JUI
Pourquoi , malgré le laps des temps et la variété des climats, les Juifs conservent-ils la môme ignorance et la môme crédulité , le môme attachement à une religion qui les rend odieux à toutes les nations ? Qu'ils soient persécutés ou tolérés en Europe, en Asie, en Amérique, ils sont partout les mômes. Les persécutions longues, violentes, continuelles, détruisent les autres religions; elles ne peuvent rien sur celle des Juifs. 11 fout donc que Dieu la conserve dans cies vues particulières. 11 ne s'ensuit pas de la que Dieu rende exprès les Juifs obstinés et aveugles, afin qu'ils servent de preuve au christianisme, mais qu'il se sert de leur obstination libre et volontaire pour nous confirmer dans notre croyance.
Orobio, savant juif, a fait tout son possible pour esquiver les conséquences que nous tirons contre sa nation ; il dit d'abord que ce n'e^t point à nous d'interroger Dieu sur les raisons de sa conduite. Voyez Philippin Limborch arnica Collalio cum erudito judœo, p. 168, 170. Mais en cela il n'est pas d'accord avec lui-môme ; il soutient que si la captivité actuelle des Juifs était la punition de leur incrédulité au Messie, Dieu l'aurait clairement prédit par les prophètes, quand mémo cette prédiction n'aurait pas dû prévenir le mal ; il suppose donc que Dieu aurait rendu raison de sa conduite. 11 affirme qu'à cause des péchés des Juifs Dieu retarde l'exécution des promesses qu'il a faites d'envoyer le Messie, quoiqu'il n'ait jamais prédit ce retard, et qu'il ne soit pas obligé de rendre raison de sa conduite. Tout cela ne s'accorde pas.
Dieu avait solennellement promis de protéger les Juifs, tant qu'ils seraient fidèles à son culte ; il avait menacé de les disperser, de les humilier, de lus affliger, lorsqu'ils se livreraient à l'idolâtrie ; mais il avait ajouté que, s'ils revenaient à lui, il les rétablirait dans leur prospérité : telle est la sanction qu'il avait donnée à laloi deMoïse. Dcut., c. xxx. Avant la venue de Jésus-Christ, Dieu a fidèlement accompli toutes ces promesses et toutes ces menaces ; nous le voyons par l'histoire juive. Pourquoi ne fait-il pas dà môme aujourd'hui ? Les juifs ne sont point actuellement idolâtres, ils sont môme très-attachés à leur loi, ils la suivent autant qu'ils peuvent : pour quel crime plus grief que l'idolâtrie Dieu les punit- 1 plus rigoureusement et plus longtemps qu'il n'a jamais fait? Daniel prédit qu'après la mort du Messie la désolation sera portée à son comble et durera jusqu'à la fin (Dan., c. ix, v. 26 et 29) ; cela nous parait clair.
Les' rabbins disent que leur misère présente est une extension et une continuation de la captivité de Babylone ; quo Dieu la prolonge pour les mêmes raisons, à cause des infidélités de la nation.
Mais c'est encore ici une fausseté et une contradiction. 1* Ils soutiennent que leur état présent ne peut pas être le châtiment d'un prétendu déicide commis depuis près de dix-huit cents ans, et ils veulent que ce
soit une continuation du châtiment de l'idolâtrie dans laquelle leurs pères sont tombés il y a trois mille ans. 2° Ce crime n'a pas continué, puisque les Juifs ne sont plus idolâtres; donc la peine ne peut pas durer si longtemps. 3° Les mômes prophètes, qui ont prédit la captivité de Babylone, en ont aussi prédit la fin au bout de soixante-dix ans (Jerem. c. xxv et xxix ; Dan., c. ix, v. 2). L'édit de Cyrus, donné après ce terme, était exprès etillimitépour toutela nation (/ Esdr. c. i, v. 3). L'auteur des Paralipomènes, à la fin du second livre, reconnaît que cet édit mit fin à la captivité. Daniel (ibid. , v. 11 et 13) et Néhémie (II Esdr. c. i , v. 8) attestent que, pendant ce temps d'affliction, Dieu avait exécuté contre son peuple toutes les menaces qu'il avait faites par la bouche de Moïse ; tout a donc été terminé au retour. Ezéchiel, c. xvm, etJérémie, c. xxxi, y. 29, déclarent que les enfants ne porteront point l'iniquité de leurs pères, dès qu'ils n'y ont point de part. Dieu promet, par Isaïe, qu'après la captivité de Babylone il ne se souviendra plus des iniquités de son peuple (c. xliii, v. 25); les Juifs blasphèment, quand ils soutiennent le contraire.
Il n'est pas aisé de compter les contradictions dans lesquelles Orobio a été forcé de se jeter : tantôt il soutient que les Juifs, depuis la captivité de Babylone, ont toujours eu horreur de l'idolâtrie, et ont été très-attachés à leur loi, Arnica collât., p. 167, 211 ; tantôt il dit qu'actuellement même ils ne sont pas tout à fait exempts d'idolâtrie, et se rendent encore coupables d'autres crimes. Quelquefois il prétend que l'idolâtrie et l'infidélité à la loi de Moïse sont les forfaits que Dieu a menacé de punir le plus rigoureusement, et qu'il ne prescrit aux Juifs point d'autre pénitence que de renoncer au culte des dieux étrangers, et de retourner à l'observation de la loi. Ibid., p. 137, 162. D'autres fois il s'efforce d'excuser l'idolâtrie, et de montrer qu'il y a d'autres crimes qui méritent une vengeance plus sévère. P. 173. Souvent il dit que les malédictions prononcées dans le Deutéronome regardent plutôt la captivité présente que celle de Babylone, parce que les Juifs sont à présent plus malheureux qu'ils ne le furent alors ; ensuite il veut persuader que l'état de plusieurs Juifs est assez heureux pour exciter la jalousie des autres nations, que l'opprobre tombe plutôt sur le corps de la nation juive que sur les particuliers. Selon lui, lemeurtredu Messie ne peu tpasôtre un crime national, et il veut que l'apostasie de plusieurs particuliers, qui se fout chrétiens ou mahométans, soit un crime national. Mais lui-même nous fait toucher au doigt la preuve du contraire. Jésus-Christ, seul vrai Messie, a été rejeté par le conseil de la nation juive dans le temps qu'elle faisait encore un corps politique ; le peuple a demandé sa mort, a consenti que son sang retombât sur tous les Juifs et sur leurs enfants.Ceux qui sont dispersés partout, et qui n'ont pas voulu se convertir, y ont applaudi ; ils l'approuvent encore aujourd'hui ; ils regardent Jésus-Christ
ut ni
comme un faux prophète , qui a mérité la mort selon la loi; sur ce point, leur opiniâtreté est invincible. Nous défions les rabbins d'assigner parmi eux aucun forfait qui porte mieux les caractères d'un crime national que celui-là. Lorsqu'un juif se fait chrétien, à Kome ou à Paris, qu'un autre prend le turban h Constantinople, quelle part peuvent avoir à cette action les juifs de Pologne, d'Angleterre ou d'Amérique ?
Si l'ana'hèmc de la nation juive, continue Orobio, était une punition de sa révolte contre le Messie, il ne pourrait être effacé que par une amende honorable faite au Messie, et par la profession du christianisme; cependant un Juif s'y soustrait aussi bien eu embrassant le mahométisme qu'en adorant Jésus-Christ.
Nous répliquons : Si l'opprobre actuel des Juifs était un ch'timent de leur infidélité à la loi de Moïse, il ne pourrait être expié que par une amende honorable faite à cette loi : or, quand un juif se fait mahométan, il ne devient certainement pas plus soumis à la loi de Moïse, et cependant il cesse d'être odieux comme juif. Selon ce rabbin, et selon la vérité, l'état de réprobation des Juifs tombe plutôt sur la nation que sur les particuliers; il est donc tout simple qu'un juif, en se dépouillant du caractère national , soit à couvert de l'opprobre attaché à sa nation ; mais cela ne décide rien pour ou contre son salut éternel. S'il embrasse le christianisme, il sera jugé de Dieu comme chrétien, selon qu'il aura rempli ou violé les devoirs de sa redigion ; s'il se fait turc ou païen, il sera jugé comme ces nations infidèles. Puisqu'il est démontré jusqu'à l'évidence que l'état actuel des Juifs est une punition de leur incrédulité au Messie, et de la mort qu'ils lui ont fait subir, ils ne peuvent espérer de rentrer en grâce avec D.eu , qu'en adorant ce même Messie qu'ils ont attaché à la croix.
VII. De la conversion future des Juifs. Une dernière question est de savoir s'il est prédit par les auteurs sacrés que tous les Juifs doivent se convertir à la fin du monde ; c'est une opinion assez commune parmi les commentateurs modernes, et les Juifs n'ont pas manqué de s'en prévaloir. Ce sentiment des docteurs chrétiens, disent-ils, vient évidemment de ce qu'ils ont senti que les anciennes prophéties qui annoncent que, quand le Messie paraîtra, tous les Juifs se réuniront à lui, n'ont pas été accomplies à l'avènement de Jésus-Cbrist; c'est donc un subterfuge qu'ils ont trouvé pour attaquer les espérances des Juifs, et pour écarter les conséquences qui s'ensuivent évidemment do ces mômes prophéties. Arnica collatio, p. 133.
Il est vrai que saint Paul , dans YEpitre aux Romains, ch. xi, v. 25 et suiv., témoigne qu'il espère la conversion des Juifs ; il se fonde sur une prédiction d'Isaïe, qui annonce qu'il viendra un rédempteur pour Sion, et pour ceux de Jacob qui retournent de leurs prévarications, c. liï, v. 20. Ces dernières paroles mettent une restriction à la