MO H
mor
flatteront do construire une religion plus sainte et plus parfaite que la sienne; ils n'ont fait que défigurer ses leçons. Vingt ailleurs protestants ont fait tous leurs efforts pour donner à ce rêve un air de prohabilité; un court examen suffira pour dissiper le prestige. — 1° Il est fort singulier que pendant cinq ou six cents ans, depuis Pythagore jusqu'à Jésus-Christ, le vice du climat n'ait rien opéré sur les païens, dont les mœurs ont toujours été aussi licencieuses en Orient qu'en Occident, et en Egypte qu'ailleurs; que depuis plus de mille ans il n'ait pas pu vaincre la mollesse et la lubricité des musulmans, pendant qu'il a produit en moins d'un siècle un si prodigieux ell'et sur les chrétiens. Voilà un phénomène inconcevable.
— 2° Pythagore, premier philosophe partisan des mortifications, était né dans la Grèce ; il voyagea dans l'Orient, mais il passa la plus grande partie de sa vie en Italie; appellerons-nous mélancolique ou misanthrope un homme qui ne s'est occupé qu'à faire du bien à ses semblables, à civiliser les peuples, à policer les villes, à leur donner des lois et des mœurs? En dépit d'un climat trèsdifférent de celui de l'Egypte, il fit goûter ses maximes, il trouva des disciples et des imitateurs; on a dit de lui : Esurire doect, et discipulos invertit. — 3° Si c'est une vapeur maligne du climat qui a donné aux chrétiens du goût pour les mortifications religieuses, il faut que son influence ait régné sur toute la terre, à la C'iine et aux Indes, dans le fond du Nord, dès que le christianisme y a pénétré, et dans toutes les écoles de philosophie de la Grèce. A la réserve des épicuriens et des cyrénaïques, tous les sages ont déclaré la guerre à la volupté : tous ont non-seulement consei;lé à leurs disciples la frugalité et la tempérance, mais ils leur ont appris à se passer de la plupart (ies choses que les hommes corrompus par le luxe regardent comme une partie du nécessaire, et en cela ils croyaient travailler à leur bonheur. — 4° Longtemps avant la naissance de la p! ilosophie, Dieu avait fait connaître aux patriarches la nécessité des mortifications. Ils ne pouvaient pas ignorer la chute de leur premier père-: et ils durent en conclure que l'allluence de tous les biens est peu propre à rendre l'homme fidèle à Dieu. Ils savaient qu'en punition de cette faute, l'homme était condamné à arroser de ses sueurs une terre couverte de ronces et d'épines, et que la pénitence d'Adam avait duré neuf cents ans : terrible exemple. On voyait les personnages les plus agréables à Dieu, tels qu'Abraham, Jacob, Joseph, Moïse, Job, etc., mener une vie souffrante, mortifiée, et leur vertu souvent exposée à des adversités. « Je fais pénitence sur la cendre et la poussière, » disait le saint homme Job, à l'innocence duquel Dieu lui-même avait daigné rendre témoignage, ch. xx, v.3; cL. xlii, v. 6, etc. Un prophète nous apprend que l'abondance do tous les biens, l'orgueil, l'oisiveté, et ce que le monde appelle une vie heureuse, fuient la co ise des crimes et de la
ruine de Sodome (Ezcch. xvr, 49). Les systèmes insensés des philosophes orientaux n'ont commencé à éclere que plusieurs siècles après. — 5° On pourrait croire que les premiers chrétiens ont mal pris le sens des paroles de Jésus-Christ, si ce divin Maître ne les avait pas confirmées par ses exemples; mais il a voulu naître dans une famille pauvre et dans une étable; il s'est fait connaître d'abord à de pauvres bergers; il a passé sa jeunesse dans la maison d'un artisan; tous ses parents étaient de simples habitants de Nazareth; il a dit lui-même qu'il n'avait pas où reposer si tète (Matth. vm, 20; Luc. ix, 58). 11 a choisi pour ses apôtres de pauvres pêcheurs, accoutumés à une vio dure et laborieuse, et il a voulu qu'ils abandonnassent tout pour lo suivre; c'est aux pauvres qu'il a commencé d'abord à prêcher l'Evangile (Matth. xi, 5; Luc. iv, 18; Jac. h, 5). C'était volontairement sans doute qu'il a souffert les mortifications de la pauvreté (Il Cor. vm, 9). En méditant sur ces circonstances, a-t-on pu s'empêcher de prendre à la lettre ces maximes : Heureux les pauvres, ceux qui souffrent et qui pleurent ; malheur à vous, riches, qui avez votre consolation, qui êtes rassasies, qui êtes dans la joie, etc., et de croire qu'il y a du mérite à imiter la vie de ee divin Maître? — 6° Les philosophes orientaux et les hérétiques, qui soutenaient que la chair est une production du mauvais principe et une substance mauvaise par elle-même, n'en ont jamais parlé d'une manière plus désavantageuse que saint Paul. Outre les passages de ses lettres que nous avons cités, il dit (Rom. vu, 18) : « Je sais qu'il n'y a rien de bon en moi, c'est-à-dire dans ma chair. V. 20 et 23, il l'appelle une chair dépêché, une loi qui le captive sous le joug du péché. C. vm, v. 8. Ceux qui sont. dans la chair ne peuvent plaire à Dieu.V. 13. Si vous vivez selon la chair, vous mourrez ; mais si vous mortifiez par l'esprit les affections de la chair, vous vivrez. C. xm, v. 14. Ne contentez point les désirs de votre chair (Ephes. h, 3). Le propre du paganisme était de satisfaire les désirs et les volontés de la chair. (Galat. v, 16) : Marchez selon l'esprit, et vous n'accomplirez point les désirs de la chair, etc. » Voilà, au jugement de nos adversaires, saint Paul devenu disciple des philosophes orientaux ; c'est lui qui a infecté les premiers chrétiens du fanatisme atrabilaire par lequel ils se sont armés contre eux-mêmes, et se sont cruellement tourmentés ; c'est lui qui a cru forger une religion plus parfaite que celle de Jésus-Christ, et qui l'a fait embrasser aux autres, etc., etc. Ainsi l'ont rêvé les protestants, et les incrédules l'ont répété.
Ils ont beau dire que les mortifications extérieures ne contribuent en rien à dompter les passions, ni à nous rendre la vertu plus facile; c'est une fausseté contredite par l'exemple de tous les saints. Puisque la vertu est la force de l'âme, elle ne s'acquiert point en accordant à la nature tout ce qu'elle demande, mais en lui refusant tout ce dont elle
917 MOZ MUft 'J',8
peut se passer. Moins nous avons de besoins mais jusqu'à l'an 1080; que les papes Alcxan-
h satisfaire , moins il nous reste de désirs dre II, Grégoire VII et Urbain I!, ne sont ve-
inquiets et dangereux. Une vie dure n'étouf- nus à bout, qu'après trente ans de résistance
fera pas absolument toutes les passions; de la part des Espagnols, de leur feire adop-
mais l'habitude de dompter celles du corps ter le rite romain.
nous fait réprimer plus aisément celles de Le Père Lebrun, qui a fat aussi YHistoire
l'esprit. Quand les protestants soutiennent durite mozarabique, t. III, p. 272, observe que,
que le goût pour les austérités religieuses a dans le missel du cardinal Ximénès , ce rite
été chez les premiers chrétiens un vice du n'est pas absolument tel qu'il était au vn°
climat , nous sommes en droit de leur ré- siècle; mais que, pour en remplir les vides,
pondre que l'aversion pour toute espèce de ce cardinal y fit insérer plusieurs rubriques
mortification est venue, chez les réformateurs, et plusieurs prières tirées du missel de To-
de la voracité, de la gloutonnerie, de l'in- lède, qui n'était pas le pur romain, mais qui
tempérance naturelle aux peuples septentrio- était conforme en plusieurs choses au missel
naux. Voy. Anachorètes, Pauvreté, etc. gallican; il distingue ces additions d'avec le
MOSCOVITES. Voy. Russes. vrai mozarabe , et compare celui-ci avec le
MOYSE. Voy. Moïse. gallican. Le Père Leslée, qui a fait la môme
MOZARABES, MUZARABES ou MOST- comparaison, pense que le premier est le
ARABES. On nomme ainsi les chrétiens d'Es- plus ancien : le Père Mabillon, qui a donné
pagne, qui, après la conquête de ce royaume la liturgie gallicane, soutient le contraire, et
par les Maures, au commencement du vm* il paraît que c'est aussi le sentiment du Père
siècle , conservèrent l'exercice de leur reli- Lebrun. Quelques protestants ont avancé au
g on sous la domination des vainqueurs; ce hasard que la croyance des chrétiens moz-
nom signifie mêlés aux Arabes. Les Visigoths arabes était la môme que la leur, mais qu'elle
qui étaient ariens , et qui s'étaient emparés s'altéra insensiblement par le commerce
de l'Espagne au vc siècle, abjurèrent leur qu'ils eurent avec Rome. La liturgie mozara-
hérésie, et se réunirent à l'Eglise dans le bique dépose du contraire; il n'est pas un
troisième concile de Tolède, l'an 589. Alors seul des dogmes catholiques contestés par
le christianisme fut professé en Espagne les protestants qui n'y soit clairement pro-
dans toute sa pureté, et il était encore tel six fessé. La doctrine en est exactement con-
vingts ans après, lorsque les Maures détrui- forme aux ouvrages de saint Isidore de Sé-
sirent la monarchie des Visigoths. Les chré- ville , aux canons des conciles d'Espagne
tiens, devenus sujets des Maures, conserve- tenus sous la domination des Maures, et à.
rent leur foi et l'exercice de leur religion, la liturgie gallicane, dont l'authenticité est
soit dans les montagnes de Castille et de incontestable. Voy. Espagne, Gallican, Li-
Léon, où plusieurs se réfugièrent, soit dans turgie.
quelques villes où ils obtinrent ce privilège MURMURE. Ce mot, dans l'Ecriture sainte, par capitulation. De là on a nommé mozara- ne signifie pas seulement une simple plainte, bique le rite qu'ils continuèrent à suivre, et mais un esprit de désobéissance et de rémtsse mozarabique la liturgie qu'ils celé- volte, accompagné de paroles injurieuses à braient; l'un et l'autre ont duré en Espagne la Providence; c'est dans ce sens que saint jusque sur la fin du xr siècle, temps auquel Paul (/ Cor. x, 10) condamne les murmures le pape Grégoire VII engagea les Espagnols dont les Israélites se rendirent souvent couîi prendre la liturgie romaine. Pour tirer de pables. Ils murmurèrent contre Moïse et l'oubli cet ancien rite et le remettre en usage, Aaron dans la terre de Gessen, lorsque le le cardinal Ximénès fonda, dans la cathédrale roi d'Egypte aggrava leurs travaux (Exod. v, de Tolède, une chapelle dans laquelle l'office 21); sur les bords de la mer Rouge , lorset la messe mozarabique sont célébrés; il fit qu'ils se virent poursuivis par les Egyptiens imprimer le Missel l'an 1500, et le Bréviaire (xiv, 11) ; à Mara, à cause de l'amertume des en 1502; ce sont deux petits in-folio. Comme eaux (xv, 24)-; à Sin, parce qu'ils manii n'en fit tirer qu'un petit nombre d'exem- quaient de nourriture (xvi, 2); à Raphidim, pi aires , ces deux volumes étaient devenus parce qu'il n'y avait pas d'eau (xvn, 2); à très-rares et d'un prix excessif; mais ils ont Pharan, lorsqu'ils se dégoûtèrent de h manne été réimprimés à Rome en 1755 , par les (Num. xi , lj ; après le retour des envoyés soins du P. Leslée , jésuite , avec des notes dans la terre promise (xiv, 1, etc.). Ces muret une ample préface. Cet éditeur s'attacha à mures séditieux, de la part d'un peuple qui prouver que la liturgie mozarabique est des avait fait tant d'épreuves des altentions et temps apostoliques , qu'elle a été établie en des bienfaits surnaturels de la Providence, Espagne par ceux mêmes qui y ont porté la étaient très-dignes de châtiment; aussi Dieu foi chrétienne; qu'ainsi saint Isidore de Se- ne les laissa-t-il pas impunis. Quelques inville et saint Léandre, son frère, qui ont vécu crédules ont voulu en tirer avantage. Si au commencement du vnc siècle, n'en sont Moïse, disent-ils, avait donné autant de pas les auteurs, qu'ils n'ont fait que la rendre preuves qu'on le suppose d'une mission diplus correcte , et y ajouter quelques non- vine , il n'est pas possible que les Israélites veaux offices. Il fait voir que cette liturgie a se fussent si souvent révoltés contre lui. été constamment en usage dans les églises Mais la même histoire qui raconte leurs réd'Kspagne depuis le temps des apôtres, non- voltes nous apprend aussi qu'ils furent touseulement jusqu'à la fin du règne des Visi- jours punis, et souvent d'une manière surgoths et au commencement du vm* siècle, naturelle , par une contagion, par le feu du
MYS
MYS
ciel, par des serpents, par des gou (Très subitement ouverts sous leurs pieds ; qu'ils furent toujours forcés de revenir à l'obéissance et de demander pardon de leur faute; et c'était toujours Moïse qui intercédait pour eux auprès de Dieu. Ce sont donc là plutôt des preuves de sa mission divine, que des objections que l'on puisse y opposer.
MUSACH. Ce terme hébreu a été conservé dans la Vulgate (IV Reg. xvi, 18) , Musach Sabbathi; et la signification en est fort incertaine. Le paraphrase chaldécn a mis exemptai- sabtha, qui est encore plus obscur ; les Septante ont entendu la base ou le fondement d'un siège ou d'une chaire; le syriaque et l'arabe ont traduit, la maison du Sabbat. Parmi les commentateurs, les uns disent que c'était un endroit du temple où l'on s'asseyait les jours de sabbat ; d'autres, que c'était un pupitre; quelques-uns, que c'était une armoire; plusieurs enfin, que c'était un parvis ou un port que couvert, qui communiquait du palais des rois au temple, et que le roi Acliaz fit fermer. 11 importe fort peu de savoir lesquels ont le mieux rencontré.
MUSIQUE. Voy. Chant ecclésiastique.
* MUTILÉS DE RUSSIE. Noire-Seigneur a pose une grande maxime : Si votre œil vous scandalise, arrachei-le et jetez-le loin de vou\ On a vu, dès les premiers siècles de l'Eglise, des chrétiens prendre cette maxime à la lettre et se faire eunuques pour échapper aux attaques incessantes de la chair. Les conciles condamnèrent cette pratique. On l'a vue se renouveler en Russie. Catherine II réprima ce fanatisme en livrant à l'ignominie ceux qui étaient assez malheureux pour employer ce remède extrême. Vers 1818, Alexandre, voyant la secte se multiplier, ordonna que tous les mutilés seraient transportés en Sibérie. On assure qu'il y a encore aujourd'hui des exemples de ce fanatisme cruel.
MYRON. Voy. Chrême.
MYSTÈRE , chose cachée , vérité incompréhensible. Que ce terme vienne du grec pOw, je ferme, ou de /xvsw, j'instruis, ou de l'hébreu muslar, caché, ce n'est pas une question fort importante. Jésus-Christ nomme sa doctrine les mystères du royaume des deux (Matth. xiii , 11) , et saint Paul appelle les vérités chrétiennes qu'il faut enseigner le mystère de la foi (1 Tim. m, 9). — Une maxime adoptée par les incrédules est qu'il est impossible de croire ce que l'on ne peut pas comprendre ; qu'ainsi Dieu ne peut pas révéler des mystères; que toute doctrine mystérieuse doit être censée fausse et ne peut produire que du mal. Nous avons à prouver contre eux qu'il n'est aucune source de nos connaissances qui ne nous apprenne des mystères ou des vérités incompréhensibles ; qu'il y en a non-S' ulement dans toutes les religions , mais qu'ils sont inévitables dans tous les systèmes d'incrédulité; que la différence entre les mystères du christianisme et ceux des fausses religions est que les premiers sont le fondement de la morale la plus pure, ;iu lieu que les seconds ne peuvent aboutir qu'à corrompre les mœurs.
I. La raison ou la faculté de raisonner nous démontre , par des principes évidents,
qu'il y a une première cause de toutes choses, un Etre éternel, tout-puissant, créateur. indépendant, libre, et cependant immuable. Mais nos lumières sont trop bornées pour pouvoir concilier ensemble la liberté et l'immutabilité. Aucun des anciens philosophes n'a pu concevoir la création; tous ont admis l'éternité de la malière. L'Etre éternel est nécessairement infini; or l'infini est incompréhensible, tous ses attributs sont des mystères. Par le sentiment intérieur qui nous entraîne aussi nécessairement que l'évidence, nous sommes convaincus que nous avons une âme , qu'elle est le principe de nos actions et de nos mouvements , et il nous est impossible de concevoir comment un esprit agit sur un corps : c'est ce qui a fait naîlro le système des causes occasionnelles. Nous sommes certains , par le témoignage de nos sens, que le mouvement se communique et passe d'un corps à un autre; aucun philosophe cependant n'a pu encore expliquer comment ni pourquoi un choc produit un mouvement. Les phénomènes du magnétisme et de l'électricité , la génération régulière des êtres vivants, sont des mystères de la nature que la philosophie n'éclaircira jamais. Sur le témoignage de tous les hommes, un aveuglené ne peut se dispenser de croire qu'il y a des couleurs, des tableaux, des perspectives, des miroirs; s'il en doutait, il serait insensé : mais il lui est aussi impossible de concevoir tous ces phénomènes que de comprendre les mystères de la sainte Trinité et de l'incarnation. Il en est de môme d'un sourd à l'égard des propriétés des sons. C'est Dieu, sans doute , qui nous parle et nous instruit par notre raison, par le sentiment intérieur, par le témoignage de nos sens, par la voix unanime des attires hommes; puisque par ces divers moyens il nous révèle des mystères, nous demandons pourquoi il ne peut pas nous en enseigner d'autres par une révélation surnaturelle; pourquoi nous ne sommes pas obligés de croire ceux-ci, pendant que nous sommes forcés d'admettre ceux-là. Aucun incrédule n'a encore pris la peine de nous en donner une raison. Us disent qu'il est impossible de croire ce qui répugne à la raison, ce qui renferme contradiction, et ils prétendent que tels sont les mystères du christianisme. Nous soutenons qu'ils ne sont pas plus contradictoires que les mystères naturels dont nous venons de parler. Selon les anciens philosophes, il y a contradiction quode rien il se fasse quelque chose : selon lesmodemes, il est impossible qu'un nouvel acte ne produise aucun changement dans- J'ètre qui l'opère. Les sceptiques ont prétendu que le mouvement des corps renfermait contradiction, et les matérialistes disent encore qu'il est contradictoire qu'un esprit remue un corps. Un aveugle-né doit juger qu'il est absurde qu'une superficie p'ate produise une sensation de profondeur. Tous ces raisonneurs sont-ils bien fondés ? Pourquoi les incrédules trouvent-ils des contradictions dans nos mystères ? Parce qu'.ls les comparent à des objets auxquels ces dogmes ne
MYS
doivent pas être comparés. Si l'on se forme de la nature et de la personne divine la morne idée que nous avons de la nature et do la personne humaine, on trouvera de la contradiction a dire que trois personnes divines ne sont pas trois Dieux, de môme que trois personnes humaines sont trois hommes; et Ton conclura encore que deux natures en Jésus-Christ sont deux personnes. Mais la comparaison entre une nature infinie et une nature bornée est évidemment fausse. Lorsque nous comparons la manière d'être du corps de Jésus-Christ dans l'eucharistie, à la manière dont les autres corps existent , il nous paraît que ce corps ne peut pas se trouver dans plusieurs lieux au même moment, ni être sous les qualités sensibles du pain, sans que la substance du pain y soit aussi. Mais nous ignorons en quoi consiste la substance dos corps séparés de leurs qualités sensibles, et nous avons tort de comparer le corps sacramentel de Jésus-Christ aux autres corps. De môme, lorsqu'un athée compare la liberté de Dieu à celle do l'homme , il lui semble contradictoire que Dieu soit libre et immuable. Parce qu'un matérialiste compare la manière d'être et d'agir des esprits avec la manière d'être et d'agir des corps, il trouve qu'il y a contradiction à penser que l'âme est tout entière dans la tète et dans les pieds, et qu'elle agit également partout où elle est. Parce qu'un aveugle-né compare la sensation de la vue à celle du tact , il doit apercevoir des contradictions dans tous les phénomènes de la vision, tels qu'on les lui expose. Mais des comparaisons fausses ne sont pas des démonstrations. Encore une fois nous défions tous les incrédules d'assigner une différence essentielle entre les mystères de la religion et ceux de la nature. Tout ce qui est incomparable est nécessairement incompréhensible, parce que nous ne pouvons rien concevoir que par analogie. Comme les attributs de Dieu ne peuvent être comparés à ceux des créatures avec une justesse parfaite, ïl est impossible de croire un Dieu sans admettre des mystères. En général tout est mystère pour les ignorants ; si c'était un trait de sagesse de rejeter tout ce qu'on ne conçoit pas , personne n'aurait autant de droit qu'eux d'être incrédule. Locke pose pour maxime que nous ne pouvons donner notre acquiescement à une proposition quelconque, à moins que nous n'en comprenions les termes et la manière dont ils sont affirmés ou niés l'un de l'autre; d'où il conclut que , quand on nous propose un mystère à croire, c'est comme si l'on nous parlait dans une langue inconnue , en indien ou en chinois. Mais est-il vrai que quand on expose à un aveugle-né les phénomènes de la vision, c'est comme si on lui parlait indien ou chinois ? Lorsque Locke lui-même admet la divisibilité de la matière à l'infini, en a-t-il une idée fort claire ? «Par sa propre expérience, il devait sentir que, pour admettre ou rejeter une proposition, il suffit d'avoir des termes dont elle est composée, une notion du moins obscure et incomplète; par analogie avec d'au-
tres idées. Nous ne voyons pas toujours la liaison ou l'opposition de deux idées en ellesmêmes, mais dans un autre moyen; savoir, dans le témoignage d'aulrui : ainsi, quand on dit à un aveugle que nous voyons aussi promptement une étoile que le faite d'une mabon , il ne conçoit point la possibilité du fait en lui-même, mais seulement dans le témoignage de ceux qui ont des yeux. Par conséquent, lorsque Dieu nous révèle qu'il est un en trois personnes , nous ne voyons pas la liaison de ces deux idées en ellesmêmes, mais seulement dans le témoignage de Dieu. Si on nous le disait en chinois ou en indien, nous n'y entendrions que des sons, sans pouvoir y attacher aucune idée.
Il n'est donc pas vrai, comme le prétend un autre déiste , que la profession de foi d'un mystère soit un jargon de mots sans idées, et que nous mentions en disant notre catéchisme; un aveugle ne ment point quand il admet les phénomènes de la vision sur le témoignage uniforme de tous les hommes.
Du moins, répliquent les déistes, si les mystères de Dieu sont inconnus en eux-mêmes, ils ne le sont plus lorsque Dieu nous les a révélés ; car enfin révéler signifie dévoiler, montrer, dissiper l'obscurité d'une chose quelconque ; si la révélation ne produit pas cet effet, de quoi sert-elle? El.e sert à nous persuader qu'une chose est, sans nous apprendre comment et pourquoi elle est ; c'est ainsi que nous révélons aux aveugles les phénomènes de la lumière, desquels ils ne se douteraient pas, et que nous ne parviendrons jamais à leur faire comprendre.
IL Les incrédules pourraient paraître excusables, s'ils avaient enfin trouvé un système exempt de mystères, mais il n'est pas une seule de leurs hypothèses dans laquelle on ne soit forcé d'admettre d^s mystères plus révoltants que ceux du christianisme , et plusieurs ont eu la bonne foi d'en convenir. Lorsqu'un matérialiste a fait tous ses efforts pour expliquer par un mécanisme les dilférentes opérations de notre âme, il se trouve réduit à confesser que cela est inconcevable, que l'on ne peut pas y réussir, qu'il en est de même de la plupart des autres phénomènes de la nature ; ainsi il ne fait que substituer aux mystères de l'âme les mystères do la matière ; il résiste en même temps au sentiment intérieur et aux plus pures lumières du sens commun. Pour éviter d'à imettre la création, un athée est forcé de recourir au progrès des causes à l'infini , c'est-à-dire à une suite infinie d'effets sans première cause; à soutenir que le mouvement est l'essence de la matière, sans pouvoir dire en quoi consiste cette essence ; à supposer la nécessité de toutes choses, à prétendre que des actions quine sont pas libres sont cependant dignes de châtiment ou de récompense, etc. Y eutil jamais des mystères plus absurdes?
Les déistes ne réussissent pas mieux à les éviter. Si le Dieu qu'ils admettent n'a point de providence, de quoi sert-il ? S'il en a une, sa conduite est impénétrable. Ou il a été libre dans la distribution des biens et dos
MYS
WYS
maux, ou il ne l'a pas été ; dans le premier cas, il faut faire un acte de foi sur les raisons qui ont réglé cette distribution ; dans
le second, nous ne lui devons ni culte ni reconnaissance. Comment a-t-il permis tant d'erreurs et tant de crimes ? Comment s'est-il servi d'hommes imposteurs ou insensés pour établir la plus sainte religion qui fut jamais ? etc. Aussi les athées reprochent aux déistes qu'ils raisonnent moins conséquemment que les croyants; que, dès qu'ils admettent un Dieu et une providence, il est absurde de ne pas acquiescer à tous \esmystères du christianisme. Selon les sceptiques et les pyrrhooiens, tout est mystère, tout est impénétrable, et c'est pour cela qu'il ne faut admettre aucun système ; mais Bayle leur représente que bon gré mal gré « l'on est forcé de convenir que nous avons été précédés d'une éternité : si elle est successive, elle est combattue par des objections insurmontables; si elle n'est qu'un instant, les difficultés qu'elle entraîne sont encore plus insolubles. 11 y a donc des dogmes que les pyrrhoniens mômes doivent admettre, quoiqu'ils ne puissent résoudre les objections qui les combattent. » Réponse au Prov., c. xcvi. Or, quand on ne serait obligé d'admettre qu'un seul mystère, dès lors il est faux de soutenir qu'un homme raisonnable ne doit jamais croire ce qu'il ne peut pas comprendre.
III. L'on nous objecte que les fausses religions sont remplies de mystères; nous en convenons. Les Chinois en ont sur Foë et Poussa, les Japonais sur Xaca et Amida, les Siamois sur Sommonacodom, les Indiens sur Brama et Rudra, les Parsis sur Ormuzd et Ahriman, les mahoméians sur les miracles de Mahomet ; la mythologie des païens était un chaos de mystères , puisque, selon les philosophes, elle était allégorique. Qu'importe ? Sur tous ces prétendus mystères peuton fonder une morale aussi pure, aussi sainte, aussi digne de l'homme, que sur les mystères du christianisme ? Ceux des autres religions sont non-seulement absurdes, mais scandaleux : ils corrompent les mœurs, et on le voit par la conduite des peuples qui les professent. La foi aux mystères enseignés par Jésus-Christ a changé en mieux les mœurs des nations qui l'ont embrassée ; elle a fait pratiquer des vertus inconnues jusqu'alors. Telle est la différence sur laquelle nos anciens apologistes ont toujours insisté, et à laquelle leurs adversaires n'ont eu rien à répliquer; le fait est incontestable. Dieu a révélé des mystères dans tous les temps. Il avait enseigné aux. patriarches , la création, la chute de l'homme, la venue future d'un rédempteur, la vie à venir ; aux Juifs, le choix qu'il avait fait de la postérité d'Abraham, la conduite de sa providence envers les autres peuples, la vocation future des nations à la connaissance du vrai Dieu. Il n'est pas étonnant qu'il en ait révélé encore, de nouveaux par Jésus-Christ, lorsque le genre humain s'est trouvé en état de les recevoir. Mais ce que les incrédules ne
voient point, c'est que Dieu s'est servi de cette révélation môme pour conserver et poi r perpétuer la croyance des vérités démontrables ; aucun peuple n'a connu et retenu ces dernières, dès qu'il a fermé les yeux à la lumière surnaturelle. Où les trouve-t-on dans leur entier, que parmi les descendants des patriarches? Faute d'admettre la création, les philosophes mômes n'ont jamais pu réussir à démontrer solidement l'unité, la spiritualité, la simplicité parfaite de Dieu ; ils ont approuvé le polythéisme et l'idolâtrie, ils sont devenus absolument aveugles en fait de religion. Lorsque Jésus-Christ parut sur la terre, la philosophie, par ses disputes, avait ébranlé toutes les vérités ; elle n'avait respecté ni le dogme ni la morale, elle n'avait épargné que les erreurs. Il fallait des mystères pour lui imposer silence, et la forcer de plier sous le joug de la foi.
Si l'on retranche du symbole chrétien le mystère de la sainte Trinité, tout l'édifice de notre religion s'écroule ; la divinité de Jésus- Christ ne peut plus se soutenir ; les effusions de l'amour divin à notre égard se réduisent à rien. Ce mystère ne nous est point proposé comme un dogme de foi purement spéculatif, mais comme un objet d'admiration, d'amour, de reconnaissance. Dieu, éternellement heureux en lui -môme , a créé le monde par son Verbe éternel ; c'est par lui qu'il le conserve et le gouverne. Ce Verbe divin, consubslantiel au Père, a daigné se faire homme, se revôlir de notre chair et de nos faiblesses , habiter parmi nous, pour nous servir de maître et de modèle ; il s'est livré à la raort pour nous ; il se donne encore a nous sous la forme d'un aliment, afin de nous unir plus étroitement à lui. L'Esprit divin, amour essentiel du Père et du Fils, après avoir parlé aux hommes par les prophètes , a été envoyé pour nous éclairer et nous instruire; communiqué parles sacrements, il opère en nous par sa grâce, et préside à l'enseignement de l'Eglise. Ces idées sont non-seulement grandes et sublimes , mais affectueuses et consolantes; elles élèvent l'âme et l'attendrissent. Dieu, tout grand qu il est, s'est occupé de nous de toute éternité; tout son ôtre, pour ainsi dire , s'est approprié à nous. L'homme, quoique faible et pécheur, est toujours cher à Dieu ; par les excès de sa bonté pour nous , nous pouvons juger de la grandeur du bonheur qu'il nous destine. I! n'est pas étonnant que cette doctrine ait fait des saints. — Que l'on ne vienne plus nous demander à quoi servent les mystères ; ils n'ont pas été imaginés exprès pour nous embarrasser par leur obscuiité; ils sont inévitables. Dès que Dieu a daigné se faire connaître aux hommes, il ne pouvait leur révéler son essence , ses desseins, le plan de sa providence, sans leur apprendre des choses incompréhensibles, par conséquent *lc^ rny$ft?Yes:Nous sommes bien mieux fondés à dire : De quoi servirait la religion, sans ces augus • tes objets de croyance ? Bientôt elle serait réduite au môme point où elle fut autrefois entre les mains des philosophes ; c'est par
MYS
MYS
%Cj
les mystères que Dieu l'a miss à couvert de leurs attentats.
Ces dogmes obscurs, disent-ils, n'ont cause" que des disputes ; les hommes ont fait consister toute la religion dans la foi et dans un zèle ardent pour l'orthodoxie ; ils se sont persuadé que tout leur était permis centre les hérétiques et les mécréants. Déclamations absurdes. N'a-t-on pas disputé avant le christianisme? Les Egyptiens se battaient pour leurs animaux sacrés; les Perses brûlèrent les temples des Grecs par zèle pour le culte du feu ; l'on a vu plus d'une fois les Tartares en campagne pour venger une insulte faite à leur idole ; les Mexicains faisaient la guerre pour avoir des victimes humaines à immoler dans leurs temples. S'il y a une vérité souvent répétée dans l'Evangile, c'est que la vraie piété consiste dans les bonnes œuvres, et que la foi ne sert rie rien sans la pr itique des vertus. En reprochant aux chrétiens un faux zèle , les incrédules en affectent un qui est encore plus faux; ils ne prêchent la morale que pour détruire le dogme, pendant qu'il est prouvé que l'un ne peut subsister sans l'autre; ils veulent avoir lo privilège de ne rien croire, pour obtenir la liberté de ne pratiquer aucune vertu et de se permettre tous les vices. Voy. Dogme.
Les principaux mystères ou articles de foi du christianisme sont renfermés dans Je symbole des apôtres, dans celui du concile de Nicée répété par le concile de Trente, et dans celui qui est communément attribué à saint Athanase ; tout chrétien est obligé de s'en instruire et de les c; oire pour être sauvé. Nous appelons encore mystères les principaux événements de la vie de Jésus-Christ, que l'Eglise célèbre par des fêtes, comme son incarnation, sa nativité, sa passion, sa résurrection, etc., et ces fêtes sont un monument de la réalité des faits dont elles rappellent le souvenir. Voy. Fêtes. — Il est bon de remarquer que les Grecs nomment mystère ce que nous appelons sacrement, et c'est dans ce sens que sa'nt Paul a employé le mot de mystère, en parlant de l'union des époux (Ephes. v, 32). Voy. Mariage. Ces deux termes sont parfaitement synonymes, quoique les protestants aient souvent affecté de les distinguer ; l'un et l'autre sont également propres à désigner une cérémonie ou un signe sens ble, qui opère un effet caché et invisible dans l'âme de ceux auxquels il est appliqué. Les Syriens et les Ethiopiens ont aussi un terme équivalent pour exprimer les septs sacrements.
Dans l'Ecriture sainte , mystère signifie quelquefois une chose que l'homme ne peut pas découvrir par ses propres lumières, mais qu'il conçoit lorsque Dieu daigne la lui révéler; ainsi Daniel, c. n, v. 28 et 29, dit que Dieu révèle les mystères, c'est-à-dire les événements cachés dans l'avenir. Saint Paul (Ephes. m, 4), parlant du mystère de Jésus- Christ, ajoute : « Ce mystère est que les gentils sont héritiers et sont un même corps avec les Juifs, et ont part avec eux aux promesses de Dieu cri Jésus-Christ par l'E-
vangile. » Jusqu'alors les Juifs ne l'avaient pas compris. Mais jusqu'à quel point les nations mêmes qui ne connaissent pas l'Evangile ont-elles part à la grâce de la rédemption ? C'est un autre mystère que Dieu ne nous a las révélé; saint Paul lui-même ajoute que
es richesses de Jésus-Christ sont incompré-
îensibles (Ibid., 8). Dieu est infiniment bon, cependant il y a du mal dans le monde; Dieu veut sincèrement le salut de tous les hommes, il y a néanmoins des difficultés à vaincre dans l'ouvrage du salut ; Jésus-Christ est le Sauveur de tous, et il y a beaucoup d'hommes perdus : voilà encore des mystères, mais que l'on parvient à éclaircir jusqu'à u:i certain point, quand on n'affecte pas d'abuser des termes. Voy. Mal, Salut, Sauveur , etc. Dans le langage ordinaire des théologiens, un mystère est un dogme que D.eu nous a révélé, de la vérité duquel nous sommes par conséquent très-certains, mais que nous ne pouvons pas comprendre ; et c'est dans ce dernier sens que les mystères sont le principal objet de notre foi. Saint Paul nous l'enseigne, en disait que la foi est le fond unent des choses que l'on espère., et la conviction de ce qui ne parait point (Hebr. xi, 1). Dès les premiers siècles du christianisme, l'on a nommé saints mystères le baptême, l'eucharistie et les autres sacrements, parce que ces cérémonies ont un sens caché et produisent un effet que l'on ne voit pas. Les protestants, qui ne veulent pas avouer cet effet surnaturel, ont forgé une autre origine à ce nom de mystères; nous réfuterons leur sentiment dans l'article suivant.
Mystères du Paganisme. On appelait ainsi certaines cérémonies qui se pratiquaient secrètement dans plusieurs temples des païens ; ceux qui y étaient admis se nommaient les initiés, et on leur faisait promettre par serment qu'ils n'en révéleraient jamais le secret. On n'a pu savoir avec une entière certitude en quoi consistaient ces cérémonies, qu'après la naissance du christianisme; plusieurs de ceux qui avaient été initiés se convertirent, et ils comprirent que le serment que l'on avait exigé d'eux était absurde. Les plus fameux de ces mystères étaient ceux d'Eleusis, près d'Athènes, qui se célébraient à l'honneur de Cérès ; il y en avait ailleurs de consacrés à Bacchus : à Kome, les mystères de la bonne déesse étaient réservés aux femmes; il était défendu aut hommes d'y entrer, sous peine de mort. On prétend que cette bonne déesse était la mère de Bacchus. Plusieurs anciens ont fait beaucoup de cas des mystères. Si nous en croyons Cicéron et d'autres, les leçons que l'on y donnait ont tiré les hommes de la vie errante et sauvage, leur ont enseigné la morale et la vertu . les ont accoutumés à une vie régulière et différente de celle des animaux. Cicer. , de Legib., 1. i. Plusieurs savants modernes en ont parlé de même , on particulier Warburthon. L'on peut consulter la cinquième dissertation tirée de ses ouuages, et les suivantes.
Autan! nos philosophes modernes ont
MYS
MYS
monlré de mépris pour les mystères du cluistianisme, autant ils ont affecté d'estime pour ceux (tu paganisme. «Dans le chaos des superstitions populaires, dit l'un d'entre eux, d y eut une institution salutaire qui empocha une partie du genre humain de tomber dans l'abrutissement ; ce sont les mystères: tous les auteurs grecs et latins, qui en ont parlé, conviennent que l'unité de Dieu, l'immortalité de l'Ame, les peines et les récompenses après la mort , étaient annoncées dans cette cérémonie sacrée. On y donnait des leçons de morale ; ceux qui avaient commis des crimes les confessaient et les expiaient. On jeûnait, on se purifiait, on donnait l'aumône. Toutes les cérémonies étaient tenues secrètes sous la religion du serment, pour les rendre plus vénérables. L'appareil extérieur dont les mystères étaient revêtus, les préparations et les épreuves dont ils étaient précédés, servaient à en rendre les leçons plus frappantes, et à les graver plus profondément dans la mémoire. Si dans la suite des siècles ils furent altérés et corrompus , leur institution primitive n'était ni moins utile ni moins louable. »
A toutes ces belles choses il ne manque que la vérité (1). M. Leland, dans sa Nouvelle Démonstration e'vangélique, t. Iî, chap. 1, après avoir examiné tout ce que Warburthon et d'autres ont dit à la louange des mystères du paganisme , soutient qu'il est faux que l'on y ait enseigné l'unité de Dieu, que l'on ait détourné les initiés du polythéisme, que l'on y ait donné de bonnes leçons de morale, et que cette cérémonie ait pu contribuer en aucune manière à épurer les mœurs ; et il le prouve ainsi : 1° S'il était vrai que l'on y eût enseigné des vérités si utiles, c'aurait été encore une absurdité et une injustice de les cacher sous le secret inviolable que l'on exigeait des initiés ; pourquoi cicher au commun des hommes des connaissances dont tous avaient également besoin? Cette conduite ne servirait qu'à démontrer qu'il était alors impossible de détromper le peuple des erreurs et des superstitions dans lesquelles il était plongé; que, pour opérer ce prodige , il a fallu la for :e divine de la doctrine d^ Jésus-Christ. Comment excuser l'inconséquence de la conduite des magistrats, des prêtres, des philosophes, qui, d'un côté, protégeaient les mystères, de l'autre soutenaient l'idolâtrie de tout leurpouvoir? — 2" Qui ont été les plus ardents défenseurs des mystères ? Les philosophes du ive siècle, Apulée, Jamblique, Hiôroclès, Proclus , etc. Ils voulaient s'en servir pour soutenir l'idolâtrie chancelante, pour atf i blir l'impression que faisait sur les esprits la morale pure et sublime de l'Evangile : non - seulement leur témoignage est donc fort suspect , mais , au rapport ne saint Augustin, Porphyre, moins entêté qu'eux, convenait qu'il n'avait trouvé dans les mystères
(1)11 y a ou un certain nombre <!e vérités premières reconnues par les païens, mais elles étaient Obscurcies par l'erreur. Yo>j. Okiglnel (péché), Révélai u».
aucun moyen efficace pour purifier l'Ame , de Civit. Dei, 1. x, c. 32. Celse, plus ancien, dit à la vérité que l'immortalité de l'âme était enseignée dans les mystères ; mais elle était enseignée partout, même dans les fables touchant les enfers. Celse n'ajoute point que l'on y professait aussi l'unité de Dieu , l'absurdité de l'idolâtrie, et que l'on y donnait des leçons de morale. Ong. contre Celse, 1. vm, n. 48 et 49. Longtemps avant lui , Socrate témoigna qu'il faisait fort peu de cas des mystères, puisqu'il refusa constamment de s'y faire initier; aurait-il agi ainsi, si c'avait été une leçon de morale?— 3° Malgré le secret si étroitement commandé dans les mystères, ils ont été dévoilés. Warburthon prouve , d'une manière trèsvraisemblable, que la descente d'Enée aux enfers, peinte par Virgile dans le sixième livre de l'Enéide, n'est autre chose que l'initiation de son héros aux mystères d Eleusis et un tableau de ce que l'on faisait voir aux initiés. Or , qu'y trouvons-nous ? Une peinture des enfers , le dogme de la transmigration des âmes, et la doctrine des stoïciens sur l'âme du monde. Cette doctrine , loin d'établir l'unité de Dieu , confirme au contraire le polythéisme et l'idolâtrie. C'est sur ce fondement que le stoïcien Balbus les soutient dans le second livre de Cicéron sur la Nature des dieux ; il donne ainsi au paganisme une base philosophique. Etaitce là le moyen d'en détourner les initiés ? — k" Les mystères ont été encore mieux connus par la description qu'en ont faite les Pères de l'Eglise. Saint Clément d'Alexandrie, Cohort. ad Gentes, c. 2, p. 11 et suiv., Saint Justin , Tatien, Athénagore , Arnobe, n'y ont vu qu'un assemblage d'absurdités , d'obscénités et d'impiétés. S'il y avait eu des leçons capables de prouver l'unité de Dieu et d'inspirer l'amour de la vertu, ces saints docteurs, qui ont recherché avec tant de soin dans les auleuis païens tout ce qui pouvait servir à détromper le peuple , auraient tiré sans doute avantage des myslè~ res pour attaquer l'erreur générale ; au cont aire, ils ont assuré tous que cette cérémonie ne pouvait servir qu'à la confirmer.
Un auteur moderne nous apprend que les mystères étaient devenus une branche de finances pour la république d'Athènes, et qu'il en coùloit fort c ter pour être initié, ltechereh.es philos, sur les Egyptiens et sur les Chinois, t. il, sect. 7, p. 152; Recherches philos, sur les Grecs, 111e part., sect. 8, § 5 ; il ajoute que quiconq 1e voulait payer les mystagogues et les hiérophantes y était admis sans autre éprouv.- ; il cite Apulée, Alétam., 1. xi. Cette nouvelle circonstance n'est | as propre à inspirer beaucoup de res pect pour la cérémonie. — On dira sans doute que dans les derniers siècles les mystères du paganisme avaient dégénéré ; mais si, dans leur origine, ils avaient été aussi innocents et aussi utiles qu'on le prétend, il ser.nt itnpooiihle qu'on les eût portés dans la suite au point de corruplion où ils étaient lorsque les Pères de l'Eglise les ont mis au grand
MYS
MYS
jour. Plus vainement encore on prétendra que ces Pères en ont exagéré l'indécence en haine du paganisme. Auraient-ils osé s'exposer à être convaincus de faux parles initiés? Plusieurs auteurs profanes en ont parlé à peu près comme eux: ; et aucun de ceux qui ont écrit contre le christianisme n'a osé les contredire. C'est donc très-mal à propos que nos philosophes incrédules nous ont vanté les excellentes leçons que Ton donnait aux hommes dans les mystères, et ont forgé à ce sujet des fables pour en imposer aux ignorants. Plusieurs critiques protestants cités par Mosheim, Ilist. christ , saec. ir, § 36, p. 319, et Hist. ccclcsiast., deuxième siècle, W part., ch. 4, § 5, ont eu une imagination encore plus bizarre, en supposant que les chrétiens du nc siècle ont imité les mystresda paganisme. Le profond respect, disent-ils, que l'on avait pour ces mystères, la sainteté extraordinaire qu'on leur attribuait, furent pour les chrétiens un motif de donner un air mystérieux à leur religion, pour qu'elle ne cédât point en dignité a. celle des païens. Pour cet effet, ils donnèrent le nom de mystères aux institutions de l'Evangile, particulièrement à l'Eucharistie. Ils employèrent, dans cettecérémonie et dans celle du baptême, plusieurs termes et plusieurs rites usités dans les mystères des païens. De là est encore venu le mot de symbole. Cet abus commença dans l'Orient, surtout en Egypte ; Clément d'Alexan 1 ri e fut un de ceux qui y contribuèrent le plus, et les chrétiens de l'occident l'adoptèrent, lorsqu'Adrien eut introduit les mystères dans cette partie de l'empire; de là vint qu'une très-grande partie du service de l'Eglise fut très-peu ditférente de celui du paganisme.
Il n'y a que le désespoir systématique qui ait pu suggérer aux protestants cette calomnie. 1" C'est une impiété de supposer qu'au n' siècle, immédiatement après la mort du dernier des apôtres, lorsque le christianisme n'était pas encore bien établi, Jésus-Christ, contre la foi de ses promesses, a délaissé son Eglise au point de la laisser tomber dans les superstitions du paganisme, pour y persévérer [tendant quinze siècles consécutifs. Alors ce divin Sauveur conservait encore dans son Eglise le don des miracles, et l'on veut nous persuader qu'il n'a pas daigné veiller sur la pureté du culte, non plus que sur l'intégrité de la foi. 11 a donc fait des miracles pour établir, chez des nations qui étaient encoreoujuives ou païennes, un christianisme déjà corrompu. Comment des écrivains , qui d'ailleurs paraissent judicieux, ont-ils pu enfanter une idée aussi anti-chrétienne, et livrer ainsi la religion de Jésus- Christ à la dérision des incrédules?— 2°C'est une absurdité de penser que les mêmes pasteurs de l'Eglise, qui tournaient en ridicule, dans leurs écrits, les mystères des païens, qui en dévoilaient le secret, qui en faisaient sentir l'indécence et la turpitude, les ont cependant pris pour modèles, les ont imités en plusieurs choses, et ont cru que cette initia-
lion donnerait {dus de relief au christianisme. N ms verrons dans un moment comment Clément d'Alexandrie en a parlé. 3° L'hypothèse des protestants modernes est directement contraire à celle (pue soutenaient les premiers prédicants de la réforme ; ceux-ci prétendaient que les pratiques qui leur déplaisaient dans le culte des catholiques étaient de nouvelles inventions, des abus qui s'y étaient glissés pendant les siècles d'ignorance : voici leurs successeurs qui en ont découvert l'origine au ue siècle. Qu'ils remontent seulement à cinquante ans plus haut, ils la trouveront chez les apôtres. D'un côté les anglicans sont persuadés que le culte des chrétiens a été pur au moins pendant les quatre .premiers siècles, et ils croient l'avoir rétabli chez eux dans le môme état : de l'autre, les luthériens et les calvinistes veulent que le culte ait déjà été corrompu au ne siècle, mélangé de judaïsme et de paganisme. Pour des hommes qui se croient tous fort éclairés, ils s'accordent bien mal. — h° Le nom de mystères, que les Pères du ne siècle ont donné à l'eucharistie et aux autres sa crements, est fondé sur une raison beaucoup plus simple, mais les protestants ne veulent pas la voir; c'est que les Pères ont entendu par là que ces cérémonies extérieures ont un sens caché, et opèrent un effet invisible dans l'âme de ceux qui y participent. Ainsi, le baptême ou l'action de verser de l'eau sur un enfant efface dans son âme la tache du péché originel, lui donne la grâce de l'adoption divine, lui imprime un caractère ineffaçable. L'Eucharistie ou l'action de prononcer des paroles sur du pain et du vin, et de les distribuer aux assistants, opère le changement substantiel de ces aliments, et en fait le cor, s et le sang de Jésus-Christ, etc. 11 en est de môme des autres sacrements, et tel est le sens dans lequel saint Paul, parlant du mariage, a dit que c'est un grand mystère en Jésus-Christ et dans l'Eglise- (Èplies. v, 32). — 5° Nous convenons que, dans les premiers siècles, ces cérémonies ont été tenues secrètes, qu'on les a dérobées soigneusement aux yeux des païens, qu'elles ont encore été mystérieuses à cet égard : on ne les découvrait pas même aux catéchumènes ; mais c'est par une raison toute différente de celle que les protestants ont rêvée. On ne voulait pas exposer ces cérémonies saintes à la dérision et à la profanation des païens. Lorsque Dioclétien eut ordonné de rechercher et de brûler les saintes Ecritures et les livres des chrétiens, on les cacha soigneusement. Si les païens avaient trouvé dans les églises ou dans les lieux d'assemblée des chrétiens, quelques objets de culte ou quelques indices de cérémonies, ils en auraient fait le même usage que des livres. Puisque l'on était obligé de se cacher pour pratiquer ce culte, il ne pouvait manquer de paraître mystérieux. Une preuve que telle est la raison delà conduite des pasteurs, c'est qu'ils ne refusèrent pas d'expos r aux empereurs et aux magistrats le culte des chrétiens, lorsque cela fut nécessaire
MYS
MIS
pour en démontrer l'innocence et la sainteté. Ainsi les diaconesses, que Pline lit tourmenter [mur savoir ce qui se passait dans les assemblées chrétiennes, le lui dirent avec sincérité, et saint Justin tit de môme dans ses apologies du christianisme adressées aux empereurs. Une seconde preuve, c'est qu'au ive siècle, lorsque les persécutions lurent passées et le paganisme à peu près détruit, l'on mit par écrit les liturgies, qui jusqu'alors n'avaient été conservées que par une tradition secrète. Voyez Traité hist. et dogm. sur les paroles ou les formes des sacrements, par le Père .Merlin , jésuite, Paris, 17'i5. — 6" Les protestants ont encore plus mauvaise grâce d'ajouter que les chrétiens du iie siècle étaient des juifs et des païens, accoutumés dès l'enfance h des cérémonies superstitieuses et inutiles ; qu'il leur était difficile de se défaire des préjugés qu'ils avaient contractés par l'éducation et par une longue habitude ; qu'il aurait fallu un miracle continuel pour empocher qu'il ne s'introduisit des pratiques superstitieuses dans la religion chrétienne. S'il a fallu un miracle, nous soutenons qu'il a été opéré, et ce n*était a,irès tout qu'une suite du miracle de la conversion des juifs et des païens. Les apôtres avaient prémuni les fidèles contre les rites judaïques au concile de Jérusalem (Act. xiv, 28) ; et saint Paul, contre les superstitions païennes (Coloss. n, 18), et ailleurs. Les Pères du i" et du nc siècle ont écrit contre l'entêtement des ébionites, toujours attachés aux lois juives, et contre l'impiété des gnostiques, qui voulaient introduire les erreurs des païens. Contre ces preuves positives, les vaines conjectui es des protestants n'ont pas la moindre vraisemblance.— 7° Pour prouver qu'au ne siècle les chrétiens d'Egypte ont commis la faute dont on lcsaccuse,il faut expliquer par quelle voie la même contagion a pénétré dans la Syrie, dans l'Asie Mineure, dans la Grèce, dans l'illyrie, a Home et dans les autres contrées où les apôtres avaient fondé des Eglises avant ce temps-là ; il faut désigner le missionnaire égyptien qui est venu infecter d'un vernis de paganisme les autres sociétés chrétiennes, et le patriarche d'Alexandrie sous lequel est arrivée cette révolution. Jl faut dire comment elle s'est faite sans réclamation dans une Eglise si sujette aux disputes, aux dissensions, aux schismes en fait de doctrine. Puisque l'on ne nous allègue aucun fait positif ni aucune preuve, nous sommes en droit de supposer que les fidèles, instruits par saint Pierre, par saint Paid et par d'autres apôtres, ont été assez attachés à leurs leçons pour ne pas adopter sans examen une fantaisie bizarre des docteurs égyptiens. — 8" Saint Clément d'Alexandrie, loin d'y avoir aucune part, est celui de tous les Pères qui a dévoilé le plus exactement les indécences, les turpitudes, les absurdités des mystères du paganisme. Dans son Exhortation aux Gentils, il parcourt ces mystères les uns après les autres ; il démontre que dans tous l'infamie et la démence étaient
égales, que les symboles dont on y faisait usage n'étaient (pie des puérilités ou d< s obscénités. Telles étaient, dans les mystères de Cérès, des corbeilles, du blé d'Inde, des pelotons, des gâteaux, etc., et des paroles qui n'avaient aucun sens. Le moyen derendro méprisables les rites du christianisme aurait donc été d'y introduire quelque chose de semblable aux mystères des païens.
C'est cependant, disent nos adversaires, ce qu'a fait Clément d'Alexandrie; dans lo même ouvrage, c. 12, il dit à un païen : « Venez, je vous montrerai les mystères du Verbe, et je vous les exposerai sous la figure des vôtres. C'est ici qu'il y a une montagne agréable à Dieu, couverte d'un ombrage céleste. Les bacchantes sont des vierges pures, qui y célèbrent les orgies du Verbe divin, qui y chantent des hymnes au roi do l'univers, qui y dansent avec les justes, et
y font leurs courses sacrées O les saints
mystères 1 J'y vois Dieu et le ciel , je suis saint par cette initiation, le Seigneur en est lo hiérophante : voilà mes mystères et mes bacchanales. »
Mais, pour argumenter sur cette allégorie, il faudrait faire voir, 1° que d'autres auteurs chrétiens s'en sont servis et l'ont répétée. Encore unefois, dans l'Ecriture sainte, mystère signifie uno chose, une parole ou une action qui a un sens caché ; chez les écrivains ecclésiastiques , symbole a souvent le même sens. Loisque Jésus-Christ toucha do sa salive la langue d'un sourd et muet, qu'il mit de la boue sur les yeux de l'aveuglc-né, qu'il souilla sur sesapôtres pour leur donner le Saint-Esprit, qu'il le lit descendre sur eux en forme de langues de feu, peut-on nier que tout cela n'ait été symbolique et mystérieux ? Nous soutenons qu'il en est de même du baptême, de l'eucharistie et de nos autres sacrements, puisqu ils désignent et produisent un eti'et que l'on ne voit pas. 2° Il faudrait montrer dans notre culte les montagnes, les ombrages, les courses, les danses des bacchanales, ou quelques-uns des symboles usités dans les mystères de Cérès. 3° Il faudrait prouver qu'il y avait, dans ces mystères profanes, des rites semblables à ceux du baptême ou de nos autres sacrements ; nous en délions nos adversaires. Le signede la cioix, symbole si commun et si respectable chez les chrétiens, aurait fait horreur aux païens.
C est donc une obstination malicieuse de la part des protestants, de nous reprocher sans cesse que notre culte est un reste de paganisme; c'en est plutôt un chez eux de dire qu'avant le baptême les catéchumènes étaient exercés, ou plutôt tourmentés par la ligueur et la multitude des épreuves que l'on exigeait d'eux, comme de ceux qui voulaient être initiés aux mystères : cela marque le peu de cas qu'ils font du baptême. Où sont les épreuves que l'on faisait subira ceux qui se faisaient initier pour de l'argent ? Si les protestants attribuaient véritablement au baptême et à l'eucharistie des effets spirituels, lis seraient forcés, comme nous, de les ap-
s:r> mys
peler des symboles, dos mystères ou des sacrements. Le style différent que !a plupart ont adopté nous donne lieu de douter de leur foi.
* MYSTICISME. Le mysticisme est une des parties les plus importâmes de la théologie. Nous eu avons donné une notion suffisante dans notre Dictionnaire de Théologie morale, t. II (Met ire de la Théologie). Nous nous contentons d'y renvoyer.
MYSTIQUE. Sens mystique de l'Ecriture sainte. Voy. Allégorie, Figurisme, etc.
Mystique (théologie). Voy. Théologie.
* MYTHE. Nous laissons aux philologues à discourir sur le sens étymologique de celle expression. La signification attribuée aujourd'hui à ce mot est un discours qui allégorise un fait, une doctrine, on qu» enveloppe le fait de circonstances fabuleuses. Donnons un exemple de chacune de ces espaces «le mythe. S'il y a quelque chose de certain au monde, c est l'existence du mal moral. Pour le rendre sensible aux yeux du peuple, Moïse aura raconté la tentation d'Eve, la chute d'Adam, etc. Mais ces faits n'ont jamais existé, ils ont été inventés pour communiquer une doctrine. Ici, il n'y a rien de réel ; il y a, au contraire, des faits réels et positifs, que l'historien a environnés de circonstances fabuleuses, alin de les rendre plus respectables aux yeux de la multitude. Moïse saisit le moment du reflux pour côtoyer l'extrémité de la mer Rouge. Le flux contraignant les Egyptiens à prendre un long détour, ils abandonnent la poursuite des Israélites. Le chef des Hébreux célèbre avec magnificence la délivrance de son peuple, et le fait naturel et ordinaire prend les proportions d'un prodige. Voilà deux sories de mythes. On voit donc <|ue le mythe est une vérité doctrinale ou un l'ait enveloppé de circonstances fabuleuses. 11 est évident qu'on ne pe.it déduire aucun fait, aucune doctrine d'un ouvrage mythique qu'autant qu'on aura un moyen certain de distinguer le vrai du faux. Mais où trouver ce moyen? Dans les règles ordinaires du langage? mais ces règles ne sont pas celles du mythe. Dans l'intention de l'auteur? mais comment la connaître s'il ne l'a pas exprimée lui-même? En appellera-t-on au bon sens? mais telle circonstance qui parait à l'un dans l'ordre des convenances historiques, parais, à l'autre une création imaginaire. Tel lait est vrai selon celui-ci, c'esl une allégorie selon celui-là. L'un d'eux se trompe. Lequel? 11 est impossible de l'affirmer; car l'auteur ayant enveloppé sa pensée sous des faits inventés, sous des circonstances fabuleuses, et n'ayant donné aucune règle pour discerner ce qui est vrai de ses créations imaginaires, il s'ensuit qu'un livre mythique ne peut par lui-même établir ni un fait ni une doctrine. Aussi les inductions que nous tirons de la mythologie païenne ne sont déduites d'aucun auteur mythique, mais de ce qu'une même vérité se trouve dans la mythologie de tous les peuples ; d'où nous concluons que telle doctrine ou tel fait doit avoir un fondement réel. Il y a à peine quelques propositions générales déduites ainsi de la mythologie ou delà croyance générale des peuples. Il faut donc conclure que la mythologie considérée en elle-même ne peut rien foncier.
Les exêyètes allemands et surtout Strauss ont prétendu que nos livres saints sont purement mythiques. C'esl par là même détruire toute la religion chrétienne; cela est évident d'après la nature du mythe. Nous avons combattu leurs systèmes aux mois Exégèse, Heuméneutique sacrée, Pentatedque, Strauss. Pour ne pas rentrer dans une discussion épuisée, nous finissons cet article par deux citations, Tune de Joint, concernant l'Ancien Testament, et l'autre de M. Cauviguy sur le mythisme en gênerai et concernant le Nouveau Testament.
c 1° La raison principale sur laquelle se fondent les partisans de l'interprétation mythique de l'Ancien
mys
Testament se trouve déjà dans les idées de Varron. Il dit en effet que les âges du monde peuvent se diviser en temps obscurs, temps mythiques et temps historiques. Chez tous les peuples, l'histoire est d'abord obscure el incertaine, ensuite mythique ou allé gorique, el enfin positivement historique. Et pourquoi, s'est-on demandé, si ce fait existe partout n'aurait-il pas existé chez les Hébreux? [.es témoins qui peuvent le mieux nous fixer sur la légitimité dâ l'interprétation mythique de la Bible sont sans doute les premiers chrétiens, qui eux-mêmes commencèrent par être païens, et parmi lesquels se trouvaient des hommes savants et des philosophes Or, ils ne purent ignorer le principe de Varron. Ils connaissaient la mythologie des Egyptien», des Grecs, des Romains, des Persans, mieux sans doute que nous ne la connaissons aujourd'hui. Des leur jeunesse, lejs nouveaux convertis avaient pu se familiariser avec ces produits de l'imagination religieuse; ils les avaient longtemps honorés ; ils avaient pu étudier et pu découvrir toutes les subtilités d'interprétation à l'aide desquelles on avait cherché à soutenir le crédit de ces monuments. Ensuite, lorsque les nouveaux convertis commencèrent à lire la Bible, n'es'il pas probable qu'ils auraient aussitôt reconnu et démêlé les mythes, s'il en avait existé? Cependant, ils ne virent dans la Bible qu'une histoire puie et simple. Il faut donc, selon l'opinion compétente de ces juges antiques, qu'il y ait une grande différence entre le monde mythique des peuples païens et le genre de la Bible. — 2" H a pu arriver, il est vrai, que ces premiers chrétiens, peu versés dans la haute critique, peu capables aussi de l'appliquer, et d'un autre côté accoutumés aux mythes païens, fussent peu frappés des mythes de la Bible. Mais n'est-il pas constant que, plus on est familiarisé avec une clio e, et plus vile on la reconnaît, même dans les circonstances dissemblables pour la formé ? Si donc les histoires hebraï ;ucs sont des mythes, comment ies premiers chrétiens n'ont-ils pu les découvrir, e:, s'ils ne l'ont pu, n'est-ce pas une preuve que ces m\ lues étaient tellement imperceptibles que ce n'a ele qu'après dix-huit siècles qu'on a pu les signaler? — 5" Si l'on veut appliquer a la Bible le principe de Varron, on n'y trouve pas ces temps obscurs et incertains qui durent précéder l'apparition des mythes : les annales hébraïques ne les supposent jamais. "Ainsi, les annales des Hébreux différent essentiellement de celles de tous les autres peuples, sous le rapport de l'origine des choses. D'un autre côté, les plus anciennes légendes de» autres nations débutent par le polythéisme : non-seulement elles patient d'ail. ances entre les dieux et les mortels, mais elles nous racontenî les dépravations et les adultères célestes; elles décrivent des guerres entre les dieux; elles divinisent le soleil, la lune, les étoiles, admettent une foule de demi-dieux, des génies, des démons, et accordent l'apothéose à tout inventeur d'un art utile. Si elles nous montrent une chronologie, elle est ou presque nulle, ou bien gigantesque ; leur géographie ne nous offre qu'un champ peuplé de chimères ; elles nous présentent toutes choses comme ayant subi les plus étranges transformations, el elles s'abandonnent ainsi sans frein el sans mesure à lous les élans de rimagi:i;.tion la plus extravagante : il en est tout autrement dans les récils bibliques. La Bible commence, au contraire, par déclarer qu'il est un Dieu créateur dont la puissance est irrésistible : Il veut, et à l'instant toutes choses sont. Nous ne trouvons, dans le monument divin, ni l'idée de ce chaos chimérique des autres peuples, ni une matière rebelle, ni un Ahriman, génie du mal. Ici le solcd, la lune, les étoiles, loin u'èu-e des dieux, sont simplement à l'usage de l'homme, lui prodiguent la clarté et lui servent de mesure du leuips. Toutes les grandes inventions sont faites par des homme* qui restent toujours hommes. La chronologie procède par séries