‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 112 sur 228 · MOL · texte numérisé non relu

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les fameuses assemblées qu'on nomme les congrégations de AuxUiis, depuis l'an 1587 jusqu'en 1007, demeura indécise. Le pape Paul V, qui tenait alors le siège de Rome, ne voulut rien prononcer ; il défendit seulement aux deux partis de se noter mutuellement par des qualifications odieuses. Depuis cette espèce de trêve, le molinisme a été enseigné dans les écoles comme une opinion libre ; mais il a eu des adversaires implacables dans les augustiniens vrais ou faux, et dans les thomistes. Ceux-ci d'une part, et les jésuites de l'autre, ont publié chacun des histoires ou des actes de ces congrégations conformes à leur intérêt et à leurs prétentions respectives : devinera qui pourra, dit Mosheim, de quel côté il y a le plus de vérité et de modération.

Quoi qu'il en soit, voici le plan du système de Molina, et l'ordre que cet auteur imagine entre les décrets de Dieu. 1° Dieu, par la science de simple intelligence, voit tout ce qui est possible, et par conséquent des ordres infinis de choses possibles. 2° Par la science moyenne, Dieu voit certainement ce que, dans chacun de ces ordres, chaque volonté créée, en usant de sa liberté, fera, si Dieu lui donne telle ou telle grâce. Voy. Science de Dieu. 3° Il veut d'une volonté antécédente et sincère sauver tous les hommes, sous condition qu'ils voudront euxmêmes se sauver, c'est-à-dire qu'ils correspondront aux grâces qu'il leur donnera. Voy. Conditionnelle. k° Il donne à tous les secours nécessaires et suffisants pour obérer leur salut, quoiqu'il en accorde aux uns plus qu'aux autres, s Ion son bon plaisir. 5" La grâce accordée a ix anges et à l'homme dans l'état d'innocence n'a point été efficace par elle-même, mais versatile ; dans une partie des anges, elle est devenue efficace par l'événement ou par le bon usage qu'ils en ont fait; dans 1 homme, elle a été inefficace, parce qu'il y a résisté. 0° Il en est de même dans l'état de nature tombée, nuls décrets absolus de Dieu, efficaces par eux-mêmes et antécédents à la prévision du consentement libre de la volonté humaine; par conséquent nulle prédestination à la gloire éterne le avant la prévision des mérites de l'homme ; nulle réprobation qui ne s ippose la prescience des péchés qu'il commettra. 7° La volonté que Dieu a de sauver tous les hommes, quoique souillés du péché oiiginel, est vraie, sincère et active ; c'est elle qui a destiné Jésus-Christ à être le Sauveur du genre humain; c'est en vertu de cette volonté et des mérites de Jésus-Christ, que Dieu accorde à tous plus ou moins de grâces suffisantes [tour faire leur salut. 8° Dieu, par la science moyenne, voit avec une certitude entière ce que fera l'homme placé dans telle ou telle circonstance, et secouru par telle ou telle grâce, par conséquent qui sont ceux qui en useront bien ou mal. Quand il veut absolument et efficacement convertir une Ame ou la faire persévérer dans le bien, il forme le décret de lui accorder les grAces auxquelles il prévoit qu'elle consentira, et

avec lesquelles elle persévérera. 9fl Par la science de vision, qui suppose ce décret, il voit qui sont ceux qui feront le bien et persévéreront jusqu'à la fin, qui sont ceux qui pécheront ou ne persévéreront pas. En conséquence de cette prévision de leur conduite absolument future, il prédestine les premiers à la gloire éternelle, et réprouve les autres. La base de ce système est que la grâce suffisante et la grâce efficace ne sont point distinguées par leur nature, mais que la même grAce est tantôt efficace et tantôt ineTicace, selon que la volonté y coopère ou y résiste. Ainsi, l'efticacité de la grâce vient du consentement de la volonté de l'homme, non, dit Molina, que ce consentement donne quelque force à la grâce, ou la rende efiicace in aclu primo, mais parce que ce consentement est la condition nécessaire pour que la grâce soit efficace in actu secundo, ou lorsqu'on la considère comme jointe à son effet; à peu près comme les sacrements, qui sont par eux-mêmes productifs de la grâce, et qui dépendent néanmoins des dispositions de ceux qui les reçoivent pour la prchduire en effet. C'est ce qu'enseigne formellement ce théologien dans son l'ivre de la Concorde, disput. 1. q. 39, kO et suiv.

Selon les molinistes, la dilférence entre la grâce efficace in actu primo, et la grAce inefficace, consiste en ce que la première est donnée dans une circonstance dans laquelle Dieu prévoit que l'homme en suivra le mouvement, au lieu que la seconde est donnée dans une circonstance où Dieu prévoit que l'homme y résistera; d'où il s'ensuit , disent-ils, que la grâce efficace est déjà, in actu primo, un plus grand bienfait de Dieu que la grâce inefficace, puisqu'il dépend absolument de Dieu de donner l'une ou l'autre. Ainsi ce n'est point l'homme gui se discerne lui-même , mais Dieu, comme le veut saint Paul. Molina et ses défenseurs ont vanté beaucoup ce système, en ce qu'il dénoue une partie des difficultés que les Pères, et surtout saint Augustin, ont trouvées à concilier le libre arbitre avec la grâce. Mais leurs adversaires tirent de ces motifs mêmes une raison pour le rejeter, puisque, selon les Pères, l'action de la grâce sur la volonté humaine est un mystère. Cependant il nous parait que le mystère subsiste toujours, en ce que l'action de la grâce ne peut être comparée, sans inconvénient, ni à l'action d'une cause physique , ni à l'action d'une cause morale. Voy. Grâce, § 5.

La plupart des partisans de la grâce efficace par elle-même ont soutenu que le molinisme renouvelait le seini-pélagianisme ; mais le Père Alexandre, quoique dominicain et thomiste, dans son Hist. ecclés. du vc siècle, c. ni, art. 3, § 13, répond à ses accusateurs que le système de Molina n'ayant pas été condamné par l'Eglise, et étant toléré comme les autres opinions de l'école, c'est blesser la vérité, la charité et la justice, de le comparer aux erreurs, soit des pélagiens, soit des semi-pélagiens. Bossuet , dans son premier et dans son second Avertissement

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aux protestants, montre solidement, ei par un i arallèle exact du molinisme avec le semi-pélagianisme, que l'Eglise romain1, en tolérant 'le système de Molina, ne tolère point les erreurs des semi-pélagiens , comme le ministre Jurieu avait osé le lui reprocher. Il est fâcheux que, malgré ces apologies et malgré la défense de Paul V, la même accusation renaisse toujours. Molina enseigne formellement que, sans le secours de la grâce, l'homme ne peut faire aucune action surnaturelle et utile au salut ; Concorde , V question, disput. 5 et suiv. Vérité diamétralement opposée à la maxime fondamentale du pélagianisme. Il soutient que la grâce est toujours prévenante, qu'elle est opérante ou coopérante lorsqu'elle est efficace ; qu'ainsi elle est cause efticiënte «les actes surnaturels, aussi bien que la volonté de l'homme ; disp. 39 et suiv. Autre vérité anti-pélagienne. 11 dit el répète que la prévision du consentement futur de la volonté à la grâce n'est point la cause ni le moti qui détermine Dieu à donner la gtâce.; que Dieu donne une grâce efficace ou inefficace uniquement parce qu'il lui plaît ; qu'ainsi, a. tous égards, la grâce est purement gratuite ; il se défend contre ceux qui l'accusaient d'enseigner le contraire, Troisième question des causes de la prédestination, disp. 1, quest. 23, p. 370, 373, 380, de l'édition d'Anvers, en 1595. C'est saper le semi-pélagianisme par la racine- Le premier devoir d'un théologien est d'être juste. En second lieu, nous nous croyons obligés de justifier de toute erreur le système de Molina, sans vouloir pour cela ni le prouver ni l'adopter. Des théologiens célèbres, en admettant le fond de ce système, en ont adouci quelques articles et prévenu les conséquences ; c'est ce qu'on appelle le congruisme mitigé, et il y a déjà de l'injustice à le confondre avec le molinisme. Mais il est encore plus douloureux de voir des théologiens taxer de pélagianisme et de semi-pélagianisme tous ceux qui ne pensent pas comme eux, lorsque l'Eglise n'a pas prononcé et que les souverains pontifes ont défendu de donner de pareilles qualifications. Ce procédé n'est pas propre a prévenir les esprits judicieux en faveur de l'opinion qu'ont embrassée et que soutiennent ces censeurs téméraires ( 1 ). Voy. Congruisme.

MOLINOSISME, doctrine de Molinos, prêtre espagnol, sur la vie mystique; condamnée à Rome, en 1687, par Innocent XI. Ce pontife, dans sa bulle , censure soixantehuit propositions tirées des écrits de Molinos, qui enseignent le quiétisme le plus outié et poussé jusqu'aux dernières conséquences. Le principe fondamental de cette doctrine est que la perfection chrétienne consiste dans la tranquillité de l'âme, dans le renoncement à toutes les choses extérieures

(I) Comme nous l'avons observé au mot Grâce, 5"gr Gousset préfère l'opinion de Molina h relie des thomistes. Il pense qu'avec elle on résout plus facilement foutes les difficultés. Voy. Grâce.

et temporelles, dans un amour pur de Dieu, exempt de toute vue d'intérêt et de récompense. Ainsi une âme qui aspire au souverain bien doit renoncer non-seulement à tous les plaisirs des sens, mais encore à tous les objets corporels et sensibles , imposer silence h tous les mouvements de son esprit et de sa volonté, pour se concentrer et s'absorber en Dieu. Ces maximes, sublimes ea apparence, et capables de séduire les imaginations vives, peuvent conduire à des conséquences affreuses. Molinos et quelquesuns de ses disciples ont i'té accusés d'enseigner, tant dans la théorie que dans la pratique, que l'on peut s'abandonner sans péché à des dérèglements infâmes, pourvu que la partie supérieure de l'âme demeure unie à Dieu. Les propositions 25, kl et su vantes de Molinos, renferment évidemment celte erreur abominable. Toutes les autres tendent à décréditer les pratiques les plus saintes de la religion, sous prétexte qu'une âme n'en a plus besoin lorsqu'elle est parfaitement unie h Dieu. Mosheim assure que, dans le dessein de perdre ce prêtre, on lui attribua des conséquences auxquelles il n'avait jamais pensé. 11 est certain que Molinos avait à Rome des amis puissants et respectables, très a portée de le défendre s'il avait été possible. Sans les faits odieux dont il fut convaincu, lorsqu'il eut donné une rétractation, formelle, il n'est pas probable qu'on l'aurait laissé en prison jusqu'à sa mort, qui n'arriva qu'en 1696.

Mosheim supposo que les adversaires de Molinos furent principalement indignés de ce qu'il soutenait, comme les protestants, l'inutilité des pratiques extérieures et des cérémonies de religion. Voilà comme les hommes à système t.- ouvent partout de quoi nourrir leur prévention. Selon l'avis des protestants, tout hérétique qui a favorisé en quelque chose leur opinion, quelque erreur qu'il ait enseignée d'ailleurs, méritait d'être absous. La bulle de condamnation de Molinos censure non-seulement les propositions qui sentaient le protestantisme , mais celles qui renfermaient le fond du quiétisme, ei toutes les conséquences qui s'ensuivaient. Moshe'.m lui-même n'a pas osé les justifier, Hist. ecclésiast. du xvir' siècle , sect. 2, irt part., cap. i, § 49. Il faut se souvenir que les quiétistes, qui firent du bruit en France peu de temps après, ne donnaient point dans les erreurs grossières de Molinos ; ils faisaient, au contraire, profession de les détester. Voy. Quiétisme.

MOLOCH, dieu des Ammonites ; ce nom, dans les langues orientales , signifie roi ou souverain. Dans le Lévitique, c. xvm, v. 2t ; c. xx, v. % et ailleurs, Dieu défend aux Israélites, sous peine de mort, de consacrer leurs enfants à Moloch. Malgré celte loi, Iôs prophètes Amos, c. v, v. 6 ; Jérémie, c. xix, v. 5 et 6 ; Sophonic, c i, v. 1 , et saint Etienne, Act., c. vu, v. 43, reprochent aux Juifs d'avoir adoré cette fausse divinité, et semblent désigner le même Dieu sous les noms de Moloch, de Boni et de Mclchom. La

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