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nisscnt tons les dimanches à leurs églises un concours considérable d'hommes de loules les religions. Quelles peuvent èlre les raisons de ceUe différence
dans les travaux dos uns et des autres? Voici celles qui se présentent à mon esprit (dit toujours M. Malcolnn : les missionnaires papistes dans l'Inde sont, en général, gens de bonnes mœurs; ils vivent d'une manière beaucoup plus humble, ils se m lent plus volontiers avec le peuple ; leurs honoraires, autant «pie j'ai pu l'apprendre, ne sont que de cent piastres par an, et, n'étant pis mariés, ils savent vivre de peu. »
i M. Maleoliiî (ajo-ite le rédacteur du Journal) aurait pu ajouter que les missionnaires catholiques ne laissent après eux ni veuves, ni orphelins, pour absorber les contributions données expressément pour le soutien des missionnaires actuels travaillant à la conversion des paysans. Saint Paul, écrivant aux premiers chrétiens, qui se trouvaient dans une position à peu près semblable à celle de nos missionnaires vivant au milieu des peuples d'Orient, leur disait : — Je désire vous voir dégagés de sollicitudes; celui qui n'est point marié s'occupe du soin des choses du Seigneur, et de ce qu'il doit faire pour plaire à Dieu; mais l'homme marié s'occupe des choses du monde et de ce qu'il doit faire pour plaire à sa femme: il est partagé (/ Corirtlh.f\n). Les missionnaires protestants ne pourraient-ils pas se soumettre à la vie de privation, d'abnégation et de mortification qu'embrassent avec tant de joie les missionnaires catholiques? >
MITRE, ornement de tète que portent les évoques, lorsqu'ils oflicient pontiticalement. M. Languet, dans sa Réfutation de I). Claude do Vert , convient qu'il est assez difficile de découvrir en quel temps cetlc espèce de bonnet a reçu la forme qu'on lui donne aujourd'hui £ il pense, avec beaucoup de vraisemblance, que cet ornement a succédé aux couronnes que portaient autrefois les évoques et les prêtres dans leurs fonctions. Il est parlé de ces couronnes dans l'Apocalypse, c. iv, v. k ; dans Eusèbe, Ilist. Eccle's., 1. x, c iv, et dans plusieurs autres auteurs plus récents. Véritable esprit de l'Eglise dans l'usage de ses cérémonies, § 35, p. 28V.
Comme le sacerdoce est comparé à la royauté dans l'Ecriture sainte, il n'est pas étonnant que, dans les fonctions les plus augustes du culte divin, les prêtres aient porté un des principaux ornements des rois. Le souverain pontife des Juifs avait sur sa tête une tiare, en hébreu mitsnephet, qui signifie une ceinture de tête ; et les prêtres portaient aussi bien que lui une mitre migbahat, qui signifie un bonnet élevé en pointe, autour duquel étaient des couronnes ( Exod: . xxix, 6 et 9; xxxtx, 20 ). La tiare était aussi l'ornement des rois ( Isaï. lxii, 3 ); et il parait tjue la mitre devint dans la suite une coill'ure des femmes. Judith, c. x, v. 3, mit une mitre sur sa tête pour aller se présenter à Holopherne. Un voyag ur moderne nous apprend que les femmes druses, des montagnes de Syrie, porient encore aujourd'hui une coiffure en cône d'argent, qu'elles nomment tantoura, et qui est probablement la mitre de Judith. Les dames françaises qui suivit eut les croisés, prirent sans doute du goût pour cette coiffure, puisqu'elle était en usage en France au xve siècle. —Bans un ancien pontilical do (ambrai, qui faille détail de tous
les ornements pontificaux, il n'est point fait mention de la mitre, non plus que dans d'autres manuscrits : Amalaire, Kaban-Maur, Alcuin, ni les autres anciens auteurs qui ont traité des rites ecclésiastiques, ne parlent point de cet ornement. C'est peut-être ce qui a fait dire à Onuphre, dans son Explication des termes obscurs qui est la fin des Vies des papes, que l'usage des mitres, dans l'Eglise romaine, ne remontait pas au delà de six cenls ans. C'est aussi le sentiment du père Ménard, dans ses Notes sur le Sacramentaire de saint Grégoire. Mais le père Martenne, dans son Traité des anciens rite» de l'Eglise, dit qu'il est constant (pie la mitre a été à l'usage des évoques de Jérusalem, successeurs de saint Jacques ; on le voit par une lettre de Théodose, patriarche de Jérusalem, à saint Ignace, patriarche de Constantinople, qui fut produite dans le vine concile général. Il e4 encore certain, ajoute le même auteur, que l'usage des mitres a eu lieu dans les Eglises d'Occident, longtemps avant l'an 1000; il est aisé du le prouver par une ancienne ligure de saint Pierre, qui est au-devant de la porte du monastère de Corbie, et qui a plus de mille ans, et par les anciens portraits des papes que les bollandistes ont rapportés. Théodulphe, évêque d'Orléans, fait aussi mention de la mitre dans une de ses poésies, où il dit en pariant d'un évêque : lllius ergo caput resplendcns mitra tegebat. Ainsi, continue le père Martenne, pour concilier les divers sentiments sur celle matière, d faut dire que l'usage des mitres a toujours été dans l'Eglise, mais qu'autrefois tous les évoques ne la portaient pas, s'ils n'avaient un privilège particulier du pape à cet égard. Dans quelques cathédrales, on voit sur des tombes des évoques représentés avec la crosse, sans mitre. D. Mabillon et d'autres prouvent la même ch »>e p.iur l'Eglise d'Occident et pour les évoques d'Orient, excepté les patriarches. Le Père Gear et le cardinal Bona en disent autant à l'égard des Grecs modernes.
Dans la suite, en Occident, l'usage de la mitre est non-seulement devenu commun à tous les évêques, mais il a été accordé aux: abbés. Le pape Alexandre 11 l'accorda à l'abbé de Canlorbéry et à d'autres ; Urbain II, à ceux du Mont-Cass n et de Cluny. Les chanoines de l'Eglise de Besançon portent le rochet comme les évoques, et !a mitre lorsqu'ils officient. Le célébrant, le diacre et le sousdiacre portent aussi la mitre dans les églises de Lyon et de Mâcon ; il en est de même du prieur et du chantre de Notre-Dame de Loch s, etc. La forme de cet ornement n'a pas toujours été la même; les mitres que l'on voit sur un tombeau d'évêques, à saint Rémi de Heims, ressemblent plus à une coiîfe qu'a un bonnet. La couronne du roi Dagobeit s; rt de mitre aux abbés de Munster. Voy.
ILiliîTS SACRÉS.
M ITT ENTES. Voy. Lapses.
MOAB1TES. Do i'inceste de Lot avec sa fille ainée naquitun filsnomm-é Moab; lesiUoo-
biles, ses descendants, étaient placés à l'o-
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lient de la Palestine. Quoique descendus de la famille d'Abraham, aussi bien que les Israélites, ils furent toujours leurs ennemis. Cependant Moïse défendit à son peuple de s'emparer du pays des Moabitcs, parce que Dieu leur avait donné les terres dont ils étaient en possession ( Deut. n, 9 ). Trois cents ans après cette défense, Jephté protestait encore que les Israélites n'avaient envahi aucune partie du terrain des Moabites (Judic. xi, 15 ). Moïse ne pouvait donc avoir aucun motif de forger une fable, pour noter d'infamie l'origine de ce peuple, comme quelques incrédules l'en ont accusé: celle ues Israélites était marquée de la môme tache par l'inceste de Juda avec sa bru. — Dans la suite les Moabitcs furent vaincus et assujettis par David ; il les rendit tributaires, mais il ne les dépouilla pas de leurs possessions ( // Ileg. vin, 2 ). 11 dit, Ps. lix, v. 10, Moab olla spei meœ; et Ps. cvh, v. 10, Moab, lebes spei meœ ; il fallait traduire, secundum spem meam ; « Moab, selon mon espérance, n'est qu'un vase fragile, que je briserai aisément. » Il y a dans l'hébreu : Moab olla lotionis meœ. « Moab est un vase aussi fragile que celui dans lequel je me lave. » Jérémie, c. xlviii, v. 42, avait prédit la destruction des Moabites ; il parait qu'en effet ils furent exterminés par les Assyriens, aussi bien que les Ammonites : il n'en est plus parlé depuis la captivité de Babylone.
MOEURS. Un des paradoxes que les incrédules ont soutenu de nos jours avec le plus d'opiniâtreté, est que la religion ne contribue en rien a la pureté des mœurs, que les opinions des hommes n'influent en aucune manière sur leur conduite. Dans ce cas, nous ne voyons pas par quel motif les philosophes peuvent être poussés à enseigner avec tant de zèle ce qu'ils appellent la vérité. Si les opinions et les dogmes ne servent à rien pour régler la conduite, que leur importe (ie savoir si les hommes sont croyants ou incrédules, chrétiens ou athées ? 11 est aussi absurde de prêcher l'impiété que d'enseigner ii religion. Pour sentir la fausseté de leur maxime, il suftit de comparer les mœurs qu'ont eues, dans les divers âges du monde, les adorateurs du vrai Dieu, avec celles des nations livrées au polythéisme et à l'idolâtrie. Le livre delà Genèse et celui de Job sont les seuls qui puissent nous donner quelque lumière sur ce point d'histoire ancienne. Il y a certainement bien de la différence entre les mœurs des patriarches et celles que l'Ecriture sainte nous montre chez les Egyptiens et chez les Chananéens. Abraham se rendit vénérable parmi eux, non-seulement par ses richesses et sa prospérité, mais encore par la douceur et la régularité de ses mœurs, par sa justice, son désintéressement, son humanité envers les étrangers, par sa fidélité à tenir sa parole , par son îespect et sa soumission envers la Divinité. Nous voyons plus de vertu dans sa famille que dans celle de Laban, qui commençait à être infectée du polythéisme. L'histoire y remarque a iissi des crimes, mais ils n'y furent pas fré-
quents ; si les enfants de Jacob paraissaient avoir été, pour la plupart, d'un assez mauvais caractère, c'est qu'ils étaient nés et avaient été élevés d'abord dans la famille de Laban. Les exemples de dépravation qu'ils virent ensuite en Egypte n'étaient pas fort propres à les rendre fidèles aux anciennes vertus de leurs pères.
Job fait l'énumération de plusieurs crimes communs chez les Iduméens parmi lesquels il vivait, et qui adoraient le soleil et la lune ; il se félicite d'avoir su s'en préserver, c.xxxi. Les histoires des Chinois, des Indiens, des Grecs etdes Romains, s'accordent à nouspeindre toutes les premières peuplades comme des hordes de sauvages plongées dans l'ignorance et dans la barbarie, et qu'il a fallu civiliser peu à peu ; l'on sait quelles sont les mœurs des hommes dans cet état déplorable. Jamais les familles patriarcales n'y ont été réduites; Dieu y avait pourvu, en accordant plusieurs siècles de vie aux chefs de ces familles : ils avaient, par ce moyen, l'avantage de pouvoir instruire et morigéner leurs descendants jusqu'à la douzième ou à la quinzième génération. L'on nous objectera peutêtreque,selonnous, toutesles anciennes peu- )lades connaissaient cependant le vrai Dieu et 'aloraient, puisque le polythéisme n'est pas a religion primitive. Elles le connaissaient sans doute ; mais nous n'en voyons aucune qui l'ait adoré seul, comme faisaient les patriarches. Voy. Dieu, § 5.
La révélation donnée aux Hébreux par le ministère de Moïse présente une seconde époque sous laquelle nous trouvons le môme phénomène à l'égard des mœurs. Le tableau que l'abbé Fleuryatracé de celles des Israélites est très-différent de ce qui se passait chez les nations idolâtres, et de la peinture que Moïse lui-même a faite de la corruption des Chananéens. On ne peut cependant pas accuser ce législateur d'avoir exagéré leurs crimes, pour fournir à sa nation un prétexte de les exterminer : ce soupçon, hasardé parles incrédules, est démontré faux. En effet, Moïse avertit son peuple qu'il tombera dans les mômes désordres, toutes les fois qu'il voudra lier société avec ces nations ; et la suite des événements n'a que trop confirmé sa prédiction. Lorsque ce malheur est arrivé, les prophètes n'ont jamais manqué de reprocher aux Israélites que leurs dérèglements étaient l'effet des exemples que leur avaient donnés leurs voisius, et de la fureur qu'ils avaient de les imiter. Ainsi, les déclamations mêmes que les incrédules ont faites sur les vices énormes des Juifs sont une preuve de la dépravation des idolâtres, puisque h'S Juifs ne les ont contractés que par imitation, et que tous ces désordres leur étaient sévèrement défendus par leurs lois. L'auteur du livre de la Sagesse observe, avec raison, que l'idolâtrie était la source et l'assemblage do tous les crimes (Sap. xiv, 23). Ceux qui voudraient en douter peuvent s'en convaincre en lisant ce que les auteurs profanes ont dit des mœurs des différentes nations connues à l'époque de là naissance du christianisme.
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Les apologtôles de notre religion n'ont pas une vie réglée, par l'apparence de toutes les manqué de rassembler ces preuves, pour vertus. « Il est honteux, dit-il, que .es impies démontrer le besoin qu'il y avait d'une ré- Galiléens, outre leurs pauvres, nourrissent forme dans les mœurs de tous les peuples , encore les nôtres, que nous laissons manquer lorsque Jésus-Christ est venu sur la terre. Les de tout. » Il aurait voulu introduire parmi poètes, les historiens, les philosophes, ont les prêtres païens la môme discipline et la tous contribué sans le vouloir à charger les môme régularité de conduite qui régnait traits du tableau. C'est surtout à cette parmi les prêtres du christianisme. Lett. 32, troisième époque de la révélation que àArsace, etc. Lucien, dans son Histoire de la l'inlluence de la religion sur les mœurs mort de Pére'grin, rend justice à la charité, a été rendue palpable par la révolution à !a fraternité, au courage, à l'innocence des que le christianisme a produite dans les mœurs des chrétiens. » Ils rejettent conlois , les coutumes, les habitudes des stamment, dit-il, les dieux des Grecs ; ils divers peuples du monde. S'il n'avait n'a lorent mie le sophiste qui a été crucifié ; pas fallu refondre, en quelque manière, l'hu- ils règlent leurs mœurs et leur conduite sur manité pour établir l'Evangile, ses premiers ses lois ; ils méprisent les biens de la terre , prédicateurs n'auraient pas éprouvé tant et les mettent en commun. » de résistance. Nous ne renverrons les incié- Parmi les fragments qui nous restent des dules ni au témoignage des Pères de l'Eglise, écrits de Porphyre, d'Hiéroclès, de Jambliquo ni aux réflexions de Bossuct dans son Dis- et des autres philosophes ennemis du chriscours sur l'histoire universelle, ni au livre tianisme, et dans tout ce qu'en ont dit les de l'abbé Fleury sur les Mœurs des chrétiens : Pères de l'Eglise, nous ne trouvons rien qui tous ces titres leur sont suspects. Mais reçu- nous apprenne que ces philosophes ont seront-ils la déposition des ennemis môme blâmé les mœurs des chrétiens ; ils ne leur de notre religion, de Pline le Jeune, de Celse, reprochent que leur aversion pour le culte de l'empereur Antonin, de Julien, de Lucien, des dieux du paganisme. etc., et le témoignage qu'ils ont été forcés de Y avait-il donc quelque autre attrait que rendre de la pureté des mœurs et de l'inno- celui de la vertu qui pût engager un païen cence de la conduite de ceux qui l'avaient à embrasser le christianisme? Si l'on veut embrassée ? comparer le génie, la croyance, les pratiques Pline, dans sa célèbre lettre à TrajanJ. 10, du paganisme, avec l'Evangile, on sentira lettre 97, atteste que, soit par la confession que, pour changer de religion, il fallait qu'il des chrétiens qu'il a fait mettre à la toiture, se fit le plus grand changement dans l'esprit soit par l'aveu de ceux qui ont apostasie, et dans le cœur d'un converti. Quels funestes il n'a rien découvert, sinon que les chrétiens effets ne devait pas produire sur les mœurs s'assemblaient en secret pour honorer Christ une religion qui enseignait aux païens que comme un Dieu; qu'ils s'obligeaient par le monde était gouverné par une multitude serment, non à commettre des crimes, mais de génies vicieux, bizarres, capricieux, trèsà s'abstenir du vol, du brigandage, de l'a- peu d'accord entre eux, souvent ennemis dultôre, de manquer à leur parole, de nier déclarés, qui ne tenaient aux hommes auun dépôt; qu'ils prenaient ensemble un re- cun compte des vertus morales, mais scupas innocent, et qu'ils avaient cessé leurs lement de l'encens et des victimes qu'on assemblées depuis qu'elles étaient défendues leur offrait ? Aussi le culte qu'on leur rennar un édit. Celse avoue qu'il y avait parmi dait était-il purement extérieur et morcelés chrétiens des hommes modérés, tempe- naire. On demandait aux dieux la santé, les rants, sages, intelligents; il ne leur reproche richesses, la prospérité, l'exemption de tout point d'autre crime que le refus d'adorer les malheur, souvent le moyen de satisfaire une dieux, de s'assembler malgré les lois, de passion criminelle. Les philosophes avaient chercher à persuader leur doctrine aux jeu- décidé que la sagesse et la vertu ne sont nés gens sans expérience et aux ignorants. point un don de la Divinité, mais un avan- L'empereur Antonin , dans son rescrit tage que l'homme peut se donner à luiaux Etats de l'Asie, reproche aux païens, obs- môme. Les vœux injustes, l'impudicité , la tinés à persécuter les chrétiens, que ces divination, les augures, la magie, l'effusion hommes dont ils demandent la mort sont plus du sang humain, faisaient partie de la reiivertueux qu'eux ; il rend justice à l'inno- gion. Celle-ci, loin dérégler les mœurs, était cence, au caractère paisible, au courage des au contraire l'ouvrage de la dépravation des chrétiens ; il défend de les mettre à mort mœurs. Voij. Paganisme, § G. pour cause de religion. Saint Justin, Apol. 1, L'Evangile apprit aux hommes qu'un seul n. 69, 70; Eusèbe, Hist.ecclés., 1. iv, c. xni. Dieu, infiniment saint,juste et sage, gouverne Parmi les divers édits qui furent portés con- seul le monde, et qu'il l'a créé par sa parole; tre eux par les empereurs suivants, y en a-t- qu'il est incapable de laisser le crime impuni il un seul qui les accuse de quelque crime? et la vertu sans récompense ; qu'il sonde les On n'a pas encore pu en citer. Il y a plus : esprits et les cœurs; qu'il voit non-seulement Julien est forcé défaire leur éloge dans plu- toutes nos actions, mais nos pensées et nos sieurs de ses lettres. Il reproche aux païens désirs ; que son culte ne consiste point en d'être moins charitables et moins vertueux vaines cérémonies, mais dans les sentiments que les Galiléens. 11 dit que leur impiété de respect, de reconnaissance, d'amour, de s'est accréditée clans le monde par l'hospi- confiance, de soumission à ses lois, de rentable, par le soin d'enterrer les morts, par gnation à ses ordres ; qu'il veut que nous
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l'aimions sur toutes choses, et le prochain comme nous-mêmes. Il enseigne que la charité est la plus sublime de toutes les vertus; qu'un verre d'eau donné au nom de Jésus- Christ ne demeurera pas sans récompense ; qu'il faut bénir la Providence dans les afflictions, parce qu'elles expient le péché, répriment les passions, purifient la vertu, nous rendent sensibles aux souffrances de nos semblables; que, pour être agréable à Dieu, il faut être non-seulement exempt de crime, mais orné de toutes les vertus, et que c'est Dieu qui nous rend vertueux par sa grâce. Dès ce moment l'on cessa de regarder les pauvres comme les objets de la colère divine, et l'on comprit que c'était un devoir de les assister. 11 n'y eut plus de distinction entre un Grec et un barbare, entre un Romain et un étranger, entre un juif et un gentil. Tous rassemblés aux pieds d'un môme autel, admis a la môme table, honorés du môme titre d'enfants de Dieu, sentirent qu'ils étaient frères. Alors commença d'éclore l'héroïsme de la charité ; dans les" calamités publiques on vit les chrétiens se dévouer à soulager les malades, les lépreux, les pestiférés, sans distinction entre les fidèles et les infidèles; on en vit qui vendirent leur propre liberté pour racheter celle d'autrui. Saint Clément, Ep. 1, n.7.
Sous le paganisme, la condition des esclaves était à peu près la môme que celle des botes de somme; quand ils furent baptisés, on se souvint que c'étaient des hommes, et qu'il y avait de l'inhumanité à les traiter comme des brutes; qu'ils n'étaient pas faits pour repaître du spectacle de leur mort les yeux d'un peuple rassemblé dans l'amphithéâtre, ni pour périr par la faim, lorsqu'ils étaient vieux ou malades. La polygamie et le divorce furent proscrits ou réprimés; on mit des bornes à la puissance paternelle, le soit des enfants devint certain; il ne fut plus permis de les tuer, de les vendre , de les exposer, de destiner les uns à l'esclavage et les autres à la prostitution.
Le despotisme des empereurs avait été porté aux derniers excès ; Constantin ne fut pas plutôt chrétien, qu'il le borna par des lois : les guerres civiles, presque inévitables h chaque mutation de règne, n'eurent plus lieu ; les empereurs ne furent plus massacrés, ni les provinces livrées au pillage des armées. « Nous devons au christianisme, dit Montesquieu, dans le gouvernement un certain droit politique; dans la guerre, un certain droit des gens, que la nature humaine ne saurait assez reconnaître. » Esprit des lois, 1. xxiv, c. m. Ajoutons que nous lui devons, dans la société civile, une douceur de commerce, une confiance mutuelle, une décence et unelibertéqui ne se trouvent nulle part ailleurs, et dont nous ne sentons le prix que quand nous avons comparé nos mœurs avec celles des nations infidèles. Cette révo'ution ne s'est pas faite chez une ou deux nations, mais dins tous les climats, dans la Grèce et en Italie, sur les côtes et
dans l'intérieur de l'Afrique, en Egypte et en Arabie , chez les Perses et chez les Scythes, dans les Gaules et en Germanie; partout où le christianisme s'est établi, tôt ou tard il a produit les mêmes effets. On dira, sans doute, que ce phénomène n'a été que passager, qu'insensiblement les nations chrétiennes sont retombées à peu près dans le même état où elles étaient sous le paganisme. C'est de quoi nous ne conviendrons jamais, quoi qu'en disent quelques moralistes atrabilaires, qui ne se sont pas donné la peine d'examiner de près les mœurs des païens anciens ou modernes.
Nous convenons que l'inondation des Barbares, au v' siècle et dans les suivants, fit une révolution fâcheuse dans la religion et dans les mœurs. Mais enfin, le christianisme apprivoisa peu à peu ces conquérants farouches; et lorsque cet orage, qui a duré pendant plusieurs siècles, a été passé, cette môme religion a réparé insensiblement les ravages qu'il avait causés. Les Scythes ou Tartares, répandus en Orient, embrassèrent le mahométisme ; ils ont conservé leur ignorance et leur férocité. Les Francs, les Bourguignons, les Goths, les Normands, les Lombards n'avaient pas, dans l'origine, de meilleures mœurs que les Barbares; ils en ont changé en devenant chrétiens.
Comme on ne peut juger du bien et du mal que par comparaison, il faut commencer par faire le parallèle de nos mœurs avec celles de toutes les nations qui sont encore plongées dans l'infidélité, et il suffit de lire, pour cela, YEsprit des usages et des coutumes des différents peuples. Lorsqu'un philosophe en sera instruit, nous le prierons de nous dire chez laquelle de toutes les nations il aimerait mieux vivre, qu'au milieu du christianisme. Plusieurs de celles qui sont aujourd'hui à demi barbares étaient autrefois chrétiennes; en perdant leur religion, elles sont retombées dans l'ignorance et la corruption que la lumière de l'Evangile avait autrefois dissipées. Malgré ce fait incontestable, on vient nous dire gravement que la religion n'influe en rien sur les mœurs ni sur le sort des peuples, non plus que sur celui des particuliers; quelques incrédules ont poussé la démence jusqu'à soutenir que le christianisme a plutôt perverti que réformé les mœurs. Lorsqu'on nous oppose l'exemple de quelques philosophes sans religion, qui ont cependant toutes les vertus morales, on ne fait qu'un sophisme puéril. Ces incrédule? ont été élevés dès l'enfance , instruits ef formés dans une société qui croit en Dieu; ils sont obligés de suivre le ton des mœurs publiques : la morale dont ils font parade, et dont il se croient les auteurs, est, dans la vérité, l'ouvrage delà religion. L'auraient-ils reçue, s'ils étaient nés chez une nation qui n'eût ni Dieu, ni culte public, ni morale populaire? Toute nation qui se trouverait dans ce cas serait sauvage, barbare, sans lois, sans principe et sans mœurs : on dit qu'il y en a une de cette espèce dans les Indes; mais l'on ajoute que ce sont des brutes plutôt que
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des hommes. On ne raisonne pas mieux quand on insiste sur la multitude des chrétiens dont la conduite est diamétralement opposée a la morale de l'Evangile; il s'ensuit seulement que la violence des passions empêche la religion d'influer sur les mœurs des particuliers aussi constamment qu'elle devrait le faire. Comme il n'est aucun homme qui soit dominé par toutes les passions, il n'en est aucun sur lequel la religion n'ait quelque empire; il la suit même sans s'en apercevoir, lors pi'il n'est pas entraîné parla fougue d'une passion. Il n'y a donc jamais aucun lieu de conclure que la religion n'inllue en rien sur les mœurs générales d'une nation ; il est au contraire démontré par le fait, qu'il n'y a sous le ciel aucun peuple dont les mœurs généra' es soient meilleures, et môme aussi bonnes, que celles des nations chrétiennes.
Pour savoir ce qu'il en est, il ne faut pas consulter des philosophes qui ont rêvé dans leur cabinet, et qui, par nécessité de système, sont intéressés à nier les faits les plus incontestables ; il faut lire les relations des voyageurs qui ont fait le tour du monde, qui ont fréquenté et observé un grand nombre de nations. Tous ont éprouvé la différence énorme qu'il y a entre les mœurs des unes et des autres, et ils en rendent témoignage. (liiez un peuple iniidèle, un étranger est toujours dans la détiance, en danger pour son équipage et pour sa vie, livré à la merci d'un guide ou d'un homme puissant; s'il arrive parmi des chrétiens, fut-ce au bout du monde, il retrouve la sécurité, la société, la liberté; il croit être de retour dans sa patrie. Voy. Cuiiistiamsme, Morale (1).
MOINE, MONASTÈKK, ÉTAT MONAS- TIQUE. Ces trois articles se tiennent de trop près pour pouvoir être séparés. Le nom do moine, tiré du grec povô?, seul, solitaire, a designé, dans son origine, des hommes qui se confinaient dans les déserts, et qui vivaient éloignés de tout commerce avec le mon le, pour s'occuper uniquement de leur salut. Dans l'Eglise catholique, on appel. e moines ou religieux ceux qui se sont engagés par vœu à vivre suivant une certaine lègle, et à pratiquer la perfection de l'Evangile.
Il y a eu de très-bonne heure des chrétiens, qui, à l'imitation de saint Jean-Baptiste et des prophètes, se sont retirés dans la solitude pour vaquer à la prière, au jeûne et aux autres exercices de la pénitence; on les appela ascètes, c'est-à-dire hommes qui s'exercent à des œuvres pénibles. Jésus- Christ semble avoir donné lieu à ce genre de vie par les quarante jours qu'il passa dans le désert, et par l'habitude qu'il avait de s'y retirer pour prier avec plus de recueillement : il a lo Lié la vie solitaire de .saint Jean Baptiste [Matth. xi, 7), et saint Paul a l'ait l'éloge des prophètes qui vivaient dans les
(I) Dans notre Dictionnaire de Théol. mor., nous avons montré l'heureuse inllnence du christianisme sur les mœurs publiques et sur la famille. Nous nous contentons d'y renvoyer.
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désarts (Ihbr. xn). Cela nous paraît déjà sullire pour fixer le jugement que nous devons porter de Yétat monastique. Nous commencerons d'aborl par en faire l'histoire; nous répondrons ensuite aux reproches que les ennemis de cet état ont coutume de faire. — L'origine'de l'état religieux paraît fort simple, quand on ne veut pas s'aveugler. Pendant les persécutions que les chrétiens essuyèrent durant les trois premiers siècles, plusieurs de ceux de l'Egypte et de la province du Pont se retirèrent dans les lieux inhabités, pour se soustraire aux recherches et aux tourments. Us contractèrent le goût de la solitude, et ils y demeurèrent ou ils y retournèrent dans la suite. Saint Paul, premier ermite, se retira dans la Thébaïde, vers l'an 259, pour fuir la persécution rie Dèce, et vécut dans une caverne jusqu'à l'âge de cent quatorze ans, en se nourrissant des fruits d'un palmier qui en couvrait l'entrée. Saint Antoine, Egyptien comme lui, embrassa le même genre de vie, et fut suivi par d'autres; tous vivaient dans des cellules séparées, à quelque distance les unes des autres. Mais, dans le siècle suivant, saint Pacôme les rassembla en différents monastères , et en communautés composées de trente ou quarante moines, et leur prescrivit une règle commune. De là est venue la distinction entre les cénobites ou moines, qui vivaient en communauté, et les ermites ou anachorètes, qui vivaient seuls. Tous les monastères reconnaissaient pour supérieur un même abbé, et se rassemblaient avec lui pour célébrer la Pàquc: on prétend que les moines des différentes paries de l'Egypte faisaient un nombre de cinquante mille au moins; il peut y avoir de l'exagération. Si l'on est en peme de savoir comment pouvait vivre une si grande mul.ilude d'hommes qui ne possédaient et ne cultivaient rien, il faut se souvenir que, dans ce climat, la nature se contente de peu; que le peuple y vit de plantes et de légumes qui y croissent en abondance, et que le régime le plus sobre , dans un pays aussi excessivement chaud, est le plus utile à la santé. Les sohtaires vivaient de dattes et de quelques racines ; les cénobites travaillaient les feuilles du palmier, eu faisaient des nattes et d'autres ouvrages , dont la vente leur procurait les aliments les plus ik'^^saires à la vie. Il ne faut pas croire que la Thébaïde et les autres déserts habités par les moines fussent absolument stériles et incapables de culture. P.usieurs protestants ont rêvé profondément pour deviner d'où est venu aux Egyptiens le goût pour la vie monastique; ils disent que c'a été l'effet naturel de la chaleur du climat, qui tend l'homme paresseux et sombre, qui le porte à la solitude, à la vie austère, à la contemplation; que cette inclination était augmentée chez les Egyptiens par les maximes de la philosophie orientale, qui enseignait qu'il faut que l'âme se détache du corps et de tous les appétits sensuels pour s'approcher de la Divinité. Moshcim, Hist . christ., sœc. u, § 35, n. 3, p. 317; sœc. m, § 28, p. G69.
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C'est dommage que cetle vision sublime ne s'accorde pas avec les faits. 1" Le climat de l'Egypte n'a certainement pas changé depuis le 11e siècle de l'Eglise; il est aujourd'hui tout aussi chaud qu'il était pour lors, pourquoi doue les solitudes de la Thébaide ne sont-elles plus peuplées de moines et d'anachorètes? — 2° Le climat de la Perse, de l'Asie Mineure, de la Grèce, de l'Italie, des Gaules, de l'Angleterre, de la Russie, ne ressemble guère à celui de l'Egypte; à peine cependant le christianisme a-t-il été établi dans ces différentes contrées, que le monachisme s'y est introduit. On sait la quantité de moines qu'il y avait en Angleterre avant la prétendue réforme ; ce climat est bien différent de celui de l'Egypte, et l'on ne se souvient pas d'avoir jamais vu les Anglais fort entichés de la philosophie orientale. — 33 Dès que l'Evangde a fait l'éloge de la vie que menaient les moines, pourquoi croironsnous que les Egyptiens ont été moins touchés des leçons de Jésus-Christ que de celles des philosophes orientaux? Or, dans les articles Abstinence , Anachorète , Célibat, Jeune, Mortification, etc., on verra que Jésus-Christ et les ajiôtrcs ont formellement approuvé ces pratiques , en ont donné l'exemple, et ont loué ceux qui s'y sont consacrés. Saint Antoine abandonna son patrimoine, et se retira d tns le désert, non pour avoir étudié la philosophie orientale, mais pour avoir entendu lire ces paroles de l'Evangile : « Si vous voulez être parfait, allez vendre ce que vous possédez, donnez-le aux pauvres, et vous aurez un trésor dans le ciel {Matth. xix, 21). » — 4° Mosheim, ibid., note 1, convient que, dès l'origine du christianisme, il y eut des ascètes, c'est-a-dire des chrétiens de l'un et de l'autre sexe, qui, au milieu de la société, menaient à peu près la môme vie que les moines. Bingham, autre protestant, l'a prouvé, Orig. ecelés., tom. 111, 1. vu, c. i. Avant qu'il y eût des moines, il y avait déjà des communautés de vierges qui vivaient dans le célibat, dans la retraite, dans la pratique d'une vie pénitente et mortifiée ; il n'y a pas d'apparence qu'elles en aient pris le goût dans la philosophie orientale. Mais ce n'est pas ici le seul cas dans lequel les protestants ont fermé les yeux aux leçons de l'Evangile, pour se livrer aux conjectures d'une fausse érudition.
Les occupations habituelles des moines étaient la psalmodie, la lecture, la prière, le travail des mains et les pratiques de pénitence. Les solitaires mêmes se visitaient et s'édifiaient par des conversations pieuses : quand ou dit qu'ils passaient leur vie dans une contemplation continuelle, il ne faut pas prendre ces paroles à la lettre. Des hommes jetés par un naufrage dans des îles désertes ont trouvé le moyen d'y vivre et de s'y occuper : pourquoi n'en aurait-il pas été de même des anachorètes? Nous ne voyons pas en quel sens Mosheim et d'autres ont osé dire que la vie de saint Paul, premier ermite, a v ,i i t été celle d'une brute plutôt que celle d'an homme. Celte censure umère serait
plus applicable aux honnêtes fainéants dont les villes sont remplies, et qui sont également à charge à eux-mêmes et aux autres. Voy. Anachorète.
Dès l'an 308, saint Hilarion, disciple de saint Antoine, établit dans la Palestine des monastères semblables à ceux d'Egypte.
Bientôt la vie monastique s'introduisit dans la Syrie, l'Arménie, le Pont, la Cappadoce, et dans toutes les parties de l'Orient. Saint Basile, qui avait appris à la connaître en Egypte, et qui en faisait grand cas, dressa une règle pour les moines; e!le fut trouvée si sage et si parfaite, quo tous l'adoptèrent, et elle est encore suivie aujourd'hui par les moines de l'Orient. Le savant Assémani nous apprend que les premiers moines qui s'établirent dans la Mésopotamie et dans la Perse furent autant d'apôtres ou de missionnaires, et que la plupart devinrent évoques. Biblioth. orientale, tome IV, c. n, § 4. L'an 340, saint Athanase apporta en Italie la Vie de saint Antoine qu'il avait composée, et inspira aux Occidentaux le désir de l'imiter. On ne sait pas précisément en quel lieu de l'Italie furent bâtis les premiers monastères.
Le christianisme, dit Mosheim, n'aurait jamais connu la vie dure, triste et austère des moines, si les esprits n'avaient pas été séduits par la maxime pompeuse des anciens philosophes, qu'il fallait tourmenter le corps pour que l'âme eût plus de communication avec Dieu. Malheureusement cette maxime est confirmée par l'Evangile. Jésus-Christ a dit : Si quelqu'un veut me suivre, qu'il renonce à lui-même, et porte sa croix tous les jours de sa vie (Matth. xvi, 24). Saint Paul dit que ceux qui sont à Jésus-Christ crucifient leur chair avec tous ses vices et ses convoitises [Gai. v, 24), et il se donne luimême pour exemple (1 Cor. ix, 27). Si la vie austère et mortifiée était contraire à l'esprit du christianisme, comme le prétendent [es protestants , il serait impossible que les Pères du ivc siècle, qui n'étaient ni des ignorants, ni des esprits faibles, eussent donné généralement dans la même erreur. On ne peut pas dire que c'a été un vice du climat, puisque l'on a pensé de même dans tous les climats ; ni que l'on craignait la fin du monda, les Pères n'y pensaient pas; ni que l'on consultait l'ancienne philosophie, contre laquelle les Pères s'élevaient de toutes leurs forces. Mais on sentait que, pour convertir les païens, il fallait une vie apostolique, et cette vie ne fut jamais l'épicuréisme des protestants et des incrédules. Loin d'apercevoir ici de la misanthropie, nous y voyons un zèle ardent pour le bonheur et le salut des hommes. Voy. Ascètes. Sur la fin da ce siècle, la vie monastique fut introduite dans les Gaul s; saint Martin, mort l'an 400, en est regardé comme le premier auteur, et il en fit profession lui-même. A cette même époque., saint Honorât fonda le célèbre monastère de Lérins sur le modèle de ceux de l'Orient. Ce fut seulement au commencement du vi* siècle, que saint Benoît lit sa règle
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pour les moines qu'il avait rassemblés au Monl-Cassin, règle qui fut bientôt suivie par tous les moines de l'Occident. Mais la diff.'-rencc du climat ne permettait pas qu'ils suivissent un régime aussi austère que les Orientaux; c'est pour cela que sa règle de saint Benoit est beaucoup plus douce que celle de saint Basile. Sulpice-Séyère, d;ms son premier Dialogue sur la vie de saint Martin, le fait remarquer à ceux qui élaient scandalisés de cet adoucissement , et qui auraient voulu que les moines gaulois pratiquassent les mômes austérités que ceux de la Thébaïde; on prétend que saint Jérôme était de ce nombre, parce qu'il n'avait pas éprouvé la nécessité d'un régime plus doux dans les pays sept ntrionaux. Mais Moshcim ;i très-grand tort d'en conclure que l'on vit dans les Gaules, non la réalité de la vie monastique, mais seulement le nom et les apparences. Un peu plus, un peu moins d'austérité, ne change pas l'essentiel de la vie monastique, qui consiste d ms le renoncement au monue et dans la pratique des conseils évangéliques.
Il ne racoiitc pas mieux, lorsqu'à cette occasion il distingue les cénobites d'avec les ermites et les sarabaites. 11 nous paraît que lous les moines gaulois furent d'abord cénobites, et que les ermites ou anachorètes ne sont venus qu'après. Il n'est pas vrai que les ermites aient été la plupart des fanatiques et des insensés ; Mosheim cite à faux Sulpicc-Sévère, qui ne l'a jamais dit, et il n'est aucun fait connu qui le prouve. Quant aux sarabaites, q e saint Benoît nomme girovagues ou vagabonds, nous convenons que c'étaient de faux moines et des hommes très-vicieux, dégoûtés de la discipline monastique ; mais ils n'ont jamais été connus, surtout en Occident. C'est justement ce désordre qui fit sentir en Orient la nécessité d'attacher les moines à leur état par des vœux, précaution de laquelle on a fait très-injustement un crime à saint Basile. L'universalité et la perpétuité de cet usage démontrent qu'il l'a fallu pour prévenir les scandales. C'est par la même raison que l'on soumit les moines à des épreuves. Pallade , dans son Histoire Lausiaque, écrite l'an 420, c. xxxvm, dit expressément que celui qui entre dans le monastère, et qui ne peut pas en soutenir les exercices pendant trois ans, ne doit point être admis ; mais que si, durant ce temps, il s'acquitte des œuvres les plus difficiles, on doit lui ouvrir la carrière. Voilà l'origine bien marquée du noviciat qui est en usage aujourd'hui, mais qui est restreint à un temps plus court. Au reste, il n'y avait point de discipline uniforme sur l'âge nécessaire pour la validité des vœux.
Au ve siècle, saint Augustin, dans son livre de Opère monachor., prit la défense de ceux qui vivaient du travail de leurs mains, contre ceux qui soutenaient qu'il était mieux de vivre des oblations et des aumônes des fidèles. Comme les parents mettaient souvent leurs enfants en bas âge dans un monastère pour ies y faire élever dans la piété,
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le second concile de Tolède de l'an 447, défendit, can. 1, de leur faire faire profession avant l'Age de dix-huit ans, et sans leur consentement, dont l'évoque devait s'assurer. Le quatrième, tenu l'an 589, changea cette disposition, can. 49, et voulut que, de gré ou de force, ils demeurassent perpétuellement attachés au monastère. On ignore les raisons de ce nouveau décret , mais il ne fut jamais approuvé par l'Eglise. Bingham, Origines ecclésiastiques , 1. vu , c. m, § 5. Il nous paraît qu'il y a une contradiction choquante dans la manière dont Mosheim parle des moines du v* siècle. Il dit que l'on était si persuadé de leur sainteté, que l'on prenait souvent parmi eux les prêtres et les évoques, et que l'on multipliait les monastères à l'infini ; ensuite il ajoute que leurs vices étaient passés en proverbe. S'ils avaient été communément vicieux, l'on ne serait pas allé chercher dans des monastères des prêtres ni des évoques , dans un temps où le peuple était maître des élections. Quand on lui demande pourquoi l'on compte dans le clergé de ce temps-là un si grand nombre de saints, il répond que cela est venu de l'ignorance de ce siècle, .vais il oublie que ce siècle a été le plus brillant de l'Eglise latine, que c'est celui au commencement duquel saint Jérôme et saint Augustin ont encore vécu. Il a cité lui-même, parmi les écrivains de ce temps-là, saint Léon, Paul Orose, saint Maxime de Turin, saint Eucher de Lyon, saint Paulin de Noie, saint Pierre Chrysologue, Salvien, saint Prosper, Marius Mercator, Vincent de Lérins, Sidoine Apollinaire, Vigile de Tapse, Arnohe le jeune, sans parler de plusieurs autres moins connus. 11 ne traite Cassien d'ignorant et de superstitieux que parce qu'il a écrit pour les moines. 11 pouvait ajouter Sulpice-Sévère, saint Hilaire d'Arles, le pape Gélase, etc. A la vérité l'inondation des Barbares arriva au commencement de ce même siècle ; mais il ne détruisirent pas tout à couples études et les sciences. L'Eglise grecque ne fut pas moins féconde en écrivains savants et estimables. Même passion et même inconséquence de la part de Mosheim, dans son Histoire du vic siècle. Il décide en général que l'état monastique était rempli de fanatiques et de scélérats ; selon lui, le nombre des premiers était le plus grand en Orient, c'étaient les seconds qui abondaient en Occident. Que dire d'un écrivain aussi fougueux ? Nous convenons que les moines d'Orient excitèrent beaucoup de troubles dans l'Eglise, les uns par leur attachement à Nestorius, les autres par leur opiniâtreté à soutenir Eutychès ; mais les crimes de l'hérésie ne sont pas ceux de la vie monastique. Dans ce siècle, cette profession s'établit et se répandit promptement en Angleterre par la mission de saint Augustin et de ses compagnons ; une preuve que les moines anglais n'étaient alors ni des scélérats, ni des fanatiques, c'est qu'ils ont été les principaux apôtres des peuples du Nord. A l'article Missions étrangères, nous avons vu l'acharnement avec lequel Mosheim et ses
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pareils ont décrié leurs travaux, et l'injustice de la censure qu'ils en ont faite. La règle de saint Benoît n'était certainement pas propre à inspirer le crime et le fanatisme. Il est bien absurde de supposer que des hommes foncièrement vicieux se sont néanmoins dévoués au salut de leurs frères.
La vraie cause de la prospérité, du cré lit, des richesses que les moines acquirent au vie et au vu1' siècle, n'est pas, comme l'imagine Mosheim , la protection décidée des souverains pontifes. Cette protection môme, et ce qui s'ensuit, sont venus de plus haut, du besoin que l'on avait des moines et des services qu'ils ont rendus pour lors. Le clergé séculier tomba, lorsque les Barbares eurent pillé les églises et répandu la désolation partout. Pour se mettre à couvert de leurs violences, il fallut se retirer dans les lieux les plus écartés, et c'est ce qui fit b^tir une multitude de monastères sur les montagnes, dans les forêts ou dans les vallons reculés. Les peuples privés de pasteurs ne purent recevoir de secours spirituels et temporels que des moines; est-d donc étonnant que ceux-ci soient devenus riches et importants ? S'ils avaient été vicieux, les Barbares ne les auraient pas respectés ; or, il est constant que ce respect a souvent été une barrière pour arrêter les effets de leur férocité. Mosheim est forcé de convenir qu'au vir et au vine siècle les moines ont soutenu les débris des lettres et des sciences, ont rassemblé et copié les livres, ont eu les seules bibliothèques qui restassent pour lors. Les monastères devinrent le dépôt des actes publics, des ordonnances des rois , des décrets des parlements, des traités entre les princes, des Chartres de fondation, de tous les monuments de l'histoire. 11 observe que les familles les plus distinguées se croyaient heureuses de pouvoir placer leurs enfants dans le cloître. Si les moines avaient été aussi déréglés qu'il le prétend, est-il probable que l'on aurait eu pour eux autant de considération et de confiance, et qu'eux-mêmes auraient travaillé avec autant d'application à se rendre utiles ? Aujourd'hui pour récompense, on les accuse d'avoir falsifié les livres, les titres, les monuments. Il dit queleswioines en imposaient au peuple par une fausse apparence de piété ; mais s'ils sauvaient du moins les apparences, leur vie n'était donc pas scandaleuse. Le peuple n'a jamais été aussi aveugle ni aussi imbécile qu'on le prétend ; iJ a eu toujours les yeux très-ouverts sur la conduite des ecclésiastiques et des moines, parce qu'il sait que ces deux classes d'hommes ne sont établies que pour son utilité, et qu'ils lui doivent l'exemple de toutes les vertus. Un seul qui scandalise fait plus de bruit que cent qui édifient. Il remarque encore que , dans ces temps-là, il y eut de grandes contestations entre les évoques et les moines touchant leurs droits et leurs possessions respectives ; que ces derniers recoururent aux papes, qui les prirent sous leur juridiction immédiate ; que de là sont nées les exemptions : ce fut un abus, sans
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doute ; mais il fut l'ouvrage des circonstances, ci non de l'ambition des papes, comme on affecte de le supposer. Voy. Exemption. Puisqu'il y eut des disputes, des intérêts opposés, et sûrement des torts de part et d'autre, ce n'est donc pas sur quelques traits d'humeur et de satire lancés contre les moines par des écrivains qui avaient à se plaindre d'eux, que l'on doit juger de leurs vertus et de leurs vices. De même que l'on ne doit pas ajouter beaucoup de foi à ce que les moines ont écrit contre le clergé séculier dans ces moments de fermentation, il est de la prurlence de se défier aussi des plaintes de leurs adversaires. Mais Mosheim ne peut souffrir dans les moines ni les vertus, ni les vices, ni la vie solitaire, ni l'esprit social. « Dans l'Orient, dit-il, au vme siècle, ceux
3ui menaient la vie la plus austère dans les éserts de l'Egypte, de la Syrie et de la Mésopotamie , étaient plongés dans une ignorance profonde, dans un fanatisme insensé, dans une superstition grossière. » L'accusation est grave, mais elle est sans preuve : on sait d'ailleurs ce qu'entendent les protestants par fanatisme et superstition; ce sont toutes les pratiques de piété usitées dans l'Eglise catholique et les austérités que l'Evangile approuve. « Ceux, poursuit-il, qui s'étaient rapprochés des villes, troublaient la société, et ils eurent souvent besoin d'être réprimés par les édits sévères de Constantin Copronyme et des autres empereurs.» Il n'a eu garde d'ajouter que ces empereurs étaient iconoclastes ou briseurs d images, et que les momessoutenaient de toutes leuisforces la doctrine catholique touchant le cuite des images. Il n'a pas dit que Constantin Copronyme fut un monstre de cruauté, qui fit tourmenter, mutiler, périr dans les supplices un grand nombre d'évêques , de prêtres et de moines, parce qu'ils ne voulaient pas imiter son impiété. Voy. Iconoclastes. Est-il permis de travestir ainsi l'histoire ecclésiastique, pour favoriser les opinions des protestants ? Il assure que dans l'Occident les moines ne suivaient relus aucune règle, qu'ils étaient livrés à l'oisiveté, à la ctapule, à la volupté et aux autres vices, et il le prouve par la multitude des capitulaires de Charlemagne qui tendaient à les réformer. Il y eut sans doute alors plusieurs monastères peu réglés ; mais si l'on veut consulter le vmc siècle des Annales des bénédictins, et les .4ctes des saints de cet ordre, par dom Mabillon, on verra que le mal n'était pas aussi grand ni aussi général que Mosheim voudrait le persuader. Ce qui se passait dans les Etats de Charlemagne ne prouve rien contre les moines d'Angleterre, d'Espagne et d'Italie.
Pour réformer le clergé séculier, on jugea qu'il fallait assujettir les prêtres qui dess> rvaie'nt les cathédrales à la vie commune ; saint Ciirodegand, évèque de Metz, écrivit pour eux une règle à peu près semblable à c lie des monastères ; telle est l'origine ces chanoines. Ce fait n'est pas propre à prouver que la vie monastique était pour lors un c!oa pie de vices et de dérèglements. On sait
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(railleurs q«ue La plupart tics auteurs de ce sièflle dont il nous reste des écrits, onl été des abbés OU des moines. 11 en est de même du i\r. Mosheim a remarqué que dans ces deux siècles un grand nombre de seigneurs , de princes, de souverains, renoncèrent à leur ib tune et a leur dignité, et se confinèrent dans 1 s cloîtres pour servir Dieu. On v.t les empereurs et les rois choisir des moines pour en faire leurs ministres, leurs envoyés dans les cours , leurs hommes de confiance. Cet historien n'en soutient pas moins qu'en général les moines étaient déréglés, puisque Louis le Débonnaire se servit de saint Benoit d'Aniane pour les réformer, pour rétablir la discipline monastique, pour réunir les monastères sous la môme règle et sous le même régime. Si cela prouve que tous n'étaient pas des saints, cela démontre aussi que, de tous les états de la société, celui-ci était encore le moins mauvais et dans lequel il y avait le moins de vices, et que jamais on ne lui a pardonné aucun désordre. On ne peut pas disconvenir que le relâchement de l'état monastique pendant ces deux siècles ne soit venu des désordres du gouvernement féodal. La licence avec laquelle les seigneurs pillaient les monastères, s'en appropriaient les revenus, sous prétexte de protection ou autrement, réduisit les abbés à se défendre par la force ; ils armèrent leurs vassaux, se mirent à leur tète et se rendirent redoutables. Ils furent admis aux parlements avec les évèques, et commencèrent à faire com- >araison avec eux ; ils prirsnt parti dans es guerres civiles comme les au!res seigneurs. Les Normands qui couraient la France achevèrent de tout ruiner. Les moines qui pouvaient échapper à leurs ravages quittaient l'habit , revenaient chez leurs parents, prenaient les armes, ou faisaient quelque traiic pour vivre. Il n'est pas surprenant que les monastères qui restaient sur pied fussent souvent occupés par des moines ignorants qui savaient à peine lire leur règle , gouvernés par des supérieurs étrangers ou int us. Mais ce n'est pas sur ces temps d'anarchie et de calamité qu'il faut juger des moines de l'univers entier.
Dans le xe siècle , saint Odon, abbé de Ciuny, fit dans son ordre une réforme qui fut presque généralement adoptée, mais qui, suivant Mosheim, consistait principalement en pratiques minutieuses et incommodes. Il nomme ainsi l'abstinence et le jeûne, la clôture plus sévère, l'assiduité au chœur, la privation des commodités superflues, etc. Mais ce sont ces prétendues minuties qui entretiennent la fidélité à la règle, nourrissent la piété et soutiennent la vertu. Si les moines avaient été pour lors sans lois, sans mxurs, sans religion, et habitués à des vices grossiers, auraient-ils été aussi aisés à réformer ? un seul h mine en serait-il venu à bout ? On n'a rien reproché aux Orientaux dans ce siècle, ni dans le précédent, ni dans le xi% parce qu'ils ne furent pas tou mentes comme les Européens.
A cette nouvelle époque, nous trouvons
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encore dans Mosheim une contradiction palpable, il dit que tous lesécrivainsde ce tempslà parlent de l'ignorance, des fourberies, des contestations, des dérèglements, des crimes et de l'impiété des moines ; que cependant ils étaient considérés, honorés et enrichis, parce que les séculiers, qui étaient encore plus vicieux et plus ignorants qu'eux, se flattaient d'expier tous leurs crimes par les prières des moines avlietéos à prix d'argent; que cependant ceux de Cluny étaient les plus es- (im 's et les plus respectés, parce qu'ils semblaient être les plus réguliers et les plus vertu°ux. De ce tableau, évidemment trop chargé, il résulte déjà que les laïques de ce siècle n'étaient ni assez stupides pour ne pas distinguer parmi les moines ceux qui paraissaient les plus réguliers, ni assez corrompus pour ne pas les estimer plus que les autres. Cela posé, on no persuadera jamais que les séculiers aient pu avoir aucune contianceaux prières d'une classe d'hommes que les écrivains de notre temps peignent comme des scélérats et des impies. Aussi cette pré tendue scélératesse n'cst-clle prouvée par le témoignage d'aucun écrivain contemporain.
On pourra peut-être citer dans l'hLtoire quelques faits particuliers très-odieux, mais c'est une injustice et une inconséquence de conclure du particulier au général. 11 en résulte, en second lieu, que les désordres, vrais ou faux, reprochés aux moines, n'étaient point le vice de leur état, mais le vice du siècle ; que, vu l'excès de la corruption qui régnait universellement pour lors, il était à peu près impossible qu'elle ne pénétrât pas dans les cloîtres ; et l'on pourrait porter à peu près le même jugement de notre propre siècle. Quand l'impiété, l'irréligion et la morale pestilentielle des philosophes incrédules viendraient à se glisser jusque dans les monastères, il ne s'ensuivrait rien contre la sainteté de l'état monastique.
C'est dans le xie siècle que saint Romuald fonda en Italie l'ordre des camaldules, saint Jean Gualbert celui de Vallombreuse ; que l'abbé Guillaume forma en Allemagne la congrégation d'Hirsauge, et que saint Robert, abbé de Molesme, fit éclore en France l'ordre de Citeaux ; ils firent revivre toute la sévérité de la règle de saint Benoît. Voilà donc toujours des moines qui consentent à rentrer dans la régularité, et qui trouvent dans leur règle primitive le moyen de se réformer. C'est cependant contre la règle même que les protestants et les incrédules déclament ; mais lorsqu'ils auront poussé l'erreur, l'impiété, l'irréligion, jusqu'au comble , qui les réformera ? Sur la lin de ce même siècle commença l'ordre des chartreux ; Mosheim convient qu'il n'en est aucun qui ait conservé plus constamment la ferveur de sa première institution : depuis sept siècles entiers il n'a pas eu besoin de réforme.
On s fit l'éclat que saint Bernard, par ses talents et par ses vertus, donna pendant le xi;c siècle, à l'ordre de Cîteaux, et l'abbé Suger à celui de saint Benoît. Ces deux grands hommes ont cependant trouvé des
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censeurs : le mérite émineiit en aura toujours. Mosheim parle désavantageusement du premier, et ne dit rien du second. Il insiste sur les contestations et l'inimitié que la diversité des intérêts fit bientôt naître entre ces deux ordres religieux, et les disputes qui survinrent entre les moines et les chanoines réguliers. On ne voit point que ces dissensions aient altéré la pureté des mœurs dans ces différents corps. Les autres ordres qui furent institués dans ce même siècle, celui de Fontevrault, celui des prémontrés et celui des Carmes, sont une Preuve que l'on continuait à estimer l'état monastique. Le nombre de ces ordres augmenta beaucoup dans le xin" ; notre historien est forcé d'avouer qu'il y eut parmi les moines de vrais savants ; que les dominicains espagnols étudièrent la langue et la littérature arabe pour pouvoir travailler h la conversion des Juifs et des Sarrasins, ou des Maures mahométans ; c'est alors que l'on vit naître les ordres mendiants. Mosh. im convient que leur institution fut l'effet de la nécessité dans laquelle se trouvait l'Eglise. Le clergé séculier négligeait ses fonctions, laissait manquer les peuples de secours spirituels, et les anciens moines s'étaient beaucoup relâchés. Les hérétiques, divisés en plusieurs sectes, se réunissaient h soutenir que les ministres de l'Eglise devaient ressembler aux apôtres, et pratiquer la pauvreté volontaire ; les docteurs de ces sectes en faisaient profession, ne cessaient de déclamer contre les richesses et les mœurs relâchées du clergé et des moines, et les peuples se laissaient séduire par ces invectives. A la pauvreté fastueuse et insolente des sectaires, il fallut opposer l'exemple d'une pauvreté humble et modeste, jointe à une vie austère et mortifiée. C'est ce qui fit propager en peu de temps les ordres des dominicains, dos franciscains, des carmes et des augustins. Notre historien avoue qu'ils rendirent d'abord de très-grands services, que leur zèle et la pureté de leurs raœuis inspirèrent aux peuples le respect et la confiance ; mais il observe qu'il en résulta de très-grands abus. Les mendiants, singulièrement protégés par les papes et par les souverains, se mêlèrent de toutes les affaires , se chargèrent d-i toutes les fonctions, débauchèrent les peuples à leurs pasteurs, empiétèrent sur les droits des évoques, portèrent le trouble dans les universités dans lesquelles ils occupaient des chaires, séduisirent les ignorants par de fausses révélations et de faux miracles, fatiguèrent même les souverains pontifes par leurs dissensions et leurs erreurs. Ainsi le mal ne manque presque jamais de naître du bien ; c'est l'histoire de tous les siècles et la destinée de la nature humaine : mais faut-il nous abstenir de faire du bien, de peur que dans la suite il n'en arrive du mal ? Si les laïques avaient été moins imprudents, les moines mendiants n'auraient pas eu l'occasion d'oublier si aisément leurs devoirs et leur destination. Nous continuons d'en conclure que les peuples n'ont jamais estimé les ministres
de la religion qu'à proportion des services qu'ils en ont tirés. Les dissensions et les disputes entre les religieux mendiants et les autres corps ecclésiastiques ont duré pendant tout le xive siècle. Les premiers ont été accusés d'énerver la discipline ecclésiastique, de pervertir l'esprit du christianisme, d'amuser les peuples par des dévotions minutieuses, et souvent superstitieuses, etc. De nos jours, les mômes reproches ont été renouvelés contre les jésuites, auxquels on n'a cependant pu imputer l'ignorance, ni la corruption des mœurs. Quelques docteurs d'un caractère trop ardent exagérèrent ces abus, reprochèrent aux souverains pontifes de les fomenter , allèrent jusqu'à blâmer absolument les pratiques desquelles ils voyaient naître de mauvais effets ; tels furent Jean Wiclef en Angleterre , et Jean Hus dans le siècle suivant. De ce foyer sont sorties les étincelles qui ont embrasé le xvie siècle, et qui ont fait éclore le schisme des protestants. Mosheim dit que l'on a tenté vainement de corriger les moines pendant près de trois siècles ; que rien n'a pu dompter le caractère insolent , hargneux , ambitieux, opiniâtre, superstitieux des mendiants, non plus que la fainéantise, l'ignorance et le libertinage des autres. 11 est fâcheuxque Luther, premierfondateur de la réforme, ait été élevé dans une pareille école et enaiteontracté tous les vices.
Bingham, quoique prévenucontre l'Eglise romaine, a parlé des moines avec plus de modération ; il ne s'est pas emporté contre eux ; il semble même approuver l'état monastique tel qu'il était dans son origine. 11 ne blâme chez les religieux que la cessation du travail des mains, les vœux, l'élévation des moines à la cléricature, et les exemptions qu'ils ont obtenues. On voit évidemment que Mosheim ne les a noircis, dans tous les siècles , qu'afin de persuader qu'au xvi% ils avaient absolument changé le fond même du christianisme, et qu'il étaitindispensablement nécessaire de le réformer, ou plutôt de le créer de nouveau. Mais des invectives dictées par le besoin de système ne peuvent pas faire beaucoup d'impression sur des hommes instruits.
Malgré toute la bile qu'il a vomie contre eux, il demeure certain, 1° que l'état monastique est venu non-seulement des persécutions du christianisme, et du malheureux état des peuples sous le gouvernement romain, toujours dur et tumultueux, mais du désir de trouver le vrai bonheur , que Jésus- Christ fait consister dans la pauvreté volontaire, dans les larmes de la pénitence, dans le désir ardent de la justice et de la perfection, dans la persévérance à porter la croix; que cet état n'inspire point le vice, mais la vertu, et qu'il en a donné de grands modèles dans tous les temps. Depuis que les religieux de la Trappe et de Sept-Fonts retracent
Earmi nous la vie des cénobites de la Théaide, a-t-on eu lieu de suspecter leurs mœurs et de douter de la sincérité tle leurs vertus ? Leur exemple a fait, une infinité de conv> rsions, et il en fera toujours ; l'admiration
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qu'il cause c'est point un étonnement stunide et mal fondé, comme le prétendent les incrédules, mais un juste tribut que l'humanité doit à la vertu qui, selon l'énergie du terme, est la force de l'âme. — 2J 11 est incontestable que les changements survenus dans la discipline de l'état monastique, comme les vœux, la stabilité, l'usage d'élever les moines h la cléricature, les exemptions, les congrégations, les réformes, ont été faits par nécessité et pour un plus grand bien; vouloir que les religieux eussent persévéré dans le même régime pendant dixsept siècles, dans les divers climats, et malgré toutes les révolutions survenues dans le monde, c'est méconnaître la nature de l'homme. Faut-il renoncer à la vertu parce qu'elle ne peut jamais être assez constante, ni assez parfaite? Quand on a eu le malheur de s'en écarter, il faut y revenir et tenter de nouveaux efforts. Lorstpie les mornes se sont relAchés, il n'a jamais été impossible de les reformer ; il n'a fallu pour cela qu'un homme sage et courageux. — 3° L'on ne peut pas nier que dans tous les temps ils n'aient rendu de grands services, surtout pour les missions. En Orient, saint Siméon Stylite, que l'on a voulu faire passer pour un insensé, a cependant converti au christianisme les Libaniotes encore idolâtres, et une partie de l'Arabie ; Mosheim en convient. L'Occident est redevable aux moines de la conversion des peuples du Nord, de leur civilisation et de la tranquillité de l'Europe depuis cet événement. Us ont contribué plus que personne à diminuer la férocité des Barbares, à sauver les débris des sciences et des arts, à réparer les ruines de nos malheureuses contrées ; ils ont défriché les forêts, et ont rassemblé autour d'eux les peuples désolés. Pendant huit ou dix siècles, la plupart des grands évoques ont été tirés du cloître. Aujourd'hui encore une partie des ordres religieux envoie des missionnaires dans les trois parties du monde qui en ont le plus besoin. Ils font cultiver ce que leurs prédéce seurs ont défi iché ; plusieurs dans les différents ordres s'appliquent aux sciences avec succès ; ils rassemblent et débrouillent tous les monuments de l'antiquité, ils nourrissent des pauvres, ils exercent l'hospitalité ; les monastères sont un refuge pour les fa m lies surchargées d'enfants, eteeuxqui s'y retirent rendent quelquefois plus de services à leurs parents que s'ils étaient restés dans le monde. Un grand nombre aident le clergé séculier dans ses fonctions. 11 est bien absurde de fouiller dans tous les coins de l'histoire, pour y découvrir les vices des moines, sans jamais dire un mot de leurs vertus ni de leurs services, ou de ne faire mention de leurs travaux que pour les déprimer et en empoisonner le motif. D'un côté, l'on ne cesse d'insister sur leur oisiveté, et de l'autre on les représente toujours agissant dans la société, et occupés à y faire du mal. Il serait à souhaiter, sans doute, que dans tous les temps les religieux eussent été tous humbles, modestes, désintéressés, attachés à leur règle,
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renfermés chez eux, moins attentifs à se prévaloir de leurs services et do la confiance des peuples. Mais l'humanité est-elle capable de cette perfection évangéliquo? Pour se rendre utiles, il a fallu fréquenter les laïques, et leur vertu n'y a jamais rien gagné ; souvent, au lieu de réformer les mœurs publiques ils ont contracté une partie de la contagion : c'est le danger auquel sont exposés tous ceux qui travaillent au salut des Ames. — k° Mosheim et ses pareils en imposent, lorsqu'ils représentent l'état monastique comme absolument dépravé au xvie siècle. Il pouvait être fort déchu en Allemagne, et clans les pays du Nord, parce que la crapule est un vice inhérent au climat ; mais encore une fois, les protestants devraient se souvenir que le plus grand nombre des apôtres de la réforme ont été des moines échappés du cloître, et qui en ont conservé tous les vices, au lieu d'en pratiquer les vertus.
Dans les décrets de réforme faits par le concile de Trente, nous ne voyons rien qui prouve que l'état monastique avait besoin d'être absolument changé; ces décrets ont plutôt pour objet de maintenir la discipline telle qu'elle était, que d'en introduire uno meilleure. Les anciennes lois étaient bonnes, il n'était question que de les faire exécuter. Mosheim blesse encore davantage la vérité, lorsqu'il dit que, même après le concile de Tr, nte,la fainéantise, la crapule, l'ignorance, la friponnerie , l'impudicité , les disputes, n'ont pas été bannies des cloîtres, mais que l'on a eu seulement plus soin de les cacher, afin de donner àentendre qu'elles n'y régnent plus aujourd'hui. N'y en a-t-il plus chez les protestants? Nousdovons savoir mieuxqu'eux quelles sont les mœurs du cloître, puisque nous les voyons de plus près qu'eux.
Le plus célèbre des philosophes incrédules, dans un moment de flegme, a reconnu l'absurdité des satires qu'il a lancées contre l'état religieux, et que tant d'autres écrivains ont copiées. « Ce fut longtemps, dit-il, une conso'ation pour le genre humain qu'il y eût des asiles ouverts à tous ceux qui voulaient fuir les oppressions du gouvernement goth et vandale. Presque tout ce qui n'était pas seigneur de château était esclave; ou échappait, dans la douceur des cloîtres, à la tyrannie et à la guerre... Le peu de connaissances qui restait chez les barbares fut perpétué dans les cloîtres. Les bénédictins transcrivirent quelques livres ; peu à peu il sortit des monastères des inventions utiles ; d'ailleurs , ces religieux cultivaient la terre , chantaient les louanges de Dieu, vivaient sobrement, étaient hospitaliers, et leurs exemples pouvaient servir à mitiger la férocité de ces temps de barbarie. On se plaignit que bientôt après les richesses corrompirent ce que la vertu avait institué.... On ne peut nier qu'il n'y ait eu dans le cloître de grandes vertus. 11 n'est guère encore de monastères qui ne renferment des Ames admirables qui font honneur à la nature humaine. Trop d'écrivains se sont plus à rechercher les désordres et les vices dont
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furent souillés quelquefois ces asiles de la piété. Il est certain que la vie séculière a toujours été plus vicieuse , que les grands crimes n'ont pas été commis dans les monastères, mais ils ont été plus remarqués par leur contraste avec la règle ; nul état n'a toujours été pur. Il faut n'envisager ici que le bien général de la société ; le petit nombre de cloîtres fit d'abord beaucoup de bien,
Je trop grand nombre peut les avilir »
< H dit que « Les chartreux, malgré leurs richesses, sont consacrés sans relâchement au jeûne, au silence, à la prière, à la solitude : tranquilles sur la terre au milieu de tant d'agitations dont le bruit vient a peine jusqu'à eux, et ne connaissant les souverains que par les prières où leurs noms sont insérés. »
En parlant de ceux qui ont trop déclamé contre les religieux en général, « Il fallait avouer, dit-il, que les bénédictins ont donné beaucoup de bons ouvrages, que les jésuites ont icndude grands services aux belles-lettres ; il fallait bénir les frères de la charité et ceux de la rédemption des captifs. Le premër devoir est d'êbe juste... Il faut convenir, malgré tout ce que l'on a dit contre leurs abus, qu'il y a toujours eu parmi eux des hommes éminents en science et en vertu,, que s'ils ont fait de grands maux ils ont rendu de grands services, et qu'en général on doit les plaindre
encore plus que les condamner Les
instituts consacrés au soulagement des pauvres et au service des malades ont été les moins brillants, et ne sont pas les moins respectables. Peut-être n'est-il rien de plus grand sur la terre que le sacrifice que fait un sexe délicat, de la beauté, de la jeunesse, souvent de la haute naissance, pour soulager dans les hôpitaux ce ramas de toutes les misères humaines, dont la vue est si humiliante pour l'orgueil, et si révoltante pour notre délicatesse. Les peuples séparés de la communion romaine n'ont imité qu'imparfaitement une charité si généreuse Il est une auîre congrégation
plus héroïque : car ce nom convient aux trinitaires de la rédemption des captifs ; ces religieux se consacrent depuis cinq siècles à briser les chaînes des chrétiens chez les Maures. Ils emp.loient à payer les rançons des esclaves leurs revenus et les aumônes qu'ils recueillent, et qu'ils portent euxmêmes en Afrique. On ne peut se plaindre de tels instituts. » Essais sur VHist. gén., t. IV, c. 135; Quesl. sur VEncyc, Apocalypse, Biens d'Eglise, etc.
On sait que les prêtres de la mission de saint Lazare, les capucins et d'autres religieux prennent aussi part à cette bonne œuvre, si digne de la charité chrétienne. Il y a eu au xne siècle un institut de religieux pontifes qui s'étaient dévoués à la construction des ponts et à la réparation des grands chemins. Nous ne devons pas passer sous silence ceux qui se consacrent à l'instruction des enfants pauvres, et qui tiennent les écoles de charité. Yoy. Hos-
pitaliers, Rédemption, Ecoles, etc. Il est étonnant que les protestants, lorsqu'ils parlent des moines, soient moins équitables que les philosophes incrédules ; mais ils ont bien d'autres torts à se reprocher. Nous parlerons ci-après des riches -es des moines.
Monastique (Etat) ou religieux. On sait ce que c'est, par l'histoire que nous venons d'en faire. Pour en juger avec plus d'équité que les esprits superficiels ou prévenus, il est à propos de consulter le huitième Discours de l'abbé Fleury sur ]' Histoire ecclésiastique; l'ouvrage intitulé de VEtat religieux, Paris, 1784 ; le Mémoire d'un savant avocat sur l'état des Ordres religieux en France, qui a paru en 1787; les Vues d'un solitaire patriote, etc. Nous avons déjà vu que les jugements qu'en portent les hérétiques et les incrédules sont contradictoires. Suivant ces derniers, le christianisme est un vrai monachisme; les vertus qu'il recommande, les pratiques qu'il prescrit, le renoncement au monde qu'il conseille, ne conviennent qu'à des moines; c'est déjà nous dire assez clairement que la profession religieuse n'est autre chose que la pratique exacte de l'Evangile. D'autre part les protestants soutiennent qr.e la vie monastique est directement contraire; que l'esprit de notre religion tend à nous réunir en société, nous porte à nous secourir les uns les autres, nous attache à tous les devoirs de la vie civile, au lieu que l'esprit du cloître nous rend isolés, indolents, insensibles aux besoins et aux maux de nos semblables. En attendant qu'ils se soient accordés, nous soutenons que l'état reli g'eux est très-conforme à l'esprit du christianisme, qu'il n'est point pernicieux, mais plutôt utile à la société.
Saint Jean nous avertit qu'il n'y a rien autre chose dans le monde, que convoitise de la chair, concupiscence des yeux , et orgueil de la vie (1 Joan. n, 16). Ce tableau n'était que trop vrai dans le temps auquel cet apôtre parlait, et ii ne l'est pas moins aujourd'hui. Voilà le monde auquel Jésus-Christ nous ordonne de renoncer, duquel il dit à ses disciples : Vous n'êtes pas de ce monde, je vous ai tirés du monde, etc.; et il était venu pour le réformer. Les moines ont-ils tort de s'en séparer ? Ils ont renoncé aux convoitises de la chair par 1 s vœu de chasteté et par la pratique de la mortification ; à la concupiscence des yeux, ou au désir des richesses, par le vœu de pauvreté ; à l'orgueil de la vie, par le vœu d'obéissance et par l'exactitude à suivre une règle. En quel sens cela est-il contraire à l'Evangile ? D'autre côté, il n'est pas vrai que par ce renoncement les moines se rendent inutiles au monde et au secours de leurs semblables; il y a plusieurs manières de contribuer au bien commun, et il e.vt permis de choisir. Jamais il ne sera mutile de prier assidûment pour nos frères, de leur donner l'exemple des vertus chrétiennes, de leur prouver que l'on- peut trouver (e bonheur, non en contentant lespassiu,
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mais en les réprimant. C'est la destination des moines. Toutes les fois qu'ils ont pu se rendre utiles à la société d'une autre manière, ils ne l'ont pas refusé. Déjà nous avons exposé plusieurs de leurs services, mais nous n'en avons pas fait une énumératibn complète. 11 y a des espèces de travaux qui no peuvent être exécutés que par des sociétés ou de grandes communautés, pour lesquels il faut des ouvriers qui agissent do concert et qui se succèdent, comme les missions, les collèges, les grandes collections littérales, etc. Une preuve que cela ne peut pas se laire autrement, c'est que jamais de simples laïques ne l'ont entrepris, et jamais les récompi uses que les hommes peuvent donner no feront exécuter ce qu'inspire la religion à des prêtres ou à des moines pauvres, détachés de ce monde, pieux et charitables. Un protestant plus sensé et plus judicieux que les autres, en est convenu dans un ouvrage très-récent. Voy. COMMU- NAUTÉ.
Môme contradiction de la paît de nos censeurs au sujet de la conduite des moines. Lorsqu'ils sont demeurés dans la solitude, on leur a reproché de mener la vie des ours ; lorsque des révolutions fâcheuses les ont forcés do se rapprocher des villes, on a imaginé que c'était par ambition : tant qu'ils se sont bornés au travail des mains et à la prière, on a insisté sur leur ignorance ; dès qu'ils se sont livrés à l'étude, on les a blâmés d'avoir renoncé à leur première profession, et l'on a prétendu qu'ils avaient retardé le progrès des sciences. Nos profonds raisonneurs ne pardonnent pas plus la vie austère et mortifiée dans laquelle les moines orientaux persévèrent depuis seize siècles, que le relâchement qui s'est introduit pou à peu dans les ordres religieux de l'Occident. S'ils sont pauvres, ils sont à charge au peuple ; s'ils sont riches, on opine à les dépouiller; s'ils sont pieux et retirés, c'est superstition et fanatisme; s'ils paraissent dans le monde, on dit que c'est pour s'y dissiper. Comment contenter dos esprits bizarres, qui ne peuvent souffrir dans les moines ni le repos, ni le travail, ni la solitude, ni l'esprit de société, ni les richesses, ni la pauvreié ?
Un écrivain récent, qui a publié ses voyages, a trouvé bon de se donner carrière sur ce sujet. « Dans toutes les religions, dit-il, l'on a vu des enthousiastes s'isoler dans les déserts, passer leur vie dans les mortifications et les prières; mais cette pieuse etfervescence ne fut pas de longue durée. Les descendants de ces pieux anachorètes se rapprochèrent bientôt des villes, et paraissant ne s'occuper que de Dieu, leurs regards se portèrent avidement sur la terre ; ils voulurent être honorés, puissants et riches, quoiqu'ils affectassent le mépris des grandeurs, le désintéressement et l'humilité la plus profonde. S'ils recueillaient de brillants héritages, ce n'était que pour empêcher qu'ils ne tombassent dans des mains proi'anes, ou pour faciliter aux hommes
le moyen de gagner le ciol par l'exercice de la charité. S'ils bâtissaient des palais superbes, ce n'était pas pour se loger d'une manière agréable, mais pour laisser un monument delà piété généreuse de leurs bienfaiteurs. Et comment ne pas les croire? Ils avaient l'extérieur si pénitent, leur mépris pour les jouissances passagères de ce monde paraissait être de si bonne foi, qu'on les voyait so livrer à toutes les douceurs de la vie, sans se douter qu'ils en eusse;. t l'idée : tels ont été les ministres de toutes les religions. »
Ceite tirade satirique, assez déplacée dans une histoire de voyage , n'est fondée que sur une ignorance affectée des faits que nous avons établis; mais l'auteur l'a jugée nécessaire pour donner plus de mérite à sa relation, en la conformant au goût de ce siècle.— 1° Ce qu'il dit ne peut tomber que sue les ordres religieux de l'Occident , puisqu'il est incontestable que, depuis seize cents ans, les moines orientaux mènent une vie aussi austère, aussi retirée et aussi pauvre que dans leur origine. A peine peut-on citer dans tout l'Orient et dans l'Egypte quelques monastères fiches ou bien bâtis. Ce ne peut donc pas être l'appât d'une vie commode qui engage les Grecs, les Cophles, les Syriens, les Arméniens ni les nestoriens, h embrasser la vie monastique. Les voyageurs nous attestent qu'ils ont retrouvé parmi ces 7noines la discipline primitive établie par les fondateurs. Il n'est pas moins certain que ce furent les massacres commis par les Barbares dans les déserts de la Thébaïde, qui forcèrent les moines à se réfugier dans les villes. On ne pi ut pas nier que quand les évêques ont choisi des moines pour collègues, et que les peuples ont désiré de les avoir pour pasteurs, ils n'y aient é;é engages par le mérite personnel et par les vertus de ceux sur lesquels on jetait les yeux. Cet usage persévère encore dans tout l'Orient, et lorsqu'un moine esl élevé à l'épiscopat, à peine change-t-il quelque chose dans sa façon de vivre. Voilà déjà une grande partie du monde chrétien, dans laquelle la censure de not.e voyageur philosophe se trouve absolument fausse. — 2° De même que dans l'Egypte la vie monastique a commencé à l'occasion des persécutions, ce sont les ravages causés par les Barbares qui l'ont fait naître, et qui ont multiplié les monastères dans l'Occident. Les moines ne se sont rapprochés des villes que quand le clergé séculier fut presque anéanti, et quand les peuples eurent besoin d'e;x pour recevoir les secours spirituels. Plusieurs monastères bâtis d'abord dans les lieux écartés, sont devenus des villes, parce que les peuples s'y réfugièrent dans les temps malheureux. Comment se sont-ils enrichis ? Par a quantité des terres incultes qu'ils ont détrichées, par la multitude des colons qu'ils ont rassemblés, par les restitutions des grands qui avaient pillé les biens ecclésiastiques, par la dîme qui leur a été accordée lorsqu'ils servaient de curés ou do
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vicaires, par les dons volontaires des riches, lorsque les monastères étaient les seuls hôpitaux et les seules ressources contre la misère publique. Il n'a donc pas été nécessaire que les moines employassent l'hypocrisie, les fraudes pieuses ni la superstition, pour amasser des richesses ; on leur donnait sans qu'ils demandassent, parce que ) la charité n'avait pour lors point d autre moyen de s'exercer , et que les moines étaient les seuls ministres de charité. Quand on veut blâmer ce qui s'est fait dans 1<js différents siècles, il faut commencer par en étudier l'histoire, et voir quelles ont élé les vraies causes des événements. — 3° Ces richesses ne pouvaient pas manquer d'introduire le relâchement dans les monastères ; mais d'autres causes y ont contribué : les pillages fréquents qu'ils ont essuyés ont eu des suites plus fâcheuses Cour les mœurs que la possession paisile de leurs biens. Toutes les fois qun ce malheur est arrivé, le peuple a cessé d'avoir pour les religieux le même respect et la même confiance ; ce n'est pas dans les temps de relâchement qu'il a été tenté de leur faire des dons; jamais il n'a eu pour eux d'estime qu'à proportion de l'utilité qu'il en retirait, et de la régularité qu'il voyait régner parmi eux. Il suffit de considérer sa conduite actuelle pour en être convaincu. — 4° Le trait lancé par l'auteur contre les ministres de toutes les religions mérite à peine d'être relevé. C'est une absurdité de vouloir pous donner des moines du christianisme la même idée que des bonzes de la Chine, des faquirs de l'Inde, des talapoins siamois et des derviches mahométans. A-t-on vu, parmi ceux-ci, les mêmes vertus par lesquelles un grand nombre de moines se sont distingués ; et ont-ils jamais rendu à la société les mêmes services? Dans un moment, nous répondrons au reprocho d'inutilité que l'on a fait à Y état monastique. Mais les protestants sont allés plus loin ; ils soutiennent que cet état est par luimême contraire à l'esprit du christianisme. Ie Jésus-Christ, disent-ils, commande principalement à ses disciples l'union et la charité : les moines, au contraire, veulent s'isoler et ne vivent que pour eux ; ils fuient le monde, sous prétexte d'en éviter la corruption, et saint Paul nous enseigne que ce n'est point là un motif légitime de s'en séparer (/ Çor. v, 10). L'Evangile ne commande point les mortifications, Jésus-Christ n'en a pas donné l'exemple; elles peuvent nuire à la santé et abréger la vie. c'est une espèce de suicide lent et cruel. Lorsque saint Basile a recommandé aux moines un extérieur triste, négligé, dégoûtant, il a oublié que Jésus- Christ a défendu à ceux qui jeûnent de paraître tristes comme des hypocrites (Matth. vi, 16). Saint Paul décide que celui qui ne veut pas travailler ne doit pas manger (Il Thess. W, 10) ; et la vie monastique est une profession publique d'oisiveté. La méthode ordinaire des protestants est de chercher dans l'Écriture sainte ce qui pa?aît favorable à
leurs opinions, et de passer sous silence tout ce qui les condamne. Jésus-Christ répète souvent à ses disciples qu'ils ne sont pas de ce monde, que le monde les haïra, qu'il les a tirés du momie (Joan. xv, 19 ; xvii, 14, etc.). Saint Pierre lui dit : « Nous avons tout quitté pour vous suivre (Matth. xix, 17). » Saint Jean dit à tous les fidèles : « N'aimez point le monde, ni ce qu'il renferme : celui qui l'aime n'aime pas Dieu, etc. (/. Joan. n, 15, etc.). » Dans le passage que l'on nous objecte, saint Paul dit que s'il fallait se séparer de tous les hommes vicieux, il faudrait sortir de ce monde; cela n'est ni possible ni permis à ceux qui tiennent à la société par des fonctions, des devoirs, des ministères publics ou particuliers qu'ils doivent remplir : mais s'ensuit-il que ceux qui en sont exempts n'ont pas droit de profiter de leur liberté, lorsqu'ils sentent qu'il y a pour eux du danger à demeurer dans le inonde? D'ailleurs, nous ne voyons pas en quel sens un homme qui se destine à vivre en communauté avec plusieurs autres, et à leur rendre tous les services qu'exige ce genre de vie, veut être isolé et ne vivre que pour lui. Une des meilleures manières d'exercer la charité envers nos semblables est de leur donner bon exemple, de leur montrer ce que c'est que la vertu, c'est-à-dire la force de l'âme, jusqu'où elle peut aller et de quoi l'homme est capable lorsqu'il veut se faire violence. Or, c'est la leçon que les moines fidèles à leurs engagements ont donnée dans tous les temps. Us ne se sont pas bornés à prier pour les a-itres, mais ils ont conseuti à quitter la solitude, et à leur rendre service toutes les fois qu'il a été nécessaire. Saint Antoine en sortit deux fois pendant sa vie ; la première, pendant la persécution de Maximin, pour assister les fidèles exposés aux tourments; la seconde, pendant les troubles de l'hérésie d'Arius, pour rendre un témoignage public de sa foi. Où est donc ici le défaut de charité chrétienne?
Les protestants nous en imposent, lorsqu'ils disent que Jésus-Christ n'a donné ni leçons, ni exemples de mortifications. Nous avons déjà remarqué qu'il a loué la vie solitaire, pénitente , austère de saint Jean- Baptiste; il dit de lui-même qu'il n'avait pas où reposer sa tète (Luc. ix, 58). il ne tenait qu'à lui de vivre plus commodément, puisqu'il disposait souverainement de toute la nature Saint Paul a loué de même la vie solitaire et mortifiée des prophètes (Hebr. xi, 37 et 38) ; il dit : « Je châtie mon corps et le réduis en servitude, etc. (/ Cor. ix, 27). Nous portons toujours sur notre corps la mortification de Jésus-Christ, afin que sa vie paraisse en nous (Il Cor. iv, 10). » Selon le témoignage de Tertullien , les premiers chrétiens vivaient de môme. Yoy. Mortification. L'exemple des anciens moines n'est pas propre à nous persuader que la vie austère est contraire à la santé, et abrège nos jours. Saint Paul, premier ermite, après avoir passé
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3aini raui, premier ermne, ajjies avun j'csou quatre-vingt-dix ans dans l'exercice de la pénitence, mourut à l'âge de cent quatorze
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ans; et saint Antoine parvint h l'âge do cent six. Il y a plus vieillards h la Trappe et à Sept-Fonts que dans aucun autre état île la vie à proportion. Lorsque saint Basile a voulu que les moines eussent un extérieur mortifié et pénitent, il n'a pas entendu qu'ils l'affecteraient par vanité, comme les hypocrites dont parle Jésus-Christ; un motif vicieux suffit pour rendre criminelles les aclions les plus louables. Quant à l'oisiveté prétendue des moines, nous répondons qu'il y a des travaux de plusieurs espèces. Prier, lire, méditer, chanter les louanges de Dieu, rendre des services h ses frères, vaquer aux différents offices d'une maison, c'est être occupé; et ce genre de vie est plus laborieux que celui de la plupart des censeurs qui le blâment. Voy. Oisif, Oisiveté. — 2° Cependant l'on s'obstine à dire que les moines sont inutiles au monde. Nous avons observé, au contraire, que la plupart des ordres religieux ont été institués par des motifs d'utilité publique, et que dans les différents siècles ils ont rendu en effet les services que l'on en attendait. Les religeux hospitaliers, ceux qui se destinent aux missions, les bénédictins, célèbres par leurs recherches savantes, les religieux de la rédemption des captifs, ceux qui se chargent de l'enseignement, ceux qui prêtent leurs secours aux pasteurs dans les provinces où le clergé est peu nombreux, sont non-seulement trèsutiles, mais nécessaires, et il en est peu qui ne soient employés à quelques-unes de ces fonctions. Les hôpitaux, les maisons de correction, les asiles destinés aux vieillards ou aux orphelins, les collèges et les séminaires, ne peuvent être constamment et utilement desservis que par des hommes qui vivent en communauté, et animés par les motifs de charité et de religion. Que ces maisons soient séculières ou régulières, que les membres qui les composent demeurent libres d'en sortir, ou soient liés par des vœux, qu'importe au public, pourvu qu'ils remplissent fidèlement leurs devoirs? Toujours faut-il que leur état soit stable; il y aurait de la cruauté à renvoyer, dans l'âge avancé et dans l'état d'infirmité, des sujets qui ont employé leur jeunesse et leurs forces au service de la société. N'envisageons, si l'on veut, que l'intérêt politique. Chez les nations corrompues par le luxe, il est trèsutile de faire subsister un grand nombre d'hommes avec le moins de dépenses qu'ii est possible; or, il en coûte beaucoup moins pour entretenir vingt hommes ensemble, que si on les séparait en trois ou quatre ménages. Tl faut qu'il y ait au moins quelques états dans lesquels on puisse retrancher les supertluités du luxe, vivre avec frugalité et avec une sage économie. Il y a des personnes disgraciées par la nature, maltraitées par la fortune, flétries par des malheurs, qui traîneraient une vie misérable au milieu de la société; il est bon qu'elles aient une retraite où elles puissent passer leurs jours dans le repos et dans l'obscurité. N'estil pas de l'humanité de laisser à tout parti-
culier la liberté d'embrasser le genre de vie qui lui plaît davantage, qui s'accorde le mieux avec- son goût et avec son intérêt présent, lorsque la société n'en souffre pas? Mais l'humanité dont nos philosophes font parade n'est pas leur vertu favorite; s'ils étaient les maîtres, ils asserviraient impérieusement à leurs idées le monde entier. — 3" I! est impossible, disent ces censeurs rigides, que le relâchement ne s'introduise bientôt dans les ordres religieux ; sans cesse il faut de nouvelles réformes, et en '.in de cause elles n'aboutissent à rien ; de tout temps les moines ont été le scandale de l'Eglise. On peut pe-suader ce fait aux ignorants, mais non à ceux qui savent l'histoire: nous soutenons au contraire que dans tous les siècles il y a eu des religieux très-édifiants, et que dans les temps môme les plus décriés ils ont encore fait plus de bien que de mal. Depuis quinze cents ans, l'on n'a remarqué presque aucun relâchement chez h s moines orientaux; ils sont encore tels qu'ils ont été institués, et toujours également attachés à la règle de saint Basile ou à celle de saint Antoine. Depuis sept siècle*, les. chartreux n'ont pas eu besoin de réforme. La plupart de celles qui ont été laites dans les autres ordres ont eu un seul homme pour auteur; où est donc l'impossibilité de corriger ceux qui en ont besoin? Nous n'avons vu aucun ordre religieux se révolter contre les nouveaux règlements qu'on leur a faits; ceux mômes que l'on a supprimés ont obéi sans résistance; nous cherchons vainement parmi eux l'esprit inquiet, brouillon, séditieux, dont on les accuse. Lorsque les protestants ont voulu les détruire, il a fallu commencer par les calomnier, et l'on poussa la tyrannie jusqi'à leur faire signer les accusations atroces que fou forgea t contre eux. Voy. la Conversion de l'Angleterre, comparée avec sa prétendue réformation, troisième entretien, c. 5. Si aujourd'hui il y a beaucoup de relâchement parmi les religieux, ils ont cela de commun avec tous les autres états de la société. En peuton citer un seul dans lequel la décence, la régularité des mœurs, les vertus soient les mêmes qu'elles étaient dans le siècle passé? Lorsque la corruption est générale, tous les états s'en ressentent, mais ce n'est pas aux principaux auteurs du mal qu'il convient de le déplorer et de l'exagérer. — k° L'on ne cesse de répéter que les ordres mendiants sont une charge onéreuse au public, et que les autres sOi.t trop riches; que les premiers emploient la séduction, les fausses dévotions, les fraudes pieuses, pour extorquer des aumônes; que les uns et les autres contribuent à la dépopulation du royaume.
Mais nous avons de la peine à concevoir en quel sens les mendiants sont à charge à ceux qui ne leur donnent rien, et nous ne connaissons encore aucune taxe qui ait été faite pour forcer le peuple à les nourrir. Au mot Mendiant, nous avons fait remarquer qu'il y a dans toute l'Europe une autre espèce de mendicité beaucoup plus odieuse
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que la leur, et conlre laquelle personne ne (lit rien. Quant aux dévotions vraies ou fausses, il n'appartient pas d'en jugera ceux qui n'ont plus de religion, et qui pensent que tout acte de piété est une superstition. 11 s'est glissé des abus dans plusieurs niaisons religieuses, nous en convenons; mais l'Eglise a toujours cherché et cherchera toujours à les réprimer.
A l'article Céliuat, nous avons démontré par des faits, par des comparaisons, par des calculs incontestables, qu'il est faux que le célibat ecclésiastique et religieux soit une cause de dépopulation. Leibnitz, philosophe protestant et bon politique, n'a blâmé ni l'institut, ni la multi;ude des ordres religieux ; il voudrait seulement que la plupart fussent occupés à l'étude de l'histoire naturelle ; c'est alors, dit-il, que le genre humain ferait les p!u< grands progrès dans cette science. Esprit de Leibnitz, t. II, pag. 33. Nous savons très-bien qu'aux yeux des dissertateurs politiques le grand crime des moines rentes est dans les richesses qu'ils possèdent ; il nous reste à examiner ce grief.
Monastère, maison dans laquelle des religieux on religieuses vivent en commun et observent la même règle. Au mot Communauté nous avons fait remarquer les avantages de la vie commune, soit relativement à l'intérêt politique, soit par rapport aux mœurs; nous nous sommes principalement servis des réflexions d'un philosophe protestant; elles sont confirmées par l'expérience.
Dans l'Occident, après l'inondation des barbares, les monastères ont contribué plus que tout autre moyen à la conservation de la religion et des lettres. On y suivait toujouis la même tradition, soit pour la doctrine, so*t pour la célébration de l'oftice divin, soit pour la pratique des vertus chrétiennes; l'exemple des anciens servait de rè^le aux plus jeunes. Dès qu'il y eut des monastères, on comprit qu'il était utile d'y faire élever les enfants, pour les former de bonne heure à la piété et à la vertu; plus:eurs de nos rois n'ont point eu d'autre éducation. Une des principales occupations des moines fut de copier les anciens livr. s et d'en multiplier les exemplaires; sans ce travail une quantité de ceux que nous possédons aujourd'hui seraient absolument perdus. Pendant longtemps il n'y eut point d'autres écoles pour cultiver les sciences, que celles des monastères et des églises cathédrales, presque point d'autres écrivains que des moines; la plupart des évoques /avaient fait profession de la vie monastique ou avaient été élevés dans les monastères. Comme ces maisons avaient été les seuls asiles respectés par les barbares, elles furent aussi la seule ressource des peuples sous le gouvernement féodal; lorsque le clergé séculier eut été dépouillé et anéanti, ce qui restait des biens ecclésiastiques tomba naturellement dans les mains des moines, qui étaient devenus à peu près les seuls pasteurs. Il ne faut pas perdre de vue ces ré-
flexions, si l'on veut découvrir la vraie source de la richesse des monastères.
Aujourd'hui l'on dit que, depuis la renaissance des lettres et le rétablissement de l'ordre public, les services des moines ont cessé d'être nécessaires; qu'ainsi leurs richesses sont déplacées et inutiles, qu'il faut donc faire i entrer dans le commerce des biens qui n'en sont sortis que par le malheur des temps. Est-il convenable que des hommes qui ont fait vœu de pauvreté soient plus superbement logés que les laïques les plus opulents? La magnificence de leurs éJific. s semble êire une insulte faite à la misère publique. Les premiers moines ont habité des cavernes ou des chaumières; leurs successeurs ont-ils droit do se bAtir des palais? Dans un dictionnaire géographique, composé selon l'esprit de notre siècle, on ne manque jamais, en parlant d'une ville ou d'un bourg dans lequel il y a un monastère, de faire contraster la somptuosité de ce b;Uiment et l'opulence qui y règne, avec l'indigence et la misère des laboureurs; d'insinuer que, s'il y a beaucoup de pauvres dans la contrée, c'est parce que les moines se sont tout approprié. Il semble que ce voisinage fatal ail rendu tous les bras perclus et suffise pour tarir la fertilité des campagnes. On confirme ces profondes réflexions en comparant la richesse et la prospérité des pays dans lesquels les monastères ont été supprimés, tels que l'Angleterre, une partie de l'Allemagne, la Hollande et les autres Etats du Nord, avec la pauvreté, l'inertie et la dépopulation de ceux où il y a des moines, tels que la France, l'Espagne et l'Italie; d'où l'on conclut qu'une des plus belles opérations politiques de notre siècle serait la destruction des monastères. Ceux qui voudront comparer ces dissertations savantes avec le Traite' du fisc commun que fit Luther en 1526, pour prouver la nécessité de piller les biens ecclésiastiques, y trouveront un peu plus de décence et beaucoup plus d'esprit, mais ils y verront le même caractère.
Examinons donc de sang-froid si la richesse des monastères est, dans l'origine, aussi odieuse qu'on le prétend; si l'usage en est contraire au bien public; si, en dépouillant les possesseurs, on produirait les heureux effets que l'on nous promet.
1" Nous avons déjà indiqué sommairement les divers moyens par lesquels les moines ont acejuis les biens qu'ils possèdent. Ils ont défriché, soit par eux-mêmes, soit par leurs colons, une grande quantité de terres incultes. Parmi les Seigneurs qui avaient usurpe les biens ecclésiastiques, à la décadence de la maison de Charlemagne, plusieurs, touchés de remords, restituèrent aux monastères ce qu'ils avaient enlevé au clergé séculier, parce que les moines avaient succédé à ses fonctions lorsqu'il fut anéanti. Fleury, Disc 2. sur VHist. ecelés.; Méze ai, Etat de l'Eglise de France au xi' siècle; Esprit des Lois, 1. xxxi, c. xi. Parla même raison, la dime leur fut accordée lorsqu'ils
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remplissaient les d îvoirs de pasteurs: et ils ont Conservé dans un grand nombre de paroisses le titre de curés primitif::. D'autres geignetirs leur vendirent une partie tic leurs terres, lorsqu'ils partirent pour les croisades. Dans des siècles où il n'y avait point d'hôpitaux ni de maisons de charité que les monastères, les particuliers qui n'avaient point d'héritiers y laissaient leurs biens ; ils aimaient mieux les destiner ainsi au soulagent nt des pauvres que de les laisser tomb r, par déshérence, entre les mains des seigneurs desquels ils avaient souvent eu Peu île se plaindre. Enfin, nos rois, convaincus (pie les monastères étaient une ressource assurée pour les besoins de leurs sujets, en fondèrent plusieurs, et les dotèrent. La sagesse de 1 urs vues est e core attestée par la multitude de villages et de bourgs qui se sont formés sous les murs des monastères, et qui en portent le nom. Par là il est démontré que ces établissements ont contribué à peupler les campagnes, auparavant désertes; aujourd'hui on soutient que c'est une cause de dépopulation. L'on imagine que ces fondations n'ont eu pour principe qu'une piété ignorante et superstitieuse, une dévotion mal entendue, un aveuglement stupide; mais celte ignorance prétendue n'est-elle pas plutôt le vice des censeurs téméraires? Dans les siècles dont nous parlons, il n'y avait point de philosophes, mais du bons sens. Il était impossible que des biens administrés avec une sage économie ne s'augmentassent pas de jour en jour; quelle cause aurait pu les diminuer? Aucune fortune ne se détruit, à moins que la mauvaise conduite du possesseur n'y influe de près ou de loin. Or, y a-t-il des titres de possession plus légitimes que la culturc, le salaire des services rendus au public, les dons accordés par des motifs de bien général, et une sage administration? Si l'on doutait de celle-ci, il en existe des monuments authentiques. « C'est par là, dit un écrivain très-instruit, que le fameux Suger parvint à doubler les revenus de l'abbaye de Saint-Denis. Les mémoires de cet abbé sur son administration, son testament qui en présente le résultat et une espèce de bilan, la proclamation qu'il avait publiée on 1 145, sont dans la Collection des Historiens de France, par Duchesne. Ces pièces peuvent former un objet d'étude très-utile pour ceux qui ont des colonies à établir ou à diriger. » Londres, tome li3,page 150. Au mot Communauté, nous avons vu que ces réflexions sont adoptées par M. de Luc, bon physicien et sage observateur. Elles sont confirmées par le suffrage d'un militaire voyageur, qui n'avait pas plus ce qu'on appelle Tes préjugés du catholicisme, que M. de Luc. « Les bénédictins, dit-il, sont les premiers cénobites qui ont adouci les mœurs sauvages de ces conquérants barbares qui ont envahi les débris de l'empire romain en Europe; ils sont les premiers qui ont défriché les terres incultes, marécageuses et couvertes de forets, de la Cerm -nie et des Gau-
les. Leurs couvents ont été l'asile des déplorables restes des sciences jadis cultivées par les Crées et par les Romains; ils ne doivent leurs richesses et. leur bien-être qu'à leurs bras et à la générosité des souverains; il est bien juste d'en laisser jouir leurs successeurs, sans envie, d'autant plus que ce sont les relig eux du monde les plus généreux et les moins intéressés. » De l'Amérique et des Américains, par le philosophe Ladouceur, Berlin , 1771
Il n'est donc pas Loi question d'argumenter sur le haut domaine des souverains, ni sur le droit qu'ils ont toujours de répondre ce qu'ils ont donné, sous prétexte d'en faire une destination plus utile. A ce litre, il n'y aurait pas dans le royaume une seule famille noble qui ne pût être légitimement dépouillée d'une bonne partie de sa i'udune. Jamais on n'a tant insisté qu'aujourd'hui sur le droit sacré delà propriété; les moines sont-ils les seuls à l'égard desquels ce droit n'est plus inviolable? C'est ici le cas d'appliquer la maxime : Summum jus summa injuria.
2° Nous ne voyons pas que l'usage quo font les religieux de leurs revenus soit plus préjudiciable au bien public, que celui qu'en font les séculiers. Plus ours de leurs accusateurs sont convenus qu'ils ne les dépensent pas pour eux-mêmes, que la plupart mènent une vie frugale, modeste, mortifiée; que deviennent donc leurs revenus? On ne les accuse point de les enfouir ni de les transporter dans les pays étrangers. Nous présumons que leurs fermiers, leurs domestiques , les ouvriers qu'ils emploient , les hôtes qu'ils reçoivent, les pauvres, les malades, les hôpitaux, qui les avoisinent, en absorbant du moins une | arlie. Ils contribuent à proportion de leur revenu aux subsides et aux dons que le clergé fait au roi; ils exercent généreusement l'iiospitalité, et ceux qui possèdent des bénéiiees on titre soulagent leurs familles. — Nous avouerons, si l'on veut, qu'ils n'imitent pas en toutes choses les séculiers opulents : ils ne prodiguent pas l'argent pour entretenir de somptueux équipages , pour nourrir une légion de fainéants, pour payer largement des danseurs, dos musiciens, des acteurs dramatiques, etc. Mais ils ne ruinent ni. le boulanger, ni le boucher, ni le marchand, ni le tableur; ils font beaucoup travailler et paient leurs ouvriers. Plusieurs de nos philosophes enseignent que c'est la seule manière louable de faire l'aumône; par quelle fatalité les moines sont-ils répréucnsibles d'en agir ainsi, et de djnner encore aux pauvres qui ne peuvent pas travailler? — Du moins les revenus d'un monastère sont dépensés sur le lieu même qui les produit ; s'ils étaient entre les mains d'un seigneur ou d'un financier, ils seraient mangés à. Paris : où serait l'avantage pour le peuple des campagnes? Il est de toute notoriété quo le très-grand nombre des abbayes et mémo des prieurés sont possédés on commende par des ecclésiastiques qui vivent au milieu
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de la société, qui en suivent le ton et les usages; qu'une bonne partie des revenus est employée à la subsistance ou au bienêtre des familles nobles; nous ne voyons pas non plus en quoi cet usage nuit à l'intérêt public. Ce sont nos rois qui ont doté les abbayes, et ce sont eux qui les donnent. — 11 est probable que si ceux qui sont jaloux des biens monastiques pouvaient s'en approprier une partie, ils se réconcilieraient avec les fondateurs; ils seraient plus indulgents que Mosheim, qui, pourvu de deux bonnes abbayes, n'a pas cessé de noircir les moines dans toute son Histoire ecclésiastique. — On nous fait remarquer le nombre des pauvres qui se trouvent autour des monastères ; mais il y en a davantage, à proportion, à Paris et à Versailles; il est naturel qu'ils se rassemblent dans les lieux où ils espèrent trouver de l'assistance; ce fait, par lequel on veut nous faire douter de la charité des moines, est précisément ce qui la prouve. — La comparaison que l'on fait entre les pays dans lesquels on a détruit les monastères, et ceux dans lesquels ils subsistent encore, est-elle vraie? 11 est certain d'abord que les contrées de l'Allemagne où il n'y a plus de moines , ne sont ni plus peuplées, ni plus riches, ni mieux cultivées que celles qui ont conservé la religion catholique et les couvents ; nous avons vu que M. de Luc approuve lus luthériens qui ne les ont pas détruits. Les cantons catholiques de 1 1 Suisse, qui sont dans le même cas, ne cèdent en rien, pour la fertilité ni pour la population, aux cantons protestants. Voilà des faits positifs. — - On ose écrire et répéter cent fois que la France est inculte et dépeuplée; c'est une fausseté. Les étrangers qui viennent en France sont étonnés et souvent jaloux de la prospérité de nos provinces ; et des philosophes français, ingrats et traîtres envers leur pairie, ne rougissent pas de la calomnier aux yeux des autres nations. 11 faudrait les forcer d'aller vivre dans les pays qu'ils préconisent. — Que prouve l'inertie des Italiens et des Espagnols? Que l'homme ne travaille qu'autant qu'il y est forcé par le besoin; que quand une terre naturellement fertile lui fournit une subsistance aisée, il n'est pas tenté de se fatiguer pour s'en procurer une meilleure. C'est pour cela que les peuples du Midi sont moins laborieux que ceux du Nord , et qu'un homme devenu riche, ordinairement ne travaille plus. En dépit de toutes les spéculations philosophiques, il en sera de même jusqu'à la tin du monde. L'on sait d'ailleurs que la partie de l'Italie qui est la plus inculte est opprimée sous la tyrannie du gouvernement féodal. — Un écrivain, qui a beaucoup vu et beaucoup réfléchi, a prouvé qu'il n'est pas vrai que l'Espagne et le Portugal aient été ruinés par le monachisme ; qu'ils l'ont été par le nombre des nobles devenu excessif dans ces deux royaumes. l\tudcs de la nature, 1. 1, p. 464. 3° L'on nous vante les heureux effets qu'a produits en Angleterre la destruction
des monastères, et l'on en conclut qu'elle ne serait pas moins salutaire en France. Nouveau sujet de réflexion. Nous ne parlerons point des atrocités qui furent commises à cette occasion; ce fut l'ouvrage du fana tisme anti-religieux et de la rapacité des courtisans : il n'est ici question que des effets politiques.
Henri V11I , gorgé de richesses ecclésiastiques, ne s'en trouva que plus pauvre; deux ans après ces rapines, il fut obligé de faire banqueroute; les complices de ce brigandage en absorbèrent la meilleure partie pour leur salaire. Son Gis Edouard VI, sous le règne duquel on acheva de tout piller, n'en profita en aucune manière : non-seulement il fut accablé de dettes, mais les revenus de la couronne diminuèrent considérablement. Sous Elisabeth, on fut obligé de passer jusqu'à onze bills pour subvenir aux besoins des pauvres, et depuis ce temps-là il y a une taxe annuelle en Angleterre pour cet objet. Cela n'était point lorsque les monastères subsistaient. On dit que ces asiles entretenaient la fainéantise; nous ne voyons pas pourquoi des aumônes volontaires produisaient plutôt cet effet que des aumônes forcées, ou une taxe annuelle. Aujourd'hui les Anglais les plus sensés conviennent que leur pays n'a rien gagné à la destruction des monastères, et que la France y gagnerait encore moins. Conversion de l' Angleterre, comparée à sa prétendue réformation, entret. 3, c. 5 et 7; Hume, Histoire de la maison de Tudor, t. II, p. 339; Londres, t. II, p. 149; Annales littéraires et politiques, t. I, p. 56, etc.
« Si l'on veut, dit l'auteur des Annales politiques, un exemple plus récent, on le trouvera dans la catastrophe des jésuites. Quels cris n'a-t-on pas jetés contre leurs richesses? Quelles niasses d'or ne devait-on pas trouver dans leurs dépouilles? Il semblait qu'il n'y eût pas en Europe d s trésors assez vastes pour déposer le butin qu'on leur arrachait. Qu'a-t-il produit cependant? Les créanciers , au'eurs ou prétextes de leur désastre, ne sont pas payés; il est probable qu'ils ne le seront jamais. » Ce qui en reste dans les provinces suffit à peine pour nourrir les hommes par lesquels on a été forcé de les remplacer.
Lorsque des spéculateurs avides dissertent sur l'usage d'une proie qui les tente, et dont ils espèrent d'enlever une partie, rien de si beau que leurs plans ; l'opéra'ion qu'ils proposent doit ramener l'âge d'or. Lorsque l'exécution s'ensuit et que les parts sont faites, chacun garde la sienne, et les projets d'utilité publique s'en vont en fumée. — On jugera sans doute que cette discussion politique est fort étrangère à la théologie; mais enfin, l'état, les vœux, la profession monastique, tiennent essentiellement à la religion catholique qui les approuve, et qui a condamné sur ce sujet l'entêtement des protestants; nous sommes obligés de défendre sa discipline conlre les divers ennemis qui l'attaquent, et de répen-
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