‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 113 sur 228 · RS · texte numérisé non relu

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coutume des idolâtres était de faire passer les enfants par le feu à l'honneur de ce faux dieu, et il paraît que souvent Ton poussait la barbarie jusqu'à les brûler en holocauste, comme faisaient les Carthaginois et d'autres à l'honneur de Saturne. D. Calmet prouve très-bien que Moloch était le soleil, adoré par les différents peuples de l'Orient sous plusieurs noms divers. Bible d" Avignon, t. lï, p. 355 et suiv. Mais ce que l'on dit de la figure de ce Dieu et de la manière dont on lui consacrait les enfants n'est pas également certain. Mémoires de VAcad. des Inscriptions, t. LXXI, in-12, p. 179 et suiv. c

¥ MOMIER^. Genève, la forteresse de Calvin, a vu la doctrine du maître entièrement abandonnée. Dès 1817, on n'y enseignait plus la divinité de Jésus- Christ. Quelques hommes, nourris des doctrines de Cal. in, crièrent au scandale et prétendirent qu'il n'était pas permis de rejeter un seul article du symbole du maître. Ils étaient stalionnaires; on les appela mcmievs. Leur nombre fut bientôt très-considérable; mais les pasteurs progressistes en appelèrent au principe de la réforme, au libre examen. Un catholique anonyme se mêla de la discussion dans la Défense de la vénérable Compagnie des pasteurs de Genève.

t Le droit d'examen, y dit-on, est le fondement de la religion protestante et tout ce qu'elle contient d'invariable. Tant que ce droit est reconnu, exercé sans entrave, elle subsiste elle-même sans altération : ce droit aboli, elle n'est plus. Mais combien ne serait-il pas absurde d'ordonner à chacun d'examiner pour former sa foi, et de lui contester ensuite la liberté d'admettre le résultat, quel qu'il soit, de cet examen? Conçoit-on, je le dcmande.de plus manifeste contradiction ? Nos pasteurs ont donc pu légitimement rejeter telle ou telle croyance conservée par les premiers réformateurs. Et que signifie même ce mot de réforme, entendu dans son vrai sens, sinon un perfectionnement progressif et continuel ? Prétendre l'arrêter à un point fixe, c'est tomber dans la rêverie des symboles immuables, qui conduisent tout droit au papisme par la nécessité d'une autorité infaillible qui les détermine. Souvenons-nous-en bien : la plus légère restriction à la liberté de croyance, au droit d'affirmer et de nier, en matière de religion, est mortelle au protestantisme. Nous ne pouvons condamner personne sans nous condamner îious-mèmes, et notre tolérance n'a d'autres limites que celles des opinions humaines. On ne peut donc, sous ce rapport, que louer la sagesse de la vénérable Compagnie. Provoquée par des hommes qui, en l'accusant d'erreur, sapaient la base de la réforme, elle s'est peu inquiétée des opinions qu'elle sait cire essentiellement libres; mais elle a défendu le principe même de cette liberté, en repoussant di son sein les sectaires qui le violaient. Permis à vous, leur a-t-elle dit, de croire ou de nier personnellement tout ce qu'il vous plaira, pourvu que vous laissiez chacun user tranquillement du même droit, pourvu que vous ne prétendiez pas donner aux autres vos croyances pour règle; car c'est là ce que nous ne souffrirons jamais. Qui ne reconnaît dans ce langage et dans cette conduite le plus pur esprit du protestantisme?...

« Nos pasteurs, en n'admettant pas la divinité du Christ, en le regardant comme une pure créature, ne réclament d'autre autorité que celle qui peut naturellement appartenir à tous les hommes, sans aucune mission ni extraordinaire, ni divine ; et en cela ils sont conséquents. On peut les croire, on peut ne pas les croire : c'est un droit de chacun, le droit consacré par la réforme, qui de.neure ainsi inébranlable sur sa base. Les ealholiques sont également

conséquents dans leur système ; car ils prouvent fort bien que parmi eux le ministère s'est perpétué sans lacune depuis les apôtres, à qui le Christ a dit : Je vo: s envoie. Donc, si le Christ est Dieu, les apôtres et leurs successeurs envoyés par eux sont manifestement les seuls ministres légitimes, les ministres de Dieu ; on doit les considérer comme Dieu même et les croire sans examen, car qui aurait la prétention d'examiner après Dieu? Il n'est donc point de folie égale à celle des adversaires de la vénérable compagnie, des momiers, puisqu'il faut les appeler pi.r leur nom. Ils veulent être reconnus pour ministres de Dieu, sans prouver leur mission divine ; ils veulent, en cette qualité, qu'on croie ce qu'ils croient, et ils ne veulent pas être infaillibles ; ils veulent que tous les esprits adoptent leurs opinions, se soumettent à leurs enseignements et conservent le droit d'examen : ce qui suppose, d'une part, qu'ils peuvent se tromper, et, de l'autre, qu'il est impossible qu'ils se trompent; ils veulent, en un mot, être protestants et renverser le protestantisme, en niant, soit le principe qui en est la base, soit les conséquences rigoureuses qui en découlent immédiatement. » Celait faire une critique habile du principe et des prétentions de la réforme.

MONARCHIE. Dans l'article Daniel on trouvera l'explication de la prédiction de co prophète touchant les quatre monarchies qui devaient se succéder avant l'arrivée du Messie. En Angleterre, sous le règne de Cromwel, on appela hommes de la cinquième monarchie une secte de fanatiques qui croyaient que Jésus-Christ allait descendre sur la terre pour y fonder un nouveau royaume, et qui, dans cette persuasion , avaient dess< in de bouleverser le gouvernement et d'établir une anarchie absolue. Mosheim, Hist. ccclés. du xviie siècle, sect. 2, ne part, c. 2, § 22. C'est un des exemples du fanatisme que produisait en Angleterre la lecture de l'Ecriture sainte , commandée à tout le monde , et la licence accordée à tous de l'entendre et de l'expliquer selon leurs idées particulières. Voy. Ecriture sainte.

MONASTÈRE. Voy. Moines, § 3.

MONASTÉRIENS. Voy. Anadap istes.

MONASTIQUE (état). Voy. Moines, § 2.

MONDAIN. Dans les écrits des moralistes et des auteurs ascétiques, ce terme signifie une personne livrée avec excès aux plaisirs et aux amusements du monde, et asservie à tous les usages de la société, bons ou mauvais ; et ils appellent affections mondaines les inclinations qui nous portent à violer la loi de Dieu. Saint Pierre exhorte les fidèles à fuir la convoitise corrompue qui règne dans le monde (II Petr. i, k). « N'aimez pas le monde, leur dit saint Jean, ni tout ce qu'il renferme ; celui qui l'aime n'est pas aimé de Dieu. Dans le monde tout est concupiscence de la chair, convoitise des yeux, et orgueil de la vie ; tout cela ne vient pas de Dieu. Le monde passe avec toutes ses convoitises , mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement. (I Joan. n, 15.)» Le but de ces leçons n'est point de nous détacher des affections louables, des devoirs, ni des usages innocents de la vie sociale, mais de nous préserver de l'excès avec lequel plusieurs personnes s'y livrent, et de l'oubh

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dans lequel elles vivent à l'égard de leur salut.

MONDE (Physique du). C'est la manière dont le monde est construit et a commencé d'être. L'Ecriture sainte nous apprend que Dieu a créé et arrangé le monde tel qu'il est, qu'il l'a fait dans six jours, quoiqu'il eût pu le faire dans un seul instant et par un seul acte de sa volonté (1).

Cette narration, qui suffit pour nous inspirer le respect, la soumission, la reconnaissance envers le Créateur, n'a pas satisfait la curiosité des philosophes ; ils ont voulu deviner la manière dont Dieu s'y est pris, et la matière qu'il a mise en usage ; ils ont forgé des systèmes à l'envi, et ne se sont accordés sur aucun. Descartes avait bâti l'univers avec de la poussière et des tourbillons; Burnet, plus modeste, se contenta de donner la théorie complète de la formation de la terre ; Woodward, mécontent de cette hypothèse, prétendit que le globe avait été mis en dissolution et réduit en pâte par le déluge universel ; Wisthon imagina que la terre avait été d'abord une comète brûlante, qui fut ensuite inondée et couverte d'eau par la rencontre d'une autre comète. Buffon, après avoir réfuté toutes ces visions, et s'être moqué des physiciens, qui font promener les comètes à leur gré, a eu recours h un expédient semblable pour construire à son tour la terre et les planètes.

11 suppose qu'environ soixante -quine mille ans avant nous, une comète est tombée obliquement sur le soleil, a détaché la six cent cinquantième partie de cet astre, et l'a poussée à trente millions de lieues de dislance ; que cette matière brûlante et liquide, séparée en différentes masses roulantes sur elles-mêmes, a formé les divers globes que nous appelons la terre et les planètes, lia fallu, selon BufTon, deux mille neuf cent trente-six ans pour que cette matière vitreuse, brûlante et liquide, acquît de la consistance , lut consolidée jusqu'à son centre, formât un globe aplati vers les pôles, et plus élevé sous son équateur. C'est ce que notre grand naturaliste appelle la première époque de la nature. — La seconde a duré trente-cinq mille ans, et c'est le temps qu'il a fa lu pour que le globe perdît assez e sa chaleur pour y laisser tomber les vapeurs et les eaux dont il était environné. Mais, par le refroidissement, il s'est formé à sa surface des cavités et des boursoufflures, des inégalités prodigieuses ; c'est ce qui a produit les bassins des mers et les hautes montagnes dont la terre est hérissée. Excepté lejr sommet, la terre se trouva pour lors entièrement couverte d'eau. — Pendant une troisième époque, d'environ quinze à vingt mille ans, les eaux qui couvraient la terre, et qui étaient dans un mouvement continuel, ont formé d;ms leur sein d'autes chaînes de montagnes postérieures à celles

(1) Nous avons résolu un grand nombre de difficultés conccrnaiil le monde aux mois GréatiqïvCos-

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de la première formation, et ont déposé dans leurs ditl'érentcs couches l'énorme quantité de coquillages et de corps marins que l'on y trouve. — A la quatrième époque les eaux ont commencé à se retirer, et alors les feux souterrains et les volcans ont joint leur action à celle des eaux pour bouleverser la surface du globe; le mouvement des <aux d'orient en occident a rongé toutes les côtes oricnlales de l'Océan, et comme les pôles ont été découverts et refroidis plus tôt que le terrain placé sous l'équateur, c'est dans le Nord que les animaux terr stres ont commencé h naître et à se multiplier. — Le commencement de la cinquième époque date au moins de quinze mille ans avant nous , pendant lesquels les animaux , nés d'abord sous les pôles, se sont avancés peu à peu dans les zones tempérées, et ensuite dans la zone torride, h mesure que la terre se refroidissait sous l'équateur ; et c'est là que se sont fixées les espèces de grands animaux qui ont besoin de beaucoup de chaleur. — La sixième époque est arrivée lorsque s'est faite la séparation de notre continent d'avec celui de l'Amérique, et que se sont formées les grandes îles que nous connaissons. Buffon place cette révolution à environ dix mille ans avant notre siècle.

Un système aussi vaste et aussi hardi, exposé avec tout l'avantage d'une imagination brillante et d'un style enchanteur, ne pouvait manquer de séduire d'abord les esprits superficiels. Aussi l'a-t-on vanté comme une hypothèse qui explique tous les phénomènes et satisfait à toutes les difficultés. Mais ce prestige n'a pas été de longue durée. Parmi plusieurs physiciens qui ont attaqué avec succès le système de Buffon, les auteurs d'un grand ouvrage, in!itulé/o Physique du monde, ont réfuté celte même hypothèse dans toute son étendue ; ils en ont détruit les principes et les conséquences. Ils ont prouvé : 1° Que, selon les lois de la physique les plus incontestables , une comète n'a pas pu tomber sur le soleil, en détacher la six cent cinquantième partie, la pousser à une aussi énorme distance, en former divers globes placés comme ils le sont; que la force d'attraction, dent Buffon fait usage pour donner de la solidité à une matière fluide, est une force supposée gratuitement ; qu'elle est inconcevable et insuffisante. — 2° Qu'il n'est pas vrai que la matière primitive de notre globe soit du verre; que plusieurs des substances dont il est composé ne sont point vitrifiables; que, pour devenir une boule aplatie sous les pô les et gonflée sous l'équateur, il n'a pas été nécessaire que cette matière fût liquide ou en fusion, mais seulement flexible, comme elle l'est en effet. — 3° Que le simple refroidissement d'une matière vitreuse n'a pas pu y produire les inégalités dont la surface du globe est hérissée; que les vapeurs, ni les eaux de l'atmosphère, n'ont pu tomber sur la terre avec assez de violence pour y pro luire les effets supposés par Buffon • que les progrès du refroidissement de la terre,

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