, en Î6GJ.

ASTRES. La première idolâtrie a commencé par le culte des astres. Lorsque les peuples eurent perdu de vue la révélation primitive, ils s'imaginèrent que les astns étaient des êtres animés et intelligents. Comment concevoir que ces grands corps suivissent une marche si régulière, s'ils n'é'aient pas la demeure d'un génie qui les conduit ? Leur lumière, leur chaleur, les influences qui en viennent, sont très-nécessaires aux hommes ; ce sont donc des êlres bienfaisants auxquels nous devons de la reconnaissance. Souvent ils nous annoncent les changements de l'air, le beau temps et la pluie ; sans doute ils sont doués d'une intelligence supérieure et de l'esprit prophétique. Ainsi ont raisonné non-seulement les ignorants , mais les philosophes ; Celse, dans Origène , s'efforce de prouver qu'il faut rendre un culte aux astres. Plusieurs Pères de l'Eglise ont encore été persuadés que les astres étaient conduits, non par des dieux, comme le pensaient les païens, mais par des anges soumis à Dieu. Voy. Anues.

Les Hébreux et les autres Orientaux appelaient les astres, l'armée du ciel, mililia cœli. Souvent les prophètes ont reproché aux Juifs d'adorer UauL le soleil, Astaroth ou Astarté, la lune, cl l'armée du ciel; celte idolâtrie e^t ce qu<ï l'on nomme le sabisme ou zabisme. C'est p>ur cela que les écrivains

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sacrés ont coutume d'appeler lo vrai Dieu, le Dieu des armées , c'est-à-dire le créateur du ciel et des astres. Ce nom ne signifie donc point le Dieu de la guerre ou du carnage, comme quelques incrédules ont affecté de l'interpréter. Nous contenons cependant que le vrai Dieu est quelquefois nommé le Dieu des armées d'Israël, pour donner à entendre que c'est de lui seul que les Israélites attendaient la victoire ; mais ce n'est point là le sens le plus ordinaire du titre de Dieu des armées. Mém. de l'Acad. des inscript., tom. XVIII, in-12, p. 30; t. LXXI, p. 151.

11 n'est pas étonnant que les Syriens et les Arabes aient été singulièrement attachés au culte des astres. Dans ces affreux déserts, où le jour n'offre que le tableau uniforme et triste de vastes plaines couvertes de sable aride, la nuil au contraire, déploie à tous les yeux un spectacle magnifique. Presque toujours claire et sereine, elle présente à l'œil étonné l'armée des deux dans tout son éclat. A la vue d'un spectacle aussi merveilleux, le passage de l'admiration à l'idolâtrie était très-facile pour des hommes ignorants ; il est tout simple qu'un peuple dont le climat n'offre aucune beauté à contempler que c lie du firmament, la choisisse par préférence pour objet de son culte. C'est la réilexion très-sensée d'un écrivain moderne. — Aussi, selon la remarque d'un autre savant, l'astronomie a fait la grande religion qui couvrit toute l'Asie sous des formes un peu différentes; dans tout l'Orient s'éleva une multitude d'idoles astronomiques, dont chacune représentait le soleil, la lune, leurs phases, leurs changements; ou les planètes, les constellations, les divers points du ciel ; ou des figures allégoriques du jour, de la nuit, du matin, du soir, des points solstiliaux et équinoxiaux : celles des ans, des mois, des semaines, des jours, et de tout ce qui, figuré dans l'écriture primitive, put devenir un personnage; de tout ce qui, ayant servi dans des siècles plus simples à indiquer les travauxde l'agriculture, put devenir un objet de vénération.

Au mi icu de cette démence générale, il est digne de notre attention de considérer le peuple juif, seul adorateur du vrai Dieu, auquel toute image est interdite, et de trouver dans cette défense du législateur une preuve de celle vérilé, que l'abus des images a causé la plupart des erreurs des peuples polythéistes.

Comme l'observation des astres servait à fixer les fêtes rurales et les travaux de l'agriculture, elle se trouva liée à la religion; d'où il arriva que les observateurs furent à la fois astronomes et prêtres. Ce fut une des raisons de l'exactitude et de la persévérance avec laquelle on observa ; m.iis ce fut aussi une cause des superstitions qui s'établirent, lorsque les rapports du ciel avec la terre furent regardés comme des influences, el que l'astronomie dégradée ne fut plus que l'astrologie.

L histoire de la création, telle que Moïse l'a tracée, était le meilleur préservatif contre l'erreur des païens ; elle nous apprend que Dieu a créé les utiles pour l'utilité des hom-

mes, el les conduit par sa volonté , ce ne sont donc ni des dieux ni des génies tutélaires plus favorables à une nation qu'à une autre. Moïse dit aux Juifs : Lorsque vous élevez les yeux vers le ciel, que vous voyez le soleil, la lune et les autres astres, gardez-vous de donner dans l'erreur et de les adorer ; le Seigneur voire Dieu les a créés pour rendre service à toutes les nations qui sont sous le ciel (Veut. iv, 19). Cette leçon servait encore à prémunir les hommes contre la terreur des éclipses, des météores, des phénomènes singuliers, dont les adorateurs des astres ont toujoursélé consternés : Ne craignez point, dit Jérémie, les signes du ciel, comme font les nations (x, 2). Par là enfin les Juifs étaient préservés de la folie des pronostics, de la divination par les astres, des horoscopes, de l'astrologie judiciaire, etc. Ceux qui ne croient point à la révélation, devraient nous apprendre comment Moïse a été plus éclairé que les sages de toutes les nations dont il était environné.

ASTROLOGIE juoicuire, science fausse et absurde dont les partisans prétendent qu'il y a une liaison nécessaire entre le cours des astres elles actions humaines; qu'ainsi nos destinées sont écrites dans le tableau du ciel; que l'on peut les y lire et les annoncer d'avance; qu'à la naissance d'un enfant l'on peut tirer son horoscope, prévoir et prédire ce qu'il sera, ce qu'il fera el quel sera son sort pendant toute sa vie, etc.

A la honte de l'esprit humain, celle erreur a régné chez presque tous les peuples et dans lous les siècles ; les Chaldéens, qui se distinguèrent par leur habileté dans l'aslronomie, déshonorèrent celle science en y mêlant l'astrologie. Cet abus est proscrit par les lois de Moïse, par les lois des empereurs païens, plus rigoureusement encore par celles des empereurs chrétiens et par celles de l'Eglise. Plusieurs philosophes ont été attachés à celte étude vaine et frivole, et y ont eu confiance, en particulier l'empereur Julien ; Cicéron l'a combattue dans son livre de Fato. Les Pères de l'Eglise et les théologiens n'ont rien négligé pour en désabuser les hommes ; ils en ont fait voir l'absurdité et l'impiété. Mais il n'y a pas encore longtemps que nous pouvons nous féliciter d'être guéris de celte maladie. Sous la régence de Marie de Médieis, aucune femme n'aurait entrepris un voyago sans avoir consulté son astrologue, qu'elle appelait son baron. Louis XIII fut surnommé le Juste, parce qu'il était né sous le signe de la balance ; el les historiens nous apprennent qu'à la naissance de Louis XIV, son horoscope fut tiré avec toute la gravilé et l'importance possible. — D'où a pu naître celle démence? de la même source que le culte des astres. Par une vaine imagination , dit le Sage, les hommes ont méconnu Dieu dans ses ouvrages; ils sont persuadés que les élémen'.s, les astres qui routent sur nos télés, te soleil, lu lune, les planètes, sont les dieux qui gouvernent le monde ( Sap. xm, 1 ). Par conséquent ils leur ont attribué des connaissances clune puissance bien supérieures à celles des hommes. Dès qu'où les u regardés comme les

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arbitres de nos destinées, l'on a dû conclure qu'ils pouvaient aussi nous les faire connaître d'avance. — On a vu d'ailleurs que les astronomes pouvaient prédire l'apparition de tel astre ou dételle constellation, le changement des saisons et de la température de l'air, une éclipsede soleil ou de lune ; que les diverses couleurs de ces deux astres annonçaient ou le beau temps, ouïe vent, ou la pluie. Les astrologues, pour se rendre importants, se sont vantés d'avoir des connaissances encore plus étendues, de pouvoir prédire des événements qui n'avaient aucune liaison avec les phénomènes du ciel ; quelques-unes de leurs prédictions, vériGées par hasard, ont inspiré aux ignorants uneconfianceaveugle à leurs pronostics. On sait jusqu'où a été poussée la curiosité de tous les peuples, et leur envie de connaître l'avenir. Ainsi s'est établie la croyance générale de l'influence des astres sur nos destinées, l'opinion que les dieux, c'est-à-dire, les astres animés, révélaient aux observateurs du ciel les événements les plus cachés dans l'avenir. Et puisque les stoïciens mêmes croyaient fermement àl'astroluyie, il se peut très-bien faire que les astrologues eux-mêmes aient été souvent dupes de leur propre curiosité. Mém. de Vacnd. des Inscript. , t. LVI, in-12, p. ko. — Voilà pourquoi les Chaldéens, qui sont les plus anciens observateurs des astres, ont été aussi les plus célèbres devins de l'antiquité. Dans le livre de Daniel, c. n, v. 2 et 27, les sages, les mages, les devins, les faiseurs de prédictions, les Chaldéens, sont la même chose. — Les philosophes qui ont combattu cette erreur, n'en attaquèrent point le fondement, c'est-à-dire, la prétendue divinité des astres; ils ne purent donc pas la détruire : leurs raisonnements étaient trop abstraits pour être à portée du peuple. La lumière du christianisme fut plus efficace ; mais elle n'étouffa pas entièrement l'habitude d'ajouter foi aux prédictions des astrologues. Lorsque les Arabes se mirent à étudier l'as'ronomie, ils donnèrent dans le même faible que les Chaldéens, et contribuèrent ainsi à entretenir le préjugé. Il domine autant que du passé chez les Grecs, et l'on prétend qu'il est assez commun en Italie. — Cependant les Livres saints, les leçons des Pères de l'Eglise, les analhèmes lancés contre celte superstition, auraient dû la déraciner. 11 était sévèrement défendu aux Juifs de consulter aucune espèce de devins ( Levit. xix, 31; Dent, xvur, 10). Le prophète haïe insulte à la crédulité des Babyloniens et à la folle confiance qu'ils donnaient à leurs astrologues ( xr.vn, 13 ). Qu'ils paraissent, dit- il, ces hommes si habiles d contempler le ciel et à observer les astres, qui supputaient les lunaisons pour vous prédire l'avenir ; qu'ils vous sauvent à présent de vos malheurs; ils sont comme lu paille consumée par le feu, et ils ne peuvent se dé' livrer eux-mêmes.

Une loi de l'empereur Constance défend, sous peine de la vie, de consulter des astrologues ou mathématiciens, et les autres devint. Si elle perte aussi le nom de Julien,

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elle ne fut pas faite do son aveu, p lisque, dans son ouvrage contre le christianisme, il se déclare partisan de Yastrologie. Saint Cyrille, contre Julien , I. x, p. 356 et 357. Honorius et Théodose bannirent aussi les astrologues. Origène, saint Basile, saint Ambroise, saint Augustin , ont démontré la vanité et l'illusion de leurs prédictions. Saint Epiphane nous apprend qu'Aquila fut excommunié pour n'avoir pas voulu renoncer à Vaslrologie. Plusieurs conciles ont condamné la confiance que l'on avait à cet art funeste, et ont sévèrement défendu d'y avoir recours — Nos rois ont confirmé ces lois par leurs ordonnances dans les derniers siècles. Thiers, Traité des superst., t. I, c. 7, I. m, p. 2;*3. On dit que la philosophie seule a pu nous détromper sur ce point; mais si la religion n'y a contribué en rien, pourquoi les anciens philosophes n'ont-ils pas pu y réussir, et pourquoi plusieurs d'entre eux ont-ils donné dans le même préjugé quele vulgaire? Les Pères l'ont attaqué par la philosophie aussi bien que parla-religion. Si l'on veut comparer les arguments de Bardai, dans son Argents, avec ceux des Pères, on verraqu'ils sont les mêmes. Voy. Devin.

* ASTRONOMIE. Dans leur haine pour le christianisme, les impies ont fouillé les vieilles archives, pénétré au fond de la terre pour y trouver un démenti aux vérités élémentaires de l'Écriture. Ils ont aussi interrogé les astres, et ils ont cru entendre les astres leur répondre que le monde est beaucoup plus am ien que ne l'assure la Bible. Il est vrai que l'astronomie peut beaucoup servir à déterminer à quelle époque un événement est arrivé : car, parmi les époques les plus lixt-s sont celles qui ont été déterminées par les observations astronomiques: v. g., les éclipses de soleil et de lune, les conjonctions des solstices et des équinoxes avec certaines étoiles, les levers héliaques de certaines étoiles (a), et ainsi du reste. Quand on sait par l'histoire que tel règne, tel événement :i concouiu avec telle éclipse de soleil ou de lune, il est facile, si l'éclipsé est bien caraciérisé», de déterminer par les règles astronomiques le temps précis où doit être placé ce règne ou cet événement ; ou Voit donc que les observations astronomiques d'un peuple, lorsqu'elles ont été bien conservées, peuvent s rvir à constater l'antiquité d'une nation. Il y a quatre peuples anciens qui ont des observations astronomiques qui paraissent remonter bien plus haut que l'époque assignée par Moyse à la création. Ce sont les Egyptiens, les Chaldéens, les Indiens et les Chinois. M.iis comme chacun de ces peuples prétend fonder son antiquité sur d'autres litres, nous examinerons tous ces titres pour chacun d'eux aux mots

(«) Les levers héliaques des étoile* sont très célèbres chez les anciens a trouomes et chez les anciens poêles. Une élode qui se lève pmdaut que le soleil éclaire l'horizon n'a point de lever héhaque , parce qu'on ne peut la voir atteindre l'horizon lorsqu'elle se lève. — Mais quand le soleil, par son mouvement réel ou apparent d'Occident eu Orient, a dépas-sé celte élode d'un certain nombre de degrés, et qu'elle commence à paraître le malin dans l'horizon immédiatement avant l'aurore , alors elle se lève liéliaqucmcul, et cette position dans le ciel, relativement au soleil et à l'horizon, esl son lever hélia.|ue.

Le coucher héliaque d'une éto.le anive quand elle descend le soir sous l'horizon , un peu après le coucher du soleil, en sorte que la lumière du crépuscule empêche de. I ai» rcevoir.

On voit donc que le lever héliaque est l'apparition, et le courber héhaque l'oc ulialion ou la disparition d'une étoile sur l'horizon dans le voisinage du soleil héliaque , solaire, du mot v'.»4, soleil.

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Kcvitien-, Chaldêkns, Indiens, Ctiwois . Nous remettons à ces mois à traiter de la valeur de leurs observations astronomiques.

ASYLE ou ASILE, sanctuaire, lieu de refuge, qui met un criminel à l'abri des poursuites de la justice. Ce mol, qui vient du grec, est composé d'à privatif, et de tnikiw, prendre, arracher, dépouiller. On ne pouvait sans sacrilège arracher un homme de Vasyle dans lequel il s'était réfugié.

Les temples, les autels, les statues des dieux ou des héros, leurs tombeaux, étaient chez les anciens la retraite de ceux qui étaient accablés par la rigueur des lois , ou Oj primés par la violence des tyrans. De tous ces asyles, les temples étaient les plus sacrés et les plus inviolables. On supposait que les dieux se chargeaient eux-mêmes de punir les criminels qui venaient se mettre ainsi sous leur dépendance immédiate ; et on regardait comme une impiété de vouloir leur ^ter le soin de la vengeance. — Chez les païens on accordait ainsi l'impunité aux criminels, même les plus coupables, soit par superstition, soit pour peupler les villes par ce moyen ; c'est ainsi en effet que Thèbes , Athènes, Rome, se remplirent d'habitants : preuve assez sensible de la multitude des crimes qui se commettaient pour lors. — Les Israélites avaient des villes de refuge que Dieu lui-même avait désignées; mais elles n'étaient un asyle assuré que pour ceux qui avaient commis un crime par inadvertance, par un cas fortuit et involontaire , et non pour ceux qui s'en étaient rendus coupables de propos délibéré.

Bingham.dans ses Origines ecclésiastiques, 1. vin, c. 11, § 3, pense que le droit d'asyle dans les églises chrétiennes a commencé sous Constantin. 11 observe que , dans l'origine, ce privilège n'a été accordé ni pour mettre les criminels à l'abri des poursuites de la justice, ni pour diminuer l'autorité des magistrats, ni pour donner atteinte aux lois, mais afin de fournir un refuge aux innocents accusés et poursuivis injustement, de laisser aux juges le temps d'examiner mûrement les cas incertains et douteux, de mettre les accusés à couvert de la vengeance et des voies défait, enfin, de donner lieu aux évoques d'intercéder pour les coupables, chose qu'ils faisaient souvent. Il ne faut donc pas être surpris si les empereurs suivants confirmèrent ce droit d'asyle, et si les pasteurs de l'Eglise furent ardents à le soutenir. Nous en voyons un exemple remarquable dans les ouvrag< s de saint Jean Chrysostomc. Un favori de l'empereur Arcadius, nommé Eutrope, avait suggéré à ce prince de supprimer le droit d'asyle ; bientôt disgracié cl poursuivi lui-même par des ennemis puissants, il fut réduit à se réfugier dans une église et à chercher son salut en embrassant l'autel. Cet événement fournil à saint Jean Chrysostomc le sujet d'un di cours très-éloquent sur la vanité des grandeurs humaines et sur la justice des décrets de la Providence. Op. t. III, p. '581.

Lorsque les empereurs Uonorius et Théo-

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dose eurent réglé et modéré le droit d'asyle, les évêques et les moines eurent soin de marquer une certaine étendue de terrain qui fixait les bornes de la juridiction séculière. Peu à peu les couvants devinrent des espèces de forteresses où les criminels se mettaient à l'abri du châtiment et bravaient les magistrats. Ce privilège fut étendu dans la suite, non-seulement aux églises et aux cimetières, mais aussi aux maisons des évêques, parce qu'il n'était pas possible à un ciimineldc passer sa vie dans une église, où il ne pouvait faire décemment plusieurs des fonctions animales. Mais enfin les asyles furent insensiblement dépouillés de leurs immunités, parce qu'ils ne servaient plus qu'à favoriser le brigandage et à multiplier les crimes. — 11. faut convenir cependant que si les asyles ont mis à couvert de châtiment plusieurs coupables qui l'avaient justement mérité, ils ont aussi sauvé la vie à un grand nombre d'innocents injustement poursuivis par les fureurs de la vengeance. Dans les temps malheureux où les vengeances particulières étaient censées permises, où l'on ne connaissait plus d'autre loi que celle du plus fort, il fallait nécessairement avoir des lieux de refuge contre la violence des seigneurs toujoursarmés. Cette triste ressource n'a cessé d'être nécessaire que quand l'autorité de nos rois, la police des villes, la juridiction des tribunaux de magistrature, ont été solidement établies.

Il y avait plusieurs de ces asyles ou sanctuaires en Angleterre; le plus fameux était à Beverly, avec cette inscription : H œc sedes lapidea frecd stool dicitur, id est , pacis cathedra, ad quam reus fugiendo perveniens omnimodam habet securitalem. Camden. En France, l'église de Saint-Martin de Tours a été longtemps un asyle inviolable. Les franchises accordées aux églises en Italie ressemblaient beaucoup au droit d'asyle; mais elles ont été abolies. — Charlemagne avait donné aux asyles une 'première atteinte en 779, par la défense qu'il fit de porter à manger aux criminels réfugiés dans les églises. Nos rois ont heureusement achevé ce que Charlemagne avait commencé. Hist. de l'Acad. des Jnscr., t. II, in-12, p. 52; Mém., t. lxxiv, p. 46.

ATHANASE (saint), évoque et patriarche d'Alexandrie, a été l'un des plus célèbres Pères de l'Eglise au iv siècle. Ses combats contre les ariens , les persécutions qu'il essuya de leur part, la constance avec laquelle il supporta leurs calomnies, plusieurs exils, une vie errante et toujours exposée pour la défense de la foi, sont des faits connus de tous ceux qui ont lu l'Histoire ecclésiastique. Quelques incrédules en ont pris occasion de le peindre comme un zélateur imprudent, comme nu boule-feu, un fanatique. La vérité est qu'il n'opposa jamais que la patience, la prudence et la force de la vérité à une persécution de cinquante ans. Son caractère se montre dans ses ouvrages; il n'injurie point ses adversaires, il ne cherche point à les aigrir, il les accable par l'au-

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