‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 91 sur 183 · BEG · texte numérisé non relu

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qui ont atteint la perfection, sont dispensées de les pratiquer. 7° Le simple baiser d'une femme est un péché mortel; mais le commerce charnel avec elle n'en est pas un, lorsque l'on est tenlé. 8" Pendant l'élévation du corps de Jésus-Christ, les parfaits ne sont pas obligés de se lever, ni de lui rendre aucun respect ; ce serait un acte d'imperfection pour eux de se distraire de la contemplation, pour penser à l'eucharistie ou à la passion de Jésus-Christ. Voy. Dupin et le P. Alexandre sur le xiv" siècle.

Ces erreurs furent condamnées dans le concile général de Vienne sous Clément V, en 1311 ; mais cette condamnation n'étouffa pas entièrement l'erreur ni les désordres qui en étaient la suite. Ils subsistaient encore dans le xve siècle. Leurs partisans se nommaient alors les frères et les sœurs du libre esprit; on les appelait en Allemagne beggards et schwestriones, traduction du latin sororius; en Bohême pigards ou picards ; en France picards et turlupins. Pour lors ils avaient secoué toute honte ; ils disaient que l'on n'est parvenu à l'état de liberté et de perfection que quand on peut voir sans émotion le corps nu d'une personne de sexe différent ; par conséquent ils se dépouillaient de leurs habits dans leurs assemblées , ce qui leur fit donner le nom d'adamites. Ziska, général des hussiles, en extermina un grand nombre l'an 1421. Quelques-uns ont donné par erreur le nom de frères picards aux bussites ; mais ces deux sectes n'avaient rien de commun.

Au xvne siècle , les sectateurs de Molinos ont renouvelé une partie des erreurs des beggards. C'en est assez pour nous convaincre que les anciens Pères de l'Eglise n'en ont point imposé, lorsqu'ils ont attribué les mêmes égarements et les mêmes turpitudes aux gnostiques. Les hommes se ressemblent dans les différents siècles, et les mêmes passions produisent les mêmes effets. llist. de l'Egl. gallic, I. 3G, an. 1311.

BEGGHARDS , BÉGUINS ET BÉGUINES , sont aUssi les noms qu'on a donnés aux religieux du tiers ordre de Saint-François. On les appelle encore à présent, dans les Pays- Bas, beggards , parce que longtemps avant qu'ils eussent reçu la règle du tiers ordre de Saint-François, et qu'ils fussent érigés en communauté régulière, ils en formaient déjà dans plusieurs villes, vivaient du travail de leurs mains, et avaient pris pour patronne sainte Begghe, fille de Pépin le Vieux, et mère de Pépin de Herstal , princesse qui fonda le monastère d'Andonne, s'y retira et y mourut, selon Sigeberl, en 692. A Toulouse, on les nomma béguins , parce qu'un nommé Barthélemi Béchio leur avait donné sa maison pour les établir dans cette ville. De celte conformité de nom, le peuple ayant pris occasion de leur imputer les erreurs des begghards et des béguins condamnées au concile de Vienne, les papes Clément V et Benoit XII déclarèrent, par des bulles expresses, que ces religieux du tiers ordre n'étaient nullement l'objet des anallièmes lances

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contre les beggards et les béguins répandus en Atlemagne. Mosheim dérive les noms beggard, béguin, bégatte, bigot, du vieux mot allemand beggen, demander avec importunilé, ou prier avec ferveur.

BÉGUINE, BÉGUINAGE. C'est le non»

qu'on donne dans les Pays-Bas à des filles ou veuves qui, sans faire de vœux, se rassemblent pour mener une vie dévote et réglée. Pour être agrégé au nombre des béguines, il ne faut qu'apporter suffisamment de quoi vivre. Le lieu où vivent les béguines s'appelle béguinage; celles qui l'habitent peuvent y tenir leur ménage en particulier, ou elles peuvent s'associer plusieurs ensemble. Elles portent un habillement noir, assez semblable à celui des religieuses. Elles suivent de certaines règles générales , et font leurs prières en commun aux heures marquées; le reste du temps est employé à travailler à des ouvrages d'aiguille, à faire de la dentelle, de la broderie, etc., et à soigner les malades. Il leur est libre de se retirer du béguinage. Elles ont aussi une supérieure, qui a droit de commander, et à qui elles sont tenues d'obéir tant qu'elles demeureront dans l'état de béguines.

Il y a dans plusieurs villes des Pays-Bas des béguinages si vastes et si grands, qu'on les prendrait pour de petites villes. A Gand, en Flandre, il y en a deux, le grand et le petit, dont le premier peut contenir jusqu'à huit cents béguines.

Il ne faut pas confondre ces béguines avec certaines femmes qui étaient tombées dans les excès des béguins et des beggards, qui furent condamnées comme hérétiques par le pape Jean XII, et dont il ne reste aucun vestige. Voy. Beggards.

BÉHÉMOTH. Ce mot signifie en général bête de somme, et toute espèce de grands animaux. Selon les rabbins, il désigne dans le livre de Job un bœuf d'une grandeur extraordinaire, que Dieu a créé pour en faire un grand festin aux Juifs à la fin du monde ou à la venue du Messie.

Les Juifs sensés savent bien à quoi s'en tenir sur ce conte; ils disent que c'est une allégorie qui désigne la joie des justes, figurée parce festin. Cette théologie symbolique lient quelque chose du style des anciens prophètes : nous en voyons môme des exemples dans le Nouveau Testament. Mais les rabbins proposent crûment leurs allégories ; ils y ajoutent des circonstances qui les rendent le plus souvent ridicules, et le commun des Juifs les croit sans examen. Samuel Bochanl a montre dans la seconde partie de son Jlieroz., I. v, c. 15, que le béhémolh de Job est l'hippopotame ou cheval marin (1).

BÉLIAL. L'Ecriture nomme enfants de lié' UiU les méchants, les impies, les hommes sans religion et sans mœurs. Quelle que soit

(I) lui voyageur a constaté l'existenre de l'antique Béliémotb. C'est, dit-il, le Mammonili ou Mastodonte qu'on trouve dans la région sepieotrinuale de

la Itushie. On éalue. son poids à cinq nulle kilogrammes.

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l'étymologie de ce mot en hébreu, il est synonyme au nequam des Latins, et au terme injurieux de vaurien. Quelques-uns prétendent que Bélial était le nom d'une idole des Sidoniens , mais il n'en est point question dans les livres saints ; et il n'est pas sûr que quand saint Paul dit : Quelle société y n-t-il entre Jésus-Christ et Bélial (11 Cor. vi, 15)? il entend par là le démon : cela peut signifier, quelle société y a-t-il entre Jésus-Christ et les impies ou l'impiété? — Voy. les Concordances hébraïques.

BÉNÉDICTINS , BÉNÉDICTINES , ordre célèbre, fondé par saint Benoît.

Mosheim, qui n'a rien négligé pour décrier les ordres monastiques , est forcé d'avouer que le dessein de saint Benoît fut que ses religieux vécussent pieusement et paisiblement, et partageassent leur temps entre la prière, l'élude, l'éducation de la jeunesse, et les autres occupations pieuses et savantes. flist. ecclés. du vie siècle, nc part., c. 2, § 6. Tel est en effet l'esprit e! le plan de sa règle. Mais de quel front ce critique a-t-il pu avancer que déjà, dans ce temps-là, l'Irlande, la Gaule, l'Allemagne et la Suisse étaient couvertes de couvents remplis de moines oisifs et paresseux, fanatiques et perdus de débauches? Il est prouvé par tous les monuments du vic siècle, que les moines d'Irlande observaient la même règle que ceux de 10rient, partageaient leur tempsentrela prière, l'étude, les missions, le travail des mains, ou la culture de la terre ; que les monastères étaient autant d'écoles où l'on accourait pour s'instruire'; qu'un grand nombre des abbés qui les ont gouvernés, et des évêques qui en sont sortis, ont clé placés par les peuples au nombre des saints. C'est de là que saint Colomban apporta dans les Gaules, dans l'Allemagne et dans la Suisse la vie monastique. Il est prouvé par les ouvrages de ce saint moine, qu'il avait l'esprit Irès-cullivé, et qu'il établit dans les couvents qu'il fonda la même discipline qui régnait dans ceux d'Irlande. Ce sont ses disciples qui ont défriché les solitudes dans lesquelles saint Colomban les établit, pendant que des conquérants farouches ravageaient les Gaules, et portaient la désolation partout. En quel sens ces pieux solitaires peuvent-ils être appelés des hommes oisifs, paresseux, fanatiques ou perdus de débauches?

Saint Benoît et saint C'domban étaient donc animés du même esprit, ont travaillé sur le même plan, et ont produit les mêmes tffets; ils n'auraient pas eu des succès si prodigieux, s'ils avaient élé tels que Mosheim veut peindre les moines : de quoi auraient vécu les troupes de solitaires qu'ils ont rassemblés, si ceux-ci n'avaient pas été très-laborieux? On ne leur donnait alors ni des terres cultivées, ni des colons pour les faire valoir, puisqu'ils se plaçaient tous dans les déserts. Mais les censeurs de la vie monastique demandent, pourquoi renoncer aux affaires de la société, aux devoirs et aux obligations de la vie civile, pour aller passer sa vie dans la solitude ? Pourquoi ? Pour

se soustraire au brigandage des tyrans et des guerriers qui ravageaient tout, qui cependant respectaient encore les moines dont la vie les élonnait, et dont les vertus leur pu imposaient. Pour vivre dans la société civile, si cependant il y avait encore une société, [1 fallait ou faire violence ou la souffrir; des âmes paisibles et vertueuses ne pouvaient se résoudre ni à l'un ni à l'autre, elles fuyaient au loin.

Mosheim prétend que dans ta suite des temps lesdisciplesde saint Benoîtdégénérèrent honteusement de la piété de leur fondateur; que devenus riches par la libéralité des personnes opulentes, ils se livrèrent au luxe, à l'intempérance et à l'oisiveté; ils se mêlèrent des affaires séculières, se glissèrent dans les cours , multiplièrent les superstitions, travaillèrent avec ardeur à augmenter l'arrogance et l'autorité du pontife romain. Mais il avoue que saint Benoît ne pouvait prévoir que l'on pervertirait à ce peint le but de son institution, et qu'il n'autorisa jamais cet abus. — Voilà donc déjà le sainl fondateur à couvert de tous reproches; ses disciples sont-ils aussi coupables qu'on le prétend? On leur fait d'abord le procès par une contradiction ; on les blâme d'avoir quitté le monde, et ensuite d'y être rentrés ; on les 1 accuse de fanatisme , pour avoir embrassé une vie pauvre et laborieuse ; de luxe, d'intempérance, et de toutes sortes de vices, pour avoir rendu leurs services aux princes qui les appelaient auprès d'eux. Que devaient faire les moines ?

Us dégénérèrent dans la suite des temps, nous le savons ; mais en quel temps, et pourquoi? Lorsque les seigneurs, après avoir pillé tous les biens profanes, voulurent encore envahir les biens sacrés , dépouillèrent les monastères, vendirent les abbayes, y placèrent leurs enfants et leurs créatures, dispersèrent les moines , leur ôtèrenl la liberté de servir Dieu, d'observer leur règle et de vivre selon l'esprit de leur état. Nous voudrions savoir si les vertus sublimes de leurs accusateurs se seraient longtemps soutenues dans une pareille confusion. Avant de décider si les moines multiplièrent les superstitions, il faudrait savoir si toutes les pratiques qu'il plaît aux proie. tants d'appeler superstitieuses , le sont en effet. Nous ne douions pas que, réduits à la misère, à l'ignorance , à l'impossibilité de s'instruire comme autrefois, les moines n'aient quelquefois employé quelques fraudes pieuses pour en imposer aux brutaux dont ils redoutaient la rapacité et la violence; ils ont mal fait, sans doute ; mais leur crime est du moins diminué par les tristes circonstances dans lesquelles ils se trouvaient. Ils travaillèrent à augmenter l'autorité des souverains poulifes dans un temps où cette autorité était devenue absolument nécesssaire pour réprimer les attentats de la multitude des tyrans qui désolaient l'Eglise aussi bien que la société civile. Si c'est un crime aux yeux de* protestants, ce n'en est p^s un ïstoll l'av.s des hommes sensés.

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Nous traiterons plus amplement celte matière à l'article Moine.

« BÉNÉDICTINS DE SOLESHES. L'ordre d*s entants de Saint-Beoott avait dépara de la France pendant la tourmente révolutionnaire; l'abbé Guéîenger résolut de le rétablir. Secondé par Mgr Bou- Mer, évèque du Mans, il entra dans l'ancien prieuré «le Solesmes, près Sablé. Il était accompagné de neuf personnes, tant religieux que frères convers. II adopta la réforme de Sainl-Maur pour règle. Grégoire XVI donna à cet ordre une existence canonique, et éleva la maison de Solesmes en abhaye-cbef d'ordre en France. Dom Guérenger en fut nommé abbé. Cet ordre a déjà beaucoup prospéré et rendu d'utiles services à la science ecclésiastique et aux lettres.

BÉNÉDICTION. Bénir, c'est souhaiter ou prédire quelque chose d'heureux à une personne à laquelle on veut du bien ; ainsi nous voyons, dans l'histoire sainte, des patriarches au lit de la mort bénir leurs enfants, leur souhaiter et leur prédire les bienfaits de Dieu,

Sous la loi de Moïse, il y avait des bénédictions solennelles que les prêtres donnaient au peuple clans certaines cérémonies. Moïse dit au grand prêtre Aaron : Quand vous bénirez les enfants d'Israël, vous direz : Que le Seigneur fasse briller sur vous la lumière de son visage, qu'il ait pitié de vous, qu'il tourne sa face vers vous, et qu'il vous donne sa pair.» (Num. îv, 2i.) Le pontife prononçait ces paroles debout, à voix haute, les mains étendues et les yeux élevés vers le ciel. Les prophètes et les hommes inspirés donnaient aussi des bénédictions aux serviteurs de Dieu et au peuple du Seigneur. Les psaumes sont remplis de bénédictions ou souhaits heureux en faveur des Israélites. — Dieu ordonna que quand ce peuple serait arrivé dans la Terre promise, on le rassemblât entre les montagnes d'Hébal et de Garizim; que sur celle-ci l'on prononçât des bénédictions pour ceux qui observeraient la loi, et sur l'autre des malédictions contre les prévaricateurs : c'est co qui fut exécuté par Josué, chap. 8, v. 33.

Dans le christianisme, les bénédictions se donnent par le signe de la croix, pour faire souvenir les fidèles que les bienfaits de Dieu leur sont accordés par les mérites de la mort de Jésus-Christ, comme l'enseigne saint Paul (Eph. i, 3).

Bénédiction, dans l'Ecriture sainte, signifie souvent bienfaits, les présents que se l'ont les amis; parce qu'ils sont ordinairement accompagnés de souhaits heureux de la part de ceux qui les donnent cl de ceux qui les reçoivent (Gen. xxrn, 2; Josue, xv, 19 ; / Jteg. xxv,27, etc.). Dans ce sens les bienfaits de Dieu sont appelés bénédictions, lorsqu'on dit : Que le Seigneur vous bénisse, c'est-à-dire, qu'il vous fasse du bien.

Bénédiction signifie encore abondance.

« Celui, dit saint Paul, qui sème avec épargne, moissonnera peu ; el celui qui sème CD bénédiction ou en abondance , moissonnera

en bénédiction Que la bénédiction ou

l'aumône que vous avez promise soit touteprêle, et qu'elle boit, connue elle est > enta-

blement, une bénédiction, et non un don de l'avarice » (// Cor. ix, 5 et 6). Jacob souhaite à son fils Joseph les bénédictions du ciel, c'est-à-dire la pluie et la rosée en abondance, les bénédictions des entrailles el des mamelles, ou la fécondité des femmes et des animaux (Gen. xlix, 15). Le psalmiste dit au Seigneur : Vous remplissez toute créature vivante de bénédiction, ou de l'abondance de vos biens (Ps. cxliv, 16).

Bénir est quelquefois employé par antiphrase pour maudire. Les faux témoins apostés contre Nabolh, l'accusèrent d'avoir béni Dieu et le Roi, d'avoir mal parlé de l'un et de l'autre (III Reg. xxi, 13).

Bénédiction de l'Eglise. Quand on se rappelle la multitude des superstitions du paganisme, et la nécessité d'en déshabituer les nouveaux fidèles; quand on sent combien il est important de rappeler aux hommes que tous les biens de ce monde sont des dons de Dieu, qu'il faut en faire un usage modéré, que Dieu ne nous les accorde pas pour nous seuls, etc.; on conçoit pourquoi l'Eglise a institué des formules de bénédictions de toute espèce, pourquoi elle bénit les maisons et les campagnes , les fontaines et les rivières, les animaux et les aliments, etc.

Le commun des païens croyait que toutes les parties de la nature étaient animées par des esprits ou génies qu'ils adoraient; les philosophes, défenseurs de l'idolâtrie, soutenaient que les aliments et les autres choses usuelles étaient un présent de ces génies ou démons; les marcioniles et les manichéens prétendaient que tous les corps avaient été formés par un mauvais principe ennemi de Dieu. Pour combattre toutes ces erreurs et en désabuser les fidèles, rien n'était plus convenable que les bénédictions de l'Eglise. Toute créature de Dieu est bonne, dit saint Paul ; elle est sanctifiée par la parole d» Dieu et par la prière ( I Tim. iv, k et 5 ). Or les bénédictions sont des prières; c'est donc ici un usage apostolique.

Dans les grandes villes, où l'on se débarrasse tant que l'on peut de l'extérieur de la religion, où l'on traite de dévotions populaires les pratiques les plus louables, on a perdu l'usage dont nous parlons ; mais le peuple des campagnes, qui se sent plus immédiatement sous la main de Dieu, qui voit souvent sa fortune et ses espérances détruites par un fléau ; qui conçoit que rien ne peut prospérer si Dieu n'y met la main, recourt plus souvent aux prières de l'Eglise, y ajoute de bonnes œuvres, des aumônes, quelque service rendu aux pauvres, etc. La religion conserve ainsi el nourrit en lui les sentiments d'humanité.

L'usage qui a toujours été observé dans l'Eglise calholique de bénir et de consacrer tout co qui sert au culte divin, les habits sacerdotaux, les linges el les vases de l'autel, les édifices mêmes dans lesquels on «'élèbre les saints mystères, est un témoignage de sa toi : par là elle fait voir la haute idée qu'elle a de ses mystères mêmes par lesquels le Fils Je Dieu daigne se rendre réellement

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présent parmi nous. Comme les protestants se sont départis de cette croyance ancienne ot universelle, il leur a fallu supprimer tout cet appareil extérieur qui déposait contre eux. — Mais ils ne sont pas venus à bout de prouver que les bénédictions étaient d'une institution moderne ; la plupart se trouvent dans le Sacramentaire de saint Grégoire : celui-ci était, dans le fond, le même que celui du pape Gélase, qui vivait au cinquième siècle, et ce pape n'en était pas le premier auteur. Aussi sont-elles encore usitées chez les différentes sectes de chrétiens orientaux, séparés de l'Eglise romaine depuis plus de 1200 ans. Les protestants qui, malgré l'autorité de saint Paul, traitent toutes ces cérémonies de superstitions, auraient dû commencer par faire voir en quoi elles sont opposées à la vraie piété, à la confiance en Dieu, à la reconnaissance, à l'obéissance, etc.

BÉNÉFICE. Nous laissons aux canonistes le soin de rechercher l'origine, la nature, les différentes espèces de bénéfices, la manière dont ils peuvent être remplis ou vacants, etc.; il suffit à un théologien d'observer que tout revenu ecclésiastique est essentiellement attaché à un office ou à un service quelconque rendu à l'Eglise, selon la maxime : Beneficium propter officium. Que ce service consiste en prières, en travaux apostoliques, en fonctions d'ordre ou de juridiction, cela est égal; l'obligation de les.acquitter est la même, on ne peut autrement avoir droit de percevoir le revenu qui y est attaché. Ce revenu n'est point une aumône qui n'oblige à rien, mais un salaire; ce n'est point un bienfait pur, ni une substance gratuite : c'est une solde, un honoraire payé à titre de justice.

De là s'ensuit, 1° l'obligation d'acquitter ces fonctions par soi-même, quand on le peut, et non par d'autres; par conséquent ue résilier. 2° De distribuer aux pauvres le superflu du revenu, c'est-à-dire tout ce qui excède le nécessaire convenable; parce que l'intention de l'Eglise est de nourrir ses serviteurs, et non de les enrichir. 3* De se contenter d'un seul bénéfice, lorsqu'il suffit pour fournir au possesseur une subsistance honnête. — Cette morale, rapprochée de l'usage actuel, paraîtra peut-être sévère; mais les abus invétérés, les subtiles distinctions des casuistes, les prétextes de la cupidité, l'exemple ni l'autorité, ne prescriront jamais contre l'évidence des devoirs d'un bénéficier. Us sont fondés sur la loi naturelle, sur la loi divine, sur les lois ecclésiastiques les plus anciennes, en particulier sur les décrets du concile de Trente. Si l'Eglise réunissait le pouvoir coactif à l'autorité législative, elle forcerait certainement les bénéficiers à exécuter ce qu'elle leur ordonne. — Si les bénéfices simples ont été trop multipliés, ce n'est pas à l'Eglise qu'il faut s'en prendre. L'ambition des séculiers, la vanité du droit de patronage, l'orgueil des grands qui veulent avoir des ecclésiastiques à leurs ordres, la mollesse qui trouve le culte pu-

blic trop pénible, et préfère sa commodité à la communion des saints, des dévotions ou des restitutions mal entendues, etc.; voilà les sources ordinaires des abus. L'Lglise a beau faire des lois, les passions trouveront toujours plus de moyens de les éluder, que l'autorité la plus active n'en trouvera pour les faire exécuter.

C'est aujourd'hui une question de savoir si, de droit naturel et de droit divin, les ministres de l'Eglise sont habiles ou inhabiles à posséder des biens ; autrefois le simple doute sur ce point aurait paru absurde. — En effet, selon les principes de l'équité naturelle, tout homme dévoué au service du public a droit d'en recevoir la subsistance, quelle que soit la nature des fonctions qu'il est chargé de remplir; tel a été et tel est encore le sentiment de tous les peuples du monde : mais parmi nos jurisconsultes modernes , quelques-uns ont trouvé bon de douter s'il est de la justice d'alimenter des hommes préposés pour présider au culte divin, pour donner des leçons de morale et de vertu, pour instruire les ignorants, pour corriger les pécheurs, pour assister les pauvres et les malades. Cependant l'on n'a pas mis en question si les ecclésiastiques sont obligés en conscience d'exercer leurs foncjions; l'on a supposé, avec raison, qu'ils y sont tenus par justice; et lorsqu'ils y manquent, on sait bien le leur reprocher. Puisque toute obligation de justice est réciproque, il est difficile de concevoir comment le public peut être exempt de celle de pourvoir à la subsistance de ceux qui le servent. — Il n'est donc pas vrai que la subsistance accordée aux ministres de l'Eglise soit une pure aumône, une franche aumône, comme il plaît à certains canonistes de la nommer. L'aumôue n'engage à rien le pauvre qui la reçoit; c'est un don de charité, un secours purement gratuit, quoique commandé par la loi de Dieu naturelle et positive; la solde, au contraire, la rétribution, l'honoraire, que perçoit un ministre de l'Eglise, lui imposent le devoir rigoureux d'exercer ses fonctions pour l'avantage spirituel des fidèles : c'est de part et d'autre justice, et non charité.

Jésus-Christ, qui est venu sur la terre non pour détruire ou pour changer le droit naturel, mais pour le mieux laire connaître, n'y a point dérogé sur ce point : il s'est borné à prévenirles abus. Après avoir donné à ses disciples le pouvoir d'opérer des miracles pour prouver leur mission, il leur dit: Vous avez reçu gratuitement ces dons, accordez-les gratuitement. N'ayez ni or, ni argent, ni monnaie, ni provision pour vos voyages, ni habit double, ni chaussure, ni arme pour vous défendre; l'ouvrier est digne de sa nourriture. (Matlh. x, 8). Il ne leur défend donc pas de recevoir leur subsistance, mais de vendre leurs fonctions et d'en faire commerce pour s'enrichir. 11 les assure que celte subsistance ne leur manquera jamais. Lorsque je vous ai envoyés sans argent, sans provisions et sans habits, avez-vous manqué de rien? Non, répondi-

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rent les disciples (Luc. xxn,35). — Ps'avonsnouspas droit, disait saint Paul, de recevoir noire nourriture?... Qui porta jamais 1rs armes à ses dépens ? Celui qui cultive la terre

et celui qui foule le grain, le font dans l'espérance d'en recueillir le fruit : si nous avons semé parmi vous les dons spirituels, est-ce une grande récompense d'en recevoir quelques

dons temporels? Ceux qui sont occupés

dans le lieu saint vivent de ce qui est offert, et ceux qui servent à l'autel participent au sacrifice : ainsi, le Seigneur a réglé que ceux qui annoncent l'Evangile vivraient de l'Evangile; tuais je n'ai jamuis usé de ce droit (l Cor. îx, 4-). En effet, cet apôtre travaillait lie ses mains, afin de n'êlre à charge à personne (Act. xx, 3i) ; mais il n'en fit jamais une loi aux autres prédicateurs de l'Evangile. Lorsque les vaudois et les wicléfites soutinrent qu'il n'était pas permis aux ministres de l'Eglise de rien posséder, ils furent condamnés par les conciles généraux de Lalran et de Constance ; mais les ennemis du clergé ont toujours fait profession de mépriser les censures de l'Eglise.

Que la manière de pourvoir à la subsistance des ecclésiastiques ait varié, qu'on leur ail accordé ou les oblaiions, ou la dîme, ou des fonds, cela est indifférent, et cela ne change rien à la nature de leur droit. Sur te point, comme sur tous les autres, la discipline s'accommode aux circonstances, aux révolutions, aux besoins ou aux inconvénients qui peuvent survenir; la loi naturelle cl la loi divine positive demeurent les mêmes. — Il y a des preuves certaines qu'avant le iva siècle , et avant la conversion des empereurs, les Eglises chrétiennes possédaient déjà des fonds, puisqu'ils lurent confisqués par Diocléticn et par Maximien, l'an 302; ils furent restitués en vertu de l'édil de Constantin et de Licinius, en 313. (Eusèbe, Vie de Const., 1. il, c. 39. Laclance, de Mort, prœfect., c. 48. ) Julien s'en empara de nouveau; après sa mort, ils furent rendus.

A ces preuves, qui nous paraissent claires, on oppose, 1° que Jésus-Christ a ordonné à ses apôtres d'exercer leur ministère gratuitement; mais nous venons de voir qu'en même temps il leur attribue le droit à une subsistance. Vendre des fonctions et des •Ions surnaturels, les mettre à prix, vouloir en faire payer la valeur, c'est une profanation, c'est le crime que saint Pierre reprocha à Simon le Magicien, qui voulait acheter des apôtres, à prix d'argent, le pouvoir de donner le Saint-Esprit. Mais une solde, un honoraire, une subsistance accordée à un homme occupé de quelques fonctions, n'est ni un prix, ni un payement de ces fonctions; le prix est relatif à la valeur de la chose; l'honoraire est attaché à la place et à la personne; il est égal pour tous ceux qui exercent telle fonction, quoique leur mérite personnel, leurs talents, leurs services soient fort inégaux. Quand on dira qu'un médecin vend la santé, qu'un avocat cl un magiblr.it font commerce de la

justice, qu'un militaire met sa vie à prix, qu'un officier public trafique de ses services, etc.; ces expressions de mépris, que la malignité invente, et auxquelles la sottise applaudit, ne changeront pas la nature des choses, et n'aviliront pas des fonctions respectables d'ailleurs. — 2° Une seconde objection est que Jésus-Christ a défendu à ses apô!res de rien posséder; mais il les avertit eu même temps que tout ouvrier est digne de recevoir sa subsistance: il a donc imposé aux fidèles l'obligation de la fournir aux ouvriers évangéliques. La manière de satisfaire à ce devoir a dû être relative aux circonstances. Les apôtres, envoyés pour prêcher l'Evangile à toutes les nations, ne pouvaient pas être sédentaires dans une seule église; mais ils ont établi dans chacune des pasteurs en litre, auxquels les fidè- L'S ont dû assigner une subsistance Gxe et assurée : c'est ce qui a fait établir les bénéfices. — 3° L'on a soutenu que la rétribution due aux ministres de l'Eglise est tout au plus une aumône, et que la possession des biens-fonds en changerait la nature. Nous avons fait voir que c'est uu honoraire, tel que celui qu'on accorde aux magistrats, aux médecins, aux militaires et à tous les officiers publics : or, celui-ci n'est pas une aumône. — 4-° L'on a posé pour maxime que l'Eglise est un corps étranger à l'Etat, qu'il est donc inhabile à posséder aucun bien. Comme par l'Eglise on entend sans doute lis ecclésiastiques, nous ne comprenons pas comment un corps de citoyens occupés à servir le public, soumis aux lois civiles, qui porte sa part des charges communes par les services qu'il rend, peut être étranger à l'Etat. Il n'est pas plus étranger que le corps des militaires; et lorsque nos rois accordèrent à ceux-ci des fiefs pour leur tenir lieu de solde, nous ne voyons pas qu'ils aient dérogé au droit naturel. Quand le clergé serait un corps d'étrangers, comment prouvera-t-on qu'ils sont inhabiles à posséder des fonds, dès qu'ils rendent uu service habituel, et dès que le souverain et la nation leur ont assigné ces fonds pour satisfaire à l'obligation naturelle de les sustenter? Les régiments étrangers ont-ils moins de droit à une solde que les nationaux?- 5° Pour prouver que l'Eglise est incapable de posséder, l'on a fait remarquer qu'elle ne peut pas aliéner ses fonds, que la propriété lui est inutile; que c'est donc le souverain et la nation qui sont les vrais propriétaires des biens de l'Eglise. Sans disputer sur la nature des différentes propriétés, il nous suffit de prouver que les ecclésiastiques ont, dedroil naturel, l'usufruit perpétuel des biens de l'Eglise, parce que leur service est perpétuel. Le droit d'aliéner ces biens serait directement contraire au but pour lequel ils ont été donnés, qui est de subvenir a un besoin perpétuel, et de remplir une obligation de justice qui ne cesse point. Celle espèce de propriété n'est point inutile, puisqu'elle met les ministres de l'Eglise à c uvcrl du danger de luauquer de eubsi-

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