‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 122 sur 228 · V.YO · texte numérisé non relu

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naturelles, cl la géographie ne s'élance pas ridiculenieni au delà des bornes de la terre. Ou ne voit ii transformation, ni métamorphose, rien enfin de ce qui, dans les livres des plus anciens peuples profanes, nous montre si clairement la trace de l'imagination et du mythe. Or, celte connaissance du Créateur, sans mélange de superstition, chose la plus remarquable dans des documents aussi antiques, ne peut venir que i\\im% révélation divine. En effet, celte assertion de tant de livres modernes : que la connaissance du vrai Dieu finit par sortir du milieu même du polythéisme, est contredite par toute l'histoire profane et sacrée. Les philosophes eux-mêmes avancèrent si peu la connaissance du Dieu unique, que, lorsque les disciples de Jésus -Christ annoncèrent le vrai Dieu, ils soutinrent contre eux le polythéisme. Mais, quelle (pie soil l'origine de celte idée «le Dieu dans la Bible, il est certain qu'elle s'y trouve si sublime, si pure, que les idées des philosophes grecs les plus éclairés, qui admettaient une nature générale, une âme du monde, lui sont bien inférieures. Il est vrai que celte connaissance de Dieu n'est pas parfaite, bien qu'elle soit exacte ; mais cette circonstance même prouve qu'elle fut admirablement adaptée à l'état de l'homme dans un temps aussi reculé; celle imperfection et le langage ligure, mais si clair et si simple de la Bible, démontrent que ni Moïse, ni personne depuis lui, n'a inventé ce livre pour lui attribuer ensuite une antiquité qu'il n'aurait pas eue réellement. Cet c connaissance si remarquable de Dieu a dû cire conservée dans sa pureté depuis la plus haute antiquité, ou plutôt chez quelques familles depuis l'origine des choses, et l'auteur du premier livre de la Bible a ci pour dessein, en récrivant, d'opposer quelque chose de certain et de fondamental aux fictions el aux conceptions des autres peuples dans des temps moins anciens. Quelle nation, en effet, a conserve un seul rayon de la grande vérité que proclame le premier livre de la Genèse ?

< Cbez presque tous les peuples, la mythologie s'est développée dans la nuit des temps, lorsque l'imagination ne redoutait pas les laits, et elle s'est éteinte dès que l'histoire a commencé. Les anciens monuments des Hébreux, au contraire, sont moins remplis de choses prodigieuses dans les temps antiques que dans les temps modernes. Si l'écrivain qui recueillit la tradition des faits avait eu pour but de nous donner un amas d • légendes douteuses, de fictions, de mythes, il les aurait placés surtout dans les temps antiques : il ne se serait pas exposé à être contredit, en les plaçant à une époque plus moderne où l'histoire positive aurait mille moyens de les combattre et île les détruire. Ainsi l'absence de prodiges dans les premiers récils de son histoire et le peu de détails qu'elle présente n'ont pu venir que du soin scrupuleux qu'il mit à rejeter tout ce qui lui parul douteux, exagéré, extravagant et indigne d'être relaté : il a peu raconté, parce que ce qui lui a paru tout a fait véritable se bornait à ce qu'il raconte. Bien de plus imposant à signaler dans la Bible que le peu de prodiges très-anliques, el l'abondance des prodiges plus modernes : c'est le contraire qui arrive chez les autres peuples. Dans la Bible, il existe même des périodes où l'on ne trouve aucun miracle, et d'autres où ils éclatent à chaque pas. Or, ces périodes plus particulièrement miraculeuses, le siècle d'Abraham, de Moïse, des rois idolâtres, de Jésus, des apôtres, sont toujours celles où il était nécessaire qu'un lel spectacle d'intervention divine confirmât la propagation de l'idée religieuse nouvelle. Les miracles de l'Ecriture ont donc constamment un but grand et louable, l'amélioration du genre humain, et ne dérogent nullement à la majesté de Dieu. Qu'on les compare avec les imjiles et les légendes des autres peupies, el on ne confondra certainement pas îles enoses aussi distinctes. Mais comment peut-on concevoir

que ces documents de l'histoire primitive aient pu se conserver sans altération jusqu'au temps où ils

furent rassemblés par Moïse? îYont-ils pu élre grossis des additions de l'imagination poétique ? Cela u'estil pas arrivé pour les traditions des autres peuples ? La réponse consiste à dire qu'il est très-vraisemblable que les traditions bibliques, qui ont fait exception quanta leur supériorité évidente sur les autres, oui aussi fait exception quant à leur mode de transmission. Leur petite étendue rendait précisément leur conservation plus facile et plus concevable : elles furent sans doute écrites à une époque où les traditions des autres peuples n'avaient pas encore été rédigées. Leur forme écrite, leur langage simple, leurs notions précises et élémentaires, tout cela en elles esl si frappant que, si l'historien qui les rassembla eût essayé de les interpoler, il se fût indubitablement trahi de deux manières; par ses idées plus modernes el par son langage plus profond et plus recherché. >

< II est impossible à quiconque suit, la marche des idées, dit M. Cauvigny, de ne pas reconnaître dans la marche du rationalisme moderne, surtout eu Allemagne, une tactique diamétralement opposée à celle du siècle dernier. Le voltairianisme, alors, empruntait ses arguments à Celse, à Porphyre, à l'empereur Julien; l'allure de l'impiété était toute païenne. Sou grand élément de succès c'était, tout en reconnaissant l'authenticité des livres saints, de vilipender leurs auteurs, de les faire poser sous une forme grotesque, et, afin d'attirer les rieurs de son côté, de leur prodiguer maintes plaisanteries bouffonnes. La partie miraculeuse de ces livres ne révélait a ses yeux que la fraude des uns et l'aveuglerne; t des autres; ce n'étaient partout qu'imputations d'artifice et de do!, d'imposture et de charlatanisme. Qui n'a p is entendu parler de la ïm, ersiilion chrisl cuie dis douze faquins q i volèie l, pur des tours de pas e-passe, la croyance du qenr: humain ? Or, ce cynisme effronté, cette impiété brutale, qui marchent lele levée, sans circonlocution, sans déguisement, tout cela n'est plus de ton ni de mode; tout cela ne peut plus avoir cours dans notre siècle. 11 faut, surtout pour la nébuleuse Allemagne, des systèmes philosophiques aux formes plus polies et plus gracieuses, plus en harmonie avec son caractère, des systèmes appuyés sur l'imagination, sur la poésie, sur la spiritualité. L'incrédulité du xvme siècle n'est pas faite pour elle et ne va pas naturellement à son génie. Toutefois, si le rationalisme moderne n'a pas suivi, notamment au delà du Rhin, dans la critique de nos livres saints, la route qui lui avait été tracée, ce n'est pas qu'il se soit rapproché de nos croyances, el, comme certains esprits ont pu le croire d'abord, lorsque la philosophie de Kant et de Goethe remplaça dans le monde celle de Voltaire, qu'il ait relevé les ruines amoncelées par l'impiété. Loin de là, sa critique souvent est plus meurtrière et plus hardie. Les exégèles d'outre-Rhin ne manquent pas de dire à qui veut les entendre : « Je suis chrétien. > Mais, de bonne foi, qui sera dupe de l'embûche? Qui se laissera prendre à cette réconciliation hypocrite, plâtrée ? Comment ne pas s'apercevoir de primeabord que, si le rationalisme accepte nos croyances, c'est pour les encadrer d ins ses mille erreurs, les soumettre à un travail d'assimilation, les absorber dans son sein, les convertir en sa propre substance? A voir l'audace avec laquelle il envahit notre foi, n'esl-il pas évident qu'il la regarde comme une portion légitime de son héritage? Il est vrai, il ne s'acharne plus à la combattre, a la nier; il fait pis . il la traite comme une province conquise, avec une affectation insultante de débonnaireté el de clémence, il la protège même, mais c'est afin de s'emparer de nos dogmes pour les transformer en théorèmes. Or, celte réconciliation hypocrite n'est-elle pas celle de Néron quand il disait : « J'embrasse mon rival, niais

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c'est pour l'étouffer. » Quoi que dise la philosophie, quoi qu'elle lasse, sa tendance est donc toujours la même. La vérité est qu'elle se borne à changer les armes émoussées du siècle dernier, afin de porter la lutte sur un autre terrain, et, si elle semble marcher par des voies différentes, c'est toujours pour aller se réunir à lui sur les ruines de la même croyance. Grâce à Dieu, nous voyons très-bien où tendent les belles paroles des éclectiques et des panthéistes ; des incrédules eux-mêmes nous en avertissent : — « Le Christ, a dit M. Ed. Quinet, le Christ, sur le calvaire de la théologie moderne, endure aujourd'hui une tassion plus cruelle que la passion du Golgolha. Ni es Pharisiens, ni les Scribes de Jérusalem, ne lui ont présenté une boisson plus amère que celle que lui versent abondamment les docteurs de nos jours. Chacun l'attire à soi par la violence; chacun veut le receler dans son système comme dans un sépulcre

blanchi («) » — a La métaphysique de Hegel,

de plus en plus maîtresse du siècle, est celle qui s'esl le plus vantée de cette conformité absolue de doctrine avec la religion positive. A la croire, elle n'était rien que le catéchisme transfiguré, l'identité même de la science et de la révélation, ou plutôt la Bible de l'absolu. Comme elle se donnait pour le dernier mot de la raison, il était naturel qu'elle regardât le christianisme comme la dernière 'expression de la foi. Après des explications si franches, si claires, si satisfaisantes, qu'a-t-on trouvé en allant au fond de celte orthodoxie? Une tradition sans évangile, un dogme sans immortalité, un chrisiianisme sans Christ. En effet, nos livres saints sont le fondement de nos croyances, la pierre placée à l'angle de l'édifice pour en assurer la solidité ; si vous réussisse/- à 1\ branler, l'édifice devra nécessairement s'écrouler. Or, n'est-ce pas vers ce but que tendent tous les efforts de l'Allemagne rationaliste? Que sont devenues nos saintes Ecritures pour les exégètes? Une suite d'allégories morales, de fragments ou de rapsodies de l'éternelle épopée, des symboles, des fictions sans corps, une série incohérente de poèmes libres et de mythes. Examinons la nature de cette théorie et ses preuves.

« Remarquons d'abord qu'elle a pris naissance au sein des écoles panlhéistiques, et que son point de départ n'est rien moins que rationnel. Comment, en effet, procèdent les symbolistes? Un beau jour, ils se sont avisés de transformer en fait une de ces mille hypothèses qui naissent dans leur cerveau comme les champignons après un orage, et, qui plus est, de nous les donner sérieusement comme une loi de l'esprit humain. A les entendre, le premier développement de l'intelligence dans sa simplicité, dans son énergie native, est essentiellement mythique. Allez au fond de toutes les religions, de toutes les histoires les plus anciennes, les mythes vous apparaîtront comme formant leur base, leur essence. Or, ces mythes, ce ne sont pas des fables, des fictions sans objet et sans corps, des impostures préméditées, mais bien la reproduction d'un fait ou d'une pensée que le génie, le langage symbolique, l'imagination de l'antiquité, ont dû nécessairement teindre de leurs couleurs. Ils pénétrèrent dans le domaine de l'histoire et de la philosophie; de là des mythes historiques et philosophiques. Les premiers sont des récits d'événements réels, propres à faire connaître la tendance de l'opinion antique, à rapprocher, à confondre le divin avec l'humain, le naturel avec le surnaturel; les seconds sont la traduction toujours altérée d'une pensée, d'une spéculation, d'une idée contemporaines qui leur avaient servi de thème primitif. Au reste, quoi qu'il en soit de celle altération des faits historiques, elle n'est pas le produit d'un système pi éconçu, mais l'œuvre d.i temps; elle n'a pas sa source dans des fictions préméditées, mais

(a) M. \Lg. Quinet., art. sur Stiauss, Revue des deux momies, 1e' doc. 183'J, p. GUi.

elle s'est glissée furtivement dans la tradition; et quand le mythe s'est emparé de celle-ci pour la fixer, pour lui donner un corps, il l'a reproduite fidèlement. Quant à l'origine des mythes philosophiques, rien de plus simple. Comme les Liées el les expressions abstraites faisaient défaut aux anciens sages, comme d'un autre côté ils tenaient à être compris de la foule accessible uniquement aux idées sensibles, ils s'imaginèrent d'avoir recours à une représentation figurative qui rendît leurs expressions plus claires, et servît comme d'enveloppe à leurs conceptions. Tel est, autant qu'on peut la préci.-er, la théorie générale des mythes ; théorie qui, dit-ou, doit nous donner la clef desévénements que l'histoire a consignés dans ses annales. Les partisans de ce système, pour expliquer la présence des mythes au fond des religions et des histoires anciennes, ont recours à un développement spontané de l'esprit hun ain. Voulez-vous savoir comment ils prétendent donner à celte supposition la certitude d'un théorème de géométrie? Représentez-vous les premiers hommes jetés sur la terre, on ne sait trop pourquoi, ni comment, placés seuls en présence du monde matériel, sans aucune idée, sans aucune connaissance inhérente à leur nature, mais en possession de facultés plus ou moins vastes, qui devront nécessairement se développer sous l'influence des causes extérieures. Combien de temps passèrent-ils ainsi sans arriver à la conscience de leur personnalité? C est là un des desideraa du système; ou, si la solution du problème esl trouvée, on a jugé à propos de la garder pour les initiés. Toujours est il que, tout à coup, par une illumination soudaine, l'intelligence humaine s'éveilla, avec les puissances qui lui étaient propres, à la vie intellectuelle et morale! L'homme, qui jusqu'alors n'avait prêté aucune attention au spectacle que l'univers déroulait à ses regards, commença à se connaître et à se distinguer de ce qui n'était pas lui ; le moi se fit jour à travers le non-moi. Ce n'est pas tout : en entrant ainsi en possession de la vie, il saisit, sans aucun concours de sa volonté, sans aucun mélange de réflexion, les grands éléments qui la constituent, l'idée de l'infini, du fini et de leurs rapports; il atteignit immédiatement, spontanément, à toutes les grandes vérités, à toutes les vérités essentielles («). » La raison de son être, sa lin, ses destinées, lui apparurent clairement dans celte aperception primitive, et toutes ces perceptions se manifestèrent dans un langage harmonieux et pur, miroir vivant de son âme. Or, cette action spontanée de lu raison dans sa plus grande énergie, c'est l'inspiration, et le premier produit de l'inspiration, de la spontanéité, c'est la religion (b). Elle débute par des hymnes et des cantiques ; la poésie est son langage, et le mythe, la forme nécessaire sous laquelle les hommes privilégiés qi» possèdent celle faculté à sa plus haute puissance, transmettent à la foule les vérités jévclées par l'inspiration. 11 nous semble que jamais système ne réunit plus d'impossibilités, ne fut jamais en opposition plus flagrante avec les faits, la logique et la tradition. Qu'est-ce, en effet, que la prétendue spontanéité qui lui serlde base ? Un rêve, une hypothèse gratuite, une protestation mensongère contre les enseignements de l'histoire, une folle tentative pour substituer je ne sais quelle chimère à l'acte divin, à l'opération surnaturelle, à la révélation extérieure qui éclaira le berceau de l'humanité. Les symbolistes ont beau faire, ils ne parviendront jamais à étouffer la vérité sous l'amas de leurs hypothèses; nous arriverons toujours, en suivant le fil des traditions antiques, à un âge où l'homme, au sortir des mains du Créateur, en reçoit immédiatement toutes les lumières el toutes lés vérités, à un âge où Dieu, pour nous servir des expressions des

(a) Voyez M. Cousin, Cours d'histoire d la philosophie, p. 45.

(b) M. Cousin, ubi sttp.

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