SUPERSTITIEUSES
ORDINAL. Les Anglais nomment ainsi un livre qui contient la manière de donner les ordres et de célébrer le service divin. Il fut composé après la prétendue réformation de l'Angleterre, sous le règne d'Edouard VI, successeur immédiat d'Henri VIII; on le substitua au pontifical et au rituel romain. Il fut, dit-on, revu par le clergé en 1552, et le parlement y donna la sanction de son autorité, pour "qu'il servit de règle dans tout lo royaume. Le Père Lequicn , le père Hardouin, Fernell, et les autres théologiens catholiques qui ont attaqué la validité des
ORD
ORD
ordinations anglicanes, ont écrit que V ordinal anglican était l'ouvrage de la puissance séculière. Le Père Le Courrayer, qui a soutenu la validité de ces mômes ordinations , s'est attaché à prouver que ce livre fut l'ouvrage du clergé , que le roi et le parlement n'y eurent point d'autre part que de l'autoriser pour qu'il eût force de loi ; mais ces preuves n'ont pas demeuré sans réplique. On sait de nui était composé pour lors le clergé d'Angleterre : d'hommes qui, en embrassant l'hérésie , avaient perdu tout pouvoir et toute juridiction ecclésiastique, dont !,i plupart pensaient que l'ordre n'est pas un sacrement, et qu'eux-mêmes n'avaient aucune puissance spirituelle que celle qu'ils tenaient du roi. La question est de savoir si la formule qu'ils ont établie , quelle qu'elle soit, peut avoir aucune force de conférer «les pouvoirs spirituels en vertu de l'autorité séculière. Les théologiens catholiques soutiennent que non, que cette formule d'ailleurs est insuffisante : le Père Le Courrayer n'a pas prouvé le contraire. Voy. Anglican.
OHDINAND , homme qui doit recevoir les ordres. On voit , par les divers monuments de l'antiquité , avec quel soin l'Eglise voulait que les ôrdinands fussent examinés.
Dès le me siècle, Tertullien et saint Cyprien ; dans les suivants , saint Basile , saint Léon et d'autres Pères , en rendent témoignage, et cela est prouvé par les canons de plusieurs conciles. Cette discipline parut si sage à l'empereur Alexandre Sévère, qu'il voulut qu'elle fût observée à l'égard des gouverneurs des provinces. Lampride, in Vita Alex. Sev. L'examen concernait non-seulement la foi et la doctrine, mais encore les mœurs et la condition des ôrdinands. On excluait des ordres tous ceux qui étaient suspects d'hérésie , ceux qui avaient été soumis à la pénitence publique, ceux qui étaient tombés dans les persécutions, qui étaient coupables de quelque grand crime , comme d'homicide, d'adultère, d'usure, de sédition, de s'être mutilés eux-mêmes, s'ils l'avaient commis depuis leur baptême ; ceux qui avaient été baptisés par les hérétiques, ou qui souffraient que quelqu'un de leur famille persévérât dans le paganisme ou dans l'hérésie ; et l'on prenait les [dus grandes précautions pour écarter jusqu'au plus léger soupçon de simonie. Quant a la condition , l'on n'admettait point aux ordres les militaires , les esclaves , ni môme les aiïranchis , sans la permission de leurs maîtres; ceux qui étaient engagés dans une société d'art ou de métier, ceux qui étaient chargés des deniers publics , et qui devaient en rendre compte , ceux que nous appelons hommes d'affaires , ies bigames , les acteurs de théâtre. Bingham , Orig. ccclés. , 1. iv , c. 3 et 4. Quiconque est instruit de cette discipline ne peut pas concevoir comment , dans nos derniers siècles, une foule d'écrivains ont voulu nous peindre les pasteurs de l'Eglise des quatre ou cinq premiers siècles comme des hommes sans mérite, ou comme des per-
sonnages d'une ver u très-suspecte. Nous sommes très-persuadés que ces saintes règles n'étaient pas observées fort scrupuleusement chez les hérétiques ; que , dans les temps de trouble, on s'en est relâché , quelquefois par nécessité et par impossibilité de faire autrement ; de là cette multitude J'évêques ariens qui étaient si peu dignes de leur caractère. Mais enfin ces règles ont toujours subsisté, les conciles ont veillé à leur observation , et souvent ont dégradé ceux qui ne les avaient pas respectées.
ORDINATION, cérémonie par laquelle on donne les ordres. Dans l'Eglise romaine elle consiste dans l'imposition des mains de l'évoque sur la tôte des ôrdinands, avec une formule ou une prière , et dans l'action de leur mettre à la main les instruments du culte divin, relatifs aux fonctions de l'ordre qu'ils reçoivent. L'imposition des mains n'a cependant lieu qu'à l'égard des trois ordres majeurs ; savoir , l'épiscopat , la prêtrise et le diaconat. La principale question , qui se présente sur ce sujet , est de savoir si Vordination est ou n'est pas un sacrement ; les protestants la regardent comme une simplo cérémonie ; les catholiques soutiennent que c'est un sacrement, et ils le prouvent.
l"Lcs protestants même ne peuvent refuser de reconnaître pour sacrement une cérémonie qui donne le Saint-Esprit , la grâce sanctifiante et des pouvoirs surnaturels; or, tel est l'effet de Y ordination. Joan. , c. xx, v. 21, nous lisons que Jésus-Christ, api es sa résurrection, dit à ses apôtres : Comme mon Père m'a envoyé, je vous envoie; qu'ensuite il souffla sur eux et leur dit : Recevez le Saint-Esprit ; les péchés sont remis à ceux auxquels vous les remettrez, et sont retenus à ceux auxquels vous les retiendrez. Personne, sans doute, ne niera que l'effet n'ait exactement répondu aux paroles. Les apôtres reçurent donc une mission semblable à celle de Jésus-Christ, le Saint-Esprit et lo pouvoir de le communiquer , avec celui de remettre les péchés. En effet, il est dit (Act. vi, 6) que, pour établir sept diacres, les apôtres leur imposèrent les mains , avec des prières; c. vm , v. 17, que les apôtres, en imposant les mains sur les fidèles baptisés, leur donnaient le Saint-Esprit ; c. nu, v. 2, que, pendant qu'ils jeûnaient et célébraient la liturgie, le Saint-Esprit dit : Séparez-moi Paul et Barnabe pour l'ouvrage auquel je les destine; qu'en conséquence ils continuèrent de jeûner et de prier ; qu'ils leur imposèrent les mains et les envoyèrent; que ces deux hommes furent envoyés par le Saint-Esprit. Saint Paul écrit à son disciple Timothée, c. iv,v. 14- : « Ne négligez point la grâce qui est en vous, qui vous a été donnée par l'esprit prophétique avee l'imposition des mains des prêtres; c. v, 22, n'imposez trop tôt les mains à personne , et ne participez pas aux péchés d'aulrui; II Tim.. c. i, v. 6 , je vous avertis de ressusciter la grâce de Dieu qui est en vous par l'imposition de mes mains ; car Dieu ne nous a pas donné un esprit de crainte, mais de force,
OKI
ORD
de charité et de sobriété. « 11 dit aux pasteurs do l'Eglise d'Ephèse que le Saint-Esprit les a établis évoques ou surveillants pour gouverner l'Eglise de Dieu (Act. xx, 28).
Nous ne nous arrêterons point à réfuter les différentes tournures dont les protestants se sont servis pour esquiver les conséquences de ces passages. En les rapprochant et en les comparant, ils nous paraissent prouver que les apôtres, en imposant les mains aux. ordinands, ont cru leur donner la môme mission et les mômes pouvoirs qu'ils avaient reçus eux-mômes de Jésus-Christ; qu'ils ont cru leur communiquer le Saint-Esprit et la grâce nécessaire pour remplir fidèlement les fonctions de leur ministère ; qu'ils ont voulu que ces évêques tissent de même à l'égard des nouveaux pasteurs qui devaient leur succé 1er dans le gouvernement de l'Eglise de Dieu. Cela posé, nous demandons s'il manque quel pie chose à Yordination pour être un vrai sacrement.
2" Nous n'avons point, comme les protestants, le privilège d'entendre l'Ecriture sainte comme il nous plaît; nous en puisons le sens dans la tradition laissée par les apôtres à leurs disciples, et transmise par ceux-ci à l-urs successeurs. Or, dans les lettres de saint Clément et de saint Ignace, instruits par les apôtres mômes, dans les canons des apôtres qui nous ont conservé la discipline des trois premiers siècles, la hiérarchie des évoques, d?s prêtres et des diacres, est représentée comme une institution divine, formée sur le modèle de l'ancien sacerdoce ; saint Clément, Epist. 1 ad Cor., n. 42. Il est dit qu'ils transmettent leur ministère et leurs fonctions à leurs successeurs, n. 44 ; qu'eux seuls doivent présider au culte divin, et que les fidèles doivent leur être soumis ; que l'évêque tient la place de Jésus-Christ, et les prêtres celle des apôtres, saint Ignace, Epist. ad Magnes., n. 6; qu'ils sont ordonnés par l'imposition des mains, cari, apost. 1 ; qu'ils otfrcnt à l'autel le sacrifice que Dieu a établi, can H ; qu'ils forment un ordre sacré, can. VI ; que les évoques assemblés doivent décider les contestations ecclésiastiques, can. XXX. Voilà certainement une mission, des pouvoirs, un caractère et djs fonctions qui n'appartiennent point aux simples lidèles Saint Irénée, saint Clément d'Alexandrie, Tcrtullien, Origène, saint Cyprien, nous attestent que cettp discipline était observée au m3 siècle ; elle était donc la même en Asie, en Afrique, en Italie et dans les Gaules ; qui l'y avait introduite? Nous ne faisons presque ici que copier les réflexions de deux théologiens anglicans, de Bévéridge dans ses Notes sur les Canons des apôtres, et de Bingham dans ses Origines ecclésiastiques , 1. ni et iv. Nous ignorons pourquoi ces deux savants , qui ont prouvé comme nous que l'institution des évoques, des prêtres et des diacres, et les degrés de leur hiérarchie sont de droit divin, n'ont pas pris la peina d'examiner si leur ordination est ou n'est pas un sacrement ; comment ils n'ont pas vu que c'est
DlCTlONN. DE TllÉOL. DOGMATIQUE III.
une conséquence nécessaire des passages et des monuments que nous venons de citer. Encore une fois, si une cérémonie qui donne à celui qui la reçoit une mission, un caractère, une grâce et des pouvoirs surnaturels, n'est pas un sacrement, nous ne savons plus ce (pie l'on doit eutendre sous ce nom.
3" Le concile de Trente n'a donc fait quo confirmer la doctrine et l'usage reçus des apôtres, lorsqu'il a décidé que Yordination est un vrai sacrement, qui donne le Saint-Esprit, qui imprime un caractère sacré, qui communique le pouvoir d'offrir le saint sacrifice, et de remettre les péchés, etc., sess. 23, can. I et suiv. Il appuie cette doctrine sur les passages de l'Ecriture sainte que nous avons allégués, c. 1 et seq. Lorsque les apôtres et leurs disciples se sont donné des successeurs par Yordination, ils leur en ont transmis, sans doute, la même idée e* la môme notion qu'ils en avaient eux-mêmes. Or, les pasteurs de l'Eglise, dans fous les siècles, se sont crus revêtus de la même mission, du môme caractère, de la même grâce et du môme ministère que les apôtres. La doctrine catholique a donc autant de témoins qu'il y a eu d'hommes ordonnés depuis les apôtres jusqu'à nous. Après quinze siècles il était un peu tard pour venir en enseigner une autre. Nous demandons aux protestants, qui n'ont point (Yordination et qui soutiennent qu'il n'en faut point, qui leur a donné le Saint-Esprit pour mieux entendre l'Ecriture sainte que les disciples des apôtres, que les pasteurs de l'Eglise catholique leurs successeurs , que ceux même des Eglises schismatiques séparées d'elle depuis douze cents ans?
4" En effet, les sectes des chrétiens orientaux, les nestoriens, les jacobites, les Grecs, les Arméniens, donnent les ordres comme les Latins, par l'imposition des mains accompagnée de prières ; ils sont persuadés que cette cérémonie vient de tradition apostolique, qu'elle confère une grâce particulière à ceux qui sont ordonnés, pour les rendre capables de remplir saintement les fonctions du ministère dont ils sont chargés ; qu'elle met entre eux et les autres chrétiens une distinction fixe et constante, par conséquent qu'elle leur imprime un caractère ; que celui qui a reçu un ordre inférieur , comme le sous-diaconat ou le diaconat , n'a pas pour cela le pouvoir d'exercer les fonctions de prêtre ou d'évêque, mais qu'il lui faut une nouvelle ordination. Ils sont donc très-persuadés que les ordres sont un sacrement, et ce n'est pas l'Eglise latine qui leur a donné cette croyance, puisqu'ils ont continué à la détester depuis leur schisme. Ainsi c'est contre toute vérité que les prétendus réformateurs ont soutenu que la distinction des ordres et la qualité de sacrement, qui leur est attribuée par les Latins, est une invention des papes, inconnue à l'ancienne Eglise. Ces mêmes Orientaux regardent le sacerdoce comme un degré de dignité et d'autorité dans l'ïï-