‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 100 sur 228 · MIC · texte numérisé non relu

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l'homme et pour le salut éternel, et ils s'attachent h inspirer beaucoup de crainte de l'enfer; ils ont adopté la liturgie anglicane, et ont établi parmi eux la communauté de biens qui régnait dans l'Eglise de Jérusalem à la naissance du christianisme. On assure qu'ils ont les mœurs très-pures; mais comme cette secte ne doit sa naissance qu'à l'enthousiasme de son chef, il est à craindre que sa ferveur ne se soutienne pas longtemps, Londres, t. II, p. 208. [Le méthodisme a fait de très-grands progrès en Amérique; il a formé un grand nombre do sectes qui sont trop peu importantes pour nous en occuper ici.]

MÉTRÈTE , sorte de mesure chez les Grecs : ce nom est dérivé de (urpelv, mesurer. On le trouve deux fois dans l'Ancien Testament; savoir, I Parai, c. h, v. 10, et c iv, v. 5. Dans l'un et l'autre endroit, l'hébreu porte bathe. Celle-ci était une grande mesure creuse, qui contenait trente pintes, mesure de Paris, à peu de chose près, et la métrète des Grecs était h peu près égale.

Il est dit dans saint Jean, c. h, v. 6 , qu'aux noces de Cana , Jésus -Christ lit emplir d'eau six grands vases de pierre qui contenaient chacun deux ou trois métrites, et qu'il changea cette eau en vin. Selon l'évaluation ordinaire, chacun de ces vases^ pouvait contenir environ quatre-vingts pintes; ainsi le miracle fut opéré sur quatre cent quatre-vingts pintes d'eau. Par cette quantité de vin, Jésus-Christ voulut dédommager les époux de Cana d'une partie de la dépense qu'ils avaient faite pour leurs noces. Voy. Cana.

ÀiÉTROCOMIE.Ce terme, souvent employé par les historiens ecclésiastiques, signifie un bourg principal, et qui en a d'autres sous sa juridiction : il vient du grec f«jT>}/>, mère, et x«p, bourg, village. Ce que les métropoles étaient à l'égard des villes, les metrocomies l'étaient à l'égard des villages de la campagne. C'était le siège de la résidence d'un chorévèque ou d'un doyen rural. Voy. Chouévêqle.

* METROPOLE. Siège du métropolitain ou de l'archevêque. La dignité d'archevêque et de métropolitain n'est que de droit ecclésiastique. L'Eglise, dépositaire de la juridiction spirituelle, a pu déléguer à un évèquc une certaine juridiction sur les diocèses voisins alin de maintenir l'ordre et la discipline. Nous avons déterminé la nature et l'étendue des pouvoirs juridictionnels des métropolitains dans notre Dict. de Théol. mor., art. Archevêque. La Constituante de 1789 s'arrogea le droit d'établir des métropoles. C'est à l'Eglise seule qu'appartient ce pouvoir, comme nous l'avons démontré aux mots Diocèse, COISSTITUTION.NLXLE (Eglise).

MEURTRE. Voy. Homicide.

MEZUZOTH, terme hébreu qui signifie les deux poteaux ou les jambages d'une porte. Dans le Deutcronome, c. vi, v. 6-9, et c. xi v. 13-20, il est ordonné aux Juifs d'avoir toujours sous les yeux les paroles de la loi, de les gravor dans leur cœur, de les porter sur leurs mains et sur leur front, et de les placer sur les jambages de leurs portes.

l'our exécuter ces paroles à la lettre, les Juifs prennent un morceau de parchemin préparé exprès, sur lequel ils écrivent, d'une enco particulière et en caractères carrés, ces deux passages du Dcutéronome. Ils roulent ce parchemin , et l'enferment dans un roseau ou dans un autre tuyau, de peur, disent-ils, que les paroles de la loi ne soient profanées. Sur les bouts du tuyau ils écrivent le mot Saddaï, qui est un des noms de Dieu. Ils placent ces mezuzoth aux portes des maisons, des chambres et des lieux fréquentés ; toutes les fois qu'ils entrent ou qu'ils sortent, ils touchent cet endroit du bout du doigt, et baisent ensuite leur doigt par respect — Il serait mieux, sans doute, de prendre l'esprit de la loi, que de se borner ainsi à l'observation superstitieuse de la lettre ; mais tel est le génie grossier et minutieux des Juifs modernes.-

M1CHÉE, est le septième des petits prophètes; il est surnommé Marathite, parce qu'il était de Marath ou Marathie, bourg do .lu iée, et pour le distinguer d'un autre prophète de même nom, qui parut sous le règne d'Achab. Celui dont nous parlons prophétisa pendant près de cinquante ans, sous les règnes de Joathan, d'Achaz et d'Ezéchias, et fut contemporain d'Isaie. On ne sait rien autre chose ni de sa vie, ni de sa mort. — Sa prophétie ne contient que sept chapitres; elle est écrite en style tiguré et sublime, mais facile à entendre; il prédit la ruine et la captivité des d.x tribus du royaume d'Israël sous les Assyriens; et celle des deux tribus du royaume de Juda sous les Chaldéens, en punition de leurs crimes, ensuite leur délivrance sous Cyrus. A ces prédictions, il en ajoute une très-claire touchant la naissance du Messie, son règne, et rétablissement de son Eglise. Voici ses paroles, c. v, v. 2 : « Et vous, Bethléem, autrefois Ephrata, vous êtes peu considérable parmi les villes de Juda ; mais c'est de vous que sortira celui qui doit régner sur Israël ; sa naissance est dès le commencement, dès l'éternité... Il demeurera ferme, il paîtra son troupeau dans la force du Seigneur, avec toute la grandeur et au nom du Seigneur son Dieu; il sera loué et admiré jusqu'aux extrémités du monde. C'est lui qui sera notre paix.»

Le paraphraste chaldéen et les anciens docteurs juifs ont entendu cette prédiction de la naissance du M. ssie; c'était la croyance commune des Juifs quand Jésus-Christ vint au monde. Lorsque Hérode demanda aux scribes et aux docteurs de la loi où devait naître le Messie, ils répondirent à Bethléem, et citèrent la prophétie de Miellée (Malth ii, v. 5); et les plus savants rabbins en sont encore persuadés. — Quelques-uns, su vis par Grotius, ont dit que celte prophétie pouvait désigner Zorobabel, <.[ui fut le chef des Juifs au retour de la captivité. Mais ce chef n'était point né à Bethléem, il était né à Babylone, son nom même le témoigne; il n'a point régné sur les Juifs et sur Israël,

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son autorité était très-bornée. En quel sens pourrait-on dire que sa naissance est de toute éternité, qu'il a été la paix de sa nation, qu'il a été admiré aux extrémités de la terre, etc.? Aucun des traits marqués par le prophète ne peut lui convenir. Voy. la Synopsedes critiques sur ce passage.

MICHEL, en hébreu, mi-cha-el, qui est semblable à Dieu. Ce nom est donné à plusieurs hommes dans l'Ancien Testament; mais dans le prophète Daniel, c. x, v. 13 et 21; c. xu, v. 1, il désigne l'ange tutélaire de la nation juive; dans l'épître de saint Jude, v. 9, il est appelé archange, ou chef des anges: et dans l'Apocalypse, c. xn, v. 7, il est dit : Michel et ses anges. De là l'on conclut que Michel est le chef de la hérarchie céleste; et c'est sous cette qualité que l'Eglise lui rend un culte particulier. Voy. Ange.

MIEL. Dans le Lévitique, c. n, v. lt, il est défendu aux Héhreux d'offrir du miel dans les sacrifices. Chez les païens, le miel était offert à Bacchus ; on en garnissait la plupart des victimes ; on faisait des libations de vin, de lait et de miel à l'honneur dos morts et des dieux infernaux ; on croyait (pie les douceurs étaient agréab'es aux dieux. Moïse voulut retrancher toutes ces superstitions.

D.ins plusieurs endroits de l'Ecriture, le miel désigne en général ce qu'il y a do meilleur et de plus exquis parmi les productions de la nature. Pour exprimer la fertilité de la Palestine, il est dit souvent que c'est une terre dans laquelle coulent le lait et le miel; on sait, en effet, que la Palestine avait d'excellents pâturages, et que les Juifs y nourrissaient de nombreux troupeaux :

or, parmi les peuples pasteurs, le lait pur, ou avec différentes préparations, fait la principale nourriture. On sait encore que, dans cette même contrée, les abeilles se logent souvent dans le creux des rochers ; que pendant les grandes chaleurs, leur miel, devenu très-liquide, coule et se répand par les fentes de la pierre ; ainsi se vérifie à la lettre l'expression des livres saints, et c'est l'explication de ce que dit Moïse (Deut. xxxn, 13), que Dieu a voulu placer Israël dans une terre dans laquelle il sucerait le miel de la pierre. Souvent encore le beurre et le miel sont joints ensemble, pour exprimer ce (ju'il y a de plus gras et de plus doux ; mais dans Isaïe, c. vu, v. 15, où il est dit que l'enfant qui naîtra d'une vierge, et qui sera nommé Emmanuel, mangera du beurre et du miel, afin qu'il sache choisir le bien et rejeter le mal, il parait que c'est une expression figurée, pour signifier que cet enfant recevra une excellente éducation.

MILITANTE (Eglise). En prenant le terme ' d'Eglise dans sa signification la plus étendue, pn distingue l'Eglise militante, qui est la société des fidèles sur la terre; l'Eglise souffrante, et ce sont les âmes des fidèles gui sont en purgatoire ; l'Eglise triomphante, qui s'entend des saints heureux dans le ciel. La première est appelée militante , parce

que la vie du 'chrétien sur la terre est regardée comme une milice, comme un combat qu'il doit livrer au monde, au démon et à ses propres passions. Voy. Eglise.

* MILLÉNAIRES. Au nc et au m* siècle de l'Eglise, on a nommé ainsi ceux qui croyaient qu'à la fin du monde Jésus-Christ reviendrait sur la terre, et y établirait un royaume temporel pendant mille ans, dans lequel les fidèles jouiraient d'une félicité temporelle, en attendant le jugement dernier, et un bonheur encore plus parfait dans le ciel ; les Grecs les ont appelés chiliastes, terme synonyme à millénaires. Celte opinion était fondée sur le ch. xx de l'Apocalypse, où il est dit que les martyrs régneront avec Jésus-Christ pendant mille ans ; mais il est aisé de voir qt;e cette espèce de prophétie, qui est très-obscure en elle-même, ne doit pas être prise à la lettre. Papias, évêque d'Hiéraple, et disciple de saint Jean l'Evangéliste, passe pour avoir été l'auteur de cette opinion; mais Mosheim a prouvé qu'elle vient originairement des Juifs. Elle fut suivie par plusieurs Pères de l'Eglise, tels que saint Justin, saint Irénée, Népos, Victorin, Lactance, Tertullien, Sulpice Sévère, Q. Julius Hilarion, Commodianus, et d'autres moins connus.

Il est essentiel de remarquer qu'il y a eu des millénaires de deux espèces. Les uns, comme Cérinthe et ses disciples, enseignaient que, sous le règne de Jésus-Christ surla terre, les justes jouiraient d'une félicité corporelle qui consisterait principalement dans les plaisirs des sens ; jamais les Pères n'ont embrassé ce sentiment grossier; au contraire, ils l'ont regardé comme une

erreur. C'est plusieurs ont

">ar cette raison môme que îésité pour savoir s'ils devaient mettre l'Apocalypse au nombre des livres canoniques ; ils craignaient que Cérinthe n'en fût le véritable auteur, et ne l'eût supposé sous le nom de saint Jean, pour accréditer son. erreur. Les autres croyaient que, sous le règne de mille ans, les saints jouiraient d'une félicité plutôt spirituelle que corporelle, et ils en excluaient les voluptés des sens. Mais il faut encore remarquer, 1° que la plupart ne regardaient point cette opinion comme un dogme de foi ; saint Justin qui la suivait dit formellement qu'il y avait plusieurs chrétiens pieux et d'une foi pure, qui étaient du sentiment contraire, Dial. cum Tryph., n° 80. Si, dans la suite du dialogue, il ajoute que tous les chrétiens qui pensent juste sont de mémo avis, il parle de la résurrection future, et non du règne de mille ans, comme l'ont très-bien remarqué les éditeurs de saint Justin. Barbeyrac et ceux qu'il cite ont donctort de dire que ces Pères soutenaient le règne de mille ans comme une vérité apostolique, Traite' de la morale des Pères, c. 2, p. k, n. 2. — 2° La principale raison pour laquelle les Pères croyaient ce règne, est qu'il leur paraissait lié avec le dogme de la résurrection générale ; les hérétiques, qui rejetaient l'un, niaient aussi l'autre. Cela est

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clair par le passage cité de saint Justin, et nar ce que dit saint Irénée, Adv. Hœr., liv. v, c. xxxi, n. 1. Ainsi, lorsqu'il traite d'hérétiques ceux qui ne sont pas de son avis, quoiqu'ils passent, dit-il, pour avoir une foi pure et orthodoxe, cette censure ne tombe pas tant sur ceux qui niaient le règne de mille ans, que sur ceux qui rrjetaient la résurrection future, comme les valentiniens, les marcionites et les autres gnostiques.— 3e II s'en faut beaucoup que ce sentiment ait été unanime parmi les Pères. Origône, Bonis d'Alexandrie, son disciple ; Caïus, prêtre de Rome ; saint Jérôme et d'autres ont écrit contre le prétendu règne de mille ans, et l'ont rejeté comme une fable. Il n'est donc pas vrai que cette opinion ait été établie sur la tradition la plus respectable ; les Pères ne font point tradition lorsqu'ils disputent sur une question quelconque. Les protestants ont mal choisi cet exemple pour déprimer l'autorité des Pères et de la tradition, et les incrédules qui ont copié les protestants ont montré bien peu de discernement. Mosheim a fait voir qu'il y avait parmi les Pères au moins quatre opinions différentes touchant ce prétendu règne de mille ans, Hisl. christ., seec. m, § 38, note. Quelques auteurs ont parlé d'une autre espèce de millénaires, qui avaient imaginé que de mille ans en mille ans il y avait pour des damnés une cessation des peines de l'enfer ; cette rêverie était encore fondée sur l'Apocalypse.

MINÉENS. C'est le nom que saint Jérôme, dans sa lettre 89 , donne aux nazaréens, qu'il suppose être une secte de juifs.

Voy. Nazaréens. Aujourd'hui les rabbins appellent minnim ou mincens, les hérésies et les hérétiques, ceux qui ont une religion différente de la leur ; ce terme hébreu nous paraît synonyme du mol Secte, Séparation, Schisme.

* MINERALOGIE. Rien ne parait plus étranger à la science théologique que la minéralogie; elle sert cependant à confirmer nos livres saints, à constater la véracité de la cosmogonie mosaïque et l'existence du déluge. Nous avons développé les preuves que nous fournit la minéralogie aux mots Cosmogonie. Déluge. Nous nous contentons d'y renvoyer.

MINEURE. Seconde thèse de théologie que doit soutenir un bachelier en licence, sur la troisième partie de la Somme de saint Thomas, qui traite ^es sacrements : cette thèse dure six heures. Voy. Degré.

MINEURS (ordres). On distingue quatre ordres mineurs, qui sont ceux d'acolyte, de lecteur, d'exorciste et do portier. Voyez-les chacun sous leur nom. Ils sont appelés mineurs, parce que leurs fonctions ne sont pas aussi importantes que celle des ordres majeurs. Plusieurs théologiens pensent que le sous-diaconat et les quatre ordres mineurs sont des sacrements ; et comme l'on convient qu'aucun ordre ne peut être reçu deux fois, ils concluent que tout oidre, soit majeur, soit mineur, imprime un caractère ineffaçable. Les Crées et les autres chrétiens flrieptaux séparés de l'Eglise catholique re-

gardent comme des ordres le sous-diaconat, l'office d> lecteur et celui des chantres; ils n'admettent point d'autres ordres mineurs. Cette différence de sentiments est cause que la plupart des théologiens estiment que ces ordres ne sont pas des sacrements. Perpét. delà foi, t. V, 1. v, c. 6. Voy. Ordre.

Mineurs (frères), religieux de l'ordre do saint François. C'est le nom que les cordeliers ont pris dans leur origine, par humilité ; ils se sont appelés fratres minores, moindres frères, et quelquefois minoritœ. Voy. Franciscain, Cordelier.

Mineurs (clercs). C'est une congrégation de clercs réguliers qui doit son établissement à Jean Augustin Adorne, gentilhomme génois ; il l'institua l'an 1588 à Naples, avec Augustin et François Caraccioli : en 1005 le pape Paul V approuva leurs constitutions. Leur général réside à Rome, dans la maison de S.iint-Laurent, et ils ont un collège dans la même ville, à Sainte-Agnès de la place Navone. Leur destination, comme ce'le des autres clercs réguliers, est do remplir exactement tous les devoirs de l'état ecclésiastique. Voy. Clerc régulier.

MINGRÉLIENS, peuples de l'Asie qui habitent l'ancienne Colchide, ou les pays situés entre la mer Noire et la mer Caspienne ; nous n'avons à parler que de leur religion.

Elle est à peu près la même que celle des Grecs ; mais c'est un christianisme trèscorrompu. Quelques historiens ecclésiastiques ont dit que le roi, la reine et les grands de la Colchide, en Ibérie, avaient été convertis à la foi chrétienne par une fille esclave, sous le règne de Constantin. Socrate, liv. i, c. 20 ; Sozomône, 1. n, c. 7. D'autres prétendent que ces peuples doivent la connaissance du christianisme à un nommé Cyrille, que les Esclavons nomment en leur langue Chiusi, qui vivait vers l'an 806. Peut-être la religion s'était-elle éteinte dans ce pays-là pendant le temps qui s'est écoulé depuis le ve siècle jusqu'au ixe. Les Mingrélicns montrent sur le bord de la mer, près du fleuve Corax, une grande église, dans laquelle ils assurent que saint André a prêché ; mais ce fait est très-apocryphe. Le primat ou principal évêque de la Mingrélio y va une fois dans sa vie pour y consacrer l'huile sainte ou le chrême, que les Grecs appellent myron. Autrefois ces peuples reconnaissaient le patriarche d'Antioche ; aujourd'hui ils sont soumis à celui de Constantinople. Ils ont néanmoins deux primats de leur nation, qu'ils nomment catholicos, l'un pour la Géorgie, l'autre pour la Mingrélie. Il y avait autrefois douze évêchés ; il n'en reste que six, parce que les six autres ont été changés en abbayes. Ce que disent quelques voyageurs des richesses du primat et des évêques mingréliens, de la magnificence de leur habillement, des extorsions qu'ils font, et des sommes qu'ils exigent pour la messe, pour la confession, pour l'ordination, etc., ne s'accorde guère avec ce que d'autres relations nous apprennent de la pauvreté

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de ce peuple en général ; il doit y avoir exagération de part ou d'anlrc. Il est plus aisé de croire ce que l'on nous raconte touchant l'ignorance et la corruption du clergé en général et des particuliers de celte nation. L'on dit que les évoques, quoique fort déréglés dans leurs mœurs, se croient néanmoins très-réguliers, parce qu'ils ne mangent point de viande, et q l'ils jeûnent exactement pendant le carême, qu'ils disent la messe selon le rite grec, mais avec peu de cérémonies et beaucoup d'irrévérence; que les prêtres peuvent se marier, non-seulement avant leur ordination, mais après, passer môme à de secondes noces, avec une dispense; que les évoques vont à la chasse et à la guerre avec leur souverain, etc.

Aussitôt qu'an enfant est venu au monde, un prêtre lui fait une onction du chrême en forme de croix sur le front, et diffère le baptême jusqu'à l'Age d'environ deux ans ; alors on baptise l'enfant en le plongeant dans l'eau chaude ; on lui fait des onctions presque sur toutes les parties du corps, on lui donne à manger du pain béni et du vin à boire. Ces prêtres n'observent pas exactement la forme du baptême ; et au lieu d'eau, ils se sont quelquefois servis de vin pour baptiser les enfants des personnes considérables.

Lorsqu'un malade les appelle, ils ne lui parlent point de confession, mais ils cherchent dans un livre la cause de sa maladie, <t l'attribuent à la colère de quelqu'une de leurs images qu'il faut apaiser par des offrandes. Il y a en Mingrélie des religieux de l'ordre do saint Basile, que l'on appelle berres ; ils sont habillés comme les moines grecs, et observent la même façon de vivre. Un abus très-condamnable est que les pères et mères sont les maîtres d'engager a cet état leurs enfants dès l'âge le plus tendre, et avant qu'ils soient en état defa:re un choix. Il y a aussi des religieuses de cet ordre qui observent les mêmes jeunes et la même abstinence que les moines, et qui portent un voile noir ; mais elles ne gardent point la clôture et ne font point de vœux ; elles peuvent renoncer a cet état quand il leur paît. Les églises cathédrales sont propres, ornées d'images peintes, et non en relief, enrichies, d.t-on, d'or et de pierreries ; mais les églises paroissiales sont très-négligées. On ajoute que les Mingréliens ont beaucoup de reliques précieuses qui leur furent apportées par les Grecs, lorsque Constantinople fut prise par les Turcs, entre autres un morceau de la vraie croix long de huit pouces; mais la bonne foi des Grecs, enfa't de reliques, a été de tout temps sujette à caution.

C'est plus qu'il n'en faut pour juger que les Mingréliens sont un peuple ignorant, superstitieux, corrompu, dont toute la religion consiste en pratiques extérieures souvent abusives. Ils ont quatre carêmes, l'un de quarante jours avant Pâques , L'autre de quarante-huit jours avant Noël, le troisième d'un mois avant la fête de saint Pierre, le quatrième de quinze jouis à l'hon-

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neur de la sainte Vierge. Leur grand saint est saint Georges, qui est aussi le patron particulier des Géorgiens, des Moscovites et des Grecs. Ils rendent aux images un culto qu'il est difficile de ne pas taxer d'idolâtrie; ils leur offrent des cornes de cerf, des défenses de sanglier, des ailes de faisans et des armes, afin d'avoir un heureux succès à la chasse cl à la guerr \ On prétend qu'ils font, comme les juifs, des sacrifices sanglants, qu'ils immolent des victimes, et les mangent ensemble; qu'ils égorgent des animaux sur la sépulture de leurs parents; qu'ils y versent du vin et de l'huile, comme faisaient les païens. Ils s'abstiennent de viande le lundi, par respect pour la lune, et le vendtedi est pour eux un jour de fête. Ils sont très-grands voleurs ; le larcin ne passe pas chez eux pour un crime, mais pour un tour d'adresse qui ne déshonore point; celui qui en est convaincu, en est quitte pour une légère amende.

Les théatins d'Italie ont établi, en 1627, une mission en Mingrélie, de même que los capucins en Géorgie, et les Dominicains en Circassie ; mais le peu de succès de ces missions les a fait souvent négliger et même abandonner entièrement. On conçoit que des peuples qui ont ajouté aux préjugés et à l'antipathie des Grecs les erreurs les plus grossières en fait de religion, ne sont pas fort disposés à écouter des missionnaires latins. D. Joseph Zampi, théatin, Relation de Mingrélie; Cerry, Etat présent de l Eglise romaine; Chardin , Voyage de Perse, etc.

MINIMES. Ordre religieux fondé dans la Calabre par saint François de Paule, l'an 1436, confirmé par Sixte IV en 1474, et par Jules II en 1507. On donne à Paris le nom de bonshommes aux religieux de cet institut, parce que les rois Louis XI et Charles VIII les nommaient ordinairement ainsi , ou plutôt parce qu'ils furent d'abord établis dans le bois de Vincennes, dans le monastère des religieux de Grandmont, q:ie l'on appelait les bonshommes. En Espagne, le peuple les appelait les pères de la Victoire, à cause d'une victoire que Ferdinand V remporta sur les Maures, et qui lui avait été prédite par saint François de Paule. Ce saint par humilité fit prendre à ses religieux le nom de minimes, c'est-à-dire les plus petits, comme pour les rabaisser au-dessous des franciscains, qui se nommaient frères mineurs. Outre les trois vœux monastiques, les minimes en font un quatrième, d'observer un carême perpétuel ; c'est-à-dire de s'abstenir de tous les mets dont on ne permettait pas autrefois l'usage en carême. L'esprit de leur institut est la retraite, la mortification et le recueillement. Cet ordre a donné aux lettres quelques hommes illustres, entre autres le père Mersenne, contemporain et ami de Descartes

* MINISTÈRE. Cette expression désigne le corps des pasteurs chargé de gouverner l'Eglise. Le corps des premiers pasteurs se compose du pape et des évoques, qui doivent être unis et ne former qu'un seul ministère. Toutes les questions qui concernent

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le ministère ecclésiastique ont été traitées aux mots. Aposioucité, Pape, Evêque, Juiuoiction, etc

MINISTRE signifie serviteur. Saint Paul nomme les apôtres ministres de Jésus -Christ^ et dispensateurs des mystères de Dieu (I Cor. iv, 1). Lorsqu'un ecclésiastique se dit ministre de l'Eglise, il se reconnaît serviteur de la société des fidèles; et s'il ne leur rendait aucun service, il manquerait essentiellement au devoir de son état. 11 n'est pas nécessaire, sans doute, que tous remplissent les fonctions de pasteurs; mais il est du devoir de tous de contribuer en quelque chose au culte de Dieu et au salut des fidèles, au moins par la prière et par le bon exemple. Selon la rè.-le tracée par Jésus-Christ, l'homme le plus grand dans l'Eglise est celui qui rend le plus de services. Que celui, dit-il, qui veut être le premier soit le serviteur de tous... Le Fils de Vhomme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir les autres (Itarc. ix, 34; x, 45). Par la môme raison, celui qui n'en rend aucun est le dernier do tous et le plus méprisable. Saint Paul nous fait remarquer qu'il y a des devoirs et des fonctions de plus d'une espèce : s'instruire soi-même pour se rendre capable d'instruire les autres, contribuer à la pompe et à la majesté du service divin, enseigner, catéchiser, prêcher, exhoiter, assister les pauvres, consoler ceux qui souffrent, soulager les pasteurs d'une partie de leur fardeau : tout cela, dit l'Apôtre, sont des dons de Dieu ; chacun doit en user selon la mesure de la grâce et du talent qu'il a reçus (Rom. xn, 6). Qu'aurait-il dit de ceux "qui jugent ces fonctions indignes d'eux, qui croient avoir acquis, par une dignité ou par un bénéfice, le privilège d'être oisifs, qui préfèrent l'honneur d'être serviteurs d'un prince ou d'un grand, à celui de servir l'Eglise?

A la naissance de la prétendue réforme, les prédicants prirent le titre de ministres du saint Evangile : le nom seul de ministres leur est resté; et comme ils rendent moins de services aux fidèles que les pasteurs catholiques, il est naturel qu'ils soient aussi moins respectés. Cet exemple nous convainc que les peuples ne sont point dupes des apparences; qu'ils estiment les hommes à proportion de l'utilité qu'ils en retirent ; que le faste et l'orgueil ne leur en imposent point. [Au mot Institution canonique, nous faisons connaître de qui les ministres de Jésus-Christ doivent, recevoir leur juridiction, leur mission. Nous avons traité dans notre Dict. de ïhéol. mor., de l'obéissance due aux ministres de Jésus-Christ. Nous nous contentons d'y renvoyer, au mot Obéissance.]

MINISTRE DES SACREMENTS. En parlant de chacun des sacrements en particulier, nous avons soin de dire qui en est le ministre, ou qui a le pouvoir de l'administrer. Tout homme raisonnable qui sait ce que c'est que le baptême, peut le donner validement. Dieu a voulu que celafût ainsi, à cause de la nécessité de se sacrement : mais les

protestants ont tort de prétendre qu'il en est de même de tous les autres; que, pour en être le ministre, il n'est pas nécessaire d'être revêtu d'aucun caractère : l'Evangile nous enseigne clairement le contraire. C'est à ses disciples, et non à d'autres, que Jésus-Christ a dit, en instituant l'eucharistie : Faites ceci en mémoire de moi; les péchés seront remis à ceux auxquels vous les remettrez, etc. Les tidèles baptisés recevaient le Saint-Esprit par l'imposition des mains des apôtres, mais ils ne le donnaient pas. Saint Paul ne parlait pas du commun des chrétiens, mais des apôtres, lorsqu'il disait : « Que l'homme nous regarde comme les ministres de Jésus-Christ, et les dispensateurs des mystères ou des sacrements de Dieu (l Cor. iv, 15). » C'est h Tite et à Timolhée, et non aux simples fidèles, qu'il donnait la commission d'imposer les mains à ceux qu'il fallait destiner au sacerdoce. Saint Jacques veut que l'on s'adresse aux prêtres de l'Egl se, et non aux laïques, pour recevoir l'onction en cas de maladie. Le concile de Trente n'a donc pas eu tort, sess. 7, can. 10, de condamner les protestants, qui soutiennent que tous les chrétiens ont le pouvoir de prêcher la parole de Dieu et d'administrer les sacrements. Eux-mêmes n'accordent pas à chaque particulier le droit de faire ce que font leurs ministres ou leurs pasteurs; mais les réformateurs trouvèrent bon d'enseigner d'abord le contraire, soit pour flatter leurs prosélytes, soit pour persuader qu'ils n'avaient pas besoin de mission. Le même concile, ibid., can. 11, a décidé que, pour la validité d'un sacrement, il fa t que le ministre ait au moins l'intention de faire, par cette action, ce que fait l'Eglise. Dès lors les protestants n'ont pas cessé de nous reprocher que nous faisons dépendre le salut des âmes de l'intention intérieure d'un prêtre, chose de laquelle on ne peut jamais avoir aucune certitude.

Mais si les protestants attribuent quelque vertu au baptême donné à un enfant, peuvent-ils croire que ce sacrement serait valide et produirait son effet, quand même il serait administré par un impie qui n'aurait point d'autre dessein que de se jouer de cette cérémonie, de tromper les assistants, ou de causer la mort de l'enfant par un poison mêlé avec l'eau? Des étrangers, qui n'entendent pas la langue dont un ministre se seit, ne peuvent pas être sûrs qu'il n'a pas changé les paroles du baptême, et que leur enfant est validement baptisé. Eux-mêmes peuvent en imposer, et dire que leur enfant a été baptisé, pendant qu'il n'en est rien. Quelques anglicans ont eu la bonne foi d'avouer qu'ils tombent dans le même inconvénient que nous, en exigeant qu'u» ministre des sacrements ait été validement ordonné. Souliendra-t-on que, si l'eucharistie était consacrée avec le fruit de V arbre à pain, et avec une liqueur qui ressemblerait à du vin, mais qui n'en serait pas, le sacrement n'en serait pas moins valide? Voilà des supercheries qui peuvent tromper les hommes

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les plus attentifs. Il ne s'ensuit pas de là que nous mettons le salut des Aines à la discrétion des prêtres : nous croyons, tout comme les protestants, que le désir du baptême en tient lieu, lorsqu'il n'est pas possible de le recevoir en effet; à plus forte raison, le désir des autres sacrements peut-;l y suppléer, et nous obtenir la grâce divine, lorsqu'on ne peut pas faire autrement. Voy. Sacrements.

MINUTIUS FÉLIX, orateur ou avocat romain, né en Afrique, vivait au commencement du iir siècle; il a écrit, vers l'an 211, un dialogue intitulé Octavius, dans lequel il prouve l'absurdité du paganisme, la sagesse et la vérité du christianisme. Cet ouvrage, qui est très-court, a été singulièrement estimé dans tous les temps, soit à cause de la beauté du style, soit à cause des faits et des réflexions qu'il renferme. Il y en a eu plusieurs bonnes éditions en Angleterre, en Hollande et en France : au mot Paganisme, § 10, nous donnerons un court extrait de cet ouvrage. Barbeyrac, qui ne voulait pas qu'aucun auteur ecclésiastique pût échapper à sa censure, a fait plusieurs reproches à celui-ci. il tourne en ridicule ce qui a été dit par cette écrivain et par d'autres Pères, touchant la figure de la croix; nous les avons justifiés. Voy. Croix. Il dit que Minutius Félix condamne absolument les secondes noces, et les regarde comme un adultère. Cela est vrai à l'égard des secondes noces et des suivantes, qui se faisaient après les divorces; nous soutenons qu'en cela les Pères avaient raison, et qu'ils n'ont rien dit de trop, eu égard à la licence qui régnait alors chez les païens. Voy. Bigame. Le sens de noire auteur est évident par le passage que Barbeyrac a cité lui-môme, Octav., c. xxiv. « Il y a, dit Minutius, des sacrifices réservés aux femmes qui n'ont eu qu'un mari; et il y en a d'autres pour celles qui en ont eu plusieurs : on cherche scrupuleusement celle qui peut compter un plus grand nombre d'adultères. » Nous ne pensons pas qu'il soit ici question de celle qui avait enterré un plus grand nombre de maris, mais de celle qui avait fait un plus grand nombre de divorces. 11 trouve mauvais que Minutius Félix et d'autres anciens aient réprouvé dans un chrétien l'usage de se couronner de fleurs; usage, selon lui, très-indifférent; il l'est, sans doute, si on le considère absolument en lui-même; mais il ne l'était pas, suivant les mœurs des païens. Si l'on veut se donner la peine de lire le livre de Terlullien de Corona, l'on verra qu'aucune des causes pour lesquelles les païens se couronnaient, n'était absolument innocente; que toutes tenaient plus ou moins à l'idolâtrie ou au libertinage. Voy. Couronne,

La censure de Barbeyrac est fausse et in juste à tous égards.

MIRACLE. Dans le sens exact et philosophique, un miracle est un événement contr.iire aux lois de la nature, et qui ne peut être l'effet d'une cause naturelle. Toutes les définitions que l'on a données des miracles reviennent à celle-lb, quoique les philoso-

phes et les théologiens aient varié dans les termes dont ils se sont servis (1). Jamais on n'a tant écrit sur cette importante matière

(1) Il est peu de questions sur lesquelles on se soit plus exercé que sur le miracle. Voici un aperçu nouveau de M. J.-B. J. que nous mettons sous les yeux du lecteur :

Les miracles peuvent être considérés philosophiquement ou théologiquement, c'est-à-dire sous le point de vue de la raison naturelle, ou sous celui de la raison écl drée par la révélation. Dans le premier cas, ils peuvent servir aux infidèles et aux incrédules comme motifs de crédibilité d'une révélation surnaturelle ; dans le second, ils sont propres soit à confirmer le croyant dans sa foi, soit à attester la sainteté de quelques membres de la véritable Eglise. Depuis le xvine siècle, époque où la philosophie s'est séparée de la théologie, il est devenu nécessaire, pour conduire rationnellement à la révélation tout esprit qui raisonne en dehors des idées révélées reçues communément, de traiter la question des miracles à l'aide des seules lumières de la raison, c'està-dire uniquement au moyen de l'observation et de l'induction.

On définit ordinairement le miracle ce qui se fait en dehors de l'ordre de toute la nature créée (S. Thomas, 1 p., q. 1 10, art. 4); on, un fait sensïde, s:rpren:tit, contraire à l'ordre ordinaire de la Piovidence et aux lois de la nature ( P. Perrone, De vera relig., c. m, art. 1); ou, un événement contraire aux lois de la nature, et qui ne peut être l'effet d'une cause naturelle (Bergier, art. Miracle) ; ou, un fait extraordinaire résultant de l'harmonie inconnue, quoique naturelle , des lois générales ( llouteville, La relig. prouvée par les faits, t. II, 1. i, c. 6); ou, un phénomène du système extraordinaire des lois de la nature (Bonnet, lleclnrches sur l christ., c. 5) ; ou, un fait sensible et extraordinaire, contraire à l'ordre ordinaire de la Providence parmi les hommes (Bailly, tract. De vera relig., c. v, art. 1, § 1).

Tous ces auteurs et un grand nombre d'autres encore ne fondent la notion, la possibilité et la force probante des miracles que sur la création de la matière et de ses lois, opérée par un être d'une puissance et d'une sagesse infinies, vérités que l'homme ne peut découvrir au moyen de l'observation et de l'induction, et qu'il ne connaît par conséquent que par la révélation. Si nous voulions examiner au point de vue théologique les diverses définitions qui ont élé données du miracle, il ne nous serait point difficile de montrer qu'aucune d'elles ou ne peut s'appliquer à certains miracles, ou n'exclut certains phénomènes qui ne sont point des miracles. Mais recherchons la valeur philosophique des prétendues lois de la nature, et voyons s'il est vrai de dire que tout miracle soit une dérogation à ces lois.

Les théologiens entendent communément par lois de la nature, les divers modes d'action du grand Architecte de l'univers, ou l'accomplissement de ses volontés générales dans les êtres visibles. D'abord, on sait que les lois proprement dites ne sont que l'expression, la simple manifestation et non l'accomplissement des volontés d'un législateur, et qu'elles ne sont imposées qu'à des êtres intelligents et libres. Il y a donc abus de terme à appeler lois les phénomènes naturels, et il ne peut y avoir que confusion de langage à affirmer de ceux-ci ce qui n'est applicable qu'à celles-là. En effet, quand on dit qu'il y a dérogation aux lois de la nature, qu'il y a suspension de ces lois, on prononce au moins un non-sens ; car si l'on substitue la définition à l'objet défini, ce qu'en bonne logique on doit pouvoir toujours faire, on sera contraint d'affirmer qu'un fait miraculeux suspend t'accomplissent- ni d'une des volontés (/éttérates du Créateur. Ainsi, quand Jésus-Christ dessécha subitement le figuier stérile, 'oute la végétation aurait élé suspen-

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que dans notre siècle; elle serait assez »Vlaircie, s'il n'y avait pas toujours des raisonneurs intéressés par système a l'eni-

due, comme étant .VaccompHssement d'une des volontés générales du Créateur; quand il ressuscita Lazare, tous les morts seraient sortis du tombeau, etc. Si l'on veut dire tout simplement que dans le cas d'un miracle un phénomène est produit dans des circonstances où il n'existe pas ordinairement, bien qu'il s'harmonise avec des phénomènes naturels du même ordre, il n'y a là ni suspension, ni dérogation, rien qui, considéré sans aucun égard aux circonstances, soit contraire à ce que Ton observe communément. Le miracle ne consiste donc que dans le choix des circonstances, et jamais l'harmonie de la nature ne saurait être troublée sous un architecte souverainement sage qui veut dans des cas particuliers se faire reconnaître pour l'auteur de l'univers. Si Dieu agissait contrairement à ses volontés générales, comme par exemple, s'il produisait des corps organisés sans vaisseaux, sans libres ou sans cellules, s'il agissait sur les sens de l'homme soit pour les réparer , soit pour les blesser, sans en modifier les organes : en un mot, s'il voulait la lin sans les moyens, il ne se ferait point reconnaître pour l'auteur de la nature connue, mais il exposerait les hommes à le regarder comme un perturbateur de l'harmonie de ce monde. Ainsi, des phénomènes qui, considérés cri eux-mêmes paraîtraient tout à fait différents de ceux que l'on observe ordinairement , ou produits par des causes d'une nature contraire, ne seraient propres qu'à détruire l'unité de Dieu dans l'esprit des hommes, et à y substituer l'idée de deux principes indépendants" et rivaux. Aussi Dieu, dans la patralion des miracles, s'est tellement rapproché, quant aux circonstances, de l'ordre des phénomènes naturels, et a ainsi tellement respecté la liberté humaine, qu'il y a toujours , comme saint Augustin le dit quelque part, assez d'obscurité pour ceux qui résistent à la grâce de la foi, et assez de clarté pour ceux qui y coopèrent.

Apres avoir l'ait l'appréciation des prétendues lois de la nature au point de vue théologique, nous allons les examiner au point de vue purement philosophique. « A proprement parler, dit le P. Perrone (Prael. Iheol. t. I, c. 50), Dieu ne régit ni les genres ni les espèces, qui ne sont que des idées abstraites, mais seulement les individus, qui seuls ont de la réalité; il ne les régit point par des lois universelles, lesquelles n'existent que dans notre esprit, et que nous imaginons envoyant que Dieu gouverne d'une manière uniforme les individus de telle classe, mais il régit chaque individu en vertu d'une volonté spéciale. D'où il résulte que quand Dieu veut, par exemple, que telle planète, s'arrête, il ne déroge à aucune loi qu'il ait établie, mais il décide selon son bon plaisir que cette planète tourne autour du soleil pour tant de temps, qu'après elle s'arrête, puis qu'elle se meuve de nouveau. Il est clair que l'on ne conçoit en cela, et qu'il n'y a en effet, aucune dérogation à une loi universelle ; or, on doit en dire autant par rapport à tout autre phénomène extraordinaire. On peut donc dire qu'en réalité il n'y a aucune loi universelle de la nature, aucune qui ait pour objet les genres et les espèces, et que les seuls individus sont régis. Il ne peut y avoir ni dérogation proprement dite, ni exception, mais tout se fait par un acte très-simple de la volonté divine, en vertu duquel tel individu de la nature dans certaines circonstances reçoit telles ou telles modifications, i On conçoit, d'après cet exposé rationnel du théologien romain, que les lois dites de la nature ne sont autre chose que les phénomènes naturels généralisés, et par conséquent n'ont qu'une réalité subjective. Les astronomes, les physiciens, les chimistes, les physiologistes ne créent leurs lois, comme les naturalistes les caractère? de leurs gen

brouiller. On peul la réduire à quatre question : 1" Un miracle est-il possible? 2° Si Dieu en faisait un, pourrait-on le discerner

res et de leurs espèces, qu'après l'observation d'un certain nombre de faits individuels, qui, considérés sous les mêmes points de vue, offrent une ressemblance parfaite. Parmi les phénomènes naturels, il en est qui sont produits par une force positive et qui, par conséquent, font naître l'idée de causalité; il en est d'autres, au contraire, qui sont des phénomènes de pure passivité, lesquels n'induisent aucunement à l'action d'un être actif sur un être passif : nous nommerons les uns phénomènes de causalité, et les autres, qui ne sont que divers effets de l'équilibre, phénomènes de-passivité. Les hommes de la science, faisant abstraction de toute idée de causalité, ont soumis à des lois toutes sortes de phénomènes : ils ont dit les lois de la pesanteur ou de l'équilibre, de l'électricité, du magnétisme, etc., aussi bien que les lois du mouvement, delà végétation, de l'assimilation, des sécrétions, etc.

Cependant, il y a pour le philosophe une différence énorme entre un phénomène de causalité et un phénomène de pure passivité : il reconnaît dans l'un y\i\ principe actif, que l'observation et l'induction ne sauraient lui faire trouver dans l'autre. S'il considère les êtres organisés comme tels, ou les corps inorganiques comme faisant partie de notre système planétaire, il ne tarde pas à y découvrir 1 action d'un être immatériel sur la matière brute, action dont il lui est facile d'apprécier soit l'exercice dans des circonstances extraordinaires et en dehors des lois de l'analogie, soit la cessation anormale, auxquels cas il peut y avoir miracle, comme nous le verrons bientôt. Si, au contraire, l'observateur lixe son attention sur les corps inorganiques qu'il rencontre à la surface de la terre, ou même sur les corps organisés envisagés comme masses cl sans aucun égard à l'organisation, il n'y voit rien qui soit distinct des propriétés connues de la matière brute. Il ne faut cependant pas conclure de là que de tels corps ne puissent jamais engendrer l'idée de causalité. Les phénomènes de passivité auxquels ils donnent lieu ordinairement peuvent être remplacés par des phénomènes de causalité qui aient pour causes des agents invisibles, produisant des effets analogues à ceux que des agents visibles offrent sans cesse à nos regards. Il est clair que dans ces cas il peut y avoir miracle tout aussi bien que dans les cas extraordinaires des phénomènes de causalité. Dans les miracles de cette catégorie, l'agent invisible ne change pas plus les propriétés des corps que ne le font les causes visibles d'effets analogues : il vainc des résistances, il étahlit des équilibres par des moyens inconnus aux hommes, et voilà tout. Si donc le philosophe admettait les lois des physiciens, il ne devrait pas affirmer pour cela ni que tout miracle est une dérogation à quelqu'une de ces lois, ni qu'il résulte d'une loi inconnue. Que l'on regarde, par exemple, la pesanteur comme une loi générale <ic la matière, et que l'on suppose comme faits bien constatés par l'histoire, soit que le fer dune hache s'est transporté du fond du lit d'un fleuve à la surface de l'eau , soit qu'un homme a marché sur ce liquide sans y être englouti, soit que la mer ou un fleuve a comme suspendu ses vagues pour livrer passage à une armée, soit que des hommes ont été élevés de terre et transportés sans moyens visibles, etc., devra-t-on conclure qu'il y ait eu dérogation à la loi générale de la pesanteur en faveur soit de ce fer, soit de ces ea.ix, soit de ces hommes? On n'est pas plus autorisé à le faire en de tels cas, que dans ceux si nombreux où des agents naturels soulèvent, par leurs moyens ordinaires, des corps d'une pesanteur spécifique plus grande que celle des milieux dans lesquels ils opèrent. La résistarci est vaincue par une puissance invisible ou sur-

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d'avec un fait naturel^ et le prouver? 3° Les

miracles peuvent-ils servir à confirmer une doeliïne et une religion? k" Dieu en a-t-il lait véritablement pour servir de témoi

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gnage à la révélation? On comprend que nous sommes forcés d'abréger toutes ces questions.

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