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do l.i société qui1 les vertus. D'ailleurs la justice ne suffit point si l'on n'y ajoute la charité, l'humanité, la compassion pour les malheureux ; sur quoi peut être fondépour moi le devoir de secourirun étranger, un inconnu qui souffre, mais qui ne me connaît point, elque je ne reverrai jamais?— Il est faux que nul homme ne puisse être content de soi-même, quand il sait qu'il est l'objetde la haine publique. Plusieurs grands hommes l'ont encourue par leurs vertus et par le zèle le plus pur; d'autres ont gagné la faveur publique par des crimes heureux : ceux-ci avaient-ils plus de droit d'être contents d'eux-mêmes que les premiers ?
Toutes les maximes de morale des athées sont donc fausses lorsqu'on les examine en rigueur ; quand elles seraient vraies, le commun des hommes est incapable de faire les réflexions, les calculs, les raisonnements nécessaires pour en sentir la vérité. Admettons un Dieu et une providence, ces maximes deviendront des lois. — Que le vice nous soit utile ou pernicieux dans ce monde, n'importe ; Dieu le défend, il le punira tôt ou lard. Quand le vice nous élèverait sur la terre au comble du bonheur, ce ne sera que pour quelques moments ; l'ivresse passagère qu'il nous causera sera suivie d'un malheur éternel. Que les hommes connaissent le crime ou nele connaissent pas, cela est égal ; Dieu le connaît, le coupable n'échappera point à sa vengeance : les remords sont les premiers supplices par lesquels il leur fait sentir sa justice. — Quelasociété, que la patrie, soient justes ou injustes, reconnaissantes ou ingrates à mon égard, Dieu m'ordonne de m'y attacher et de les servir, comme il leur ordonne de me proléger. Si elles manquent à leur devoir, cela ne me donne pas droit de violer le mien : Dieu est témoin de ma conduite, c'est à lui seul de me récompenser. — Par la loi générale de la charité, Dieu commande à tous les hommes de s'aimer, de s'aider, de se rendre des services mutuels : amis ou ennemis, concitoyens ou étrangers, bienfaiteurs ou rivaux, caractères aimables ou fâcheux, personne n'est excepté. Quand ils nous refuseraient leur amitié, nous serions encore obligés de nous rendre aimables, afin de ne pas les blesser.
Tel est le langage de la religion, de nos livres saints, des justes de tous les siècles ; c'est celui de la raison et de la saine philosophie. Lorsque les athées s'obstinent à le méconnaître, nous n'avons pas tort de leur reprocher qu'ils sapent la morale par les fondements. Sans la croyance d'un Dieu , souverain législateur, rémunérateur et vendeur, il n'est plus de lois, plus de devoirs ou d'obligations morales proprement dites, plus de vices ni de vertus.
11. L'Ecriture nous assure que les athées n'ont jamais goûté la paix, qu'il n'est point pop.r eux de consolation ni de bonheur en ce monde; ils ont pris eux-mêmes la peine de nous en convaincre. Que voyons-nous dans leurs livres ? — 1° Une affectation singulière de dégrader l'homme, de le réduire uu niveau des brutes, afin de prouver qu'il
n'est pas l'ouvrage d'un Dieu sage et bon. Ce n'est pas là le moyen de nous inspirer du courage, des sentiments nobles, l'héroïsme de la vertu, la satisfaction secrète que goûte une âme élevée à sentir ce qu'elle est. Ot avilissement volontaire cadre bien mal avec l'orgueil philosophique. — 2° Des plaintes amères sur les misères de l'humanité, sur les rigueurs d'une nature marâtre, sur les passions qui nous tourmentent, sur les crimes qui nous déshonorent, sur les fléaux qui couvrent la terre. Ils en concluent qu'une Providence bienfaisante ne se mêle point du gouvernement de ce monde. Ces sombres réflexions ne sont pas fort propres à nous rendre contents de notre sort. Lorsque les athées peignent le genre humain, ils le représentent comme une société de malfaiteurs aveuglés, corrompus, forcenés par religion. Peut-on se féliciter de vivre dans une pareille compagnie, ou espérer d'y trouver jamais le bonheur? — 3° Des blasphèmes contre la justice d'un Dieu vengeur, contre la sévérité avec laquelle on prétend qu'il punit le crime. Cette idée, disent-ils, inspire l'effroi, fait envisager Dieu comme un être odieux. À ce signe, il est difficile de reconnaître le calme d'une conscience pure, exempte de trouble et de remords. Ils se plaignent de ce que la vertu n'est pas heureuse sur la terre, et ils ne veulent point du bonheur d'une autre vie. Mais si la vertu n'a rien à espérer, ni dans ce monde ni dans l'autre, où sera le motif de l'embrasser? — h* Des doutes jetés sur la perpétuité de l'ordre physique du monde. Nous ne savons pas, disent-ils, si une révolution subite ne replongera pas bientôt l'univers dans le chaos. Jamais la superstition la plus aveugle n'inspira une crainte aussi puérile et aussi absurde. Epicure pensait qu'il valait encore mieux être sous l empire d'un Dieu le plus capricieux, que sous le joug d'une nécessité impitoyable que rien ne peut fléchir. Aujourd'hui , ses disciples , moins sensés que lui, préfèrent l'empire d<j la nécessité à celui de la Divinité. — 5° Des éloges prodigués à la fureur du suicide. Si c'est à ce terme que doit aboutir la suprême félicité des athées, un homme raisonnable ne sera pas tenté de la leur envier. 11 est bien absurde de nous promettre le bonheur icibas, si nous voulons abjurer l'idée d'un Dieu vengeur, et de vouloir prouver ensuite que si nous sommes dégoûtés de 1 1 vie, rien n'est mieux que de se détruire. — 6° Des sophismes sans fin, pour démontrer qu'il n'y a aucune certitude dans nos connaissances ; qu'un scepticisme général est la seule philosophie du sage. Mais si toutes nos opinions sont incertaines , Yathéisme n'est donc pas un système invinciblement prouvé, et auquel on puisse se livrer avec une pleine sécurité. Douter s'il y a un Dieu, une religion vraie, une autre vie, ce n'est pas être convaincu qu'il n'y en a point; l'incertitude sur un objet aussi important ne peut pas être une situation douce et agréable. Les mécontentements du présent, l'incertitude sur l'avenir, des fureurs contre Dieu., des invectives cou-
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tre les hommes, ne furent jamais les symplômesdela paix eldu bonheur. Nous sommes donc forcés d'acquiescer à la sentence que Dieu a prononcée lui-même par un prophète : Point de paix pour les impies (Isai. xlviu, 22 ;
LVH.21).
III. Le Psalmiste nous avertit que les athées sont des hommes d'un mauvais caractère, dangereux, malfaisants, pernicieux à la société ; est-ce une accusation fausse? — Puisqu'il est démontré que la situation des athées n'est ni tranquille, ni heureuse, c'est un trait «le cruauté de leur part de vouloir communiquer aux autres le doute, l'inquiétude, le mécontentement, l'humeur, qui les tourmeoleni. Qu'ils s'obstinent à y demeurer, c'est leur affaire ; mais pourquoi vouloir arracher à leurs semblables l'idée d'un Dieu qui les console, une religion qui les porte à la verlu, une espérance qui adoucit leurs peines ? A considérer la manière dont la plupart des hommes sont constitués, les athées sont-ils sûrs que leurs principes, répandus dans le monde, n'augmenteront pas la quantité des trimes et le nombre des malfaiteurs ? Le moindre danger à cet égard devrait arrêter la main et fermer la bouche à tout homme sensé. — Quand la vérité de la religion ne serait pas invinciblement démontrée, elle est du moins autorisée par les lois; chez toutes les nations policées, on a sévi contre ceux qui violent les lois en attaquant la religion. Parce qu'il plaît aux athées de trouver ces lois injustes, il ne s'ensuit pas qu'elles le sont en effet, et que l'on ne doit pas punir ceux qui s'élèvent contre elles. Exiger dans ce cas une tolérance absolue, c'est autoriser tous les malfaiteurs à enfreindre toutes les lois qui les gênent. — Accuser les vivants et les morts, noircir les motifs de toutes les vertus qui ont brillé dans le monde, fouiller dans tous les coins de l'histoire pour trouver des reproches contre les personnages pour lesquels le genre humain a eu le plus de respect, sonner le tocsin contre ceux qui prêchent la religion ou qui la défendent, les peindre comme autant de fourbes ou de fanatiques ennemis di la société, attaquer les souverains et les gouvernements comme complices du même crime : voilà ce que les alliées ont fait de tout temps et font encore. .Si tous ces excès ne sont pas punissables, quel a donc été l'objet de la police et de la législation ?
C'est une imposture de leur part de prétendre que l'athéisme n'influe en rien sur les mœurs, et qu'un athée peut être aussi vertueux qu'un homme qui croit en Dieu ; le contraire est démontré par leur propre conduite. Un athée n'évite le crime qu'autant qu'il y est forcé par les lois ; il ne peut être homme de bien sans contredire continuellement tous ses principes. — L'influence terrible que V athéisme peut avoir sur les mœurs <iu peuple n'est que trop prouvée par un fait arrivé de nos jours. Il y a environ dix nns qu'il s'était formé, dans la Lorraine allemande cl dans l'électoral de Trêves, une association de gens de la campagne qui
avaient sicotié tout principe de religion et de morale. Ils s'étaient persuadés qu'en se mettant à l'abri des lois ils pouvaient satisfaire sans scrupule toutes leurs passions. Pour se soustraire aux poursuites de la justice, ils se comportaient dans leurs villages avec la plus grande circonspection : l'on n'y voyait aucun désordre ; mais ils s'assemblaient la nuit en grandes bandes, allaient à force ouverte dépouiller les habitations écartées, commettaient d'abominables excès, et employaient les menaces les plus terribles pour forcer au silence les victimes de leur brutalité. Un de leurs complices ayant été saisi par hasard pour quelque autre délit, l'on découvrit la trame de cette confédération détestable, et l'on compte par centaine les scélérats qu'il a fallu faire périr sur Péchafa ud. (Lettres sur l'Histoire de la terre et de l'homme, par M. Duluc, 1779, t. IV, lettre 91, p. 140.) — Ce fait fut annoncé dans le temps par les nouvelles publiques, mais il ne fut pas assez remarqué. S'il avait été question d'un événement peu favorable à la religion, nos philosophes en auraient fait retentir le bruit dans l'Europe entière. Le sage écrivain qui le rapporte, et qui en avait presque été témoin, observe avec raison que si l'athéisme ne produit pas le même effet sur les hommes laborieux, timides, dont les passions sont douces, la société aurait tout à craindre des paresseux hardis, entreprenants, et dont les passions sont violentes; l'irréligion en ferait de vrais tigres.
Il ne restait plus aux athées qu'à vouloir cacher leurs turpiludes sous le masque de l'hypocrisie, à se prétendreanimés par un zèle ardent pour le bien de l'humanité , à exiger des éloges et des récompenses pour le courage qu'ils ont montré : c'est par là que les athées ont couronné leurs travaux. — Ils diront sans doute que par ces réflexions nous cherchons à les rendre odieux, à exciter contre eux la sévérité des magistrats. Non. L'Ecriture les déclare insensés : nous souscrivons à cet arrêt. On ne punit point les hommes tombés en démence, mais on les met hors d'étal de nuire. Le roi-prophète remet à Dieu la vengeance de leurs fureurs : Levez-vous, Seigneur, jugez vous même voire cause; voyez les blasphèmes qtie /'insensé ne cesse de vomir contre vous; remarquez et n'oubliez pas l'orgueil de ceux qui se déclarent vos ennemis, et cette audace qui s'augmente de jour en jour (Ps. lxxiii, 22). Instruits par les leçons de Jésus-Christ, encore plus parfaites que celles des anciens justes, nous nedemandons à Dieu que la conversion des incrédules.
Nous ignorons pourquoi l'on a pris do nos jours tant de peine pour justifier Vanini, athée célèbre, ou du moins pour l'excuser et pour faire paraître ses juges coupables de cruauté. Plusieurs de nos philosophes ont trouvé bon de taire son apologie; mais l'intérêt personnel et la conformité de sentiment n'auraicnl-ils pas influé beaucoup dans cette charité singulière? Il nous suffit d'observer que Vanini ne fut point livré au supplice pieusement parc* qu'il était athée,
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mais parce qu'il prêchait Y athéisme , et séduisait la jeunesse. Ces deux crimes sont très différents. Si les athées gardaient pour eux seuls leur impiété, personne ne s'informerait de ce qu'ils pensent : mais ces insensés veulent dogmatiser, communiquer aux au'res !e poison dont ils sont infectés, et c'est ce qu'on a droit de punir.
ATHÉNAGORE, philosophe athénien, converti au christianisme, présenta, l'an 177, aux empereurs Marc-Aurèle-Antonin et Lucius-Aurèle-Commode , une apologie pour les chrétiens , par laquelle il justifia leur croyance et leurs mœurs contre les calomnies des païens. Il a aussi fait un traité de la résurrection des morts.
Il demande d'abord pourquoi , sous le règne de deux princes philosophes et naturellement équilaliles, on n'accorde point aux chrétiens , qui font profession d'honorer la Divinité, la même liberté dont jouissent les superstitions les plus absurdes; pourquoi l'on ne procède point contre des hommes dont les n.œurs sont innocentes, dans la môme forme juridique que contre des malfaiteurs coupables des plus grands crimes. — Les païens accusaient les chrétiens de trois crimes principaux, d'athéisme, de tuer et de manger un enfant dans leurs assemblées, de s'y livrer ensuite à Pimpudicité. Athénagore demande comment l'on peut reprocher l'athéisme aux chrétiens qui adorent un seul Dieu en trois personnes. Il fait voir que plusieurs philosophes ont enseigné l'unité de Dieu ; que le polythéisme est absurde ; que les chrétiens reconnaissent môme des anges dont Dieu se sert pour exécuter ses ordres ; <iue la pureté de leur vie démontre assez qu'ils ne sont point athées. — Le principal fondementde cette accusation était l'aversion que témoignaient les chrétiens pour les sacrifices et pour l'idolâtrie des païens ; Athénagore s'attache à prouver que l'on ne doit point honorer Dieu par des sacrifices sanglants ; que dans les différentes villes de l'empire l'on n'adore pas les mêmes dieux ; qu'il est absurde de prendre les créatures, la matière , le monde, ses différentes pariies, ou les idoles, pour des dieux : il fait voir que toutes ces superstitions sont d'une invention trèsrécente. — Vainement les païens prétendaient que le culte des idoles se rapportait aux dieux qu'elles représentaient , et qu'il était confirmé par la vertu miraculeuse de plusieurs de ces simulacres. Athénagore démontre, par le témoignage d' s philosophes et des poêles , que ces prétendus dieux avaient été des hommes, qui ne méritaient aucun culte religieux ; il insiste sur 1 indécence de leurs figures , sur les passions et sur les crimes qu'on leur attribuait; il montre que l'on justifiait mal ces fables , en leur donnant un sens physique , et en les appliquant aux phénomènes de la nature.
Jl expose la doctrine de Thaïes et de Plalon sur les démous, et celle des chrétiens touchant les anges, bons ou mauvais; il soutient que les esprits malfaisants sont les vrais auteurs de l'idolâtrie cl do tous les prestiges
quiavaientservià l'établir parmi les hommes.
Quant aux deux autres crimes dont on chargeait les chrétiens, Athénagore soutient qu'ils sont assez réfutés par la pureté des mœurs qui règne parmi eux, par la tempérance et la fidélité qu'ils gardent dans le mariage, par la modestie avec laquelle ils se saluent , par leur amour pour la virginité , par l'éloignement qu'ils ont pour hs secondes noces. Il représente combien il leur est triste d'être accusés des crimes contraires par des hommes qui sont coupables eux-mêmes de toutes les espèces d'impudicilé et de forfaits. — Loin de pouvoir être convaincus d'aucun homicide , ils ont horreur de voir répandre le sang humain, soit dans les supplices des criminels, soit dans les combats des gladiateurs ; ils regardent les avorlements volontaires comme un meurtre , et la coutume d'exposer les enfants comme un vrai parricide.
Athénagore finit par exposer la croyance des chrétiens sur la résurrection générale , sur les récompenses et les peines de l'autre vie ; il observe que, quand ce seraient là des erreurs, ce ne seraient pas encore des crimes pour lesquels il fût juste de haïr, de persécuter, de mettre à mort ceux qui sont dans ces sentiments.
Cette apologie fut présentée vingt-six ou vingt sept ans après celle de saint Justin.
Les critiques protestanls, Jurieu, Leclerc, Barbeyrac et leurs copistes , font plusieurs reproches contre la doctrine à1 Athénagore. 1° Il a eu , disent-ils, trop d'idées platoniciennes. Mais il faut faire attention que cet écrivain parlait à des empereurs qui faisaient profession de philosophie, et qui sans doute respectaient Platon ; c'était un trait de prudence de se conformer à leur goût et de leur alléguer en plusieurs choses l'autorité de ce philosophe. Quand même Atfténa* gore aurait conservé , après sa conversion , les opinions platoniciennes qui lui paraissaient conciliables avec les dogmes du christianisme , nous ne voyons pas où serait le crime. De là même il s'ensuit que noire religion, dès sa naissance , n'a pas redouté l'examen des philosophes. — 2° L'on prétend qu' Athénagore n'attribue à Dieu qu'une providence générale , qu'il a supposé que les anges étaient chargés en détail du gouvernement du momie. Selon Barbeyrac , cette idée empruntée de Platon , présentée à deux empereurs païens, a dû leur faire conclure que les chrétiens éiaient des polythéistes. — N'oublions pas que ces deux princes étaient philosophes, capables, par conséquent, de mettre de la distinction entre des êtres créés , tels que les anges et un Dieu incréé; que selon la doctrine formelle d' Athénagore, aucun être créé n'est Dieu. Dans son Apologie et dans son Traité de la Résurrection , il attribue expressément à Dieu le gouvernement et la destinée de l'homme ; il suppose que les anges n'agissent que par les ordres et selon les desseins de Dieu; ce n'est pas là du platonisme. — D'un côté, plusieurs de nos philosophe? ont soutenu que Platon, qui
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