‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 102 sur 228 · MI H · texte numérisé non relu

MI H

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citer dans les quatre parties du monde, aussi bien que dans la Judée; qu'il devait môme le faire dans chaque ville de l'univers, tout comme à Jérusalem. Ce qu'il a fait dans cette contrée devait servir à la conversion de l'univers entier, et il a envoyé ses apôtres prêcher à toutes les nations. Il ne sert à rien de dire que des miracles, qui étaient une prouve frappante pour les témoins oculaires, ne le sont plus pour les peuples éloignés, à plus forte raison pour nous, qui vivons dixsept siècles après les faits. Un fait qui a existé une fois ne cessera jamais d'avoir existé, et dès qu'il est prouvé une fois, il l'est pour tous les siècles et pour tous les hommes qui auront du bon sens. — 4° 11 est faux que Dieu puisse convertir tous les peuples sans miracles; et déjà nous avons défié les incrédules d'assigner aucun moyen qui ne soit pas miraculeux. Changer tout à coup les idées, les préjugés, les habitudes , la croyance et les mœurs de toutes les nations, sans aucun signe extérieur et frappant qui les touche et leur inspire des réflexions nouvelles, est-ce un phénomène conforme au cours ordinaire de la nature? On dit que Dieu peut donner à tous les hommes une grâce intérieure et efficace qui les convertisse tous. Mais cette grâce universelle et uniforme qui agirait de môme sur tous et produirait le môme effet, serait non-seulement un miracle inouï, mais un miracle absurde; il conduirait les hommes comme ils sont conduits par l'instinct; il détruirait leur liberté; l'effet qui s'ensuivrait ressemblerait à un enthousiasme universel , dont on ne verrait ni la cause, ni les motifs. Est-ce ainsi que Dieu doit gouverner le genre humain? Les déistes rejettent les miracles sages pour recoudra des miracles insensés, qui seraient indignes de la sagesse divine.

Mais on demande, que prouvent les miracles ? Ils démontrent a'abord une Providence, non-seulement générale , mais particulière; et de ce dogme une fois prouvé s'ensuivent toutes les autres vérités que l'on nomme la religion naturelle. Comme les hommes, distraits par d'autres objets, réfléchissent fort peu sur les merveilles journalières de la nature, il est quelquefois nécessaire que Dieu réveille leur attention et les étonne par des événements contraires au cours ordinaire de la nature ; c'est la réflexion de saint Augustin , Tract. 8, in Joan., n. 1, et Tract. 2i, n. 1; de Civit. Dci, I. x, c. 12. D'ailleurs l'ordre commun de la nature, loin d'éclairer les hommes, avait été l'occasion de leur erreur; ils eii avaient regardé les divers phénomènes comme l'ouvrage d'autant de uieux différents : il était donc nécessaire de les détromper par des miracles faits au nom d'un seul Dieu, créateur et souverain maitre de la nature. L'exemplo de Pharaon et des Egyptiens , de Kahab , de Nabuchodonosor, d'Achior, chef des Ammonites, de Naaman, etc., prouve l'efficacité de ce moyen. Quoi qu'en disent les déistes , il est plus efficace que la contemplation de la nature.

En second lieu, les miracles Drouvent la

révélation, la vérité de la doctrine que prêchent ceux qui opèrent des miracles pour cette fin, comme nous l'avons fait voir. Si les miracles ne prouvaient rien, les incrédules ne fera ent pas tant d'efforts pour en faire douter.

IVr. Y a-t-il eu effectivement des miracles ? Si cela est indubitable, toutes les autres questions sont résolues ; U s'ensuit que les miracles ne sont ni impossibles, ni indignes de Dieu, ni inutiles ; qu'ils prouvent quelque chose, et qu'ils peuvent être prouvés ; or, à moins d'être athée, matérialiste on pyrrhonien, on est forcé d'en admettre. Les athées mômes conviennent que la création est le plus grand des miracles; et que quiconque admet celui-là ne peut raisonnablement nier la possibilité des autres: à moins de soutenir l'éternité de la race des hommes, on est obligé d'avouer que le premier individu n'a pu commencer d'exister que par miracle. Le déluge universel est attesté par l'inspection du globe entier, c'est incontestablement un autre miracle ; toutes les hypothèses forgées par les philosophes pour en combattre la réalité , ou pour l'expliquer naturelle ment, sont aussi frivoles les unes que Ks autres.

Aux articles Jésus-Christ, Apôtrks, Moïse, nous prouvons la vérité des miracles qu'ils ont opérés (1).

On connaît l'argument qu'a fait saint Augustin pour prouver que, de quelque manière que l'on s'y prenne il faut nécessairement admettre des miracles dans l'établissement du christianisme. Ou les apôtres, ditil, ont fait des miracles pour persuader aux juifs et aux païens les mystères et les événements surnaturels qu'ils prêchaient, ou les peuples ont cru, sans voir aucun miracle, les choses du monde qui devaient leur paraître les plus incroyables ; dans ce cas, leur foi même est le plus grand des miracles (De Civit. Dci, 1. xxn, c. 5). Mais ce qu'on n'a pas assez remarqué, c'est que ce raisonnement est également applicable à l'établissement du judaïsme, et a celui de la religion des patriarches. Comment, au milieu des erreurs dont toutes les nations étaient prévenues, un homme tel que Moïse aurait-il pu, sans miracles, persuader l'unité de Dieu, sa providence universelle, etc., à un peuple aussi grossier, aussi intraitable, aussi poité à l'idolâtrie que les Juifs, et leur faire recevoir des lois onéreuses qui devaient les rendre odieux à toutes les autres nations ? Vu le penchant universel de tous les peuples vers le polythéisme et l'idolâtrie, dans des siècles où il n'était pas encore question de philosophie, comment trouve-t-on une suite de familles patriarcales qui ont constamment fait profession d'adorer un seul Dieu, et qui lui ont rendu un culte pur, si Dieu lui-même

(J) On peut voir dans les Démonstrations évangé- Itques, tom. Mil, col. 765, le travail de Duvoisin sur les miracles de Jésus-Christ, travail trop c tendu pour que nous le reproduisions ici.

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