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entend quelquefois de bons chrétiens se plaindre de ce que le code de la morale évanyélique n'est pas encore assez complet et assez détaillé pour nous montrer, dans tous les cas, ce qui est commandé ou défendu, permis ou loléré, péché grief ou faute légère. Nous sommes très-persuadés, disent-ils, que l'Eglise a reçu de Dieu l'autorité de décider la morale aussi bien que le dogme; mais par quel organe f.iit-elle entendre sa voix? Parmi les décrets des conciles touchant les mœurs et la discipline, les uns défendent ce que les autres semblent permettre; plusieurs n'ont pas été reçus dans certaines contrées, d'autres sont tombés en désuétude, et ont cessé d'être observés. Les Pères de l'Eglise ne sont pas unanimes sur tous les points de morale, et quelques-unes de leurs décisions ne semb'ent pas justes. Les théologiens disputent sur la morale aussi bien que sur le dogme, rarement ils sont d'accord sur un cas un peu compliqué. Parmi les casuistes et les confesseurs, les uns sont rigides, les autres rclAchés. Les prédicateurs ne traitent que les sujets qui prêtent à l'imagination, et négligent tous les autres. Enfin, parmi les personnes les plus régulières, les unes sepermeltent ce que d'autres regardent comme défendu. Comment éclaircir nos doutes et calmer nos scrupules?
Nous répondons à ces âmes vertueuses qu'une règle de morale, telle qu'elles la désirent, est absolument impossible. Dans l'état de société civile, il y a une inégalité prodigieuse entre les conditions; ce qui est luxe, superiluité , excès dans les unes, ne l'est pas dans les autres ; ce qui serait dangereux dans la jeunesse , peut ne plus l'être dans l'âge mûr ; les divers degrés de connaissance ou de sîupidité, de force ou de faiblesse , de tentations ou de secours, mettent une grande différence dans l'étendue des devoirs et dans la grièveté des fautes. Comment donner à tous une règle uniforme, prescrire à tous la même mesure de vertu et de perfection? Les lumières de la raison sont trop bornées pour tixer avec la dernière précision les devoirs de la loi naturelle ; les connaissances acquises par la révélation ne nous mettent pas en état de voir avec plus de justesse les obligations imposées par les lois positives. Dans les premiers âges du monde, Dieu avait permis ou toléré les usages qu'il a positivement défendus dans la suite, et il avait défendu des choses dangereuses pour lors, mais qui, dans les sociétés policées, sont devenues indifférentes. Les lois qu'il avait données aux Juifs étaient bonnes et utiles, relativement à l'état dans lequel ils se trouvaient; Jésus- Christ les a supprimées avec raison, parce qu'elles ne convenaient plus. Dans le christianisme même il y a des lois dont la pratique est plusdifticile dans cerlains c'imats que dans les autres, telle que la loi du jeûne ; il n'est donc pas possible de les observer partout avec la même rigueur.
Jésus-Christ, les apôtres, les pasteurs de /Eglise, ont ordonne ou défendu, conseillé
ou permis ce qui convenait au temps, au ton des mœurs, au degré de civilisation des peuples auxquels ils parlaient ; mais tout cela change et changera jusqu'à la fin des siècles. Saint Paul ne veut pas que les femmes se frisent et portent des habits précieux; mais il ne parlait nia des princesses, ni aux dames de la cour des empereurs. 11 leur ordonne de se voiler dins l'Eglise ; cela convenait en Asie, où le voile des femmes a toujours fait partie de la décence. Ce qui était luxe dans un temps ne l'est plus dans un autre ; l'usage des superfluités augmente à proportion de la richesse et de la prospérité d'une nation. Plusieurs commodités desquelles nous ne pouvons aujourd'hui nous passer, auraient été regardées comme un excès de mollesse chez les Orientaux, et même chez nos pères, dont les mœurs étaient plus pures que les nôtres. C'est pour cela même qu'il faut dans 1 Eglise une autorité toujours subsistante pour établir la discipline convenable aux temps et aux lieux, pour prévenir et réprimer les erreurs en fait de morale, aussi bien que les hérésies. Mais de mémo qu'en décidant le dogme, l'Eglise n'éclairait point toutes les questions qui peuvent êtro agitées parmi les théologiens ; ainsi, en prononçant sur un point de morale, elle ne dissipera jamais tous les doutes que l'on peut former sur l'étendue ou sur les bornes des obligations de chaque particulier. La justesse des décisions des casuistes dépend du degré de pénétration, de dioiture d'esprit, d'expérience dont ils sont doués ; mais il leur est impossible de prévoir, dans leur cabinet, toutes les circonstances par lesquelles un cas peut être varié ; leur avis ne peut pas être plus infaillible que celui des jurisconsultes touchant une question de droit, et que celui des médecins consultés sur une maladie. 11 ne faut point conclure de là, comme on l'a fait souvent, qu'il n'y a donc rien de certain en fait de morale, que tout est relatif ou arbitraire, vice ou vertu, selon l'opinion des hommes. Les principes généraux sont cerlains et universellement reconnus; mais l'application de ces principes aux faits particuliers est quelquefois difficile, parce que les circonstances peuventvarierà l'infini. Il ne peut jamais êlre permis de tromper, de se parjurer, de blasphéiner, de se venger, de nuire au prochain; le meurtre, le vol, l'adultère, la perfidie, etc., seront toujours des crimes ; la douceur, la sincérité, la reconnaissance, la patience, l'indulgence pour les défauts d'à utrui ; la chasteté, la piété, etc., toujours des vertus. Mais de savoir jusqu'à qu 1 degré telle vertu doit être poussée dans telle occasion, jusqu'à quel point telle faute est griève ou légère, punissable ou excusable, voilà ce qu'il sera toujours très-difiieile de décider.
Il y a encore une vérité inconti stable, c'est qu'avant la naissance du christianisme il n'y a eu dans aucun lieu du monde une morale aussi pure, aussi fixe, aussi populaire que celle de l'Evangile, et qu'encore aujjurd'hui elle ne se trouve point ailleurs
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que chez les nations chrétiennes. Ondira que, malgré la perfection de cette morale, les mœurs de plusieurs de ces nations ne se trouvent guère meilleures qu'elles n'étaient chez les païens ; qu'elle n'est donc ni fort efficace, ni fort capable de réprimer les passions. Nous nions d'abord cette égalité prétendue de cor, option chez les chrétiens et chez les infidèles. Elle est excessive dans les grandes villes, parce que 1rs hommes vicieux s'y rassemblent pour y jouir d'une plus grande liberté; mais elle ne règne point parmi le peuple des campagnes. Dans le centre môme de U corruption, il y a toujours un très-grand nombre d';imes vertueuses qui se conforment aux lois de l'Evangile ; l'incrédulité domine chez les autres à proportion du degré de libertinage ; c'est en grande partie l'ouvrage des philosophes, et ce c'est pas à eux qu'il convient de le faire remarquer. Il n'est pas étonnant que ceux qui ne croient plus à. la religion n'obéissent plus à ses lois. Mais si, au lieu delà morale chrétienne, celle des philosophes venait h s'introdu re, le dérèglement des mœurs deviendrait bientôt général et incurable : on le verra dans l'article suivant. Barbeyrac a fait un Traité de la morale des Pères de l'Eglise, dans lequel il s'est efforcé de prouver que ces saints docteurs ont été, en général, de très-mauvais moralistes. Nous répondions à ses reproches au mot Pères de l'Eglise.
Morale des Philosophes Afin de nous dégoûter de la morale chrétienne, les incrédules modernes soutiennent que celle des sages du paganisme valait beaucoup mieux, et pour le prouver démonstraliveinent, l'on fait aujourd'hui un recueil pompeux des anciens moralistes. Sans doute on se propose de le mettre désormais entre les mains de la jeunesse, pour lui tenir lieu du catéchisme et de l'Evangile. A la vérité, on ne nous donne la morale païenne que par extrait, et l'on à soin d'en retrancher ce qui pourrait scandaliser les faibles : cette précaution est sage. Mais pour juger du mérite des anciens moralistes avec pleine connaissance de cause, il faut les examiner à charge et à décharge, tant en général qu'en particulier.
Jean Leland, dans sa Nouvelle démonstration évangélique, 11e part., chap. 7 et suiv., loin. III, a très-bien fait voir les défauts de la morale des philosophes anciens. Lac tance avait traité le môme sujet dans ses Institutions divines. Il nous suffira d'extraire leurs réflexions. — 1" Nous avons vu ci-devant que si l'on ne fonde point la morale sur la volonté do Dieu, législateur, rémunérateur et vengeur, elle ne porte plus sur rien ; ce n'est plus qu'une belle spéculation sans autorité, une loi, si l'on veut, mais qui n'a noint de sanction, et qui ne peut imposer à l'homme une ob'igation proprement dite.
Or, à l'exception de quelques pythagoriciens, aucun des anciens philosophes n'a donné cette base à la morale; la plupart môme ont enseigné qu'après cette vie la vertu n'a aucune récompense à espérer, ai le vice aucun
supplice h craindre. — 2* Les philosophes n'avaient par eux-mêmes aucune autorité qui pût donner du poids h leurs leçons ; quand ils auraient parlé comme des oracles, on n'était pas obligé de les croire. Leurs raisonnements n'étaient pas à la portée du commun des hommes ; les principes d'une secte étaient réfutés par une autre; ils n'étaient d'accord sur rien ; jamais ils ne sont venus 5 bout d'engager aucune nation ni aucune société, pas seulement une seule famille, a vivre selon leurs maxim s. — 3° Ils détruisaient, par leur exemple, tout le bien qu'aurait pu produire leur doctrine. Cicéron, Lucien, Quintilien, Lactance, reprochent h ceux de leur temps que, sous le beau nom de philosophes, ils cachaient les vices les plus honteux ; que, loin de soutenir leur caractère par la sagesse et par la vertu, ils l'avilissaient par le dérèglement de leurs mœurs. Ils devaient donc ôtre méprisés, et ils le furent. — 4.° Les pyrrhoniens, les sceptiques, les cyrénaïques, les académiciens rigides, soutenaient l'indifférence de toutes choses, l'incertitude do la morale aussi bien que celle des autres sciences. Epieure plaçait le souverain bien dans la volupté, confondait le juste avec l'utile, no prescrivait d'autre règle que la décence et les lois civiles. Les cyniques méprisaient la décence môme, et érigeaient l'impudence en vertu. — 5° Presque toutes les sectes recommandaient l'obéissance aux lois, elles n'osaient pas fa re autrement ; mais Cicéron et d'autres reconnaissaient que les lois ne suffisent point pour por.er les hommes aux bonnes actions, et pour les détourner des mauvaises ; qu'il s'en faut beaucoup que les lois et les institutions des peuples ne commandent rien que de juste. Cicer , de Legib., I. i, c. k et 15. Les stoïciens passaient pour les meilleurs moralistes ; mais combien d'erreurs, d'absurdités, de contradictions dans leu.s écrits ! Cicéron et Plutarque les leur reprochent à tout moment ; on n'oserait rapporter les infamies que ce dernier met sur leur compte. Les plus célèbres d'entre eux ont admiré Diogône, et ont approuvé l'impudence des cyniques ; leur piété était l'idolâtrie et la superstition la plus grossière ; ils ajoutaient foi aux songes, aux présages, a ux a ugures, aux talismans et à la magie. D'un côté, ils disaient que l'on doit honorer les dieux ; de l'autre, qu'il ne faut pas les craindre, qu'ils ne font jamais de mal, que le sage est égal aux dieux, qu'il est même plus grand que Jupiter, puisque celui-ci est impeccable par nature, au lieu que le sage l'est par choix et par vertu : ce sont donc les dieux qui devaient encenser un sage. k
L'apathie ou l'insensibilité qu'ils conseillaient, n'étaient qu'une inhumanité réfléchie et réduite en principes ; ils ne voulaient pas que le sage s'afiligeAt de la mort de ses proches, de ses amis, de ses enfants, qu'il fût sensible aux malheurs publics, même à la ruine du monde entier ; ils condamnaient la clémence et la pitié comme des faiblesses; ils toléraient l'impudicité et s'y livraient;
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l'intempérance , et plusieurs en faisaient gloire ; le mensonge, et ils n'en avaient aucun scrupule ; plusieurs conseillaient le suicide, et vantaient le courage de ceux qui y avaient recours pour terminer leurs peines. Leur dogme absurde de la fatalité anéantissait toute morale; ils étaient forcés d'avouer que leurs maximes étaient impraticables, et leur prétendue sagesse une chimère. Ils n'avaient donc point d'autre but que d'en imposer au vulgaire; Aulu-Gelle, parlant d'eux, dit : Cette secte de fripons, qui prennent le nom de stoïciens, Noct. Attic, 1. i, c. 2.
Platon, Socrate, Arislote, Cieéron, Plutarque , ont écrit de fort bel es eboses en f'.iit de morale; mais il n'est aucun de ces philosophes auquel on ne puisse reprocher des erreurs grossières. Platon méconnaît le droit des gens; il prétend que tout est permis contre les barbares ; il semble quelquefois condamner l'impudicitô contre nature, d'autres fois il l'approuve; il dispense les femmes de toute pudeur; il veut qu'elles soient communes, et que leur complaisance criminelle serve de récompense à la verlu;il ne réprouve l'inceste qu'entre les pères ou mères et leurs enfants. 11 établit que les femmes h quarante ans et les hommes à quarante-cinq, n'auront plus aucune règle à suivre dans leurs appétits brutaux, et que s'd naît des enfants de ce honteux commerce, ils seront mis à mort, etc. Platon cependant faisait profession de suivre les leçons de Soerale, De Repub., 1. v. — Aristote approuve la vengeance, et regarde la douceur comme une faiblesse ; il dit que, parmi les hommes, les uns sont nés pour ta liberté, les autres pour l'esclavage; il n'a pas eu le courage de condamner les dérèglements qui régnaient de son temps chez les Grecs, nous ne voyons pas qu'il se soit élevé co.tre li morale de Platon. — Cieéron parle de la vengeance comme Aristole ; il excuse le commerce d'un homme marié avec une courtisane. Apr.ès avoir épuisé toutes les ressources de son génie pour prouver qu'il y a un droit nalur< 1, des actions justes par elles-mêmes et indépendamment de l'institution des humilies, il reconnaît que ses principes ne sont pas assez solides pour tenir contre les objections des sceptiques ; il leur demande grâce ; il dit qu'il ne se sent pas assez de force pour les repousser, qu'il désire seulement de les apaiser, /. i, de Legib. — Quand Plutarque n'aurait a se reprocher que d'avoir approuvé la licence que Lycurgue avait établie à Sparte et l'inhumanité des Spartiates, c'en serait assez pour le condamner.
Epictèle, Marc-Antonin, Simplicius, ont corrigé en plusieurs choses la morale des stoïciens; mais il est plus que probable que ces philosophes, qui ont vécu après la naissance (iu christianisme, ont profité «les maximes enseignées par les chrétiens; de savants critiques sont dans cette opinion. Quant à nos philosophes modernes, qui ont trouvé bon de renoncer à la morale chrétienne, s'il nous
fallait rapporter toutes les maximes scandaleuses qu'ils ont enseignées, nous ne finirions jamais. Déjà nous avons remarqué que, quand ils professaient le déisni", ils rendaient justice à la morale évangélique ; mais depuis que le matérialisme est devenu parmi eux le système dominant, il n'est aucune erreur des anciens qu'ils n'aient répétée et qu'ils n'aient poussée plus loin. Quelques-uns en ont été honteux; ils ont avoué que La Métrie a raisonné sur la morale en viai frénétique, et il a eu des imitateurs. Laseuledifférence qu'il y ait entre cet athée et les autres, c'est qu'il a été plus sincère qu'eux, et a raisonné plus conséquoinment. Si personne n'avait approuvé ses principes, les aurait-on publiés? Dès que l'on admet la fatalité, comme les matérialistes , l'homme est -il autre chose qu'une machine? et de quelle morale un automate peut-il être susceptible? Dans ce système, aucune action n'est imputable, aucune ne peut être juste ni injuste, moralement bonne ou mauvaise ; aucune ne peut mériter ni récompense ni châtiment. Aussi un des confrères de nos philosophes, moins hypocrite que les autres, a dit qu'ils ne parlent de morale que pour séduire les femmes, et pour jeter de la poussière aux yeux des ignorants. On peut leur appliquer, à juste titre, ce que Aulu-Gelle a ditd s stoïciens.
MORAVES ( frères ). Voy. Hehnhltes.
MORT, séparation de l'âme d'avec le corps. La révélation nous enseigne que le premier homme avait été créé immortel ; que la mort est la peine du péché (Sap. n, 2V ; Rom. v, 12, etc. ). Lorsque Dieu défendit a notre premier père de manger d'un certain fruit, il lui dit : Au jour que tu en mangeras , tu mourras ( Gen. u, 17 ) ; c'est-à-dire tu deviendras sujet à la mort ; cela ne signifiait pas qu'il d.-vait mourir à l'heure même, puisque Adam a vécu neuf cent trente ans. L'Eglise a condamné les pélagiens, qui prétendaient que quand même Adam n'aurait pas péché, il serait mort par la condition de sa nature.
Quelques incrédules, qui ne voulaient pas convenir du péché originel et de ses effets , ont dit que les paroles de Dieu étaient moins une menace qu'un avis salutaire de ne pas toucher à un fruit capable de donner la mort. Cette conjecture est réfutée par la sentence que Dieu prononça contre Adam après sa désobéissance : « Parce que tu as mangé du
fruit que je t'avais défendu, tu mangeras
ton pain à la sueur de ton front , jusqu'à ce que tu retournes dans la terre de laquelle tu as été tiré , et puisque tu es poussière tu y rentreras (Gen. m, 17).
Mais ce qui doit nous consoler, c'est que la mort , qui est la peine du péché , en * st aussi l'expiation ; tel est le sentiment unanime des Pères de l'Eglise , et c'est par là qu'ils ont répondu aux marcionites, aux manichéens, aux philosophes païens et aux pélagiens , qui prétendaient que la sentence prononcée contre Adam et sa postérité était trop sévère et contraire à la justice. Les Pères soutiennent que la condamnation de
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l'homme à la nwrl est moins un trait de colère et de vengeance de !;i part de Dieu, qu'un effet de sa miséricorde. « Dieu a eu pitié^de l'homme, dit saint Irénée ; il l'a éloigné du paradis et de l'arbre de vie, non par jalousie, comme quelques-uns le disent, mais par pitié, afin qu'il ne fût pas toujours pécheur, et que son péché ne lût ni éternel , ni incurable... II l'a condamné h mourir pour mettre fin au péché , afin que , par la dissolution de la chair, l'homme mourût au péché, pour commencer de vivre a Dieu. » Adv. hœr., 1. m, c. 37. Saint Théophile d'Antioche, saint Méthode de ïyr, saint Hilaire de Poitiers, saint Cyrille de Jérusalem, saint Rasile, saint Ephrem, saint Epiphane, saint Amhroise, saint Cyrille d'Alexandrie, saint Jean Chrysostome, etc., enseignent la même doctrine. Ils ont été suivis par saint Augustin : ce Père l'a soutenu ainsi, non -seulement contre les manichéens, mais contrôles pélagiens. « Dieu, dit-il, a donné à l'homme un moyen de récupérer le salut, par la mortalité de sa chair,» /. m, de Lib. arb., c. 10, n° 29 et 30. « Qu'après le péché, le corps de l'homme soit devenu faible et sujet à la mort, c'est un juste châtiment, mais qui démontre, de la part du Seigneur, plus de clémence que de sévérité. » L. de vera Relicj., cap. xv, n° 29. « Par la miséricorde de Dieu, la peine du péché tourne à l'avantage de l'homme. » L. iv, contra duos Epist. Peiag., cap. h, u°6. « Ce que nous s mffrons est un remède et non une vengeaîice, une correction et non une damnation, » Enthyr. ad Laur., c. 27, n"8; /. h, de Pecc. mentis et remis., c. 33, n" 53. « Jésus-Christ , sans avoir le péché , en a porté la peine, afin de nous ûler le péché et la peine, non celle qu'il faut souffrir en ce monde , mais celle que nous devions subir pendant l'éternité. » Oper. imper f., 1. vi, n° 36. Ainsi , le chrétien qui , près de mourir, fait de nécessité vertu , subit avec résignation l'arrêt de mort porté contre l'homme pécheur, met sa confiance aux mérites et aux satisfactions de Jésus-Christ, est assuré de recevoir miséricorde : d'où saint Amhroise conclut que quiconque croit en Jésus-Christ ne doit pas craindre de périr, de Pœnit., 1. i , c. 11 ; in Ps. cxvm, v. 175. Ce qui doit s'entendre d'une foi accompagnée de bonnes œuvres , et non pas d'une foi morte, qui servirait à la condamnation de celui qui croit.
Saint Paul dit que « Jésus-Christ est mort pour détruire celui qui avait l'empire do la mort, c'est-à-dire le démon, et pour délivrer ceux qui pendant toute leur vie étaient retenus en esclavage par la crainte de la mort (lïeb. n, IV). C'e>t le motif de consolation qu'il propose aux fidèles. « Nous ne voulons pas, dit-il , vous laisser ignorer le sort do ceux qui sont morts, afin que vous ne soyez pas aftligés , comme ceux qui n'ont point d'espérance ; car si nous croyons que J sjs- Christ est mort et ressuscité, ainsi Dieu lui réunira ceux qui se sont endormis en lui du sommeil de la mort (Thess. iv, 12). 11 n'est pas étonnant qu'avec cette ferme croyance
les premiers fidèles n'aient plus redouté la mort , aient même désiré le martyre. Les pai ns les regardaient comme des insensés, livrés au désespoir; mais ils ne connaissaient ni le principe ni les motifs do ce courage. Aujourd'hui encore il n'est plus rare de voir des chrétiens vertueux , qui , après \ avoir craint la mort à l'excès, lorsqu'ils •étaient en santé, l'envisagent de sang-froid, la désirent même pendant leur dernier.' maladie, parce qu'alors leur foi se réveille et leur espérance s'affermit par la proximité do la récompense.
Nous concevons qie la seule pensée de la mort doit faire fiémir un méchant , surtout un incrédule; et cette frayeur doit augmenter à la dernière heure, à moins qu'il ne soit plongé dans une insensibilité stupide. Aussi plusieurs ont blâmé les secours que l'Eglise s'efforce do donner aux mourants ; c'est, selon leur avis, un trait de cruauté, qui ne sert qu'à augmenter l'horreur naturelle que nous avons du trépas. Mais comment peuvent juger des dispositions du chrétien mourant , ceux qui n'en ont jamais vu mourir aucun, qui fuient ce spectacle capable de les faire trembler, et qui laisseraient périr sans secours les personnes les plus chères, sous le spéc:eux prétexte d'être trop attendris ? \]ne Ame bien persuadée de la certitude d'une vie à venir, de la fidélité d ■ Dieu dans ses promesses, de l'efficacité de la ré dem, tion , et qui a souvent médité sur la mort, afin de se détacher (Je la vie, qui sent la mu titude des grâces qu'elle a reçues et qu'elle reçoit encore, qui connaît le prix des souffrances et le mérite du dernier sacrifice, qui a sous les yeux l'exemple d'un Dieu mourant pour elle, ne ped rien craindre ni rien regretter. Elle met sa confiance aux prières de l'Eglise, elle les désire et les demande, elle y trouve sa consolation; elle est bien, éloignée d'accuser de cruauté ceux qui'lcs lui procurent. D'autres incrédules ont dit que le pardon accordé trop aisément aux péc' eurs mourants, les espérances dont on les flatte , les consolations qu'on leur procure , sont une injustice et un abus ; que cela sert à endurcir les autres dans le crime ; qu'il est absurde de penser qu'un homme coupable do rapines et de vexations de toute espèce en sera quitte pour se repentir à la mort. Aussi l'Eglise n'a jamais enseigné que le repentir suffit alors à un homme injuste, à moins qu'il ne répare ses torts et ne restitue autant qu'il lo peut. Y a-t-il un vrai repentir, lorsq!;' Ton persévère dans l'injustice que l'on peut réparer? 11 n'est aucun ministre de la pénitence assez ignorant ni assez pervers pour dispenser quelqu'un d'une restitution ou d'une réparation qui est due par justice. Si le coupable l'exécute , à quel titre lui refuserait-on le pardon ? Lors même que la réparation est impossible, nous demandons lequel est le plus utile au bien général de la la société, ou qu'un criminel meure dans le désespoir et convaincu qu'il est damné sans ressource, ou qu'on lui fasse espérer lo pardon, s'il est véritablement repentant. Un iû-
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crédule qui déride que Ton ne doit alors user d aucune indulgence, prononce luimême son arrêt de réprobation : « Quiconque ne fait pas miséricorde , dit saint Jacques, sera jugé sans miséricorde » (Jac. u, 13).
Des calomnies qui se contredisent n'ont pas besoin de réfutation. D'un côté, l'on accuse les prêtres daccabler un mourant par leurs discours durs et inhumains ;de l'autre, on leur reproche trop d'indulgence pour les pécheurs, et d'être des consolateurs perfides. On a poussé la malignité jusqu'à dire que les mourants coupables d'injustice, de vols, de concussions , en sont quittes pour quelques largesses faites au sacerdoce. Si cela était , les prêtres devraient regorger de richesses. Toute la vengeance que les prêtres doivent tirer de ces impostures grossières , est de prier Dieu qu'il fasse miséricorde aux incrédules, du moins à la mort.
* Mort de Jésus-Christ. Les incrédules ont attaqué la vérité de la mort de Jésus -Christ, t Saint Paul, dit Mgr Wiseman , regarde ce fait comme un des principaux fondements de notre foi, sans lequel sa prédication serait vaine ; et vous pouvez naturellement concevoir que les ennemis du christianisme, dans les temps anciens et modernes, n'ont rien négligé pour ébranler cette pierre angulaire de notre croyance. Chaque contradiction apparente dans le récit des apôtres a élé saisie a\ec empressement pour attaquer celte vérité ; mais la voie la plus directe que l'on ait employée dans les premiers siècles et de nos jours a élé d'essayer d'élever des doutes sur la réalité de la mort de notre Sauveur. L'insistance avec laquelle saint Jean parait s'arrêter sur les derniers événements de la vie de Jésus-Christ, et les affirmations énergiques par lesquelles il déclare avoir été témoin lui-même qu'on lui a percé le côté (a), paraissent clairement indiquer que déjà de son temps cet événement solennel et important avait été mis en question. Je ne m'arrêterai pas un seul instant aux grossiers et révoltants blasphèmes de quelques écrivains du dernier siècle, qui ont poussé l'impiété et l'oubli de tout sentiment, jusqu'à accuser notre divin Rédempteur d'avoir fait le mort sur la croix (b). Une impiété aussi monstrueuse porle sa réfutation dans son absurdité. Mais les incrédules modernes, qui n'osent s'aventurer à nier les vertus et la sainteté du Christ, tandis qu'ils réduisent ses miracles à des événements purement naturels, ont choisi une manière plus artificieuse d'expliquer sa résurrection; ils ont imaginé que, d'après les principes de la médecine, il ne peut être mort sur la croix, mais doit en avoir été descendu dans un état de syncope ou d'asphyxie. Paulus, Damm et d'autres adoptent celle opinion, et cherchent à l'étaycr par beaucoup d'arguments captieux. Il esl certain, disent-ils, selon le témoignage de Josèphe et d'autres auteurs anciens, que des personnes crucifiées vivaient sur la croix pendant trois ou même neuf jours; c'est ainsi que les deux larrons dont il esl parle dans la Passion, n étaient pas encore morls le soir, ei Pilate ne voulait pas croire que noire Sauveur e.it expiré sitôt , sans le témoignage précis du centurion (c). Mais d'un aulie cote il est très-probable que la l'aligne, les angoisses de l'àme et la peric du sang auront produit l'épuisement, la syncope ou Tévanouis-
(a) Saint Jean, xiv , 31, 3". — Voir une lettre de l'évcqut- de Salisb'ury uu rév. T. Henyoïi.
(b) Voir pour la réfutation de celte impiété, Siiskùid Magazin fur clirisUicItes Uogmalik, 1) llefi., S. 158."
d) Vuir Just. Lips., De Cru.ce , lit), n, c. 12; Joseph. C'nit. Avion., IU3I.
sèment : dans cet état noire divin Maître est mis à la disposition de ses fidèles amis qui pansent ses plaies avec des aromates, et le laissent reposer tranquillement dans une chambre sépulcrale bien retirée. Là il se réveille bientôt de son évanouissement, et va trouver ses amis. Quant à la vigilance de ses ardent.; ennemis, on dit qu'd y a d'aulres exemples où elle a été éludée ; comme lorsque saint Paul fut laissé pour mort après avoir élé lapidé à Lystres, ou quand saint Sébastien fut guéri par les chrétiens après avoir été percé de traits. Le coup de lance qui a percé le côté de notre Sauveur est mis de côté, en disant que le verbe employé en grec signifie plutôt piquer ou blesser superficiellement que percer le corps. Ainsi, d'après eux, dans l'histoire de la Passion, il n'y a rien qui prouve la mort.
Si les théologiens avaient élé abandonnés à euxmêmes pour répondre à ce raisonnement spécieux et superficiel, nid doule que leur science n'eût été complètement suffisante pour une pareille tâche. Us auraient indiqué assez d'erreurs dans l'exposition et assez de témérité dans les assertions de leurs adversaires pour les refuier et les confondre de la manière la plus satisfaisante. Mais il était bien plus à propos que la science même qui avait été enrôlée pour combattre la religion, se chargeât d'achever la réfutation des objections que l'on prétend tirer de ses propres principes.
Plusieurs auteurs éminents s'étaient occupés de la physiologie de la Passion de notre Sauveur, si je puis m'exprimer ainsi, avant que celle méthode d'attaque eût élé employée : tels sont Scheuchzer, Méad, Barlholinus, Vogler, Triller, Richler et Eschenbach. Mais une investigation plus approfondie et plus scientifique a élé faite depuis par les deux Gruner, père cl fils, dont le dernier écrivit d'abord sous la direction et par le conseil du premier. Ces différents auteurs ont recueilli lout ce queJ:s analogies médicales pouvaient fournir pour établir le caractère des souffrances de noire Sauveur et la réalité de sa mort. Ils ont montré que les tortures du crucifiement étaient en elles-mêmes épouvantables , non-seulement à cause des blessures extérieures et de la posture douloureuse du corps, ou même de la gangrène qui doit être résultée de l'exposition au soleil et à la chaleur, mais encore par les effets de celte position, sur la circulation et les autres fonctions ordinaires de la vie. La pression sur l'artère principale ou l'aorte, doit, suivant Richter, avoir empêché le libre cours du sang; et en la menant hors d'élat de recevoir tout ce qui était fourni p ir le ventricule gauche du cœur, doit avoir empoché le sang de revenir îles poumons. Par ces circonstances, il doit s'être produit dans le ventricule droit une congestion et un effort plus intolérable qu'aucun su;<pli e et que la n ort même. Puis il ajoulc : Ls pulmon iret et les autres veines et artères a.tonr d> (œur et rie lu poitrine, put l'abondance du sang qui y affluait et s'y acumulait, doivent avoir ajouts d'hornb es souffrances corpirdl s à l'angosse rie l'âme produite par l'accablant fardeau de nos pèches (a). Mais ces souffrances générales doivent avoir produit une impression relative sur différents individus; et, comme Charles Gruner l'observe fort bien, leur effet sur deux brigands endurcis et robustes, fraîchement sortis de prison, doit naturellement avoir été tout autre que sur notre Sauveur, dont les formes et le tempérament étaient lout opposés; il avait d'ailleurs précédemment souffert toule une nuit de tortures et de fatigues sans relâche ; il avait lutté avec une agonie intérieure, au point que l'un des phénomènes les plus rares avait été produit, une sueur de sang; et il doit avoir senti au plus haut degré d'intensité les tortures morales qu'ajoutaient à son supplice sa honte, son ignominie et la détresse de sa sainte Mère et d'un petit nombre d'amis fiJè-
(a) Georgii G. ItichUri DUserlaliones quatuor meiic<t, Gœltiug., 1775, p 37.
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les (a). A ces réflexions il aurait pu en ajouter bien d'autres. N'est-il pas évident, en effet, que noire Sauveur était bien .plus affaibli que d'autres personnes ci' pareille circonstance, puisqu'il ne fut pas assez fort pour porter sa croix, comme les criminels que l'on conduisait au supplice étaient toujours capables de le faire? Et si nos adversaires supposent que noire Sauveur tomba seulement dans une syncope par épuisement, il est clair qu'Us n'ont pas le droit de le juger d'après les autres cas, puisque dans ces cas mêmes cela n'arrivait point. Le jeune Gruner examine en détail toutes les plus petites circonstances de la Passion, comme objets de médecine légale, et s'occupe particulièrement de la blessure produite par la lance du soldat. Il montre que très-probablement la blessure fut faite au côté gauche et de bas en haut transversalement; et il prouve qu'un pareil coup porté par le bras robuste d'un soldat romain, avec une lance courte, car la croix n'était pas très-élevée au-dessus de terre, doit, dans toute hypothèse, avoir occasionné une blessure mortelle. Jusqu'à ce moment, il suppose que notre Sauveur avait encore conservé un souffle de vie ; parce qu'autrement le sang n'aurait pas coulé, et parce que le grand cri qu'il poussa est un symptôme d'une syncope produite par une trop grande congestion du sang dans le cœur. Mais cette blessure, que, d'après l'écoulement du sang et de l'eau, il suppose avoir été dans la cavité de la poitrine, a dû être, selon lui, nécessairement mortelle (b). Son père Christian Gruner suit les mêmes traces, et réfute pas à pas les objections d'un adversaire anonyme. Il fait voir que les mots employés par saint Jean pour exprimer la blessure occasionnée par le coup de lance sont souvent employés pour indiquer une blessure mortelle (c), et qu'en supposant même que la mort du Christ avait été seulement apparente dans les premiers moments, l'atteinte d'une blessure, même légère, aurait été mortelle; parce que dans la syncope ou l'évanouissement résultant de la perte du sang, toute saignée donnerait la mort; enfin il prouve que les épices et les aromates employés à l'embaumement, ou la
(«) Caroli Frid. Gruneri Commen'atio anliquaria medica de Jem ClirUU mûrit vera, non simulatu. Halae, 1805, pp. 30-36.
(0) Pag. 37. — Tirinus et d'autres commentai eurs, ainsi que plusieurs médecins, te's que Uruner, Bartliolinus, ï'riller et lîschenbaeh, supposent que l'eau élail la lymphe contenue dans le péricarde. Vogler , Physiologia Imlor'w Passwnis, Helmsl., 1693, p. H. suppose que c'était le sérum séparé du sang. Mais a la manière dont saint Jean mentionne cei écoulement mystérieux, et aussi d'après le sentiment de toute l'antiquité, nous devons y reconnaître quelque chose de plus qu'un fait purement physique. Itichter observe que l'ahoud uice de sang et d'eau qui jaillit de la plaie, non, ut in morliù, tie-isolel , lenlum et yrumoswn, sed caleniem aJhuc ei llexilem , tanquam ex ca emissimo misericordiœ fonte, doit être regardée romme surnaturelle et profondément symbolique, p. 52.
(c) Vindiciœ ntorlis Jesu Chrïsti verœ. Ii.ii., p. 77, seqq. — Une tousidéraiiou que n'a faite aucun de ces auteurs me semble décider le point de la profondeur de la blessure, et niPtlre hors de doute qu'elle ne fut pas superficielle, mais qu'elle s'étendit jusque dans la cavité thoiacique.
Notre Sauveur dislingue les blessures de ses mains de celle de son côté, lorsqu'il inviie Thomas à mesurer les premières avec son doigt, et la seconde en y plaçant la main. Uicit Tliomœ : Infer digilum tuum hue, et vide matitti meus, el uffer maman luam , et mine in latus meuni (Jian, xx, v. 27). Celle blessure doit donc avoir été de la Jugi ur de deux ou trois doigts a l'extérieur. Or, pour qu'une lance à pointe ordinaire et passablement aiguë laisse nue cicatrice ou incision sur la chair d'une telle largeur, elle doit avoir pénétré de quatre ou cinq pouces au moins dans le corps; circonstance tout à fait incompatible avt c une blessure superficielle ou qui n'eût alteiut que la cbair. Ce raisonnement s'adre.-se donc à ceux qui admettent en entier l'histoire de la Passion, et les apparu ions subséquentes de uo'.re Sauveur, mais qui nient la réalité de sa in'orl : tels sont les adversaires de Gruner.
chambre fermée du tombeau, loin d'être propres à faire revenir une personne évanouie, auraient été l'instrument le plus sûr pour rendre réelle une mort apparente, puisqu'ils auraient produit la suffocation. Nous pouvons ajouter l'observation d'Esckenbach. qu'il n'y a point d'exemple attesté d'une syncope durant plus d'un jour, tandis qu'ici elle aurait dû en durer trois; et enfin, que cette même période n'aurait pas été suffisante pour rendre la force et la santé à un corps qu. aurait souffert les déchirantes tortures du crucifiement et l'aclion affaiblissante d'une syncope par perte de sang. Voy. Rédemption , Salut.
Mort (le). Lévit., c. xix , v. 28, et Deut., c. xiv, v. 1 , Moïse défend aux Hébreux de se raser le front et les sourcils, et de se l'aire des incisions pour un mort, ou pour le mort. Deut., c. xvm, v. 11, il leur défend d'interroger les morts. Cap. xxvi, v, 14, lorsqu'un Israélite offrait à Dieu les prémices des fruits de la terre , il était obligé de protester qu'il n'en avait pas mangé dans le deuil, rien employé à un usage impur, et qu'il n'en avait rien donné pour un mort ou pour le mort. Pour expliquer ces dilférentes lois, les commenlateurs ont lait voir que c'était en usage chez les païens de s'égrattgner, de se déchirer la peau , de se faire des incisions avec des instruments tranchants dans les funérailles, et qu'en répandant ainsi de leur sang, ils croyaient apaiser les divinités infernales en faveur des âmes des morts ; que, dans le même dessein , ils se coupaient ou s'arrachaient les cheveux, les sourcils ou la barbe, et les plaçaient sur le mort, comme une offrande h ces mômes divinités. Spencer, de Legib. Hebrœor. ritual., 1. H, c. 18 et 19. Rien n'est plus connu que la coutume usitée dans le paganisme d'interroger les morts , d'évoquer leurs mânes ou leur âmes, pour apprendre d'elles l'avenir ou les choses cachées. Malgré la défense formelle qu'en fait Moïse, Saùl fit évoquer par une pythonisso l'âme de Samuel, et Dieu permit qu'elle apparût pour annoncer à ce roi sa mort prochaine (/ Reg. xxvm, 11). Il est encore parlé de cette superstition dans Isaïe (vin, 19, et lxv, 4). Enfin il est prouvé que les païens olfraient leurs prémices non-seulement aux dieux , mais encore aux héros , ou aux mânes de leurs anciens guerriers. Il est évident que toutes ces superstitions étaient fondées sur la croyance de l'immortalité des âmes, et il n'en faudrait pas davantage pour prouver que ce dogme fut toujours la foi de toutes les nations. Le penchant décidé des Juifs à imiter ces pratiques, démontre qu'ils étaient dans la même persuasion que les peuples dont ils étaient environnés. Pour les détourner de tout usage superstitieux , Moïse ne leur dit point que les morts ne sont plus, qu'il n'en reste rien, que l'âme meurt avec le corps ; mais il leur dit que toutes ces coutumes sont des abominations aux yeux de Dieu , qu'il les punira s'ils y tombent , qu'ils sont le peuple du Seigneur, uniquement consacré à son culte, etc. Par là nous concevons encore pourquoi Moïse avait réglé que tout homme qui avait touché un cadavre, même pour lui donner la sépulture ,
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serait censé impur, serait obligé de laver ses lahits et de se purifier (Num. \i\, 11 et 16). C'était évidemment pour écarter les Israélites de toute occasion d'avoir commerce avec les morts. Dans le style de Moïse, être souillé par une âme , c'est être souillé par l'attouchement d'un cadavre. Cette loi, loin d'être superstitieuse, avait pour but de retrancher les superstitions païennnes à l'égard des morts.
Morts (état des). Voy. Ame, Enfer, Immortalité, Maxes, eic.
Morts (prières pour les). L'ïïglise catholique a décidé dans le concile de Trente, sess. 6, can. 30, qu'un pécheur pardonné et absous de la peine éternelle, est encore obligé de satisfaire à la justice divine, par des peines temporelles, en cette vie ou en l'autre. Voy. Satisfaction. Conséquemment le môme concile enseigne, sess. 25, qu'il y a un purgatoire après cette vie; que les Ames qui y soutirent peuvent être soulagées par les suffrages, c'est-à-dire par les prières et par 1 s bonnes œuvres des vivants, principalement par le saint sacrifice de la messe. Déjà il avait déclaré, sess. 22, c. 2, et can. 3, que ce sacrifice est propitiatoire pour les vivants et pour les morts. Tous ces dogmes sont étroitement liés les uns aux autres. Au mot Purgatoire, nous apporterons les preuves sur lesquelles cette croyance est fondée ; nous avons à justifier ici l'antiquité et h sainteté de l'usage rej té par les protestai!. s de prier pour les morts.
On ne peut pas douter qu'il n'ait déjà régné chez les Juifs. Tobie dit à son fils, c. iv, v. 17 : « Mettez vo're pain et votre vin sur la sépulture du juste, et ne le mangez pas avec les pécheurs. » Puisqu'il était défendu par la loi de faire des offrandes aux morts, on ne peut pas juger que Tobie ordonne à son fils de pratiquer cette superstition des païens ; il faut donc supposer que la nourriture placée sur la sépulture d'un mort éta t une aumône faite à son intention, ou qu'elle avait pour but d'engager les pauvres à prier pour lui.
Nous le voyons encore plus expressément dans le 11e livre des Mâchai)., c. xn, 43, où il est dit que Judas ayant fait une quête, envoya une somme d'argent à Jérusalem, afin que l'on offrit un sacrifice pour les péchés de ceux qui étaient morts dans le combat. L'historien, conclut que «c'est donc une sainte et salutaire pensée de prier pour les morts, afin qu'ils soient délivrés de leurs péchés. »
Quand les protestants seraient bien fondés à ne pas regarder ce livre comme canonique, c'est du moins une histoire digne de foi, et un témoignage de ce qui se faisait pour lors chez, les Juifs. Cet usage s'est p rpetué chez eux, et il en est fait mention dans la Mischna, au chapitre Sanhédrin ; nous ne voyons pas qu'il ait été réprouvé par Jésus- Christ ni par les apôtres.
Dailléjdans son traité de Pœnis et Sutisfac. humants, a disserté fort au long pour esquiver les conséquences de ces deux passages, il Jil, 1. v, c. 1, que dans le premier, Tobie
recommande à son fils de fo rnir la nourriture à la veuve et aux enfants d'un juste, plutôt que de la manger avec les pécheurs. Mais il est absurde de prétendre que la sépulture, le tombeau, le monument d'un juste, signifient sa veuve et ses enfants : il n'y a dans toute l'Ecriture sait, te aucun exemple d'une métaphore aussi outrée. Il dit que le second regarde non les peines d3 l'autre vie, mais la résurrection future ; que, suivant l'auteur du livre des Machabées, Judas voulait que l'on priât pour les morts, afin d'obtenir de Dieu pour eux une meilleure part dans la résurrection , et non la délivrance d'aucune peine. Mais il a fermé les yeux sur la fin du passade qui porte qu'il faut prier pour les morts, afin qu'ils soient délivrés de leurs péchés. Or, être délivré des péchés, ou être délivré de la peine que l'on a encourue par les péchés, est certainement la môme chose.
Saint Paul parlant contre ceux qui niaie; t la résurrection des morts, dit (/ Cor. xv, 29 : Que feront ceux qui sont baptisés pour les morts, si les morts ne ressuscitent point? A quoi bon recevoir le baptême p ur eux? » Pour esquiver les conséquences de ce passage, les protestants soutiennent qu'il est fort obscur, que les Pères et les commentateurs ne s'accordent point dans le se;;s qu'ils y donnent. Mais cette réponse n'est pas aisée à concilier avec l'opinion générale des protestants , qui prétendent que l'Ecriture sainte c&t claire, surtout en fat de dogmes, et qu'il suffit de la lire pour savoir ce que l'on doit croire. Ici elle ne nous parait [tas d'une obscurité impénétrable. On sait qm chez les Juifs le baptême était un symbole et une pratique de purification : être baptisé pour les morts, signifiedonc se purifier pour les morts. Soit (pie l'on entende par là se purifier à la place d'un mort, et afin que cette purification 1 i serve, soit que l'on ent mde se purifier pour le soulagement d'une ame que ï n suppose coupable, le sens est toujours le même ; il s'ensuit toujours que , selon la croyance de ceux qui en agissai nt ainsi, leurs bonnes œuvres pouvaient être de quelque utilité aux morts; et saint Paul ne blime ni cette opinion ni cette p atique.
Il ne sert à rien n'objecter que, du temps de saint Paul, il y avait déjà des hérét ques qui prétendaient que Ton pouvait recevoir le baptême à la place d'un mort qui avait eu le malheur de no pas le r cevoir. Outre q.10 ce fait est fort douteux, l'Apôtre aurait-il voulu se servir d'un faux préjugé et d'une erreur, pour fonder le dogme de la résurrection future ? Voy. la Dissertation sur le baptême pour les morts, Bible d'Avignon, tome XV, pagei78. Nous donnons la même réponse à ceux qui prétendent que la prière pour les morts est un usage emprunté des païens. Les Juifs, ennemis déclarés des païens, surtout depuis la caplivité de liabylone, n'en avaient certainement r;en emprunté, et saint Paul n'aurait pas voulu argumenter sur une pratique du paganisme. S'il y avait encore du douto s ir le sens des paroles de l'Apôtre,
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la tradition el l 'usage de l'ancienne Eglise achèveraient de le dissiper; or nous voyons cet usage établi dus la lin du ir siècle. Dans les actes de sainte Perpétue, qui souffrit le martyre Tan 1G3, cette saint.' prie; pour l'Ame de son frère Dinocrate , et Dieu lui fait connaître que sa prière est exaucée. Saint Clément d'Alexandrie, qui a écrit dans le même temps, dit qu'un gnostique ou un partait chrétien a pitié de ceux qui, châtiés après leur mort, avouent leurs fautes malgré eux par les supplices qu'ils endurent, Prom., 1. vu, c. 12, p. 879, édit. de Potter. Tertullien, L. de Corona, c. 3, parlant des traditions apostoliques, dit que l'on oll'rc des sacrifices pour les morts et aux fûtes des martyrs. 11 dit ailleurs, L. de Monog., c. 10, « qu'une veuve prie pour l'Ame de son mari défunt, et otfre des sacrifices le jour anniversaire de sa mort. » Saint Cyprien a parlé de même. 11 serait inutile de citer les Pères du ive siècle, puisque les protestants conviennent qu'alors la prière pour les morts était généralement établie, mais ce n'était pas un usage récent, puisque, selon saint Jean Chrysostorae, llom. 3, in epist. ad Philip., il avait été ordonné par les apôtres de prier pour les fidèles défunts, dans les redoutables mystères. Aussi trouve-t-on cette prière dans les plus anciennes liturgies ; et au mot Liturgie nous avons fait voir que, quoiqu'elles n'aient été écrites qu'au iv" siècle, elles datent du temps des apôtres. Saint Cyrille de Jérusalem, en expliquant cet usage aux fidèles, dit : « Nous prions pour nos pères et pour les évoques, et en général pour tous ceux d'entre nous qui sont sortis de cette vie, dans la ferme espérance qu'ils reçoivent un trèsgrand soulagement des prières que l'on offre pour eux dans le saint et redoutable sacrifice. » Cat. mystag. 5. Beausobre, dans son Ilist. du manichéisme, 1. ix, c. 3, a osé dire que saint Cyrille avait changé la liturgie sur ce point ; on lui a fait trop d'honneur quand on a pris la peine de le réfuter. Saint Cyrille avait donc parcouru toutes les Eglises du monde, pour rendre leur liturgie conforme à celle qu'il avait fabriquée pour l'Eglise de Jérusalem? Pouvait-il seulement connaître celles qui étaient en usage dans les Eglises de l'Italie, de l'Espagne et des Gaules? On y trouve cependant la prière pour les morts, comme dans celle de Jérusalem, attribuée k saint Jacques. Voy. le Père Lebrun, Explic. des cérémonies de la messe, t. Il, p. 516, et tome V, p. 300, et la Perpét. de la foi, tom. V, 1. vin, c. 5. Bingham soupçonne que la cinquième catéchèse de saint Cyrille a été interpolée; où en sont les preuves ? Dans ce même siècle, Aérius, qui avait embrassé l'erreur des Ariens, s'avisa de blâmer la prière pour les morts, et séduisit quelques disciples : il fut condamné comme hérétique, au grand scandale des pro'estants. Voy. Aériens. Mais les protestants ne sont pas mieux d'accord entre eux sur ce point que sur les autres. Les luthériens et les calvimstes rejettent également le dogme du purgatoire et la prière pour les morts; les
Dictions, de Tuéol. dogmatique. 111.
anglicans, qui n'admettent pas le purgatoire, ont cependant conservé l'usage de prier pour les morts; leur oflice des funérailles est à peu près le même que celui de l'Eglise romaine ; ils n'en ont retranché que la profession de foi du purgatoire.
Pour justifier la pratique de l'Eglise anglicane, Bingham a rapporté fort exactement les preuves de l'antiquité de cet usage; il fait voir que dans les premiers siècles on célébrait ordinairement la messe aux obsèques des .défunts, on demandait à Dieu de leur pardonner les péchés et de les placer dans la gloire, Orig. ecclés., t.X, I. xxin,c 3, § 12 et 13. Mais il soutient que ces prières n'avaient aucun rapport au purgatoire, 1° parce que l'on priait pour tous les morts sans distinction, pour ceux de la félicité desquels on no doutait pas, pour les saints, môme pour la sainte Vierge : c'étaient par conséquent des actions de grâces, ou pour obtenir aux saints une augmentation de gloire. 2° L'on priait Dieu de ne pas juger les âmes à la rigueur, et on lui demandait pour les fidèles la parfaite béatitude de l'âme et du corps. 3° C'était une profession de foi touchant l'immortalité des âmes et la résurrection future des corps. 11 prétend même que cette pratique était fondée sur plusieurs erreurs. On croyait, dit-il, que les morts ne devaient jouir de la vue de Dieu qu'après la résurrection générale. Ceux qui admettaient le règne temporel de Jésus- Christ sur la terre pendant mille ans, pensaient que, parmi les infidèles, les uns en jouiraient plus tôt , les autres plus tard. On était persuadé que tous les hommes sans exception devaient passer dans l'autre vie par un feu expiatoire, qui ne ferait point de mal aux saints et qui purifierait les pécheurs. Enfin, l'on imaginait que , par des prières, on pouvait soulager même les damnés. Oriq. ecclés., t. VI, 1. xv, c. 3, § 16 et 17. Daillé avait soutenu la môme chose, de Pœnis et Satisfact. humanis, 1. v et suiv.
Nous avons peine à comprendre comment un auteur aussi instruit a pu déraisonner ainsi. 1° Si la prière pour les morts était fondée sur quelqu'une de ces erreurs, c'était donc un abus et une absurdité : pourquoi l'Eglise anglicane l'a-t-elle conservée ? 2° Parmi tous les anciens monuments que Bingham a cités, il n'y en a pas un seul qui ait le moindre trait aux erreurs dont il fait mention, et on pouvait le défier d'en alléguer aucun. 3° Si l'on avait été persuadé que les justes ne devaient jouir de la vue de Dieu qu'après la résurrection générale, il y aurait eu de la folie à prier Dieu de prévenir ce moment : j,ouvait-on se flatter de l'engager a révoquer un décret porté à l'égard de tous les hommes ? 4° Nous avouons que plusieurs anciens ont parlé d'un feu expiatoire, destiné à purifier toutes les âmes qui en ont besoin ; mas il faut s'aveugler pour ne pas voir que c'est justement le purgatoire que nous admettons. 5° A la réserve des origénistes, qui iVont jamais été en grand nombre, personne n'a pensé que l'on pouvait soulager les damnés : cette erreur ne se trouve qio
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dans quelques missels dos bas siècles. La prière pour les morts a été en usage avant qu'Origène vînt au monde. 6° Les anciens fondent l'usage de prier pour les morts, non sur les imaginations de Bingham, mais sur les textes de l'Ecriture que nous avons cités, sur ce que dit Jésus-Christ, dans saint Matthieu, c. xn, v. 32, que le blasphème contie le Saint-Esprit ne sera remis ni dans ce inonde ni dans l'autre : de là les Pères ont conclu qu'il y a des péchés qui peuvent ètie remis dans l'autre vie ; enfin sur ce que d t •saint Paul , que l'ouvrage de tous sera éprouvé par Je feu, etc. (/ Cor. m, 13). Yoy. Pi'kgatoîre. Quant au sens que Bingham veut donner aux prières de l'Eglise, il est clair dans les passages des Pères et dans les liturgies. Nous convenons que c'est une profession de foi de l'immortalité des Ames et :!e la résurrection des corps ; mais il y a quelque chose de plus. Saint Cyrille de Jérusalem distingue expressément la prière qui regarde les saints, d'avec celle qu'on lait pour les morts : « Nous faisons mention, dit-il, de ceux qui sont morts avant nous;" en premier lieu, des patriarches, des prophètes, des apôtres, des martyrs, afin que, par leurs prières et leurs supplications, Dieu reçoive les nôtres; ensuite, pour nos saints Pères et nos évoques défunts; enfin, pour tous ceux d'entre les fidèles qui sont morts, persuadés cpie ces prières offertes pour eux, lorsque ce saint et redoutable mj stère est placé sur l'autel, sont un très-grand soulagement pour leurs dmes. » Les prières pour les saints n'étaient donc pas les mômes que les prières pour les urnes du commun des fidèles ; par les premières , on demandait l'intercession des saints, par les secondes, le soulagement des Ames. Mais Bingham, qui ne voulait ni l'un ni l'autre, non plus que la notion de sacrifice, a cru en être quitte en disant que probablement le passage de saint Cyrille a été interpolé. Une preuve qu'il ne l'est pas, c'est que ce qu'il dit se trouve encore dans la liturgie de saint Jacques, qui était ce. le de Jérusalem, et dans toutes les autres liturgies, soit orientales, soit occidentales.
Il n'est point question dans ce passage de demander à Dieu pour les saints une augmentation de gloire, mais leur intercession pour nous; ni de demander pour les fidèles Ja parfaite béatitude de l'âme et du corrs, niais le soulagement de leur Ame. On voit la môme distinction dans la liturgie tirée des Constitutions apostoliques, I. vin, c. 13, que Bingham a citée; elle porte : « Souvenons-nous des saints martyrs, afin que nous soyons rendus dignes de participer à leurs combats. Prions pour ceux qui sont morts dans la foi. » Vainement Bingham affecte de confondre ces deux espèces de prières, afin u'en obscurcir le sens; il n'a réussi qu'à mortrer sa prévention.
Le luthérien Mosheim, encore plus entêté, place au ivc siècle la naissance de l'usage de prier pour les morts; ilattribue à la philosophie platonique les notions absurdes d'un
la mort. Flist eccl. du ive siècle, ir part. c. 3, § 1. 11 dit que dans le v% la doctrine des païens touchant la purification des Ames après leur séparation des corps fut plus amplement expliquée, ve siècle, n" part., c. 3, § 2 ; qu'au x* elle acquit plus de force que jamais, et que le clergé, intéressé à la soutenir, l'appuya par des fables, xB siècle, n* part., c. 3, § 1. L'opinion commune des prolestants est que cette doctrine n'a été forgée que par la cupidité des prêtres. — Mais est-il bien certain que les anciens platoniciens ont admis un feu expiatoire ou purgatoire des Ames après la mort ? Quand cela serait, le passage de saint Paul (/ Cor. m, 13), où il est dit que l'ouvrage de chacun sera éprouvé par le feu, était plus propre à faire naître la croyance du purgatoire que les rêveries des platoniciens ; et c'est sur ce passage même que les Pères fondent leur doctrine. Puisqu'il est prouvé que l'usage de prier pour les morts date des temps apostoliques, peut-on faire voir que dans l'origine les prêtres en ont tiré quelque profit? S'il en est survenu des abus au x' siècle et dans les suivants, il fallait les retrancher, et laisser subsister une pratique aussi ancienne que le christianisme, et qui avait déjà eu lieu chez les Juifs. — Selon la remarque d'un académicien, « quand on est persuadé que l'Ame survit à la destruction du corps, quelque opinion que l'on ait sur l'é at où elle se trouve après la mort, rien n'est si naturel que de faire des vœux et des prières pour tAcher de procurer quelque félicité aux Ames de nos parents et de nos auiis; ainsi l'on ne doit pas être étonné que cette pratique se (rouvo répandue sur toute la terre.... Bien loin donc que les chrétiens aient emprunté cet usage des païens, il y a beaucoup dus d'apparence que les païens eux-mêmes 'avaient puisé dans la tradition primitive, et que c'est une notion imprimée par le doigt de Dieu dans le cœur de tous les hommes.... Ce qu'il y a de certain, c'est que ceux qui, par leurs principes, paraissent le plus prévenus contie cet usage, conviennent souvent de bonne foi que, dans les occasions intéressantes, ils ne peuvent s'empêcher de former des vœux secrets que la nalure leur arrache, pour leurs parents et leurs amis. » Hist. de V Académie des Inscriptions, t. II, in-12, p. 119.
Il est fort dangereux que la charité, qui est l'âme du christianisme, ne diminue parmi les vivants, lorsqu'elle n'a plus lieu à l'égard des morts. L'usage de prier pour eux nous rappelle un tendre souvenir de nos parents et de nos bienfaiteurs, nous inspire du respect pour 1 urs dernières volon es; il contribue à l'union des familles, il en rassemble les membres dispersés, les ramène sur le tombeau de leur père, leur remet en mémoire des faits et des leçons qui intéress.'nt leur bonheur. Cet effet" n'est plus guère sensible dans les villes, où les sentiments d'humani'.é s'éteignent avec ceux de la religion; mais il subsiste parmi le peuple des "certain l'eu destiné a purifier tes âmes après campagnes, et il est bun de l'y conserver.
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Hn détruisant cet usage, les protestants ont résisté au penchant du la nature, à l'esprit du christianisme, à la tradition la plus ancienne et la plus respectable.
Morts. Fête des morts ou des trépassés : jour de prières solennelles qui se font le 2 novembre pour les .unes du purgatoire en général. Amalaire, diacre de Metz, dans sou ouvrage des Offices ecclésiastiques, qu'il dédia à LouiS le Débonnaire, l'an 827, a placé l'office i\es morts; mais il y a bien de l'apparence qu'au ixe siècle cet oflice ne se disait encore (pie pour les particuliers. C'est saint Odilon, abbé de Cluny, qui, l'an 998, institua dans tous les monastères de sa congrégation la fôte de la Commémoration de tous les fidèles défunts, et l'ofiice pour tous en général. Cette dévotion, approuvée parles papes, se répandit bientôt dans tout l'Occident. On joignit aux prières d'autres bonnes œuvres, surtout des aumônes; et dans quelques diocèses il y a encore des paroisses où les laboureurs font ce jour-là quelque travail gratuit pour les pauvres, et offrent à l'église du blé, qui, selon saint Paul {I Cor. xv, 37), est le symbole de la résurrection future. Pour tourner cette fête en ridicule, Mosbeim dit
Qu'elle fut instituée en vertu des ex orlations 'un ermite de Sicile, qui prétendit avoir appris par révélation que les prières des moines de Cluny avaient une efficacité particulière pour délivrer les âmes du purgatoire. Il remarque que le pape Benoit XIV a eu assez d'esprit pour garder le silence sur l'origine superstitieuse de cette fête déshonorante, dans son Traité de Festis. Un Célèbre incrédule n'a pas manqué de répéter l'anecdote de l'ermite sicilien; il ajoute que ce fut le pape Jean XVI qui institua la fêle des morts vers le milieu du xvi* siècle. La vérité est que Jean XVI est un antipape qui mourut l'an 993, deux ans avant l'institution de la fête des morts; c'est une bévue grossière de l'avoir placée au xvie siècle. Il n'est pas surprenant que Benoit XIV ait méprisé une fable de laquelle on ne cite point d'autre preuve que la Fleur des saints, recueil rempli de contes semblables; mais les protestants ni les incrédules ne sont pas scrupuleux sur !e choix des monuments, ils séduisent les ignorants, et c'est tout ce qu'ils prétendent. Nous voudrions savoir en quoi les prières faites pour les morts en général sont déshonorantes ; n'est-ce pas plutôt la critique de nos adversaires?
MORTIFICATION. Sous ce nom l'on entend tout ee qui peut réprimer, non-seulement les appétits déréglés du corps, la mollesse, la sensualité, la gourmandise, la volupté, mais encore 1 s viees de l'esprit, comme la curiosité, la vanité, la jalousie, l'impatience, etc. Pour savoir si la mortification est une vertu nécessaire, il suffit de consulter les leçons de Jésus-Christ et des apôtres. Le Sauveur a dit : Heureux ceux qui pleurent , parce qu'ils seront consolés (Matlh. v, 5). Il a loué la vie austère, pénitente et mortifiée de saint Jean-Baptiste (xi, 8). il a dit lui-môme qu'il n'avait nas où re-
poser sa tête (vin, 20). il a prédit que ses disciples jeûneraient, lorsqu'ils seraient privés de sa présence (ix, 15). Il conclut : Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce a lui-même, qu'il porte sa croix et me suive (xvi, 24, etc.). » Saint Paul a reflété la même murale dans ses lettres. « Si vous vivez selon la chair, vous mourrez ; mais si vous mortifiez par l'esprit les désirs de la chair, vous vivrez (Rom. vm, 13). Je châtie mon corps et je le réduis en servitude, de peur qu'après avoir prêché aux autres, je ne sois moi-môme réprouvé (/ Cor. ix, 27). Nous portons toujours sur notre corps la mortification de Jésus-Christ, afin que sa vie paraisse en nous (// Cor. iv, 10). Montronsnous de dignes serviteurs de Dieu, par la patience, par les souffrances, par le travail, par les veilles, par les jeûnes, par la chasteté, etc. (vi, 4). Ceux qui sont à Jésus-Christ crucifient leur chair avec ses vices et ses convoitises (Galat. v, 24). Mortifiez donc vos membres et les vices qui régnent dans le monde, la fornication, l'impureté, la convoitise, l'avarice, etc. (Colos. m, 5). » Il s loué la vie pauvre, austère et pénitente des prophètes (Hebr. xi, 37 et 38). Les premii rs chrétiens suivirent cette morale à la lettre. « Pour nous, dit Tertullien, desséchés par 1(3 jeûne, exténués par toute espèce de continence, éloignés de toutes les commodités do la vie, couverts d'un sac et couchés sur la cendre, nous faisons violence au ciel par nos désirs, nous fléchissons Dieu; et lorsque nous en avons obtenu miséricorde, vous remerciez Jupiter et vous oubliez Pieu. » Apologétique, ch. 40, à la lin.
Après des leçons et des exemples aussi clairs, nous ne comprenons pas comment les protestants osent blâmer les mortifications, tourner en ridicule les austérités des anciens solitaires, des vierges chrétiennes, des ermites et des moines de tous les siècles. Ils disent que Jésus-Christ n'a point commandé toutes ces pratiques, qu'il a môme blâmé l'hypocrisie de ceux qui affectaient un air pénitent, que les austérités ne sont pas une preuve infaillible de vertu, que sous un extérieur mortifié l'on peut nourrir encore des passions très- vives, et qu'il n'est pas difticile d'en citer des exemples.
Mais si les paroles de Jésus-Christ, que nous avons citées, ne sont pas des préceptes formels, ce sont du moins des conseils; ceux qui tâchent de les réduire en pratique sont-ils blâmables? Affecter un air pénitent îar hypocrisie, pour être loué et admiré des îemmes, est-ce la même chose que pratiquer es austérités de bonne foi, dans la solitude et loin des regards du public, pour réprimer et vaincre les passions? ou soutiendrat-on que, dans la multitude de ceux qui ont suivi ce genre de vie, il n'y en a pas eu un seul qui ait été sincère? Quoique les mortifications ne soient pas un moyen toujours infaillible de vaincre toutes les passion*, l'on ne peut pas nier du moins qu'elles n'y contribuent ; ceux qui par là n'ont pas pu réussir à les étouffer entièrement, en seraient
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encore moins vomis à bout par un genre de vie contraire. Il est très-probable que si les apôtres et leurs disciples avaient vécu comme ceux qu'ils voulaient convertir, ils n'auraient pas fait un grand nombre de prosélytes. Déjà l'on est forcé d'avouer qu'en général tous les hommes sont portés à estimer les mortifications et à les regarder comme une vertu; quand ce serait un préjugé mal fondé, il faudrait encore convenir que ceux qui sont chargés de donner des leçons aux autres sont louables de se conformer à cette opinion générale ou, si l'on veut, à ce faible de l'humanité, et il y aurait encore de l'injustice à les blâmer.
Les incrédules n'ont pas manqué d'enchérir sur les satires des protestants. On a cru dans tous les temps, disent-ils, que Dieu prenait plaisir à la peine et aux tourments de ses créatures; que le meilleur moyen de lui plaire était de se traiter durement; que moins l'homme épargnait son corps, plus Dieu avait pitié de son âme. De cette folle idée sont venues les cruautés que de pieux forcenés ont exercées contre eux-mêmes, et les suicides lents dont ils se sont rendus coupables, comme si la Divinité n'avait mis au monde des créatures sensibles que pour leur laisser le soin de se détruire. Conséquemment plusieurs de nos épicuriens modernes ont décidé gravement que mortifier les sens, c'est être impie; que, vu l'impuissance de réprimer la plus violente des passions, la luxure, ce serait peut-être un trait de sagesse de la changer en culte, etc. Nous rougirions de pousser plus loin l'extrait de leur morale scandaleuse. Mais lorsque Pythagore et Platon prêchaient l'abstinence et la nécessité de dompter les appétits du corps, ils ne fondaient pas leurs leçons sur le plaisir que Dieu prend aux tourments de ses créatures ; ils argumentaient sur la nature même de l'homme: ils disaient que l'homme étant composé d'un corps et d'une âme, il est indigne de lui de se laisser dominer par les penchants du corps, comme les brutes, .au lieu d'assujettir le corps aux lois de l'esprit. Brucker, Ilist. de la philos., tom. I, p. 1066, etc. Porphyre, qui, dans son Traité ilcVabstinence, suivait les principes de Pythagore et de Piaton, enseigne que le seul moyen de parvenir a la fin à laquelle nous sommes destinés, est de nous occuper de Dieu, de nous détacher du corps et des plaisirs des sens, liv. i, n. 57. Si nous l'en croyons, Epicure et plusieurs de ses disciples ne vivaient que de pain d'orge et de fruits, n. 48. le n'était pas pour plaire à la Divinité, puisqu'ils ne croyaient pas à la Providence. Jamblique, Julien, Proclus, lîiéroclôs et d'autres ont professé les mêmes maximes. On dit qu'ils étalaient cette morale austère par rivalité envers les docteurs du christianisme: cela peut être; mais enfin ils copiaient Platon et Pythagore, qui ont vécu longtemps avant la naissance du christianisme, et auxquels on ne peut pas prêter le même motif. Ces philosophes, disent nos adversaires, étaient dus rêveurs, des enthou-
siastes, des insensés; soit. Il s'ensuit toujours que l'estime générale que l'on a eue dans tous les temps pour les mortifications était fondée sur les notions de la philosophie.
11 n'est pas vrai que les austérités modérées nuisent à la santé. Il y a plus de vieillards à proportion dans les monastères delà Trappe et de Sept-Fonts que parmi les gens du monde. Le jeune et les macérations n'ont pas tué autant d'hommes que la gourmandise et la volupté. Ce ne sont pas les épicuriens sensuels qui remplissent le mieux les devoirs de la société, ils ne pensent qu'à eux, et ne font cas des hommes qu'autant qu'ils servent à leurs plaisirs. Porphyre a raison de soutenir que, si nous étions plus sobres et plus mortifiés, nous serions moins avides, moins injustes, moins ambitieux, moins mécontents de notre sort, et moins sujets aux maladies. Le luxe ne serait pas si excessif, les riches feraient un meilleur usage de leur fortune, ils seraient plus compatissants et plus sensibles aux besoins do eurs semblables. Ce sont les désirs inquiets, ! es besoins factices, les habitudes lyranniques qui tourmentent les hommes; en y résistant, ils seraient plus vertueux et plus heureux. Pour jeter du ridicule sur les mortifications des solitaires et des moines, on les a comparées aux pénitences fastueuses des faquirs mahométans, indiens et chinois, dont plusieurs exercent sur leurs corps des cruautés qui font frémir. Mais la conduite de ces derniers fait connaître les motifs qui les animent; ils ont grand soin de se produire en public et d'exposer au grand jour le supplice auquel ils se sont condamnés; l'ambition d'être admirés et respectés, ou d'obtenir des aumônes, un orgueil insensé, un fanatisme barbare, les soutiennent et leur font braver la douleur; quelques stoïciens firent autrefois de même. Les pénitents du christianisme ont des motifs différents : l'humilité, le sentiment de leur faiblesse, le désir d'expier leurs fautes et de réprimer les passions; ils cherchent la retraite, le silence, l'obscurité, selon le conseil du Sauveur (Matth. vi, 1), et ils ne poussent point la rigueur de leurs macérations au même excès que les fanatiques des fausses religions. Il n'y a donc aucune ressemblance entre les uns et les autres.
Ces réflexions devraient suffire pour fermer la bouche aux protestants; mais rien ne peut vaincre leur entêtement : ils attribuent au vice du climat tout ce qui leur déplaît dans le christianisme. Le goût pour la solitude, disent-ils, pour la méditation et la prière, pour la continence, les mortifications, les pénitences volontaires, est un effet de la mélancolie qu'inspire le climat de l'Egypte, de la Palestine, de la Syrie et des contrées voisines. Des philosophes atrabilaires, tels que Pythagore, Platon, Zenon, et surtout les Orientaux, ont accrédité ces pratiques ; mais ils ne les ont fondées que sur des dogmes erronés. Les premiers chrétiens s'y laissèrent surprendre; ils enchérirent.sur la morale de Jésus-Christ, ils se