‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 109 sur 228 · GS · texte numérisé non relu

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est moins ancienne que les fables du paganisme. L'auteur de l'objection n'a pas seulement osé l'entreprendre, et aucun incrédule n'est en état de citer un seul livre profane dont l'antiquité remonte aussi haut que l'histoire juive*. Si les conjectures de M. Huet étaient vraies, elles confirmeraient plutôt qu'elles ne détruiraient l'existence de Moïse. Mais les conjectures, quelque ingénieuses qu'elles soient, ne prouvent rien. Ajoutons que, pour faire cadrer l'histoire du législateur des Juifs avec le prétendu Bacchus des Arabes , notre philosophe attribue à ce dernier des aventures auxquelles les Arabes n'ont jamais pensé. — Un autre monument que ce critique oppose à l'existence de Moïse est une histoire romanesque de ce personnage, composée par les rabbins modernes, remplie de fables et de puérilités, mais qu'il soutient être fort ancienne. La vérité est qu'elle ne remonte pas plus haut que le xnc ou le xmc siècle, qu'elle n'a aucune marque d'une plus haute antiquité, mais plutôt tous les caractères possibles d'une composition très-récente; qu'aucun ancien auteur ne l'a connue, et qu'elle ne valait pas la peine d'être tirée de la poussière. S'il nous arrivait d'employer des titres aussi évidemment faux, les incrédules nous accableraient de reproches. Venons aux preuves de la mission de Moïse.

I. Que ce législateur ait fait des miracles, c'est un fait prouvé, en premier lieu, par l'attestation des témoins oculaires. Josué, successeur de Moïse, prend à témoin les chefs de la nation juive des prodiges que Dieu a opérés en leur faveur et sous leurs yeux, soit en Egypte, soit dans le désert, et leur fait jurer d'être fidèles au Seigneur (Josué, xxiv). Ces mêmes miracles sont rappelés dans le livre des Juges, c. n, v. 7 et 12; c. vi, v. 9; dans les psaumes de David, 77, 104, 105, 106, 134, etc. ; et ces psaumes étaient chantés habituellement dans le temple : on en retrouve le récit abrégé dans le livre de Judith, c. v. Voilà donc une croyance et une tradition constante de ces miracles établies dans toute la nation, dès le temps auquel ces miracles ont été faits. De quel front les incrédules viennent-ils nous dire que l'opinion n'en est fondée que sur le témoignage de Moïse lui-même (1)1

En second lieu, les auteurs profanes en ont été instruits. Josôphe soutient, contre Appion, que selon l'opinion des Egyptiens mêmes, Moïse était un homme admirable,

(1) Duvoisin a parfaitement développé cette thèse : il montre que, soit qu'on considère le caractère de l'historien, soit qu'on étudie le caractère du peuple d'Israël, on est forcé de convenir qu'il mérite pleine el entière confiance. Nous regrettons vivement tie ne pouvoir le suivie dans bs développements qu'il donne à cet important sujet : nous sommes forcés de renvoyer nos lecteurs aux Démonstrations érangéliqu. s, publiées par M. l'a!>bé Aligne, tom. XIII, col. 763, oà se trouve l'ouvrage de Duvoisin, Autorité des livres île Moue, ch. 9.

et qui avait quelque chose de divin, 1. i, c. !0. C'est ainsi qu'en, parle Diodore de Sicile dans un fragment rapporté par saint Cyrille, contre Julien, 1. i, p. 15. 11 cite d'autres auteurs qui en ont parlé de même, Polémon, Ptoiomée d^ Mondes, Hellanicus, Philoc ;rus et Castor. Numénius, philosophe pythagoricien, Hit que Jannès et Mambrès, magiciens célèbres, furent choisis par les Egyptiens pour s'opposer à Musée, chef des Juifs, dont les prières étaient très-puissantes auprès de Dieu, et pour fdire cesser les fléaux dont il al'fligeait l'Egypte. Orig. contre Celse , liv. iv, c. 51; Eusèbe, Prép. évanrj., 1. ix, c. 8. D'autres ont jugé que Moïse était un migicien plus habile que les autres ; telle était l'opinion de Lysimaque et d'Apollonius-Molon, de Trogue-Pompée, de Pline l'Ancien, et de Celse; Josôphe contre Appion, 1. n, c. 6; Justin, 1. xxxvi ; Pline, Hist. nat., 1. xxx, c. 1; Orig. contre Crise, 1. i, c. 26. L'auteur de VHistoire véritable des temps fabuleux a fait voir que les actions et les miracles de Moïse sont encore reconnaissables dans l'histoire des Egyptiens, quoique les faits y soient dégui>és et travestis, tome III, p. 6'* et suiv. Mais les incrédules, auxquels les monuments de l'histoire sont absolument inconnus, ont soutenu que les Egyptiens n'avaient jamais entendu parler de ces miracles, et qu'il n'est pas possible qu'ils en soient jamais convenus.

En troisième lieu, Moïse lui-même a établi chez les Juifs des monuments incontestables de ses miracles. L'olfrande des premiers-nés attestait la mort des enfants des Egyptiens, et la délivrance miraculeuse de ceux des Israélites. La Pâque avait pour objet de perpétuer le souvenir de la sortie d'Egypte et du passage de la mer Rouge. La fête de la Pentecôte était un mémorial de la publication de la loi au milieu des feux de Sinaï. Le vase de manne conservé dans le tabernacle et dans le temple était un témoignage subsistant de la manière miraculeuse dont les Hébreux; avaient été nourris dans le désert pendant quarante ans. La verge d'Aaron, le serpent d'airain, les encensoirs de Coré et de ses partisans , cloués à l'autel des parfums, rappelaient d'autres prodiges. La fertilité de la terre , malgré le repos de la septième année, était un miracle permanent; et ce repos est attesté par Tacite, Hist., 1. v, c. 4. Toutes les cérémonies juives étaient commémoratives ; cet historien s'en est très-bien aperçu, quoiqu'il en ait mal pris le sens. Connait-on un autre législateur que Moïse, qui se soit avisé de faire célébrer des fêtes et des cérémonies par un peuple entier, en mémoire de faits de la fausseté desquels ce peuple était convaincu par ses propres yeux? Voyez Fêtes, Cérémonies. — Mais la plus forte preuve des miracles de Moïse, ce sont les effets qu'ils ont produits, et la chaîne des événements qui s'en sont, suivis. Si ce chef de la nation juive n'a fait aucun miracle, il faut nous apprendre pourquoi les Egyptiens ont

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donné la liberté à ce peuple entier, réduit à l'esclavage; par quoi chemin il a passé po«»r gagner le désert, comment il y a subsisté pendant quarante ans, pourquoi ce I i-iiplo s'est soumis h Moïse, a subi ses lois quoique très-onéreuses^ y est revenu tant il > t'ois après en avoir secoué le joug. Car enfin, la demeure des Hébreux eu Egypte, leur Séjour* dans le désert, leur arrivée dans la Palestine, leur attachement à leurs lois, sont des faits attestés par toute l'antiquité. Tacite le reconnaît; il faut en donner au moins îles raisons plausibles et moins absurdes que celles qu'a copiées cet historien. — Un peuple composé de deux millions d'hommes, et assez puissant pour conquérir la Palestine, peuple mutin, séditieux, intraitable, comme ses historiens en conviennent, a-t-il été subjugué, nourri, réprimé, civilisé, souvent châtié par un seul homme, sans miracle? Nos censeurs disent qu'il a soumis les Hébreux par des actes de cruauté; niais des actes de cruauté ne donnant pas des aliments h deux millions d'hommes.

Pourquoi, au premier acte, la nation entière, toujours rassemblée, n'a-t-ello pas massacré son tyran?

Aux preuves positives que nous donnons, nos adversaires n'opposent toujours que des conjectures ; ils objectent que si Moïse avait fait des miracles sous les yeux des Israélites, ils ne se seraient pas révoltés si souvent contre lui , et ne seraient pas tombés si aisément dans l'idolâtrie. Nous répondons avec plus de f ndement, que si Moïse n'avait pas fait des miracles, ces Israélites si mutins ne seraient pas rentrés dans l'obéissance après leurs révoltes, et n'auraient pas repris le joug de leurs lois , après l'avoir si souvent secoué. Qu'un peuple rassemblé se soulève, qu'un peuple grossier ait du goiït pour l'idolâtrie, ce n'est pas un prodige ; mais qu'après s'être mutiné, débauché, corrompu, il revienne demander grâce, pi urer sa faute, se soumettre de nouveau à un chef désarmé, cela n'est pas naturel. Dans ces moments de vertige et d'égarement des Israélites, jamais Moïse n'a reculé d'un pas, et n'a diminué un seul point de la sévérité de ses lois; les séditieux n'ont jamais rien gagné, ils ont toujours été punis par la mort des auteurs de la révolte, ou par des châtiments surnaturels. Ce sontdoncici de nouveaux miracles, et non une preuve contre les miracles.

Tant de miracles sont impossibles, disent, les incrédules; était-il donc plus aisé à Dieu de bouleverser continuellement la nature que de convertir les Hébreux? A l'article Miracle , ^ 3 , nous avons déjà démontré l'absurdilé de ce raisonnement. Il s'agissait de convaincre une nation entière que Moïse était l'envoyé de Dieu, que c'était Dieu luimême qui parlait par sa bouche, et qui dictait des lois par cet organe. Mettre cette persuasion dans l'esprit de tous les Hébreux , sans aucun motif extérieur de conviction, par un enthousiasme subit et non raisonné, n'aurait-ce pas été un miracle? mais miracle absurde, indigne de la sagesse divine, il

n'aurait pu servir à inspirer aux Hébreux ni la reconnaissance envers Dieu, ni la crainte de sa justice, deux grands mobiles de toutes les actions humaines; il aurait été encore plus inutile pour l'instruction des autres peuples, puisqu'il n'aurait pas été sensible. Les hommes sont faits pour être conduits par des motifs , et non par des impulsions machinales ; par des raisonnements, et non par un enthousiasme aveugle; par des signes palpables, plutôt que par des révolutions intérieures dont on ne peutpis connaître la cause. L'erreur des incrédules est de penser que Dieu a fait tant de miracles pour 1 s Israélites seuls; or le contraire est répété vingt fa s dans les livres saints ; Dieu déclare qu'il a opéré ces prodiges pour ne pas donner lieu aux autres nations de blasphémer son saint nom , et pour leur apprendre qu'il est le Seigneur (Exod. xxxn, 12; Deut. ix, 28; xxix, 24; xxxn, 27; 111 lieg. ix, 8; Ps. cxm, 9 et 10; Ezech. xx, 9, 14, 22, etc.). Nous aurons beau répéter cent fois cette réponse qui est sans réplique, ils n'en seront pas moins obstinés toujours à renouveler la même objection ; leur op:ni;1treté n'est pas un prodige ; mais s'ils devenaient tout à coup raisonnables et dociles, ce serait un prodige de la grâce.

IL Moïse a fait des prophéties. Il annonce aux Hébreux que dans la suite des temps ils voudront avoir un roi (Deut. xvn , 14). Cette prédiction n'a été accomplie que quatre cents ans après. Il était cependant naturel de penser que le gouvernement républicain, tel que Moïse l'établissait , paraîtrait toujours plus doux aux Israélites que le gouvernement absolu des rois, et qu'ils le préféreraient h tout autre. Il leur promet un prophète semblable à lui, c. x, v. 15 : or, le Messie a été le seul prophète semblable à Moïse , par sa qualité de législateur, par le don continuel des miracles, et parce qu'il a été le libérateur de son peuple ; il n'est venu au monde qu'environ quinze cents ans après. Moïse assure les Israélites que s'ils sont fidèles à leur loi, Dieu fe;a pour eux des miracles semblables à ceux qu'il a faits en Egypte. Cela s'est vérifié par les exploits de Josué,deSamson,de Gedéon, d'Ezéchias,ctc.

Il les avertit au contraire que , s'ils sont rebelles, tous les fléaux tomberont sur eux, qu'ils seront réduits à l'esclavage, transportés hors de leur patrie , dispersés par toute >la terre; la captivité de Babylone et l'état actuel des Juifs sont l'exécution de cette menace. Il prédit sa mort à point nommé, sans ressentir encore aucune des infirmités de la vieillesse, c. xxxi , v. 48, et c. xxxiv. Ces prophéties ne sont point couchées dans les livres de Moïse comme de simples conjectures politiques, ou comme des conséquences tirées du caractère national des Hébreux, mais comme des événements certains et indubitables ; on voit par le ch. xxvm du Deut^ronome, et par les suivants, que ce législateur avait sous les yeux très-distinctement toute la destinée future de sa nation , et qu'aucune des circonstances ne lui était

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