‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 117 sur 228 · C.0BITES · texte numérisé non relu

C.0BITES

MONOTHÉLITES, secte d'hérétiques, qui é ait un rejeton des eutychiens. Eutycliès avait enseigné que, par l'incarnation du Fils de Dieu , la nature humaine avait été tellement absorbée par la divinité en Jésus- Christ , qu'il n'en résultait qu'une seule nature : erreur condamnée par le concile général de Chalcédoine. Les monoi'nélitcs soutenaient qu'à la vérité les deux natures subsistaient encore , et que l'humanité n'était point confondue en Jésus-Christ avec la divinité , mais (pie la volonté humaine élait si parfaitement assujettie et gouvernée par la volonté divine, qu'il ne lui restait plus d'activité ni d'action propre; qu'ainsi il n'y avait en Jésus-Christ qu'une seule vo'onté et une seule opération. De là vint leur nom, dérivé de pô-of, seul, et de O^zu, vouloir. Ce

DlCriONN. DE ÏHÉOL. DOGMATIQUE. 111.

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fut l'empereur Héraclius qui, en 630, donna lieu à cette nouvelle hérésie. Dans le dessein de ramènera l'Eglise catholique les eutychiens ou monophysites , il imagina qu'il fallait prendre un milieu entre leur doctrine, qui consistait à n'admettre en Jésus-Christ qu'une seule nature, et le sentiment des catholiques, qui soutenaient que Jésus-Christ, Dieu et homme, a deux natures et deux volontés; que l'on pouvait les réconcilier, en disant qu'il y a, à la vérité, en Jésus-Christ deux natures, mais une seule volonté , savoir la volonté divine. Cet expédient lui fut suggéré par Athanase, principal évoque des arméniens monophysites; par Paul, l'un de leurs docteurs, et par Sergius, patiiarehe de Constantinoplc , ami de leur secte. En conséquence, Héraclius publia, l'an G30, un édit pour faire recevoir cette doctrine. Le mauvais succès de sa politique prouva qu'en matière de foi il n'y a point de tempérament à prendre, ni de milieu entre la vérité révélée de Dieu et l'hérésie.

Athanase, patriarche d'Aniioche, etCyrus, patriarche d'Alexandrie, adoptèrent sans résistance l'édit d'Héraclius ; le second assembla, l'an 033, un concile dans lequel il le lit recevoir. Mais Sophroiùus, qui, avant d'être placé sur le siège de Jérusalem, avait assis é à ce concile, et s'était opposé à l'acceptation de l'édit, tint, de son côté, un autre concile, l'an 034, dans lequel il fit condamner comme hérétique le dogme d'une seule volonté en Jésus-Christ. Il en écrivit au pape Honorius, Malheureusement ce pontife avait été prévenu et séduit par une lettre artificieuse do S Tgius de Constantinople, dans laquelle celui-ci, sans nier distinctement les deux volontés en Jésus-Christ, semblait soutenir seulement qu'elles étaient une, c'est-à-dire parfaitement d'accord et jamais opposées : d'où résultait l'unité d'opération. Honorius trompa approuva cette doctrine par sa réponse : on ne voit pas néanmoins qu'il au écrit à Soph.onius de Jérusalem pour condamner sa conduite. Comme la fermeté de ce dernier à condamner le monolliélisme était applaudie par tous les catholiques, l'empereur Héraclius , pour fane cesser les disputes, publia, l'an 639 , un autre édit, appelé ecthesis, ou exposition de la foi, que Sergius avait composé, par lequel il défendait d'agiter la question de sa.oir s'il y a une o i deux volontés en Jésus-Christ, mais qui enseignait cependant qu'il n'y en a qu'une, savoir, la volonté du Verbe divin. Celte loi fut reçue par plusieurs évoques d'Orient, et en particulier par Pyrrhus de Constantinople., qui venait do succéder à Sergius. Mais l'année suivante, le pape Jean IV, successeur d'Honorius, assembla un concile à Rome, qui rejeta l'ecthèse et condamna les monothélites. Héraclius, informé de cette condamnation , s'excusa auprès du pape , et rejet i la faute sur Sergius. La div.sion continu i donc comme auparav,.nf.

L'an 048, l'empereur Const nt, conseillé par Paul de Cons:an[inople, monothclite comme ses prédécesseurs , donna un troisième

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éil.il, nommé type ou formulaire, par lequel il supprimait Yectkèse, défendait d'agiter désormais la question, et ordonnait le silence. Mais les hérétiques, en demandant le silence, ne le gardent jamais ; la vérité d'ailleurs doit être prêchée, et non étouffée par la diss ululation. En 6W, le pape saint Martin 1" tint à Home un concile de cent cinq évoques, oui condamna Yecthèse, le type et le monottiélisme. « Nous ne pouvons, disent les Pères de ce concile, abjurer tout à la fois l'erreur et la vérité. » L'empereur, indigné de cet affront, s'en prit au pape, et fit attenter plusieurs fois à sa vie. Trompé dans ses projets, il le fit saisir par des soldats, conduire dans l'île de Naxos, retenir prisonnier pendant un an ; ensuite il le fit transporter à Constantinople, où le pape reçut de nouveaux outrages; enfin, reléguer dans la Chersonèse Tauiique, aujourd'hui la Crimée, où ce saint pape mourut de misère et de soulfrances, l'an 655. Cela ne servit qu'à rendre les monothélites plus odieux.

Enfin, l'empereur Constantin Pogonat, fils de Constant, par l'avis du pape Agatlion, fit assembler àConstantinople, l'an 630, le sixième concile œcuménique, dans lequel Sergius, Pyrrhus et les autres chefs du monothélisme, môme le pape Honorius, furezit nommément condamnés, et cette hérésie proscrite. L'empereur continua la sentence du concile par ses lois. Dans cette assemblée la cause des monothélites fut défendue par Macaire d'Antioche avec toute la subtilité et l'érudition possible, mais avec fort peu de bonne foi ; et il n'est pas aisé de concevoir ce que voulaient ces hérétiques, ni de savoir s'ils s'entendaient eux-mêmes. Ils faisaient profession de rejeter l'erreur des eutychiens ou monophysites , d'admettre en Jésus-Christ la nature divine et la nature humaine sans mélange et sans confusion, quoique substantiellement unies en une seule personne. Ils avouaient que ces deux natures étaient entières et complètes l'une et l'autre, revêtues chacune de tous ses attributs et de toutes ses facultés essentielles , par conséquent d'une volonté propre à chacune, ou de la faculté de vouloir, et que cette faculté n'était point inactive ou absolument passive. Us n'en soutenaient pas moins l'unité de volonté et d'opération uans Jésus- Christ. Celte contradiction même démontre que tous ne pensaient pas de même et ne s'entendaient pas entre eux. Quelques-uns, peut-être, par unité de volonté, n'entendaient rien autre chose qu'un accord parfait entre la volonté humaine et la volonté divine : ce n'était pas là une erreur ; mais ils auraient dû s'expliquer clairement. D'autres paraissent avoir pensé que, par l'union substantielle des deux natures, les volontés étaient tellement réduites en une seule, que l'on ne pouvait plus y supposer qu'une distinction métaphysique ou intellectuelle. Mais la plupart disaient qu'en Jésus-Christ la volonté liumaine n'était que l'organe ou l'instrument nar lequel la volonté divine agissait ; alors la première était absolument passive et sans

action ; car enfin c'est l'ouvrier qui agit, et non l'instrument dont il se sert. Dans cette hypothèse, la volonté humaine n'était qu'un vain nom sans aucune réalité.

Les monothélites s'étaient donc flattés mal à propos de pouvoir réunir dans leur système les nestoriens, les eutychiens et les catholiques ; quiconque savait raisonner ne pouvait goûter leur opinion, encore moins la concilier avec l'Ecriture sainte, qui nous apprend que Jésus-Christ est vrai Dieu et vrai homme, qui nous montre en lui toutes les qua ités humaines comme celles de la Divinité. Aussi, après une ample discussion de leur sentiment dans le sixième concile général, ils furent condamnés de toutes les voix; le seul Macaire d'Antioche s'y opposa.

Ce concile, après avoir déclaré qu'il reçoit les définitions des cinq premiers conciles généraux, décide qu'il y a dans Jésus-Christ deux volontés et deux opérations ; qu'elles sont réunies dans une seule personne, sans division, sans mélange et sans changement; qu'elles ne sont point contraires, mais que la volonté humaine se conforme entièrement à la volonté divine, et hii est parfaitement soumise. 11 défend d'enseigner le contraire, sous peine de déposition pour les ecclésiastiques, et d'excommunication pour les laïques. Trente ans après, l'empereur Philip— picus-Bardane prit de nouveau la défense des monothélites ; mais il ne régna que deux ans. Sous Léon ITsaurien, l'hérésie des iconoclastes fit oublier celle des monothélites ; ceux qui subsistaient encore se réunirent aux eutychiens. On prétend néanmoins que les maronites du mont Liban ont persévéré dans le monothélisme jusqu'au xie siècle. Ce qui s'est passé à l'occasion de cette hérésie a fourni aux protestants plusieurs remarques dignes d'attention. Le traducteur de Mosheim dit, l°que quand Héraclius publia son premier édit, le pontife romain fut oublié , parce qu'on crut que l'on pouvait se passer de son consentement dans une affaire qui ne regardait que les Eglises de l'Orient; T II traite Sophronius, patriarche de Jérusalem, de moine séditieux, qui excita un affreux tumulte à l'occasion du concile d'Alexandrie, de l'an 633 ; 3° il dit que le pape Honorius, écrivant à Sergius, soutint, comme son opinion, qu'il n'y avait qu'une seule volonté et une seule opération dans Jésus- Christ ; k" que saint Martin 1" , en condamnant dans le concile de Rome l'ecthèse d'Héraclius et le type de Constant, usa d'un procédé hautain et impudent ; 5° que les partisans du concile de Chalcédoine tendirent un piège aux monophysites, en proposant leur doctrine d'une manière susceptible d'une double explication ; qu'ils montrèrentpeu do respect pour la vérité, et causèrent les plus fâcheuses divisions dans l'Eglise et dans l'Etat. Siècle vn% u* part. c. 5, § 4 et suiv. Mosheim, dans son histoire latine, est beaucoup moins emporté que son traducducteur.

Sur la première remarque, nous demandons comment une nouvelle hérésie nais-

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santé pouvait ne regarder que les Eglises d'Orient, et si une erreur dans la foi n'intéresse pas l'Eglise universelle. Lorsque le pape Jean IV condamna, dans le concile do Rome, l'ecthèse d'Héraclius, cet empereur ne le trouva pas mauvais, puisqu'il s'excusa et rejeta la faute sur Sergius. Ce patriarche, ni celui d'Alexandrie, ne crurent pas que l'on pût se passer du consentement du pape dans cette affaire, puisqu'ils lui en écrivirent, afin d'avoir son approbation, aussi bien que celui de Jérusalem, qui lui envoya des députés. Sur la seconde, le moine Sophrone était déjà évoque de Damas, lorsqu'il assista au conede d'Alexandrie ; il se jeta vainement aux pieds du patriarche Cyrus, pour le supplier de ne pas trahir la foi catholique, sous prétexte d'y ramener les hérétiques. Placé sur le siège de Jérusalem, pouvait-il se dispenser de défendre cette môme foi, et de montrer les dangers de la fausse politique des monothélitcs? Il ne fut que trop justifié par l'événement , et sa conduite fut pleinemei t approuvée dans le sixième concile général. 11 est singulier que nos censeurs blâment également le procédé peu sincère des monothélitcs, et la franchise de Sophrone, ceux qui voulaient que l'on gardât le silence, et ceux qui ne le voulaient pas. Sur la troisième, nous n'avons garde de justifier le pape Honorius ; mais nous ne voyons pas qu'd ait soutenu, comme son opinion, une seule volonté en Jésus-Christ. Nos censeurs citent Bossuet, Défense de la Déclaration du clergé de France, 11e part., 1. xn, c. 21. Or, voici les paroles d'Honorius rapportées par Bossuet, c. 22 : « Quant au dogme de l'Eglise, que nous devons tenir et prêcher, il ne faut parler ni d'une, ni de deux opérations, à cause du peu d'intelligence des peuples, et afin d'éviter l'embarras de plusieurs ques:ions interminables; mais nous devons enseigner que l'une et l'autre nature (en Jésus-Christ) opère dans un accord parfait avec l'autre; que la nature divine fait ce qui est divin, et la nature humaine ce qui appartient à l'humanilé » Et il ajoute « que ces deux natures unies sans confusion, sans division et sans changement, ont chacune leur opération propre. » Bossuet n'a cité aucun passage d'Honorius dans lequel il soit fait mention d'une seule volonté: A la vérité, Honorius n'est pas d'accord avec lui-môme, en disant que les deux natures en Jésus-Christ ont chacune leur opération propre, et que cependant il ne faut point parler de deux opérations ; mais il ne s'ensuit pas de là qu'il n'ait admis qu'une seule volonté en Jésus-Christ ; il ne paraît pas même que Sergius, dans sa lettre à Honorius, ait osé proposer celte erreur.

Pourquoi donc, répliquera-t-on, le sixième concile a-t-il condamné les lettres d'Hunorius comme contraires aux dogmes des apôtres, des conciles et des Pères, et comme conformes aux fausses doctrines des hérétiques? Pourquoi a-t-il déciJé que ce pape avait suivi en toutes choses le sentiment de Sergiu«, et avait confirmé des

dogmes impies ? ce sont ses termes. Parce qu'il est en effet contraire aux dogmes des apôtres, des conciles et des Pères, de ne pas professer la foi telle qu'elle est, et parce, que Honorius ayant tenu dans ses lettres le même langage que Sergius, le concile a dû juger qu'il pensait de môme, quoique peutôlre il n'en lût rien (1). Les accusateurs d'Honorius ont donc tort de conclure ou que Honorius a été véritablement hérétique, ou que les conciles ne sont pas infaillibles ; les conciles jugent des écrits, et non des pensées intérieures des écrivains. Voy. Ho-

MOKIUS.

Sur la quatrième remarque, nous soutenons qu'il y eut du zèle, du courage, de la fermeté, clans la conduite du pape saint Martin, mais qu'il n'y eut ni hauteur ni impudence. Il s'absiint, par respect, de nommer les deux empereurs dont il condamnait les écrits; cette condamnation fut souscrite par [très de deux cents évoques, et ce jugement fut confirmé par le sixième concile général. C'est avec raison que l'Eglise honore ce saint pape comme un martyr ; les cruautés que l'empereur Constant exerça contre lui ont flétri pour jamais la mémoire de ce prince. Dans la cinquième remarque, Mosheira et son traducteur s'expriment très-mal, en disant que les paitisans du concile de Chalcédoine tendirent un piège aux monophysites. Ce piège fut tendu, non par les catho iques, sincèrement attachés à ce concile, mais par les monothélitcs; il fut imaginé par Athanase, évoque des monophysites; par Paul, docteur célèbre parmi eux ; par Sergius de Constantinople, leur ami, et fut suggéré à l'empereur Héraclius. Ce sont donc ces personnages, et non les catholiques, qui causèrent les divisions et les disputes qui s'ensuivirent, et ces sophistes n'étaient rien moins que partisans du concile de Chalcédoine. La définition de ce concile ne donnait lieu à aucune fausse explication, quand on voulait être de bonne foi. Il avait décidé qu'il y a dans Jésus-Christ deux natures, sans être changées, confondues ni divisées : or, une nature humaine, qui n'est pas changée, a certainement une volonté propre. Il fallait être d'aussi mauvaise foi que les monothélitcs, pour entendre qu'il y avait deux natures, mais une seule volonté. On voit par cet exemple de quelle manière les protestants travestissent l'histoire ecclésiastique.

MONTANISTES, anciens hérétiques, ainsi appelés du nom de leur chef. Vers le milieu du ii° siècle, Monlan, eunuque, né en Pbrygie, sujet à des convulsions et à des attaques d'épilepsie, prétendit que dans ses accès il recevait l'Esprit de Dieu ou l'inspiration divine ; se donna pour prophète envoyé de Dieu pour donner un nouveau degré de perfection à la religion et à la morale chrétienne. Dieu, disait Montan, n'a pas révélé

(1) Il est évident qu'il n'est question ici que d'un fait personnel, et non d'un fait dogmatique sur lequel un concile général ne peut se tromper. Voy. Dogmatiques (faits).

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d'abord aux hommes toutes les vérités ; il a proportionné ses leçons au degré de leur capacité. Celles qu'il avait données aux patriarches n'étaient pas aussi amples que celles qu'il donna dans la suite aux Juifs, et cil es-ci sont moins étendues que celles qu'il a données à tous les hommes par Jésus-Christ et par ses apôtres. Ce divin Maître a souvent dit à ses disciples qu'il avait encore beaucoup de choses à leur enseigner, mais qu'ils n'étaient pas encore en état de les entendre. 11 leur avait promis de leur envoyi r le Saint-Esprit, et ils le reçurent en effet le jour de la Pentecôte ; mais il a aussi promis un Paraclct, un Consolateur, qui doit enseigner aux hommes toute vérité ; c'est moi qui suis ce Paraclct, et qui do:s enseigner aux chrétiens ce qu'ils ne savent pas encore. Environ cent ans après Montan, Manès annonça aussi qu'il était le

Paraclct promis par Jésus-Christ; et au septième siècle, Mahomet tout ignorant qu'il «Hait, se servit du môme artifice pour persuader qu'il était envoyé de Dieu pour établir une nouvelle religion. Mais ces trois 'imposteurs sont réfutés par les passages même de l'Evangile dont ils abusaient. C'est auxapôt es personnellement que Jésus-Christ avait promis d'envoyer le Paraclct, l'Esprit de vérité, qui demeurerait avec eux pour toujours, qui devait leur enseigner toutes choses (Joan. iv, 10 et '26 ; xv, 26). Si je ne vous quitte point, leur dit-il, le Paraelet ne viendra pas sur vous; mais si je ni en vais, je

vous l'enverrai Lorsque cet Esprit de

vérité sera venu, il vous enseignera toute vérité (xvt, 7 et 13). il était donc absurde cl' maginer un Paraelet différent du Saint-Esprit envoyé aux apôires, et de prétendre que Dieu voulait encore révéler aux hommes d'autres vérités que celles qui avaient été enseignées par les apôtres.

Montan et ses premiers disciples ne changèrent rien à la foi renfermée dans le symbole; mais ils prétendirent que leur morale était beaucoup plus parfaite que ce!io des apôtres; elle était en etl'et plus austère : 1" ils refusaient pour toujours la pénitence et la communion à tous les pécheurs qui étaient tombés dans "de grands crimes, et soutenaient que les prêtres ni les èvêques n'avaient pas le pouvoir do les absoudre; 3 ils imposaient à leurs sectateurs de nouveaux jeûnes et des abstinences extraordinaires, trois carêmes et deux semaines de xéropluujie, peu ant lesquelles ils s'abstenaient, non-seulement de viande, mais encore de tout ce qui a du jus ; ils ne vivaient que d'aliments secs : 3° ils condamnaient les secondes noces comme des adultères ; la parure des femmes comme une pompe diabolique; la philosophie, les belles-lettres et les arts, comme des occupa lions indignes d'un chrétien ; k" ils prétendaient qu'il n'était pas permis de fuir pour éviter la persécution, ni de s'en racheter en donnant de l'argent. Par cette affectation de morale austère, Montan séduisit plusieurs personnes «jusidérables par leur rang et par leur

naissance, en particulier deux dames n« inmées Priscilla et Maximilla; elles adoptèrent les visions de ce fanatique, prophétisèrent comme lui et l'imitèrent dans ses prétendues extases. Mais la fausseté des prédictions de ces illuminés contribua bientôt à les décréditer; on les accusa aussi d'hypocrisie, d'affecter une morale austère pour mieux cacher le dérèglement de leurs mœurs. On les regarda comme de vrais possédés; ils furent condamnés et excommuniés par le concile d'HiérapIe, avec Théodose le Corroyeur. Chassés de l'Eglise, ils formèrent une secte, se firent une discipline et une hiérarchie; leur chef-lieu ét.iit la ville de Pépuze en Phrygie, ce qui leur fit donner les noms de Pépuziens, de Phrygiens et de Cataphryges. Ils se répandirent en effet dans le reste de la Phrygie, dans la (lalat o et dans la Lydie ; ils pervertirent entièrement l'Eglise de Thyatire ; la r< ligion catholique en fut bannie pendant près de cent douze ans. Us s'établirent à Cons'antinople, et se glissèrent à Kome ; on prétend qu'ils en imposèrent au pape Eleuthôre, ou à Victor son successeur; que, trompé par la peinture qu'ils lui firent de leurs Eglises de Phrygie, le pape leur donna des lettres de communion; mais qu'ayant été prompteinent détrompé, il les révoqua. Au reste, ce fait n'a pour garant que Tertullien, qui avait intérêt à le croire. L. contra Prax., c. 1.

En effet, quelques-uns pénétrèrent en Afrique : Tertullien, homme d'un caractère dur et austère, se laissa séduire par la sévérité de leur morale; il poussa la faiblesse jusqu'à regarder Montan comme le Paraelet, Priscilla et Maxim lia comme des prophétesses, et ajouta foi à leurs visions. C'est dans ce p.éjugé qu'd composa la plupart de ses traités de morale, dans lesquels il pousse la sévérité à l'excès, ses livres du Jeûne, de la Chasteté, de la Monogamie, de la Fuite dans les persécutions, etc. IJ donne aux cathol ques le nom de psychiques, ou d'animaux, parce qu'ils ne voulaient pas pousser le rigorisme aussi loin que les montanistes ; trbte exemple des égarements dans lesquels peut tomber un grand génie. On croit cependant qu'à la fin il se sépara de ces sectaires; mais on ne voit pas qu'il ait condamné leurs erreurs. Elles furent réfutées par divers auteurs sur la fin du ti" s ôcle : par Miltiade, savant apologiste de la religion chrétienne; par Astérius-Urbanus, prêtre catholique ; par Apollinaire, évoque d'HiérapIe. Eusôbe, Hist. ecclés., L v, c. 10 et suiv. Ces écrivains reprochent à Montan et à ses prophétesses les accès de fureur et de démence dans lesquels ces visionnaires prétendaient prophétiser , indécence dans laque! e les vrais prophètes ne sont jamais tombés; la fausseté de leurs prophéties démontrée par l'événement; l'empoitemei.t avec lequel ils déclamaient contre les pasteurs de l'Eglise qui les avaient excommuniés; l'opposition qui se trouvait entre leur morale et leurs mœurs; leur mollesse,

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leur mondanité, les artifices dont ils se servaient pour extorquer de l'argent de leurs prosélytes, etc. Ces scolaires se vantaient d'avoir des martyrs de leur croyance ; Astérius-Urbanus leur soutint qu'ils n'en avaient jamais eu; que, parmi ceux qu'ils citaient, les uns avaient donné de l'argent pour sortir de [>rison, les autres avaient été condamnés pour des crimes.

En 1751, un protestant a publié un mémoire dans lequel il a voulu prouver que les montanistes avaient été condamnés comme hérétiques, assez mal à propos. Mosheim soutient <pie cette condamnation est juste et légitime, 1° parce que c'était une erreur très-répréhens blede prétendre enseigner une morale plus parfaite que celle do Jés s- Cbrist; 2* c'en était une autre de vouloir persuader que Dieu môme parlait par la bouche de Montan; 3" |>arce q :e ce suit plutôt 1 *s montanistes qui se sont séparés d; l'Eglise, <pie ce n'est l'Eglise qui les a rejt tés de son sein ; c'était de leur part un orgueil insupportable d ; prétendre former une société plus parfaite que l'Eg'iso de Jésus-Christ, et d'appeler psychiques, ou animaux, les membres de cette sainte société. Il est étonnant qu'en condamnant ainsi 1 s montanistes, Mosheim n'ait pas vu qu'il faisait le procès à sa propre sec e. Tour les disculper un peu, il dit qu'au n' siècle il y ava't parmi les chrétiens deux sectes de moralistes; les uns, modérés, ne Mimaient point ceux qui menaient une vie commune et ordinaire; les autres voulaient (pie l'on observ.'t quelque chose de \ lus (pie ce rue les apôtres avaient ordonné; et en cela, dit-il, ils ne différaient pas beaucoup des montanistes. C'est une fausseté. Plusieurs, à la vérité, conseillent, exhortaient, recommandaient la pratique desconsci's évangéiiques, niais i s n'en faisaient une loi à personne ; en quoi ils | disaient très-différemment des montanistes. Mosheim observe encore que ces derniers rendaient les chrétiens, en général odieux aux païens, parce qu'ils prophétisaient la ruine prochaine de 1 empire romain ; mais il a tort d'ajouter (pie c'é ait I opinion commune des chrétiens du u' siècle, llist. christ., sœc. u, § GG et 67. Voy. Fin dv monde.

il se tonna différentes branches de montanistes. Saint Epiphane et saint Augustin parlent des artotyrites, ainsi nommé de «&to3-, pain, et de r pà; , fromage, parce que, pour consacier l'eucharistie, ils se servaient de pain et de fromage, ou peut-être de pain petn avec du fiomage, alléguant pour uiison que les premiers hommes offi aient à Dieu non-seulemen- les fruits de la terre, mais encore les prémices du fruit de leurs troupeaux, ils admettaient les femmes à la prêtrise et à l'épiscopat, leur permettaient' de paiJer et de faire les prophétesses dans leurs assemblées. Saint Epiphane les nomme encore prisciltiens, pépuziens et quintiïti' us. D autres étaient nommés ascit es, du mot «ir.ç, outre, sac de peau, parce que leurs assembkcs étaient des espèces de bac-

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