‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 99 sur 228 · MES 73S · texte numérisé non relu

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bien senti leur tort, que leurs docteurs ont prononcé une malédiction contre ceux qui supputeront le temps de l'arrivée du Messie. Gémare, TU. Sanhedr.. c. 11.

IL Cest en Jésus-Christ et non dans aucun autre, que les prophéties qui concernent le Messie ont été accomplies. Outre les prédictions des prophètes que nous venons de citer, et par lesquelles le temps auquel le Messie a dû venir est clairement marqué, il en est d'autres qui lui attribuent certains caractères qui ne peuvent convenir qu'à lui; si nous pouvons faire voir que ces caractères ont été rassemblés dans Jés s-Christ, il en résultera que c'est lui qui a été le vrai Messie, et que les Juifs sont coupables d • ne pas le reconnaître pour tel. En premier lieu, un des principaux privilèges que les prophètes ont attribué au Messie, est qu'il devait naître d'une vierge ; les anciens docteurs juifs l'ont expressément avoué; ils l'ont conclu de la prophétie d'Isaïe, c. vu, v. 14, où il est dit : « Une vierge concevra et enfantera un Fils qui sera nommé Emmanuel, Dieu avec nous, » et de quelques autres prophéties qu'ils ont expliquées d ins un sens mystique pour les faiie cadrer avec celle-là. Yoy. Gala tin, 1. vu, c. 14 et 15. Ainsi les rabbins, qui soutiennent que cette prédiction ne regarde pas le Messie, mais le fds d'Isaïe, s'écartent non-seulement du vrai sens de la prophétie, mais encore du sentiment de leurs anciens maîtres; nous les avons réfutés au mot Emmanuel. Or, 'Jésus-Christ est né d'une vierge ; les apôtres et les évangélistes l'ont ainsi publié, et aucun de ceux qui se sont donnés pour Messie n'a osé s'attribuer le môme privilège. Si c'était une imposture, Dieu n'aurait pas pu permettre qu'elle fût confirmée par les miracles, par les vertus, par la sainteté de la doctrine de Jésus-Christ, et par la révolution qu'elle a causée dans le monde. Les calomnies par lesquelles les Juifs et les incrédules ont cherché à rendre suspecte la naissance de ce divin Sauveur, sont assez réfutées par leur absurdité môme. Nous convenons que cette naissance miraculeuse n'était pas un signe extérieur et sensible par lequel le Mc.-sie pût être reconnu, puisqu'elle ne pouvait être prouvée que par la suite des événements; mais c'était une circonstance nécessaire, puisqu'elle était prédite. Les Juifs ne peuvent pas en raisonner autrement par rapport auMessie qu'ils attendent. Le même prophète le nomme Emmanuel, Dieu avec nous, le Dieu fort, le Père du siècle futur, c. ix, v. 6. Or Jésus-Christ s'est donné constamment la qualité de Fils de Dieu, égal à son Père. Les Juifs qui le lui ont reproché comme un blasphème, et qui l'ont condamné à mort pour ce sujet, ceux d'aujourd'hui qui concluent de là qu'il n'est pas le Messie, puisqu'il a usurpé la divinité, sont contredits par les plus célèbres de leurs docteursqui ont enseigné que le JUVss/e serait Dieu dans toute la signification du nom Jéhovah. Yoy. Galatin, I. ni, c. 9 et su v.

En second lieu, suivant les prophéties, le Messie doit être législateur, établir une loi

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nouvelle (Deut. xvm, v. 151. Moïse promet aux Juifs un prophète semblable à lui ; pour lui ressembler, il faut être législateur comme lui. lsaïe parlant du Messie, c. xlii, v. 4, dit que les îles, ou les pays les plus éloignés, attendront sa loi. La prophétie de Jacob annonce la môme chose, lorsqu'elle dit que le Messie rassemblera les peuples, ou que les peuples lui seront soumis (G en. xl, v. 10). Jérémie le confirme (c. xxm, v. 5), lorsqu'il promet un roi descendant de David, qui fera régner sur la terre l'équité et la justice. Les Juifs ne peuvent contester à Jésus-Christ l'avantage d'avoir établi une loi nouvelle, sous laquelle il a rangé une grande partie des peuples du monue. Le même prophète, c. xxxi, v. 31, prédit qu3 Dieu fera avec les Juifs une nouvelle alliance différente de celle qu'il a faite avec leurs pères après leur sortie de l'Egyi te ; qu'il écrira sa loi dans leur esprit et dans leur cœur; qu'il se fera connaître à tous, et qu'il pardonnera leurs péchés. Leurs anciens docteurs ont entendu cette prédiction de l'alliance que Dieu voulait f.iire avec son peuple sous le règne du Messie; c'est pour cela que Malachie, c. m, v. 1, le nomme l'Ange de V alliance. Jésus-Christ a rempli toute l'énergie de ce nom et de cette promesse, puisqu'il a fait connaître Dieu et sa loi aux nations plongées dans l'infidélité, qu'il a pardonné les péchés, et a donné à ses envoyés le pouvoir de les remettre. Suivant le psaume cix , v. k, il devait être prêtre selon l'ordre de Mclchisédech; et suivant Malachie, c. i, v. 11, et c. m, v. 3, Dieu a déclaré qu'il établirait de nouveaux sacrifices et un nouveau sacerdoce. Jésus-Christ a vérifié toutes ces prédictions; non-seulement il s'est offert lui-môme en sacrifice sur la croix, mais il a ordonné à ses disciples de renouveler sur les autels ce sacrifice, sous les symboles du pain et du vin, conformément à celui qui tut offert par Mclchisédech. Par un trait singulier d'aveuglement, les Juifs ne veulent pas reconnaître Jésus-Christ pour Messie, parce qu'il a établi une nouvelle loi au lieu de confirmer l'ancienne, parce qu'il n'a pas obligé ses disciples à observer les cérémonies et les sacrifices ordonnés par Moïse, parce qu'il n'a pas fondé dans la Judée un royaume temporel ; c'est comme s'ils lui faisaient un crime d'avoir accompli trop exactement les anciens oracles. VoiJ. LOIS CÉRÉMONIELLES.

En troisième lieu, il était prédit que le Messie serait rejeté par son peuple, serait mis à mort et ressusciterait. En comparant ie lui' chapitre d'Isaïe avec l'histoire que les évangélistes ont faite des opprobres, des souffrances, de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ, il semble que le prophète ait fait la narration d'un événement passé, plutôt que la prédiction de ce qui devait arriver sept cents ans après lui. Voy. Passion de Jésls-Christ. Les Juifs, embarrassés par cette prophét'e, n'ont pas | u s'accorder sur les moyens d'en détou;ncr le sens. Les uns ont dit qu'elle ne regarde pas le Messie, que

c'est un tableau des souffrances actuelles de la nation juive; mais il est évident que Je texte parle d'un personnage particulier et non d'un peuple entier. Les autres ont imaginé qu'il doit y avoir deux Messies, l'un pauvre, humilié et souffrant; l'autre, fils de David, glorieux, conquérant, libérateur de sa nation; ils ont ajouté que Jésus pouvait être le premier, mais qu'il n'est sûrement pas le second. C'est reconnaître assez clairement que leur prétendu Messie, glorieux et conquérant, n'est qu'une chimère contraire aux prédictions des prophètes. Galatin, 1. vm, ch. ix et suiv., a fait voir que la paraphrase chaldaïque de Jonathan et l'explication des anciens docteurs juifs sont parfaitement conformes à la manière dont nous entendons le chapitre lui d'Isaïe et les autres prédictions qui annoncent les souffrances du Messie. Dieu a-t-il pu permettre que Jésus- Christ réunit dans sa personne celte multitude de caractères frappants, singuliers, décisifs, qui devaient rendre le Messie reconnaissable, s'il n'était pas réellement le personnage désigné par les prophètes? 11 aurait tendu aux hommes un piège inévitable d'erreurs. Lorsque les Juifs disent que si Jésus ava't été le Messie, il n'aurait pas été possible à leurs pères de le méconnaître, de le rejeter et de le crucifier, ils argumentent contre leurs propres oracles qui ont prédit cet aveuglement étonnant de la nation juive, et ils nous montrent eux-mêmes une incrédulité aussi surprenante que celle de leurs pères.

Mais ce n'est pas assez, disent-ils, que Jésus ait accompli un certain nombre de prophéties; il devait les accomplir toutes sans exception; or, il y en a un grand nombre qu'il n'a pas vérifiées.

1° Il est dit dans lsaïe, c. n, v. 2, que dans les derniers jours , ou à la fin des temps, la montagne de la maison du Seigneur sera élevée sur toutes les autres, que toutes les nations s'y assembleront , qu'elles changeront leurs armes guerrières en instruments de labourage, qu'il n'y aura plus de guerres, mais une paix perpétuelle. Rien de tout cela n'est encore arrivé.

Réponse. Il faudrait savoir d'abord ce que les Juifs entendent par les derniers jours ; si c'est la fin du monde, comment s'accompliront les événements annoncés par celte prophétie ? Il est clair que cette expression ne désigne aucune époque précise , ma s en général le temps que Dieu a marqué pour exécuter ses desseins. Or, à la venue de Jésus-Christ, cette prophétie a été suffisamment accomplie : la montagne du Seigneur , Jérusalem et son temple, so::t devenus {lus célèbres que jamais chez toutes les nations ; c'est là que le Saint-Esprit est descendu sur les apôtres, et que s'est formée l'Eglise de Jésus-Christ ; c'est de là que la parole du Seigneur et la loi nouvelle sont parties, selon l'expression du prophète; c'est là que le Messie a commencé à rassembler toutes k s nations et a formé un nouveau peuple. Nonseulement il régnait pour lors une paix profonde dans l'empire romain, mais PE-

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vangilo a fait cesser la division et l'inimitié qui régnait entre les juifs et les païens, entre les divers peuples qui l'ont embrassé. Si cette paix n'a pas été plus prompte et plus étendue, c'est, en grande partie, la faute des juifs incrédules. Il y a de l'entêtement à prendre à la rigueur tous les termes des prophéties, et à vouloir que des expressions métaphoriques soient vérifiées à la lettre. Ce n'est donc pas la peine de réfuter les juifs, lorsqu'ils objectant que, selon lsaïe , c. xi, v. 6, sous le règne du Messie, le loup vivra avec l'agneau, et le léopard avec le chevreau, que le veau, le lion et la brebis paîtront ensemble, etc. En lisant attentivement ce chapitre, on voit qu'il signifie seulement que la doctrine et les lois du Messie rendront les hommes plus paisibles et plus sociables qu'ils n'étaient auparavant.

2° Dieu, dans le Deulcronome, c. xxx, v.3, a promis de rassembler les Juifs dans leur terre natale, quand même il les aurait dispersés aux. extrémités du monde. Or, cela ne s'est pas fait après la captivité de Babylone; il n'en revint que la tribu de Juda, et une partie de celle de Benjamin et de celle de Lévi ; donc il faut que ce'a s'exécute sous !e règne du Messie, quand il viendra : il doit racheter, sauver et rassembler les Juifs, les faire jouir d'une prospérité et d'un bonheur constant ( haï. xxxv, 4, etc. ). Non-seulement Jésus n'a pas rempli ces grandes promesses ; mais on suppose que, loin de sauver les Juifs , il les a réprouvés , et leur a préféré les païens pour en composer son Eglise.

Réponse. Les promesses du Deutéronome sont évidemment limitées et conditionnelles ; Dieu promet de rassembler les Juifs, lorsque, repentants de tout leur cœur, ils retourneront à lui et obéiront à ses ordres ; le texte est formel. Si la plus grande partie des Juifs transportés h Babylone n'ont été ni repentants ni obéissants, s'ils ont préféré la terre étrangère dans laquelle ils s'étaient établis, à celle dans laquelle ils étaient nés, peut-on reprocher à Dieu de n'avoir pas exécuté ses promesses ? L'édit de Cyrus, qui mit fin a la captivité de Babylone, laissait à tous les Juifs, sans exception, la liberté de retourner dans la Judée ( Esdras, i, 3 ). 11 est dit que tous ceux à qui Dieu inspira de la bonne volonté en prohtèrent (lbid., 5 ) : conséqueniment Esdras ajoute que tout Israël, de retour de la captivité, hibita dans les villes qui lui appartenaient ( n, 70 ). Que fallait-il de plus ■pour accomplir les promesses de Dieu? Il n'est donc pas vrai que la dispersion et l'exil, dans lequel sont aujourd'hui les Juifs, soient une s.ite et une continuation de la captivité de Babylone, comme les rabbins le soutiennent. Parla même raison le Messie -à sauvé et rassemblé les Juifs autant qu'il le devait, puisqu'il leur a offert le salut et leur en a fourni les moyens ; il est absurde de prétendre que Dieu doit sauver ceux qui ne le veulent pas et qui résistent opiniâtrement aux bienfaitsqu'il leur offre; qu'aujourd'hui leMessïedoit convertir, malgré eux, les Juifs obstinés et rebelles.

3° Suivant les prophéties , disent-ils, le

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Messie doit être un fils de David, qui régnera éternellement dans la Judée ( Ezcch. xxxvn, 1\ et suiv. ) ; Gog et Magog, deux nations puissantes, doivent être vaincues et détruites par les Juifs, c. xxxvm et xxxix. Le troisième temple doit être rebâti: Ezéchiel en donne le plan et les dimensions, c. xl et suiv. Le Messie doit avoir une postérité nombreuse, et régner sur toute la terre (Isaï. lui, 10 , etc.). Bien de tout cela ne peut être appliqué à Jésus. Réponse. Ce n'est pas assez de citer des prophéties et de leur donner un sens arbitraire, il faut encore les concilier, ou du moins ne pas les mettre en contradiction. Nous demandons comment un règne temporel peut être éternel sur la terre, et si les Juifs, devenus sujets de leur prétendu Messie, ne seront plus exposés à la mort; comment les guerres, les victoires, le carnage des peuples, peuvent s'accorder avec le caractère pacifique que les prophètes attribuent au Messie, et avec cette paix profonde qui, selon les Juifs mêmes, doit régner sur toute la terre ; comment un règne glorieux et heureux peut être compatible avec les opprobres, les souffrances, la mort que le Messie doit subir, etc. ? Mais les Juifs n'y regardent pas de si près. Ce n'est point à nous de décider qu< ls sont les peuples nommés Gog et Magog; les Juifs prétendent que ce sont les Turcs et les chrétiens, et ils se félicitent d'avance du pla sir de les exterminer sous leur Messie futur; les interprètes s jnt très-peu d'accord sur ce sujet. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'Ezéch el, qui prophétisait pendant la captivité de Babylone, parle évidemment des événem nts qui devaient la suivre de près, et auxquels les Juifs de son temps devaient avoir part. Il n'est point questiondans ce prophète ni ailleurs d'un troisième temple, mais du second qui fut bâti sous Zorobabel ; il est évident que ce qu'il dit des dimensions du temple est allégorique;c'est une absurdité de lapait des Juifs d'imaginer qu'Ezéchiel , Aggée et Zacbarie n'ont rien dit du temple qui allait être bâti, et qu'ils ont parlé d'un troisième, qui, après deux mille ans, n'est pas encore commencé. Si les dimensions et lu plan qu'Ezéchiel a tracés n'ont pas été exactement suivis, il faut s'en prendre aux Juifs auxquels le prophète Aggée a vivement reproché leur négligence et leur peu décourage, c. i, v. 2. Ils n'ont pas mieux exécuté ce que le prophète leur prescrit sur le partage de la terre sainte, sur la portion qu ils doivent réserver pour les étrangers, etc. ; ils trouvent commode de réserver pour le règne du Messie tout ce que leurs pères ont négligé de faire conformément aux exhortations des prophètes, et ils prennent ces exhortations pour des prédictions qui ne sont pas encore accomplies. La postérité du Messie, ce sont les peuples qu'il a instruits, corrigés, rendus plus socia blés, et dont il a composé son Eglise ; il ne lui convenait pas d'avoir une autre famille. 11 est étonnant que les Juifs, après avoir prétendu que le lui* chapitre dTsaïe ne doit pas s'entendre du Messie, se servent de ce même chapitre pour prouver qu'il a dû avoir une longue postérité; on ne peut p&s

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lui appliquer les derniers versets sans lui appliquer aussi les prenne: s, el pour lors il faut nécessairement admettre les opprobres, les souffrances, la mort et la lésurrection du Messie; événements qui ne s'accordent guère avec l'idée que les Juifs se forment de son règne. Telles sont cependant les absurdités et les contradictions que plusieurs incrédules modernes n'ont pas dédaigné de copier, pour attaquer lune des preuves du christianisme.

III. Nous croyons fermement que la preuve tirée des prophéties est évidente pour tout homme raisonnable ; elle devrait l'être surtout pour les Juifs dépositaires de ces prophéties. Voilà pourquoi les apôtres, lorsqu'ils prêchent Jésus-Christ aux Juifs, commencent par prouver qu'en lui ont été accomplies toutes les prophéties. Cependant, comme la force de cet'e preuve dépend de la comparaison qu'il faut faire des différentes prédictions des prophètes, cette discussion n'était pas à la portée des ignorants ; elle ne pouvait faire impression que sur les Juifs instruits, et qui étaient d'assez bonne foi pour s'en tenir à la tradition de leurs anciens docteurs. Le joug de la domination romaine, que les Juifs ne portaient qu'avec la plus grande répugnance, avait tourné les esprits vers les prophéties qui semblaient leur promettre un libérateur temporel ; et le sadducéisme qu'avaient embrassé plusieurs membres de la synagogue, les rendait peu sensibles aux bienfaits spirituels que le Messie était venu répandre sur les hommes. Des esprits ainsi disposés n'étaient pas fort propres à saisir le vrai sens des piophéties ; et comme les calamités de la nation juive augmentèrent encore dans la suite, il n'est pas étonnant que le sens le plus grossier soit devenu une tradition chez les Juifs modernes. D'autre part, les païens qui ne connaissaient pas les livres, la croyance ni les espérances des Juifs, avaient besoin d'une preuve plus à leur portée que les prophéties. Les miracles de Jésus-Christ et des apôtres devaient donc faire, sur les uns et sur les autres, une impression plus vive et plus efficace. Les Juifs n'ont jamais osé nier absolument les miracles de - Jésus-Christ ; les uns ont dit qu'il les avait opérés par Je secours de la magie, les autres, par la prononciation du nom ineffable de Dieu ; quelques-uns ont soutenu que Dieu pouvait donner à un imposteur ou à un faux prophète le pouvoir de faire des miracles. Mais le caractère de magicien est incompatible avec la sainteté de la doctrine du Sauveur ; il a déclaré qu'au lieu d'avoir de la collusion avec le démon, il était venu pour le vaincre et le dépouiller ( Luc. xi, 15 ). C'est blasphémer contre Dieu et sa providence, de supposer qu'il peut donner à un imposteur le pouvoir de faire des miracles, ou en prononçant son nom ou autrement. Les magiciens et les imposteurs ont-ils jamais opéré des guérisons et des miracles pour instruire., pour corriger , pour sanctifier les hommes 't Lorsque Dieu envoya Moïse pour annoncer aux Juifs ses volontés et ses lois, il lui

donna pour lettres de créance le pouvoir d'opérer des miracles, et Moïse n'eut point d'autres preuves à donner de sa mission. Les Juifs conviendront-ils que Moïse, quoique doué d'un pouvoir surnaturel, pouvait cependant être un imposteur? Quelle preuve peuvent-ils apporter de la réalité et de la divinité des miracles de Moïse, que nous ne puissions appliquer à ceux do Jésus-Christ? Il y a plus : les anciens docteurs juifs sont convenus que le Messie doit fa;re de* miracles semblables à ceux de Moïse. De quoi serviraient-ils, si cette preuve n'était d'aucune force pour constater son caractère et sa mission ? Quelques-uns même ont avoué dans le Talmud qu'il s'était fait des miracles au nom de Jésus-Christ par ses disciples. Galatin,!. vm, ch. 5 et 7. Dieu a-t-il pu permettre qu'l so fit des miracles au nom d'un faux Messie?

Un second caractère, que les Juifs ne peuvent contester à Jésus-Christ, est la sainteté de sa doctrine et la pureté de ses mœurs; double avai.tage qu'aucun imposteur n'a jamais réuni dans sa personne. On a souvent défié les Jufs de montrer dans l'Evangilo une seule maxime capable de porter les hommes au crime ou d'affaiblir en eux l'amour de la vertu, et dans la conduite du Sauveur une action justement condamnable. Les seuls reproches que les Juifs lui aient faits, ont été de ce qu'il s'attribuait la qualité de Fils de Dieu et les ho: neurs de la Div nité,dece qu'il violait le sabbat et d'autres lois cérémonielles, de ce qu'il attaquait Jes traditions et la morale des pharisiens. Or, nous avons fait voir que dans tout cela il remplissait, selon les prophètes, les fonctions essentielles de Messie, de législateur, de maître, de réformateur de son peuple ; qu'il était véritablement Emmanuel, Dieu avec nous ; que c'était à lui de montrer aux docteuis juifs le vrai sens des Ecritures et de la loi de Dieu, qu'ils entendaient fort mal. En faisant voir que le culte le plus agréable à Dieu consistait dans les veitus intérieures et non dans les cérémonies, il ne faisait que répéter les leçons des prophètes ; on ne peut entendre, sans étonneinent, les rabbins modernes soutenir que le culte extérieur est plus parfait et d'un plus grand nu rite quele culte intérieur.

Un troisième signe auquel les Juifs auraient dû reconnaître dans Jésus-Christ le Messie promis a leurs pères, est la conversion des païens opérée par sa doctrine. Ils ne peuvent nier que ce prodige n'ait dû arriver à l'avénement du Messie ; les prophètes l'ont annoncé trop clairement (Jsai. n, 3 et 18; xix, 21;xlix, 6; Zach.u, 11, etc.). C'était une tradition constante chez les Juifs, Galalin, 1. ix, c. 1:2 et suiv. , et ils ont été témoins de l'évé nement. Quand même ils ne l'auraient pas prédit, la preuve ne serait pas moins invincible. Dieu a-t-il pu se servir d'un imposteur, d'un faux Messie, pour opérer cette grande révolution, pour amener les nations idolâtres à la connaissance de son nom? Malgré l'entêtement des Juifs, ils sont forcés d'avouer que les chrétiens adorent, aussi bien qu'eux, le vrai Dieu, le Créateur du ciel et

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de la terre, le Dieu d'Abraham, dTsaac et de Jacob ; qu'ils ont les mômes articles de foi, les mômes règles essentielles de morale, les mômes espérances. Sont-ce des missionnaires juifs qui ont converti le monde? C'est l'ouvrage des apôtres de Jésus-Christ. Si les Juifs sont toujours le peuple chéri du Seigneur, comment a-t-il permis que des hommes qui, selon l'opinion des Juifs, sont des déserteurs du judaïsme et des apostats, fussent les auteurs d'une si heureuse révolution et servissent à éclairer toutes les nations ?

Un quatrième trait de la Providence qui démontre la mission divine de Jésus-Christ et sa qualité de Messie, est l'abandon dans lequel les Juifs sont laissés depuis qu'ils ont rejeté et mis à mort ce divin Sauveur. Us savent que telle a été l'époque à laquelle ils sont tornbésdansl'état de d.s;>ersion, d'exil, d'esclavage et d'opprobre dans lequel ils gémissent, et duquel ils n'ont pas pu se relever depuis dix-sept cents ans. A l'article Juif, § 6, nous avons fait voir que cette chute énorme est évidemment la punition du déicide qu'ils ont commis dans la personne de Jésus-Christ. Ce divin Maître le leur avait prédit plus d'une fois ; mais, loin d'être touchés de ses menaces, ils en devinrent plus furieux contre lui. Ce n'est pas la première fois que cela leur était arrivé. Fiers des promesses que Dieu avait faites à leurs pères, ils crurent pouvoir braver impunément les menaces des prophètes. C'est à ce sujet que Jérémie leur adressa, de la part de.Dieu, ces paroles terribles, c. xvïn, v. ti : « Ne suis-je donc pas autant le mailro de votre sort, qu'un potier est libre de disposer de l'argile qu'il lient entre ses mains ? Toutes les ibis (iue j'aurai menacé de punir une nation, si elle fait pénitence, je m'abstiendrai de lui faire le mal que j'avais résolu; mais aussi toutes les fois que je lui aurai promis des bienfaits et des prospérités, si elle fait le mal devant moi, et ne m'écoule pas, je la priverai des faveurs que je lui destinais. Voyez, continue le proptiète, s'il y a sous le ciel une nation qui ait fait autant de mal que vous ! Aussi Dieu a résolu de ne

f>as vous épargner. » Les Juifs furieux veuent se défaire de Jérémie ; le prophète indigné s'adresse à Dieu, et le conjure de déployer toute la rigueur de sa justice contre ce peuple rebelle, ibid., v. 20 et suiv. On sait quelles furent les suites de cette prière. Voilà précisément ce que les Juifs ont fait de nouveau à l'égard de Jésus-Christ. Irrités par ses leçons , par les reproches qu'il leur faisait de corrompre le sens des Ecritures, par la destruction dont il les menaçait, nonseulement ils résolurent sa mort, comme celle de Jérémie, mais ils exécutèrent cet abominable dessein, et jamais ils ne se sont repentis de leur forfait ; il n'est donc pas étonnant que Dieu en tire une vengeance plus terrible que de tous leurs autres crimes. Us ne peuvent rentrer en grâce avec Dieu qu'en adorant le Messie qu'ils ont crucitié. IV. Objections des Juifs, adoptées et appuyées par les incrédules. S'il fallait rapporter et réfuter toutes ces objections en particulier,

DiCTION.Y. DB TUÉOL. DOf^SATrQUE. III.

nous sei ions obligés de faire ungros volume; mais déjà nous en avons résolu et prévenu plusieurs, soit dans cet article, soit dans ceux auxquels nous avons renvoyé ; nous nous bornerons ici aux plus générales.

1° Nos adversaires disent que quand môme les Juifs se seraient trompés sur le vrai sens des prophéties, ils seraient cependant excusables; que la plupart de ces prédictions semblent annoncer plutôt un règne temporel du Messie, et nue délivrance temporelle des Juifs, qu'un règne mystique et des bienfaits spirituels; que, pour saisir les vrais caractères de ce personnage et la vérité de ses leçons, il fallait connaître des mystères dont les Juifs ne pouvaient puiser aucune notion dans leurs livres.

Réponse. Nous remarquerons d'abord que cette excuse prétendue attaque directement la sagesse et la sainteté divine, puisqu'elle suppose que Dieu n'avait pas rendu les prophéties assez claires pour prévenir l'erreur involontaire des Juifs. Us ne pouvaient s'en prévaloir eux-mêmes sans se contredire, puisqu'ils soutiennent que leurs prophéties sont assez claires pour qu'ils aient été auto; isés à rejeter les explications que Jésus- Christ leur donnait, à le punir comme ua séducteur et un faux prophète , et à refuser toute autre preuve de sa mission et de son caractère. Nous convenons que ces prophéties n'étaient pas fort claires en elles-mêmes, surtout pour les ignorants ; mais à qui appartenait-il de les expliquer ? Etait-ce aux docteurs de la synagogue, toujours prévenus, aveuglés par la vanité nationale, comme ils le sont encore aujourd'hui, et toujours prêts à s'emporter, comme leurs pères, contre tout prophète qui ne leur annonçait pas des prospérités et des bienfaits de Dieu ? N'était-ce pas plutôt an Messie, dès qu'il avait commencé par prouver sa qualité de prophète et d'envoyé de Dieu, par les miracles qu'il opérait? Toute la question se réduit à savoir si ce sont les prophéties qui doivent servir à juger les miracles de Jésus- Christ, comme les Juifs le prétendent, ou si ce sont les miracles qui devaient démontrer d'abord qu'il était le Messie, par conséquent l'interprète-né des prophéties. Or, nous soutenons qu'il fallait commencer par croire aux miracles, comme Jésus-Christ l'exigeait, et non autrement. En effet, nous délions nos adversaires d'alléguer une seule prophétie en vertu de laquelle les Juifs aient pu juger d'abord, avec une entière certitude , que tel homme était le Messie, et par laquelle on puisse le prouver encore aujourd'hui, s'il venait à paraître comme les Juifs l'attendent. Selon les prophètes, il doit être fils de David ; mais David a eu une nombreuse postérité : il s'agit de savoir quel est celui de ses descendants qui est le Messie, et aujourd'hui il serait impossible de dresser et do prouver sa généalogie. Selon les Juifs, il doit être roi dans la Judée ; pour être roi, il faut des sujets ; il n'en aura point, à moins que les Juifs ne commencent par se soumettre à lui sans motif, sans preuve, ei

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avec une confiance aveugle. S'il faut le connaître par ses victoires, il ne les remportera las sans soldats ; il y aura bien du sang ré- >andu et des innocents immolés, avant que 'on sache s'il faut lui résister ou lui obéir. Le Messie doit être né d'une vierge ; comment le saura-t-on, à moins qu'un ange envoyé du ciel, des prophètes inspirés, tels que Zacharie, Anne, Siméon, Jean-Baptiste, ou une voix céleste, ne lui rendent témoignage, comme cela s'est fait pour Jésus-Christ ? Ce sont la des miracles. Il doit être rejeté, souffrir et triompher ensuite ; mais les souffrances qu'on lui fera subirseront un crime affreux, si sa mission est prouvée d'ailleurs ; elles seraient une punition juste, s'il usurpait la qualité de Messie sans titre et sans preuve. C'est donc par la nécessité de la chose même que Jésus-Christ a fait des miracles avant de se donner pour Messie, et qu'il a ainsi démontré qu'il avait droit de s'appliquer les prophéties, et d'en montrer le vrai sens. Lorsque quelques théologiens modernes ont avancé que les miracles de Jésus-Christ seraient une preuve caduque s'ils n'avaient pas été prédits, on les a censurés avec raison ; et lorsque les Juifs disent que ces mêmes miracles ne pouvaient être authentiques , à moins qu'ils ne fussent admis comme tels par la synagogue, ils ont oublié que les anciens prophètes, loin d'avoir eu l'attache des chefs de la nation juive, en ont été rejetés et poursuivis à mort : Jésus-Christ le leur a reproché plus d'une fois [Matth. xxm, 31 ; Luc, xi, 48, etc.).

2° Ce n'est pas assez, disent-ils, que le Messie fasse des miracles ; il faut qu'il fasse ceux que les prophètes ont prédits. Mais nous avons déjà fait voir que les prétendus miracles dont les Juifs ont l'esprit frappé, et qu'ils s'obstinent à voir dans les prophètes, sont inutiles, absurdes et indignes de Dieu. Que les monlagnessoientaplanies, les vallées comblées, les fleuves desséchés pour la commodité des Juifs, qu'il sorte des torrents du désert, que les bêtes féroces soient apprivoisées et ne dévorent plus les autres animaux, etc.; en quoi tous ces miracles peuvent-ils contribuer à la gloire de Dieu et à la sanctification des âmes? Ceux de Jésus-Christ étaient plus sages; les guérisons qu'il opérait en soulageantles corps disposaientles esprits ù croire en lui, et donnaient des leçons de charité.

3° Ces miracles, disent encore les Juifs modernes, ne peuvent plus être aussi certains pour nous qu'ils l'étaient pour ceux qui en furent témoins; si Jésus avait fait tous ceux qu'on lui attribue, personne n'aurait pu refuser de croire en lui.

Réponse. En me servant des principes des Juifs, je pourrais leur dire : Parce que les miracles de Moïse ne sont plus aussi certains pour nousqu'ilsl'étaientpourceuxquien furent témoins sommes-nous dispensés de croire la mission divine de ce législateur ? Dironsnous que s'il les avait véritablement opérés, sans doute les Egyptiens auraient été plus dociles, et les Juifs ne se seraient pas révoltés

si souvent contre lui dans le désert? C'est ainsi que les Juifs attaquent leur propre religion en voulant ruiner la nôtre. 11 est faux que les miracles de Jésus-Christ soient moins certains pour nous que pour ceux qui en furent les témoins; la certitude morale, poussée au plus haut degré de notoriété, n'est pas moins invincible que la certitude physique ; elle ne donne pas plus de lieu à un doute raisonnable. D'ailleurs la conversion du monde, opérée par les miracles de Jésus- Christ et des apôtres, leur donne un degré d'authenticité et de certitude que ne pouvaieut pas encore avoir ceux qui les ont vus. L'incrédulité d'une grande partie des Juifs, malgré ces miracles, n'y donne pas plus d'atteinte que les révoltes de leurs pères n'en donnent à ceux de Moïse ; ce peuple a été rebelle, indocile, intraitable dans tous les siècles ; on peut encore aujourd'hui lui faire les mômes reproches que Moïse lui adressait et lui renouveler la réprimande de saint Etienne (Act. vu, 51) : « Vous résistez toujours au Saint-Esprit , comme ont fait vos pères. »

4° Le juif Orobio, dans sa Conférence arec Limborch, soutient que la foi au Messie n'est pas un point nécessaire au salut, puisqu'il n'en est pas fait mention dans la loi de Moïse. On ne peut donc pas supposer, dit-il, que la dispersion et les calamités actuelles des Juifs sont un châtiment de leur incrédulité au Messie ; c'est vouloir pénétrer dans les desseins de Dieu, lors même qu'il n'a pas voulu nous les révéler.

Réponse. Moïse dit formellement dans la loi : « Le Seigneurvous suscitera un prophète semblable à moi, vous l'écouterez ; et Dieu ajoute : Si quelqu'un n'écoute pas le prophète, fen serai le vengeur (Deut. xvm, 15 , 19). » Nathanaël, l'un des docteurs de la loi, frappé des miracles de Jésus-Christ, reconnut en lui le prophète dont parle Moïse dans la loi (Joan. i, 45, 49). Quand ce passage ne regarderait pas le Messie en particulier, mais tout prophète envoyé de la part de Dieu, comme le prétendent ies Juifs, n'en serait-ce pas assez pour conclure que c'est Dieu qui les punit de leur incrédulité à l'égard de Jésus et qu'il continuera de les punir tant qu'ils persévéreront dans leur obstination ? Nous avons vu de quelle manière ils l'ont été pour avoir résisté à Jérémie; soutiendront-ilsque Jésus-Christ n'a pas prouvé sa qualité de prophète d'une manière plus éclatante que Jérémie?

Les Juifs peuvent apprendre de Josèphe que Jean-Baptiste était un prophète, et qu'il était regardé comme tel dans toute la Judée (Ântiq. Jud., 1. xvm, c 7). Or il a déclaré que Jésus était le Messie, le juge des bons et clés méchants, prêt à récompenser les uns et à punir les autres (Matth. m, 12). Jésus a donc usé de son droit en punissant les Juifs incrédules. Mais c'était à lui d'annoncer aux Juifs leur destinée : il la leur a clairement prédite ; il leur a déclaré que le sang de tous les justes et des prophètes, versé depuis le commencement du monde jusqu'à

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lui, retomberait sur eux, que leur terre demeurerait déserte, que leur temple serait détruit, qu'il leur arriverait une calamité telle

qu'il n'y en a point eu depuis le commencement du monde, parce qu'ils n'ont pas voulu proliterdescsavischaritables(MaM/j. xxm, 35 et suiv. ; xxiv, 2, 21, etc.). L'accomplissement exact de celte prophétie suffit pour démontrer qu'il est le Messie. L'entêtement des Juifs est de vouloir que Moïse et les anciens prophètes leur aient prédit tout ce qui devait leur arriver jusqu'à la fin du monde; il n'en est rien : les prophètes ont prédit ce qui devait arriver à leur nation, jusqu'il la venue du Messie, et ils l'ont annoncé lui-môme commele législateur, le docteur et le maître que les Juifs doivent écouter ; toute autre prédiction aurait été inutile et prématurée. C'a donc été à lui de prédire ce qui arriverait dans la suite des siècles , et il l'a fait tant par lui que par ses apôtres. Nous ne cherchons point à pénétrer les desseins cachés de Dieu, quand nous nous en rapportons à ce qu'il a dit par la bouche du Messie.

5° L'on ne se persuadera jamais, disent les Juifs, que le Messie ait été spécialement promis pour la nation juive, et que les fruits de son avènement aient été transportés aux gentils ; c'est supposer que Dieu a trompé les Juifs, et qu'il a exécuté ses promesses tout autrement qu'il ne leur avait fait entendre.

Réponse. Ce n'est pas Dieu qui trompe les Juifs, ce sont eux qui s'aveuglent eux-mêmes, et qui contredisent leurs propres Ecritures. Dieu avait dit à Abraham -.Toutes les nations de la terre seront bénies en vous (G en. xn, 3; xvin 16 ; xxn, 18). Cette même promesse est répétée à Isaac, c. xxvi, v. k, et à Jacob, C. xxviii, v. 14. De quel droit les Juifs prétendent-ils réserver à eux seuls ces bénédictions promises à toutes les nations ? A la vérité, Dieu dit à ces trois patriarches: Toutes les nations de la terre seront bénies en vous et dans votre race, ibid. La question est de savoir si le mot race doits'entendre detoute la postérité, ou d'un descendant particulier de ces patriarches. Or, il est absurde de l'entendre de toute leur postérité ; il faudrait y comprendre les Madianites nés d'Abraham et de Céthura, et les Iduméens descendus de Jacob par Esaii : voilà ce que les Juifs n'admettront jamais. Ont-ils été eux-mêmes une nation assez fidèle à Dieu, pour qu'ils se flattent d'être le canal des bénédictions promises à tous les peuples de la terre. Jacob nous fait entendre le contraire ; il dit que ce sera l'envoyé de Dieu ou le Messie, qui rassemblera les nations sous ses lois (Gcn. lix, 10). Isaïe dit qu'il rendra la justice aux nations, que les peuples des îles attendront sa loi, qu'il fera alliance avec les peuples, qu'il sera la lumière des nations, qu'il sera l'auteur de leur salut jusqu'aux extrémités de la terre (Isai. xlii, 1 et 6 ; xlix, 6, etc. ). Voilà donc la race, ou le descendant des patriarches, qui répandra sur toutes les nations de la terre les bénédictions promises. A quel titre les Juifs en ont-ils conçu de la jalousie, et en tirent-ils un prétexte pour méconnaî-

tre le Messie? Moïse, près de mourir, le leur avait prédit : Ils ont provoqué ma colère, dit le Seigneur, en adoptant de faux dieux, et moi j'exciterai leur jalousie, en adoptant un peuple étranger et une nation insensée (Deut. xxxn, 21). Rien n'est donc arrivé que ce que Dieu avait annoncé; Jésus-Christ, les apôtres, les évangélistes, n'ont fait que suivre les Ecritures à la lettre, lorsqu'ils ont déclaré que les bénédictions qui devaient être répandues par le Messie seraient départies aux nations plusabondammentqu'aux Juifs, parce que ceux-ci s'en rendaient indignes. Ils s'obslinent à supposer que les promesses de Dieu sont absolues, n'exigent de la part des hommes aucune correspondance libre et volontaire. Dieu a déclaré le contraire par Jérémie, c. xvin, v. 9 ; et par Ezéchiel, c. xxxiii, v. 13 ; et cela est prouvé par vingt exemples. Dieu avait promis que les Juifs du royaume d'Israël reviendraient de Babylone , aussi bien que ceux du royaume de Juda (Osée, xi, etc.); cependant les premiers n'en revinrent point, parce qu'ils ne le voulurent pas. Les Juifs mêmes conviennent de cette grande vérité, puisqu'ils disent que Dieu a retardé la venue du Messie hcimsQ de leurs péchés. Si Dieu peut, avec justice, retarder l'effet de ses promesses à l'égard de ceux qui lui sont infidèles, il peut, par la même raison, les en priver et les transporter à d'autres.

6° Dieu, disent-ils, n'avait pas seulement promis de répandre sur nus pères les bénédictions du Messie, s'ils étaient fidèles ; mais il avait promis de les rendre fidèles ; il leur avait dit : Je vous donnerai un nouvel esprit et un nouveau cœur ; je mettrai mon esprit au milieu de vous ; je vous ferai marcher selon mes commandements, observer mes ordonnances et exécuter ma loi ( Ezech., xxxvi, 26 ; xi, 19; Jércm., xxxi, 33, etc.). Si Dieu n'a pas accompli cette promesse après la captivité de Babvlone, il le fera donc sous le rè^ gne futur du Messie.

Réponse. Le comble de l'aveuglement des Juifs est de s'en prendre à Dieu de leur infidélité volontaire, et de se flatter que, sous le règne de leur prétendu Messie, Dieu les convertira par miracle, sans qu'ils puissent résister à l'opération toute-puissante de sa grâce : et malheureusement d'autres raisonneurs n'ont pas moins abusé de ce passage que les Juifs : l'événement aurait dû détromper les uns et les autres. Il est de la nature de l'homme d'être libre, et s'il ne l'était pas, il ne serait pas capable de mériter ni do démériter; la vertu et le vice seraient pour l'homme un bonheur ou un malheur, et non un sujet de récompense ou de châtiment. 11 est donc aussi de la nature de la grâce de laisser à l'homme la liberté de résister, parce que Dieu ne peut pas, sans se contredire, conduire l'homme d'une manière contraire à la nature qu'il lui a donnée. Lorsque Dieu promet à l'homme de le rendre fidèle, cela signifie donc seulement qu'il lui donnera tous les secours dont il a besoin pour l'être en effet, s'il n'y résiste pas, comme

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il est toujours libre de le faire. Tout autre sens serait absurde , puisqu'il autoriserait l'homme à rejeter sur Dieu la perversité de son propre cœur.

La question est donc de savoir, si , lorsque Dieu a envoyé le Messie, il a donné aux Juifs tous les secours et les grâces nécessaires pour croire en lui. Or, il l'a fait, puisqu'un assez grand nombre ont cru en Jésus- Christ ; ce divin Maître a dit aux autres : Si vous étiez aveugles, vous n'auriez point de péché (Joan. ix , kl). Ils étaient donc suffisamment éclairés par la grâce ; et saint Etienne leur a reproché qu'ils résistaient au Saint-Esprit, comme avaient fait leurs pères (Act. vi, 51). Voif. Grâce, Liberté.

MÉTAMORPH1STES, ou TRANSFORMA- TEURS, secte d'hérétiques du xn' siècle, qui prétendaient que le corps de Jésus-Christ , aumomentde son ascension, avait été changé ou transformé en Dieu. On dit que quelques luthériens ubiquitaircs ont renouvelé cette erreur.

MÉTANGISMONITES , hérétiques dont parle saint Augustin, llœr. 57. Leur nom est formé de ust« , dans , et àyyûov, vase , vaisseau ; ils disaient que le Verbe est dans son Père comme un vaisseau dans un autre. Cette secte a pu être une branche des ariens.

MÉTANOEA, terme grec qui signifie résipiscence ou pénitence ; et c'est ainsi que les Grecs nomment le quatrième des sept sacrements. Mais ils ont principalement donné ce nom à une cérémonie ou pratique de pénitence qui consiste à so pencher fort bas , et à mettre une main contre terre avant de se relever. Les confesseurs leur en prescrivent ordinairement un certain nombre , en leur donnant l'absolution. Quoique les Grecs regardent ces grandes inclinations du corps comme une pratique fort agréable à Dieu , ils condamnent les génuflexions, et prétendent qu'on ne doit adorer Dieu que debout. Us ne font pas attention que les gestes du €orps sont par eux-mêmes très-indifférents, et qu'ils n'ont point d'autre signification que celle qui leur est attachée par l'usage. Dans l'Occident, se découvrir la tête est une marque de respect; dans l'Orient , c'en est une de se déchausser, et d'avoir les pieds nus. Lorsque Moïse voulut s'approcher du buisson ardent, Dieu lui cria : Déchausse-toi, la terre que tu foules aux pieds est une terre sainte (Exod. ni, 5). 11 exigea de lui la marque de respect qui était en usage pour lors. 11 est évident que se mettre à genoux ou se prosterner est un signe d'humiliation , par conséquent d'adoration ; lorsque Moïse annonça aux Israélites ce que Dieu lui avait ordonné , ils se prosternèrent pour adorer Dieu (76. iv, 31).

MÉTAPHYSIQUE. Quoique cet article nous soit étranger, nous sommes obligés de répondre à un reproche que l'on a souvent fait aux théologiens , d'en faire voir l'inconséquence et l'absurdité. On demande pourquoi mêler des discussions métaphysiques à la théologie , qui doit être uniquement fon- ,i/^. r.,-.u.,.<i,w;io.t^-> Parce que, dès l'ori-

gine du christianisme, les philosophes, auteurs des hérésies, se sont servis de la métaphysique pour attaquer les dogmes révélés, et parce que les incrédules , leurs successeurs, font encore aujourd'hui de même. Les Pères de l'Eglise et les théologiens ont donc été forcés de faire voir que la métaphysique de ces philosophes était fausse, de se servir de toute la précision du langage d'une saine métaphysique, pour exposer et développer les dogmes de la foi , et pour les mettre à couvert des sophismes que l'on y opposait. Cet abus prétendu que l'on attribue très-mal à propos aux scolastiques , vient dans le fond des artifices et de l'opiniâtreté des ennemis de la révélation. Pourquoi les incrédules modernes se sont-ils appliqués à déprimer la métaphysique? Parce qu'elle fournit des aiguments invincibles contre eux. Eux-mêmes ne peuvent attaquer ni établir aucun système que par des arguments métaphysiques. Pour combattre l'existence de Dieu, les athées soutiennent que les attributs qu'on lui prête sont incompatibles ; d'autre côté, il s'agit de savoir si la matière qu'ils mettent à la place de Dieu est susceptible des attributs qu'ils lui supposent, si elle est capable de penser dans l'homme , d'être le principe de ses mouvements et de ses actions , etc. Voilà des discussions très - métaphysiques. Les déistes ne peuvent prouver l'existence et l'unité de Dieu que par les notions de cause première , d'être nécessare, d'ordre, d'intelligence, de nécessité, de hasard , de cause finale, etc. La grande question de l'origine du mal ne peut être éclaircie qu'en donnant une idée nette de ce que l'on nomme bien et mal, qu'en montrant la différence essentielle qu'il y a entre la bonté jointe à une puissance infinie , et la bonté jointe à une puissance bornée. Ce n'est certainement pas la physique qui débrouillera toutes ces questions. Nous est-il défendu de nous servir, pour repousser nos ennemis, des mêmes armes dont ils se servent pour nous attaquer, d'opposer une métaphysique exacte et solide à des notions fausses et trompeuses ? Les hérétiques anciens et modernes, ariens, protestants, sociniens et autres, ne sont pas de meilleure foi. D'un côté, ils voudraient que les dogmes de la foi fussent énoncés dans le langage simple et populaire, comme ils l'ont été par les écrivains de l'Ancien et du Nouveau Testament; de l'autre, ils s'efforcent de prouver que ce langage ne s'accorde pas avec la vraie métaphysique, et qu'il n'est pas possible de le prendre à la lettre. Ils ont attaqué le dogme du péché originel par de prétendus principes de justice et d'équité ; le mystère de l'Incarnation , par de fausses notions de ce que nous appelons nature et pei sonne; celui de l'eucharistie, par une explication captieuse des mots substance, accidents, étendue, matière, corps, etc. Où en seraient les théologiens catholiques , s'ils n'étaient pas meilleurs métaphysiciens que leurs adversaires?

Il en est de même de la dialectique; si un théologien n'était pas aguerri à toutes les

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ruses des sophistes , il ne serait pas en état de les réfuter avec tout l'avantage que peut avoir une logique ferme et toujours d'accord avec elle-même , sur une dialectique fausse et qui ne cherche qu'à faire illusion. Ce n'est donc ni par goût, ni par habitude, ni par un reste d'attachement h l'ancien usage, que les théologiens cultivent ces deux sciences; elles leur seront absolument nécessaires tant que la religion aura des ennemis , et il est prédit qu'elle en aura jusqu'à la fin des siècles (1).

(1) < La métaphysique, dit M. Laurcntic, qui n'est point éclairée par la foi, n'est qu'une science vain» et ténébreuse. L'intelligence de L'homme se perd dans ses sccrels, et aucun moyen ne lui reste de se reconnaître parmi des obscurités si profondes. Pour l'arrêter, il suffirait de lui proposer celte question : Y a-t-il quelque chose? Sa raison orgueilleuse aurait beau s'agiter, s'épuiser et s'irriter, toujours elle viendrait expirer sur cette question insoluble pour le philosophe qui ne s'en rapporte qu'à lui seul. » La question pourquoi il existe quelque chose, dit un philosophe, est la plus embarrassante que la philosophie puisse se proposer, et il n'y a que la révélation qui y réponde. » (Pensées sur l'interprétation delà nature, n. 58, pag. 92.) Et. toutes les questions que peut se proposer encore la philosophie, après celleci, offrent les mêmes difficultés. La philosophie, en effet , ne donne la raison d'aucune chose, et il faut toujours qu'elle monte jusqu'à Dieu pour y trouver le secret des êtres.

t La métaphysique, comme la logique, a ses axiomes pour appuyer la suite de ses raisonnements; si elle veut montrer les causes des êtres, elle pose en principe, dans les écoles, ces propositions : Ab actu ad posse, vu lit consrcutio, sed non vice versa. Possibili poiVo, in actuni.il sequi'.ur absurdi, etc. -Mais quelle que soit la vérité de ces axiomes, quelle que soit même la vérité des conséquences qu'on en déduit, on voit bien que leur certitude philosophique ne repose pas en eux-mêmes, et qu'elle suppose toujours antérieurement une raison de les adopter comme vrais, et par conséquent des vérités philosophiques qui leur soient antécédentes. Que servirait de diic, en effet, nb actu ad posse vtlet consecui>, si déjà on n'admettait un être agissant ? On suppose donc l'être pour le prouver. Chose absurde en philosophie, même lorsqu'elle se rencontre dans des axiomes dont nul ne conteste la vérité.

«D'ailleurs, quelle conséquence philosophique y a-t-il à tirer de ces axiomes, pour établir la vérité des êtres? Voici un philosophe ingénieux, et c'est un athlète armé contre l'athéisme (Berkeley), qui fait des livres pour montrer non pas qu'il n'y a pas de corps, ainsi qu'on le répète dans toutes les philosophes, mais que la philosophie ne saurait donner aucune preuve tirée uniquement d'elle-même, qu'il y ait des corps; chose tout à fait différente. Fénelon l'avait déjà dit : < Rien n'est plus facile que d'embarrasser un homme de bon sens sur la vérité de son propre corps, quoiqu'il lui soit impossible d'en douter sérieusement. » (Lettres sur la H liqion.) Quelle ressource en effet trouve-l-on contre une telle difficulté, dans les axiomes de la métaphysique? Toutes les subtilités du momie ne créeront' pas, avec ces axiomes, un syllogisme où l'existence des corps, que l'on veut prouver, ne soit d'abord présupposée. Or, cette impuissance de prouver l'existence des corps par de purs arguments métaphysiques , n'est pas, comme on l'imagine dans les écoles, une chose indifférente pour l'athéisme. Quoi ! l'athée, cet esprit superbe qui se confie si témérairement à sa raison, ne peut point prouver son être par la raison ! quoi ! son corps, cette matière à laquelle il borne son être,

MÉTEMPSYCOSE, MÉTEMPSYCOS1STES.

Voy, Transmigration des âmes.

MÉTHODISTES. C'est le nom que les protestants ont donné aux controversistes français, parce que ceux-ci ont suivi différentes méthodes pour attaquer le protestantisme. Voici l'idée qu'en adonnée Mosheim, savant luthérien , dans son Hist. eccl., sœc. x.vn , sect. 2, part. 2, c. 1, § 15. On peut , dit-il, réduire ces méthodistes à deux classes. Ceux de la première imposaient aux protestants , dans la dispute , des lois injustes et déra;-

lui est un mystère inexplicable ! Oserait-il, après cola, ouvrir encore la bouche? Que dira-l-il? il ne peut rien démontrer par sa raison : une seule parole l'arrête dans ses systèmes ; et le plus faible de ses adversaires le réduit à L'impuissance de rien établir, pas même son existence, par la philosophie ! Comment ne voit-on pas bien cette misère désespérante de l'athée ? et comment, pour le confondre et l'accabler, pense-t-on encore à se mettre dans la position philosophique où il est lui-même, lorsqu'il est si facile de l'abattre, en le laissant seul et désarmé dans ce triste et abject isolement où il réduit luimême sa raison ?

« La même impuissance du philosopnc se fait sentir sur toutes les questions de métaphysique générale; et cette impuissance, il faut en convenir, est une grande leçon donnée a la raison humaine. La philosophie traite de Vessence des êtres, elle examine péniblement ce qui constitue leur nature, et si celte nature leur est tellement propre qu'elle ne puisso pas être altérée sans que les êtres perdent leur essence. Elle examine encore les propriétés absolues et les propriétés relatives des êtres ; elle examine leur possibilité, leur vérité, leur identité ; elle distingue l'être créé et l'être incréé, le fini et l'infini,' l'effet et la cause. Mais en toutes ces questions, qui met fui aux incertitudes et aux obscurités de la raison ? La raison ne sait pas d'elle- même ce que c'est que l'être, comment donc en comprend-elle l'essence et la vérité ? elle ne peut pas même démontrer par des arguments purement philosophiques l'identité do l'être. L'homme n'a en soi aucun mot if philosophique d'affirmer qu'il est le même être aujourd'hui qu'hier, demain qu'aujourd'hui. Sait-il mieux par la raison ets que c'est que l'être créé et l'être incréé? comprendil un être qui n'est que possible, c'est-à-dire un être' qui n'est pas ? Comprend-il la cause de l'être, et en comprend-il l'effet ? et lorsqu'il établit ces axiomes métaphysiques : L : cause tst avant ïelfet, nul effet sans cause, est-il sûr de distinguer l'une et l'autre, et de savoir toujours philosophiquement qu'est-ce qui est cause, qu'est-ce qui est effet ? Sait-il enfin ce que c'est que le fini et l'infini? La raison a-t-elle percé d'elle-même tout ce mystère ? a-t-elle un moyen logique de le mettre à la portée de toutes les intelligences capables de raisonnement? Quiconque a conserve au milieu des recherches vagues et profondes de la métaphysique un peu de ce calme qui empêche l'homme de s'étourdir cl de s'aveugler, avouera et publiera que tout cela est mystérieux ; que toutes ces questions étonnent et confondent la raison, et que d'elle-même elle est impuissante pour le» résoudre.

<t Quoi! n'y a-t-il donc rien de certain sur l'être? Qui l'osera dire? Il n'y a rien de certain philosophiquement sur l'être pour l'athée, ou simplement pour le philosophe qui veut expliquer l'être par sa propre raison. Mais, dans nos doctrines philosophiques, l'homme n'est jamais réduit à la triste condition de vouloir trouver en soi la raison de toutes choses. Notre philosophe est un homme social, il trouve sa certitude autour de lui ; la raison universelle des hommes éclaire la sienne et la fortifie. C'est d'abord

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sonnables. De ce nombre a été l'ex-jésuite François Véron, curé de Charenton, qui exigeait de ses adversaires qu'ils prouvassent

à l'aide de cette raison, à laquelle il participe par des croyances communes, qu'il renverse et humilie la raison particulière du philosophe téméraire qui croit, pouvoir rompre la société des intelligences, pour se livrer à son propre esprit. La logique a montré comment cette lutte devenait toujours un triomphe pour la vérité; mais c'est pou encore. Celle manière de considérer l'homme par rapport à la société, lui crée des avantages de raisonnement contre lesquels tous les sophismes métaphysiques viennent se briser.

« En effet, qu'est-ce qui manque à la raison particulière de l'homme pour appuyer ses recherches fdiilosophiques ? Un premier motif de certitude sur equel repose toute la suite des raisonnements. Or, quel est ce premier motif de certitude qui manque à la raison qui veut tout démontrer ? Evidemment c'est Dieu lui-même. Tant que Dieu n'est pas mis en tète des vérités métaphysiques, il n'y a rien qui puisse être démontré philosophiquement ; l'homme tourne perpétuellement dans un cercle vicieux, sans jamais atteindre une première vérité à laquelle reste sixée la chaîne de toutes les autres vérités. Ainsi il démontre la cerlitudepar la certitude, et l'être par ia certitude de l'être, sans jamais venir à bout de montrer pourquoi il est certain que cette certitude est réelle, pourquoi même il croit qu'il est certain de quelque chose. Le philosophe qui n'est point athée fait bien tous ses efforts pour faire arriver Dieu, mais toujours par la simple raison, à la tête des démonstrations métaphysiques ; car il sent qu'une fois celte première vérité posée, la certitude de toutes les autres se déroule d'elle-même. Mais l'erreur, l'irrémédiable erreur du philosophe, c'est de vouloir encore démontrer d'abord cette première vérité par sa raison; et ainsi il retombe dans ses éternelles pétitions de principes , ainsi il met une première Vérité, qui est sa raison, avant la première vérité, qui est Dieu ; ainsi il reste toujours dans l'impuissance invincible de rien démontrer philosophiquement ; et telle est la conséquence rigoureuse de toute philosophie qui enseigne à l'homme à chercher en lui la raison de toutes choses, et la raison même de sa certitude.

< Voyez combien est différente la condition du philosophe qui ne se sépare point de la société qui lui transmet ses notions. Pour lui, Dieu se montre de toutes parts, non pas comme une vérité philosophique démontrée premièrement par la raison, mais comme un être qui remplit le inonde, comme une vérité universelle, comme une lumière qui est manifestée à toute intelligence venant au monde, et dont nul ne peut s'empêcher de voir l'éblouissante clarté. Or, l'homme social qui commence par croire, et non point par raisonner, ayant une fois reçu par la foi cette première vérité de l'être de Dieu, y trouve naturellement le moyen d'éclairer toutes les questions de la métaphysique ; sa raison n'a plus de mystère à redouter, tout se découvre, et la certitude philosophique commence à ce point fixe, que l'homme trouve hors de sa raison. Chose merveilleuse! la raison commence par s'abaisser, mais c'est pour s'élever ensuite ; elle n'est même la raison que parce qu'elle se soumet; dès qu'elle est rebelle, elle devient incertaine, elle s'égare dans ses recherches, elle abandonne les notions communes aux autres intelligences, c'est-à-dire elle rompt leur société, et clic expire dans ses doutes et dans sa solitude.

< Nous disons que Dieu étant une fois mis en tête des vérités, tout l'être s'explique. Alors la raison, pour la première fois, peut savoir ce que c'est qu'être et n'être pas ; ce que c'est que cause et effet, infini (■t lini, puissance et action de l'être ; alors, pour la

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tous les articles de leur croyance par dos passages clairs et formels de l'Ecriture sainte, et qui leur interdisait mal à propos

première fois, les axiomes de la métaphysique reçoivent une certitude philosophique, et leurs conséquences se montrent avec une vérité de logique qu'aucune raison ne peut plus renverser. Le philosophe dit peut-être : Vous supposez Dieu ; donc toute la suite de vos raisonnements tombe avec celte supposition. Nous supposons Dieu, comme nous supposons le soleil. Est-ce là une supposition ? Dieu est le soleil des intelligences; le philosophe dit-il que l'homme qui jouit de la lumière céleste aurait besoin d'une raison philosophique pour affirmer qu'il en jouit en effet ? Le monde voit le soleil se lever chaque malin à l'aurore, et se coucher le soir pour faire place aux nuits. Faut-il au monde des démonstrations pour s'assurer de cette marche toujours nouvelle et toujours la même? Le monde voit aussi de touies parts la lumière d'une intelligence suprême qui éclaire tous les êtres pensants. Le inonde pourrait-il ne pas voir cette clarté resplendissante? Et quand il fermerait les yeux de sa raison, ne saurail-il pas encore malgré lui que toutes les raisons en sont éblouies ? Or, que l'on ne considère d'abord, si l'on veut, l'existence de ce soleil intellectuel que comme un fait universel que des démonstrations logiques peuvent ensuite fortifier dans la pensée de l'homme, toujours est-il manifeste que Dieu, connu à l'homme par cette première et solennelle proclamation de toutes les intelligences, et placé ainsi à la lêle de toutes les vérités philosophiques, est le premier point fixe auquel reste attachée la chaîne de ces vérités.

< Voici donc comment la philosophie chrétienne, c'est-à-dire la vraie philosophie, développe hardiment son système métaphysique, à l'aide de ce premier principe, sans craindre d'élre jamais arrêtée dans sa marche, et d'élre jetée dans les incertitudes de la philosophie qui cherche en soi un premier principe semblable et un fondement semblable de certitude* Dieu, d'abord, lui est révélé tout entier; el voici comment elle 'e, voit apparaître avec sa lumière dans le monde intellectuel.

* De toute éternité Dieu est, Dieu est parfait, « Dieu est heureux, Dieu est un. L'impie demande :

< Pourquoi Dieu est-il ? Je lui réponds : Pourquoi « Dieu ne serait-il pas? est-ce à cause qu'il est par- « fait? et la perfection est-elle un obstacle à l'être?

< Erreur insensée ! au contraire, la perfection est la « raison d'être. Pourquoi l'imparfait serait-il, et le « parfait ne serait-il pas? c'est-à-dire pourquoi ce « qui tient plus du néant serait-il, et que ce qui « n'en lient rien du tout ne serait-il pas? Qu'appelle- « t-on parfait ? Un être à qui rien ne manque. tfu'ap- « pelle-t-on imparfait ? Un être à qui quelque chose « manque. Pourquoi l'être à qui rien ne manque ne

< serait-il pas, plutôt que l'être à qui quelque chose « manque? D'où vient que quelque chose est, et t qu'il ne se peut pas faire que le rien soit, si ce « n'est parce que l'être vaut mieux que le rien, et « que le rien ne peut pas prévaloir sur l'être, ni « empêcher l'être d'être? Mais, par la même raison, « l'imparfait ne peut valoir mieux que le parfait, ni « être plutôt que lui, ni l'empêcher d'être. Qui peut i donc empêcher que Dieu ne soit ? et pourquoi le « néant de Dieu, que l'impie veut imaginer dans son « cœur insensé (Ps. 13, v. î), pourquoi, dis-je, ce « néant de Dieu l'emporlerait-il sur l'être de Dieu ? « vaut-il mieux que Dieu ne soit pas que d'être?...

< (Bossuet, I" Elévation sur les mystères.) On dit : « Le parfait n'est pas ; le parlait n'est qu'une idée de « notre esprit, qui va s'élevant de l'imparfait qu'on i voit de ses yeux jusqu'à une perfection qui n'a de « réalité que dans la pensée. C'est le raisonnement

< que l'impie voudrait faire dans son cœur insensé, t qui ne songe pas que le parfait est le premier, et

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tout raisonnement, toute conséquence, toute espèce d'argumentation. Il a été suivi par Berthole Nihusius, transfuge du protestantisme; parles frères Wallembourg , et par d'autres, qui ont trouvé qu'il était plus aisé de défendre ce qu'ils possédaient que de démontrer la justice de leur possession. Ils laissaient à leurs adversaires toute la charge de prouver, alin de se réserver seulement le soin de répondre et de repousser les preuves. Le cardinal de Richelieu , et d'autres , voulaient qu'on laissât de côté les plaintes et l^s reproches des protestants, qu'on réduisît toute la dispute à la question de l'Eglise , que l'on se contentât de prouver son autorité divine par des raisons évidentes et sans réplique. Ceux, de la seconde classe ont pensé que , pour abréger la contestation , il iallait opposer aux protestants des raisons générales que l'on nomme préjugés , et que cela suftisait pour détruire toutes leurs prétentions. C'est la méthode qu'a suivie Nicole, dans ses Préjugés légitimes contre les calvinistes. Après lui , plusieurs ont été d'avis qu'un seul de ces arguments, bien poussé et développé, était assez fort pour démontrer l'abus et la nullité do la réforme. Les ui;s lui ont opposé le droit de prescription ; les autres, les vices et le défaut de mission des réformateurs; quelques-uns se sont bornés à prouver que cet ouvrage était un vrai schisme , par conséquent le plus grand de tous les crimes. Celui qui s'est le plus distingué dans la foule des controversistes, par son esprit et par son éloquence , est Bossuel ; il a entrepris de prouver que la société formée par Luther est une Eglise fausse, en mettant au jour l'inconstance des opinions de ses docteurs , et la multitude des

« en soi, et dans nos idées; et que l'imparfait en « toutes façons n'est qu'une dégradation. Dis-moi, « mon aine, comment entends-tu le néant, sinon € par l'être? comment entends-tu la privation, si ce € n'est par la forme dont elle prive. Comment l'im- « perfection, si ce n'est par la perfection dont elle € déchoit? Mon âme, n'entends-tu pas que tu as une « raison, mais imparfaite, puisqu'elle ignore, qu'elle

< doute, qu'elle erre et qu'elle se trompe ? Mais com-

< ment entends-tu l'erreur, si ce n'est comme prit vation de la vérité ; et comment le doute ou l'ob-

< scurité, si ce n'est comme privation de l'intelligen- « ce et de la lumière; ou comment enfin l'ignorance, « si ce n'est comme privation du savoir parfait ? « comment dans la volonté, le dérèglement et le « vice, si ce n'est comme privation de la règle, de la c droiture et de la vertu ? Il y a donc primitivement « une intelligence, une science certaine, une vérité, « une inflexibilité dans le bien, une règle, un ordre, « avant qu'il y ait une déchéance de toutes ces cho- « ses; en un mot, il y a une perfection avant qu'il y i ait un défaut ; avant tout dérèglement, il faut i qu'il y ait une chose qui est elle-même sa règle, « et qui, ne pouvant se quitter soi-même, ne peut « non plus ni faillir ni défaillir. Voilà donc un être « parfait; voilà Dieu, nature parfaite et heureuse. « Le reste est incompréhensible, et nous ne pou- « vous même pas comprendre jusqu'où il est parfait

< et heureux, pas même jusqu'à quel point il est in- « compréhensible. > (Bossuet, 11e Elév.) — Extrait de T Introduction à la philosophie, etc., par M. Lauivntic, u'part., ch. 8.

variations survenues dans sa doctrine ; de démontrer, au contraire , l'autorité et la divinité de l'Eglise romaine , par sa constance à enseigner les mêmes dogmes dans ti.us les temps. Ce procédé, dit Mosheim, est forte-tenienl étonnant de la part d'un savant, surtout d'un Français , qui n'a pas pu ignorer que, selon les écrivains de sa nation, les papes ont toujours très -bien su s'accommoder aux temps et aux circonstances , et que Rome moderne ne ressemble pas plus à l'ancienne que le plomb ne ressemble à l'or.

Tous ces travaux des défenseurs de l'Eglise romaine, continue le savant luthérien, ont donné plus d'embarras aux protestants qu'ils n'ont procuré d'avantage aux catholiques. A la vérité, plusieurs princes et quelques hommes instruits se sont laissé ébranler, et sont rentrés dans l'Eglise que leurs pères avaient quittés; mais leur exemple n'a entraîné aucun peuple ni aucune province. Ensuite, après avoir fait rémunération des plus illustres convertis, soit parmi les princes, soit parmi les savants, il dit qui; si l'on excepte ceux qui ont été poussés à ce changement par des revers domestiques, par l'ambition d'augmenter leur dignité et leur fortune, par légèreté ou par faiblesse d'esprit, ou par d'autres causes aussi peu louables, le nombre se trouvera réduit à si peu de chose, qu'il n'y aura pas lieu d'être jaloux des acquisitions faites par les catholiques.

Nous ne pouvons nous dispenser de faire quel pies réflexions sur ce tableau. 1° Dès que les protestants ont posé [tour principe et pour fondement de leur réforme, que l'Ecriture sainte est la seule îègle de loi, que c'est par elle seule qu'il faut décider toutes les questions et terminer toutes les disputes, où est l'injustice , de la part des théologiens catholiques, de les prendre au mot, et d'exiger qu'ils prouvent tous les articles de leur doctrine par des passages clairs et formels de l'Ecriture ? Prétendent-ils enseigner sans règle, et dogmatiser sans principes? Ils ont eux-mêmes imposé celte loi aux catholiques, et ceux-ci l'ont subie; ensuite les protestants la trouvent trop dure, et voudraient s'en exempter. Ce sont eux qui sont venus attaquer l'Eglise catholique, et lui disputer une possession de quinze siècles; c'est donc à eux de prouver par l'Ecriture que celte possession est illégitime. — 2° Il n'est pas vrai qu'aucun de nos controversistes ait interdit aux protestants tout raisonnement et toute conséquence ; mais on a exigé que les conséquences fussent tirées directement de passages de l'Ecriture clairs et formels. 11 ne l'est tas non plus que nos controversistes se soient bernés à répondre aux preuves des protestants. On n'a qu'à ouvrir la Profession de foi catholique de Véron, l'on verra qu'il prouve chacun de nos dogmes de foi par des textes formels de l'Ecriture sainte. Les frères de Wallembourg ont fait de même ; mais ils sont allés plus loin. Ils ont fait voir que la mé-

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thorîe de l'Eglise catholique est la môme dont elle s'est servie dans tous les siècles, et qui a été employée par les Pères de l'Eglise pour prouver les dogmes de foi et réfuter toutes les erreurs; que celle des protestants est fautive, et justifie toutes les hérésies sans exception; que leur distinction entre les articles fondamentaux et les non fondamentaux , est nulle et abusive ; qu'ils ont falsifié l'Ecriture sainte, soit dans ''leurs explications arbitraires, soit dans leurs versions : et il le prouve en comparant leurs différentes traductions de la Bible; que non contents de cette témérité , ils rejettent encore tout livre de l'Ecriture sainte qui leur déplaît. Ces mômes controversistes prouvent que c'est par témoins ou par la tradition que le sens de l'Ecriture sainte doit être fixé, et que les articles de foi doivent être décidés , et qu'ils ne peuvent l'être autrement. C'est après tous ces préliminaires qu'ils opposent aux protestants la voie de prescription, et des préjugés trèslégitimes; savoir, le défaut de mission dans les réformateurs, le schisme dont ils se sont rendus coupables , la nouveauté de leur doctrine , etc. Ils ont donc prouvé d'une manière invincible, non-seulement la possession de l'Eglise catholique, mais la justice et la légitimité de cette possession. — 3° Puisque les protestants ont allégué, pour motif de leur schisme, que l'Eglise romaine n'était plus la véritable Eglise de Jésus- Christ, le cardinal de Richelieu n'a pas eu tort de prétendre qu'en prouvant le contraire on sapait la réforme par le fondement. Sur ce point, comme sur tous les autres, nos adversaires se sont très-mal défendus; ils ont varié dans leur système, ils ont admis tantôt une Eglise invisible , tantôt une Eglise composée de toutes les sectes chrétiennes, quoiqu'elles s'excommunient réciproquement, et ne veuillent avoir ensemble aucune société. Bossuet a démontré l'absurdité de l'un et de l'autre de ces systèmes, et les protestants n'ont rien répliqué. — Y" L'on sait de quelle manière ils ont répondu hYHistoire des Variations ; forcés d'avouer le fait, ils ont dit que l'Eglise catholique avait varié dans sa croyance aussi bien qu'eux, et avant eux. Mais ont-ils apporté de ces prétendues variations des preuves aussi positives et aussi incontestables que celles que Bossuet avait alléguées contre eux? Leurs plus célèbres controversistes n'ont pu fournir que des preuves négatives; . ils ont dit : Nous na voyons pas, dans les : trois premiers siècles, des mon iments de tels et de tels dogmes que l'Eglise romaine professe aujourd'hui : donc on ne les croyait pas alors; donc elle a varié dans sa foi. On leur a fait voir la nullité de ce raisonnement, parce que l'Eglise d i ivc siècle a fait profession de ne croire que ce qui était déjà cru et professé au troisième, et enseigné depuis les apôtres; donc les monuments du ive siècle prouvent, que tel dogme était déjà cru et enseigné auparavant.

Quant à ce que Mosheim dit des théolo-

giens français, il veut donner le change et faire illusion. Jamais ces théologiens n'ont enseigné que les papes s'étaient accommodés aux temps et aux circonstances, quant à la profession du doyme; qu'ils ont varié dans le dogme; que l'Eglise de Rome n'a plus la même croyance que dans les premiers siècles. Ils ont dit que les papes ont profité des circonst mees pour étendre leur juridiction, pour borner celle des évoques, pour disposer des bénéfices, etc. ; qu'ils ont ainsi changé l'ancienne discipline; mais la discipline et le dogme ne sont pas la même chose. Bossuet a démontré que les protestants ont varié dans leurs articles de foi; Mosheim parle de variations dans la discipline; est-ce là raisonner de bonne foi? D'ailleurs les théologiens français sont persuadés que le pape ne peut pas décider seul un article de foi, que sa décision n'est irréformable que quand elle est confirmée par l'acquiescement de toute l'Eglise; comment donc pourraient-ils accuser les papes d'avoir changé la foi de l'Eglise? Le procédé de Mosheim n'est pas plus honnête à l'égard des princes et des savants, qui, détrompés des erreurs du protestantisme par les ouvrages des controversistes catholiques, sont rentrés dans l'Eglise romaine. Lorsque ces conlroversistes ont accusé les réformateurs d'avoir fait schisme par libertinage, par esprit d'indépendance, par ambition d'être chefs de sectes, etc., les protestants ont crié à la calomnie; ils ont demandé de quel droit on voulait sonder le fond des cœurs, prêter des intentions criminelles à des hommes qui pouvaient avoir eu des motifs louables ; et ils commettent cette injustice à l'égard de ceux qui ont renoncé au schisme et aux erreurs de leurs pè;es. Ces convertis ont-ils eu une conduite aussi répréhensible que les réformateurs? Qu'aurait dit Mosheim , si on lui avait soutenu en face qu'il voulait vivre et mourir luthérien, parce qu'il occupait la première place dans une université, et jouissait d'unci bonne abbaye? — Que le commun des luthériens, malgré l'exemple de plusieurs princes et d'un nombre de savants convertis, aient persévéré dans les erreurs dont ils ont été. imbus dès l'enfance, cela n'est pas étonnant; ils ne sont pas instruits et ne veulent fias l'être; ils ne lisent point les ouvrages des théologiens catholiques, et les ministres le leur défendent. Mais la conversion de ceux qui ont été instruit-, qui ont lu le pour et le con;re, nous parait un préjugé favorable à l'Eglise catholique, et désavantageux aux protestants.

Méthodistes, est aussi le nom d'une secte récemment formée en Angleterre, et qui ressemble beaucoup à celle des hernhutes ou frères moraves. Son auteur est un M. Withefield; elle se propose pour objet la réforme des mœurs et le rétablissement du dogme de la grâce, défiguré par l'arminianisme, qui est devenu commun parmi les théologiens anglicans. Ces méthodistes enseignent que la foi seule suffit pour la justification d3

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