‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 82 sur 183 · BAH · texte numérisé non relu

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leur imperfection naturelle, qui est dans le fond la première racine du mal moral. Or l'opinion de Bardesanes ne satisfait point à cette difficulté. 6° Quand môme on supposerait dans le système orthodoxe que Dieu a créé les hommes tels qu'ils sont, imparfaits, sujets à la douleur, enclins au mal moral, et capables de le commettre, il ne s'ensuivrait encore rien contre la loute-paissance, la sagesse et la bonté infinie de Dieu, nous le démontrerons à l'article Mal. L'hypothèse de Bardesanes et des autres anciens sectaires est donc inuiile et absurde à tous égards: mais la fureur de vouloir les excuser et les disculper a rendu Beausobre aussi mauvais logicien qu'eux. Nous le verrons raisonner de même dans les articles Cerdoniens, Manichéens, Maucionites, etc.

Il ne servait à rien de dire qucle Dieu bon avait créé d'abord les âmes des hommes pures et d'une nature céleste, mais que le mauvais principe les séduisit et les entraîna dans le péché; que pour les punir Dieu permit au mauvais principe de les enfermer dans des corps grossiers et corruptibles qu'il avait formés. Il s'ensuit toujours que ces âmes, par leur nature, étaient capables de se laisser séduire et de pécher, par conséquent faibles et 1res imparfaites; le Dieu bon n'aurail-il pas pu les créer meilleures et les préserver de la séduction? La difficulté tirée de la permission du mal subsiste donc toujours, et l'hypothèse de Bardesanes n'y satisfait en aucune manière. Nous ne voyons pas sur quoi est fondé le titre d'habile homme que Beausobre lui prodigue. On dit qu'il écrivit un traité contre les marcionites; mais son système ne valait guère mieux que le leur.

L'erreur de ceux qui n'admettaient dans le Fils de Dieu qu'une chair fantastique et apparente était née dès le temps des apôtres, puisque saint Jean la réfute (Epiât, u, v. 1). Elle lut embrassée par la plupart des hérétiques du h* siècle; et c'est une preuve de la réalité et de la certitude des faits publiés par les apôtres. Si leur témoignage n'avait pas été irrécusable , tous ces hérétiques, philosophes mal convertis, l'auiaientatlaqué. Comme ils ne pouvaient concilier les humiliations du Fils de Dieu avec l'idée qu'ils s'étaient formée de la Divinité, ils auraient nié absolument qu'il fût né, mort cl ressuscité, comme le disaient les apôtres, s'ils avaient pu opposer à ce témoignage celui des Juifs ou de quelques témoins oculaires. Mais ils se retranchèrent à dire que tout cela s'était fait seulement en apparence; que Dieu avait fasciné les yeux des apôtres et des autres spectateurs, cl les avait trompés par des illusions. Or, avouer l'apparence des faits, récuser la certitude du témoignage des sens, c'était rendre justice à la sincérité et à la probité des apôtres. C'est tout ce que nous demandons. Les incrédules, qui osent aujourd'hui les accuser de mensonge, traiter de tables leurs narrations, ne peuvent récuser des témoins qui n'étaient point liés d'intérêts avec les iipô'.rcs, et qui cependant conlir-

menl leur reeit par la manière même dont ils le combattent. La Providence divine a donc eu ses raisons en permettant la multitude d'hérésies que l'on a vues éclore dans le ne siècle.

BARNABE (saint) est appelé apôtre par les Pères de l'Eglise et par saint Luc lui-même ( Act. xiv, 13 ), quoiqu'il ne fût pas du nombre des douze que Jésus-Christ avait choisis, mais l'un des soixante-douze disciples que le Sauveur avait instruits lui-même et envoyés pour prêcher l'Evangile ( Luc. x, 1 et 17). Saint Barnabe fut le compagnon des voyages et des travaux de saint Paul; il eut beaucoup de part à tout ce que firent les apôtres pour établir le christianisme.

11 reste de lui une épîlre qui a été mise à la tête des écrits des Pères apostoliques, de l'édition de Colelier, mais dont le commencement est perdu. Elle était adressée aux Juifs convertis, qui prétendaient que les observances légales étaient encore nécessaires au salut pour tous ceux qui croyaient en Jésus-Christ, quoique les apôtres eussent décidé le contraire dans le concile de Jérusalem (Act. xv ). Saint Barnabe, dans la première partie de sa lettre, montre que les cérémonies mosaïques ont été abolies par la loi nouvelle ; dans la seconde il donne d'excellentes leçons de morale sur l'humilité, la douceur, la patience, la charité, la chasteté, etc. On y trouve beaucoup d'érudition hébraïque, une grande connaissance des Ecritures, et desexplicationsallégoriques, telles qu'elles étaient en usage parmi les Juifs.

Celte épîlre a été citée sous le nom de saint Barnabe par saint Clémentd'Alexandrie, par Origène, par Eusèbe, par saint Jérôme. Les deux premiers semblent la mettre au rang des Ecritures canoniques , et lui attribuer la même autorité ; les deux derniers disent qu'elle est apocryphe. Il ne faut pas conclure de là, comme ont fait quelques modernes, qu'Eusèbe et saint Jérôme ont élé persuadés que cette lettre n'était point de saint Barnabe, ou qu'ils en ont douté, mais seulement qu'ils l'ont exclue du nombre des livres canoniques. Ils nomment apocryphes nonseulement les écrits faussement attribués aux apôtres ou aux disciples de Jésus-Christ , mais encore ceux qui ont été placés mal à propos par quelques anciens au nombre des livres sacrés. C'est une équivoque, de laquelle ont abusé les critiques protestants, et par laquelle il ne faut pas se laisser tromper. — Tillcmont et d'autres, prévenus de ce préjugé, disent que si celte lettre avait été reconnue pour être véritablement de saint Barnabe, l'Eglise, qui honore ce saint comme un apôire, n'aurait pas manqué de la recevoir au nombre des livres sacrés et canoniques. Cette conséquence n'est pas infaillible. ùainl Barnabe n'était point du nombre des apôtres choisis par Jésus-Christ, mais l'un des soixante-douze disciples. Il est très-probable que Hermas et saint Clément avaient eu le même avantage; leurs écrits cepend int n'ont pas élé constamment placés parmi les livres sacre?. La lettre de saint Barnabe

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ôiait adressée aux Juifs, aussi bien que colle de saint Paul aux Hébreux, cl cette dernière a donné lieu à des contestations. Les fautes prétendues que les critiques modernes trouvent dans cette lettre, ont pu faire aussi impression sur les anciens, et les empêcher de la mettre au rang des livres canoniques. 11 est bonde savoir ce que l'on y trouve à reprendre.

L'auteur, dit -on, cite divers passages qui ne se trouvent point dans l'Ecriture; selon lui, tous les Syriens, les Arabes et tous les prêtres des idoles reçoivent la circoncision ; toutes eboses seront terminées dans l'espaco de six mille ans, et Jésus-Christ est monté au ciel le dimanche. Ces reproches sont-ils assez graves pour qu'on ne puisse pas attribuera saint Barnabe la lettre qui porte son nom? — Chapitre 7 , il cite un passage du livre des Nombres, au sujet du bouc émissaire; il y ajoute des paroles qui ne sont point dans ce livre, mais qui expriment une circonstance de celle cérémonie telle qu'elle se faisait par les Juifs. Où est l'erreur? Les Juifs ne pouvaient pas y être trompés.-— Chapitre 12, il cite un prophète qu'il ne nomme pas, et l'on croit trouver ce qu'il dit dans le quatrième livre d'Esdras, qui est apocryphe. Mais celle citation peut aussi avoir été tirée d'un autre livre prophétique qui n'existe plus. — Pour que saint Barnabe ail pu ciier aux Juifs le quatrième livre d'Esdras, il suflit que les Juifs l'aient respecté comme prophétique; il ne s'ensuit pas que saint Barnabe l'ait regardé comme tel lui-même. C'était un argument personnel, bon pour les Juifs. — Ce qu'il dit de la circoncision des Syriens, etc., chap. 9, est confirmé non-seulement par Origène et pir d'autres Pères, mais encore par les auteurs profanes. Voy. les Notes de Cotclier et de Ménard sur tel endroit. — Ce qu'il ajoute , chapitre xv, sur la durée du monde et sur sa lin après six mille ans, était une tradition juive, fausse sans doute, mais à laquelle tainl Irénée et d'autres Pères ont ajouté foi; saint Barnabe a pu la citer sans en être fort persuadé. — Quant au passage qui regarde le jour de l'Ascension, il nous paraît que l'on en prend mal le sens; il y a, chapitre xv : Nous célébrons avec joie le huitième jour auijxvi Jésus-Christ est ressitsci:é ; et après s'être fait Voir, il est monté au ciel Cela ne signifie pas qu'il est monté au ciel le jour même qu'il est ressuscité.

On excuse ces faules, dit Tillemont ; mais ne vaut-il pas mieux ne pas se réduire à être obiigé d'excuser des fautes, dans un apôlrc? Si ce sont là des faules, elles n'intéressent ni la foi ni les mœurs, et nous ne voyons pas qu'il soit fort nécessaire de supposer que saint Barnabe a dû en être exempt» - L'auteur du Mémoire sur les li.vres apocryphes lllist. de l'Acad. des inscript., I. xm, in-l-2), «i celui de Y Examen critique des apologistes de la Religion < /(retienne, qui ont regardé le jugement deTillemont connue irréfragable, auraient dû examiner la question de plus I rès. Le savant Lardeiier, qui avait lu '.out

ce que a l'on écrit pour ou contre, croit que cette lettre est véritablement de saint Barnabe, qu'elle a été écrite immédiatement après la ruine de Jérusalem et du temple, l'an 71 ou. 72 de Jésus-Christ. Credibility of the Gospel hislory, I. III, 1. i, c. 1.

BARNABlTES(n). Religieux delà congrégation des Clercs réguliers de Saint-Paul.

Celte congrégation commença l'an 1530, sons le pontifical de Clément VII. Elle reconnaît trois fondateurs, i|ui sont Antoine-Marie Zaeharie, Barthélémy Ferrari et Jacques-Antoine Morigia : le premier originaire de Crémone, et le» deux autres de Milan. Ces trois hommes is^us des familles les plus remarquables de leur pays, mais encore plus distingués par leur piété que p-ar leur naissance, s'unirent pour fonder la congrégation des Clers réguliers de Saint- Paul, connus sous le nom de Barnubites , à cause de l'ég ise de St-Bumabé qui leur fut accordée à Milan.

(Jet établissement eut pour objet de former la v:e des chrétiens sur la doctrine des E| ttres de sai. l Paul ; de leur donner des ministres pour la confession, la pié.licalion et l'enseignement de la jeunesse dansles collèges et les séminaires, et pour se consacrer aux missions. Plusieurs excellents sujeis s'associèrent à celle congrégation: elle n'avait pas encore deux ans d'existence, que Clément VU s'empressa de la Confirmer par un bref, en lui permettant de se choisir un chef, et de faire les trois vœux de la rel gion.

L'habit des membres de celte congrégation esi le même que celui que portaient les prèires séculiers de ce temps-là ; il est entièrement semblable à celui des Jésuites. Ils vivent suivant les constitutions que leur laissa Antoine-Marie Zaeharie. Ces constitutions forent augmentées dans un chapitre général tenu en 1542, et présidé par févéque de Laodicée, comme député du Saint-Siège ; elles furent retouchées dans un autre chapitre tenu en 1579, examinées par saint Charles Borromée et par le cardinal Jean-Anloine Scrbellini, protecteurs de la congiégation ; enfin elles lurent approuvées par le pape Grégoire Xlll, tt depuis ce temps-là elle n'ont point varié.

Une congrégation si utile à l'église ne pouvait manquer de s'accroître. Les Burnabites lurent appelés à Pise, à Livourne, à Boulogne, à Naples, à ( eues et dans plusieurs autres villes d'Italie. Ils 6Cié, amliicntdansla Bohème. Charles-Emmanuel Ier les attira dans la Savoie, et ils y formèrent plusieurs établissements. L'empereur Ferdinand II les demanda à la congrégation de Propagande, et leur donna plusieurs maisons. Henri IV les lit venir en France. Ils furent d'abord employés dans le Béaru à la convi r.Mon des calvinistes; la religion catholique y reprit ses exercices, et l'on peut dire que c'est à leurs soins qu'on est en quelque façon redevable du rétablissement de la loi dans celle province. — Louis Xlll leur accorda, par des lettres patentes de l'an I 1~2, la permission de s'établir dans toutes le-, villes de son royaume où ils seraient appelé*, llenii de Gondi, évèque de Paris, leur donna, en Itftl, l'église ei la maison du prieure de Saini-Lloi à Paris. Ils possédaient plusieurs collèges et plusieurs séminaires dans différent s villes < » royaume : ils eu avaient dans les diocèses de Puis , de Sens , de Tours, du Limoges, de Lescar, d'Oléron, de Bas, de Basas cl de Vivieis. Les papes leur oui accoidé successivement plusieurs privilège- et exemptions ; mais en France ils ne jouissaient u'aucuil de ces privilèges ; ils n'avaient d'autres exemptions que celles qui elaieul eonununes aux ordres religieux en général; et dans 1rs diocèses où ils étaient établis, ils se regardaient comme SOUItlia à tout ce qui csl du ressort de l'autorité c,i scopale.

Il-, ne possédaient en Fiance que deux cures,

(a) Cet article esi reproduit d'après l'édition Je l.iégo

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