‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 69 sur 183 · ATH · texte numérisé non relu

ATH

qu'un épicuréisme grossier. Faut-il qu'à notre tour la naissance de \'athéi.<me vienne nous annoncer que nous touchons au plus haut point de prospérité auquel notre monarchie soit parvenue depuis sa fondation? —

moins une si forlc persuasion, que j'aurais délié (oui philosophe de proposeraient) système intelligible sur la nature, auquel je n'eusse opposé des objections plus fortes, plus invincibles que celles qu'il pouvait m'opposer sur le mien ; et alors il fallait me résoudre à rester sans rien croire, comme vous faites, ce qui ne dépendait pas de moi, ou mal raisonner, ou croire comme j'ai fait.

« Une idée qui me vint il y a trente ans a peutêtre plus contribué qu'aucune aulre à me rendre inébranlable ; supposons, me disais-je, le genre humain vieilli jusqu'à ce jour dans le plus complet matérialisme, sans que jamais idée de Divinité ni d'âme soit entrée dans aucun esprit humain ; supposons que l'athéisme philosophique ail épuisé tous ses systèmes pour la formation et la marche de l'univers par le seul jeu de la matière et du mouvement si nécessaire, mol auquel, du reste, je n'ai jamais rien conçu : dans cet état, monsieur, excuser ma franchise, jt; supposais encore ce que j'ai toujours vu et ce que je sentais devo'r être, qu'au lieu de se reposer tran- ■ -tiillement dans ces systèmes, comme dans le si in delà vérité, leurs inquiets partisans cherchaient sans cesse à parler de leur doctrine, à l'échircir, à retendre, à l'expliquer, la pallier, la corrig r, et, comme celui qui seul trembler sous ses pieds la maison qu'il habite, à l'étayer de nouveaux arguments.

< Terminons enfin ces suppositions pur celle d'un Platon, d'un Cl-rke, qui, s'élevant tout à coup au milieu d'eux, leur eût dit : Mes amis, si vous eussiez commencé l'analyse de cet univers par celle de vousmêmes, vous eussiez trouvé dans la nature de votre être le chef de la constitution de ce même univers, »,ue vous cherchez en vain sans cela : qu'ensuite leur expliquant h distinction des deux sub tances, /l leur eût prouvé par les propriétés mêmes de la matière que, quoi qu'en die Locke, la supposition de la matière pensan'e est une véritable absurdité ; qu'il leur eût fait voir quelle est la nature de l'être vraiment actif et pensant, et que de rétablissement de cel être qui juge, il lui enfin remonté aux notions confuses, mais sûres, de l'Etre suprême : qui peut douter que, frappés de l'éclat, de la simplicité, de la beauté de cette ravisante idée, les mortels jusqu'alors aveugles, éclairés des premiers rayons de la Divinité, ne lui eussenl offert par acclamation leurs premiers hommages, et que les penseurs surtout ci les philo- ophes n'eussent rougi d'avoir contemplé si longtemps les dehots de celle machine immense, sans trouver, sans Soupçonner même la clef de sa conslitu.ioa, cl, toujours grossièrement bornés par leurs sens, de n'avoir jamais su voir (pie matière où tout leur montrait qu'une autre substance donnait la vie à l'univers el l'intelligence à l'homme?

« t'csl alors, monsieur, que la mode eût été pour celte nouvelle philosophie ; que les Jeunes gens et les sages se lussent trouvés d'accord , qu'une doctrine si belle, si sublime, si douce ei si consolante pour l'homme juste, eût réellement excité tous les hommes à la vertu ; el que ce beau mol d'humanité, rebattu maintenant jusqu'à la fadeur, jusqu'au ridicule par les gens du monde les moins humains, eût été plus empreint daBS les cœurs que dans les livics. Il eût donc suffi d'usé simple transposition de temps pour faire prendre tout le contre-pied à la mode philosophique ; avec celle différence que celle d'aujourd'hui, malgré son clinquant de paro'es, ne nous promet pas une génération bien estimable, ni des philosophes bien vertueux >• (f-es paroles se sont accomplies à la lettre.)

Mais le luxe, père de la corrupiion et de l'athéisme, prépare la ruine des états et la décadence des nations : ce qui est arrivé à celles dont nous venons de parler devrait nous faire trembler et nous rendre plus sages.

I. Quel motif pourrait engager un athée à élre vertueux ? Il sait, à la vérité, que le vice peut lui nuire ; mais il est aussi des circonstances où le vice autorisé par l'exemple peut devenir avantageux. Déjà nos moralistes athées nous avertissent que dans les sociétés corrompues il faut se corrompre pour devenir heureux, se mettre au ton des mœurs régnantes pour élre estimé et applaudi. 11 y a des hommessi mal constitués par la nature, que le vice est nécessaire à leur bonheur. Qu'importe que le vice puisse nuire, s'il peut aussi être utile ? L'événement dépend du hasard ; tout homme dominé par une passion est tenté d'en faire l'épreuve. Il n'a point de remords à craindre, dès qu'il se sent le courage de les éloulTer. — Les faules les plus secrètes peuvent être dévoilées, mais il s'est commis aussi plusieurs grands crimes dont on n'a jamais pu découvrir les auteurs. Dans les sociétés corrompues, les fautes sont si communes que l'on n'y fail presque \ lus d'attention ; une dose suffisante d'effronterie tient lieu de probité. A force de raisonnements et de palliatifs, on parvient aujourd'hui à justifier les iniquités les plus criantes, et à rendre toutes les réputations équivoques. — La société tans doute est utile au bonheur d'un athée ; mais, comme tant d'autres, il peut jouir des avantages de la société sans y mettre beaucoup du sien : ceux qui servent le plus efficacement leurs semblables ne sont pas les plus honorés : les vertus les plus nécessaires sont ordinairement les plus obscures, et les devoirs Les plus pénibles sont les moins récompensés.

On dit que nous devons nous attacher à la patrie qui nous protège. Mais combien d'hommes profilent des bienfaits et de la protection de la patrie, en lui rendant de mauvais services, en lui insultant, en déclamant contre ses lois, en décriant son gouvernement, en exaltant jusqu'aux nues le mérite supérieur de ses ennemis 1 Selon un axiome consacré parmi les athées, une patrie qui ne nous rend point heureux, perd ses droits sur nous. — Un homme, continue-t-on, doitse fairo aimer. Où est cette nécessilé pour un athée ? 11 lui suffit d'être craint et que personne n'ose lui nuire. Qu'ai-jc à faire, dira-t-il, de l'amitié d'un père vieux, infirme, languissant, qu'il faut soigner et nourrir à mes dépens ? Que me rendra-t-il en échange de mou amitié ? — Je conviens que l'ingratitude éloignera de moi mon bienfaiteur, le fera peul-êlre repentir de ce qu'il a fait pour moi ; que m importe s'il n'est plus en étal de me faire du bien, de se venger, ni de me faire essuyer des reproches ? J'avoue encore que la justice est nécessaire au maintien de toute association ; mais on peut profiler de l'association, sans contribuer à son maintien. Ou a prouvé doctement de nos jours que plusieurs vices sont pour le moi m aussi Qccestiurca au tuutuliet)

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