‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 73 sur 183 · AL'G · texte numérisé non relu

AL'G

lime. Le quinzième commandait de garder les lûtes et d'observer les cérémonies. Le seizième tenait les ordonnances civiles pour légitimes, approuvait les magistrats, la propriété des biens et le mariage. Le dix->ept ème reconnaissait la résurrection future , le jugement général, le paradis et l'enfer, et condamnait les erreurs des anabaptistes sur la durée finie des peines de l'enfer, et sur le prétendu règne de Jésus-Christ , mille ans avant le jugement. Le dix-huitième déclarait que le libre arbitre ne suffisait pas pour ce qui regarde le salut. Le dix-neuvième, qu'encore que Dieu eût créé l'homme , et qu'il le conservât , il n'était ni ne pouvait être la cause de son péché. Le vingtième , que les bonnes œuvres n'étaient pas tout à fait inutiles. Le fingl- unième défendait d'invoquer les saints, parce que c'était, disait-il, déroger à la médiation de Jésus-Christ. — La seconde panie , qui contenait seulement les cérémonies et les usages de l'Eglise, que les prolestants traitaient d'abus , et qui. les avaient obligés, disaient-ils, à s'en séparer, était comprise en sept articles. Le premier admettait la communion sous deux espèces , et défendait les processions du saint sacrement. Le second condamnai! le célibat des prêtres, religieux , religieuses , etc. Le troisième excusait l'abolition des messes basses, et voulait qu'on célébrât en langue vulgaire. Le quatrième exigeait qu'on déchargeât les fidèles du soin de confesser leurs péchés, ou du moins d'en faire une énuméralion exacte et circonstanciée. Le cinquième combattait les jeûnes et la vie monastique. Le sixième improuvait ouvertement les vœux monastiques. Le septième enfin établissait , entre la puissance ecclésiastique et ia puissance séculière, une distinction qui allait à ôler aux ecclésiastiques toute puissance temporelle. Celle confession de foi était signée par l'électeur de Saxe et par le duc de Saxe, par le marquis de Brandebourg, par deux ducs de Lunehourg, par le landgrave de Hesse, par le prince d'Anhalt, parle magistral de Nuremberg et par celui de Reutlingue. Nous n'y ferons que quelques observations. — 1° 11 s'en faut beaucoup que celte pièce vantée parMosheim et par les luthériens comme une merveille soit un chef-d'œuvre de théologie ; l'ordre y manque, on n'y suit point le fil des matières. Ce qui regarde les bonnes œuvres, par exemple, est partagé en deux ou trois articles; on dit, dans l'un, qu'elles ne contribuent en rien à ia justification; dans un autre, qu'elles ne sont pis inutiles, et l'on n'explique point en quoi consiste leur utilité. Le cinquième article décide que les sacrements donnent le Saint-Esprit, et que l'opération du Saint-Esprit consiste dans la foi seule ; l'on soutient dans le neuvième qu'il faut néanmoins baptiser les enfants: mais de quelle foi les enfants sont-ils capables? Quelle peut être en eux l'opération du Saint- Esprit? il y aurait bien d'autres contradictions à remarquer. — 2° Mqsheim en impose quand il dit que tout les protestante l'adoplèreul pour règle de leur foi. Dist. scclét. du

xvi* siècle, sect. t, c. 3, § 2. Les luthériens mêmes ne la soutinrent pas dans tous ses points, (elle que nous venons de la rapporter; mais ils l'ai érôrenl et varièrent dans plusieurs, selon les conjonctures et les nouveaux systèmes que prirent leurs docteurs sur les différents points de doctrine qu'ils avaient d'abord arrêtés. En effet, elle avait été publiée en tant de manières, et avec des différences si considérables, à Wurtemberg et ail'eurs, sous les yeux de Melanchthon et de Luther, que quand, en 1561, les protestants s'assemblèrent à Naumbourg, pour en donner une édition authentique, ils déclarèrent en même temps que celle qu'ils choisissaient n'improuvait pas les autres, et particulièrement celle de Wurtemberg,, faite en 15i0. Les sacramemaires croyaient même y trouver ce qui les favorisait. C'est pourquoi les zwingliens, dit M. Bossuet, l'appelaient malignement laboîte de Pandore, d'où sortaient le bien et le mal ; la pomme de discorde entre les déesses; un grand et vaste manteau où Satan se pouvait cacher aussi bien que Jésus-Christ. Ces équivoques et ees absurdités, où tout le monde pensait trouver son compte, prouvent que la confession d'Augsbourg était une pièce mal conçue, mal digérée, dont les parties se démentaient et ne composaient pas un système bien uniforme de religion ; Calvin feignait de la recevoir pour appuyer sou parti naissant, mais dans le fond il en portait un jugement peu favorable. — 3° En même temps que les chefs du parti luthérien présentaient cette confession de foi à la diète ti'Augsbourg, quatre villes impériales, Strasbourg, Constance, Mémingue, Landaw, qui avaient embrassé les sentiments de Zwingle, présentèrent aussi la leur, qui avait été composée par Martin Bucer, et qui fut aussi regardée comme un prodige de doctrine par lo parti zwinglien ou calviniste. Cela n'empêcha pas Bucer de souscrire la confession à' Augsbourg cl la défense de celteconfession ; les signatures ne coûtaient rien aux prétendus réformateurs, dès que cela leur était utile. Melanchthon lui-même, qui, dans la seconde partie de la confession d'Augsbourg, condamnait si hautement les cérémonies de l'Eglise romaine, le faisait contre son propre sentiment, et uniquement pour complaire à Luther. On sait d'ailleurs que Melanchthon regardait ces cérémonies comme assez indifférentes, cl ne jugeait pas que ce fût un sujet légitime de faire schisme avec l'Eglise catholique; Moshcim en convient, ibid., c. 4, § k, note. Ainsi les princes prolestants, qui n'étaient certainement pas théologiens, et qui ne voulai nt avoir aucun respect pour le pape, juraient dans le fond sur la parole de Luther. Quoique l'on ne voulût pas admettre celui-ci à la diète ni aux conférences, pane qu'il était trop violent et trop brouillon, il se tenait à Co bourg, dans le voisinage il'Augsbutirg, el les protestants ne faisaient rien que par son inspiration. Mosheim, ibid, c. 3, § 2, noie «lu traducteur sur le § V. S'il lui avait plu d'être sacrameulaire ou anabaptislc, tous le:- lulhcrieus le seraient au-

AUG

AUG

jourd'hui. — k" Les zwingliens on calvinistes, les anabaptistes , les sociniens mêmes, si leur parti avait déjà été formé pour lors, n'auraient pas eu moins de droit que les luthériens de demander l'exercice libre de * leur religion; cependant ceux-ci ne le voulaient pas souffrir où ils étaient les maîtres: nous voudrions savoir pourquoi l'empereur et les princes de l'empire étaient plus obligés de permettre l'exercice libre du luihéranisme que celui des autres sectes. Dans le fond, qu'étail-il besoin de confessions de foi ? Les luthériens auraient dû suivre un procédé plus franc et plus honnête ; ils devaient se borner à dire à la diète : Vous n'avez rien à voir à nos sentiments ni à notre doctrine, nous n'en devons compte qu'à Dieu seul; nou9 prétendons avoir droit de le servir selon les lumères de notre conscience ; bien entendu que nous accordons le même droit aux autres. Mais non, les luthériens voulaient être tolérés et intolérants, jouir de la liberté et ne l'accorder à personne, dominer seuls, chasser et proscrire quiconque ne serait pas luthérien ; et si on veut les en croire, l'on a violé toutes les lois divines et humaines, en leur refusant ce qu'ils demandaient. C'était aussi l'esprit des calvinisies et de toute autre secte protestante. — 5° Les luthériens l'aisaientsemblant de désirer un concile général; Mosheim déclame contre Clément VII, qui semblait le redouter et qui en relardait la convocation sous différents prétextes ; mais quand ils virent que Paul III consentait à le convoquer, ils protestèrent d'avance contre tout concile qui serait assemblé par le pape, surtout en Italie, et ils prétendirent que l'empereur avait droit de le convoquer en Allemagne, sous prétexte que partout ailleurs le pape aurait trop d'autorité. Mosheim, ibid., § 8 et 9, notes du traducteur sur les § 6 et 9. Mais nous demandons à quel titre les évêques d'Espagne, d'Italie, de France et d'Angleterre, pouvaient éire obligés de se rendre à un concile convoqué en Allemagne par ordre de l'empereur, pendant qu'ils étaient tous persuadés que c'était au pape de l'indiquer et de l'assembler? Pourquoi les souverains catholiques devaient plutôt consentir à la tenue d'un concile général en Allemagne, que les princes allemands à ce qu'il lût tenu en Italie? Pourquoi les évêques de ces divers royaumes pouvaient espérer plus de liberté en Allemagne, déchirée pour lors par des factions, que les Allemands en Italie ou tout était tranquille? A-t-on quelque preuve qu'au concile de Trente les évêques français, espagnols ou allemands, ont été gênés par l'autorité du pape, qu'ils n'ont pas eu la liberté des opinions , qu'on les a forcés de souscrire à quelque décret contre leur propre sentiment? 11 est donc clair que les luthériens ne voulaient point de concile, à moins qu'ils ne fussent assurés d'y être les maîtres: cela est démontré par la narration même de Mosheim. — 6° Enfin, supposons que le concile eût été convoqué et assemblé en Allemagne, il fallait y appeler non-seule-

ment les catholiques, mais les anabaptistes, les calvinistes et les anglicans : les Crées même schismaliques, les nestoriens, les jacobites, les arméniens, n'y avaient pas moins de droit que toutes ces sectes récentes. Nous ne demandons pas si les Asiatiques auraient été fort obéissants aux ordres d'un empereur d'Allemagne; mais si les sectes prolestantes se seraient mieux accordées dans un concile qu'elles n'ont fait ailleurs. Les prolestants ne cherchent qu'à faire illusion, lorsqu'ils se plaignent de la manière dont les catholiques se sont comportés à leur égard. Bossuet, Ilist. des Variai., I. ni.

La confession d'Augsbourg se trouve dans le recueil imprimé à Cenève en 1634; mais on ne sait pas si elle y est telle qu'elle fut présentée en 1530, puisqu'elle a été changée plusieurs fois.

AITCUUE, AUSPICES. Yoy. Divination.

AUCUSTIN (saint), évêque d'Hippone en Afrique, est le plus célèbre des docteurs do l'Eglise; aucun autre n'a autant écrit. Un théologien ne peut se dispenser d'en connaître les ouvrages. La meilleure édition est celle des bénédictins, en onze volumes in~ fol. Le premier contient les deux livres des Rétractations, les Confessions, quelques ouvrages philosophiques, el plusieurs Traités contre les manichéens. Le deuxième, les Lettres de saint Augustin. Le troisième, des Commentaires sur différentes parties de l'Ancien et du Nouveau Testament. Lequalrième, des Discours sur les psaumes. Le cinquième, les Sermons. Le sixième, différents Traités sur le dogme et sur la morale. Le septième, d'aulres ouvrages semblables, et les vingtdeux livres de la Cité de Dieu. Le huitième, plusieurs écrits contre les manichéens et les ariens, et quinze livres sur la Trinité. Le neuvième, les ouvrages contre les donalisles. Le dixième, ce qu'il a écril contre les pélagiens. Le onzième renferme la Vie de saint Augustin, et des tables Irès-amples. Il faut y ajouicr pour douzième volume l'Appendice fait par Le Clerc.

Aucun des Pères n'a reçu de plus grands éloges, n'a essuyé des censures plus amères, n'a donné lieu à de plus vives contestations. Les théologiens catholiques le regardent comme l'oracle de l'Eglise et le vainqueur de trois sectes d'hérétiques ; comme un génie supérieur auquel Dieu avait donné des lumières extraordinaires pour expliquer l'Ecriture sainte, surtout les écrits de saint Paul ; comme un maître duquel on ne peut rejeter les opinions sans se rendre suspect d'erreur. Les hétérodoxes, surtout les sociniens, soutiennent que c'est le plus ignorant de tous les commentateurs, qu'il ne savait ni l'hébreu ni le grec, n'avait aucune desconnaissanecs nécessaires pour entendre les Livres saints; un enthousiaste et un sophiste, toujours prêt à ériger ses opinions en articles de loi, el à persécuter ceux qu'il lui plaisait de nommer hérétiques : c'est ainsi à peu près qu'il est représenté par Le Clerc.

Saint Augustin a eu parmi les modernes de savants apologistes : le cardinal iNoris, le

AIT

AIG

célèbre Muratorî, le marquis Scipion, Maffei, RI. Bossuet , Défense de la Irad. et des saints Pères, etc. Sans déroger au mérite de leurs ouvrages , et sans les conlredire en rien, nous nous permettrons quelques réflexions. — 1° Le meilleur moyen de réduire au silence les ennemis de saint Augustin et de l'Eglise n'est pas d'attribuer à ce Père une espèce d'infaillibilité à laquelle il était bien loin de prétendre; souvent il a désapprouvé sur ce point le zèle trop ardent de ses amis : « Si vous prétendez, leur dit-il, que je ne me suis trompé dans aucun endroit de mes ouvrages, vous travaillez en vain , vous défendez une mauvaise cause, vous la perdrez à mon propre tribunal. Je n'exige point que l'on embrasse toutes mes opinions, ni que personne nie suive, sinon dans les choses surlesquelles il verra que je ne suis point dans l'erreur. C'est pour cela même que je fais des livres , dans lesquels j'ai résolu de revoir mes ouvrages, afin de montrer que je ne me suis pas suivi moi-même en toutes choses. Et quoique, par la miséricorde de Dieu, je crois avoir fait des progrès , je n'ai pas la vanité de penser qu'à mon âge même je sois à couvert de tout danger de faillir. » Epist. 143, n.2; Epist. 443, n. 8; De dono persev., c. 21, n. 55 ; De anima et ejus orig.t I. iv, cl, n. 1 ; Iietract., I. i ; Prolog., n. 2, etc. — 2' Puisque saint Augustin lui-même en appelle à la tradition, c'est suivre la règle qu'il trace que d'examiner si tous les sentiments qui sont dans ses ouvrages sont d'accord avec la doctrine des Pères qui l'ont précédé. On ne peut être obligé de les suivre qu'autant que l'on y reconnaîtrait une tradition constante qui remonterait jusqu'aux siècles apostoliques. Ce saint docteur n'a jamais cru qu'il dût seul former le langage de la foi ; et quelque respectable que soil son autorité, elle n'empêche pas d'examiner différents points sur lesquels l'Eglise n'a rien décidé. — 3J L'an 431, le pape saint Célestin, écrivant aux évéques des Gaules, après avoir reconnu le mérite de saint Augustin, les services qu'il a rendus à lliglise, et lorthodoxie de sa doctrine, après avoir fixé le dogme catholique contre les pélagicns, ajoute : «Quant aux questions plus dilficiles et plus profondes, qui ont été traitées plus au long par ceux qui ont réfuté les hérétiques, nous n'osons pas les mépriser; mais nous ne croyons pas qu'il soil nécessaire de les établir. En eiïet, pour confesser la grâce de Dieu , au mérite et à l'influence de laquelle il ne faut rien ôler, il nous parait sulfite de tenir ce que nous ont enseigne les écrits du siège apostolique selon les règles dont nous venons de parler, et de ne point legarder comme catholique tout ce qui parait contraire à ses décisions. » — Or, dans la doctrine prescrite par ce pontife , il n'est question ni de la prédestination gratuite à la gloire éternelle, ni de la distribution plus ou moins abondante de la grâce, ni de la nature de la grâce efficace, ni de la manière de la concilier avec la liberté, ni du supplice éternel réservé au péché originel; donc toutes ces questions sout du nombre de celle» que

snint Célestin n'a pas jugées née ssaires à établir, qui, par conséquent, ne tiennent point à la foi catholique. — 4° C'est un irait de prévention de ne vouloir puiser les sentiments de saint Augustin sur la grâce que dans ses ouvrages contre les pélagiens ; par là on donne lieu de penser qu'il y a contredit ce qu'il avait écrit contre les manichéens, qu'il a mal réfuté ces derniers, qu'il a trahi la cause de la religion : autant de suppositions injurieuses et fausses. On dit que l'Eglise a solennellement approuvé tout ce que le saint docteur a écrit contre les pélagiens ; mais elle n'a pas réprouvé ce qu'il a écrit contre les manichéens et contre les donatistes , ses Commentaires sur l'Ecriture sainte , ses Lettres , ses Sermons , ses ouvrages de morale et de piété; dans ceux-ci , saint Augustin ne disputait pas, il instruisait. On ajoute qu'il n'a rien rétracté de ce qu'il a enseigne contre les pélagiens : je le crois ; il écrivait encore contre eux lorsqu'il est mort, et son dernier ouvrage est resté imparfait : si par là on veut insinuer qu'il a rétracté ce qu'il avait dit.contre les manichéens, on nous en impose; en 420 ou 421, après dix ans de disputes contre les pélagiens , il réfute un manichéen. L. contra advers. legis et propli. Loin de déroger à ses premiers ouvrages, il y renvoie ; il n'en désavoue donc pas la doctrine. Pour prendre ses vrais sentiments, il faut le comparer avec lui-même, et voir comment on peut le concilier. — 5° Les pélagiens ont été condamnés par l'Eglise grecque et latine au concile d'Ephèse. Les Grecs n'ont donc pas adopté les erreurs de ces hérétiques, et l'Eglise grecque a fait partie de l'Eglise universelle jusquau i\e siècle. Dans cet intervalle ont vécu saint Cyrille d'Alexandrie, Théodore! , saint Isidore de Damietle, saint Proclus de Conslantinople , saint Ephrem, saint Maxime, saint Pierre Chrysologue, saint Jean Damascène, etc. Ces Pères ont-ils embrassé toutes les opinions de saint Augustin, toutes ses explications de l'Ecriture, que l'on voudrait faire passer pour des articles de foi? — 6° Aux yeux des hommes instruits, un zèle excessif pour les opinions de saint Augustin peut paraître suspect. Avec quelques passages cent fois répétés, et qui se trouvent partout, on se donne à peu de frais le relief de l'oithodoxie; on se trouve dispensé de consulter l'Ecriture sainte dans ses sources, de rechercher la tradition des quatre premiers siècles , de respecter les anciens Pères, de garder aucun ménagement envers les théologiens modérés, môme de raisonner conséquemment.

Jl nous reste à défendre saint Augustin contre les calomnies des hérétiques et des incrédules. — Ils l'accusent, 1" d'avoir toujours raisonné en parfait matérialiste sur la nature des substances spirituelles. Cependant nous trouvons, dans ses livres sur la Trinité, liv. x, c. 10, une démonstration de la spiritualité de l'âme à laquelle 1 s matérialistes n'ont jamais répondu; elle Bit tirée du sentiment intérieur. Jo sens ma propre existence, dit taint Augustin, et je mo sens dis-

AUG

Al1 G

lingué de (oui être qui n'est pas moi : or, je ne sens ni l'existence , ni la structure , ni le jeu de mon cerveau, ni d'aucune partie intérieure de mon corps; donc chacune de ces parties , et toutes prises ensemble , ne sont pas moi : ce que j'appelle moi, ou mon âme, est quelque chose de plus. Saint Augustin a certainement cru et prouvé la création, pri-e en rigueur; un être corporel ou matériel peut-il être créateur? Voy. Immatéiuausme.

— 2° D'avoir rejeté la liberté d'indifférence, d'avoir admis dans la volume , mue par la grâce , la même nécessité d'agir que Calvin et Jansénius. Fausseté criante. La vérité est que saint Augustin a rejeté seulement l'indifférence soutenue par les pélagiens, c'est-àdire, le penchant égal au bien et au mal, la même facilité de faire l'un que l'autre, l'équilibre de la volomé entre l'un et l'autre; c'e>t eu cela que les pélagiens faisaient consister la liberté. Voy. Op. imperf., lib. m, n. 109, 117, etc. Saint Augustin soutient avec raison que l'homme, corrompu par le péché originel, n'a plus cette heureuse indifférence, qu'il est plus porté au mal qu'au bien, qu'il a besoin d'une grâce qui rétablisse en lui le libre arbitre, en lui rendant le pouvoir de choisir le bien. Il a fallu toute la prévention de Calvin et de Jansénius , pour soutenir qu'une grâce qui rétablit la liberté impose la nécessité de faire le bien. — 3° D'avoir été aussi grand prédestinateur que Calvin. Nous ferons voir à l'art. Prédestination la différence qu'il y a entre le système de Calvin et celui de saint Augustin. Il suffit d'observer ici que, par prédestination des saints, ce Père a entendu la prédestination des fidèles à la grâce de la foi, et nous le prouverons par l'analyse du livre qu'il a fait sous ce litre. — h On lui reproche d'avoir enseigné une morale pernicieuse, en soutenant que Sara, épouse d'Abraham , a pu permettre à ce patriarche de prendre Agar pour concubine, et en posant pour maxime que tout appartient aux justes. A l'article Polygamie, nous prouverons que cet abus n'était pas défendu aux patriarches par le droit naturel ; qu'Agar était une seconde épouse, et non une concubine. L'abus d'un terme n'est pas un litre Jégilimepour condamner les Pèresde l'Eglise.

— Loin d'approuver la maxime : tout appartient aux justes, saint Augustin a blâmé et condamné ceux qui, sous ce prétexte, s'emparaient des biens des donatisles. — 5° L'on dit qu'après avoir prescrit la tolérance en laveur dis manichéens, il a prêché la persécution et la violence conlre les donatisles. Oui , contre les donatisles séditieux, armés, sanguinaires, qui, par leurs circoncellions, remplissaient l'Afrique de désordres et de carnage; mais saint Augustin n'a pas dit qu'il fallait employer conlre eux la violence lorsqu'ils étaient paisibles : il a enseigné et fait le contraire , et il a eu la consolation de les roir réunis à l'Eglise. — Barbeyrac prétend que ce saint docteur a approuvé la peine de mort portée par les empereurs contre les païens. 11 fallait dire au moins contre les sacrifices des païens. Le passage de saint

Augustin est formel, h'pist. 93, ad Vincent. Hogalistam, n. 10. On pouvait être païen sans offrir des sacrifices, et nous ne voyons pas en quoi il importait à la chose publique qu'un usage aussi absurde, et souvent accompagné de crimes, fût conservé. — 6" L'on prétend qu'il a été pélagien en écrivant contre les manichéens, et qu'il est redevenu manichéen en disputant contre les pélagiens. C'est une calomnie, et saint Augustin s'en est justifié lui-même dans ses livres des liétractations et ailleurs. Mais pour comparer dix volumes in-folio , pour saisir les vrais sentiments de ce sainl docteur, pour distinguer les arguments absolus d'avec les arguments personnels qu'il lire des principes de ses adversaires, il faut plus de sagacité, de patience , de droiture , que n'en ont eu les censeurs de ce Père. Les accusations que nous venons de voir ont été tirées des sociniens et des arminiens, leurs amis, de Bayle.de Le Clerc, de B irbeyrac ; les savants Muratori et Maffei, et plusieurs théologiens, les ont réfutées sans réplique. Nous en réfuterons nousmême un assez grand nombre dans les divers articles de ce Dictionnaire. Voy. Lamindus Prilanius, de ingeniorum moderatione in religionis negotio, et Histor. Theol. dogmatum et opin., de divina gratin, etc.

Beausobre , dans son Histoire du Manichéisme, accuse souvent saint Augustin de ne pas rapporter fidèlement les opinions des manichéens ; d'attribuer à ces hérétiques des erreurs qu'ils n'ont pas soutenues, et de les réfuter par de mauvaises raisons. Ce reproche suppose quetous les docteurs manichéens avaient les mêmes opinions, et que tous suivaient la doctrine de Manès : faux préjugé , qui ne s'est vérifié à l'égard d'aucune secte hérétique, et qui n'aura jamais une ombre de vraisemblance , puisque tout hérétique prétend être arbitre de sa croyance, et n'être assujetti aux leçons d'aucun maître. Croirons-nous que saint Augustin n'a pas su mieux connaître les vrais sentiments de Fausle , d'Adimante, de Félix, de Sécondinus , etc. , avec lesquels il avait disputé de vive voix, que Beausobre, qui prétend les deviner par des conjectures et des probabilité*?

Quant aux répenses et aux arguments de ce sainl docteur , nous verrons , à l'article Manichéisme qu'il a réfuté victorieusement le principe fondamental de cette hérésie, et qu'il a résolu solidement la difficulté tirée de l'origine du mal. Ce point décisif une fois obtenu, tout le reste du système de Manès tombait par terre; mais Beausobre n'a pas daigné faire cette observation, qui était cependant la première chose à examiner pour nous faire un tableau fidèle de la dispute.

Les ennemis de ce saint docteur ne se sont pas bornés à calomnier sa doctrine , ils ont encore voulu rendre suspectes ses vertus, ses actions les plus louables, la confession même qu'il a faite de ses fautes. Le Clerc prétend que sa:nt Augustin a écrit ses Conlessions, plutôt pour fermer la bouche à ses détracteurs que pour s'humilier de ses fui-

Al'G

AIG

blesses, et que c'est une espère d'îipologîe fort adroite.» Saint Augustin, dit-il, y avoue les désordres de sa vie qu'il ne pouvait pas cacher ; il supprime ou excuse le reste, et ne néglige aucune occasion de se faire valoir ; il lui a fallu une forte dose d'amour-propre pour parler si longtemps de soi, et pour entretenir ses lecteurs de choses qui devaient leur êlre fort indifférentes ; il s'adresse à Dieu pour ne les occuper que de lui-même : s'il eûl voulu simplement les édifier , il n'était p;is moins nécessaire d'avouer les fautes qu'il avait faites depuis son baptême que celles qui l'avaient précédé.» — Des ennemis jaloux pouvaient dire que saint Augustin n'avait pas fait un grand sacrifice en renonçant à la profession de rhéteur et d'orateur profane, pour exercer son talent sur un théâtre plus brillant, daus l'Eglise même, où il était sûr de jouer un rôle plus honorable et plus avantageux; que , par une pauvreté apparente, il avait acquis le droilde subsister aux dépens des riches, même la faculté d'assister les pauvres; qu'en paraissant renoncer à tout, il était parvenu à dominer sur tout un peuple au nom de Dieu, à se rendre chef de parti , à pouvoir excommunier, condamner et proscrire ceux qui lui déplaisaient. Les vraies fautes, continue Le Clerc, dont Augustin avait à se repentir, étaient d'avoir voulu se mêler d'expliquer l'Ecriture sainte, après en avoir fait une simple lecture, sans avoir appris le grec ni l'hébreu, sans avoir acquis aucune des connaissances nécessaires ; c'était d'avoir été ordonné prêtre et évêque contre les canons du concile de Nicée, qui défendaient à un évêiiue de se donner un successeur de son vivant; c'était enlin d'être parvenu au plus haut degré de gloire, d autorité et de pouvoir, en faisant semblant de renoncer au monde, aux richesses , aux honneurs, artifice qui a été employé dans la suite par tant de gens, et toujours avec le même succès.

Quelque indécente que soit celte satire de Le Clerc, nous n'avons pas craint de la copier, afin de montrer jusqu'où les protestants ont poussé la malignité contre les Pères de l'Eglise. Avant de hasarder une pareille censure, il aurait fallu êlre certain de plusieurs faits desquels Le Clerc ne pouvait avoir aucune preuve, et que l'on reconnaît être faux, pour peu que l'on consulte l'histoire. — 1° Le Clerc suppose que quand saint Augustin a écrit ses Confessions, il a eu intention de les publier, et que, par un esprit prophétique, il a prévu qu'il aurait besoin de celte apologie adroite pour fermer la bouche à ses détracteuis ; que son dessein était d'occuper de lui-même ses lecteurs, cl non de s'exciter à la reconnaissance envers Dieu , par le souvenir des fautes que Dieu lui avait remises par le baptême. Mais il parait certain que cet ouvrage a été fait vers L'an '»00, peu de temns après la promotion de saint Augustin à l'épiscopat ; cl alors nous ne voyons pas qu'il ail eu des détracteurs, ni des accusations à repousser. La manière dont il en parle, en les envoyant à un ami, qui les lui

avait demandées , Epist. 2G5 , marque la plus parfaite candeur, et nous ne croyons pas lui faire grâce en disant qu'il était d'un caractère trop vif pour être hypocrite. S'il ne parle pas des fautes qu'il avait commises depuis son baptême, c'est qu'elles devaient être la matière d'une concession sacramentelle, et non d'une déclaration publique ; celle-ci ne convenait plus à uu évéque, obligé de faire respecter son caractère. — 2° La plupari des fautes dont saint Augustin s'accuse n'avaient pas été assez publiques pour venir à la connaissance de ses ennemis, et les étourderies de jeunesse qu'il se reproche n'étaient pas de nature à le déshonorer : où était donc la nécessilé d'en faire une apologie adroite? Quel avantage saint Augustin pouvait-il tirer de là pour sa réputation? Les Africains, charmés de ses talents, ne pensaient guère à aller rechercher ce qu'il avait fait en Italie. — 3° Qui a révélé à Le Clerc que quand ce saint docteur quitta la profession de rhéteur, après son baptême , et retourna en Afrique , il avait déjà le dessein et l'espérance d être promu aux ordres sacrés ; que quand il se relira dans la solitude, il savait qu'on l'en tirerait bientôt pour l'élever au sacerdoce et à l'épiscopat; que quand il opposa de la résistance à son é\ êque, qui voulait l'ordonner, elle ne fut pas sincère? Si en cela l'évêque Valère pécha contre les canons du concile de Nicée , la faute ne peut pas en être attribuée à sa nt Augustin ; c'était au primai de Cartilage et aux autres évêques d'Afrique de s'en plaindre, et nous ne voyons pas qu'aucun ait réclamé : ils jugèrent sans doute que ces canons n'étaient pas indispensables. — 4" Si, en en treprenantd'expliquerl'Ecrilure sainte, saint Augustin avait eu le même dessein que Le Clerc, qui était de faire parade d'érudition et de se montrer plus habile que les autres commentateurs , il aurait eu besoin , sans doute , de grec, d'hébreu, d'histoire, de géographie, etc. ; s'il a seulement voulu en tirer des leçons morales pour lui et pour les autres, loul cel appareil ne lui était pas nécessaire. Mais voilà l'entêtement des prolestants : ils interprètent l'Ecriture sainte comme on explique Homère ou Hérodote; et parce que les Pères de l'Eglise y. ont cherché de quoi nourrir la piété et non la curiosité, cela déplaît aux protestants. — 5° Le Clerc a su encore, par révélation sans doute, que quand saint Augustin a écrit contre les manichéens, contre les donatisles, contre les pélagiens, contre les ariens, contre les priscilliani-.tes, il l'a fait par humeur, par l'envie de contredire et de disputer, et non par zèle pour la purelé de la loi el pour le salut de son Iroupeau. Cependant d'autres protestants ont remarqué qu'il a traité les hérétiques avec plus de modération que saint Jérôme, qui était cependant plus vieux que lui. Mais son grand crime a é;é de subjuguer les esprits , de gagner la confiance, do se faire admirer par la supériorité de ses lalents et par l'ascendant de ses vertus. Heureux ceux à qui Dieu a donné assez de nié»

aug

AUG

rite pour s'allirer de pareils reproches! 11 a été le fléau des hérétiques de son temps : il doit donc être censuré par les hérétiques de tous les siècles.

Un antre critique, encore plus téméraire , a prétendu que saint Augustin se reconnaissait lui-même sujet aux excès du vin, parce qu'il ditdanssesConfessions, 1. x, c.31,n. kl : Je suis bien éloigné de m enivrer ; cependant la crapule me survient quelquefois. Cet habile homme n'a pas su que craputa signifie seulement la douleur de tête qui provient du vin mal digéré: l'homme le plus sobre peut y être sujet par faiblesse d'estomac, maladie que produit assez ordinairement le travail d'esprit continué trop longtemps. Il est fort singulier que des écrivains du xvne ou du xvin' siècle se soient flattés de détruire une réputation de talents et de vertus établie depuis douze cents ans ; on ne doit pas êire étonné de la fureur avec laquelle ils déchirent les vivants, puisqu'ils n'épargnent pas même les morts ni les saints.

Augustin, titre que Corneille Jansénius, évêque d'Ypres, a donné à un ouvrage qu'il a composé sur la grâce, parce qu'il prétendait y soutenir le vrai sentiment de saint Augustin , et y donner la clef des endroits les plus difficiles de ce Père sur cette matière.

Ce livre, qui a causé des disputes si vives, et qui a donné naissance à l'hérésie nommée le Jansénisme, ne parut qu'après la mort de son auteur , cl fut imprimé pour la première fois à Louvain, en 16i0, in-folio. Il est divisé en trois parties. La première contient huit livres sur l'hérésie d<>9 pélagiens. La seconde en renferme neuf: un sur l'usage de la raison et de l'autorité en matière théologique, un sur la grâce du premier homme et des anges, quatre de l'état de nature tombée , trois de l'état de pure nature. La troisième partie est subdivisée eu deux : l'une contient un traité de la grâce de Jésus- Christ, en dix livres ; l'autre est un parallèle entre l'erreur des semi-pélagiens et l'opinion de quelques modernes, c'est-à-dire des théologiens qui admettent la grâce suffisante.

C'est de cet ouvrage qu'ont été extraites les cinq fameuses propositions qui en contiennent toute la substance , et qui ont été condamnées par plusieurs souverains pontifes. A l'article Jansénisme, nous en traiterons avec plus d'étendue.

AUGCSTINIANISME , AUGUSTINIËNS.

Dans les écoles on donne ce nom aux théologiens qui soutiennent que la grâce est efficace par sa nature, absolument, sans aucune relation aux circonstances ni aux degrés de force, et qui prétendent fonder cette opinion sur l'autorité de saint Augustin.

Leur système se réduit principalement aux points suivants : 1° Que, pour faire des œuvres méritoires et utiles au salut, les créatures libres, en quelque état qu'on les suppose, ont besoin du secours intérieur et surnaturel de la grâce. C'est un dogme de foi décidé contre les pélagiens. 2° Que dans l'état de nature innocente, cette grâce n'a pas été efficace par elle-même et par sa nature ,

DlCT. DE TllÉOl. DOGMATIQUE. I.

comme elle l'est à présent, mais versatile, c'est ce qu'ils appellent adjulorium sine quo.

— 3°Que, dans ce même état de nature innocente, il n'y a point eu de décrets absolus , efficaces, antécédents au consentement prévu de la nature, par conséquent, nulle prédestination à la gloire avant la prévision des mérites, nulle réprobation qui ne supposât la prévision des démérites. — k° Que, dans l'état de nature tombée ou corrompue par le péché, la grâce efficace par elle-même est nécessaire pour toutes les actions surnaturelles ; et ils appellent cette grâce adjulorium quo. — 5° Ils fondent la nécessité de celle grâce, non sur la subordination et la dépendance dans laquelle la créature est à l'égard du Créateur, comme le veulent les thomistes, mais sur la faiblesse de la volonté humaine considérée après la chute d'Adam. — G°Ils font consister la nature de celle grâce efficace dans une délectation ou suavité victorieuse , non par degrés et relativement comme l'admettent les jansénistes, mais simplement et absolument, par laquelle Dieu incline la volonié au bien , sans toutefois blesser sa liberté. Ils disent, après saint Augustin, que Dieu a une infinité de moyens inconnus et inconcevables à l'homme pour déterminer absolument sa volonté : Deus miris ineffabilibusque inodis ho mi ne s ad se vocal et trahit. L. i, ad Simplic. — 7° Outre la grâce efficace, les augustiniens en admettent une autre qu'ils nomment suffisante, giâce réelle qui donne à la volonté assez de force pour pouvoir, soil médiatement , soit immédiatement, produire des œuvres surnaturelles et méritoires, mais qui cependant n'a jamais son effet sans le secours d'une grâce efficace. — 8° Selon ces théologiens , lorsque Dieu appelle efficacement quelqu'un, et veut lui faire pratiquer le bien , il lui donne une grâce efficace qui a toujours son effet; aux autres il accorde seulement une grâce suffisante pour accomplir ses commandements, ou au moins pour demander et obtenir des grâces plus fortes qui leur fassent remplir leurdovoir. Il est un peu difficile de concevoir en quel sens est suffisante une grâce qui n'est pas par sa nature adjulorium quo ; encore plus difficile de comprendre commentla volonté privée de Vadjutorium quo a un pouvoir réel de faire le bien. — !i° Ils soutiennent que, quanl à l'état de nature tombée, il faut admettre des décrets absolus et efficaces par eux-mêmes pour les œuvres qui sont dans l'ordre surnaturel, et que la prescience de ces mêmes œuvres est fondée sur ces décrets absolus et efficaces.

— 10° Que la prédestination, soil à la grâce, soit à la gloire, est absolument gratuite ; que la réprobation positive se fait en conséquence de la prévision des péchés actuels , et la réprobation négative à cause du seul péché originel. — Ajoutons que, dans ce système, le salut éternel n'est accordé qu'à "un très-petit nombre de prédestinés, qui y sont conduits par une suite de grâces efficaces.

On divise les augusiiniens en rigides et en relâchés» Les rigides sont ceux qui soutieo-

in

Page 1