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entière (Ps. xxxix, 7). Ce dernier sens fait allusion à l'usage établi chez les Hébreux de percer Y oreille à 'l'esclave qui consentait à ne jamais quitter son maître , et qui renonçait au privilège de recouvrer sa liberté pendant l'année jubilaire ou sabbatique ( Beut. xv, 17). Jésus-Christ dit souvent dans l'Evangile "que celui qui a des oreilles pour entendre, écoute : Vorcil/e désigne ici l'intelligence. Le seigneur dit à Isaïe, c. vi, 10 : Aggravez ou appesantissez les oreilles de ce peuple, c'est-à-dire laissez-le faire la sourde oreille et s'endurcir contre vos discours. Ce prophète n'avait certainement pas le pouvoir de rendre sourds ses auditeurs. Saint Paul, H Tim., c. iv, v. 3, appelle démangeaison des oreilles l'empressement d'apprendre quelque chose de nouveau.
* ORGANIQUES (Articles). Nous avons donné une appréciation complote des articles organiques dans noire Dict. de Théologie morale. Nous nous contentons ici d'engager nos lecteurs à consulter le Dictionnaire de M. l'abbé Prompsault sur la jurisprudence civile et religieuse, publié en trois volumes par M. l'abbé M igné.
ORGUEIL. Sans toucher h ce que les philosophes moralistes peuvent dire pour déraontrer l'injustice et les funestes effets de Y orgueil, nous nous contentons d'observer que c'est un des vices le plus souvent condamnés dans l'Ecriture sainte. Tobie disait à son fds, c. iv, v. 14 : « Ne laissez jamais régner Y orgueil dans vos sentiments ni dans vos discours ; ce vice est la source de toute perdition. » Suivant la maxime de Salomon (Prov. xi, 2), « l'orgueil est toujours suivi de l'opprobre, et l'humilité est la compagne inséparable de la sagesse. » L'Ecclésiastique nous avertit que l'orgueil est odieux à Dieu et aux hommes, que c'est la source de tous les crimes, même de l'apostasie ; que celui qui en est coupable sera maudit et périra ; que c'est le vice pour lequel Dieu frappe et détruit les nations et les particuliers (x, 7, 14, etc.). Les prophètes ont souvent fait aux Juifs la même leçon; ils haïront déclaré que c'était principalement pour leur orgueil que Dieu les punissait.
Jésus-Christ a souvent reproché ce vice aux pharisiens et aux docteurs de la loi ; par la parabole des talents, il nous apprend que nous ne devons point tirer vanité de nos talents naturels, parce que ce sont des dons de Dieu purement gratuits, de l'usage desquels nous serons obligés de lui rendre compte, et il dit que l'on demandera beaucoup a celui auquel on a beaucoup donné. 11 nous défend de nous enorgueillir de nos vertus et de nos bonnes œuvres, parce que ce sont encore des grâces que Dieu nous a laites, et que nous n'aurons aucune récompense à espérer de lui si nous voulons en recevoir la gloire en ce monde. Par la parabole du pharisien et du publicain, il nous montre I orgueil réprouvé de Dieu et l'humilité récompensée ; il fait profession de chercher en toutes choses la gloire de son Père, et non la sienne. Saint Paul a répété fidèlement les instructions de ce divin Maî-
tre ; en parlant de toute espèce de grâce, il demande : « Qu'avez-vous que vous n'ayez reçu (/ Cor. iv, 7)?» Il exhorte les fidèles à se regarder mutuellement comme inférieurs les uns aux autres en gr.lce et en vertu ; et il leur propose pour modèle l'humilité de Jésus-Christ (Philip, n, 3). C'est par orgueil que les Juifs furent indociles à la doctrine du Sauveur ; ils ne purent se résourdre à recevoir pour maître un homme qui n'avait pas été instruit à leur école, qui leur reprochait leur vanité, qui affectait d'enseigner par préférence les pauvres et les ignorants. Le même vice les rendit encore rebelles à la prédication des apôtres ; ils ne pouvaient souffrir que le don de la foi et la grâce du salut fussent accordés aux païens aussi bien qu'à eux; ils se croyaient les seuls objets des promesses et des bienfaits de Dieu, et cet orgueil insensé persévère encore parmi eux.
Par orgueil, les phdosophcs païens, convaincus de l'absurdité de leur doctrine, ne voulurent pa's y renoncer entièrement et se soumettre à la simplicité de la foi prôchée parles docteurs chrétiens; ils voulurent concilier les dogmes révélés avec leurs systèmes, et ils enfantèrent ainsi les premières hérésies. La même passion a dominé les hérésiarques de tous les siècles ; la plupart auraient reconnu leurs erreurs, seraient revenus à résipiscence, si la fausse honte de se dédire et de se rétracter ne les avait pas rendus opiniâtres. Cette même maladie règne encore parmi les incrédules de notre siècle ; il leur paraît indigne d'eux de penser et de croire comme le peuple ; ils se jugent faits pour être les maîtres, les docteurs, les oracles des nations ; et ces hommes si tiers, si hautains, si remplis de mépris pour les autres, ne sont dans le fond que les esclaves d'un sot orgueil.
ORIENT. Les Hébreux désignaient l'orient par kedem, qui signifie le levant, parce que c'est de ce côté que le soleil s'avance ; les Grecs et les Latins l'ont nommé par la même raison le côté de la lumière. Dans les livres saints, Yoricnl se prend souvent pour les pays qui sont à l'orient de la Judée, comme l'Arabie, la Perse, la Chaldée ; dans ce sens, il est dit que les mages vinrent de Yorient pour adorer le Sauveur ; quelquefois pour Yorient de Jérusalem ; ainsi était située la montagne des Oliviers (Zach. xiv, 4) ; d'autrefois pour le côté oriental du tabernacle ou du temple (Lcvit. xvi, 14). Mais il désigne absolument le côté du lever du soleil, Matth. xxiv, 27, où il est dit que la foudre part de Yorient à l'occident. Lorsque Isaïe dit, c. xli, v. 2, que Dieu a fait sortir le Juste de Yorient, cela signifie en général un pays éloigné, parce que les Juifs avaient peu de connaissance des peuples occidentaux, desquels ils étaient séparés parla Méditerranée. C'est pour la même raison qu'ils nommaient l'occident, ou l'Europe, les îles, parce qu'ils ne connaissaient guère de ce côté-là queles habi:ants d<?s îles de Chypre, de Candie et les autres do l'Archipel. Le prêtre Zacharie, parlant du Messie, dit que Dieu nous a vtsi-
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tés de l'orient du ciel (Lue. i, 78) ; parce qu'il compare le Messie au soleil. Ce passage fut évidemment allusion à ee qui est dit dans le prophète Zacharie, c. m, v. 8 : « Je forai venir mon serviteur YOrient. » Et c. vi, v. L2 : « Voici un homme dont le nom est YOrient, il naîtra de lui-même, et il bâtira un temple au Seigneur. » Ceux qui cherchent à détourner le sens dos prophéties, disent qu'il est question là de Zorobabel, parce qu'il était venu de Babylone : mais il est dit que cet homme sera prêtre et roi ; cela ne peut convenir ni à Zorobabel ni au grand prêtre Jésus, fils de Jôsédech. Aussi le paraphraste chaldéen et les anciens docteurs juifs ont appliqué constamment cette prédiction au Messie. L'usage des premiers chrétiens était de se tourner du côté de Y orient pour prier Dieu, et l'on était persuadé que cette pratique venait dos apôtres. En bâtissant les anciennes basiliques, on eut l'attention de placer le portail à l'occident, et le chœur avec l'autel à Y orient ; ainsi sont encore tournées la plupart des anciennes églises. Les Pères donnent ditlérentes raisons mystiques de cet usage. Notes de Ménard sur le Sacrum, de saint Grégoire, p. 69. ORIENTAUX (chrétiens). L'on comprend sous ce nom, 1° les Grecs schismatiques ; 2° les jacobites syriens, égyptiens ou cophtes, et les Ethiopiens ; 3° les nestoriens de la Perse et des Indes ; k" les Arméniens ; tous ou presque tous sont séparés de l'Eglise catholique depuis douze cents ans. Nous avons parlé de chacune de ces sectes sous leur nom particulier. On a montré dans le livre de la Perpétuité de la foi, par des témoignages incontestables, et surtout par la liturgie de ces différentes sectes, qu'elles ont la même croyance que l'Eglise romaine sur tous les dogmes que les protestants ont rejetés et contestés, tels que la présence réelle de ïesus-Christ dans l'eucharistie, la transsubstantiation, le sacrifice do la messe, l'adoration du sacrement, le culte et l'invocation des saints, le nombre dés sacrements, et c Vainement les protestants ont voulu argumenter contre ces preuves, ils ne sont pas venus à bout de les anéantir ; aucune de ces anciennes sectes n'a voulu fraterniser avec eux ni souscrire à leur confession de foi; ils sont regardés comme hérétiques chez les Orientaux aussi bien que chez nous. De là même il résulie évidemment que les dogmes, les rites, les usages réprouvés par les protestants, sont plus anciens dans l'Eglise chrétienne que le ve siècle; que ce ne sont point des erreurs et des abus introduits dans les temps d'ignorance et de barbarie, des superstitions inventées par les moines ou par les papes, comme les prétendus réformateurs ont osé le soutenir. Les Orientaux n'ont certainement emprunté de l'Eglise romaine aucun dogme ni aucun usage, depuis leur schisme avec elle, puisqu'ils ont toujours fait profession de la détester. Si ces mêmes dogmes et ces usages avaient été absolument inconnus pendant les trois premiers siècles, et imaginés seulement au iy% les docteurs
schismatiques, charmés d'avoir les griefs contre les catholiques, n'auraient pas manqué de réprouver toutes ces inventions récentes, et de dire comme les protestants, qu'il ial'ait s'en tenir à ce que Jésus-Christ et les apôtres avaient établi. Cependant, au ve siècle, il devait être plus aisé qu'au xvi* de savoir ce qui venait ou ne venait pas des apôtres. Il semble que Dieu ait conservé, chez ces sectes anciennes, la même doctrine et la même discipline pendant douze cents ans, afin qu'elles servissent de témoins en faveur de l'Eglise catholique contre les accusations des protestants. Avant la naissance de ceux-ci, les théologiens catholiques connaissaient très-peu les opinions, les usages, les mœurs des Orientaux; l'on s'en rapportait à ce qu'en avaient dit des voyageurs ou des missionnaires assez mal instruits. Mais comme les protestants ont voulu persuader que ces anciens sectaires pensaient comme eux, et ont fait des tentatives pour leur faire signer des confessions de foi captieuses, les controversistes catholiques n'ont rien négligé pour connaître avec une entière certitude la doctrine et la foi des Orientaux. L'on a recherché et l'on a publié non-seulement les professions de foi solennelles qu'ils ont données, mais les livres de leurs principaux docteurs, et surtout leurs livres liturgiques; et l'on a déposé à la bibliothèque du roi les monuments anthentiques de leur croyance.
Il no reste plus aucun doute sur cet important sujet de controverse, et les protestants ne peuvent rien opposer de solide aux conséquences qui en résultent contre eux. Us disent : Malgré la profession que font les sectes orientales de ne point toucher à la doctrine des apôtres, elles s'en sont néanmoins écartées touchant l'Incarnation et d'autres dogmes ; donc la même profession que fait l'Eglise romaine ne prouve pas qu'elle n'a point innové.
Réponse. L'écart des sectes orientales a été sensible, il a fait grand bruit, il a causé un schisme ; c'est une partie qui s'est séparée du corps, une branche qui s'est détachée du tronc ; mais avant le xvr siècle, quel bruit, quel schisme ont causé les prétendues innovations de l'Eglise romaine? de quel corps s'est-elle détachée? C'est ce qu'il faut nous apprendre. Ils disent, en second lieu, que depuis le schisme des Orientaux, le préjugé tiré du consentement des Eglises apostoliques ne subsiste plus.
C'est une fausseté. Tertullien a très-bien remarqué que toutes les Eglises nées de celles qui ont été fondées parles apôtres, et qu i sont en communion de foi avec elles , sont apostoliques comme elles ; tel est le cas de toutes les Eglises catholiques de l'Occident à l'égard de l'Eglise romaine. Les protestants ont si bien senti la force de l'argument que fournit contre eux la croyance des Orientaux , qu'ils ont f;it tous leurs efforts pour les unir à eux. Toutes ces sectes pensent avec nous et contre les protestants qu'il y a une Eglise visible et enseignante que tout tidèle doit écouler, quoiqu'elles nac-
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cordent point ce titre à l'Eglise romaine. Celte discussion théologique a produit d'ailleurs un grand bien; depuis que les sectes orientales sont mieux connues , l'on a travaillé avec plus de zèle à les réconcilier à l'Eglise catholique. Par les soins des papes, par la protection des souverains de l'Europe, par les succès des missionnaires, il s'est fait des conversions et des réunions, non-seulement parmi les peuples , mais parmi les évoques schismaliques ; le nombre des divers sectaires diminue tous les jours, et, à la réserve desGrecs, les autres sectes orientales semblent toucher deprèsàleur extinction.
Il ne faut pas trop se fier à ce qu'a dit Richard Simon , dans son ouvrage intitulé : Histoire critique de la croyance et des coutumes des nations du Levant. Dans la Perpétuité de la foi, t. V, 1. ix, e. 9, l'abbé Renaudot a fait voir que Simon n'était pas assez instruit; qu'il n'avait pas consulté les livres des nations dont il parle, et qu'il s'est livré trop souvent à de vaines conjectures. Comme il a fait imprimer son livre en Hollande, d a fréquemment adopté ou favorisé les projets des protestants ; et c'est pour cela même qu'ils l'ont tant loué. C'est lui qui, l'un des premiers , s'est avisé de dire que les sentiments des jacobites et des nestoriens ne sont des hérésies que de nom ; La Croze et d'autres protestants l'ont répété ; nous avons prouvé le contraire. Voy. Jacobites, Nestouiens, etc.
Oiui<:\TAux (philosophes). Voy. Gnostiqles.
OK1GÈNE, célèbre docteur de l'Eglise, né l'an 1£5 , mort l'an 253. Il fut disciple de Clément d'Alexandrie; il enseigna comme lui dans l'école chrétienne de cette ville, et fut surnommé Adamantins , infatigable , à cause de son assiduité au travail, de la multitude de ses écrits et de son courage dans les épreuves auxquelles il fut exposé. 11 souffrit -pendant la persécution de Dèce , et il ne tint pas à lui de remporter la couronne du martyre, à l'exemple de saint Léonide son père. Il fut élevé au sacerdoce par les évoques de la Palestine, et il donna pendant toute sa vie d s exemples héroïques de vertu. Il convertit à la foi chrétienne une tribu d'Arabes, fit rcntrerdansle sein de l'Eglise plusieurs hérétiques, étouffa plusieurs erreurs naissantes, et il laissa un grand nombre de disciples qui ont fait honneur à l'Eglise. La meilleure édition q*e ses ouvrages a été donnée par les Pères de la 'Rue , oncle et neveu, bénédictins, en quatre volumes in-folio, dont le dernier a été publié en 1759. Le premier tome renferme quelques lettres d'Ori- <jrne, ses livres des Principes, un Traité de la Prière, une Exhortation au Martyre , et les luit livres contre Celse. Les trois suivants contiennent les commentaires de ce Père sur les dilTérents livres de l'Écriture s iinte ; mais il en avait fait un plus grand nombre et d'autres écrits qui ne sont pas venus jusqu'à nous. On a placé dans le quatrième tome 1 ouvrage de AL Huet , intitulé Origeniana, dans lequel ce savant évèque discute les opinions d'Origènc avec beaucoup d'exacti-
tude. Le traité intitulé Origenis philocalia , (pu se trouve après les livres contre Celse dans l'édition de Spencer, in-4°, n'est point d'Origène lui-même ; c'est un recueil d'endroits choisis de ses ouvrages, fait par saint Basile et par saint Grégoire de Nazianze. Quant au travail qu'il avait fait sur le texte et sur les versions de l'Ecriture sainte, voy. IIexaples et Octapi.es.
Il n'est aucun Père de l'Eglise qui ait joui d'une plus grande réputation , qui ait été exposé à de plus cruelles épreuves , et sur lequel on ait porté des jugements plus opposés. « Sa vie, dit Tillemont , son esprit, sa science, l'ont fait d'abord admirerde tout le monde; il a été encore plus fameux par la persécution qui s'est ensuite élevée contre lui, ou par sa faute , ou par malheur, ou p->.r la jalousie que l'on avait conçue de sa réputation. Il s'est vu chassé de son pays , déposé du sacerdoce , excommunié même par son évoque et par d'autres, en môme temps que de grands saints soutenaient sa cause , et que Dieu semblait se déclarer pour lui , en faisant entrer par lui dans la vérité et dans le sein de son Eglise des hommes qu'elle regarde comme ses plus grands ornements.
Après sa mort il a eu le môme sort que pendant sa vie. Les saints mômes se sont t.ouvés opposés les uns aux autres sur son sujet. Des martyrs ont fait son apologie, et des martyrs ont fait des écrits pour le condamner. Les uns l'ont regardé comme le plus grand maîtie qu'ait eu l'Eglise après les apôtres» 1rs aut es l'ont détesté comme le père des héré ies qui sont nées après lui. Ce dernier larti s'est enfin rendu si fort dans l'Orient, par l'autorité d'un empereur qui voulait être e maître et l'arbitre des affaires de l'Eglise, qu'Origine a été frappé d'anaihôme, soit par le cinquième concile œcuménique , soit par un autre tenu vers le même temps, et qui a été suivi en ce point par tous les Grecs. » Mém., lom. III, pag. Wi.
Aujourd'hui encore les jugements des modernes touchant la doctrine de ce Père ne sont pas plus uniformes que ceux des anciens.Les prolestants, toujours intéressés à déprimer les Pères, ne lui ont fait aucune grâce. Bayle, Le Clerc, Beausobre, Mosheim, Brucker , Barbeyrac et d'autres , l'ont censuré avec un excès d'amertume ; ces grands prédicateurs de la tolérance, qui excusent tous les hérétiques, s'arment de la foudre pour accuser les Pères de l'Eglise. Parmi les critiques catholiques, les uns ont été beaucoup plus modérés et plus indulgents que les autres ; les savants éditeurs d'Origène l'ont souvent justitié contre la censure trop sévère de M. Huet. Ce qui fait le plus d'honneur à Origène, c'est la modération avec laquelle il a répondu à ses ennemis. Kufin et saint Jérôme rapportent des fragments d'une lettre qu'il écrivit après avoir été excommunié par l'évoque d'Alexandrie, Il cite les paroles de saint Jude; il dit que saint Michel ne voulut prononcer aucune malédiction contre le diable, que de le menacer du jugement de Dieu; ensuite il déclare qu'il veut user de mode-
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ration dans ses paroles aussi bien que dans son manger. « Je me contente, dit-il, délaisser mes ennemis et mes calomniateurs au jugement de Dieu; je me crois plus obligé d'avoir pitié d'eux que de les haïr, et j'aime mieux prier Dieu qu'il leur fasse miséricorde que de leur souhaiter aucun mal, puisque nous sommes nés pour prononcer des bénédictions et non des malédictions. » Il se plaint ensuite de ce que l'on a corrompu ses écrits, et qu'on lui en suppose d'autres dont il n'est pas l'auteur. 11 désavoue entin l'erreur qu'on lui attribue, de croire le salut futur des démon*. Tillemont , ibid. Ce n'est pas là le ton d'un hérétique obstiné. Tous ces censeurs, sans exception, sont forcés de rendre justice à la beauté de son génie et à l'étendue de ses connaissances; mais comment concilier avec la pénétration de son esprit la grossièreté des e.reurs, soit philosophiques, soit théologi'iucs, dont on l'accuse? Voilà d'abord ce qu'il n'est pas aisé de concevoir. Dans les canons grecs du cinquième concile, il est condamné pour avoir enseigné, 1° que dans la Trinité, le Père est plus grand que le FjIs, et le Fils plus grand que le Saint-Esprit. Sur ce point, Bullus , Bossuel, Huet lui-même et les éditeurs d'Origène , l'ont justifié. Saint Athanase , sa'nt Basile, saint Grégoire de Nazianze , avaient déjà pris sa défense; pouvait -il avoir des apologistes plus respectables? Voy. Orig., de Principiis , 1. iv, n° 28. 2° Que les âmes humaines ont élé créées avant les corps, et qu'elles y ont été renfermées en punition des péchés qu'elles avaient commis dans un état antérieur. M. Huet fait voir qu Origène n'a proposé cette opposition qu'en doutant, et sans l'approuver, de Principiis , 1. n , c. 8 , n" 4 et 5. 3° Que l'Ame de Jésus- Christ avait été unie au Verbe avant l'incarnation. M. Huet fait encore voir qu'Origine ne l'a point soutenu dogmatiquement et positivement. 4° Que les astres sont animés , ou sont la demeure d'une àme intelligente et raisonnable. C'était l'opinion de la plupart des anciens philosophes ; mais M. Huet cite plusieurs passages qui prouvent qn'Origène en doutait. 5° Qu'api es la résurrection, tous les corps auraient une ligure sphérique. Les éditeurs d'Origène conviennent que telle a été son opinion , mais elle ne lire à aucune conséquence. 6° Que les tourments des damnés finiraient un jour, et que Jésus-Christ, qui a été crucifié pour sauver les hommes , le serait une seconde fois pour sauver les démons. L'on ne peut pas nier qu'Origène n'ait cru que le supplice des damnés finirait un jour, et que peut-être les démons se convertiraient; mais loin d'avoir pensé que Jésus-Christ serait crucifié une seconJe fois , il argumente sur le prix infini de la mort du Sauveur, sur ce qu'il est dit que cette mort a été le jugement du monde, etc. Ajoutons que quand il aurait effectivement enseigné toutes ces erreurs, il les a pour ainsi dire rétractées d'avance par la profession de foi qu'il a mise dans la préface de ses livres des Principes, dans laquelle il distingue les dog-
mes révélés dans l'Ecriture sainte d'avec les opiirons sur lesquelles il est permis à un théologien de rechercher et de proposer ce qui lui parait le plus probable ; il déclare formellement que l'on ne doit regarder comme vérités que ce qui ne s'écarte point de la tradition ecclésiastique et apostolique. Si les partisans d'Origène avaient élé aussi dncils s et aussi tournis à l'Eglise que lui , ils ne se seraient pas avisés d'ériger en dogmes des opinions qu'il n'a proposées qu'en doutant, et ils n'auraient pas atliré sur lui une condamnation qui a flétri s!i mémoire.
Brucker , mécontent de la manière dont M. Huet a justifié ou excusé la plupart des opinions d'Origène , attribue à ce Père d'aut; es erreurs beaucoup plus grossie, es et plus pernicieuses, comme d'avoir enseigné, non la création proprement dite , mais l'émanation de la matièi e hors du sein de D eu, et d'avot borné la toute-puissance divine ; d'avo r cru que Dieu, les anges et les âmes humaines ne peuvent subsister sans être revêtus d'un corps subtil ; d'avoir admis en Dieu , non trois Personnes, mais trois substances, etc. Brucker prétend que le savant Huet n'a pas saisi les vrais sentiments d'Origène, parce qu'il n'a pas connu le système de philosophie que l'école d'Alexandrie avait adopté , et qui était un mélange de philosophie orientale et de platonisme. Selon lui , en rapprochant les différentes opinions d'Origène , on voit qu'elles se tiennent et dérivent toutes de l'hypothèse fies émanations, qui en est la clef. Hist. christ, philos., t. 111, 1. in, c. 3, § 16, p. 443. 11 n'a fait que copier Mosheim, Hist. christ., sœc. 5, §27, p. 612 et suiv. Bel exemple des travers de l'esprit systématique! Où est la preuve de ce fait essentiel ? Origène , disent ces censeurs , a certainement suivi le système des émanations, puisque c'était celui des philosophes d'Alexandrie, dont il avait été disciple. Et comment s'avons-nous que c'était là leur système ? C'est que Plotin, Porphyre, Jarablique, etc., philosophes païens et instruits à la même école, le soutenaient. Mais parce que des raisonneurs païens rejetaient le dogme de la création clairement enseigné clans l'Ecriture sainte, s'ensuit-il que des docteurs chrétiens, tels que Pantœnus, Clément d'Alexandrie et Origène, le rejetaient aussi? 11 s'ensuit le contraire, et leurs ouvrages en font foi.
En effet, 1° Origène , dans son traité des Principes, liv. n, c. 1, n° 4, professe formellement le dogme de la création , et il le prouve par un raisonnement sans réplique. « Je ne conçois pas , dit-il , comment de si gran Is hommes ont pu admettre une matière incréée qui n'a pas été faite par Dieu, créateur de toutes choses, et dont la nature et la capacité sont un effet du hasard. Ils accusent d'impiété ceux qui nient que Dieu ait fait le monde et qu'il le gouverne, et ils commettent le même crime en disant que la matière est incréée et coélerneile à Dieu
Comment ce qui s'est trouvé par hasard at-il pu suffire à Dieu pour faire un si grand cuvrnge, pour y exercer sa puissance et sa
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sagesse par la construction et l'arrangement du monde? Cela me paraît très-absurde et digne de gens qui ne conçoivent ni l'intelligence ni la puissance d'une nature incréée... Si Dieu avait fait la matière, serait-elle autre qu'elle n'est, et plus propre à ses desseins?» Origine a très-bien compris , 1° que ce qui n'existe point par la volonté d'un être intelligent est l'effet du hasard ou d'une nécessité aveugle; 2° que c'est Dieu qui par sa puissance et par son intelligence, ou par une volonté libre , a réglé la quantité , l'étendue , la capacité , les propriétés de la matière. Tout cela est-il compatible avec le système des émanations? Ce Père prouve le dogme de la création par les passages de l'Ecriture sainte dont nous nous servons encore. 11 cite les paroles du second livre des Machabées, c. xxvn, v. 28, où il est dit que Dieu a tout fait de rien, ou de ce qui n'était pas. Il cite le livre du Pasteur, Mand. 1, qui répète la môme chose. Ensuite ces mots du psaume cxlviii, v. 5 : 11 a dit et tout a été rait ; il a commandé et tout a été créé. « Par es premiers mots de ce texte , dit Origine , e Psalmiste paraît avoir entendu la substance de ce qui est ; par les suivants , les qualités avec lesquelles la substance a été formée. » Il ne s'exprime pas d'une manière moins décisive, dans son Commentaire sur le premier verset de la Genèse et ailleurs; enfin il admet expressément la création de, l'esprit, L. ii de Princip., c. 9, n° 2. Mosheim ni Brucker ne sont pas pardonnables d'avoir dissimulé ce fait , et d'avoir toujours argumenté sur la supposition contraire. Or, le dogme de la créatiun une fois admis, le système des émanations et toutes les conséquences que nos deux critiques ont voulu en tirer tombent par terre. Dès que Dieu opère par le seul vouloir, il s'ensuit que sa puissance est intinie, que la création a été un acte très-libre de sa volonté, que la matière n'existait pas auparavant , que Dieu lui a donné telles bornes et telles formes qu'il a voulu, etc. Voy. Création. Si l'on nous répond qu' Origine n'a pas compris toutes ces conséquences, que souvent il n'est pas d'accord avec lui-môme , et qu'il contredit sa propre doctrine; donc ses censeurs ont tort de vouloir faire de ses opinions un tout lié, suivi, conséquent dans toutes ses parties, un système complet de philosophie puisé dans les leçons d'Ammonius et de l'école d'Alexandrie. Le fait certain est qu'Origine, en parlant de la naissance de la matière , ne s'est servi ni du terme d'émanation ni d'aucun autre équivalent. Nous ne concevons pas comment le savant Huet a pu attribuer à Origine le système des émanations , Origenian., lit», n. q. 12, n° 4 ; comment il a pu l'accuser d avoir borné la puissance de Dieu, ibid., c. 2, q. 1, n° 1, ni comment les éditeurs de ce Père, qui l'ont justifié sur tant d'autres articles, ne l'ont pas défendu sur celui-là. On comprend encore moins comment Brucker a pu pousser l'entêtement systématique jusqu'à prétendre que le système des émanations'est la base de toute la philosophie d'O-
rigène , llist. crit. philos., t. V, p. 453, et que , dans son style , toutes choses ont été créées par émanation, t. VI, pag. G46. Nous soutenons que, dans le s'yle de ce Père, création et émanation sont deux idées contradictoires.
2° Au mot Espkit, nous avons fait voir qu' Origine a reconnu et prouvé la parfaite spiritualité de Dieu; donc il est impossible qu'il ait supposé que la matière est sortie du sein de Dieu par émanation, ni que Dieu ne peut être sans un corps; Dieu avail-il un corps avant d'avoir créé la matière?
3° Loin d'épouser les sentiments d'aucun de ses maîtres, ce Père conseillait à ses propres disciples de s'abstenir de ce défaut, de ne s'attacher à aucune secte ni à aucune école, mais de choisir dans les écrits des divers philosophes ce qui paraîtrait le plus vrai ou le plus probable ; en un mot, de suivre la méthode des éclectiques. C'est la leçon qu'il avait donnée à saint Grégoire Thaumaturge et à son frère Athénodore, Grat. paneg. in Origen.,i\. 13; mais dans les matières théologiques il leur avai! recommandé de ne se fier qu'à la parole de Dieu, aux prophètes ou aux hommes inspirés de Dieu, ibid., n. 14. Saint Grégoire atteste qu'Ongine ne manqua jamais de confirmer ses préceptes par son exemple, n. 11, et l'on veut nous persuader que, contre la règle qu'il prescrivait, il suivit constamment la doctrine d'Ammonius son maître, et de l'école d'Alexandrie.
4° Dans les articles Emanation, Platonisme, Théologie mystique, nous réfutons le prétendu mélange fait dans cette école de la philosophie des Orientaux avec celle de Platon ; cette hypothèse n'est ni prouvée ni probable; ceux qui l'ont imaginée n'ont pas pu nous dire en quel temps, par qui, ni de quelle manière la doctrine des Orientaux a pénétré en Egypte. Les gnostiques qui la suivaient ne prétendaient point l'avoir reçue des Egyptiens, mais de Zoroastre et des autres philosophes persans ou indiens ; Brucker en est convenu ; or, dans les livres do Zoroastre que nous avons à présent, on no trouve ni le système des émanations ni les conséquences absurdes que les philosophes d'Alexandrie en avaient déduites. Plotin, après avoir étudié pendant" pi us de dix ans la philosophie, sous Ammonius, entreprit le voyage de l'Orient pour aller apprendre celle des Orientaux ; donc elle n'était pas enseignée en Egypte. Ce fut l'an 243, et alors Origine n'était plus à Alexandrie, il en était sorti l'an 242.
Après avoir renversé le fondement sur lequel Mosheim et Brucker ont appuyé leurs accusations contre ce Père, et les plans qu'ils ont dressés de sa doctrine, il serait inutile de les réfuter en détail; nous l'avons fait dans plusieurs articles de notre ouvrage. C'est suitotit à l'égard de ce grand homme que nos doux critiques ont abusé de la méthode d'attrbuerà un auteur, par voie de conséquence, des erreurs qu'il n'a jamais enseignées expressément, qu'il a peut-être môme désa-
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