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consommation des siùclos. Dans les temps môme les moins éclairés, le zèle pour la conversion des infidèles a produit d'heureux effets, et il s'est réveillé à la renaissance des lettres.
Au ve siècle, lorsque les Barbares du Nord se répandirent dans toute l'Europe, le clergé sentit la nécessité de travailler à les instruire, afin de les guérir de leur férocité, et à force de persévérance il en vint à bout. Sur la fin du vie siècle, saint Grégoire le Grand envoya des missionnaires en Angleterre pour amener à la foi chrétienne les Saxons et les autres barbares qui s'étaient emparés de ce pays-là. Voy. Angleterre. Au viii', une grande partie de l'Allemagne apprit a connaître l'Evangile. Voy. Allemagne. Au ix% les missions furent poussées jusqu'en Suède et en Danemark, et s'étendirent sur les deux bords du Danube. Au x% le christianisme s'établit dans la Pologne, la Russie et la Norwége (voy. Nord), pendant que des missionnaires nestoriens le portaient en Tartarie et jusqu'à la Chine; et ces divers travaux ont été continués peniant les siècles suivants. Au commencement du xvr, l'Amérique fut découverte, et bientôt une troupe de missionnaires accourut pour réparer les ravages que l'ambition et la soif de l'or causaient dans le nouveau monde. Le passage aux Indes par le cap de Bonne-Espéranc ■», découvert en môme temps par les Portuga s, donna plus de facilité de pénétrer dans les parties les plus orientales de l'Asie, et dans les plus méridionales de l'Afrique; peu à peu l'on a fait des missions dans les Indes, au Tonquin, à la Chine, au Japon ; il n'est pre pie plus aucune partie du monde dans laquelle des missionndres n'aient pénétré; plusieurs ont été plus loin que les navigateurs et les voyageurs les plus intrépides.
il y a un siècle que l'on fit à Rome YFtat présent de l'Eglise romaine dans toutes les parties du monde ; c'était un détail des différentes missions établies dans les différentes contrées de l'univers, écrit pour l'usage du pape Innocent XI. Ce livre est curieux et assez rare ; comme l'état des missions a beaucoup changé dans l'espace d'un siècle, il se.ait à souhaiter que l'on en fît un nouveau : nous sommes persuadés que, pendant cet intervalle, les missions, loin de déchoir, ont pris un nouvel accroissement, et qu'elles ont gagné d'un côté ce qu'elles ont perdu de l'autre. Entre les divers établissements qui ont été faits pour cet objet, il en est deux qui méritent principalement notre attention. Le premier est la congrégation et Je collège ou le séminure de la Propagande, de Propaganda fide , fondé à Rome par le pape Grégoire XV, en 1622, continué par Urbain Vill, et enrichi par les bienfaits des papes cl des cardinaux, et d'autres personnes pieuses. Cette congrégation est composée de treize cardinaux, chargés de veiller aux divers besoins djs missions et aux moyens de les faire prospérer. Le collège est destiné à entretenir et à instruire un nombre de sujets da différentes nations, pour les mettre en
état de travailler aux missions dans leur pays. 11 y a une riche imprimerie, pourvue de caractères de quarante-huit langues différentes ; une ample bibliothèque, fournie de tous les livres nécessaires aux missionnaires ; des archives dans lesquelles sont rassemblés toutes les lettres et les mémoires qui viennent des missions ou qui les concernent. Etat présent de l'Eglise romaine, etc., p. 233. Fabricii, salutaris lux Evangelii, etc., c. 33 et 3i. Le second est le séminaire des missions étrangères , établi à Paris en 1GG3, par le Père Bernard de Sainte-Thérèse, carme déchaussé et évoque de Babylone, et fondé par les libéralités de plusieurs personnes zélées pour la propagation de la la foi. Ce séminaire, destiné à procurer des ouvriers apostoliques et à fournir à leurs besoins, est dans une étroite relation avec celui de la Propagande : il envoie des missionnaires principalement dans les royaumes de Siam, du Tonquin et de la Cochinchine. On compte quatre-vingts séminaires moins considérables, mais fondés pour le môme objet, dans les différents royaumes de l'Europe. Fabrie., ibid.,c. 3ï.
En 1707, Clément XI ordonna aux supérieurs des principaux ordres religieux de destiner un certain nombre de leurs sujets à se rendre capables d'aller au besoin travailler aux missions dans les différentes parties du monde. Plusieurs l'ont fait avec un zèle très-louable et avec beaucoup de succès, en particulier les carmes déchaux et les capucins. La société des jésuites avait élé spécialement établie pour cet objet. Ce zèle, quoique très-conforme à l'ordre donné par Jésus-Christ et à l'esprit apostolique, n'a pas trouvé grâce aux yeux des protestants. Incapables de l'imiter, ils ont pris le parti de le rendre odieux ou du moins suspect; ils en ont empoisonné les motifs, les procédés et les effets ; les incrédules , toujours instruits à cette école, ont encore enchéri sur leurs reproches. Ils ont dit que la plupart des missionnaires sont des moines dégoûtés du cloître, qui vont chercher la liberté et l'indépendance dans des pays éloignés, ou des hommes d'un caractère inquiet, qui, mécontents de leur sort en Europe, se llattent d'acquérir plus de considération dans les climats lointains. En laisant semblant do louer les papes de la constance de leur zèle, ils ont fait entendre que ces pontifes ont toujours eu pour objet d'étendre leur domination spirituelle et temporelle, plutôt que de gagner des Ames à Dieu ; que les missionnaires eux-mêmes ne paraissent pas avoir eu un autre motif; que c'est ce qui les a rendus justement suspects à la plupart des gouvernements. Ils ont ajouté que ces émissaires des papes, loin de prêcher le pur et parfait christianisme, n'ont enseigné que les erreurs, les superstitions, les pratiques minutieuses de l'Eglise romaine, qu'ils n'ont corrigé leurs prosélytes d'aucun vice et ne leur ont inspiré aucune vertu ré Jle ; qu'à proprement parler, leur prétendue conversion n'a consisté qu'à quitter un<} idjlâtrie
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pour eu reprendre une autre; que les convertisseurs, non contents d'employer l instruction et la persuasion, comme les apôtres, ont eu recours aux impostures, aux faux miracles, aux fraudes pieuses de toutes espèces, souvent aux armes, a la violence, aux supplices; que l'on a vu naître entre eux des disputes et des divisions qui ont scandalisé l'Europe entière, et ont indisposé les infidèles contre le christianisme. Ces censeurs ont conclu qu'il n'est pas étonnant que la plupart de ces missions aient produit fort peu de fruit, et n'aient souvent abouti qu'à exciter du trouble et des séditions. Enfin, ils ont soutenu et décidé qu'il n'est pas permis d'aller prêcher le christianisme aux infidèles, contre le gré et sans l'aveu des souverains, d'attaquer une religion dominante et confirmée par les lois d'une nation, à moins que l'on ne soit revêtu, comme les apôtres, d'une mission extraordinaire et du don des miracles. Ainsi ont parlé des missionnaires catholiques des ditférents siècles, Mosheim, dans son Histoire ecclésiastique ; Fabricius, dans son ouvrage intitulé : Salutaris lux Evangelii toto orbi exoriens, chap. xxxn et suiv., où il cite plusieurs auteurs qui ont été de même avis.
Mais rien n'est plus singulier que la manière dont ces savants écrivains ont pris la peine, de se réfuter eux-mêmes. Comme les eatholiques avaient souvent reproché aux protestants leur peu de zèle à étendre la religion chrétienne dans les pays où ils s'étaient rendus les maîtres, nos deux critiques font un étalage pompeux des tentatives et des efforts que les Anglais, les Hollandais, les Suédois, les Danois, ont faits pour propager le christianisme dans les Indes et dans tous les lieux où ils ont des établissements de commerce. Là-dessus nous prenons la liberté de leur demander, 1° s'il est plus juste et plus conforme à l'esprit du christianisme d'aller avec des armées et du canon former des établissements de commerce dans les pays infidèles, malgré les souverains, que d'y envoyer des missionnaires désarmés pour catéchiser leurs sujets; 2° si le pur christianisme que les convertisseurs protestants ont prêché a produit de plus grands effets que la doctrine catholique; si leur zèle a été [dus pur, et si leur vie a été beaucoup plus apostolique que celle des missionnaires de l'Eglise romaine; 3° s'ils ont commencé par mettre l'Ecriture sainte à la main de leurs prosélj tes, ou s'ils se sont bornés à les instruire de vive voix, comme font nos missionnaires ; si la foi de ces néophytes protestants a été formée selon les principes et la méthode que les protestants soutiennent être la seule légitime. Il est évident, et ces critiques l'ont bien senti, que la méthode qu'ils prescrivent est aussi impraticable à l'égard des infidèles qu'à l'égard des enfants; que les premiers qui ne savent pas lire, et qui n'entendent que leur langue maternelle, seront incapables toute leur vie de lire l'Ecriture sainte, soit dans le texte, soit dan? les
versions ; qu'ils sont donc forcés de s'en tenir à la parole de celui qui les instruit, et qu'il n'est pas fort aisé de deviner sur quel motif leur foi peut être fondée. Conséquemment nous demandons encore, si cette foi peut suffire pour le salut d'un Indien ou d'un Iroquois, pourquoi une foi semblable ne suffit pas pour le salut d'un simple fidèle de l'Eglise romaine. D'où nous concluons qus c'est cette contradiction même entre lo principe fondamental du protestantisme et la méthode dont il faut se servir pour convertir les infidèles, qui a dégoûté les protestants des missions, et les a engagés à calomnier les missionnaires catholiques. On sait en effet que leurs pompeuses missions, entreprises uniquement par politique et par ostentation, n'ont pas eu jusqu'ici de brillants succès ; que presque toutes sont tombées ou très-négligées ; que souvent ils ont fait des plaintes du peu de zèle et de l'indolence do leurs ministres, et que plusieurs d'entre eux, tels que Salmon, Cordon, les auteurs de la Bibliothèque anglaise, etc., sont convenus de cette tache de leur religion. Mais ce n'est pas assez de les réfuter par leur propre fait, il faut encore répondre à tous leurs reproches.
1° Les ecclésiastiques du séminaire des missions étrangères, et ceux de la Propagande, les théatins, les prêtres delà mission, nommés lazaristes, etc., ne sont pas des moines dégoûtés du cloître, et l'on ne pouvait pas regarder comme tels les jésuites. Quand on considère les travaux auxquels ces missionnaires se livrent, les dangers qu'ils courent, la mort à laquelle ils sont souvent exposés, on sut qu'aucune passion humaine, aucun motif temporel, ne sont capables d'inspirer autant de courage, que le zèlo seul et la charité chrétienne les animent. Lorsque nous disons aux protestants quo les prédicants de la réforme étai. nt poussés par le dégoût du cloître, par l'amour de l'indépendance, par l'ambition de devenuchefs de parti, ils nous accusent d'injustice et de témérité ; ont-ils autant de raisons de suspecter le zèle des missionnaires que nous en avons de nous délier de celui des prétendus réformateurs ? Luther, en se révoltant contre l'Eglise, devint pape de Wittemberg et d'une partie do l'Allemagne. Calvin se fit souverain pontife et législateur de Genève. Nous ne connaissons aucun missionnaire qui ait pu se flatter de faire une aussi belle fortune aux Indes ou en Amérique.
2° Peut-on se persuader que les papes se soient jamais proposé d'asservir l'univers entier à leur domination temporelle, et qu'ils forment encore aujourd'hui lo projet de se faire un empire aux extrémités de l'Asie ou de l'Afrique? Ils ont sans doute des héritiers auxquels ils désirent de transmettre leur couronne. Cette idée est si folle, que l'on ne conçoit pas comment on peut la prêter à un homme sensé. Nous voudrions savoir encore par quelle récompense ils ont payé le zèle des missionnaires qui se sont
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exposés autrefois pour eux à la barbarie des
peuples du Nord, et que! salaire ils font espérer à ceux qui vont aujourd'hui braver la mort chez les Sauvages, a la Chine, ou sur les côtes de l'Afrique. Les missionnaires ont certainement prêché partout et dans tous les temps la juridiction spirituelle du pape sur toute l'Eglise, parce que c'est un dogme de la foi catholique ; mais quand on veut nous persuader qu'un empereur de la Chine a banni les missionnaires de ses Etats, parce qu'il avait peur de devenir vassal ou tributaire du pape, en vérité cette ineptie est trop ridicule. Quelque vicieux qu'aient pu être certains papes, nous présumons qu'ils croyaient en Dieu et en Jésus-Christ; ils ont donc dû croire qu'il était de leur devoir d'étendre la foi chrétienne autant qu'ils le pouvaient; pourquoi leur supposer un autre motif? Enfin, quand leur zèle n'aurait pas été assez pur, l'Europe entière ne leur est pas moins redevable de la tranquillité qu'ils lui ont procurée, soit par la conversion des Barbares du Nord, soit par l'affaiblissement des mahométans, qui a été l'effet des croisades. Cet avantage nous paraît assez grand pour ne pas les calomnier mal à propos.
3° Nous convenons que les missionnaires ont prêché, soit dans le nord, soit dans les autres parties du monde, la foi catholique, la religion romaine, et non le protestantisme. Ils ne pouvaient pas l'enseigner avant qu'il fût éclos du cerveau de Luther et de Calvin; ceux qui sont venus après n'ont pas été tentés d'aller au bout du monde pour y enseigner des hérésies. Avant de savoir s'ils ont eu tort, il faudrait que le procès fût décidé entre les protestants et nous. Que diraient-ils, si nous nous plaignions de ce que leurs ministres prêchent dans les Indes le luthéranisme ou le calvinisme, et non la doctrine catholique ? Le reproche d'idolâtrie* fait ù l'Eglise romaine, est une absurdité surannée qui ne devrait, plus se trouver dans les écrits des piolestants sensés ; mais comme elle fait toujours illusion aux ignorants, ils la répéteront tant qu'ils trouveront des dupes assez stupides pour y croire. Voy. Paganisme, § 11. Mosheim, si obstiné à censurer les missions des catholiques dans tous les siècles, n'a pas fait les mêmes reproches à celles des nestoriens dans la Tartarie et dans les indes, ni à celles des Grecs chez les Bulgares et chez les Russes. Cependant les nestoriens et les Grecs ont enseigné à leurs prosélytes les mêmes superstitions et la même idolâtrie que les missionnaires de l'Eglise romaine, le culte des saints et des images, l'adoration de l'eucharistie, les sept sacrements, etc. ; les Russes en font encore profession. Nous ne voyons pas quelesTartareset les Russes aient été des chrétiens plus parfaits que les Allemands et les Danois, convertis par des catholiques. Mais comme les nestoriens et les Grecs n'enseignaient pas la suprématie du pape, ils ont par cette discrétion mérité d'être absous per les protestants de toutes les erreurs
et de tous les défauts de leurs missions. A
la vérité, les nestoriens inspiraient à leurs prosélytes la soumission à leur patriarche, et les Grecs soumettaient les Russes à. celui de Constantinople ; n'importe, il est indifférent aux protestants que les chrétiens soient subordonnés à un chef quelconque, pourvu que ce ne soit pas au pontife romain : telle est leur judicieuse impartialité.
V Nous sommes très-persuadés que Jes Barbares du Nord n'ont pas été des saints immédiatement après leur conversion , et qu'il a fallu au moins une ou deux générations pour leur donner de meilleures mœurs ; mais enfin ils ont renoncé au brigandage ; depuis qu'ils ont été chrétiens, les contrées méridionales de l'Europe n'ont plus été dévastées par leurs incursions. De savoir si les Normands ont été convertis par l'appât de posséder la Normandie, et les Francs par l'espoir de faire plus de conquêtes, sous la protection du Dieu des Romains que sous celle de leurs anciens dieux, Mosheim le prétend, c'est une question que nous n'entreprendrons pas de décider ; nous n'avons pas comme lui le sublime talent de lire dans les cœurs. Mais du moins les enfants de ces conquérants farouches sont devenus plus traitables, et ont appris à mieux connaître le Dieu des chrétiens. Faut-il renoncer à la conversion des Barbares, parce que l'on no peut pas tout à coup en faire (les saints? Nous conviendrons encore vo- Jomiers que parmi un très-grand nombre de missionnaires il y en avait plusieurs qui n'étaient pas de grands docteurs : qu'au milieu des ténèbres répandues pour lors sur l'Europe entière, quelques-uns se sont persuadé qu'il était permis d'employer des fraudes pieuses pour intimider des barbares incapables de céder a la raison. Sans vouloir excuser cette conduite, toujours condamnée par les évoques dans les conciles, nous disons qu'il y a de l'injustice de l'attribuer h tous, et de prétendre que c'était l'esprit dominant de ces temps-là. Puisque nous avouons qu'il y avait pour lors de grands vices, les protestants devraient convenir aussi qu'il y avait de grandes vertus, puisque l'un de ces faits n'est pas moins prouvé que l'autre. 11 y avait même de vraies et de solides lumières. Si l'on en doute, on n'a qu'à lire la lettre que Daniel, évêque de Winchester, écrivit, en 72i, à saint Bomface, apôtre de l'Allemagne. Nous défions les protestants les plus habiles d'imaginer une meilleure manière de convaincre des idolâtres de la fausseté et du ridicule de leurs superstitions. Hist. de V Eglise gallicane, tom. IV, 1. xi, an. 725.
5° Quand ils disent que l'on a souvent employé les armes et la violence pour convertir les Barbares, ils veulent parler sans doute des expéditions de Charlemagnc contre les Saxons, et des exploits des chevaliers de l'ordre teutonique dans la Prusse. Nous examinerons ces faits à l'article Nonn. Quant aux séditions et aux troubles dont
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d'autres accusent les missionnaire?, t-o?/- Chine, Japon.
6° Nous avouons enfin que les contestations qui ont régné entre les missionnaires, dans le dernier siècle, touchant les rites chinois et malabares, n'étaient ni édifiantes, ni propres à procurer le succès des missions : mais le fond du procès n'était pas fort clair, puisqu'il a fallu quarante ans poi;r le terminer ; « enfin, les décrets des souverains pontifes l'ont fait cesser, » et à Dieu ne plaise que nous voulions justifier ceux qu ils ont condamnés. Mais il y a eu des disputes même entre les premiers prédicateurs de 1 Evangile.. Saint Paul s'en plaignait et en gémissait ; il n'en faisait pas un sujet de triomphe, comme font les protestants. Il y a eu des disputes bien plus vives entre les fondateurs de la prétendue réforme , et après deux siècles de durée, ces déhats ne sont pas encore terminés. Est-ce aux protestants, divisés en vingt sectes différentes, qu'il convient de reprocher des disputes aux missionnaires ?
7* En disant qu'il faut une vocation extraordinaire et surnaturelle pour travailler h la conversion des intidôles , sous une domination étrangère, les protestants témoignent assez clairement que l'ordre et la promesse de Jésus-Christ : Allez dans le monde entier, prêchez VEvangilc à toute créature, enseignez et baptisez toutes les nations,.... je suis arec vous jusqu'à la consommation des siècles (Malth. xxviii, 19 ; Marc, xvi, 15), ne les regardent pas, et nous en sommes persuadés comme eux. Mais l'Eglise catholique est depuis dix-sept siècles en possession de s'approprier cette mission et ces promesses; elle n'a plus besoin de miracles pour prouver son droit. Loin d'ordonner à ses apôtres d'attendre le consentement des souverains pour prêcher, Jésus-Christ commence par déclarer que toute puissance lui a été donnée dans le ciel et sur la terre. Déjà il avait averti ses apôtres que partout ils seraient haïs , maltraités, poursuivis à mort pour son nom ; il avait ajouté qu'il ne faut pas craindre ceux qui peuvent tuer le corps , mais seulement celui qui peut perdre le corps et l'âme, et il leur avait prorais son assistance (Matth. x, 16 et suiv.). Encore une fois ce commandement et ces promesses sont sans restriction; leur effet doit durer jusqu'à la consommation des siècles. Nous avons demandé plus d'une fois aux protestants quelles lettres d'attache Luther, Calvin et les aulr s prédicants avaient reçues des souverains pour prêcher leur doctrine, ou par quels miracles ils ont prouvé leur vocation extraordinaire et surnaturelle ; nous attendons vainement la réponse. Il est fort singulier qu'il faille le don des miracles ou le consentement des souverains pour aller porter la vérité chez les infidèles, et qu'il n'ait fallu ni l'un ni l'autre pour répandre l'hérésie dans toute l'Europe. Mais la vocation des réformateurs était la même que celle des anciens hérétiques; leur dessein et leur ambition, disait Tertullien, n'est pas de convertir les païens , mais do
pervertir les catholiques. De J'revscripl., c. 42.
8* Il n'est pas fort difficile de voir pourquoi les missions des derniers siècles n'ont pas produit autant de fruit qu'elles semblaient en promettr >. Les Européens se sont rendus odieux dans les trois autres parties du monde par leur ambition, leur rapacité, leur orgueil , leur libertinage, leur cruauté ; tous conviennent que dès que l'on a une fois franchi l'Océan , on ne connaît plus d'autre religion que le commerce, ni d'autre Dieu que l'argent. Sur ce point, les nations protestants sont tout aussi coupables que les nations catholiques Quelle confiance peuvent donner les infidèles à des missionnaires arrivés d'un pays qui ne leur semble avoir produit que des monstres ? Les missionnaires , asservis aux intérêts de la nation oui les protège, se sont trouvés souvent impliquas, sans le vouloir, dans les contestations et les mauvais procédés de leurs compatriotes. Voilà ce qui a fait le mal, et il durera tant que les missions seront dépendantes des peuples de l'Europe, uniquement occupés des intérêts de leur commerce.
Les apôtres, dégagés de ces entraves, n'étaient obligés de ménager ni de favoriser pe sonne ; ils instruisaient des nationaux , et leur donnaient ensuite le soin d'enseigner et de convertir leurs compatriotes. On a senti enfin la nécessité de les imiter, d'élever des Chinois et des Indiens pour en faire des missionnaires. C'est le seul moyen do réussir; mais il ne convient pas à ceux qui ont fait la plus grande j artie du mal de triompher aujourd'hui des pernicieux effets qu'il a produits. Il est cependant faux que les missions en général aient été aussi infructueuses que le prétendent les protestants ; VEtat de i Eglise romains dans toutes les partics du inonde, qu'cu?i- mêmes ont eu soin de publier, est une preuve authentique du contraire.
M. de Pages, dans ses Voyages autour du monde, terminés en 177G, atteste, comme témoin oculaire, le succès des missionnaires franciscains en Amérique , la douceur et la pureté des mœurs qu'ils y font régner, il dit que la religion catholique a fait beaucoup de progrès dans la Syrie , à Damas et dans le sud-ouest des montagnes, où les hérétiques elles schismatiques faisaient autrefois le plus grand nombre; qu'elle s'est aussi étendue en Egypte parmi les cophtes. « J'ai vu i ar moi-même, dit-il, les peines et les travaux des missionnaires, en Turquie , en Perse , dans les Indes , pays qui fourmillent de chrétiens peu instruits. Les missions ont fait des progrès admirables dans les royaumes de Pégu, Siam, Camboyc, Cochinchine, et même à la Chine, par le moyen des sujets chinois que l'on instruit en Italie.... L'Espagne seule a fait plus de chrétiens en Amérique et en Asie , qu'elle no possède de sujets en Europe. » M. Anquetil, dans son Voyage des Indes, compte deux cent mille chrétiens à la seule côte de Malabar, dont les trois quarts sont catholiques.
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Do tous les missionnaires , ceux que Ton a le plus maltraités sont les jésuites; et les incrédules n"ontpas manqué de recueillir et de commenter tous les reproches qu'on leur a faits. Il n'est point d'impostures, de fables, de calomnies , que l'on n'ait vomies contre leurs missions du Paraguay et de la Chine ; on n'a pas môme épargné saint François- Xavier. On a dit qu'il était d'avis que" l'on ne parviendrait jamais à établir solidement le christianisme chez les infidèles, à moins que les auditeurs ne fussent toujours à la portée du mousquet. L'on a cité pour garant de cette anecdote le P. Navarrette, qui était, dit-on, son confrère. L'auteur qui a recueilli cette fable ignorait que Navarrette était jacobin et non jésuite , ennemi déclaré des jésuites et non leur confrère ; que îe second volume de son ouvrage sur la Chine fut supprimé par l'inquisition d'Espagne , et que 'on n'a pas osé publier le troisième. Il résulte de là que ce religieux n'avait pas écrit par un zèle fort pur. Ce qu'il dit de saint François-Xavier, si cependant il l'a dit , est prouvé faux par les lettres et par la conduite de ce saint missionnaire. Baldéus, auteur protestant, a rendu une pleine justice au zèle, aux travaux, aux vertus de ce même saint. Apol. pour les cathol., tom. II, c. xiv, p. 208.
Lorsque l'auteur de l'Histoire des établissements des Européens dans les Indes a fait l'apologie des missions des jésuites au Paraguay, au Brésil, à la Californie, les philosophes ses confrères ont dit que c'était un reste de prévention et d'attachement pour la société de laquelle il avait été membre. Mais Montesquieu, Buffon, Muratori, Haller, Frézier, officier du génie; un autre militaire qui a pris le nom de philosophe Ladouceur, etc., n'ont jamais été jésuites; ils ont cependant fait l'éloge des tnissions du Paraguay, et les deux derniers y avaient été; ils en parlaient comme témoins oculaires. M. Bobertson , dans son Histoire de V Amérique; M. de Pages, dans ses Voyages autour du monde, publiés récemment , tiennent le môme langage.
Un trait de la fourberie dos incrédules a été de nous peindre l'état des peuples de l'Inde, delà Chine, et môme des Sauvages, non-seulement comme très - supportable , mais comme heureux et meilleur que celui des nations chrétiennes , afin de persuader que le zèle des missionnaires , loin d'avoir pour objet le bonheur de ces peuples, ne tendait dans le fond qu'à les asservir et à les rendre malheureux. Mais depuis que l'on a comparé ensemble les relations des divers voyageurs, que l'on a vu par les livres originaux des Chinois, des Indiens, des Guôbres ou Parsis, la croyance, les mœurs, les lois, le gouvernement de ces peuples divers, on a mis au grand jour l'ignorance, la prévention, la mauvaise foi de nos philosophes incrédules, on a mieux compris l'énormité «lu crime des protestants, qui, non contents de négliger les missions, auxquelles ils sentent bien qu'ils ne sont pas propres, ont encore cherché à les décrier et à les rendre
odieuses. Celte considération n'a pas empoché un voyageur très-moderne d'adopter sur ce point les idées et le langage philosophiques. Suivant son avis , on peut douter si , les missionnaires sont animés par le désir de rendre éternellement heureuses les nations i lolàtres, ou par le besoin inquiet de se transporter dans les pays inconnus pour y annoncer des vérités effrayantes. Ceux de la Chine, dit-il, n'ont pas été entièrement désintéressés ; pour compensation des fatigues, et pour dédommagement des persécutions auxquelles ils s'exposaient, ils ont envisagé la gloire d'envoyer à leurs compatriotes des relations étonnantes, et des peintures d'un peuple digne d'admiration. L'on sait d'ailleurs que cette classe d'Européens borne ses connaissances aux vaines subtilités de la scolastique, et à des éléments de morale subordonnés aux lois de l'Evangile et aux vérités révélées. Voyages de M. Sonncrat, publiés en 178k.
Sans examiner si des motifs aussi frivoles peuvent servir de compensation et de salaire aux missionnaires, nous demandons à cet écrivain scrutateur des cœurs si notre religion est la seule qui enseigne des vérités effrayantes ; si les Chinois , les Indiens , les Parsis, les mahométans, ne croient pas aussi bien que nous une vie à venir et un enfer pour les méchants. Quel peut donc être pour les missionnaires l'avantage de leur annoncer l'enfer, cru par les chrétiens, au lieu de celui que croient les infidèles ? nous ne le concevons pas. Si ces missionnaires euxmêmes croient une vie à venir, ils peuvent donc avoir pour motif de leurs voyages et de leurs travaux l'espérance de mériter le bonheur éternel pour eux - mêmes , et de mettre en état leurs prosélytes de l'obtenir. Mais ceux qui ne croient rien s'imaginent que tout le monde leur ressemble , et que les missionnaires prêchent des vérités effrayantes sans y croire. Si tous les missionnares de la Chine avaient fait et publié des relations , l'on pourrait penser que tous ont eu l'ambition d'étonner leurs compatriotes; mais les trois quarts des missionnaires n'en ont point fait, et n'ont eu part à aucune; on ne se souvient pas seulement de leurs noms en Europe ; où est donc la gloire qu'ils ont envisagée pour récompense ? On nous regarderait comme des insensés , si nous disions que les négociants, les navigateurs, M. Sonnerat lui-même, ne sont allés aux Indes et à la Chine que pour avoir le plaisir de nous étonner par leurs relations, ou de contredire coux qui avaient écrit avant eux. Esl-il vrai que les missionnaires n'aient montré dans leurs relations point d'autres connaissances que celle de la scolastique , et de la morale de l'Evangile ? Ce sont eux qui les premiers nous ont fait connailre les pays qu'ils ont parcourus, et les nations qu'ils ont instruites. Notre voyageur, qui a bien senti que ce reproche qu'il fait aux missionnaires en général ne pouvait regarder les jésuites, a trouvé bon de leur attribuer des motifs od'eux; c'est une calomnie, et rien do plus.
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Au mot Tautaues, nous parlerons en particulier des missions laites en Tartarie.
Le rédacteur de l'art. Californie, du Dictionnaire de JurisprwL, s'y est pris d'une autre manière. Après avoir copié le tableau des missions de ce pays-là, tracé dansl7/i'.s£. philos, des établiss. des Européens dans les deux Indes, il convient que l'esprit de domination et de commerce n'a porté que la corruption , le carnage , la servitude dans toutes les contrées de l'Amérique ; que c'est h la religion seule de rapprocher et de civiliser les Sauvages. Il avoue que îa philosophie n'a jamais donné ce zèle ardent et patient, cette abnégation de soi-même, qu'inspire la charité chrétienne , et qu'exige cependant la fondation d'une société parmi les Sauvages. 11 demande par quels motifs le philosophe saurait les engager h renoncer au repos de leur vie vagabonde , pour se courber sous le joug des travaux civils. jNous saurions gré à l'auteur de ces réllexions , s'il n'avait pas cherché a les empoisonner; mais il doute de la vérité des faits, parce qu'ils no sont constatés par le témoignage d'aucun philosophe impartial ; nous avons fait voir le contraire. Il doute si l'indépendance de l'état de la nature , si l'ignorance de tous nos besoins factices , ne valent pas mieux que la sûreté trop souvent incertaine que peuvent procurer nos lois , que l'abondance et les commodités de nos arts et de nos sociétés, qui immolent à l'aisance ou plutôt à la satiété du petit nombre la substance et le nécessaire physique de la multitude. Il doute enfin si les institutions des bons missionnaires étaient aussi propres à conserver et à faire prospérer les nouvelles sociétés, qu'elles paraissent avoir été suffisantes pour en jeter les premiers fondements; si la tyrannie du despotisme et les fureurs de la superstition n'eussent pas bientôt succédé à l'enthousiasme éclairé de la bienfaisance et de la religion.
Permis à un philosophe sans religion de douter de l'évidence même , mais il ne doit pas déraisonner. 1° Il est faux que la vie vagabonde des Sauvages soit un état de repos; souvent pour se procurer la subsistance, ils sont obligés de faire des chasses de deux cents lieues, et s'ils se donnent du repos, c'est en faisant travailler les femmes à leur place ; celles- ci ne sont -elles donc pas des créatures humaines ? 2° 11 l'est que l'état sauvage soit Yétat de nature ; la nature n'a pas fait l'homme pour vivre comme les brutes ; la différence de leurs facultés le démontre. 3° 11 n'est pas vrai que la société immole h l'aisance du petit nombre le nécessaire physique de la multitude. Ce qui arrive par l'inhumanité de quelques individus ne vient pas plus de l'état de société, que les guerres, les massacres, les cruautés des Sauvages ne viennent des sentiments naturels d humanité, et que les déraisonnements des philosophes ne viennent de la raison. 4° C'est une absurdité de supposer que des institutions suffisantes pour réunir les hommes en société, pour leur inspirer des sentiments mu-
tuels d'affection, de charité, de concorde, ne suffisent plus pour les maintenir dans cet état. Quand il serait décidé que leur bonheur ne peut pas durer toujours, ne seraitce pas encore un mérite de le procurer du moins à trois ou quatre générations d'hommes ? 5" Il est bien indécent que les philosophes , qui se reconnaissent incapables de fonder une société, s'attachent à déprimer les travaux de ceux qui en viennent à bout. C'est le procès des frelons contre les abeilles. Voy. Sauvages, Société.
* MISSIONS PROTESTANTES. Les observations qu'on va lire sont littéralement traduites du Courrier de Boston (50 mai 1859), journal protestant, qui les a extraites d'un ouvrage récemment publié aux Etats-Unis par un missionnaire protestant, le révérend M. Malcolm, témoin oculaire lui-même des faits qu'il rapporte avec une admirable franchise.
« Nous extrairons du voyage du révérend M. Malcolm quelques passages qui prouveront le peu de succès des missionnaires protestants, américains et autres, au sud-est de l'Asie : surtout si l'on compara le faible résultat de leurs travaux aux énormes dépenses qu'ils ont occasionnées. Ce défaut de succès a été si bien senti par les amis des missions, que, selon M. Malcolm, la seule question est aujourd'hui de savoir si les plans et les méthodes jusqu'à présent adoptés doivent subir quelque modification, ou si l'œuvre des missions doit être entièrement abandonnée. Sur le premier point, M. Malcolm est d'avis que le système des écoles, sur lequel on avait principalement compté, est resté sans résultat et ne saurait être poursuivi. A l'appui de celle opinion, il cite des faits qui nous mettront à même déjuger non-seulement de l'inutilité des immenses déboursés qu'exige le soutien des missions, mais encore des succès incomparablement plus grands ( incompnrably grenier success) qui ont accompagné les travaux des missionnaires catholiques et même le prosélytisme des musulmans. Nous laissons parler le révérend M. Malcolm.
« Plus de 250,000 écoliers reçoivent aujourd'hui l'instruction dans les écoles des missionnaires, et le nombre de ceux qui y ont été reçus jusqu'ici et qui ont vécu sous l'influence des ministres, peut se monter à un million. Feu M. Reichardt, de Calcutta, qui fut employé pendant longtemps au service de ces écoles, assurait que, parmi tant de milliers de jeunes gens, cinq ou six seulement s'étaient faits chrétiens. A Vepery, faubourg de Madras, où, pendant un siècle, une entreprise de ce genre a été puissamment soutenue par la Société des connaissances chrétiennes, les résultats ne sont guère plus encourageants, non plus qu'à Tranquebar, où les missionnaires danois ont des écoles depuis cent trente ans. Dans tout Madras, où les écoles sont fréquentées par plusieurs milliers d'indigènes, on n'en compte pas plus d'une demi-douzaine qui aient embrassé le christianisme. Au collège anglo-chinois, élevé à grands frais à Malacca, il y a plus de vingt ans, on compte une vingtaine de conversions. L'école établie à Calcutta par Y Associai! on générale ccessaise, et qui, depuis six ans, réunit environ quatre cents écoliers, compte cinq ou six néophytes; celle qui a été fondée il y a seize ans à Chitlagong, et qui réunit plus de deux cents élèves, n'a vu jusqu'ici que deux de ses écoliers amenés à la connaissance de la vérité. A Arracan, les écoles n'ont pas encore produit une seule conversion. Dans tout l'empire des Birmans, je n'ai pas oui parler d'un seul chrétien sorti des écoles. Dans les lieux où las écoles prospèrent le plus, un nombre considérable d'élèves ont, à la vérité, abandonné l'idolâtrie, mais sans embrasser le Christian nisme, et sont à présent des infidèles entêtes ( eneci-
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tcd infideh), pires (huis leurs conduite que les païens; plusieurs, grâce à l'éducation qu'ils ont reçue, ont obtenu îles fonctions et une influence dont ils se servent contre la religion même » (a).
Il paraît que les distributions de livres n'ont pas été plus heureuses que les fondations d'écoles ; voici comment M. Malcolm s'en exprime :
< On n'a pas imprimé moins de sept traductions différentes des saintes Ecritures en langue malaise; et il parait, on outre, par un rapport du docteur Milne, que, dès l'année 1820, on avait déjà composé quarante- deux autres ouvrages chrétiens dans la même langue : ils avaient éié distribues par milliers parmi les Malais : mais je n'ai pas entendu parler d'un seul Malais converti dans toute la presqu'île. Pour ce qui concerne la distribution de la Bible et des traités religieux, on doit considérer combien petit est le nombre de ceux qui ont été convertis par cette voie, en comparaison des sommes prodigieuses dépensées pour cette fin. En effet, l'avidité avec laquelle nos livres de religion sont reçus par les païens et les mahoaiélans ne doit pas s'attribuer au désir de connaître la vérité; le paper, les caractères imprimés, la forme cl la couleur des livres sont pour eux un objet de curiosité aussi grand que le serait pour nous un manuscrit sur des feuilles de palmier. Un missionnaire pa.en, en Europe, qui distribuerait gratuitement, dans les rues de nos cités, des manuscrits de ce genre, trouverait plus d'amateurs qu'il n'en pourrait contenter, et verrait cliaque jour la foule se presser autour de lui jusqu'à ce que la curiosité s'éteignit dans l'abondance. C'est ainsi que, dans l'Arracan, quelques milliers de traités religieux et des portions de la Bible ayant été distribués parmi les habitants, ceux-ci finirent par les détruire, sans qu'un désir sérieux de connaître la Vérité se fût manifesté au milieu de celte innombrable multitude. Les Birmans surtout sont attirés chez les missionnaires par les plus frivoles motifs; la plupart, sous prétexte de nous demander des livres, venaient plutôt pour voir des étrangers et pour admirer le costume de nos femmes. Ils regardaient toutefois avec étonnemenl les livres que nous leur donnions, et, en essayant d'examiner la relure, ils les déchiraient sous nos yeux. Ce sont là des faits dignes de l'attention des amis des missions en Europe; il est désirable qu'ils ne se laissent pas induire en erreur par les rapports superficiels des missionnaires. Moi-même, en remontant l'Irraouaddi jusqu'à la ville d'Ava, capitale des Birmans, je distribuai des traités religieux dans quatre-vingt-deux villes et villages , et j'en fournis a six cent cinquante-sept bateaux, dont plusieurs contenaient de quinze à trente passagers, outre ceux que je faisais souvent passer aux personnes qui se trouvaient sur le rivage. En général ces livres étaient reçus avec avidité, et la plupart de ceux qui en avaient un en demandaient un autre : un grand nombre se jetaient dans l'eau et nageaient à la suite du bateau ; et souvent, lorsque nous étions amarrés au rivage, nous étions entourés d'une si grande multitude de solliciteurs, que nous pouvions à peine manger et dormir. Mais toutes ces démonstrations étaient loin de prouver dans ce peuple le désir de s'initier à la foi chrétienne, nos livres n'étaient pour eux qu'un objet rare. A Sincapour, où l'on a lait d'incroyables efforts pour la distribution des livres et pour rétablissement des écoles, pas une seule conversion n'est venue récompenser tant de travaux et de déjà) La loyauté qui doit présider aux discussions religieuses nous faii un devoir de reconnaître que les missionnaires protestanls , plus heureux dans l'Inde méridionale, y oui réuni quelques centaines de prosélytes. Sur ce nombre il faut compter plusieurs familles catholiques depuis longtemps délaissées par les prêtres | oriugais et trop faibles pour se soutenir d'elles-mêmes. Le resie se compose de parias au service des fonctionnaires anglais, cl de malheureux qui reçoivent le pain des prédicauts à condition de le venir chercher au temple.
penses. Cependant il n'est aucun point, dans tout l'Orient, où les livres religieux aient été répandus avec une aussi grande profusion ; on en a donné des milliers et des dizaines de mille; on en a abondamment pourvu, non-seulement les habitants malais, mais encore ceux de Java, de Sumatra, les Chinois, les musulmans, les Arabes, les Télingas, etc., etc. Depuis longtemps on voit les distributeurs allant de maison en maison, et débitant leur marchandise de tous côtés; d'autre part les efforts pour établir des écoles n'ont pas manqué : tout est resté infructueux. Ce qui rend fort difficile, pour ne pas dire impossible, une traduction de nos livres de religion, intelligible pour les Malais, c'est la structure de cette langue : le malais, il est vrai, s'apprend sans peine : il n'a pas de sons difficiles à prononcer pour un Européen, la construction esl extrêmement simple, et ses mots sont en petit nombre ; la même expression désigne le nombre, le genre, les modes et le temps ; on se sert du même mot pour le substantif, l'adjectif, le verbe et l'adverbe ; les temps mêmes des verbes varient rarement, en sorte qu'on a bientôt appris ce qui est indispensable pour la conversation ordinaire. Mais elle est si pauvre en termes abstraits, qu'en parlant ou en écrivant sur des questions religieuses, on ne peut éviter des expressions nouvelles, qu'une longue habitude peut seule faire comprendre à l'interlocuteur. Dans la traduction des livres de religion, il a fallu emprunter de nouveaux mots à l'anglais, au grec, au portugais et surtout à l'arabe. Walter Uamilton rapporte, dans son journal (Eas!-lndia-Gazeiieer), que, sur cent mois d'un livre de prières traduit en malais, on avait trouvé trente termes polynésiens, seize sanscrits et sept arabes : ce qui ne laissait qu'environ une moitié de mots proprement malais. C'est encore bien pis pour les Chinois : leur écriture n'étant pas alphabétique, mais chaque expression de la langue savante se représentant par un caractère particulier, il arrive de là qu'il n'y a pas de caractères pour un grand nombre de mots de nos langues d'Occident. Il serait donc impossible de traduire les Ecritures saintes par écrit dans la langue du peuple, quoiqu'on pût peut-être les faire comprendre par une explication orale ; d'ailleurs la différence des dialectes fait que le langage écrit ne peut être compris par la plupart de ceux qui savent lire, et qui ne forment pas la quarantième partie de la population. On demandera peut-être pourquoi l'on ne traduirait pas les Ecritures dans les différents dialectes parlés? la raison en est simple : c'est qu'il n'y a pas de caractères spéciaux pour la plupart de ces dialectes; et quelque étrange que cette assertion puisse paraître, il y a une multitude de mots dans le langage ordinaire qu'on ne peut exprimer par écrit. Il est pénible de voir que, malgré l'inefficacité et l'inutilité de ces traductions, la seule version de la Bible en chinois ait coûté plus de cent mille dollars (environ cinq cent vingt mille francs). Cependant, malgré ces difficultés, il y a quelque chose d'inexplicable dans la stérilité des missions protestantes; car les missionnaires catholiques, avec de très-faibles ressources, ont obtenu beaucoup plus de succès ; ils ont fait un grand nombre de prosélytes; leur culte esl devenu populaire, et partout il excite l'attention publique. Ne pourrait-il pas se faire que la surabondance des moyens possédés par les missionnaires prolestants, leur richesse même et leur grandeur apparente, fussent quelques-uns des principaux obstacles? Ils ne sont pas placés au niveau des peuples auxquels ils s'adressent; il ne peut jamais exister assez de familiarité entre eux et la foule pour attirer la confiance, la sympathie, nécessaire pour faire une forte impression sur les esprits. A Sincapour, par exemple, où, comme on l'a dit plus haut, on a fait des efforts extraordinaires, on n'a pu jusqu'à présent convertir un seul Malais à la religion protestante; tandis que les missionnaires catholiques y ont deux églises, ont opéré nombre do conversions parmi les Malais, les Chinois et autres, et réu-