‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 110 sur 228 · ST · texte numérisé non relu

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cachée. La date de ces prophéties est certaine, puisque Moïse lui-même lésa écrites; i'histoirc nous en montre l'accomplissement, et il dépendait de Dieu seul : il ne peut être arrivé par hasard, et il ne pouvait être prévu par les lumières naturelles, puisque la destinée de ce peuple ne ressemble à celle d'aucun autre. Aujourd'hui encore les Juifs reconnaissent que Moïse leur a prédit avec la plus grande exactitude tout ce qui leur est arrivé. Cependant les incrédules prétendent qu'il a trompé ce peuple par de fausses promesses ; jamais, disent -ils, les Juifs n'ont été plus tidèlement attachés à leur loi que pendant les cinq siècles qui ont suivi la captivité de Babylone , et jamais ils n'ont été plus malheureux.

Si l'on veut lire attentivement l'historien Josèphe et les livres des A achabées, on verra que cette prétendue fidélité des Juifs à leur loi est bien mal prouvée. A la vérité , il n'y eut point d'apostasie générale de la nation; mais , indépendamment de la multitude des Juifs qui s'étaient expatriés pour faire fortune, ceux mêmes qui restèrent dans la Judée étaient très-corrompus. Ils demeurèrent, si l'on veut , lidôîes à leur cérémonial, mais ils devinrent très-peu scrupuleux sur l'observation des lois plus essentielles. Ils se perdirent par le commerce avec les païens, et rien n'était plus pervers que les chefs de lanation,lorsqueJésus-Christ vintau monde.

D'ailleurs la loi juive allait cesser, et Dieu en avertissait la nation, en cessant de la protéger comme autrefois.

III. La doctrine de Moïse vient évidem ment de Dieu (1). Au milieu des nations déjà livrées au polythéisme et h l'idolâtrie , et avant qu'il y eût des philosophes occupés à raisonner sur l'origine du monde , Moïse enseigne clairement et distinctement la création, dogme essentiel, sans lequel on ne peut démontrer la spiritualité , l'éternité, l'unité parfaite de Dieu ; et il en montre un monument dans l'observation du sabbat , dont il renouvelle la loi. Voy. Création. 11 enseigne la providence de Dieu , non-seulement dans l'ordre physique de l'univers , mais dans l'ordre moral ; providence non-seulement générale , qui embrasse tous les peuples, mais particulière , et qui s'occupe de chaque individu. 11 peint Dieu comme seul gouverneur du monde , et seul arbitre souverain de tous les événements , comme législateur qui punit le vice et récompense la vertu. Voy. Providence. Il montre l'espérance de la vie future dont les patriarches ont été animés ; les termes dont il se sert pour exprimer la mort font envisager une société subsistante au delà du tombeau. Pour donner à entendre qu'un méchant sera mis à mort, il dit qu'il sera exterminé de son peuple; et pour désigner la mort d'un juste, il dit qu'il a été réuni à son peuple. Voy. Immortalité. 11 fait sentir l'absurdité du polythéisme, et fait tous ses efforts pour détour-

(1) Ses miracles et ses proi'héiies en sont une preuve incontestable.

ner les Hébreux de l'idolâtrie , parce que cette erreur capitale a été la source de toutes les autres erreurs et de tous les crimes dans lesquels les nations aveugles se sont plongées. Voy. Idolâtrie.

La morale naturelle n'est rien moins qu'évidente dans tous les points, nous en sommes convaincus parles égarements dans lesquels sont tombés les philosophes les plus habiles; Moïse en donne un code abrégé dans le Décalogue , et développe le sens de chaque précepte parla multitude de ces lois. On a beau examiner ce code original et unique dans l'univers : s'il prête à la censure des raisonneurs superficiels, il n'a jamais inspiré que de l'admiration aux vrais savants. Voy. Morale.

Où Moïse avait-il puisé des connaissances si supérieures à son siècle, et à celles de tous les anciens sages ? Chez les Egyptiens , disent hardiment les incrédules ; nous lisons dans ces livres mêmes qu'il fut instruit de toute la sagesse, c'est-à-dire de toutes les connaissances des Egyptiens {Act. vu, 22). Mais les Egyptiens eux-mêmes en savaient-ils assez , surtout dans les temps dont nous parlons, pour donner tant de lumière à Moïse ? Lorsque Hérodote alla s'instruire en Egypte plus de mille ans après Moïse , en revint-il chargé de grandes richesses en fait de philosophie et de morale ? Il n'en rapporta presque que des fables. Ordinairement les connaissances s'étendent chez une nation par la suite des temps ; il faudrait qu'elles eussent diminué en Egypte. La manière dont Moïse lui-même peint les Egyptiens ne nous donne pas une haute idée de leur capacité. Aussi ne donne-t-il pas sa doctrine comme le résultat de ses réflexions ni des leçons qu'il a reçues en Egypte ; il la présente comme une tradition reçue de Dieu dans l'origine, transmise jusqu'à lui par les patriarches , et renouvelée par la bouche de Dieu même. Les sages d'Egypte cachaient leur doctrine , ne la transmettaient que sous le voile des hiéroglyphes : Moïse divulgue la sienne , il la rend populaire, il veut que tout particulier en soit instruit. Voilà une conduite bien di:férente , et un disciple qui ne ressemble guère à ses maîtres. Mais combien de reproches n'ont pas faits les incrédules contre cette doctrine môme ? Si nous voulons les en croire, Moïse a fait adorer aux Hébreux un Dieu corporel, un Dieu local et particulier, semblable aux génies tutélaires des autres nations, qui ne prend soin que d'une seule, et oublie toutes les autres ; un Dieu avide d'offrandes et d'encens ; un Dieu colère , jaloux, injuste, cruel, etc., que l'on devait craindre , mais qu'il était impossible d'aimer. Ainsi, après avoir soutenu que Moïse n'a été que l'écolier des Egyptiens , on suppose qu'il a été cent fois plus insensé qu'eux , et qu'il a professé des erreurs plus grossières que les leurs. Pour réfuter en détail tous les blasphèmes que l'on prête à Moïse, il faudrait une longue discussion. Nous nous bornerons à observer que Tacite, tout païen qu'il était, et fort prévenu contre

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les Juifs, a été plus judicieux et plus équitable que nos philosophes. « Les Egyptiens, dit-il , honorent la plupart des animaux et des figures composées de différentes espèces ; les Juifs conçoivent un seul Dieu par la pensée, Dieu souverain, Dieu éternel, immuable, et qui ne peut pas cesser d'être. » Hist., 1. v, n° 5. Sont-ce là les génies tutélaires des autres nations?

Un Dieu créateur ne peut être ni corporel , ni local, ni borné à une seule contée, ni capable de négliger une seule de ses créatures; il n'a besoin ni d'encens ni d'offrandes; s'il était colère et cruel, il pourrait, d'un seul acte de sa volonté , faire rentrer tous les pécheurs dans le néant, d'où il les a tirés. Moïse n'a pas été assez stupide pour ne pas le sentir, et les Juifs n'ont pas été assez grossiers [tour ne pas le concevoir. Ainsi, les calomnies des incrédules sont suffisamment réfutées par le premier article de foi que Moïse enseigne aux Juifs. Quant aux expressions des livres saints sur lesquelles les censeurs veulent se fonder, nous en montrons le sens ailleurs. Voy. Dieu, et les autres articles auxquels nous avons renvoyé ci-dessus.

IV. ils n'ont pas jugé plus sensément des lois de Moïse que de sa doctrine. Pour en comprendre la sagesse , il faut commencer >ar se mettre dans les circonstances dans esquelles il se trouvait ; connaître les idées, les mœurs, la situation des nations dont il était environné; distinguer ce qui est bon et utile en soi-même, d'avec ce qui est relatif au climat, aux préjugés, aux habitudes que les Hébreux avaient pu prendre en Egypte; comparer ensuite ce corps de législation avec tout ce qu'ont produit dans ce genre les philosophes les plus vantés. Où sont les incrédules qui ont pris toutes ces précautions ? Il en est très-peu qui aient la capacité nécessaire; et quand ils l'auraient , leur intention n'est pas de rendre hommage à la vérité , mais d'éblouir les lecteurs, et d'imposer aux ignorants par la hardiesse de leurs décisions. Ils ont donc tout blâmé au hasard. Mais les habiles jurisconsultes, les bons politiques, n'ont pas pensé de même ; quelques-uns ont pris la peine de faire un parallèle des lois juives avec les lois grecques et romaines , et les premières n'ont rien perdu à cette comparaison. D'autres écrivains les ont justifiées en détail contre les reproches téméraires des incrédules.

Voyez Lettres de quelques Juifs, etc.

La législation des autres peuples a été faite de pièces rapportées ; c'est un ouvrage qui , toujours très -imparfait dans son origine, a été continué , augmenté , perfectionné de siècle en siècle, selon b>s événements et les révolutions qui sont arrivés. Le code de Moïse a été fait d'un seul coup , et pendant quinze cents ans il n'a pas été nécessaire d'y toucher; ses lois n'ont cessé d'être en vigueur que lorsque la pratique en est devenue impossible par la ruine et la dispersion totale de la nation juive ; et si cela dépendait d'elle , elle y reviendrait encore ; nulle

DlCTIGNN. UF, TuÉOI.. DOGMATIQUE. 111.

part sous le ciel on n'a vu le même phéno mène. Moïse a mêlé onsemble les lois religieuses, soit morales, soit cérémonielles ; les lois civiles et les lois politiques : on le blâme de ne les avoir pas distinguées, et d'y avoir mis ainsi de la confusion; d'avoir voulu que les Juifs observassent les unes et les autres par le môme motif, par le désir d'être saints et de plaire à Dieu. Par cette conduite, dit-on , il a donné lieu aux Juifs de se persuader qu'il y avait autant de mérite à pratiquer une ablution qu'à faire une aumône. Ce fut l'erreur des pharisiens , que Jésus- Christ a si souvent combattue , et dans laquelle les Juifs sont encore aujourd'hui : elle est évidemment venue de la lettre même de la loi. Nous soutenons que dans tout cela le législateur n'est point répiéhensihJe ; ses livres sont en forme de journal; il y a couché les lois à mesure que Dieu le lui ordonnait et que l'occasion s'en présentait. Cette méthode mettait les Juifs dans la nécessité d'apprendre en même temps leur religion et leur histoire, leur droit civil el leur constitution politique; il nous paraît que c'était un bien, et non un mal.

Il est faux que Moïse n'ait pas distingué les lois morales d'avec les lois cérémonielles : les premières sont dans le Décalogue, qui fut dicté par la bouche de Dieu même, avec un appareil majestueux et terrible; les secondes ne furent écrites que dans la suite et selon l'occasion. Quant au motif, un peuple aussi grossier que les Juifs n était pas capable d'être conduit par un autre mobile que par celui de la religion ; Moïse n'a donc pas eu tort de s'y attacher, et de donner à toutes ses lois la même sanction, savoir, la volonté de Dieu, l'amour et la crainte de Dieu. De là il s'ensuit seulement que tout juif, en observant une loi quelconque, obéissait à Dieu, et non que tous ces actes d'obéissance avaient un mérite égal. Si dans la suite les Juifs en ont tiré une fausse conséquence, ce n'est p *s faute d'avoir étéavert s ; Samuel, David, Salomon, Isaïe et tous les prophètes leur ont répété sans cesse que Dieu voulait la pureté du cœur plutôt que celle du corps, la miséricorde et non le sacrifice ; la justice, la charité l'indulgence envers le prochain, et non des cérémonies. Mais il y aurait eu de l'imprudence à prêcher d'abord cette morale à un peuple qui n'était pas encore policé, ni accoutumé à subir le joug d'aucune loi écrite. Il fallait commencer par lui apprendre à obéir, sauf à luifdre distinguer dans la suie le bien d'avec le mieux. Voy. Sainteté. Les censeurs de Moïse affectent d'oublier que tous les législateurs ont fait comme lui ; ils ont fait envisager les lois, non comme la volonté des hommes, mais comme celie de Dieu : c'est ainsi que Zaleucus en pariait dans le prologue de ses lois, Cicéron dans sou traité de Legibus, Piaton, etc. Tous ont compris que sans cela les lois n'auraient .iucune force, qu'aucun homme n'a par lu -même ie droit ni l'autorité de c mmahder à ses semblables. Voy. AUTOHITÉ POLITIQUE, Loi.

On dit que les lois mosaïques sont trop

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sévères et trop dures; elles punissent de mort un violateur du sabbat aussi bien qu'un homicide ; elles ontrcndu les Juifs intolérants, ennemis des étrangers et odieux à toutes les nations. Le gouvernement théocratique établi par Moïse n'est, dans le fond, que le gouvernement des prêtres, qui est le pire de tous. Vcil i encore, de la part des incrédules, un trait d'ignorance affectée qui ne leur fait pas honneur. Tout le monde sa t que, dans l'origine, les premières lois de tous les peuples ont été trop sévères, parce que des hommes qui ne sont pas encore accoutumés à subir ce joug ne peuvent être contenus que par la crainte. On a dit que les lois données aux Athéniens parDracon étaient écrites en caractères de s mg ; celles de Lycurgue n'étaient guère plus douces, non plus que celles des douze Tables, adoptées par les Romains; le code des Indiens fait frémir ; ma s il est faux que celles de Moise aient été aussi dures : on défie les incrédules de citer une seule législation qui n'ait pas statué des supplices plus cruels que ceux qui étaient en usage chez les Ju fs. Quand on connaît l'importance de la loi du sabbat, l'on n'est pas étonné de voir un violateur public de cette loi couda in né à mort. Voy. Sabbat.

Il faut se souvenir encore qu'au siècle de Moïse toutes les nations se regardaient comme toujours en état de guerre ; ce qui est oit des rois delà Pentapoledu temps d'Abraham, des usurpations que les Chananéens avaient faites les uns sur les autres, du brigandage qui subsistait encore au temps de David, la minière dont les philosophes grecs paient des peuples qu'ils nomment barbares, etc., en sont des preuves incontestables. Moïse , loin d'autoriser ce préjugé meurtrier, travaille à le détruire; il ordonne aux Hébreux de bien traiter les étrangers, parce qu'ils ont été eux-mêmes étrangers en Egypte ; il leur défend de toucher aux possessions des Iduméens, des Moabites ni des Ammonites, leurs voisins, et de conserver du ressentiment contre les Egyptiens. Sous le règne de Salomon, il y avait dans la Judée cent cinquante-trois mille étiangersou prosélytes (// Parai, h, 17). Où sont donc les marques d'aversion contre eux ? A la vérité les lois juives défendaient de tolérer dans la Judée l'exercice de l'idolâtrie, ce crime devait être puni de mort ; mais elles ne commandaient pas de tuer les idolâtres de profession, quand ils s'abstenaient de leurs superstitions. L'on n'a jama s vu les Juifs prendre les armes pour ail r exterminer l'idolâtrie hors du territoire que Dieu leur avait assigné, comme l'ont fait plus d'une fois les Assyriens et les Perses. Avant de déclamer contrôle gouvernement théocratique, il faudrait commencer par le définir, et nous apprendre ce que c'est. Souvent les Israélites n'ont eu aucun chef; alors, disent les historiens, chacun faisait ce qui lui semblait bon; le gouvernement était pour lors purement démocratique, et c'est le premier exemple qui en ait existé dans l'univers. Lorsqu'il y avait un juge ou un roi, ce n'est pas lui qui devait

régner, c'est la loi ; il n'était pas plus p rrnrs aux prêtres qu'aux rois de la changer, d'y ajouter ni d'en retrancher. Pendant quatre cents ans, aucun prêtre n'a été juge ou souverain magistrat de la nation ; Héli est le premier; Samuel n'était pas prêtre, mais orophète ; et l'on sait si la nation gagna beaucoup à demander et à obtenir un roi. Fut-elle jamais mieux gouvernée que sous les Asmonéens, qui étaient prêîres et rois? Diodore de Sicile et d'autres anciens ont jugé beaucoup plus sensément du gouvernement des Juifs que les philosophes modernes. Ces derniers ont tourné en ridicule les lois cérémonielles; mais ils ont montré aussi p>u de bon sens sur ce point que sur tous les autres.

Voy. LOI CÉRÉMONIELLE.

V. De la conduite de Moïse. Si ce législateur avait été un ho nme ordinaire, nous convenons que sa conduite serait incompréhensible, et s'il avait été un imposteur, il faudrait encore conclure que c'était un insensé : mais ce qu'il a fait prouve qu'il n'était ni l'un ni l'autre. Convaincu, par ses propres miracles, qu'il était envoyé de Dieu, as-uré d'un secours divin par la bouche de Dieu même, a-t-i! dû se conduire avec les timides précautions que la prudence humaine exige, oua-t-il dû former un plan de conduite différent de celui que Dieu avait arrêté d'avance ? S'il a délivré son peuple de la servitude d'Egypte, s'il l'a fait subsister dans le désert pendant quarante ans, s'il Va mis en état de se rendre maître de la Palestine, il a rempli l'objet de sa mission : il est ridicule de disputer sur les moyens : pu:sque ces trois choses ne pouvaient être exécutées par des voies naturelles et ordinaires, il faut que Moïse ait agi pir des lumières et par des forces surnaturelles, puisque enfin il est incontestable qu'il en est venu à bout. Toute la question se réduit à savoir s'il a réussi par des injustices, par des crimes, par la violation des lois de l'humanité ; les incrédules le prétendent; sont-ils bien fondés? Moïse, dit l'un d'entre eux , commence sa carrière par l'assassinat d'un Egyptien ; forcé de s'enfuir, il épouse une femme idolâtre et la renvoie ensui e. Il revient en Egypte soulever les Israélites contre leur souverain ; il punit les Egyptiens de la faute de leur roi; il engage ses Hébreux à v» 1er leurs anciens maîtres. Arrivé dans le désert, il établit son autorité despotique par le massacre de ceux qui lui résistent : il place le sacerdoce dans sa tr.bu et le pontificat dans sa famille ; il punit le peuple de la faute de son frère Aaron, qui avait consenti à l'adoration du veau d'or ; il laisse périr dans le désert une génération tout entière, et en mourait il autorise les Juifs à dépouiller et à exterminer les Chananéens. Tant de crimes n'ont pu être commandés par la Divinité ; c'est un blasphème de les lui attribuer.

Il est difficile de répondre en peu de mots à cette multitude d'accusations; nous ferons cependant notre possible pour abréger. 1° Un assassinat est un meurtre commis de propos délibéré. Peut-on prouver qu'en voulant dt -

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fendre un Hébreu contre la violence d'un Egyptien, Moïse avait dessein de tuer cedernier ; que ce meurtre n'est pas arrivé contre son intention, et en voulant seulement résister aux efforts d'un furieux ? Voilà ce 4u'il faudrait démontrer, et c'est ce que l'on n s fera jamais. 2° 11 est faux que Séphora, femme de Moïse, ait été idolâtre ; on voit au contraire q e Jéthro, père de cette femme, adorait le vrai Dieu. Moïse ne la quitta que pour aller remplir sa commission en Egypte ; et lorsque Jéthro la lui ramena dans le désert avec ses enfants, il n'y eut aucune marque d'inimitié de part ni d'autre. 3° Le roi d'Egypte n'était point le souverain légitime des Israélites ; lui-môme ne les regardait point comme ses sujets, mais comme des étrangers qui devaient un jour sortir de ses Etats. La servitude à laquelle il les avait réduits, l'ordre qu'il avait donné de noyer leurs enfants mâles, les travaux dont ils les accablait, étaient, pour les Israélites, des sujets trèslégitimes de quitter ce royaume; et cette retraite ne peut, en aucun sens, être regardée comme une révolte. 4° Les vexations exercées contre eux n'étaient pas le crime particulier du roi d'Egypte, mais celui de tous ses sujets ; tous résistèrent aux miracles que Moïse fit en leur présence : tous méritaient donc d'être punis. Ce que les Israélites emportèrent à titte d'emprunt n'était qu'une juste compensation de leurs travaux, pour lesquels ils n'avaient reçu aucun salaire. Voy. Juifs. 5° Moise ne commit jamais de massacre pour établir son autorité, mais pour punirl'idolâtrie et les autres désordres auxquels les Hébreux s'étaient livrés. 11 le devait, pour venger ia loi formelle que Dieu avait portée, et de l'exécution de laquelle dépendait la prospérité de la nation entière. 6" Aux mots Aauon et Lévites, nous faisons voir que ce sacerdoce n'était pas un très-grand avantage pour la tribu de Lévi, e. que le peuple fut puni, non pour la faute d'Aaron, mais pour la sienne. Si Moïse avait été conduit par l'ambition, il aurait fait passer le pontificat à ses propres enfants , et non à ceux de son frère. D'ailleurs le choix que Dieu faisait de cette tribu et de cette famille fut confirmé par des miracles. 7° Les quarante ans de séjour dans le désert furent la punition des murmures injustes auxquels les Israélites s'étaient 1 vrés ; mais ceux de celte génération qui entrèrent dans la terre promise étaient âgés de vingt ans lorsqu'ils étaient sortis d^ l'Egypte ; ils avaient donc été témoins oculaires de tout ce qui s'y était passé, et ils s'en souvenaient très-bi n.

Il est fort singulier que l'on veuille rendre Moïse responsable des fléaux surnaturels et miraculeux qui sont tombés sur les Israélites, et qu'ils avaient mérités, pendant que l'histoire nous atteste qu'il ne manquait jamais d'intercéder auprès de Dieu pour les coupables. Y a-t-il une seule occasion dans laquelle on puisse faire voir que ce législateur a sévi contre des innocents, ou qu'il a demandé vengeance à Dieu ? Si tout ce peuple avait été moins rebelle et moins prompt

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