‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 92 sur 183 · RER · texte numérisé non relu

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stance, et qu'elle les engage à rendre meilleurs des fends dont ils savent que la possession ne leur sera point ôtée. Il nous paraît absurde d'attribuer au souverain et à la nation une prétendue propriété dont ils ne peuvent légitimement faire usage que pour investir un successeur du même droit que son prédécesseur. — 6° Quelques-uns ont avancé que, du moins en France, les ccc'ésiasliques sont inhabiles à posséder des fonds, parce que ce sont nos rois qui ont doté les églises. II est dit, dans le premier concile d'Orléans tenu l'an 507, can. 4 et 5, que Clovis a donné des terres aux églises, qu'il a concédé aux clercs l'impunité réelle cl personnelle. Conséquent ment le concile règle l'usage que l'on doit faire des revenus. — Mais si Clovis a donné des terres aux églises, ce sont donc les églises qui les possèdent; autrement le don serait illusoire. De même, lorsque nos rois ont accordé des Gefs aux militaires, ceux-ci, et non d'autres, les ont possédés. Avant Clovis, il y avait en France des églises fondées depuis plus de trois cents ans, et des ministres pour les desservir; il y avait donc des revenus, quels qu'ils fussent, pour les faire subsister. La plupart des églises avaient été dépouillées et ruinées par les Barbares ; Clovis sentit la justice de leur rendre ce qu'on leur avait ôlé, ou l'équivalent. La distribution des revenus, ordonnée par le concile, prouve encore que les évêques se regardaient comme possesseurs très-légilimes.

Si les ennemis du clergé étaient mieux instruits, ils ne raisonneraient pas si mal ; ils sauraient qu'au commencement du vi* siècle le nombre des hommes était diminué au moins de moitié de ce qu'il avait clé, dans les Gaules et dans tout l'empire romain, sous le règne d'Auguste; le reste avait péri par les dévastations des Barbares, par les guerres civiles entre les divers prétendants à l'empire, par le mauvais gouvernement des empereurs, par les contagions, suites ordinaires de la guerre ; par conséquent il y avait pour lors au moins la moitié des terres en friche. Eu ne consultant même que l'intérêt politique, Clovis ne pouvait rien taire de mieux que d'en accorder une partie aux ecclésiastiques, afin qu'ils les remissent en valeur; indépendamment des motifs de religion, l'immunité qu'il y ajouta était l'ondée sur la même raison que la déclaration du roi Louis XVI, de l'année 1770, qui accorde vingt ans de franchise aux terres nouvellement mises en culture.

Du moins, dit-on, il vaudrait mieux que les ministres de l'Eglise fussent alimentés par des pensions. Mais, dès les premiers siècles, on a senti les inconvénients de ce mieux prétendu; c'est ce qui a déterminé les souverains et les nations à leur assigner des fonds. A la décadence de la maison de Charlemame, le clergé fut à peu près anéanti, parce que les seigneurs s'emparèrent des biens de l'Eglise; le peuple, privé de secours spirituels, fut obligé de recourir

aux moines, ou de faire subsister les ecclésiastiques à ses frais. — Pendant la peste noire de l'an 1348, la plupart des mourants qui avaient vu périr leur famille entière et leurs héritiers, laissèrent leurs biens aux églises, aux monastères, aux hôpitaux ; à qui devaient-ils les donner?

S'il nous est permis de copier les réflexions que l'on a opposées plus d'une fois aux réformateurs de la discipline actuelle, nous leur dirons, 1° qu'il est utile au bien de l'Etat qu'il y ait de riches propriétaires, parce qu'ils sont en état de faire de fortes avances pour améliorer les fonds. 2U Qu'il est bon que les fonds changent souvent de main, parce que dans le nombre des possesseurs, il s'en trouve tôt ou tard quelqu'un qui répare la négligence de ses prédécesseurs. 3° Que la quantité des biens donnés au clergé est une attestation des services qu'il a rendus aux peuples, surtout dans des temps malheureux. Ceux qui ont lu l'histoire ecclésiastique savent que les églises ont été enrichies par les souverains, par les évêques, qui, en se dévouant au service d'une église, lui donnaient leur patrimoine; par de riches particuliers qui mouraient sans héritiers nécessaires; par des seigneurs à qui la conscience reprochait des concussions, et qui ne pouvaient les réparer autrement, etc. Aucun de. ces moyens d'acquérir n'est illégitime. 4' Toutes les fois que les biens ecclésiastiques ont été pillés, l'état ni les peuples n'ont jamais profité en rien de cette dépouille ; elle a toujours été la proie des grands. On commence toujours celte opération par dresser des projets et des plans sublimes; lorsque les parts sont faites, chacun garde celle dont il s'est emparé, et les vues d'intérêt public s'en vont en fumée. On l'a vu au ixe siècle en France, au xvie dans les pays du Nord et en Angleterre, de nos jours en Pologne, en Allemagne et ailleurs. Voy. Fondation (1).

BÉRENGARIENS, sectateurs de Bérenger :

celui-ci était archidiacre d'Angers, il fui ensuite trésorier et écolâtre de Saint-Martin de Tours, ville où il était né. 11 osa nier la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie; ce fut vers l'an 1047 qu'il commença de dogmatiser. Condamné successivement par plusieurs papes et par cinq ou six conciles, Bérenger rétracta ses erreurs, signa trois fois des professions de foi catholiques, et les abjura autant de fois. On croit cependant qu'il mourut sincèrement converti et détrompé ce ses erreurs. Quelques auteurs ont prétendu qu'il condamnait encore les mariages légitimes, et soutenait que les femmes devaient être communes; qu'il réprouvait aussi le baptême des enfants : mais ces deux dernières accusations ne sont pas prouvées.

Entre plusieurs évêques ou abbés qui écri-

(1) Aux preuves qu'.tpporie Rergier, nous devons ajouter le grand fait de noire histoire. En 179D, l'Klal sYsl emparé de tous les biens ecclésiastiques, le peuple esl-il devenu plus riche ? Ces biens sont passés entre les mains de quelques puissants du siècle, qui sont loin d'en faire le noble usaj;e qu'en laisaieul les maisons religieuses,

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virent contre lui avec avantage, Lanfranc ri Guilmond se distinguèrent. Ce dernier expose ainsi les opinions et les variations des bérengariens sur le sacrement de l'eucharistie : « Tous, dit-il, s'accordent à dire que le pain et le vin ne sont pas essentiellement changés; mais ils diffèrent, en ce que les uns disent qu'il n'y a rien du corps et du sang de Jésus-Christ, que le sacrement n'est qu'une omhre et une figure : d'aulres, cédant aux raisons de l'Eglise, sans quitter leur erreur, disent que le corps et le sang de Jésus-Christ sont eu effet contenus dans le sacrement, mais cachés par une espèce d'impa nation, afin que nous les puissions prendre; et ils prétendent que c'est l'opinion la plus subtile de Bérenger même : d'autres croient que le pain et le vin sont changés en partie ; quelques-uns soutiennent qu'ils sont changés entièrement, mais que, quand ceux qui se présentent pour les recevoir en sont indignes, le sang et la chair de Jésus-Christ reprennent la nature du pain et du vin. » Guitmond, contra liereng., Bibliot. PP., p. 327. — Par cet exposé, l'on voit que les bérenyariens ont été les précurseurs des luthériens et des calvinistes dans leur erreur sur l'eucharistie, que les uns et les autres se sont trouvés dans le même embarras pour tordre le sens des paroles de l'Evangile. Par la conduite que l'Église a tenue envers les premiers, il est aisé d'apercevoir quelle était alors la croyance catholique et universelle, si c'est l'Eglise ou si ce sont les protestants qui ont innové cinq cents ans après.

Tous les écrivains du xr siècle qui ont attaqué Bérenger, attestent que sa doctrine était une nouveauté, que personne ne l'avait encore soutenue, à l'exception de Jean Scot Erigène, au ixc siècle, et qu'elle fut condamnée dès qu'elle osa se montrer; elle le fut de même au concile de Latran, composé de cent treize évêques, l'an 1059.

Quelques efforts qu'eussent faits les bérenyariens pour répandre leur doctrine en France, en Italie en Allemagne, les auteurs contemporains témoignent qu'ils étaient en pelit nombre, et l'on ne peut pas prouver qu'il en restât encore lorsque Luther et Calvin parurent. Quoique le xie siècle ne soit pas l'un des plus éclairés, il ne faut pas croire ce que disent les protestants, que Bérenger fut très-mal réfuté, et n'eut contre lui que des moines. Les évêques de Langrcs, de Liège, d'Angers, de Bresse et l'archevêque de Rouen écrivirent contre lui; leurs ouvrages subsistent encore; le traité du Corps et du Sang du Seigneur, par Lanfranc, archevêque de Canlorbéry ; celui de Guitmond, évoque d'Averse près de Naples; celui du prêtre Alger, scnlastique de Liège, sous le même litre, sont des ouvrages savants et solides. Erasme en faisait grand cas, cl les prêterait à lous les écrits polémiques qui avaient paru sur celte matière dans In xviu siècle. Bérenger se sentit incapable d'y répondre, et fut obligé d'avouer sa défaite. Les lettres cl les fragments qui nous restent de lea ouvrages ne donnent pas une haute

idée de ses talents , encore moins de sa bonne foi. — Dans les Vies des Pères et des Martyrs, tom. II], il y a une notice exacte do la vie et des erreurs de Bérenger, et des ouvrages qui furent écrits contre lui, pag. 53* cl suiv. On en trouve un délail encore plus amp'e dans VHist. de l'Eglise gallic, tom. VII, 1. xx et xxi.

La manière dont Mosheim en a parlé, flist. ecclésiast. du xic siècle, ir pari. c. 3, § 13 et suiv., montre à quel excès un homme, éclaire d'ailleurs, peut porter l'aveuglement systématique. Il dit d'abord que Bérenger était renommé pour son savoir et pour la sainteté exemplaire de ses mœurs : il n'a pas cru pouvoir se dispenser de donner quelques grains d'encens à un hérétique. Mais le savoir de Bérenger est fort mal prouvé par ce qui reste de ses écrits, et sa sainteté encore plus mal par trois parjures consécutifs. — Mosheim prétend qu'avant ce siècle l'Eglise n'avait encore rien décidé sur la manièro dont Jésus-Christ est dans l'eucharistie, et que chacun en croyait ce qu'il jugeait à propos. Si cela était vrai, il s'ensuivrait déjà que Bérenger était fort téméraire de vouloir expliquer un mystère que l'on s'était contenté de croire simplement el sans vouloir le pénétrer. Mais la vérité est que jusqu'alors la croyance de l'Eglise catholique avait été la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharisli', comme l'attestent tous ceux qui écrivirent contre Bérenger. Ce qui avait été écrit au ixe siècle contre cette vérité par Jean Scot Erigène, n'avait eu aucune suite, et n'avait point eu de partisans. Bérenger lui-même n'a jamais osé prétendre qu'il soutenait le sentiment commun des fidèles, et que les évêques qui le condamnaient étaient des novateurs. Aucun écrivain de son siècie n'a osé prendre la plume pour le défendre. Parce que Grégoire Vil traita Bérenger avec plus de ménagement que ses prédécesseurs, Mosheim le soupçonne d'avoir embrassé la même opinion : nous prouverons le contraire. Grégoire, avant d'être pape, avait assisté, en qualité de légat, au concile de Tours, l'an 105i, où Bérenger avait rétracté ses erreurs. En 1059, sous Victor II, dans un concile de Rome, composé de cent treize évêques, Bérenger fit profession de croire que le pain et le vin offerts à V autel sont, après la consécration, non-seulement un sacrement, mais le vrai corps et le vrai sang de Jésus-Christ ; que ce corps est touché par les mains des prêtres, non-seulement en forme de sacrement, mais réellement et en vérité. Mosheim dit que cette doctrine était absurde et insensée. En 1003, un concile de Rouen déclara, contre ce même hérétique, que dans la consécration le pain, par la puissance divine, est changé en la chair née de la sainte. Vierge, et que le vin est changé véritablement et substantiellement au sang répandu pour la rédemption du monde.

L'an 1078. sous Grégoire VII, dans un concile de Rome, Bérenger signa, sous la foi du serinent, que le pain posé sur l'autel devenait, par (a consécration, le vrai corps d<

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Jésus-Christ, et que le vin dt venait le vrai sang qui avait coulé de son côté. De là Mosheim conclut que Grégoire Vil renonçait à la confession de foi de l'an 1059, et qu'il la révoquait, quoiqu'elle eût été solennellement approuvée par un pape dans un concile. Jl est cependant évident que cette seconde formule n'est différente de la première qu'en ce qu'elle exprime la transsubstantiation beaucoup plus clairement. — L'année suivante, dans un autre concile, Bércnger protesta de croire que le pain et le vin, par la prière et par les paroles de notre Rédempteur, étaient substantiellement changés dans le vrai et propre corps el sang de Jésus-Christ ; ce sont les mêmes expressions que celles du concile de Rouen. Mais Bérenger ne fut pas plus fidèle à celle protestation qu'aux deux précédentes.

Comme Grégoire VII ne fit point de nouvelles poursuites contre Bérenger, Mosbeim en conclut qu'il ne lui sut point mauvais gré de sa perfidie, el que probablement il pensait comme lui. Par la même raison, il devait conclure que les évêques de France embrassèrent aussi le parti de Bérenger, puisque, malgré sa troisième rechute, ils ne prononcèrent point de nouvelles condamnations contré lui; on 9e contenta de réfuter ses erreurs d'une manière qui le réduisit au silence.

Suivant un écrit de Bérenger, Grégoire VII lui dit : Je ne doute point que vous n'ayez de bons sentiments touchant le sacrifice de Jésu.<- Christ, conformément aux Ecritures : de là Mosht'im conclut encore que ce pape penchait vers l'opinion de cet hérétique. Mas celle opinion était-elle véritablement conforme à l'Ecriture sainte, et selon celle opinion , l'eucharistie pouvait-elle être appelée un sacrifice? Voilà comme on s'aveugle par intérêt de système.

Mosheim tourne en ridicule les écrivains catholiques qui ont voulu persuader que Bérenger s'était converli; mais lui-même en fournit les preuves. 11 dit que ce personnage laissa en mourant une haute opinion de sa sainteté : en aurait-on jugé ainsi, si on l'avait encore cru hérétique? Il dit que les chanoines de Tours honorent encore sa mémoire par un service qu'ils font tous les ans sur son tombeau; certainement ils ne le feraient pas, si l'on n'avait pas été persuadé dès lors que Bérenger était mort dans la communion de l'Eglise. 11 dit que Bérenger, dans son ouvrage, demande pardon à Dieu du sacrilège qu'il a commis à Rome, en se parjurant : cela ne prouve pas qu'il persévérait encore dans ses erreurs. Le moine Clarius, Richard de Poitiers, l'auteur de la Chronique de saint Martin de l'ours, Guillaume de Malmesbury, attestent que Bérenger mourut repentant et converti. Ce témoignage des contemporains doit prévaloir aux vaines conjectures des protestants.

Mosheim paraît avoir pris ce qu'il a dit de Bérenger dans Vllist. de V Eglise par Basnage, 1. xxiv, c. 2. L'on y trouve les mêmes faits et les mêmes réflexions. Le tout n'est fondé que sur les assenions de cet hérésiarque,

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