‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 13 sur 228 · JU · texte numérisé non relu

JU

I. Origine du peuple juif. On sait d'abord que 1' s historiens grecs et romains, et «mi général tous les auteurs profanes, ont été très-mal instruits de l'origine, dos mœurs, des lois, de la religion des Juifs ; on en sera convaincu, si l'on veut lire l'extrait d'un mémoire fait a ce sujet dans Y Histoire (h l'Académie des Inscriptions, t. XIV, in-12, p. 357. Ce peuple n'a commencé à être connu des antres nations que quand ses livres ont été traduits en grec sons Ptolémée Philadelphe, et celte traduction n'a pas été d'abord fort répandue. A cette époque, la république juive était sur sa fin, et déjà elle avait subsisté plus de treize cents ans. Diodorc <le Sicile et Tacite, deux: historiens qui ont le plus parlé des Juifs, les connaissaient fort niai. Vouloir s'en rapporter uniquement à ce qu'ont dit ces étrangers, c'est un entêtement aussi absurde que si nous voulions seulement consulter sur les Chinois les premiers voyageurs ou négociants qui ont abordé à la Chine; nous n'avons commencé à prendre des notices exactes de ce dernier peuple, que quand on nous a fait part de ce que racontent ses propres historiens.

C'est donc dans l'histoire juive, et non ailleurs, <pie nous devons apprendre à connaître les Juifs. Kilo nous dit que les descendants d'Abraham et de Jacob turent nommés d'abord Hébreux ; que, transportés en Egypte, ils s'y multiplièrent ; que c'est là qu'ils ont commencé à former un corps de nation. Klle ajoute que sortis de l'Egypte, ils ont demeuré dans les déserts voisins de l'Arabie ; qu'ils se sont rendus maîtres du pays des Chananéens, nommé aujourd'hui la Palestine ; qu'ils y ont formé d'abord une république et ensuite deux royaumes; qu'après plusieurs siècles, ils furent subjugués et transportés au delà de l'Euphrate par les rois d'Assyrie. Revenus dans leur pays sous Cyrus et ses successeurs, ils y établirent de nouveau le gouvernement républicain et ils y ont subsisté ainsi jusqu'à ce que les Romains ont soumis la Judée, ruiné Jérusalem et dispersé la nation. Il n'est aucun de ces faits principaux qui ne puisse être prouvé >ar le récit des auteurs profanes, même les )!us prévenus contre les Juifs , ils sont d'aileurs tellement liés entre eux, que l'on ne peut en détruire un seul sans renverser toute la suite de l'histoire. Nous n'avons donc besoin d'aucune discussion pour prouver que les Juifs ne sont ni une peuplade d'Egyptiens, comme la plupart des anciens l'ont pensé, ni une horde d'Arabes Bédouins, comme quelques modernes l'ont avancé : la différence du langage de ces trois peuples démontre qu'ils n'ont pas eu une même origine. C'est la réflexion que Origènc opposait uéjà au philosophe Celse ; il était en état d'en juger, puisqu'il était né à Alexandrie, qu'il avait fait plusieurs voyages en Arabie, et qu'il avait appris l'hébreu : il a été à portée de comparer les trois langues.

Si les hébreux furent reçus d'abord en Egypte à titre d'hospitalité, comme le dit leur histoire, l'esclavage auquel ils furent

réduits par les Egyptiens, était une injustice et une tyrannie. Lorsqu'ils ont été assez forts, ils ont été en droit de sortir de l'Egypte malgré les Egyptiens, d'en exiger un dédommagement de leurs travaux, à plus forte raison de le recevoir à titre d'emprunt. ,' La compensation qui est rarement permise aux particuliers, est très-légitime de nation à nation. Il n'est donc pas nécessaire de recourir à un ordre exprès de Dieu pour prouver que les Juifs n'étaient point une bande de voleurs, que l'on a tort de les peindre comme tels , sous prétexte qu'ils ont enlevé aux Egyptiens ce qu'ils avaient de plus précieux.

On a mis en doute si soixante et dix familles issues de Jacob ont pu produire, dans un espace de deux cent quinze ans, une po pulation assez nombreuse pour donner de l'inquiétude aux Egyptiens, et qui, selon lo calcul ordinaire, devait Si monter à deux millions d'hommes. Mais il est prouvé que l'Anglais Pinès, jeté dans une île déserte avec quatre femmes, a produit en soixante ans une peuplade de sept mille quatre-vingtdix-neuf personnes : c'est plus, à proportion, que n'en avaient produit les enfants de Jacob.

Nous n'examinerons pas ici si la sortie des Hébreux hors de l'Egypte a été précédée, accompagnée et suivie de miracles ; cette discussion est renvoyée à l'article Mo se , parce que c'est la preuve de sa mission. Les incrédules, qui ne veulent point de miracles, ne nous ont point encore appris comment et par quel moyen les Hébr ux ont pu se tirer de l'Egypte, et subsister peu .ant quarante ans dans un désert absolument stérile. Il faut cependant qu'ils y aient vécu en très-grand nombre, puisque en partant du désert ils se sont empares de la Palestine* malgré la résistance des Chananéens.

IL Mœurs des Juifs. L'on a souvent demandé comment Dieu avait choisi par préférence un peuple ingrat, rebelle, intraitable, tel que les Juifs. Nous répondrons, 1° qu*il a fait ce choix pour convaincre tous les hommes que, quand il leur fait du bien, c'est par une bonté purement gratuite, et que s'il les traitait comme ils le méritent, il les exterminerait tous. Moïse n'a pas laissé ignorer aux Juifs cette triste vérité ; il la leur a répétée plus d'une fois, et nous pouvons tous tant que nous sommes, nous appliquer la même leçon. 2° Nous délions les censeurs de la Providence de prouver qu'au siècle de Moïse il y avait des peuples beaucoup meilleurs que les Juifs, et plus dignes des bienfaits de Dieu : nous ne les connaissons que par le tableau que Moïse en a fait, et il n'est rien moins qu'avantageux. 3° L'on exagère fort mal à propos les vices des Juifs et le dérèglement de leurs mœurs. On leur prête des crimes et des atrocités dont ils ne furent jamais coupables. En effet, 1 1 conquête de la Palestine est-elle un brigandage abominable, comme on la représente de nos jours ? De tous les peuples conquérants ou usurpateurs, le plus innocent ou le plus excusable est sans doute celui qui manque de moyens naiuiels de subsistance, qui n'a point d<*

îôl

Jll

terres à cultiver, et qui en cherche ; s'il en trouve et qu'on les lui refuse, il est en droit de s'en emparer par la force. Quand les Hébreux n'auraient pas eu pour eux une promesse et une concession formelle de la part de Dieu, il serait encore injuste de les peindre comme des brigands, parce qu'ils ont déposséda les Chananéens. Ceux-ci n'avaient as un titre de possession plus sacré et plus égitime que les Juifs, puisqu'ils avaient exterminé dos peuplades entières pour se mettre à leur place. Voy. Chananéens. Mais il n'est pas vrai que les Juifs aient commencé par tout détruire ; la conquête de la Terre promise ne fut achevée que sous David, quatre cents ans après Josué; et depuis cette époque il? n'ont entrepris aucune guerre oflensive.

Pour prouver que les Juifs étaient une horde d'Arabes Bédouins ou vo'eurs, on a dit: « Abraham vola les rois d'Egypte et de Gérare en extorquant d'eux des présents ; isaac vola le môme roi de Gérare par une môme fraude; Jacob vola le droit d'aînesse à son frère Esaiï ; Laban vola Jacob son gendre, lequel vola son beau-père ; Rachel vola à Laban son père jusqu'à ses dieux ; les enfants de Jacob volèrent les Sichimites après les avoir égorgés ; leurs descendants volèrent les Egyptiens, et allèrent ensuite voler les Chananéens. »

Les Juifs peuvent répondre qu'ils ont é é volés à leur tour par les Egyptiens sous Roboain, par les Assyriens sous leurs derniers rois, par les Grecs et par les Syriens sous Antiochus, par les Romains qui ont détruit Jérusalem; que ceux-ci, après avoir volé tous les peuples connus, ont été volés par les Goths, les Huns, les Bourguignons, les Vandales et les Francs. Nous avons l'honneur d'être issus des uns ou des auîres, sans qu'il suive de là que nous sommes des Arabes Bédouins ; à parcourir l'univers d'un bout à l'autre, on ne trouvera aucune nation qui ait une origine plus noble et plus honnête que la nôtre.

A l'article Judaïsme, nous avons fait voir que les Juifs ont eu une croyance plus sensée, une morale plus pure, des lois plus sages, des mœurs plus décentes que les autres nations ; quant à leur destinée, elle a été à peu près la môme. Ils ont éprouvé successivement la prospérité et les revers, des temps heureux et dts malheurs. Si l'histoire des p iijiles voisins avait été écrite avec autant d'exactitude que celle des Juifs, nous y verrions plus de crimes et de désastres que dans l'histoire juive. Celles des Assyriens et des Perses, celles des Grecs et des Romains, quoique très-peu sincères, et marquées au coin de l'orgueil national, ne sont ni une école de vertu, ni un tableau fort consolant pour le genre humain. Partout l'on voit d'abord des peuplades isolées qui cherchent à s'entre-détruirc; celle qui est la plus nombreuse et la plus foste assujettit les autres, et forme une nation; pauvre d'abord, laborieuse et frugale, elle s'accroît insensiblement, devient ambitieuse, inquiète

et avide; enrichie par son industrie ou par ses rapines, elle se corrompt et se pervertit, pour devenir la proie d'une autre qui se corrompra et se perdra à son tour.

Quelques incrédules de nos jours ont osé écrire que les Juifs offraient des sacrifices de victimes humaines et mangeaient de la chair humaine: nous avons réfuté ces deux calomnies aux mots Anathème et Anthropophages.

Immédiatement avant la venue de Jésus- Clnisl, le gouvernement tyrannique des rois de Syrie, d'Hérode et de ses fils, ensuite des Romains, contribua beaucoup à dépraver les chefs de la synagogue et la nation juive en général: le pontificat était vendu au pli. s offrant; plus un juif était vicieux, plus il était sûr de paire à ces maîtres insensés.

III. De la prospérité des Juifs. Leurs historiens ont écrit, avec une égale sincérité, les vertus et les crimes de leurs aïeux, les prospérités et les calamités de leur nation ; m ds ils attestent qu • ses malheurs furent toujours le châtiment de ses infidélités à la loi de Dieu. Il n'est donc pas vrai que Dieu ait manqué de fidélité à remplir les promesses qu'il avait faites à leurs pères. Voy. ProiMesses.

Attribuerons-nous aux Juifs les funestes suites de l'ambition dévorante et insensée des monarques assyriens? Ils en ont é:é la victime, et non la cause. Cclic des rois do Syrie, successeuis d'Alexandre, n'a été ni plus raisonnable ni moins meurtrière, et nous ne voyons pas quel droit plus légitime ont eu les Romains, vainqueurs des Syriens, de réduire la Judée en province romaine. Les Juifs n'ont été agresseurs dans aucune de ces guerres ; si leurs révoltes fréquentes ont réduit les Romains, à les exterminer, les Romains les avaient forcés à se révolter par le brigandage et parla tyrannie de leurs proconsuls et de leurs lieutenants. Voy. Tacite, llist., 1. v, c. 9 et 10. Cependant l'on prétend montrer une bizarrerie inconcevable dans la conduite de la Providence à l'égard des Juifs. Dieu, disent les censeurs de nos livres saints, prodigue les miracles, les plaies et les meurtres, pour tirer son peuple de cette Egypte riche et fertile, où il avait des temples sous le nom d'Iao, ou le grand Etre, sous le nom de Kneph, l'Etre universel; il conduit son peuple dans un pays où nous ne voyons ériger un temple à Dieu que plus de cinq cents ans après rétablissement des Juifs ; et quand ils ont bâti ce temple, il est détruit.

Sans contester sur les prétendus temples érigés au vrai Dieu en Egypte, et sur les noms que nos savants critiques veulent inter- ] réter, nous demandons si Dieu n'a pas pu avoir d'aubes desseins, en conduisant les Juifs, que de se faire bùtir un temple. Quoi qu'on en dise, ce t mple a subsisté pendant quatre cent vingt-sept ans. Lorsqu'il a été déiruit, que Jérusalem a été ruinée, et îa nation juive dispersée par Nabuchodonosor, tout a été rétabli au bout de soixante-dix ans, selon les prédictions des prophètes. Les peuples voisins, Moabites, Ammonites, Idu-

Jll

Jll

méens, compagnons de l'infortune des Juifs, ont disparu pour toujours; les Assyriens et les Chaldéens , auteurs de leurs malheurs, ont cessé d'être Juifs, comme renaissant de leurs propres cendres, ont formé de n ;uveau une société politique et religieuse. Les Perses, sous la protection desquels ils rentrent dans la terre de leurs pères, l'antique monarchie d'Egypte qui a été leur b reeiu, les rois de Syrie, devenus leurs oppresseurs, se sont évanouis successivement; pour eux, ils subsistent en corps de nation dans leur terre natale, avec leur temple, leur religion, leu s lois, jusqu'à la venue du Messie, nui devait appeler tous les peuples à un culte plus panait, mais toujours fondé sur les dogmes, sur la morale, sur les prophéties et sur les espérances des Jnifs.

Est-il vrai que ce peuple ait été ignorant, barbare, stupide, sans industrie, sans aucune connaissance des lettres, des arts , et du commerce, comme on allécle communément de le peindre? 11 faut avoir bien peu lu les livres des Juifs pour s'en former une pareille idée. Avant la captivité de Babylone, chez quel peuple de l'univers citera-t-on des monuments certains et incontestables de la culture des lettres ? Alors les Juifs avaient un corps d'histoire, un code de législation, une police réglée, des archives et des livres, depuis près de neuf cents ans. Les premières notions que nous puissions avoir des connaissances, de l'industrie, des arts des Egyptiens , sont celles que Moïse nous fournit, et qu'il possédait lui-môme. Nous n'avons rien de plus ancien touchant les arts, le commerce et la navigation des Phéniciens , (pie ce qui est dit dans l'histoire de David et de Salomon. Le premier monument incontestable des connaissances astronomiques des Chaldéens est le livre de Daniel. De nos jours même, pour remonter h l'origine des lois, des sciences etdes arts, on n'a pu rien faire de mieux que d 3 prendre les livres des Juifs pour base de toutes les conjectures et de toutes les découvertes.

Ce qui est dit dans YExode de la structure du tabernacle ; dans les livres des Rois, de la magnificence du temple de Salomon ; le plan qui en est tracé dans Ezéchiel ; le portrait de la femme forte et de ses travaux, dans les Proverbes ; le tableau du luxe des femmes juives, dans lsaïe, démontrent que les Juifs connaissaient les arts, et qu'ils n'en ont jamais négligé la pratique. Un peuple agriculteur ne peut pas s'en passer : le plus nécessaire de tous conduit* infailliblement à la découverte des autres. Placés dans le voisinage des Phéniciens, qui ont été les premiers négociants, et des Egyptiens qui avaient besoin d'aromates, les Juifs n'ont pu demeurer sans commerce, mais la navigation ne leur était pas nécessaire pour la débit de leurs marchandises. Leur pays produisait nonseulement du blé, du vin, des olives, des figues, des dattes en abondance, mais des métaux, du baume, des gommes et des- résines de toute espèce. Déjà ce commerce

était établi entre la Palestine et l'Egypte du temps de Jacob ( Gen. c. 37, v. 25 ; c. 43, v. 11 ); et il en est encore fait mention dans Jérémie ( chap. xlvi, v. 11 ). L'asphalte do Judée était connu de toutes les nations, surtout des Egyptiens; Pausanias parle delà soie, ou plutôt du byssusdu pays des Hébreux. L. v. c. 5. Par l'énunr'ration des marchandises que portaient les Juifs aux foires de Tyr , et que l'on peut voir dans Ezéchiel ( c.xxvn, v. xvn ), il est prouvé qu'ils savaient faire autre chose que l'usure et rogner la monnaie, quoique ce soit là le seul talent que leur accordent nos philosophes incrédules. Il n'est donc pas nécessaire d'avoir recours aux Hottes de Salomon, ni aux liaisons que David entretenait avi c Hiram, roi do Tyr, pour démontrer que de tout temps les Juifs ont été occupés du commerce. Ils n'étaient point retenus chez eut par les lois absurdes qui défendaient aux Egyptiens, aux Spartiates et à d'autres peuples de sortir de leur pays , et qui eu bannissaient les étrangers ;i s leur était ordonné au contraire Ue faire accueil aux étrangers, et de les bien traiter. Sous le règne de Salomon, il y avait dans la Judée cent cinquante-trois mille six cents étrangers prosélytes ( 11 Parai, c. n, v. 17).

A la vérité, les Juifs n'ont élevé ni colosses ni pyramides , comme les Egyptiens; ils n'ont point excellé, comme les Grecs, dans les sciences et dans les arts du dessin, ni dans l'art militaire , comme les Romains ; mais nous ne voyons pas ce qu'ils y ont perdu. Ce ne sont ni les édifices, ni les arts de luxe, ni la discipline militaire, ni les conquêtes, qui rendent un peuple heureux : c'est la paix, l'agriculture, l'abondance, la raison, la vertu.

IV. D"oà sont venus le mépris et la haine des autres nations contre les Juifs? Un îles principaux reproches que font les philosophes contre les Juifs, est qu'ils ont été méprisés et détestés de toutes les autres nations ; eux-mêmes ne pouvaient en souffrir aucune ; dans tous les temps i:s ont été fanatiques, intolérants, insociables.

Examinons d'abord en quoi consistait leur intolérance; nous verrons ensuite si on a eu raison de les mépriser et do les détester. — lu Si l'on entend que, par la loi des Juifs, il leur était ordonné de ne point souffrir parmi eux l'idolât.ic ni les abominations dont elle était accompagnée, la prostitution , les sacrifices de sang humain, la divination, la magie, nous convenons que cette loi était très-intolérante ; mais nous ne voyons pas on quoi il importait au genre humain que ces désordres fussent tolérés nulle part : partout où ils l'étaient, le culte du vrai Dieu ne pouvait subsister. Peut-on citer une seule nation idolâtre qui ait souffert chez elle le culte d'un seul Dieu ? Les autres peuples faisaient, pour maintenir chez eux l'erreur, la folie et les crimes, ce que faisaient les Juifs pour conserver la vérité, la sagesse et la vertu. — 2" Ceux-ci n'étaient intolérants que parmi eux et pour eux, dans l'enceinte de leur territoire: nulle part ilneleur est ordonné

Jlï

JM

ild

d'aller exterminer l'idolâtrie clic/, les Egyptiens, les Iduméens, les Arabes, les Ammonites, les Moabites, à Damas ou à Babylone; la loi, au contraire, leur défend d'inquiéter leurs voisins. Souvent les autres peuples sont allés, le fer et le feu à la main, outrager la religion des étrangers : Cambyse alla tuer les animaux sacrés de l'Egypte ; les Perses brisèrent les statues et brûlèrent les temples des Grecs ; Alexandre ne cessa de persécuter les mages; les Romains anéantirent le druidisme dans les Gaules ; les Syriens répandirent le sang des Juifs pour leur faire embrasser la religion grecque ; Cbosroès jura qu'il poursuivrait les Romains jusqu'à ce qu'il les eût forcés à renier Jésus- Christ età adorer le soleil; Mahomet a dévasté l'Asie pour établir l'Alcoran, etc. : les Juifs n'ontrien fait de semblable. — 3° Les Juifs ne forçaient point les étrangers établis parmi eux à embrasser le judaïsme : pourvu que ces païens ne tissent aucun acte d'idolâtrie, on les laissait tranquilles. Il leur était permis d'adorer Dieu dans le temple, de prendre part aux fêtes; on y recevait leurs offrandes. Jérémie défend aux Juifs exilés à Babylone de prendre part au culte des Chadéens ; il no leur ordonne point de le combattre ni de le troubler. Baruch, ca ». iv. Où est donc l'intolérance cruelle, le zèle fanatique des Juifs? Leur était-il moins permis qu'aux autres peuples d'avoir une religion publique, nationale et exclusive ?

Quant aux mépris et à l'aversion que les ■étrangers ont eus pour les Juifs, il y a plusieurs réflexions à faire. En premier lieu, les préventions nationales ne prouvent pas plus chez les anciens que chez les modernes. Les Grecs traitaient de barbares tout ce qui n'était pas grec ; les Romains n'estimaient qu'eux-mêmes et les Grecs ; les Anglais, peu instruits, nous baissent et nous estiment très-peu : nous sommes plus équitables à leur égard. A peine trouvera-t-on deux peuples voisins qui n'aient des préventions l'un contre l'autre; moins ils se connaissent, plus ils ont de dispos tions à se haïr.

En second lieu, qui sont les auteurs les moins favorables aux Juifs? Ce sont les historiens, les orateurs, les poètes romains ; mais il est prouvé que tous ces beaux esprits connaissaient très-mal les Juifs, ils étaient ou païens zélés, ou épicuriens; ils devaient délester la religion juive, comme font encore les incrédules d'aujourd'hui. Leur mépris n'a éclaté qu'après plusieurs guerres entre les Romains et les Juifs; ceuxci ne purent souffrir l'insolence et la tyrannie des officiers et des soldats romains; ils se révoltèrent : or, selon le préjugé des Romains, tout peuple qui leur résistait élait abominable : ils n'ont pas mieux traité les Gaulois que les Juifs. Pendant que les Juifs luttaient contre les Antiochus, les Romains trouvèrent bon d'accorder aux Juifs des marques d'estime et d'amitié; lorsque le royaume de Syrie eut été écrasé, ils tombèrent sur les Juifs, parce que ces derniers se prétendaient libres; et pour avoir droit de

les tyranniser, non affecta pour eux un souverain mépris : c'est l'usage des peuples conquérants.

Kn troisième lieu, les philosophes plus anciens, les hommes d'Etat, les souverains, les corps de république, n'avaient pas pensé comme les beaux esprits de Rome. Henuippus et Numénius, seciateurs d ■>. Pythagore; Cléarque et Théopluaste, disciples d'Aristote; iVlégasthène, Hécatée d'Abdère, Onomacrite, Porphyre lui-môme, loin de témoigner aucun mépris pour les Juifs, en ont parlé d'une manière avantageuse. Strabon, Diodorc de Sicile, Trogue-Pompée, Dion- Ca^sius, Varron et d'autres, malgré leurs préjugés contre les Juifs, leur ont cependant rendu justice sur plusieurs chefs. Alexandre leur accorda droit do bourgeoisie dans sa ville d'Alexandrie; le fondateur d'Antioche fit de môme; les Ptolémées les protégèrent en Egypte; les Spartiates leur écrivirent des lettres de fraternité. Ces témoignages d'estime nous paraissent d'un plus grand poids que les sarcasmes des auteurs latins.

Enfin, dans quel temps le inépris pour les Juifs a-t-il éclaté ? lorsque leur république était déjà ou détruite, ou sur le penchant de si ruine. Tourmentés successivement parles Assyriens, par les Antiochus, par les Romains, ils se répandirent de toutes parts; ainsi dispersés dans l'Egypte* dans la Grèce, dans l'Italie, ils s'abâtardirent, sans doute Toute la nation, livrée à l'esprit de vertig-e après la mort de Jésus-Christ, ne fut plus connue que par son opiniâtreté stupide; elle prêta le flanc au ridicule et au mépris: tous les peuples conçurent de l'aversion contre elle : cette destinée lui avait été prédite. Que dans ces derniers temps les Juifs euxmômes aient déteslé les païens en général, cela n'est pas étonnant : ils n'en avaient que trop acquis le droit par les persécutions qu'ils en avaient essuyées. Mais ce n'est point là leur esprit ni leur état primitif : confondre Jes derniers siècles de leur histoire avec les premiers, les mœurs modernes avec les anciennes, la vieillesse d'une nation avec ses belles années, comme font les incrédules, c'est tout brouiller, et déraisonner sous un faux air d'érudition.

V. Du choix que Dieu avait fait des Juifs. Cent fois l'on a demandé comment Dieu avait choisi pour son peuple une race aussi grossière, aussi intraitable, aussi ingrate que les Juifs ; pourquoi il lésa comblés de bienfaits et de grâces, pendant qu'il abandonnait les autres nations. Nous demandons, à notre tour, quel peuple du monde valait mieux que les Juifs, et méritait de leur être préféré. A l'époque de la vocation d'Abraham et des promesses faites à sa postérité, nous ignorons quel était l'état des autres nations; nous ne savons pas seulement s'il y avait pour lors le tiers du globe peuplé et habité. Où Dieu pouvait-il mieux placer le flambeau de la révélation que dans la Palestine? Cette partie de l'Asie touchait au berceau du genre humain, était le centre de l'univers habité pour lors; elle communiquait à toutes les

jii

jii

nations connues, soit par terre, soit parla navigation delà Méditerranée. Si, à l'époque de l'établissement des Juifs, ces nations enivrées d'orgueil et de fables, n'ont pas voulu faire attent on aux miracles que Dieu opérait; si, quinze cents ans après, elles ont encore résisté, lorsque la vérité leur a été annoncée directement par les apôtres, il n'y a pas plus de raison de nous en prendre à Dru, que de lui attribuer l'aveuglement des incrédules modernes.

Par le choix que Dieu a fait d'un peuple tel que les Juifs, il a démontré aux hommes deux grandes vérités. La première , que quand il leur accorde des grâces particulières, ce n'est ni pour les récompenser de leurs talents et de leursmérites, ni en considération du bon usage qu'il prévoit qu'ils en feront, mais par pure bonté et par une miséricorde très-gratuite; que s'il traitait les hommes comme ils le méritent, son tonnei re ne se reposerait jamais. C'est ce que Moïse et les prophètes n'ont cessé de répéter aux Juifs. La seconde, que les talents, les succès, les avantages dont les hommes funt le plus de cas, sont de nulle valeur aux yeux de Dieu. Il a montré sa bonté envers la postérité d'Abraham, non en lui accordant plus d'esprit, plus de connaissances, de richesses, de prospérité temporelle qu'aux autres nations, mais en lui donnant une rel gion plus pure et des lois plus sages. De quoi ont servi aux Egyptiens leur industrie et leur police; aux Grecs leur philosophie et leurs arts; aux Phéniciens leur commerce et, h urs richesses; aux Romains leurs talents militaires et leurs conquêtes, s'ils n'en ont été ni plus éclairés pour la religion, ni mieux disposés à la vertu? Celse, Julien, Porphyre, Marci on et ses sectateurs vantaient la destinée brillante de ces nations comme une preuve de la protection du ciel ; les incrédules modernes en concluent que Dieu devait plutôt les choisir que les Juifs pour les rendre dépositaires de la révélation. Erreur de part et d'autre. Les bienfaits temporels n'ont rien de commun avec les grâces de salut; les premiers sont plutôt un obstacle qu'un moyen pour devenir meilleur.

Quand on ajoute que Dieu, uniquement occupé des Juifs, abandonnait ou négligeait les autres nations, l'on contredit également les lumières du bon sens et le témoignage des livres saints. S'il y a dans ces livres un dogme clairement et constamment enseigné, c'est la providence générale de Dieu envers tous les peuples et à l'égard de tous les hommes, soit dans l'ordre naturel, soit relativement au salut. Voy. Abandox, Crack, § 3. Les incrédules eux-mêmes soutiennent qu'en fait de prospérité temporelle, Dieu a mieux traité d'autres nations que les Juifs. Quant aux bienfaits surnaturels, Moïse déclare aux Juifs que si Dieu leur en accorde plus qu'aux autres peuples, ce n'est pas précisément pour eux, mais a(in de faire éclater la gloire de son nom par toute la terre, et pour apprendre à toutes les nations qu'il est le Seigneur (Deut., c. vu, v. 7; c. vin,

Dictions, dk Thé i . nogmatique lii.

v. 17; c. ix, v. k et suiv ). David le répète (Ps.cxni,v.9).Ezéchiel le confirme (c. xxkvi, v. 22). Voy. encore Tobie, c. xm, v. 4, etc., et l'article Providence.

A la vérité, les écrivains sacrés parlent plus souvent aux Juifs des grâces particulières que Dieu leur accorde que de celles qu'il fait aux autres nations, parce que le dessein de ces auteurs est d'inspirer aux Juifs la reconnaissance, la confiance, la soumission envers Dieu. Qu'importait-il à un Juif de savoir de quelle manière Dieu en agissait envers les indiens et les Chinois?

VI. De l'état actuel des Juifs. C'est un;> grande question, entre [es juifs et les chrétiens, de savoir si l'état malheureux dans lequel ce peuple est réduit aujourd'hui dans le monde entier, est une punition visible de Dieu , et ' pour quel crime ils sont ainsi traités. Nous soutenons que c'est pour avoir rejeté et crucifié le Messie, mais que Dieu les conserve pour qu ils s rveut de témoins et de garants des écrits et des faits sur lesquels le christianisme est fondé.

il est bon de savoir d'abord que Jésus- Christ leur a clain ment prédit leur destinée (Malth., c. xxiu, v. 32i. Après leur avoir reproché leur cruauté envers les anciens prophètes et le sang qu'ils ont lépandu, il leur dit : Vous comblez à présent la mesu.e de vos pères. Race de vipères, comment éviterez-vous votre condamnation h la géhenne pour ce sujet ? Je vous envoie des prophètes et des suges : vous lapiderez les uns, vous crucifierez les autres..., de manière que vous ferez retomber sur vous tout le sang innocent qui a

été répandu Je vous le répète, tout cela

retombera sur cette génération présente... ; votre demeure restera déserte.

Rien plus : les anciens rabbins, compilait urs du Talmud, ont reconnu qu'àia venue du Messie la Synagogue serait aveugle et incrédule. Us disent : « Au siècle où le Fi!s de David viendra, la maison de l'enseignement sera livrée à la fornication , la sagesse des scribes rendra une odeur de mort... Les premiers sages nous ont donné le pain, c'est-à-dire la doctrine de l'Ecriture ; mais nous manquons de bouche pour le manger. Nous sommes aussi stupides que des hôtes de somme....; vous n'avez pas pu voir le Dieu saint et béni, comme il est dit dans Isaïe, C. vi : Le cœur de ce peuple est endurci, etc. » Cependant plusieurs incrédules, à la tète desquels est Spinosa, prétendent que ce phénomène n'a rien que de naturel. Les Juifs se conservent, disent-ils , par l'attachement qu'ils ont pour leurs cérémonies, surtout pour la circoncision, et parla haine qu'ils inspirent aux autres nations. La crédulité, l'opiniâtreté, l'ignorance, les attachent à leur religion ; l'espérance qu'elle leur donne d'un Messie futur les cousoJe ; Ja singularité de leurs usages les concentre et les rallie entre eux; les vexations qu'ils souffrent pour leur religion la leur rendent plus chère : c'est l'effet naturel des persécutions.

Mais ces philosophes nous donnent pou?

raison le fait môme qu'il s'agit d'expliquer.

Page 1