‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 115 sur 228 · ION · texte numérisé non relu

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la pierre, n'ont leurs semblables que dans des mers très-éloignées de nous, il est évident qu'ils n'ont point été déposés sur le sol cjue nous habitons par un séjour habituel de la mer, mais par une inondation subite, accompagnée d'un bouleversement dans la surface du globe, telle qu'elle est arrivée pendant le déluge. Et l'on ne peut pas estimer la plus ou moins grande quantité de ces coquillages qui a pu être déposée sur certaines plages. Voy. Déluge.

Le monde, disait Newton, a été formé d'un seul jet. Nous cherchons une jeunesse à ce qui a toujours été vieux, une vieillesse à ce qui a toujours été jeune, des germes aux espèces, des naissances aux générations, des époques à la nature ; mais quand la sphère où nous vivons sortit de la maiu divine de son auteur, tous les temps , tous les âges, toutes les proportions s'y manifestèrent à la fois. Tour que l'Etna put vomir ses feux, il fallut à la construction de ses fourneaux des laves qui n'avaient jamais coulé. Pour que l'Amazone [tût rouler ses eaux à travers l'Amérique, les Andes du Pérou durent se couvrir de neige, que les vents d'Orient n'y avaient point encore accumulée. Au sein des forets nouvelles naquirent des arbres antiques, afin que les insectes et les oiseaux pussent trouver des aliments sous leurs vieilles écorces. Des cadavres furent créés pour les animaux carnassiers. 11 dut naître dans tous les règnes des êtres jeunes, vieux, vivants, mourants et morts. Toutes les parties de cette immense fab.ique parurent à la fois, et si elle eut un échafffud , il a disparu pour nous. Eludes de la Nature, tome I, etc.

Monde (Fin du). Si nous voulions en croire les ennemis de la relig:on, l'opinion de la fin du monde prochaine a été la cause de la p'upart des révolutions qui sont arrivées dans les différents siècles. Les païens mêmes , philosophes et autres, étaient persuadés qu'un jour le monde devait périr par un embrasement général ; mais ils ont arbitrairement fixé l'époque à laquelle cette catastrophe devait arriver. Les Juifs, comme les autres peuples, croyaient que le monde, après avoir été autrefois détruit par l'eau, devait l'être par le feu ; ils fondaient cette opinion sur quelques prophéties dont le sens n'est pas fort clair. Le jubilé qu'ils célébraient tous les cinquante ans, pendant le quel les héritages aliénés devaient retourner à leurs anciens possesseurs, et les esclaves étaient mis en liberté, semble avoir eu pour motif la persuasion dans la [uelle étaient les Juifs que le monde devait finir au bout de cinquante ans. Cette attente, continuent les incrédules, était répandue d'un bout de l'univers à l'autre ; lorsque Jésus-Christ p-irut sur la terre, il en profita pour publier qu'il était le Messie promis, et le préjugé général contribua beaucoup à le faire reconnaître pour envoyé de Dieu, pour juge des vivants et des morts. Lui-même annonça que la fin du monde et le jugement dernier étaient prochains, et il donna l'ordre à ses apôtres de répandre cette terrible prédiction. Ils n'y ont pas manqué ;

leurs écrits sont remplis de menaces de la fin prochaine du monde, de la consommation du siècle, de l'arrivée du grand jour du Seigneur. C'est ce qui causa Ja conversion de la plupart de ceux qui embrassèrent le christianisme, et leur inspira le désir du martyre. Bientôt ce préjugé donna lieu à celui des millénaires, ouàl'espérance d'un règne temporel de Jésus-Christ sur la terre, qui devait bientôt commencer. Toutes ces idées sombres inspirèrent aux chrétiens le détachement du monde, un goût décidé pour la vie solitaire et monastique, pour les mortifications, pour la virginité, pour le célibat. On vit renaître la même démence dans la suite , surtout pendant les malheurs du ix' siècle et des suivants ; les moines surent en profiter pour s'enrichir. Ainsi, dans tous les temps, des terreurs paniques ont été la principal ou plutôt l'unique fondement de la religion. Tel est le résultat des profondes réflexions des incrédules. Pour les réfuter en détail, il faudrait une assez longue discussion $ mais quelques remarques suffiront pour en démontrer la fausseté. 1° La philosophie païenne, surtout celle des épicuriens, était beaucoup plus capable que la religion d'inspirer des doutes sur la durée du monde, et de répandre de vaines terreurs. « Peut-être, dit Lucrèce, des tremblements de terre causeront dans peu de temps un bouleversement affreux sur tout le globe ; peut-être tout s'abimera-t-il bientôt avec un fracas épouvantable, » l.v, v. 98. En effet, quelle certitude peut-on avoir de ce qui doit arriver, si ce n'est pas un Dieu bon et sage qui a créé le monde, qui le gouverne, qui a établi les lois physiques sur lesquelles est fondé l'ordre de la nature ? L'éruption d'un volcan , un tremblement de terre, une inondation subite, un météore quelconque, doivent faire craindre la destruction du globe entier. Un alhée moderne nous avertit que nous ne savons pas si la nature ne rassemble pas actuellement dans son laboratoire immense les éléments propres à faire éclore des générations nouvelles, et à former un autre univers. Il est singulier que les incrédules mettent sur le compte de la religion des terreurs absurdes que peut faire naître leur fausse philosophie. Dans le système du paganisme, qui supposait toute la nature animée par des génies, tout phénomène extraordinaire anivé dans le ciel ou sur la terre état un effet de leur courroux; savait-on jusqu'où ces êtres capricieux et malfaisants étaient capables de pousser leur malignité ? Quelques auteurs ont pensé que les différentes opinions touchant la durée du monde n étaient fondées que sur des périodes astronomiques ot sur des calculs arbitraires ; mais peu nous importe de savoir quelle en était la vraie cause.

2° La religion révélée de Dieu, loin de nourrir ces vaines frayeurs, n'a travaillé qu'à rassurer les hommes. Non-seulement elle nous enseigne que l'univers a été créé par un Dieu saj,e et attentif à le gouverner, qui a dirigé toutes choses au b.en de ses

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créatures, quine dérangera point l'ordre qu'il a établi, puisqu'il a jugé que tout est bien; mais clic nous montre qu'il n'a jamais détruit les hommes sans les en avertir d'avance. Dieu Qt prédire le déluge universel six vingts ans avant qu'il arrivât ; il avertit Abraham de la destruction prochaine de Sodome ; il menaça les Egyptiens avant de les châtier ; les Chananéens, tout impies qu'ils étaient, virent arriver de loin l'orage prêt à tondre sur eux, etc. ; l'auteur du livre de la Sagesse nous le l'ait remarquer, c. xi et xn. Après le déluge, Dieu d t à Noé : Je ne maudirai plus la terre à couse des hommes, et je ne détruirai plus toute âme rivante comme j'ai fait ; tant que la terre durera, les semailles et la moisson, Vête' et l'hiver, le jour et la nuit se succéderont sans interruption (Gènes, vm, 21). « Ne craignez point les signes du ciel, comme font les autres nations, » dit Jérémie aux Juifs, c. x, v 2. Peut-on citer un seul endroit de l'Ancien Testament dans lequel il soit question de la fin du monde ?

3° Les Juifs étaient donc préservés du préjugé des autres nations par leur religion même. Leur jubilé n'avait pas plus de rapport à la fin du monde que la prescription de trente ans n'y en a parmi nous. Us attendaient le Messie, non comme un juge redoutable et destructeur du monde, mais comme un libérateur, un sauveur, un bienfaiteur ; les prophètes l'avaient ainsi annoncé : sa venue était pour les Juifs un objet d'espérance et de consolation, plutôt que de trouble et de frayeur. A sa naissance un ange dit aux bergers : « Je vous annonce un grand sujet de joie pour toute la nation ; il vous est né à Bethléem un Sauveur, qui est le Christ, fils de David. » Zacharie, Siméon, la

Îirophéte^se Anne, le publient ainsi. Jeanîaptiste, en l'annonçant, dit qu'il vient le van à la main séparer le bon grain d'avec la paille ; mais cette séparation n'était pas celle du jugement dernier, puisqu'il dit que Jésus est l'agn au de Dieu, qui ôte le péché du monde (Matth. m, 12; Joan.i, 29).

k" Jésus lui-même appelle sa doctrine Evangile ou bonne nouvelle ; il commence sa prédication par des bienfaits, par des miracles, par la guérison des maladies. 11 dit que Dieu a envoyé son Fils, non pour juger le monde, mais pour le sauver (Joan. m, 17). H prêche le royaume des deux, et il ordonne à ses apôtn s de faire de même; mais ce royaume est évidemment le règne du Fils de Dieu sur son Eg'ise, il n'a rien de commun avec la fin du monde. Quelque temps avant sa passion, ses disciples'lui font remarquer la structure du temple de Jérusalem (Matth. xxiv ; Marc, xm; Luc. xxi) ; il leur dit que cet édifice sera déiruit, et qu'il n'en restera pas pierre sur pierre. Les disciples étonnés lui demandent quand ce sera, quels seront les signes de son avènement et de la consommation du siècle 11 y aura pour lors , dit-il, des guerres et des séditions, des tremblements de terre, des pestes et des famines ; vous serez vous-mêmes persécutés tC mis à mort ; Jérusulem sera enciron-

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née d'une armée; le temple sera profané; il paraîtra de faux prophètes; il y aura des signes dans le ciel ; le soleil et la lune seront obscurcis, et les étoiles tomberont du ciel : alors on verra venir le Fils de V homme sur les nuées du ciel, avec une grande puissance et une grande majesté; ses anges rassembleront les élus d'un bout du monde à l'autre, etc. 11 annonce tout cela comme des événements dont ses apôtres seront les témoins, et il ajoute : Je vous assure que cette génération ne passera point, jusqu à ce que toutes ceschoses s'accomplissent. Est-il question là de la fin du monde? Les sentiments sont partagés sur ce point. Plusieurs interprètes pensent que Jésus-Christ prédit uniquement la ruine de la religion, de la république et de la nation juive, et que toutes les circonstances se vérifièrent lo.sque les Romains prirent et rasèrent Jérusalem, et disposèrent la nation; qu'il y a cependant quelques expressions qu'il ne faut pas prendre à la lettre, telle que la chute des étoiles, eic. ; que Jésus-Christ a employé le môme style et les mêmes images dont les prophètes se sont servis pour prédire d'autres événements moins considérables. Conséquemment ces commentateurs disent que ces paroles de Jésus-Christ, Cette génération nepassera point, etc., signifient : les Juifs qui vivent à présent ne seront pas tous morts lorsque ces choses arriveront. En effet , Jérusalem fut prise et ruinée moins de quarante ans après. Selon ce sentiment, il n'est point question là de la fin du monde. Les autres sont d'avis que Jésus-Christ a joint les signes qui devaient précéder la dévastation de la Judée avec ceux qui arriveront à la fin du inonde et avant le jugement dernier; que qu;md il dit : Cette génération ne passera point, etc., il entend que la nation juive ne sera pas jusqu'alo.s entièrement détiuite, mais qu'elle subsistera jusqu'à la fin du monde. On ne peut pas ner que le terme de génération ne soit pris plusieurs fois en ce sens dans l'Evangile. Or, selon cette opinion même, il n'est pas vrai que Jésus-Christ ait prédit la fin du monde comme prochaine.

5" Il n'est pas mieux prouvé que les apôtres en aient parlé. Saint Paul dit (Rom. xni, 11); « Notre salut est plus proche que quand nous avons cru. » Il dit (I Cor. i, v. 7), que les fidèles attendent l'apparition de Jésus- Chiist et le jour de son avènement. Saint Pierre ajoute (/ Petr. iv, v. 7) que cet avènement approche, et que ce jour viendra comme un voleur. Saint Jacques, c. v, v. 8 et 9, nous avertit qu'il est tout près, et que le juge est à la porte. Saint Jean (Apoc. iny v. 11, et c. xxii, v. 12), lui fait dire : « Je viens promptement rendre à chacun selon ses œuvres. » Tout cela est exa-tement vrai à l'égard de la proximité de la mort et du jugement particulier, et non à l'égard de la fin du monde ou du jugement dernier. Saint Paul dit encore (1 Cor. x, v. 11) : « Nous qui sommes parvenus à la fin des siècles. » (Uebr., c. ix , v. 2G : « Jésus-Christ s'est donné pour victime à la consommation des

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