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siècles; » mais nous avons vu que, dans la question que les apôtres firent à Jésus-Christ, la consommation au siècle signifiait la tin du judaïsme. Saint Paul nomme princes de ce 'siècle les chefs de la nation juive (/ Cor. h, v. 6 et 8). On sait d'ailleurs que le mot siècle exprime simplement une révolution.
L'on (Joit donc entendre de même ce que dit saint Pierre (/ Pelr. iv, v. 7), que la fin de toutes choses approche ; et saint Jean, Ep. I, c. ii, v. 18, que nous sommes à la dernière heure, que l'Antéchrist vient, et qu'il y en a déjà eu plusieurs ; il entendait par là les faux prophètes, qui, selon la prédiction de Jésus-Chii-t , devaient paraître avant la destruction de Jérusalem. Celle-ci était prochaine lorsque les apôtres écrivaient ; il n'est pas étonnant qu'ils en aient prévenu les fidèles. Dans les prophètes, les derniers jours signifient un temps fort éloigné, et saint Paul appelle l'époque de l'incarnation la plénitude des temps. 11 y a plus : sdnt Paul, parlant de la résurrection générale dans sa première lettre aux Thessaloniciens, c. iv, v. 14, avait dit : « Nous qui vivons, sommes réservés pour l'avènement du Seigneur...; les morts qui sont en Jésus- Christ ressusciteront les premiers. Ensuite , nous qui vivons et qui sommes réservés, serons enlevés avec eux dans les airs pour ail r au de\ant de Jésus-Christ, et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur. Consolezvous mutuellement par ces paroles;» c. v,v.l: « 11 n'est pas nécessaire de vous en marquer le temps ; vous savez que le jour du Seigneur viendra comme un voleur pendant la nuit. » Ces paroles, au lieu de consoler les Thessaloniciens, les avaient effrayés : saint Paul leur écrivit sa seconde lettre pour les rassurer : « Nous vous prions, dit-il, c. n, de ne pas vous laisser troubler ni effrayer, ou par de prétendues inspirations, ou par des discours, ou par une de nos lettres, comme si le jour du Seigneur était prochain. Que personne ne vous trompe en aucune manière, parce qu'il faut qu'il y ait d'abord une sépara ion, que l'homme de péché, le fils de perdition, soit connu, etc. Je vous ai dit tout cea lorsque j'étais avec vous. » Les Thessaloniciens avaient donc tort de croire que le jour du Seigneur était prochain.
Chez les prophètes, le jour du Seigneur est un événement que Dieu seul peut opérer, et surtout un châtiment éclatant (Isai. n, v. 11 ; c. xiii, v. 6 et 9, etc.). Voy. Jour. Ainsi, lorsque saint Pierre dit, Ep. II, c. ni, v. 12 : « liiitons-nous pour l'arrivée du jour du Seigneur, par lequel les cieux seront dissous par le feu, etc.; nous attendons de nouveaux cieux et une nouvelle terre dans laquelle la justice habite ; » il n'est pas sûr que cela doive s'entendre de la fin du monde et de la vie future. Dans Isuïc, c xm, v. 10, Dieu menace d'obscurcir le soleil, la lune et les étoiles, de troubler le ciel, de déplacer la terre ; et il s'agit seulement de la prise de Babylone. Ezéchiel , c. xxxn, v. 7, exprime de même la dévastation de l'Egypte ; et Joël, -<ap. ii et in, la désolation de la Judée. Dans
les Actes des apôtres, c. h, v. 16 , saint Pierre applique cette prophétie de Joël à la descente du Saint-Esprit. Dieu promet de créer de nouveaux cieux et une nouvelle teire, pour exprimer le rétablissement futur des Juifs (Isai., lxv, v. 17; c. lxvi, v. 22). Les apôtres répétaient toutes ces expressions, parce que les Juifs y étaient accoutumés ; c'est encore aujourd'hui le style des Orientaux.
0° L'on assure très-mal à propos qu'à la naissance du christianisme l'opinion de Ja fin prochaine du monde était générale, que ce fut la cause des conversions , de l'empressement des chrétiens pour le martyre, de la naissance du monachisme, du goût pour la virginité et le célibat. Si cela était vrai , il serait fort étonnant que les Pères n'en eussent rien dit, et que les philosoph s ne l'eussent point reproché aux chrétiens. Origène , dans son Exhortation au martyre ; Terlullien, dans ses livres contre les gnostigues, qui blâmaient le martyre ; dans ses Traités sur la fuite pendant les persécutions, sur la Chasteté, sur la Monogamie , sur le Jeune, etc., n'allèguent point la proximité d» la fin du monde; c'aurait été cependant un motif de plus. Saint Basile et saint Jean Chrysostome, dans leurs écrits sur la vie monastique, gardent le même silence.
On est fâché de voir un homme aussi judicieux que Mosheim confirmer le préjugé des incrédules. 11 dit qu'il n'est pas probable i|ii" les apôtres, persuadés de la fin prochaine du monde et d'un nouvel avènement de Jésus-Christ, aient pensé à surcharger la religion de cérémonies. Institut. Hist. christ., n* part., c. 4, § 4. Réflexion pitoyable. 11 répète ailleurs, qu'au n* siècle la plupart des chrétiens croyaient, comme les montanistes, que le monde allait bientôt finir. Hist. Christ., sœc. n, § 67, p. 423.
Celso reproche aux chrétiens de croire l'emhrasement futur du monde et la résurrection des corps ; mais il ne les accuse point de croire que ces événements sont prochains, Origène, contre Celse, 1. iv, n. 11 ; I. v, n. 14. Minutius Félix soutient la vérité de ces deux dogmes contre les païens, Octav., n. 34 : mais il ne fixe point le temps auquel cela doit arriver. « Nous prions, dit Tertullien, pour les empereurs, pour l'empire, pour la prospérité des Romains, parce que nous savons que la dissolution affreuse dont l'univers est menacé est retardée par la durée de l'empire romain. Ainsi nous demandons à Dieu de difféier ce que nous n'avons pas en vie d'éprouver. » Apol., c. xxxn. 11 ne changea d'avis que quand il fut devenu montaniste. Les millénaires ne fixaient point la date du règne temporel de Jésus-Christ qu'ils espéraient. Le sentiment commun des Pô; es était que le monde devait durer six mille ans, par analo;ie aux six jours do la création; c'était une tradition juive. Yoy(z les Notes sur Lactance, Instit., 1. vu, c. 14.
A la vérité, toutes les fois que les peuples ont éprouvé de grandes calamités, ils ont imaginé qu'elles annonçaient la fin du monde:
c'est pour cria que cette opinion s'établit en Europe au v siècle. Un certain ermite, nommé Bernard de Thuringe, publia que la tin du monde allait arriver ; il se fondait sur une prétendue révélation qu'il avait eue, sur le passage de l'Apocalypse, c. x\, v. 2, où il est dit que le démon sera délié après mille ans, et sur ce qu'en l'an 960 la fête de l'Annonciation était tombée le jour du vendre ii saint. Une éclipse de soleil, qui arriva cct'e même année, acbeva de renverser toutes les têtes. Les théologiens furent obligés d'écrire pour dissiper cette vaine terreur. Mais les ravages causés en France parles Normands, en Espagne et en Italie par les Sarrasins, en Allemagne par d'autres barbares, eurent plus de part au préjugé populaire que les visions de l'ermite Bernard. La frayeur élait passée lorsqu'on commença à rebâtir les églises et à rétablir 1" cul le divin; l'on fit alors de grandes fondations; mais la plupart, dit M. Fleur/, n'étaient que la restitution des dîmes et des autres biens d'Eglise usurpés pendant les troubles précédents. Mœurs des chrétiens , n" 02. Il ne faut donc pas accuser les moines d'avoir profité de l'élourdissement des esprits pour s'enrichir, ce soupçon injurieux n'est fondé sur aucun fait positif. De ces réflexions il résulte que le système des incrédules, touchant i'iniluence de la peur sur les événements arrivés dopu's dix-sent cents ans dans lEglise, est un rêve aussi frivole que la crainte de voir le monde finir dans peu de temps.
Aujourd'hui il se trouve encore des théologiens entêtés d'un figurisme outré , qui , en comparant l'Apocalypse avec Jes deux épîtres aux Tliessaloniciens, et avec la prophétie de Malachic , font une histoire ue la fin du monde, de l'Antéchrist, de la venue d'Elie, aussi claire que s'ils y avaient assisté. Nous les félicitons de leur péné ration ; mais on a déjà débité tant de rêveries sur ce sujet, qu'il serait bon de s'en abstenir désormais, et do renoncer à connaître ce qu'il n'a pas plu à Dieu de nous révéler. Voy. Antechuist. Dissert, sur les signes de la ruine de Jérusalem et sur la fin du monde, Bible d'Avig., t. X11I, pag. 403; tom. XVI, pag. 410. lùONOPHYSITES. Voy. Eutychiens et Ja-