‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 114 sur 228 · RS · texte numérisé non relu

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tels qu'il le conçoit, portent sur un faux calcul. — k° Ajoutons que la différence admise par BufTon entre les montagnes primitives et les montagnes secondaires n'est pas juste ; il suppose que les premières sont toutes de matière vitreuse, et se sont formées par les crevasses qui se sont faites sur le globe, lorsqu'il a passé d'une extrême chaleur à l'état de refroidissement : or, cela n'est pas ainsi, et le contraire est prouvé par des observations certaines. II n'est pas vrai que toutes ces montagnes primitives soient composées de matières vitrescibles, et que les montagnes secondaires soient de matière calcaire ; que les unes soient construites de blocs de pierres jetées au hasard, les autres posées par couches horizontales; les unes absolument privées de corps marins, les autres remplies de coquillages , etc. Cette construction n'est point du tout uniforme. — 5° Le mouvement général des eaux d'orient en occident est faussement supposé, et il est contraire à toutes les lois connues du mouvement. Les physiciens dont nous [tarions ont observé que sur ce point Buffon se contredit; tantôt il dit que les côtes orientales de l'Océan sont les plus escarpées, et tantôt que ce sont les côtes occidentales ; sa théorie sur le mouvement des eaux est absolument contraire à toutes les observations. Voy. Mer. — 6° Ils ont fait voir que la naissance spontanée des animaux terrestres, des éléphants, des rhinocéros, des hippopotames, sous la zone glaciale, n'est qu'un rêve d imagination. « Le système des molécules organiques vivantes et des moules intérieurs, créé par Buffon, n'a plus de partisans ni d'adversaires : son sort est irrévocablement décidé. Les coups que lui ont portés les Haller, les Bonnet, et tant d'autres physiciens, ont fixé l'opinion de tous les esprits. On ne croit pas plus aujourd'hui aux générations spontanées qu'aux vampires et à la production des abeilles dans le corps d'un taureau. » C'est ainsi qu'en pense M. de Marivetz. Point de génération sans germe : or, où étaient les germes de l'espèce humaine et des animaux dans une masse de verre brûlant, et qui a demeuré dans cet état pendant soixantequinze mille ans, selon le calcul de Buffon? Les molécules organiques vivantes et les moules intérieurs pouvaient -ils mieux y subsister que des germes ? — 7° Conçoit-on que les poissons et les coquillages aient pu naître et se multiplier à l'infini dans le sein de la mer plusieurs milliers d'années avant que la terre fût assez refroidie pour que les animaux de la zone torride pussent vivre près du pôle? Car enfin Buffon ne place la naissance des animaux terrestres qu'à la quatrième époque, et il a fallu que les coquillages fussent déjà formés à la troisième, pour être déposés dans le sein des montagnes où ils se trouvent aujourd'hui. Alors les eaux de la mer devaient encore être au degré de chaleur de l'eau bouillante : ce degré n'était pas fort propre à favoriser la naissance des coquillages et des poissons.

Le froid leur convient beaucoup mieux , puisque c'est dans la mer Glaciale que se a trouvent les plus grands. — 8° M. de Marivetz observe que Buffon ne donne aucune cause satisfais, nte de la séparation des deux continents, ni de la naissance des grandes îles ; que la marche qu'il fait suivre aux animaux est mal conçue et contraire à la vérité. 11 conclut que ce grand naturaliste, entraîné par la chaleur de son imagination, n'a consulté ni les lois de la physique, ni l'expérience, ni la marche de la nature.

Toutes ces preuves de la fausseté du système de Buffon sont confirmées par les savantes observations de AI. de Luc sur la structure du globe, et en particulier sur la construction des grandes chaînes de montagnes de l'Europe, telles que les Alpes, les Pyrénées, l'Apennin, et celles qui s'étendent depuis les Alpes jusqu'à la mer Baltique. On voit, par ses Lettres sur VHistoïrt de la terre et de V homme, combien les réflexions d'un physicien qui a beaucoup vu et qui a tout examiné avec attention, sont s périeures aux conjectures d'un philosophe qui médite dans son cabinet. M. de Luc n'admet aucune des suppositions de Buffon ; savoir, que le soleil est une masse de matière fondue et ardente, que les planètes en ont été tirées par le choc d'une comète, que la terre a été d'abord un globe de verre fondu ; il attaque même directement cette dernière hypothèse. De ce que tout est vitrescible dans notre globe, et peut être réduit en verre par l'action du feu, il ne s'ensuit pas que tout ait été vitrifié en ett\tT puisqu'il n'y existe point de verre que celui qui a été fait artificiellement; on n'y trouve aucune matière qui soit absolument vitreuse, ou qui so:t réellement du verre ; il y en a même plusieurs qui ne peuvent être réduites en verre par leur mélange avec d'autres corps. îl prouve que la chaleur de notre globe augmente plutôt qu'elle ne diminue. 11 fait voir par la manière dont sont construites les hautes Alpes , montagnes primordiales s'il en fut jamais, qu'il est faux que le globe ait jamais éprouvé une Vitrification universelle. L'on trouve dans leur sein différentes espèces de pierres ; des matières calcaires, aussi bien que des matières vbrescibles ; il en est de même dans les autres chaînes de montagnes. 11 y en a dont le noyau est de matière vitrescible, recouverte par des matières calcaires ; d'autres sont construites d'une matière tout opposée. Il est faux qu'en général il ne se trouve point de coquillages ni de corps marins dans les montagnes formées de matières vitrescibles ; il est seulement vrai qu'ils y sont beaucoup plus rares que dans les montagnes construites de matières calcaires. Voy. Montagnes. Il soutient qu'aucun fait ne prouve que la quantité des eaux diminue, ni que la mer ait jamais changé de lit par une progression insensible. Si elle en avait changé, il aurait fallu que l'axe de la terre changeât, et cela n'est point arrivé. Il est faux que la mer mine les côtes

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orientales des deux mondes. L un peut expliquer par l'histoire du déluge universel la plupart des phénomènes sur lesquels nos physiciens se fon ient, beaucoup plus aisément que par les suppositions arbitraires auxquelles ils ont recours. Voy. Mer.

De toutes ces observations M. de Luc conclut que la Genèse est la véritable histoire du monde; que plus on examine la structure de notre globe, mieux on sent que Moïse avait été instruit par révélation. Le dessein de cet historien n'était certainement pas de nous enseigner la physique, mais de nous transmettre les leçons que Dieu luimême avait données à nos premiers parents ; jusqu'à présent néanmoins les philosophes ne sont pas venus à bout de détruire aucune des vérités qu'il a écrites. Les livres saints nous disent que Dieu a livré le monde aux disputes des raisonneurs ; mais ils nous apprennent aussi quel sera le succès de toutes leurs spéculations. « Depuis le commencement du monde jusqu'à la tin, l'homme ne trouvera pas ce que Dieu a fait, à moins que Dieu lui-môme n'ait trouvé bon de le lui révéler (Eccl. m, 11). » L'histoire de la création nous représente Dieu comme un Pèie qui, en fabriquant le monde, n'est occupé (pie du bien de ses enfants, qui ne fait parade ni de son industrie, ni de sa puissance, qui ne pense qu'à les rendre heureux et vertueux. Parmi les philosophes , les uns veulent se passer de Dieu et prouver que le monde a pu se former tout seul ; les autres, plus sensés, nous font admirer sa sagesse et sa puissance, mais ils oublient de nous faire aimer sa bonté. Ils veulent que Dieu ait agi parles moyens les j lus simples et les plus courts, comme s'il y avait des moyens longs ou compliqués à l'égard d'un ouvrier qui opère par le seul vouloir ; le degré de leur intelligence est la mesure de celle qu'ils prêtent à Dieu. Il nous paraît mieux de nous en tenir à ce qu'il a daigné nous révéler.

Pendant que d'habiles physiciens admirent la sagesse de la narration de Moïse, quelques incrédules demi -savants prétendent qu'elle est absurde, et s'efforcent de jeter du ridicule sur toutes ses expressions. Celse, Julien, les manichéens, ont été leurs prédécesseurs; Origène, saint Cyrille, saint Augustin dans ses Livres sur la Genèse, ont répondu à leurs objections. Nous n'en copierons que quelques-unes; on en trouvera d'autres aux mots Cataracte, Ciel, Jour, etc.

i" Objection. Le premier verset de la Genèse porte : Du commencement les Dieux fit le ciel et la terre; voilà une matière préexistante et plusieurs dieux clairement désignés. C'est une imitation de la cosmogonie des Phéniciens.

Réponse. L'hébreu porte , bereschit , au commencement ; et c'est ainsi que l'ont entendu les paraphrastes chaldéens et les Septante. La préposition be signifie dans, et non de; reschit n'a jamais désigné la ma-

tière, iiionim, nom de Dieu, quoique pluriel, est joint à un verbe singulier, il ne désigne donc pas plusieurs dieux; il est construit de même dans tout ce ehapibc et ailleurs. D'autres termes hébreux, malgré la terminaison du pluriel , n'expriment qu'un seul objet : chaim, la vie; maim, l'eau ; phanim, la face; schammaim, le ciel; adonim, seigneur; bahalim, un faux dieu. Souvent les Hébreux disent, Jéhovah elohim, le Dieu qui est : titre incommunicable, consacré à exprimer le vrai Dieu. Le pluriel se met pour augmenter la signification, et alors il équivaut au superlatif; Elohim est le Très- Haut ; les poètes latins font souvent de même. Moïse fait ainsi parler Dieu : Sachez que je suis le seul Dieu, et qu*il n'y en a point d'autre que moi (Deut. xxxn, 39). Et Isaïe : J'ai fait seul l'immensité des deux, et par moi seul j'ai formé l'étendue de la terre (xlv, 24). Les Phéniciens n'ont jamais fait une profession de foi semblable. Dans leur cosmogonie, rapportée par Sanchoniaton, il n'est question ni d'un Dieu, ni de plusieurs dieux pour faire le monde. Eusèbe a remarqué que c'est une profession d'athéisme ; mais on prétend que le traducteur grec l'a mal rendu.

2' Objection. Dire que Dieu a fait le ciel et la terre, est une expression ridicule. La terre n'est qu'un point en comparaison du ciel; c'est comme si l'on disait que Dieu a créé les montagnes et un grain de sable. Mais cette idée si ancienne et si fausse, cpio Dieu a créé le ciel pour la terre, a toujours prévalu chez les peuples ignorants, tels qu'étaient les Juifs.

Réponse. L'expression de Moïse prévaut encore et prévaudra toujours, même chez les savants, en dépit de l'esprit chicaneur des incrédules. Selon l'énergie de l'hébreu, au commencement Dieu créa schammaim, ce qui est le plus élevé au-dessus de nous, et erts, ce qui est sous nos pieds : où est le ridicule, sinon dans la censure d'un critique oui n'entend pas seulement la signification des termes ? 11 ne sert de rien à l'homme do connaître l'immensité du ciel et le système du monde ; mais il lui est très-utile de savoir qu'en le créant, Dieu a pourvu au bien-être des habitants de la terre : cette réflexion nous rend reconnaissants et religieux.

3* Objection. La terre, selon Moïse, était lohu bohu ; ce terme signifie chaos, désordre, ou la matière informe : sans doute Moïse a cru la matière éternelle, comme les Phéniciens et toute l'antiquité. »

Réponse. Il est absurde de supposer que Moïse, après avoir dit que Dieu a créé le ciel et la terre , prend celle-ci pour la matière éternelle, et se contredit en deux lignes. Tohu bohu est, à la vérité, synonyme du chaos des Grecs; mais chaos signifie vide ou profondeur, et non désordre ou matière informe ; c'est mal à propos qu'Ovide l'a rendu par rxidis indigestaque moles. Moïsj donne à entendre que la terre , environnée des eaux, ne présentait dans toute sa sut face

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qu'un abîn.e profond couvert de ténèbres. 11 est faux que toute l'antiquité ait cru la matière éternelle; c'a été le sentiment des philosophes , et non celui du commun des hommes. Moïse est plus ancien que 1 <s écrivains de Phénicie ; il n'a rien emprunté d'eux. Il est clair que les trois premiers versets de la Genèse expriment distinctement la création des quatre éléments.

k' Objection, (les mots : Dieu ditquelalumière soit, et la lumière fut, ne sont point un trait d'éloquence sublime , quoi qu'en ait pensé le rhéteur Longin; mais le passage du psaume cxlviii, Il a dit, et tout a été fait, est vraiment sublime, parce qu'il fait une grande image qui frappe l'esprit et l'enlève.

Réponse. Celse , de son côté, jugeait que ces mois, SU lux, exprimaient un désir; il semble, dit-il, que Dieu demande la lumière à un autre. Voilà comme les censeurs de Moïse ont raisonné de tout temps. Mais nous en appelons au jugement de tout lecteur sensé; peut-on mieux faire entendre que Dieu opère par le seul vouloir, ni exprimer avec plus d'énergie le pouvoir créateur? Le Clerc est le premier qui ait su mauvais gré au rhéteur Longin de l'avoir compris; et en cela il ne s'est pas fait beaucoup d'honneur. Nous demandons au philosophe qui l'a copié si, lorsque le psalmistea rendu la même pensée , il a supposé la matière éternelle. Voy. Création.

5' Objection. Une opinion fort ancienne est que la lumière ne vient pas du solei. , que c'est un fluide distingué de cet astre, et qui en reçoit seulement l'impulsion; Moïse s est conformé à cette erreur populaire, puisqu'il place la création de la lumière quatre jours avant celle du soleil. On ne j eut pas concevo'r qu'il y ait eu un soir et un matin avant qu'il y eût eu un soleil.

Réponse. S'il y a ici une erreur, elle n'est certainement pas populaire; c'est une vieille opinion philosophique soutenue par Empédocle, renouvelée par Descartes , et encore suivie par d'habiles physiciens; mas le peuple n'y a jamais pensé. Puisque l'hébreu our signifie le feu aussi bien que la lumière, pour qu'il y ait eu un matin et un soir, il suffit que Dieu ait créé d'abord un feu ou un cor(;s lumineux quelconque , qui ait fait sa révolution autour de la terre, ou autour duquel la terre ait tourné.

6e Objection. Selon Moïse, Dieu fit deux grands luminaires , l'un pour présider au jour, l'autre pour présider à la nuit, et les étoiles. 11 ne savait pas que la lune n'éclaire que par une lumière empruntée ou réfléchie ; il parle des étoiles comme d'une bagatelle, quoiqu'elles soient autant de soleils dont chacun a des mondes roulants autour de lui.

Réponse. Sans doute l'auteur a vu ces mondes, et il y a voyagé; bientôt il nous apprendra ce qui s'y passe. Ce n'est pas Moïse, c'est Lucrèce qui a douté , après son maître Epicure, si la lune a une lumière propre, ou seulement une lumière réfléchie. Pour Moïse, il a eu de bonnes raisons de parler sans emphase d 'S étoiles et des autres astres; on

sait qu'une admiration stupide de l'éclat et de la marche de ces globes lumineux a été l'origine du polythéisme et de l'idolâtrie chez toutes les nations. Plus sensé que les philosophes , Moïse ne fait envisager les astros Sue comme des flambeaux destinés par le réateur à l'usage de l'homme; il le répète ailleurs , afin d'ôter aux Israélites la tentation d'adorer ces corps inanimés (Deut., iv, 19).

T Objection. Les Hébreux, comme toutes les autres nations , croyaient la terre fixe et immobile , plus longue d'orient en occident que du midi au nord ; dans cette opinion , il était impossible qu'il y eût des antipodes; aussi plusieurs Pères de l'Eglise les ont niés.

Réponse. Cependant les écrivains hébreux désignent souvent la terre par le mot Ihebel, le globe; on peut le prouver par vingt passages : ils ne la croyaient donc pas plus longue que large. Dans le livre de Job, c. xxvi, v. 7, il est dit que Dieu a suspendu la terre sur le rien, ou sur le vide. Selon le psaume xvni, v. 7, 1 ,• soleil part d'un point du ciel, et fait son circuit d'un bout à l'autre. Comme cette révolution se lait en ligne spirale, Job la compare aux replis tortueux d'un serpent, c. xxvi, v. 11. Peu importait aux Hébreux de savoir si c'est la terre ou le soleil qui tourne. Quant à ce que les Pères de l'Eglise ont pensé des antipodes, voy. ce mot.

Nous n'avons pas le courage de copier les puérilités que le môme philosophe a objectées contre la création de l'homme; on en trouvera quelque chose à cet article. Mais il faut répondre à un grief plus sérieux. Vingt auteurs ont écrit que Galilée fut persécuté et puni par l'inquisition à cause de ses découvertes astronomiques, et pour avoir expliqué le vrai système du monde ; on se sert de ce trait d'histoire pour ren Ire odieux le tribunal de l'inquisition, pour faire voir dans quelle ignorance l'Italie était encore plongée pendant le siècle passé. Heureusement nous savons à présent ce qu'il en est. Dans le Mercure de France du il juillet 178V, n° 29, il y a une dissertation dans laq lelle l'auteur prouve, par les lettres de Galilée luimême, par celles de Guichardin et du marquis Nicolini , ambassadeurs de Fiorence, amis et disciples de Galilée , qu'il ne fut point persécuté comme bon astronome, ma:s comme mauvais théologien , pour s'êtr a obstiné à vouloir montrer que le système de Copern c était d'accord avec l'Ecriture sainte. Ses découvertes, dit l'auteur, lui tirent, à la vérité, des ennemis; mais c'est sa fureur d'argumenter sur la Bible qui lui donna des juges, et sa pétulance des chagrins.

Dans son premier voyage à Rome, en 161 1 . Galilée fut admiré et comblé d'honneurs par les cardinaux et par les seigneurs auxquels il fit part de ses découvertes , et par le pape lui-même. Il y retourna en 1615. Sa présence déconcerta les accusations formées contre lui par les jacobins, entêtés de la philosophie d'Aristote, et inquisiteurs. Le cardinal dcl Monte, et plusieurs membres du saint-

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office , lui tracèrent le cercle de prudence dans lequel il devait se renfermer, pour éviter toutes les disputes ; mais son ardeur et sa vanité l'emportèrent. 11 exigea, dit Guichardin , que le pape et l'inquisition déclarassent que le système de Copernic est fondé sur la Bible; il écrivit mémoires sur mémoires. Paul V, fatigué par ses instances, arrêta que cette controverse serait jugée dans une congrégation. Rappelé à Florence au mois de juin 1616 , Galilée dit lui-môme dans ses lettres : « La congrégation a seulement décidé que l'opinion du mouvement de la terre ne s'accorde pas avec la Bible....; je ne suis point intéressé personnellement dans l'arrêt. » Avant son départ, il avait eu une audience très-amicale du pape ; le cardinal Bellarmin lui fit seulement défense, au nom du saint-siége, de reparler davantage de l'accord prétendu entre la Bible et Copernic, sans lui interdire aucune hypothèse astronomique.

Quinze ans après, en 1632, sous le pontificat d'Urbain VIII, Galilée imprima ses dialogues délie massime Système ciel Mundo, et il fit reparaître ses mémoires écrits en 1616, où il s'efforçait d'ériger en question de dogme la rotaton du globe sur son axe. On dit que b'S jésuites a'grirent le pape contre lui. « Il faut traiter cette affaire doucement , écrivait le marquis Nicolini, dans ses dépêches du 5, septembre 1632; si le pape se pique, tout est perdu; il ne faut ni disputer, ni menacer, ni braver. » C'est ce que Galilée n'avait cessé de faire. Cité à Borne , il y arriva le 3 février 1633. 11 ne fut point logé à l'inquisition, mais au palais de Toscane. Un mois après , il fut mis , non dans les prisons de l'inquisition , mais dans l'appartement du fiscal , avee i leine liberté de communiquer au dehors. Dans ses défenses, il ne fut point question du fond de son système, mais de sa prétendue conciliation avec la Bible ; après a sentence rendue et la rétractation exigée, Galilée fut le maître de retourner à Florence. C'est encore lui qui en rend témoignage; il écrivit au Père Beceneri, son disciple : « Le pape me croyait digne de son estime.... Je fus log^ dans le délicieux palais de la Trinité-du-Mont.... Quand j'arrivai au saint-office , deux jacobins m'intimèrent très-honnêtement de faire mon apologie.... J'ai été oblig: de rétracter mon opinion en bon catholique. » Mais son opinion sur le sens de l'Ecriture sainte était fort étrangère à l'hypothèse de la rotation de la terre. « Pour me punir, ajoute Galilée , on m'a défendu les dialogues , et congédié après cinq mois de séjour à Rome.... Aujourd hui je suis à ma campagne d'Arcêlre , où je respire un air pur auprès de ma clière patrie. » Cependant l'on s'obstine encore à écrire que Galilée fut persécuté pour ses découvertes, emprisonné à l'inquisition, forcé d'ab,urerle système de Copernic, et condamné à une prison perpétuelle; Mosheim et son traducteur l'ont ainsi affirmé , et on le répétera tant qu'il y aura des hommes prévenus contre l'Eglise romaine.

Monde (Antiquité du). De tout temps les

philosophes ont disputé sur ce sujet; plusieurs des anciens croyaient le monde éternel, parce qu'ils ne voulaient point admettre la création; les épicuriens soutenaient que le monde n'était pas fort vieux, et qu'il s'était formé de lui-même par le concours fortuit des atomes. La même diversité d'opinions subsiste encore parmi les modernes ; mais la plupart s'accordent à prétendre que le monde est beaucoup plus ancien que l'histoire sainte ne le suppose. Selon le texte hébreu , il ne s'est écoulé qu'environ six mille ans depuis la création jusqu'à nous; et l'an du monde 1656, le globe a été submergé par un déluge universel qui en a changé la face. La version des Septante donne au monde dix-huit cent soixante ans de durée de plus que le texte hébreu ; le Pentateuque samaritain ne s'accorde avec aucun des deux. Suivant l'hébreu , le déluge est arrivé deux mille trois cent quarante-huit ans avant Jésus-Christ; selon les Septante, trois mille six cent dix-sept : voilà près de treize cents ans de dilférence. Pour découvrir l'origine de cette variété de calcul , les critiques ont suivi ditférentes opinions ; les uns ont pensé que les Juifs ont abrégé, de propos délibéré, le calcul du texte hébreu, sans que l'on puisse en deviner la raison ; les autres, que les Septante ont allongé le leur, pour se conformer à la chronologie des Egyptiens. Chacune de ces deux hypothèses a eu des partisans; ni l'une ni l'autre n'est exempte de difficultés. Plusieurs savants se sont attachés au Pentateuque samaritain, et sont tombés dans d'autres inconvénients.

Le savant auteur de YHistoire de V Astronomie ancienne a prouvé , qu'eu égard aux diflércntes méthodes selon lesquelles les divers peuples ont calculé le temps , toutes leurs chronologies s'accordent , et ne diffèrent que de quelques années sur les deux époques les plus mémorables, savoir, la création et le déluge universel ; que tout s se réunissent encore à supposer la mémo durée depuis le commencement du monde jusqu'à l'ère chrétienne, en suivant le calcul des Septante. « Chez tous les anciens peuples , dit-il , du moins chez tous ceux qui ont été jaloux de conserver les traditions» l'on retrouve l'intervalle de la création au déluge exprimé d'une manière assez exacte et assez uniforme; la durée du monde jusqu'à notre ère s'y trouve également à peu près la même. » Hisl. de VAsiron. ancienne,, Jiv. i , § 6; Eclairciss. , liv. i , § 11 et suiv.. C'est plus qu'il n'en faut pour nous tranquilliser; nous n'avons pas besoin d'examiner les différentes hypothèses imaginées par les savants pour parvenir à une conciliation parfaite, ni de rechercher les causes de la. variété qui se trouve entre l'hébreu , le sa-maritain et le grec des Septante, ni de réfuter les prétentions de quelques nations qui se donnent une antiquité prodigieuse. L'auteur de V Antiquité dévoilée par les usages soutient que l'entêtement des Chaldéens , des Chinois , des Egyptiens, sur ce point , n'est fondé que sur des périodes astronomiques,

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arrangées après coup par les philosophes de ces nations , t. II , 1. iv , c. 2 , p. 309. Nous sommes encore moins tentés de répondre aux sophisrnes par lesquels mi célèbre incrédule a voulu prouver que le monde est coétenie! à Dieu.

Aujourd'hui l'on a principalement recours à des observations de physique et d'histoire naturelle , pour démontrer Vantiquité du monde; nous avons vu que Buil'on, dans ses Epoques de la nature, suppose que le monde a commencé à se peupler d'animaux et d'hommes, quinze mille ans avant nous; mais il convient lui-même que ce n'est là qu'un aperçu , c'est-à-dire une conjecture sins fondement. On y oppose des observations positives qui méritent plus d'attention. M. de Luc, qui a beaucoup exam'né les montagnes, a remarqué que, par les ébouîements, elles s'arrondissent peu à peu; que par la pluie et par les mousses il s'y forme une couche de t;^rre végétale; qu'ainsi elles a; riveront insensiblement à un point où elles ne pourront plus changer de forme. Il en est de même de plusieurs plaines autrefois incultes, et qui sont aujourd'hui cultivées, parce qu'il s'y est formé de la terre végétale. Mais le peu d'épaisseur de celte couche, toit dans les plaines, soit sur les montagnes, démontre qu'elle n'est pas fort ancienne; si elle l'était*, la cu'ture y aurait commencé plus tôt, et la population serait plus avancée. 1! s'est convaincu que les glaces augmentent dans les Alpes , et s'y étendent de jour en jour; si les glaciers étaient fort anciens, ils ne formeraient plus qu'une glace continue. Après avoir attentivement considéré le sol de la Hollande, et les divers cantons dans lesquels on a fait des conquêtes sur les eaux, il a toujours retrouvé les mêmes preuves de la nouveauté de nos continents , et du petit nombre de siècles qu'il a fallu pour les amener au point où ils sont aujourd'hui. D'où il conclut que les conséquences qui se tirent de l'état actuel du globe sont beaucoup plus sûres que les chrono'ogies fabuleuses des anciens peuples; et toutes ces conséquences concourent à prouver que nos continents ne sont pas aussi anciens que Bu (Ton et d'autres physiciens les supposent. Mais, de leur côté, ils allèguent aussi des observations; il est à propos de voir si elles prouvent ce qu'ils prétendent.

1° La mer a certainement un mouvement d'orient en occident, qui lui est imprimé par celui qui pousse la terre en sens contraire : or, ce mouvement seul doit insensiblement déplacer la mer dans la succession des siècles. On s'aperçoit que le fond de la mer Baltique diminue; on voit encore un canal par lequel elle communiquait autrefois à la mer Glaciale , mais qui s'est comblé par la succession des temps. La nature du sol qui sépare le golfe Persique d'avec la mer Caspienne fait juger que ces deux mers formaient autrefois un même bassin. Il y a aussi beaucoup d'apparence que la mer Rouge communiquait à la Méditerranée , dont elle ebt actuellement séparée par l'isthme de Suez.

Ces changements arrivés sur le globe sont plus anciens que nos connaissances historiques. Il paraît que l'Amérique était encore couverte d>\s eaux il n'y a pas un grand nombre de siècles, et qu'elle n'est pas habitée depuis fort longtemps. Enfin, la multitude des corps marins dont notre hémisphère est rempli prouve invinciblement qu'il a été autrefois sous les eaux de l'Océan. Combien n'a-t-il pas fallu de milliers de siècles pour mettre la terre dans l'état où elle est aujourd'hui ?

Réponse. A l'article Mer,- nous avons fait voir que son mouvement préîendu d'orient en occident est absolument faux ; qu'il est impossible et contraire à toutes les lois du mouvement. De to is les phénomènes que l'on nous cite, il n'y en a pas un seul qui puisse servir à le prouver. Pour séparer la mer Baltique de la mer Glaciale, il a fallu que la première se retirât du côté du midi ; il en a été de même du golfe Persique à l'égard de la mer Caspienne, et de la mer Bouge à l'égard de la Méditerranée. L'on prétend qu'en effet la mer Rouge a reculé du côté du midi , et qu'elle s'étendait autrefois davantage du côté du nord ; conséquemrnent il serait plus difficile aujourd'hui que jamais de percer l'isthme de Suez pour joindre ces deux mers. Voy. le Voi/age de Niébuhr en Arabie. Que peut-il s'ensuivre de là en faveur d'un mouvementhabituel des eaux d'orieiten occident ? De quoi a pu servir ce mouvement pour découvrir le sol de l'Amérique ? Ce mouvement tendrait à l'engloutir de nouveau du côté oriental, et non à prolonger ses côtes. On ne peut pas prouver q\\-a l'Amérique a gagné plus de terrain du côté de l'occident que du côté qui nous est opposé. Quant aux corps marins que l'on trouve dans les entrailles de la terre, et jusque dans le sein des montagnes de l'un et de l'autr? hémsphère, il est évident qu'ils n'ont pas pu y être déposés pendant un séjour tranquille et habituel de la mer sur le sol que nous habitons; il a fallu pour cela un bouleversement de toute la superficie, et nous n'en connaissons point d'autre que celui qui est arrivé par le déluge universel. Voy. Déluge. Quand nous supposerions faussement , comme quelques physicien?, que la quantité des eaux diminué, quanti nous admettrions pour un moment le pré • tendu mouvement de la mer d'orient en occident, il ne s'ensuivrait encore rien en faveur de Vantiquité du monde. Il faudrait savoir quelle était la quantité précise des eaux au moment de la création, afin de pouvoir calculer le temps qu'il a fallu pour les réduire à l'état où elles sont aujourd'hui. Dans la seconde hypothèse, il faudrait savoir s'il n'est point arrivé de révolution brusque sur le globe, qui ait changé le lit de la mer, et qui ait mis à sec le terrain quiestactue'dementhabité. Il est bien absur le de fonder des calculs sur des suppositions que l'on ne peut pas prouver, et qui sont détruites d'ailleurs par l'examen des phénomènes que nous avons sous les yeux, ou qui sont attestés par l'histoire

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2* Observation. L'on voit par toule la terre des marques certaines d'anciens volcans ; il y en a plusieurs bouches dans les montagnes d'Auvergne ; on en trouve des ve: tiges en Angleterre et le long des bords du Rhin. Le marbre noir d'Egypte n'est autre chose que de la lave ; il faut donc qu'il y ait eu un volcan près de Thèbes ; mais il était si ancien que la mémoire ne s'en est pas conservée. Le lit de la mer Moite a été creusé par un volcan ; le terrain des environs en lait foi. Selon le témoignage de Tourneibrt, le mont Ararat a autrefois jeté des flammes. A prési ni nous ne voyons des volcans que dans les îles et sur les bords de la mer ; il est donc probable que l'eau de la mer et l'huile qu'elle charrie sont un ingrédient nécessaire pour allumer les volcans; conséquemmentil faut que la mer ait autrefois baigné tous les terrains dont nous venons de parler, mais qui en sont aujourd'hui assez éloignés.

L'Etna brûle depuis un temps prodigieux ; il faut deux nulle ans pour amasser sur la lave qu'il jette une légère couche de terre : or, près de cette montagne l'on a percé au travers de sept laves placées les unes sur les autres, et dont la plupart sont couvertes d'un lit épais de très-bon terreau; il a doic fallu quatorze mille ans pour former ces sept couches. Le Vésuve porte des marques d'une très-haute antiquité, puisque le pavé d'Herculanum est fait de lave ; le Vésuve avait donc déjà fait des éruptions avant que cette ville fût bâtie : or, elle l'a été au moins mille trois cent trente ans avant notre ère.

Réponse. En supposant que l'eau de la mer est nécessaire j.ourallumer les volcans, il s'ensuivra seulement que ceux qui sont aujourd'hui dans l'intérieur des terres n'ont brûlé qu'immédiatement après avoir été détrempés par les eaux du déluge ; et l'on n'en peut rien conclure en faveur de l'antiquité au monde. Ces volcans seront un monument de plus pour prouver l'inondation générale du globe. L'existence d'un ancien volcan dans l'Egypte est attestée par la fable de Typhon, fable analogue à celle qu'Hésiode et Homère ont forgé sur le mont Etna. Le nombre des couches de lave ne prouve point 1 antiquité de celui-ci. Herculanum subsistait-il il y a treize mille sept cents ans ? Aujourd'hui il est à cent douze pieds sous terre ; pour arriver à cette

f)rofondeur, il faut traverser six couches de ave séparées comme celles de l'Etna par des couches de terre végétale. 11 est clair que cette terre est de la cendre vomie par le volcan, et qu'il a pu s'en former plusieurs couches dans une même éruption. Qu'importe qu'Herculanum ait été bâti mille trois cent trente ans avant notre ère, dès qu'il s'était écoulé deux mille trois cent quarante-huit ans depuis le déluge jusqu'à la même époque ? A la fondation de celle ville, il y avait plus de mille ans que le déluge était passé. De même, quand la table isiaque et la siatue de Memnon seraient de lave, ces ouvrages n'ont pu être faits que sous des rois de Thèbes déjà puissants , par

conséquent depuis l'an 2500 du monde; jusqu'alors l'Egypte avait été partagée en petites souverainetés, Chronologie égypt., tom. II, table, pag. 107; et il s'était écoulé plus de huit cents ans depuis le déluge.

L'auteur de l'Introduction à l'histoire naturelle de l'Espagne, après avoir bien examiné les pétrifications et les vestiges des volcans, reconnaît qu'en cinq ou six mille ans il y a plus de temps qu'il n'en faut pour produire tous les phénomènes dont nous avons connaissance : or, selon le calcul le plus court, il s'est passé, depuis le délugejusqu'à nous, quatre mille cent trentedeux ans, et, selon les Septanle, cinq mille quatre cent un. L'auteur des Recherches sur les Américains convient que l'on ne connaît aucun monument d'industrie humaine antérieur au déluge; on ne découvrira pas plus de phénomènes naturels capables d'en, détruire la réalité ou l'époque.

3e Observation. En Angleterre et en Hollande, il y a des forêts enterrées à une profondeur considérable. Les mines de charbon d'Angleterre, du Bourbonnais, et autres, paraissent venir de forêts embrasées par des volcans. Les corps marins que l'on déterre dans les mines et dans les canières n'ont point leurs semblables dans les mers qui nous avoi^inent, mais seulement à deux ou trois mille lieues de nos côtes. L< s bancs immenses de coquillages qui sont en Touraine et ailleurs, ne peuvent y avoir été déposés que pendant un séjour Irès-long de la mer. Toutes cesrévoluiibns n'ont pu se faire pendant le court espace de temps que l'on suppose écoulé depuis le déluge jusqu'à nous.

Réponse. Voici ce que dit , au sujet des forêts enterrées, l'auteur des Recherches sur les Américains : « Pourquoi veut-on attribuer aux vicissitudes générales de notre globe ce que des accidents particuliers ont pu produire ? C'est l'inondation de la Chersonèse Cimbrique, arrivée, selon le calcul de PicarJ, l'an 3V0 de notre ère vulgaire, qui a noyé et enterré les forêts de la Frise. Les arbres fossiles qu'on exploite en Angleterre, dans la province de Lancastre, ont atu-si passé longtemps pour des monuments diluviens ; mais on a reconnu que la racine de ces arbres avait été coupée à coups de hache, ce qui, joint aux médailles de Jules-César que l'on y a trouvées à la profondeur de lix-huit pieds, suffit pour déterminer à pieu près la date de leur dégradation. » Tome II, lettre 3, page 330. Il est faux que les mines de charbon de terre soient des forêts consumées par Je feu. Butfon nous apprend que ce charbon, la hou lie, le jais, sont des matières qui appartiennent à l'argile. Jlist. nat., tom. 1, in-12, p. 4-03. M. de Luc pense que la tourbe est l'origine des houilles ou charbons de terre, et il confirme cette conjecture par des observations, tom V, lettre 1:10, p. 223. Les volcans n'y ont point de part. Puisque plusieurs coquillages et autres corps marins, que l'on trouve dans la terie ou dans

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