‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 101 sur 228 · I. Un miracle est-il possible? Personne ne · texte numérisé non relu

I. Un miracle est-il possible? Personne ne

humaine dans les cas extraordinaires, comme elle l'est par une puissance visible dans les cas ordinaires : néanmoins, il y a miracle quand l'agent est invisible, ou mieux surhumain, il y a elïei purement naturel quand il est visible, ou de Tordre ordinaire.

Qu'on ne m'objecte pas avec l'abbé Houteville ou Charles Bonnet qu'un miracle résulte d'une loi inconnue de la nature, ou qu'il est l'effet d'une série particulière et extraordinaire de causes. D'abord ces deux hypotbèses, qui au fond se confondent, comme l'a judicieusement lait remarquer le P. Perrone (Op. cit. 1. 1, c. xlviii), sont tout a fait gratuites, surtout si l'on raisonne, comme nous le faisons ici, d'après les seules lumières de la raison. Ensuite, une loi inconnue ou une cause extraordinaire appartenant à une série inconnue est un non-sens. Comment concevoir l'idée d'une loi ou d'une série inconnue de causes d'après quelques faits isolés, entre lesquels l'analogie n'établit aucune liaison? Enfin, pour ne parler ici que de la pesanteur, rien n'autorise, dans les laits extraordinaires mentionnés ci-dessus, la supposition soit d'une loi inconnue, soit d'une cause extraordinaire en vertu de laquelle un morceau de fer, certaines eaux, certains hommes, etc., auraient cessé d'èlre attirés vers leur centre de gravité, pour quelques instants seulement, sans prenure invariablement une direction contraire. Si, par exemple, les eaux ei les hommes dont il s'agit ont été réduits tout à coupa une pesanteur spécilique moindre que celle de l'air, pourquoi leur ascension dans ce milieu n'aurait-elie pas été instantanée, continue et dans une direction rigoureusement verticale? On voit qu'il faudrait recourir aux causes occultes des anciens et à d'autres bizarreries du même genre pour soutenir les hypothèses de Houteville et de bonnet. D'ailleurs, tout s'oppose à ce que les corps puissent être dépouillés d'une propriété sans laquelle il serait impossible de les observer a la surface de la terre. Estil possible, en bonne philosophie, de supposer des agents destructeurs dans un ordre de phénomènes où 1 observation ne peut induire à aucun auteur? JN'estil pas, au contraire, éminemment rationnel et rigoureusement conforme à l'analogie, dans les cas de miracles de l'espèce qui nous occupe, d'admettre que la résistance Cal vaincue par une puissance surhumaine? iNous pourrions opposer des arguments tout aussi solides a nos nombreux adversaires de tous les systèmes, pour annuler la valeur philosophique de beaucoup d'autres lois dites de la nature. Quelquefois les théologiens ont voulu quitter les hauteurs de l'abstraction, où ils se plaisent tant, pour descendre dans 'e monde des réalités : alors ils ont créé, pour avoir le plaisir d'y déroger, des lois de la nature en opposition avec toute observation sévère. 11 serait trop long de les suivie dans tous leurs détours: qu'il nous sullise, pour neutraliser toutes leurs théories, de donner une bonne définition philosophique des miracles, et de raisonner ensuite sur îles réalités pour en taire l'application.

Le philosophe anglais Locke définit le miracle « un fait sensible, qui surpasse la portée du spectateur, qui le croit contraire au cours de la nature, et le juge divin. » On a fait observer plus d'une fois, et avec raison , que celte définition ne peut caractériser un miracle, lequel n'aurait pas sa garantie en lui-même, mais serait subordonne a L'appréciation des témoins. Cette appréciation, du reste, même finie par des spectateurs ignorants, a son utilité quand il s'agit de laits éclatants et à la portée de tout le momie, mais elle n'est nullement nécessaire pour la constatation d'un l'ait surhumain. Souvent un fait qui sort de l'or-

dre ordinaire reçoit les interprétations les plus opposées de la part de ceux mêmes qui en ont été les témoins, c'est à la critique à en faire elle-même une saine appréciation.

Selon Clarke, autre philosophe anglais, un miracle est i un fait contraire au cours de la nature, produit par l'intervention de quelque intelligence supérieure, à l'homme. » Le principal défaut que Bailly trouve dans cette définition, c'est qu'elle suppose qu'un miracle doit être un effet contraire à ceux qui sont produits dans tout l'univers, ce que l'on n'est jamais en droit d'affirmer; tandis qu'il suffit, pour qu'un fait soit réputé miraculeux, i qu'il soit contraire à l'ordre ordinaire de la Providence parmi les hommes. > Cette observation est d'autant mieux fondée, que l'homme ne j ige d'un miracle que par comparaison, et qu'il ne peut comparer que des faits qu'il lui est possible d'observer. D'ailleurs, il n'a besoin pour sa gouverne de reconnaître d'autre autorité que celle qui exerce son empiresur le monde dont il fait partie : c'est uniquement à celle autorité qu'il est porté à se soumettre, parce que d'elle seule il croit dépendre. Cependant, nous ne pouvons admettre avec Bailly et beaucoup d'aulres théologiens qu'un fait miraculeux, pour être réputé tel, doive être contraire au cours ordinaire de la nature observable : il suffit qu'il soit différent, même seulement quant à certaines circonstances, des faits naturels. C'est sans doute cette considération qui a porté le savant pape Benoit XIV à distinguer trois sortes de miracles, qu'il dit ètie ou supra, ou prœter, ou con :xa naluram (De bcalif. et canonis. sanctorum, lib. iv, p. i, c. 1 seqq.). Mais, tout en reconnaissant le mérite de cette distinction, qui peut jeter quelque lumière sur la théorie si difficile des miracles, nous ne pouvons accorder, pour les raisons exposées plus haut, et surtout pour des raisons d'analogie, qu'un fait miraculeux puisse jamais être substantiellement contraire aux faits naturels. Quant à la cause du miracle, assignée par Clarke, nous n'avons aucun motif de la contester, quoique Bailly et d'autres théologiens soutiennent contre le philosophe anglais qu'on ne peut attribuer de miracles proprement dits aux anges soit bons, soit mauvais. Comme nous raisonnons d'après les seules lumières naturelles, nous ne pouvons parler d'anges, soit bons, soit mauvais, bien qu'il soit impossible de contester l'action d'esprits ou de forces subalternes dans le gouvernement du monde. Il est vrai qu'une foule de phénomènes observés nous induisent à reconnaître qu'il y a unité de plan et d'ordonnance dans le système planétaire dont nous faisons partie, et que, par conséquent, il est régi par une force intelligente supérieure à l'homme. .Mais rien absolument ne nous prouve que celte force agisse seule et par elle-même, sans avoir sous sa direction des forces subalternes qui puissent produire des phénomènes de causalité tant extraordinaires qu'ordinaires. Toutefois, comme nous sommes portés à croire, que les phénomènes de causalité ne peuvent être modifiés que par l'agent qui peut les produire, nous devrons logiquement attribuer à l'ordonnateur suprême de ce monde tous les faits extraordinaires qui manifesteront la puissance dont l'action s'exerce communément.

On peut essayer de définir le miracle soit a priai, soit a posteriori. On le définirait a posteriori, si. après avoir considéré les divers faits que les théologiens catholiques regardent comme miraculeux, on les caractérisait par ce qu'ils ont de commun. Selon celte méthode, on pourrait dire qu'un miracle quelconque est un fait extraordinaire dans sa nature, ou dans sa

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j>eut en douter, dès qu'il admet que c'est Dieu qui a créé le monde, et qu'il l'a fait

avec une pleine liberté, en vertu d'une puiscause, ou dans ses circonstances. Parmi les faits miraculeux, les uns, cl c'est le plus grand nombre, sont constatâmes immédiatement et par eux-mêmes ; d'autres ne le sont que par l'appréciation de leurs effets, tels sont les cas de la connaissance intuitive des actes et des pensées d'autrui, ceux des conversions inespérées, du don des langues, etc. ; il en est aussi qui ne peuvent se prouver que par d'autres miracles, comme les divers cas d'inspiration et certaines prophéties, ou par l'accomplissement d'événements naturellement imprévisibles, comme la plupart des prophéties ; enfin, quelques-uns ne s'établissent que par le raisonnement basé sur des prémisses révélées, tels sont ceux de l'assistance de l'Eglise parle Saint-Esprit, de la transsubstantiation, des effets des sacrements. On conçoit facilement que raisonnant dans celle matière, d'après les seules lumières naturelles, nous ne pouvons adopter une définition a posteriori des miracles.

Pour procéder a priori, il faut partir de l'utilité des miracles. Nous supposons d'abord qu'un homme qui cherche la vérité en matière de religion ait reconnu, au moyen de l'observation et de l'induction, l'existence d'une puissance intelligente qui régit le inonde dont nous faisons partie. Nous supposons ensuite qu'ayant déposé tout préjugé d'éducation, il se soit assure de l'insuffisance de la raison pour connaître ce qu'il lui importe le plus de savoir, et principalement ce qu'il a à faire pour être agréable au puissant ordonnateur dont il croit dépendre. Il voudrait connaître ses volontés, mais il ne peut les deviner; il interroge les anciens, ainsi que ceux qui s'occupent à honorer un être supérieur, et dans quelque pays qu'il fasse son enquête, on l'assure que la Divinité s'est autrefois manifestée aux hommes pour leur intimer ses volontés. Il conçoit alors que si une telle manifestation a eu lieu, elle a dû èlre accompagnée de signes qui attestassent le pouvoir de son auteur sur le monde observable, et en particulier sur l'homme. Le penseur a donc le plus grand intérêt à rechercher quelle esl celle des révélations réputées divines par diverses sociétés religieuses, en faveur de laquelle il y a eu des signes extraordinaires bien constatés. Mais on conçoit qu'il est de la plus haute importance d'examiner au préalable quels devront être les caractères de ces signes ou miracles, pour que l'on reconnaisse facilement qu'ils ont pour auteur l'ordonnateur supiê.ne de ce monde. Nous distinguons des faits de deux ordres : ceux de l'ordre physique, qui s'accomplissent dans les êtres matériels, et ceux de l'ordre psychologique, qui ont pour sujet l'âme humaine coiisidéree comme douée d'intell 'Ction et de volition. Tant que les faits soit physiques soit psychologiques ne sortent pas de l'ordre ordinaire de la providence, selon " lequel tout se fait par degrés, et par des moyens proportionnés aux lins, ils sont considérés comme purement naturels. Mais s'il arrivait que certains faits sortissent de l'ordre ordinaire, soit parce qu'ils excéderaient le pouvoir naturel des agents qui paraîtraient en être les causes, soit parce qu'ils n'offriraient dans leurs circonstances aucune analogie avec ce qui arrive communément, d'après l'expérience universelle, ils devraient être réputés miraculeux. Un miracle est donc un fait soit physique, soit psychologique, qui excède la puissance des agents visibles, et qu'aucune analogie ne peut faire prévoir. Telle est la définition philosophique du miracle. Mais cette définition n'est pas pratique pour le commun des hommes : 1° parte que la plupart ne «juraient discerner un fait extraordinaire d'un fait naturel de l'ordre psychologique, surtout si l'on a égard aux faits de magnétisme humain réputés naturels; 2" parce qu'il n'est pas toujours facile d'appré-

DlCTIONN. DE TllÉOL. DOGMATIQUE. I!l

sanco infinie. En effet, dans cette hypothèse, qui est la seule vraie, c'est Dieu qui règle l'ordre et la marcho de l'univers, tels

ci r les limites de la puissance des agents visibles ; 3° parce qu'il l'est encore moins d'apprécier convenablement l'analogie dans l'ordre physique; 4° surtout, parce que des faits physiques quelconques, même des plus extraordinaires, ayant pour causes des agents invisibles, ne sont pas de nature à intéresser ceux qui en ont connaissance au point de les porter à embrasser des pratiques, toujours plus ou moins pénibles, qui peinent en cire la conséquence. Aussi, comme nous voulons considérer le miracle uniquement sous le point de vue de son utilité générale, d'abord sans avoir aucun égard aux faits psychologiques, nous ne fixerons notre attention que sur les faits i!c l'ordre physique. Les faits ou phénomènes physiques sont de deux sortes : ceux de causalité et ceux de passivité. Les phénomènes de causalité manifestent dans un être passif l'action d'un être intelligent et libre. La roialion des planètes autour du soleil, les divers mouvements vitaux que l'on observe dans leo végétaux et les animaux, sontdes phénomènes de causalité, aussi bien que les mouvements de l'homme et ses actions sur les êtres qui l'environnent. Les phénomènes de causalité que nous pouvons observer sont donc de deux sortes : les uns sont renfermés dans les limites du pouvoir naturel de l'homme, cl les autres excèdent sa puissance. Nous avons vu (pie les phénomènes de passivité peuvent être remplacés par des phénomènes de causalité qui aient pour causes des agents invisibles : dans ce cas, ce sont des phénomènes de causalité extraordinaires. Les phénomènes ordinaires de causalité qui excèdent la puissance naturelle cie l'homme et ont pour cause, des agents invisibles, peuvent ans i être mêlés Je phénomènes extraordinaires du même genre. Don il résulte qu'il peut y avoir des phénomènes extraordinaires de causalité de deux classes : ceux de m»iple causalité, qui se passeraient à la surface de la terre dans des corps inorganiques, ou dans des corps organisés considérés en tant que niasses; et ceux que je propose d'appeler de double causalité, qui seraient observés soit dans des êtres déjà organisés, soit dans des êtres inorganiques devenus organisés en dehors de la voie de génération d'un parent semblable, soit dans des êtres inorganiques offrant déjà l'idée de causalité. Ainsi, avouons-nous qu'il peut y avoir des miracles physiques de deux classes ; mais dans la pralique, nous ne pouvons considérer comme tels les phénomènes extraordinaires cie simple causalité : soit parce qu'il n'est pas toujours facile, ainsi que nous l'avons déj i dit, d'apprécier les limites de la puissance humaine, soit parce que des phénomènes de celle classe peuvent avoir pour causes des agents invisibles d'un pouvoir inappréciable, agissant sur les masses des êtres comme lui-même, sans avoir sous leur dépendance, soit le règne organique, soit surtout le règne de spontanéité. ()r, l'homme ne peut être porté a adopter soit des croyances soit des pratiques, en faveur desquelles seraient opères des miracles qui ne lui sembleraient pas avoir pour causes un^agent dont il croie dépendre. Nous ne pouvons donc tenir compte, dans notre définition pralique du miracle, que des phénomènes extraordinaires de double causalité, qui seuls manifestent indubitablement à l'homme la puissance de l'ordonnateur suprême du monde dont il fait partie. Mais i! importe avant tout de tracer les caractères dont doivent être revêtus les phénomènes extraordinaires de cette classe, pour avoir force probante. Comme ces phénomènes, dans l'hypothèse d'une révélation, sont des signes d'une volonté spéciale de leur auteur, t° ils ne doivent offrir, dans les circonstances de leur production, aucune analogie avec les phénomènes ordinaires de causalité. Il suffit,

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qu'Us sont; c'est lui qui a établi la liaison que nous apercevons entre les causes physiques et leurs effets, liaison de laquelle nous

II suffit, pour en juger prudemment, de s'en rapporter à l'expérience universelle, et il n'est point nécessaire de connaître tous les phénomènes physiques, passés, présents et à venir. Les phénomènes de double causalité seront toujours d'une appréciation facile pour le vulgaire, qui n'aura jamais rien observé d'analogue dans les cas ordinaires, et qui ne manquera pas de les attribuera une volonté spéciale de la Divinité. Si les savants, soit contemporains, soit des âges postérieurs, veulent examiner les faits miraculeux de celle classe, ils doivent en faire l'appréciation d'après les connaissances de leur époque, et suivant ce principe d'analogie : la même cause naturelle, agissant dans les mêmes circonstances naturelles, produit les mêmes effets naturels. Lorsqu'ils ont des doutes, il est de leur plus grand intérêt de les lever au plus tôt, en reproduisant les causes naturelles auxquelles ils attribuent tels ou tels laits extraordinaires. Ils jugeront ainsi sainement de la nature du miracle («). On reconnaît, par exemple, que certains effets bien constatés du magnétisme humain sont naturels et dépendent de la consiitution particulière de tels ou tels individus, en réitérant les expériences dont résultent ces laits. Il en est de même de beaucoup d'autres phénomènes physiques dont on ignore les causes. On s'assurera, au contraire, que les laits de résurrection, de guérison, etc., rapportés dans la Bible, supposé qu'ils soient bien constatés, sont surnaturels, en répétant dans des circonstances analogues les paroles et les actions qui en oui été les causes occasionnelles, avec lesquelles ils n'ont aucune proportion. Nous avons dit que les phénomènes miraculeux ne doivent offrir, dans les circonstances de leur production, aucune analogie avec les phénomènes ordinaires de causalité : celasullil pour qu'ils signalent d'une manière certaine l'intervention extraordinaire de la Divinité. On tait, par exemple, que tous les êtres organisés naissent invariablement d'un parent semblable, se développent par degrés dans un lemps plus ou moins long, conservent toujours certaines lésions organiques, ne sont affranchis de quelques autres qu'insensiblement et par des moyens proportionnés aux effets, enfin ne renaissent pas de leurs propres débris après leur mort, comme la mythologie l'affirme du phénix. Si donc des êtres organises étaient produits tout d'un coup cl à l'état d'adulte, en dehors des circonstances ordinaires de la reproduction, s'ils étaient guéris d'inlinnilés réputées incurables, ou délivrés instantanément de maladies quelconques sans l'emploi d'aucun moyen curalif ; enfui, si après avoir élé privés de la vie, ils redevenaient vivants avec les mêmes tissus, sans avoir élé décomposés en leurs principes élémentaires, et sans avoir élé assimilés peu à peu, et ensuite reproduits par des parents semb'?bles, il serait certain d'après toutes les données de l'analogie, qu'il y aurait intervention extraordinaire du grand arbitre de l'organisation, qui aurait adopté pour quelques cas particuliers des modes de procéder qu'il n'emploie pas ordinairement. — 2° 11 résulte de l'exposé de ce premier caractère des phénomènes de doulle causalité, que non- seulement û suffit, pour qu'ils aient force probante, qu'ils soient produits dans des circonstances différentes de celles au milieu desquelles se pus-

{a) S'ils veulent recourir à des causes occdles, ou méconnaître l'intervention extraordinaire. d<» la Divinité, en invoquant soit les mauvais génies, soit l'expérience des générations futures dans les phénomènes physiques, ils s'aveuglent volontairement et deviennent d'une coudai n pire (pie le vulgaire, ce qui arrive souvent. Kien n'est mathématique en matière de religion; mais tout est assez clair pour quiconque lait un usage légitime do sa raison, et ne résiste pas a la grâce.

ne pouvons point donner d'autre raison que la volonté de Dieu; c'est lui qui a donné aux divers asenls tel degré de force et d'ac-

sent les phénomènes ordinaires de causalité ; mais que pour être attribués à l'ordonnateur du monde dont nous faisons partie, ils doivent accuser la même puissance que ces phénomènes ordinaires, c'est-àdire, leur èlre substantiellement identiques. En un mot, dans les faits miraculeux les seuls moyens providentiels seront changés, mais la substance des faits devra tire invariable dans un même ordre. Autrement, comme nous l'avons dit ci-dessus ( en prouvant contre les théologiens qu'un miracle ne peut être contraire aux prétendues lois de la nature), ces signes extraordinaires ne manifesteraient pas la puissance du dominateur de ce monde ; ils induiraient, au contraire, a l'existence d'un agent perturbateur de 1 ordre établi, contre lequel il faudrait se mettre en garde. C'est sans doute pour n'avoir pas su apprécier l'unité d'action dans la substance, soit de divers phénomènes ordinaires, soit de ces phénomènes comparés aux extraordinaires, que beaucoup de philosophes ont admis l'existence et le culte de plusieurs principes indépendants. — 3° Un troisième caractère qui doit distinguer les phénomènes de double causalité, considérés comme signe» d'une volonté spéciale de leur auteur, c'est qu'ils soient opérés, en réalité ou en apparence, ou au moins annoucés par un thaumaturge, en faveur d'nne doctrine, qui ait trait à la religion. On conçoit d'abord la nécessité d'un envoyé extraordinaire dans l'hypolhèse d'une révélation, pour qu'elle puisse être suffisamment notiliee : les faits ne parlent pas d'eux-mêmes, et le vulgaire surtout a besoin qa'un simple mortel, dépositaire de l'autorité divine, les lui fasse remarquer et lui rende praticables les injonctions qui lui sont faites. Ensuite, si ces phénomènes n'étaient point annonces comme venant à l'appui d'une doctrine importante, manifestée à l'humanité, la plupart des hommes n'y donneraient pas plus d'attention qu'ils n'en apportent de nos jours aux diverses récréations physiques cl chimiques. De plus, s'ils n'étaient représentés comme l'indice de la puissance d'un suprême ordonnateur qui peut punir ou récompenser les inl'racleurs ou les observateurs de ses volontés, on ne se mettrait guère en peine ni des croyances ni des pratiques enjointes, pour peu qu'elles gênassent la liberté, et les signes que produirait la Divinité en témoignage d'un vouloir spécial, seraient d'une stérilité complète. S'il arrivait que des phénomènes miraculeux, opérés en faveur d'une doctrine, fussent contre-balancés par d'autres faits à l'appui d'une doctrine contraire ou simplement contradictoire, il importerait beaucoup de bien examiner d'abord si les phénomènes sont de double causalité de part et d'autre, alin de pouvoir se déterminer pour l'être qui domine l'organisation. Si les uns et les autres étaient de double causal lé, ou ils manifesteraient une puissance inégale, et alors nous aurions intérêt à nous porter pour l'être le plus puissant, ou ils seraient l'indice de pouvoirs égaux, ce qui n'est guère présumable, et en pareil cas nous n'aurions d autre ressource que de prier l'être dont nous dépendons de nous manifester plus clairement ses volontés (a).

Il suit

(a) Notre doctrine philosophique sur les miracles est conforme dans le fond aux assertions des théologiens relatives a la pratique. Comme ils partent des idées révélées pour eial.hr leur théorie, ils disent qu'il est de la souveraine sagesse et de la providence de Dieu d'appuyer la vérité de sa révélation sur des mir.icles dont les gens les plus simples puissent faire l'appréciation. Selon Sere.es, on ne rencontrerait jamais la moindre dilîiculté, puis, pie Dieu seul serait invariablement l'auteur des miracles; selon saint Thomas, les miracles proprement dits ne sauraient être attribues a aucun autre agenf. Si Suarcz, Ueuo.t XIV ei d'autres pensent qu'on doit regarder comme

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liyité qu'il lui a plu : tout, ce qui arrive est un effet de cette volonté suprême, et 1rs choses seraient autrement, s'il l'avait voulu (1).

Cet ordre qu'il a établi est. connu aux hommes par l'expérience, c'est-à-ditc par le témoignage constant et uniforme de leurs sens; témoignage qui est le môme depuis six mille ans. Les détails de cet ordre sont ce que nous nommons les lois de la nature, parce que c'est l'exécution de la volonté du souverain arbitre de toutes choses. Ainsi il est constant, par l'expérience, que quand un homme est mort, c'est pour toujours; telle est donc la loi de la nature; s'il arrive qu'un homme ressuscite, c'est un miracle, puisque c'est un événement contraire an cours ordinaire de la nature, une dérogation à la loi générale que Dieu a établie, un effet supérieur aux forces naturelles de l'homme. De môme il est constant, par l'expérience, que le feu appliqué au bois le consume; ainsi, lorsque Moïse vit un buisson embrasé qui ne se consumait point, il eut raison de penser que c'était un miracle, et non l'effet d'une cause naturelle. Mais Dieu, en réglant de toute éternité qu'un homme mort le serait pour toujours, que le bois serait consumé par le feu, ne s'est i as ôté a luimême le pouvoir de déroger à ces deux lois, de rendre la vie à un homme mort, de conserver un buisson au milieu d'un feu, lors-

II suit des caractères ci-dessus exposés, que les miracles considérés sous le point de vue pratique doivent être ainsi définis : Des phénomènes extraordinaires de double causalité, dont les circonstances et la substance manifestent l'intervention delà Divinité à l'appui d'une doctrine révélée. On peut les définir plus simplement en faveur du vulgaire : Des signes manifestes de volontés spéciales intimées à l'homme par l'ordonnateur suprême de ce monde.

(i) Dieu peut-il faire des miracles, c'est-à-dire peut-il déroger aux lois qu'il a établies ? Cette question, sérieusement traitée, répond J.-J. Rousseau, serait impie si elle n'était absurde; ce serait faire trop d'honneur à celui qui la résoudrait négativement, que de le punir ; il suffirait de l'enfermer. Mais aussi quel homme a jamais nié que Dieu pût faire des miracles? Il fallait être Hébreu pour demander si Dieu pouvait dresser des tables dans le désert. (Lettres de la Montagne.)

de véritables mirai les des effets surprenants qui surpassent ta puissance naturelle des causes visibles et corporelles , ils lèvent les difficultés qui surgissent de leur opinion, par l'examen de la doctrine, des tins, eic, de l'agent au point de vue catholique. Il en est même, tels que le I». l'erroné, l'auteur de la Théologie de Montpellier et d'autres, qui accordent que les mauvais auges peuvent faire des miracles , même en coufirmation de l'erreur ; mais ils prétendent faire disparaître les obstacles, en s >utenant que Dieu, en vertu de sa souveraine véracité , fournira toujours le moyen de discerner la vérité : qu'il limitera le pouvoir des démons, que dans le cas d'un conflit de miracles il opérera les plus éclatants, soit par luimême, soit par les bons anges, qu'il prémunira les hommes contre l'erreur par des révélations spéciales, comme il l'a tait en prédisant les miracles de l'Antéchrist, etc. Qui ne voit que tontes ces asseyions sont parallèles u nos indications scienlilLo-pratiques? Enlin, les plus sensés d'entre eux fout jouer un grand rôle à la grâce pour écarter les obstacles a la réception de la révélation : nous voulons nous, que la plus grave difficulté que l'on puisse rencontrer ne soit vaincue que par la prière , ce qui revieul au même.

qu'il le jugerait à propos, afin de réveiller 1 attention des hommes, do les instruire, de leur intimer des préceptes positifs. S'il l'a fait h certaines époques, il est clair que celte exception à la loi générale avait élé prévue et résolue de Dieu de toute éternité, aussi bien que la loi; qu'ainsi la loi et l'exception, pour tel cas, sont l'une et l'autre l'effet de la sagesse et de la volonté éternelle de Dieu, puisque, avant de créer le monde, Dieu savait ce qu'il voulait faire et ce qu'il ferait dans toute la durée des siècles.

Lorsque, pour prouver l'impossibilité des miracles, les déistes disent que Dieu ne peut pas changer de volonté, défaire ce qu'il a fait, déranger l'ordre qu'il a établi; que cette conduite est contraire à la sagesse divine, etc., ou ils n'entendent pas les termes, ou ils en abusent. C'est trôs-1 b.ement, et sans aucune nécessité, que Dieu a établi tel ordre dans la nature ; il pouvait le régler autrement. Il ne tenait qu'a, lui de décider que du corps d'un homme mort et mis en terre il renaîtrait un homme, comme d'un gland semé il renaît un chône; la résurrection n'est donc pas un phénomène supérieur a la puissance divine. Quand il ressuscite un homme, il ne change point de volonté, puisqu'il avait de toute éternité résolu de le ressusciter, et de déroger ainsi à la loi générale. Celte exception no détruit point la loi, puisque celle-ci continue à s'exécuter, comme auparavant, à l'égard de tous les autres hommes. Une résurrection no porte donc aucut:e atteinte à l'ordre établi, ni à la sagesse éternelle dont cet ordre est l'ouvrage. De môme que l'ordre civil et l'intérêt de la société exigent que le législateur déroge quelquefois à une loi, et y fasse une exception dans un cas particulier, le bien général des créatures exige aussi quelquefois que Dieu déroge à quelqu'une des lois physiques, en faveur de l'ordre moral, pour instruire et coniger les hommes, pour leur intimer des lois positives, etc.

Cela n'est pas nécessaire, disent tes déistes : Dieu n'est-il donc pas assez puissant pour nous faire connaître, sans miracle, ce qu'il exige de nous? Protiverad-on qu'il lui est plus aisé de ressusciter un mort, que de nous éclairer?

Nous répondons que rien n'est impossible ni difficile à une puissance infinie; qu'il est donc absurde d'argumenter sur ce qui est plus facile ou difficile h Dieu. Mais nous supplions nos adversaires de nous dire de quel moyen Dieu doit se servir pour nous imposer une loi positive; de quelle manière Dieu a dû s'y prendre pour donner une religion vraie à Adam et aux patriarches, aux juifs, aux païens, pour tirer do l'idolâtrie / toutes les nations qui y étaient plongées. Lorsqu'ils l'auront assigné, nous nous chargeons de leur prouver que ce moyen quelconque sera un miracle. Kn effet, l'ordre do la nature que Dieu a établi n'est point d'instruire immédiatement par lui-môme chaque homme en particulier, mais de l'instruire par l'organe des autres hommes, par des

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fails, par L'expérience, par la réflexion. Ainsi, en voulant que Dieu instruise charpie individu par une révélation ou une inspiration particulière, ils exigent réellement un miracle pour chacun, mais miracle très-suspect, qui favoriserait l'illusion et le fanatisme, ou qui ressemblerait à l'instinct général auquel nous ne sommes pas les maîtres de résister. Aussi tous ceux qui ont nié la possibilité d s miracles, ont été fore 's de soutenir l'impossibilité d'une révélation. Les athées et les matérialistes, qui disent que l'ordre de la nature et ses lois sont immuables, puisque c'est une suite de la nécessilé éte.nelle et absolue de toutes choses, lie sont pas plus raisonnables. Outre qu'il est absurde d'admettre un ordre sans une intelligence qui ordonne, des lois sans législateur, et une nécessité dont on ne peut donner aucune raison, il l'est encore de borner, sans aucune cause, la puissance de la nature. Lorsque Spinosa a dit que, s'il pouvait croire la résurrection de Lazare, il renoncerait à son système, Bayle lui a fait voir qu'il déraisonnait : puisque, selon Spinosa, la puissance de la nature est infinie, de quel droit pouvait-il regarder comm^ impossible aucun des événements merveileux rapportés dans l'Ecriture sainte? Dict. Crit., Spinosa, R. Un matérialiste plus moderne a senti cette inconséquence; mais il ne l'a évitée (iue par une contradiction. Il dit que nous ne savons pas si la nature n'est point occupée à produire des êtres nouveaux, si elle ne rassemble pas des éléments propres à faire éclore des générations toutes nouvelles, et qui n'auront rien de commun avec celles qui existent à présent. Syst. de la Nat., irc part. c. 16, p. 86. Ainsi, selon ce philosophe, tout est nécessaire, et tout peut changer. Par la môme raison, nous ne savons pas si, du temps de Moïse, la nature n'a pas f lit éclore toutes les plaies de l'Egypte, la séparation des flots de la mer Rouge, la manne du désert, etc., et si, du temps de Jésus-Christ, elle n'a pas opéré toutes les guérisons, les résurrections et les autres prodiges dont nous soutenons qu'il est l'auteur. 11 y a plus de bons sens et de liaison dans les idées des nations les plus stupides. Les peuples mêmes qui ont cru que p'usieurs dieux ou génies avaient concouru à la formation du monde, ont pensé aussi que ces mêmes intelligences le gouvernaient; ils ont conclu qu'elles pouvaient en changer l'ordre et la marche quand elles le jugeaient à propos, par conséquent opérer des miracles à leur gré; et c'est pour cela mémo qu'ils leur ont adressé leurs vœux et rendu leurs hommages.

Ceux qui disent que les miracles sont peut-être l'effet d'une loi inconnue de la nature, nous paraissent aussi abuser des 1er mes. En quel sens peut-on supposer qu'une exception particulière à la loi générale est une loi? A la vérité, la loi et l'exception sont également un effet de la volonté du souverain législateur, comme nous l'avons déjà remarqué; mais cette volonté n'est cen-

sée loi, et ne peut être nommée telle, qu'autant qu'elle est générale et connue par une expérience constante. Donner à l'exception le nom de loi inconnue , c'est évidemment confondre toutes les notions. Saint Augustin a dit que les miracles ne se font pas contre la nature, mais contre la connaissance ou contre l'expérience que nous avons de la nature, puisque la nature des choses n'est autre que la volonté de Dieu, 1. vi de Genesi adlitt., c. 13; lib. xxi de Civit. Dei, c. 8. Cela se conçoit. Mais pour que nous puissions nous entendre et ne pas nous contredire, il faut distinguer la volonté générale de Dieu d'avec une volonté particulière ; la première peut être appelée loi de la nature et cours de la nature, puisqu'elle s'exécute ordinairement et constamment; la seconde, qui est une exception, ne peut être nommée loi que dans un sens très-impropre et abusif: or, l'abus des termes ne contribue jamais à éclaircir une question. Selon Clarke, la seule différence qu'il y a entre un événement naturel, et un fait miraculeux, c'est que le premier arrive ordinairement et fréquemment, au lieu que l'autre se voit très-rarement. Si les hommes, dit-il, sortaient ordinairement du tombeau, comme le blé sort de la semence, cela nous paraîtrait naturel ; et au contraire la manière dont ils sont engendrés aujourd'hui serait regardée comme miraculeuse. Cette observation est juste a l'égard des choses que Dieu fait immédiatement par lui-même, sans le concours des hommes. Leibnit/,de son côté, soutenait que la rareté ne suffit pas pour caractériser un miracle, qu'il faut encore que ce soit une chose qui surpasse les forces des créatures ; et cela est encore vrai, quant il s'agit des choses que Dieu opère par le ministère des créatures. Si ces deux philosophes avaient fait cette distinction, ils auraient été d'accord. Recueil des pièces de Clarke, de Leibnitz, etc., p. 105 et 201. De là on doit conclure que, quoique la transsubstantiation se fasse tous les jours et toutes les fois qu'un prêtie dit la messe, c'est cependant un miracle, parce que c'est un effet infiniment supérieur aux forces naturelles des hommes dont Dieu se sert pour l'opérer. Au contraire, les saints mouvements que Dieu produit en nous par sa grâce, quoique surnaturels, ne sont pas des miracles, parce que Dieu les produit eu nous sans nous, immédiatement par luimôme et très-fréquemment. Yoy. Natukki..

Comme nous ignorons quelles sont les facultés et le degré de force que D.ou a donnés aux anges bons ou mauvais, nous ne pouvons ni les mettre au nombre des agents naturels, ni décider si tout ce qu'ils font est naturel ou miraculeux. Nous voyons seulement dans l'histoire sainte que, quand Dieu s'est servi de leur ministère, c'était, ou pour annoncer aux hommes des événements que ceux-ci n'auraient pas pu connaître, ou pour faire des choses que les hommes ne pouvaient pas faire. Leur mission et leurs actions étaient donc miraculeuses, puisqu'il n'est pas dans l'ordre commun et

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journalier de la Providence d'en agir ainsi à l'égard du genre humain. Quant aux opérations des esprits de ténèbres, nous pouvons encore moins en raisonner, parce que l'Ecriture en parle moins que des bons anges. Nous y voyons seulement que les mauvais esprits ne peuvent rien faire sans une permission particulière de Dieu. Voy. Démon.

II. Peut-on discerner certainement un miracle d'avec un fait naturel et le prouver? Il est assez étonnant que nous soyons obligés de discuter scrupuleusement deux questions aussi aisées à résoudre; mais il n'est aucun sujet sur lequel les incrédules aient poussé plus loin l'entêtement et les contradictions. Pour distinguer sûrement , disent-ils , un miracle d'avec un fait naturel, il faudrait connaître toutes les lois de la nature, et savoiFJusqu'où s'étendent ses forces : or, nous ne savons ni l'un ni l'autre ; donc nous ne pouvons jamais décider si tel événement est l'effet d'une loi de la nature, ou si c'est une exception. Nous répondons que, par une expérience de six mille ans, la nature nous est assez connue pour savoir certainement qu'un mort ne peut ressusciter en vertu d'aucune loi de la nature : qu'ainsi toute résurrection est une exception ou un miracle. 11 en est de même des autres faits que l'histoire sainte nous donne pour des événenements miraculeux. Par une inconséquence grossière, l^s incrédules soutiennent, d'un côté, que Dieu ne peut pas déroger à une loi de la nature; de l'autre ils supposent que Dieu a établi des lois opposées : l'une, par laquelle il a décidé qu'un mort l'est pour toujours; l'autre, par laquelle il a réglé qu'un mort peut, sans miracle, être rendu à la vie.

Les athées, il est vrai, ne peuvent mettre aucune borne aux forces de la nature; ils sont obligés de les supposer infinies, puisqu'ils ne peuvent assigner aucune cause qui les ait limitées. Pour nous, qui admettons un Créateur intelligent et sage, une Providence attentive et bienfaisante, nous sommes très-assurés que les forces de la nature sont bornées, et que ses lois sont constantes, parce que Dieu les a établies pour le bien des créatures sensibles et intelligentes. Il est d'ailleurs évident que l'ordre moral porte sur la constance de l'ordre physique : si les lois de la nature pouvaient changer, nous ne serions plus assurés de rien, il n'y aurait plus de certitude dans la règle de nos devoirs. Nous sommes donc absolument certains que Dieu n'a point établi des lois physiques opposées l'une à l'autre, qu'il ne changera point l'ordre de la nature tel qu'il nous est connu, que les miracles ne deviendront jamais des effets naiurels. Conséquemment nous sommes assurés que Dieu ne donnera jamais à aucun agent naturel le pouvoir de troubler et de changer l'ordre physique du monde et le cours ordinaire de la nature, que les esprits bons ou mauvais n'ont point ce pouvoir, encore moins les magiciens et les imposteurs, et nous prouverons que cela n'est jamais arrivé.

Entre les différents événements rapportés

par l'iiis'.oirc sainte, il en esldoul le surnaturel saute aux yeux de tout homme de bon sens, et sur lesquels il n'est besoin ni de dissertation ni d'examen. Qu'un malade guérisse par des remèdes, lentement, en reprenant des forées peu à peu, c'est la marche de la nature ; qu'il guérisse subitement à la parole d'un homme, sans conserver aucun reste ni aucun ressentiment de la maladie, c'est évidemment un miracle. Qu'un thaumaturge, par sa parole ou par un simple attouchement, rende la vie aux morts, la vue aux aveuglesnés, l'ouïe aux sourds, la voix aux muets, la force et le mouvement aux paralytiques ; marche sur les eaux, calme les tempêtes sans laisser aucune marque d'agitation sur les flots, rassasie cinq mille hommes avec cinq pains, etc., ce ne sont certainement pas là des œuvres naturelles ; pour en décider, il n'est pas nécessaire d'être médecin, philosophe ou naturaliste, il suffit d'avoir la plus légère dose de bon sens. Lorsque les circonstances peuvent laisser quelque doute sur le naturel d'un fait, c'est le cas de suspendre notre jugement, et de ne pas affirmer témérairement un miracle.

Mais voici un argument auquel ies incrédules ne répondront jamais, b'il est imposrible de discerner certainement un miracle d'avec un fait naturel, pourquoi rejetez-vous les événements de l'histoire sainte, qui vous paraissent miraculeux, pendant que vous admettez sans difficulté ceux dans lesquels il n'y a rien que de naturel ? Vous ne voulez pas croiie les premiers, parce que ce sont des miracles, et vous soutenez en même temps que si ces faits sont arrivés on n'a pas pu savoir certainement que c'étaient des miracles : peut-on se contredire d'une façon plus grossière? Il s'agit de savoir, en second lieu, si un miracle peut être constaté, si l'on peut en prouver la réalité. Ici nouvelle contradiction de la part des déistes ; c'en est une, en effet, d'avouer, d'une part, que Dieu peut faire des miracles, et de soutenir, de l'autre, que Dieu n'est pas assez puissant pour les rendre tellementsensibleset reconnaissables, que personne ne puisse en douter raisonnablement : dans ce cas , à quoi serviraient les miracles? Toute la question se réduit à savoir si un miracle est ou n'est pas un fait sensible, si le surnaturel du fait empêche que la substance du fait ne puisse tomber sous les sens ; il y aurait de la folie à le soutenir. Déjà, dans les articles Fait et Ceiititude, nous avons démontré qu'un miracle est susceptible des mêmes pieuves qu'un fait naturel quelconque ; qu'il peut être niétaphysiquement certain pour celui qui l'a éprouvé en lui-même; physiquement certain pour celui qui en a été témoin oculaire; qu'il peut donc être moralement certain pour les autres par le témoignage irrécusable de ceux qui l'ont vu et de celui qui l'a éprouvé. Nous ne répéterons point les raisons que nous en avons données ; mais il nous reste des objections à résoudre.

La plus éblouissante, au premier coup d'œil, est celle que D. Hume a traitée fort

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au l©ftg dans son dixième Essai sur l'entendement humain, où il s'est proposé de prouver qu'aucun témoignage ne peut constater l'existence d'un miracle. Un miracle, dit-il, est un effet ou un phénomène contraire aux lois de la nature ; or. comme une expérience constante et invariable nous convainc de la certitude de ces lois, la preuve contre le miracle, tirée de la nature môme du fait, est aussi entière qu'aucun argument que l'expérience puisse fournir. Elle ne peut donc être détruite par aucun témoignage, quel qu'il puisse être. En effet, la foi que nous ajoutons à la déposition des témoins oculaires est aussi fondée sur l'expérience, c'està-dire sur la connaissance que nous avons que ce témoignage est ordinairement conforme à la vérité. Si donc ce témoignage tombe sur un fait miraculeux, il se trouve deux expériences opposées, dont l'une déiruit l'auire, ou du moins dont la plus forte doit prévaloir a la plus faible. Or, comme il est beaucoup plus probable que des témoins se trompent ou veulent tromper, qu'il ne l'est que le cours de la nature est interrompu, l'on doit plutôt s'en tenir à la première supposition qu'à la seconde. De là D. Hume eoncl.it qu'un miracle, quelque attesté qu'il soit, ne mérite aucune croyance. Pour peu que l'on y fasse attention, l'on verra que ce sophisme ne porte que sur une équivoque et sur l'abus du terme d'expérience. En effet, en quoi consiste l'expérience ou la connaissance que nous avons de la constance du cours de la nature ? En ce que nous ne l'avons jamais vu changer, si nous n'avons jamais été témoins d'aucun miracle; mais s'ensuit-il que ce changement est impossible, parce que mous ne l'avons jamais vu ? Ce n'est donc ici qu'une expérience négalive, si l'on peut ainsi parler, un simple défaut de connaissance, une pure ignorance. D. Hume l'a reconnu lui-même dans son quatrième Essai, où il avoue que nous ne pouvons prouver, a priori, l'immutabilité du cours de la nature. N'est-il pas absurde de vouloir qu'un simple défaut de connaissance de notre paît l'emporte sur la connaissance positive et sur l'attestation formelle des témoins qui ont vu un miracle? Si l'argument de D. Hume était solide, il prouverait que, quand nous voyons pour la première fois un fait étonnant, nous devons récuser le témoignage de nos yeux, parce qu'alors il se trouve contraire à notre prétendue expérience passée, que nous devons même nous défier du sentiment intérieur, lorsque nous éprouvons en nous-mêmes un symptôme que nous n'avions jamais senti. Ce sophisme attaque donc de front la certitude physique et la certitude métaphysique, aussi bien que la certitude morale. Voy. Expérience. En second lieu, est-il vrai que nous nous fions au témoignage humain seulement , parce que nous avons reconnu par expérience que ce témoignage est ordinairement conforme à la vérité ? Il n'en c.>t rien ; nous nous y fions par un instinct naturel qui nous fait sentir que sans celle confiance, la société humaine

serait impossible. Nous nous y fions dans l'enfance avec plus de sécurité que dans l'âgo mûr; et plus nous devenons vieux et expérimentés, plus nous devenons défiants. Mais cette défiance, poussée à l'excès, serait aussi déraisonnable que celle des incrédules. Lorsqu'un fait sensible et palpable , naturel ou miraculeux, est attesté par un grand nombre de témoins qui n'ont pu avoir un intérêt commun d'en imposer, qui n'ont pas pu même user ensemble de collusion, qui paraissaient d'ailleurs sensés et vertueux , il est impossible que leur témoignage soit faux ; nous y déférons alors avec une entière certitude, en vertu de la connaissance intime que nous avons de la nature humaine. Ce n'est ici ni une simple présomption, ni une expérience purement négative, ou une ignorance, mais une connaissance positive et réfléchie. Dans ce cas, il est absurde de dire qu'il est plus probable que les témoins se sont trompés ou ont voulu tromper, qu'il ne l'est que le cours de la nature est interrompu ; pour que l'un ou l'autre de ces inconvénients eût lieu, il faudrait que le cours de la nature humaine fût changé.

Nous avons donc alors un témoignage tel que David Hume l'exige, un témoignage de telle nature, que sa fausseté serait plus miraculeuse que le fait qu'il doit établir. Dieu peut avoir de sages raisons d'interrompre pour un moment l'ordre physique et le cours de la nature, mais il ne peut en avoir aucune de renverser l'ordre moral et la constitution de la nature humaine : le premier de cesmiracles n'a rien d'impossible ; le second serait absurde et indigne de Dieu, David Hume ne raisonne pas mieux lorsqu'il prétend que, quand il s'agit d'un miracle qui tient à la religion, tous les témoignages humains sont nuls, parce que l'amour du merveilleux et le fanatisme religieux suffisent pour tourner toutes les têtes, et pervertir tous les principes. Si ces deux maladies étaient aussi communes et aussi violentes que le prétendent les déistes, on verrait éclore tous les jours de nouveaux miracles, et le monde en serait rempli. L'amour du merveilleux peut entraîner les hommes, lorsqu'il n'y a rien à risquer pour eux, lorsqu'un fait n'est contraire ni à leurs préjugés ni à leurs intérêts; mais lorsque des faits merveilleux doivent les obliger à changer de religion, d'opinions et de mœurs, mettre en danger leur fortune et leur vie, nous ne voyons pas qu'ils soient fort empressés de les admettre : alors Je zèle de religion, loin de les disposer à croire les faits, les rend défiants et incrédules. Telles étaient les dispositions des Juifs et des païens à l'égard des miracles de Jésus- Christ et des apôtres: ils en ont cependant rendu témoignage, puisqu'un grand nombre se sont convertis, et que les autres n'ont pas osé les nier. Voy. Jésus- Christ, Apôtres, etc.

Peut-on se contredire plus grossièrement que le font les incrédules? Suivant eux, nous devons nous fier à nos sens, plutôt qu'à toulc espèce de témoignage, lorsqu ils nous

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attestent que l'eucharistie n'est que du pain et du vin, puisque par nos sens nous y en apercevons toutes les qualités sensibles, et nous ne devrions plus nous y ner, ?i Dieu changeait visiblement ce pain et ce vin en une autre espèce de corps, quand môme nous y apercevrions toutes les qualités sensibles d'un nouveau corps. Le témoignage de nos sens nous donne une entière certitude, lorsqu'il est négatif et qu'il ne nous atteste aucun miracle ; mais il ne prouve rien, lorsqu'il estpositif. et qu'il nous atteste un wuraete évident et sensible. Un logicien sensé pose le principe directement contraire. Y Essai de David Hume, sur les miracles, a été réfuté par Campbell, auteur anglais , Dissertation sur les miracles, etc., Pans, 1767. D'autres déistes ont dit que les preuves morales, suflisantes pour constater les faits qui sont dans l'ordre des possibilités morales, ne suffisent plus pour constater les faits d'un autre ordre, et purement surnaturels ; que des témoignages assez forts pour nous faire croire une chose probable n'ont plus assez de force pour nous persuader une chose improbable, telle que la résurrection d'un mort. Mais nous ne sommes pas assez habiles pour concevoir pourquoi un miracle n'est pas dans l'ordre des possibilités morales, dès que c'est Dieu qui l'opère : y a-t-il quelque fait supérieur a la puissance divine? Nous voudrions savoir encore ce que l'on entend par chose improbable. Est-ce une chose qui ne peut pas être prouvée ? Tout ce qui est possible peut exister, tout ce qui existe peut être prouvé, dès qu'il tombe sous les sens ; la mort d'un homme et sa vie sont de ce genre : jamais on n'a imaginé qu'il fût impossible de vérifier si un homme est mort ou vivant. Improbable signifie-t-il impossible? Alors il faut commencer par prouver qu'un miracle est absolument impossible ? jusqu'à présenties incrédules n'en sont pas venus à bout. L'auteur des Questions sur VEncyclopédie a fait briller toute la sagacité de son jugement sur celle-ci, ou plutôt il a mis dans le plus grand jour les travers et l'opiniâtreté des incrédules. « Pour croire un miracle, dit-il, ce n'est pas assez de l'avoir vu, car on peut se tromper. Bien des gens se sont crus faussement sujets de miracles ; ils ont été tantôt malades et tantôt guéris par un pouvoir surnaturel; ils ont été changés en loups; ils ont traversé les airs sur un manche à balai; ils ont été incubes et succubes. Il faut que le miracle ait été bien vu par un grand nombre de gens très-sensés, se portant bien, et n'ayant nul intérêt à la chose. 11 faut surtout qu'il ait été solennellement attesté par eux. Car si l'on a besoin de formalités authentiques pour les actes les plus simples, à plus forte raison pour constater des choses naturellement impossibles, et dont le destin de la terre doit dépendre. Quand un miracle authentique est fait, il ne prouve encore rien ; car l'Ecriture dit en vingt endroits que des imposteurs peuvent faire des miracles. On exige donc que la doctrine soit appuyée par des miracles, et

les miracles par la doctrine. Ce n'est point encore assez. Comme un fripon peut prêcher une très-bonne doctrine, et faire des miracles comme les sorciers de Pharaon , il faut que ces miracles soient annoncés par des prophéties; pour être sûr de la vérité de ces prophéties, il faut les avoir entendu annoncer clairement, et les avoir vues s'accomplir réellement; il faut posséder parfaitement la langue dans laquelle elles ont été conservées. 11 ne sulïit pis même que vous soyez témoin de leur accomplissement miraculeux, car vous pouvez être trompé par les apparences. II est nécessaire (pie le miracle et la prophétie soient juridiquement constatés par les premiers de la nation, et encore se trouvera-t-il des douteurs : car il se peut que la nation soit intéressée à supposer une prophétie et un miracle; et dès que l'intérêt s'en mêle, ne comptez sur rien. Si un miracle prédit n'est pas aussi public, aussi avéré qu'une éclipse annoncée dans l'almanach, soyez sûr que ce miracle n'est qu'un tour de gibecière ou un conte de vieille. On souhaiterait, pour qu'un miracle fût bien constaté, qu'il fût fait en présence de l'académie des sciences de Paris, ou de la société royale de Londres , et de la faculté de médecine, assistée d'un détachement du régiment des gardes, pour contenir la foule du peuple. »

Réponse. Pourquoi n'y pas appeler encore tous les incrédules, déistes, athées, matérialistes, pyrrhoniens et autres? Eux seuls sont les sages par excellence. Mais si ce n'est pas assez d'avoir vu un miracle pour le croire et pour en être sûr, de quoi servira la présence des académiciens, des médecins et de tout leur cortège ? Si personne n'est assuré de se bien porter, d'être dans son bon sens, de voir réellement ce qu'il voit, ni de sentir véritablement ce qu'il éprouve, nous ne croyons pas que ces savants soient plus privilégiés que les autres hommes. Le seul doute bien fondé qu'il y ait ici, est de savoir si un philosophe qui raisonne ainsi a la tête bien saine. Prescrire des règles de certitude, et prétendre ensuite qu'en les réunissant toutes on n'aura encore rien decertain, est un pyrrhonisme insensé.

1° En quel lieu du monde, si ce n'est aux petites maisons, a-t-on vu. des gens qui se croyaient sourds, muets, aveugles ou paralytiques, pendant qu'ils se portaient bien, ou qui se croyaient parfaitement guéris de ces infirmités, lorsqu'ils les avaient encore ? Plusieurs, guéris par des remèdes, ont peutêtre cru faussement leur guérison miraculeuse : dans ce cas, il est bon de consulter des médecins pour savoir ce qui en est ; mais que leur témoignage soit nécessaire pour juger si ces infirmités ont cessé ou durent encore, c'est une absurdité. De prétendus sorciers, après s'être frottés de drogues, ont pu rêver qu'ils allaient au sabbat sur un manche à balai ; d'autres, dans le délire d'une imagination déréglée, ont pu rêver qu'ils étaient incubes ou succubes; mais les témoins des miracles de Jésus-Christ no s'étaient frottés d'aucune composition

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pour rêver qu'ils voyaient ce qu'ils ne voyaient pas : ce n'est point dans les songes de la nuit, mais au grand jour et en pubïic, qu'ils les ont vus.

2* Nous admettons volontiers que les témoins d'un miracle doivent être en grand nombre, très-sensés, se portant bien, et sans aucun intérêt à la chose ; il nous paraissent encore plus croyables, lorsqu'ils étaient intéressés à la révoquer en doute. Or, les Juifs contemporains de Moïse étaient intéressés à ne pas croire légèrement des miracles qui mettaient leur sort à la discrétion de ce législateur, qui les assujettissaient à une loi très-dure et à des mœurs nouvelles, qui les rendaient o dieux aux Egyptiens et aux Chananéens. Les apùtres étaient très-intéressés à ne pas croire sans examen les miracles de Jésus-Christ , qui déplaisaient aux Juifs , et à ne pas se charger téméra -renient d'une mission qui les exposait à la persécution des juifs et des païens. Ceux-ci, élevés dans des préjugés très-opposés au christianisme, avaient le plus vif intérêt à se délier des miracles de Jésus-Christ et des apôtres, qui devaient les engager à un changement de religion très -difficile et très -dangereux. Ouant aux formalisés juridiques et aux procès-verbaux solennellement dressés, nous soutenons qu'ils ne furent jamais nécessaires pour constater des faits publics, dont toute une ville ou toute une contrée ont été témoins. Avant l'invention de ces formalités était-on moins certain qu'aujourd'hui de ces sortes de faits? Lorsque des miracles ont causé une grande révolution dans le monde, leur effet est une preuve plus forte que toutes les informations et les procédures possibles. Le philosophe que nous réfutons suppose encore faussement que la certitude de tous les faits doit être plus grande, à proportion de leur importance , puisque les faits desquels dépendent notre vie, notre conservation , notre fortune , nos droits civils, sont ordinairement ceux dont nous avons le moins de certitude. Parce qu'un miracle peut intéresser toute une nation, s'ensuit-il qu'il faut que chaque particulier en soit témoin oculaire?

3" il est faux que, selon l'Ecriture sainte, les imposteurs et les mageiens puissent faire de vrais miracles; elle nous assure au contraire que Dieu seul peut en faire, et nous ie prouverons uans le paragraphe suivant. Lorsqu'il s'agit de prouver la mission d'un homme, il n'est [tas encore question de doctrine : c'est une absurdité de prétendre que les Juifs, opprimés en Egypte, devaient exiger la profession de foi de Moïse et le code de sa morale, avant de croire à sa mission; que les Juifs et les païens étaient des hommes fort capables déjuger delà doctrine de Jésus-Christ, pendant que les incrédules ne les croient pas seulement capables d'attester ses miracles. Est-il donc plus difficile de s'assurer d'un fait sensible, que <^e prononcer sur la bonté d'un catéchisme?

i°De« miracles annonces par des prophéties en «ont d'autant plus authentiques et

plus frappants; mais cela n est pas absolument nécessaire. Une prophétie est ellemême un fait miraculeux; il faudrait donc la vérifier par une autre prophétie, et ainsi à l'infini. Un fait surnaturel, sensible et pal pable, doit être vérifié comme tout autre fait; si nous sortons de là, nous ne trouverons plus que des règles absurdes.

5° C'en est une de soutenir qu'il faut avoir entendu clairement la prophétie, et l'avoir vue s'accomplir réellement. Selon celte décision, Dieu ne pourrait pas prédire des miracles qui ne doivent être opérés que d3iis plusieurs siècles, puisque l'on veut que les mêmes hommes entendent prononcer les paroles du prophète, et en voient l'accomplissement. Au contraire, plus les événements sont éloignés, plus il est évident, lorsqu'ils arrivent, qu'ils n'ont pas pu être prévus par une lumière naturelle. Une prophétie, écrite depuis plusieurs siècles, n'est ni moins certaine, ni moins claire, ni nions frappante, que si elle avait été faite depuis peu; elle l'est même davantage. Notre critique est-il persuadé que les savants du xviii* siècle n'entendent pas l'hébreu, et ne peuvent prendre le sens des prophéties? Mais les versions chaldaïque et grecque ont été écrites avant que les faits arrivassent, avant la naissance de Jésus-Christ; elles sont conformes aux versions syriaque, arabe, latine, qui ont été fa. tes après, et la plupart sont l'ouvrage des Juifs. C'est là que nous prenons lesensdu texte. lladonc étéentendu demêine dans tous les siècles; ces prophéties n'étaient donc pas inintelligibles, ni même fort obscures.

G° Elles ont été, comme on le voit.authentiqueuient certifiées par les docteurs et les chefs de la nation juive, soit quant à la lettre, soit quant au sens, dans les paraphrases chaldaïques et dans la version des Septante ; mais il n'est pas nécessaire que les chefs de la nation en aient certifié de même l'accomplissement dans le temps : ils ont pu avoir intérêt à contester les miracles de Jésus-Christ, à détourner le sens des prophéties, à s'aveugler sur leur accomplissement, comme ils font encore aujourd'hui, puisqu'ils reconnaissent eux-mêmes que cet aveuglement était prédit. Cependant il n'a pas été général, puisque les docteurs juifs, tels que NicoJème, Gauialiel, saint Paul, et un grand nombre tic prêtres, ont cru en Jés„ s-Christ ; 1 s autres même n'ont [»as osé contester ses miracles. En admettant pour un moment toutes les règles prescrites par notre critique, un ignorant est en droit de rejeter le témoignage de tous les philosophes, lorsqu'ils lui attestent des faits étonnants qu'il ne conçoit pas, et qui doivent lui paraitre surnaturels. Mais en ietranchant ce qu'il y a d'absurde dans ces règles, njus sommes en état de prouver que les miracles qui conlirment la révélation ont été bien vus par des hommes sensés qui n'y avaient aucun intérêt, qui les ont attestés à la face des nations entières, en présence des chefs qui n'ont rien eu à y opposer; que ces

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miracles ont été faits pour appuyer une doctrine très-pure et très-digne de Dieu; (juils ont été annoncés par des prophéties très-authentiques et très-claires, constamment entendues dans le sens que nous leur donnons, et que ce sont ces miracles qui ont converti les juifs et les païens. Que faut-il de plus?

Pour affaiblir ces preuves, le môme auteur a prétendu que les mahométans en avaient de semblables pour établir la réalité des miracles de Mahomet : nous avons réfuté cette comparaison fausse à l'article Mahométisme. D'autres ont dit, avant lui, que l'on pourrait encore prouver de môme la vérité des miracles du paganisme ; mais aucun d'eux n'a pu alléguer ces preuves prétendues. Plusieurs ont objecté la multitude de miracles rapportés dans les légendes ; à cet article, nous avons fait voir que la plupart de ces prodiges sont absolument dénués de preuves. Quelques-uns enfin ont objecté les raisons par lesquelles on a voulu élayer les prétendus miracles du diacre Paris; nous ne croyons pas qu'il soit nécessaire d'en démontrer la fausseté.

III. Les miracles peuvent-ils servir à confirmer une doctrine, et à prouver la divinité d'une religion? L'on n'en avait pas douté avant qu'il y eût des déistes; et il a fallu, de leur part, un travers singulier d'esprit pour soutenir le contraire. [Voy. Duvoisin, Démonstrations évangéliques, publiées par M. l'abbé Migne : Notions sur les miracles , tom. XIII, col. 7G3.1

En effet , puisque c'est Dieu , qui, par sa toute-puissance, a réglé le cours de la nature, a établi l'ordre physique du monde tel qu'il est, lui seul a le pouvoir de le suspendre, d'y déroger, même pour un instant, d'arrêter 1 "effet de la moindre des lois dont il est l'autour. 11 n'a certainement donné à aucune créature la puissance de déranger son ouvrage, de troubler la tranquilité des hommes pour l'utilité desquels Dieu a fait les choses telles qu'elles .sont. Vu la conliance que les hommes ont eue de tout temps à la constance de la marche de l'univers, et l'élonnement que leur ont toujours causé les miracles vrais ou apparents, leur sort, pour ce monde et pour l'autre, serait «i la discrétion des mauvais esprits ou des imposteurs auxquels Dieu aurait donné le pouvoir d'opérer des prodiges supérieurs aux forces de la nature; sa sagesse et sa bonté s'y opposent. Aussi s'en est-il expliqué lui-même très-clairement; après avoir l'ait souvenir les Hébreux des prodiges qu'il a opérés en leur faveur, il leur dit : Voyez par là que je suis le seul Dieu, et gu'il ny en a point d'autre que moi (Deut. xxxn, 39). Le psalmisle répète souvent que Dieu seul fait des miracles ( Psalm. lxxi , 18; cxxxv, k, etc). Ezéchias, en lui demandant une délivrance miraculeuse, lui dit : « Sauvez-nous, Seigneur, afin que tous les peuples de la terre connaissent que vous êtes le seul souverain Maître de l'univers (Isai. xxxvir, 20). » Lorsque Moïse lui demande comment

il pourra convaincre les Hébreux de sa mission, Dieu lui donne le pouvoir d'opérer des miracles, et lui dit : Va, je serai dans ta bouche, et je l'enseignerai ce qu'il faudra dire (Exod. iv, 1, 12). Moïse obéit, et c'est à la vue de ces miracles que les Israélites croient à sa mission, et que le roi d'Egypte est forcé enfin de se rendre. Dieu donnait-il h son envoyé de fausses lettres de créance, des signes équivoques , et qui pouvaient être contrefaits par des imposteurs? 11 dit qu'il exercera ses jugements sur l'Egypte, afin que les Egyptiens sachent qu'il est le Seigneur (Exod. vu, 5). Comment auraient-ils pu le savoir, si des magiciens avaient pu faire les mômes miracles que Moïse? C'est aussi à la vue du premier des miracles de Jésus- Christ que ses disciples crurent en lui (Joan. ii, 11). Lorsque Jean-Baptiste lui envoya deux de ses disciples pour lui demander : « Etes-vous celui qui doit venir, ou faut-il en attendre un autre? » Jésus opéra plusieurs guérisons miraculeuses en leur présence, et répondit : Allez dire à Jean ce que vous avez vu (Luc. vu, 19). Souvent il a dit aux Juifs : Les œuvres que je fais au nom de mon Père rendent témoignage de moi. Si vous ne voulez pas me croire, croyez à mes œuvres (Joan. x, 25, 38); et en parlant des incrédules, il dit : Si je n'avais pas fait parmi eux des œuvres qu'aucun autre n'a faites, ils ne seraient pas coupables (xv, 24). Au moment de quitter ses aj ôtres, il leur donne le pouvoir d'opérer des miracles pour prouver leur mission (Marc, xvi , 15 et suiv.). Devait-on s'arrêter à cette preuve, si des magiciens , des imposteurs, des faux prophètes, étaient capables d'en faire?

Saint Pierre déclare que Jésus-Christ est le Fils de Dieu , qu'il est ressuscité , qu'il faut croiie en lui pour être sauvé, que lui et ses collègues en sont des témoins fidèles; et il le prouve par le miracle qu'il venait d'opérer, en guérissant un homme impotent depuis sa naissance (Act. m, 13 et suiv.). Saint Paul dit qu'il a fondé sa prédication, non sur les raisonnements de la sagesse humaine, mais sur les dons du Saint-Esprit et sur une puissance surnaturelle (/ Cor. n, 4); que les signes de son apostolit ont été les prodiges et les miracles qu'il a opérés (Il Cor. xii, 12). 11 était donc bien sûr que ces signes ne pouvaient être imités par de faux apôtres. Les incrédules ont donc tort d'avancer que quand même les miracles prouveraient qu'un homme est envoyé de Dieu , ils ne prouveraient pas que cet homme est infaillible ni impeccable. Dès que Dieu a envoyé un homme pour annoncer de sa part une doctrine , et porter des lois, et qu'il lui a donné pour lettres de créance le pouvoir de faire des miracles, nous soutenons que la justice, la sagesse, la bonté divine, sont intéressées à ne pas permettre que cet homme se trompe ou veuille tromper les autres , en leur enseignant une doctrine fausse, ou en leur prescrivant de mauvaises lois. Autrement Dieu tendrait aux nations un piège d'erreur inévitable , et les mettrait dans la nécessité de

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se livrer à un imposteur. En qud sens pourrait-il dire qu'il est la vérité même , fidèle, ennemi de 1 iniquité , juste et droit (Deut. xxxii, 4); qu'il est incapable de mentir et fie tromper comme les hommes (Num. xxm, 19); qu'il est vrai dans toutes ses paroles, et saint dans toutes ses œuvres (Ps. cxliv, 13, etc.) ?

Non-seulement Dieu avait promis à son peuple de lui envoyer des prophètes, mais il avait dit : Si quelqu'un ri écoute pas un prophète qui parlera en mon nom , j'en serai le vengeur; mais si un prophète parle faussement de ma part, ou au nom des dieux étrangers, il sera mis à mort (Deut. xvm, 19). Continuellement il reproche aux Juifs qu'ils n'écoutent pas ses prophètes , et il menace de les punir. Cette incrédulité , cependant , aurait été très-juste de la part des Juifs, s'il avait été possible qu'un prophète fit des miracles pour prouver une mission fausse. Dieu a-t-il pu menacer de les punir d'une juste défiance, et pour avoir suivi les règles de la prudence humaine? Mais, répliquent les déistes, il y a dans l'Ecriture sainte d'autres passages qui semblent opposés à ceux-là et qui enseignent le contraire. 11 est dit que les magiciens de Pharaon imitèrent les miracles de Moïse, fécerunt similiter (Exod. , vu, 11, 22, etc.). Moïse défend aux Juifs d'écouter un faux prophète, quand môme il ferait des miracles [Deut. xm , 1). Dieu permet à l'esprit de mensonge de se placer dans la bouche des prophètes (111 Reg. xxii, 22). II lui permet d'affliger Job par des fléaux qui sont de vrais miracles (Job , i , 12). 11 dit : Lorsqu'un prophète se trompera et parlera faussement, c'est moi qui l'ai trompé ; je mettrai la main sur lui, et je l'exterminerai (Ezech. xiv, 9). Jésus-Christ prédit qu'il viendra de faux christs et de faux prophètes , qui feront de grands prodiges et des miracles capables de tromper même les élus (Mat th. xxiv, 2i). Saint Paul prédit la même chose de l'Antéchrist (Il Thcss. ii , 9). Il défend d'écouter même un ange du ciel qui annoncerait un autre Evangile que le sien (Galat. i, 8). Les prodiges et les miracles ne prouvent donc rien; c'est plutôt un piège d'erreur qu'un signe de vérité. Qu'importe qu'un miracle soit vrai ou faux, réel ou apparent, si ceux qui en sont témoins sont dans l'impossibilité de distinguer l'un de l'autre ?

Réponse. Nous soutenons qu'aucun de ces passages ne prouve le contraire de ceux que nous avons cités. 1° A l'article Magie , § 2, nous avons fait voir que les magiciens d'Egypte ne firent que des tours de souplesse; qu ils n'imitèrent que très-imparfaitement les miracles de Moïse, qu'il était très-aisé de distinguer, dans cette occasion , l'opération divine d'avec les prestiges de l'art; ainsi, lorsque l'histoire sainte dit qu'ils firent de même, cela ne signifie pas une imitation parfaite et à laquelle on pût être innocemment trompé. — 2° Moïse n'a jamais supposé qu'un faux prophète pût faire des miracles; il dit : « S'il s'élève au milieu de vous un prophète ou un homme qui dise qu'il a eu un songe. et qui prédise un signe ou un phénomène;

Si ce qu'il a prédit arrive, et qu'il vous dise, Allons adorer les dieux étrangers, vous n'é' coûterez point ce prophète ou ce rêveur, parce que c'est le Seigneur votre Dieu qui vous éprouve, afin que l'on voie si vous l'aimez ou non de tout votre cœur et de toute votre âme. Ce prophète ou ce conteur de songes sera mis a mort. » Annoncer un phénomène naturel qui arrive, ce n'est pas faire un miracle. Moïse prévient ici les Israélites contre la stupidité des idolâtres , qui ado> raient les astres, et qui prenaient les phénomènes du ciel pour des signes de la faveur ou de la colère de ces prétendues divinités (Deut. iv, 19). — 3° Il est évident que ce qui est dit d s faux prophètes (/// Reg. xxii, 22), est une expression figurée très-commune en hébreu; l'esprit menteur n'est point un personnage ou un démon, mais l'esprit menteur du prophète lui-môme. Lorsque l'auteur sacré ajoute que c'est Dieu qui a mis cet esprit dans la bouche des prophètes d'Achab , cela signifie seulement que Dieu a permis qu'ils se trompassent et voulussent tromper, et qu'il ne les a pas empêchés. C'est un hébraïsme qui a été remarqué par tous les commentateurs , Glassius , Philolog. sacra, col. 8H, 871 , etc. Nous avons donné des exemples de cette manière de parler en français à l'article HÉBRAisME,n.ll. Voy. Permission.— k" Le sens est le même dans Ezéchiel, c. xiv, v. 9, où il est dit que Dieu a trompé un faux prophète, et qu'il le punira; pourrait-il justement punir un homme qu'il aurait trompé lui-même ? C. xm, v. 3, on lit : « Malheur aux prophètes insensés qui suivent leur propre esprit , et ne voient rien. >» Leur propre esprit n'est donc pas celui de Dieu. — 5" Les fléaux dont Job fut affligé furent des miracles , sans doute ; mais rien ne nous force de les attribuer h l'opération immédiate du démon , plutôt qu'à celle de Dieu, ni de prendre à la lettre ce nui est dit de Satan : le sentiment des Pères de l'Eglise et des commentateurs n'est pas uniforme sur ce point. Voy. 1a Synopse des critiques (Job, i, 6). Quand on le prendrait à la lettre, il s'ensuivrait toujours que le démon ne peut pas faire une chose contraire au cours ordinaire de la nature sans une permission expresse de Dieu ; et il n'y avait aucun danger que les hommes fussent trompés à cetto occasion. Job lui-môme dit que c'est Dieu qui lui a ôté ses biens, v. 21 ; ce n'était donc pas le démon. — 6° Jésus-Christ ne dit point que les christs feront des miracles, mais qu'ils donneront ou qu'ils montreront des signes et de grands prodiges. On sait en effet qu'avant la ruine de Jérusalem il arriva des phénomènes singuliers dans le ciel et sur la terre, Josèpbe les rapporte : ceux qui se donnaient faussement pour le Messie purent abuser de ces prodiges , et les donna comme autant de signes de leur mission : ce sens est confirmé par l'histoire. Voy. la Synopse ( Matth. xxiv, 2i). En second lieu, Jésus-Christ ne dit point absolument que les élus ou les fidèles y seront trompés, mais qu'ils le seront , si cela peut se faire , après

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avoir été prévenus et avertis, comme il les prévient en effet. Voilà pourquoi il ajoute : Je vous ai prédit ce qui doit arriver. Après un pareil avertissement , personne ne pouvait plus y être trompé que ceux qui voulaient l'être. On doit entendre <le même ce que saint Paul dit de l'anteehrist (II Thess. m, 3); si cependant il est question là de ce personnage , et non de quelqu'un des faux messies qui parurent en ce temps-là , ou de l'imposteur Alexandre , qui fit grand bruit au n1, siècle , ou enfin de quelqu'un des hérésiarques qui se vantèrent de faire des miracle*; la plupart des commentateurs convienne t que cet endroit de saint Paul n'est pas facile à expliquer. Yoy. Antéchrist. — V II serait absurde de supposer qu'un ange du ciel peut venir prêcher un faux Evang le; ce que saint Paul écrit aux Galates signifie donc seulement : « Si un faux apôtre vient vous prêcher un autre Evangile que celui que je vous ai annoncé , quand même il paraîtrait être un ange du ciel, dites-lui anatiième. » Il n'est point question là de l'apparition înraculeuse d'un ange.

A la vérité , plusieurs Pères de l'Eglise semblent avoir été persuadés que la plupart des miracles vantés par les païens avaient étéopérés par le démon; mais d'autres, dont le sentiment n'est pas moins respectable , ont pensé que ce n'étaient que des prestiges et des tours de souplesse. Voy. Magie, §2. Quand on pourrait prouver le contraire , il ne s'ensuivrait encore rien contre la vérité que nous défendons ici, savoir, qu'un homme qui se donne pour envoyé de Dieu, et qui fait des miracles pour confirmer sa doctrine, doit et peut être cru sans aucun danger d'erreur; les miracles du paganisme n'avaient pas été faits pour confirmer une doctrine.

Nous avons fait voir non-seulement que Moïse, Jésus-Christ et les apôtres ont fait des miracles, mais qu'ils les ont opérés directement pour prouver leur mission et la doctrine qu'ils annonçaient; d'où nous concluons que c'est Dieu lui-même quia autorisé cette mission et cette doctrine. Quand Dieu aurait permis que les démons tissent des miracles pour contenter la curiosité , ou pour satisfaire les autres passions de leurs aJorateurs, il ne s'ensuivrait pas encore que ces prodiges ont été opérés directement pour confirmer la religion des païens ; le paganisme était établi longlemps avant que ues imposteurs entreprissent de faire des miracles pour nourrir la superstition des païens. Voy. Polythéisme, Idolâtrie.

On ne prouvera jamais que Dieu ait été obligé d'ôter du monde tous les pièges et tous les moyens de séduction auxquels les hommes se sont volontairement livrés; mais il ne pouvait , sans déroger à sa sainteté, donner à des imposteurs ou à des fanatiques le pouvoir d'interrompre le cours de la nature, pour établir une nouvelle religion fausse à la place du paganisme.

Il n'est pas croyable , disent encore les déistes, que Dieu ait fait des miracles pour une nation plutôt que pour une autre; pour

les Juifs , et non pour les Egyptiens ou les Assyriens , pour les sujets do l'empire romain, et non pour les Indiens ou pour les Chinois. Il peut, sans miracle, éclairer et convertir tous les peuples, et leur intimer telle doctrine ou telles lois qu'il juge à propos.

Réponse. Cette objection renferme presque autant d'absurdités qu'il y a de mots. 1° Il est absolument faux que Dieu ne puisse accorder à une nation, à une famille, ou à un homme , un bienfait , soit dans l'ordre naturel , soit dans l'ordre surnaturel , sans l'accorder de même à tous les peuples ou à tous les hommes. Nous avons démontré le contraire au mot Inégalité. — 2° Les déistes supposent toujours que Dieu a fait des miracles pour les Juifs seuls, pendant que l'Ecriture sainte enseigne formellement le contraire. En parlant des piaics de l'Egypte, Dieu dit qu'il exercera ses jugements sur ce royaume , afin que les Egyptiens sachent qu'il est le Seigneur (Exod. vu, 5). Moïse avertit les Israélites que Dieu les rendra plus illustres que les autres nations qu'il a faites pour sa louange , pour son nom et pour sa gloire (Dcut. xxvi, 19). L'auteur du livre de la Sagesse nous fait remarquer que Dieu , qui aurait pu exterminer d'un seul coup les Egyptiens et les Clvinanéens, les a punis lentement et par divers fléaux, afin de leur laisser le temps défaire pénitence et de désarmer sa colère; il conclut par ces paroles : « Vous épargnez tous les pécheurs, Seigneur, parce que tous sont à vous, et que vous aimez leurs âmes (Sap. xi et xnj. » Dieu dit aux Juifs qu'il a exécuté ce qu'.l avait promis de faire en leur faveur, non à cause de leurs mérites , mais afin que son nom ne fût pas blasphémé chez les nations (Ezech. xx, 9, 14, 22). Le Psalmiste demande la continuation des bienfaits de Dieu sur son peuple, et ajoute: «Non pas pour nous, Seigneur; mais rendez gloire à votre nom par votre miséricorde et par votre fidélité à remplirvos promesses, afin que les nations ne disent pas, Où est leur Dieu (Ps. cxm) ? Le Seigneur dit qu'il délivrera son peuple de la captivité à la face des Babyloniens et des Chaldéens , pour sa propre gloire, et afin qu'il ne soit pas blasphémé (Isai. xlvui, 11). il déclare qu'il punira les Sidoniens par le même motif, et afin qu'ils sachent qu'il est le Seigneur (Ezech. xxvui, 22). Tous ces passages et beaucoup d'autres démontrent que Dieu n'a point perdu de vue le salut des peuples infidèles, et qu'il a fait des grâces à tous. Voy. Infidèles. — 3" Conclure de là que Dieu a donc dû suscit r chez tous les peuples du inonde un Moïse , leur donner une révélation , une législation , une religion comme aux Juifs, et par les mômes moyens, c'est un trait de folio. Savons-nous ce que Dieu a fait pour chaque peuple en particulier, et jusqu'à quel point tous ont résisté aux leçons qu'il leur a faites , et aux secours qu'il îeur a donnés ? 11 est encore plus absurde de prétendre que Jésus-Christ devait donc naître, faire des miracles, mourir et ressus-

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