‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 156 sur 228 · OSI · texte numérisé non relu

OSI

OSÏ

par miracle. Mais, outre que le lieu de la naissance de ce prophète n'est pas connu, il est évident par sa prophétie qu'il n'avait aucune part à l'idolâtrie ni au schisme de Samarie, puisqu'il l'appelle Bethaven , maison d'iniquité, qu'il lui reproche ses infidélités et lui annonce le châtiment terrible que Dieu veut en tirer. Selon nos critiques, dans le ch. i, v. 2 et 3, Dieu commande à Osée de prendre une prostituée, d'en avoir des enfants, par conséquent, de vivre avec elle dans le crime. Mais ils traduisent infidèlement le texte; il porte : « Prenez pour épouse une prostituée ou plutôt une femme idolâtre de Bamarie, La Vulgate ajoute, faites-vous des enfants, et l'Hébreu dit simplement et des enfants de fornication, ou nés d'un mauvais commerce. 11 est évident, 1" que l'idolâtrie des Samaritains est appelée fornication ou prostitution, non-seulement par Osée, mais par d'autres prophètes ; la terre des fornications est une terre ido'âtre ; par conséquent une femme et des enfants de fornication sont un*' Samaritaine et ses enfants. 2* Quand il s'agirait d'une prostituée, ce n'est pas un crime de l'épouser, c'est au contraire la retirer du désordre, et les enfants qui en naîtront ne peuvent être appelés enfants de fornication que par rapport à 1 1 vie précédente de leur mère. Les obscénités grossières que le plus célèbre de nos incrédules a vomies à cette occasion ne prouvent que la corruption dégoûtante de ses mœurs.

Dans Je ch. iu, v. 1, Dieu ordonne encore à Osée de témoigner de l'affection à une femme adultère , mais il ne lui commande ni do l'épouser, ni d'avoir commerce avec elle ; au contraire, le prophète dit à cette femme : « Vous m'attendrez longtemps, vous n'aurez commerce avec aucun homme, et je vous attendrai moi-môme, parce que les Israélites s>eront longtemps sans rois, sans chefs, sans sacrifices, etc., et ensuite ils reviendront au Seigneur : » il n'est donc encore ici question d'aucun crime ni d'aucune indécence. Chapitre xiv, v. 1, Osée lance, dit-on, des malédictions furieuses contre les Samaritains : « Périsse Samarie, parce qu'elle a irrité si n Dieu! que ses habitants meurent par le glaive, que ses enfants soient écrasés, que ses femmes enceintes soient éventréesl » De là on a conclu doctement que les prophètes juifs étaient des fanatiques furieux qui se croyaient tout permis contre les schismatiques et les hérétiques. Ne sont-ce pas plutôt leurs calomniateurs qui méritent ces titres? Ici, ce n'est pas le prophète qui parle, c'est Dieu qui annonce ce qu'il veut et ce qu'il fera, c. xm, v. 4 : Je suis le Seigneur ton Dieu, etc. ; » c. xiv, v. 9 : C'est moi qui exaucerai Éphraïm ; je le ferai croître comme un sapin vert, etc. Osée a-t-il pu ainsi parler de son chef? D'ailleurs, au mot Imprécation, nous avons fait voir que les malédictions qui se trouvent dans les prophéties et dans les psaumes sont des prédictions et rien de plus.

Ot'IANDRIENS, secte de luthériens, formée j ar André Osiander, disciple, collègue et en-

suite rival do Luther. Pour avoir lo plaisir do dogmatiser en chef, il soutint, contre son maître, que nous ne sommes point justifiés par l'imputation delà justice de Jésus-Christ, mais que nous le sommes formellement par la justice essentielle de Dieu. Pour le prouver, il répétait à tout moment ces paroles t d'Isaïe et de Jérémic : Le Seigneur est notre justice. Mais quand ils disent que Dieu est notre bras, notre force, notre salut, s'ensuitil qu'il l'est formellement et substantiellement? Celte absurdité, imaginée par Osiander, ne laissa pas de partager l'université de Kœnigsberg, et de se répandre dans toute la Prusse. Ce prédicant, d'ailleurs, n'était pas très-réglé dans ses mœurs, non plus que ses collègues. Voy. Luthériens.

* OSIHIS. Il n'est pas une divinité du paganisme au fond de laquelle ou ne retrouve quelque idée de la révélation primitive. « Le dogme delà Trinité, dit Selunitt, celui de l'Unité, sont la base et la pierre fondamentale des mystères. A cette idée première se rattache immédiatement la croyance en un dieu révélé et réconciliateur, qui en est l'objet essentiel. Cette croyance donna lieu aussi à l'espèce de représentation dramatique, si intimement liée au culte, que l'on offrait annuellement au peuple. Voici en quoi consistait ce spectacle : « Le dieu révélé ( Osiris, honoré sous l'emblème du soleil) naît sous la forme d'un enfant; une étoile annonce sa naissance. Le dieu grandit, se trouve obligé de prendre la faite, poursuivi par des animaux féroces ; succombant enfin a la persécution, il meurt. Alors commence un deuil solennel; le dieu du soleil, naguère privé de la vie, ressuscite, et Ton célèbre sa résurrection. i Suivant d'autres témoignages (Plut., de h de et Os ride), le> Egyptiens avaient la mer en horreur ; ils l'appelaient Typhon, et racontaient que Typhon (qui était leur mauvais principe, de même qu'Ahriman était celui des Perses) avait poursuivi son trère Osiris; qu'il l'avait enfermé dans un collre, le 17 du mois Alhyx, qui est le deuxième après l'équinoxe d'automne. Il ne sufiit point à Typhon d'avoir, à l'aide de soixante et douze conspirateurs, ainsi enfermé son frère Osiris, de l'avoir tué et jeté ensuite dans la mer avec le coifre : la sage Isis, instruite du sort de son époux, ayant trouve son cadavre que les eaux avaient ramené sur le rivage, conservait ce triste débris, quand Typhon le découvrit et le coupa en morceaux. La déesse parvint, néanmoins, à rassembler les membres épars d'Osiris et à les réunir dans une tombe. Chose miraculeuse! ses membres une fois déposés dans le tombeau, Osiris, à ce que l'on prétend, recouvra la vie. Le sens de celte histoire s'expliquait dans les mystères. Comme le dieu qui avait daigné habiter parmi les hommes était honoré sous l'emblème du soleil, son culte devint celui de cet astre, et les circonstances de son histoire furent mises en rapport avec le cours du soleil. C'est ainsi que les honneurs, d'abord rendus à la Divinité, dégénérèrent en une simple adoration de la lumière, et que l'allégorie primitive se matérialisa, pour ainsi dire. L'iiolàtrie de l'Egypte résulte de la prépondérance qu'usurpèrent les noms et les emblèmes sur les idées religieuses. Au commencement l'idée était traduite par un symbole; puis on lui attribua un nom, on la personnifia, et ainsi se constitua le culte des idoles. Notre intérêt doit naturellement se concentrer sur Je nom d'Osiris. C'est ce dieu bienfaisant que nous trouvons chez tous les peuples, qui habite au milieu des hommes, et qui les rend heureux. L'Egypte, comme toutes les autres contrées, l'honora sous l'image du soleil. Il subit une persécution, de cruelles souffrances et enfin la mort. Vénéré dans les mystères égyptiens, comme uit mot emblématique et exprès-

PAC

PAC

sif, le nom d'Osiris atteste à nos yeux l'cxistancc de conséquence, en voyant la même idée, sauf h diverla tradition relative à la future rédemption du monde, site des termes, se reproduire fidèlement ekez tous Aucun homme raisonnable ne se refusera à cette les peuples.

PACIAIRES. Voy. Trêve de Dieu.

PACIEN (saint), évêque de Barcelone, mort sur la fin du ive siècle et mis au rang des Pères de l'Eglise. 11 a laissé quelques ouvrages qui se trouvent dans la Bibliothèque des Pères et dans le Recueil des Conciles d'Espagne ; le principal est une réfutation des donatistes et des novatiens.

PACIFIQUE (hostie). Voy. Hostie.

Pacifiques, ou Pacificateurs. On nomma ainsi, 1° au vr siècle, ceux qui suivaient YHénotîque de l'empereur Zenon, et qui, sous prétexte de réconcilier les catholiques avecles eutychiens, s'écartaient desdécisions du concile de Chalcédoine ; comme s'il était permis de chang r quelque chose à la foi de l'Eglisepar complaisance pour les hérétiques. Voy, Hénotique — 2" Au xne siècle, ceux qui formèrent entre eux une association religieuse et guerrière, pour purger nos provinces méridionales (l'une multitude de bandits, qui, sous le nom de brabançons et de eutereaux, y exerçaient desviolences inouïes pillaient le sacré et le profane, m< Raient les villes et les villages à feu et h sang. Celait un reste de troupes anglaises que les fils du roi d'Angleterre avaient accoutumées au pil^ lage. L'association dont nous parlons se forma vers J'an 1183, au Puy en Vêlai, et les historiens du temps en citent des prodiges de valeur, Ilist. de VEgl. gallie., tom. X, 1. xxvm,an 1183.-3° On donna encore, dans le xvi* siècle, le même nom à certains anabaptistes qui parcouraient les bourgs et les villages, eu disant qu'ils annonçaient la paix, et qui par cet artifice séduisaient les peuples, lût général les hérétiques ne veulent la paix qu'à condition que l'on suivra leur doctrine et que l'on adoptera toutes leurs idées. — W/on a pu enfin désigner ainsi les théologiens syncrétistes ou conciliateurs, qui ont cherché un milieu pour accorder soit les catholiques avec les protestants, soit les différentes sectes de ces derniers entre elles, et qui tous ont fort mal réussi. Voy. Syncrétistes.

PACTE, convention expresse ou tacite faite avec le démon, dans l'espérance d'obtenir par son entremise des choses qui passent les forces de la nature. Un pacte peut donc être exprès et formel, ou tacite et équivalent. Il est censé- exprès et foimel, 1" lorsque par soi-même l'on invoque expressément le démon, et que l'on demande son secours, soit que l'on voie réellement cet esprit de ténèbres, soit que l'on croie le voir; 2° quand on 1 invoque par le ministère de ceux qu'où croit être en relation et en commerce avec lui. Le pacte est seulement tac le ou équivalent lorsque l'on se borne à faire une chose

de laquelle on espère un effet qu'elle ne peu t produire naturellement ni surnaturellemenl et par l'opération de Dieu, parce qu'alors on ne peut espérer cet effet que par l'intervention du démon. Ceux, par exemple, qui prétendent guérir des maladies par des paroles, doivent comprendre que les paroles n'ont pas naturellement cette vertu. Dieu n'y a pas attaché non plus cette efficacité ; si donc elles produisaient cet effet , ce ne pourrait être que par l'opération de l'esprit infernal. De là les théologiens conclurent que nonseulement toute espèce demagie, maisencore toute espèce de superstition renferme un pacte, au inoins tacite ou équivalent, avec le démon, puisqu'aucune pratique superstitieuse ne peut rien produire, à moins qu'il ne s'en mêle. C'est le sentiment de saint Augustin, de saint Thomas et de tous ceux qui ont traité cette matière. 11 n'est pas nécessaire de prouver que tout pacte avec l'esprit impur est un crime abominable ; puisque l'invoquer expressément ou équiva'emment, c'est lui rendre un culte, c'est donc un acto d'idolâtrie ; attendre de lui ce que l'on sait bien que Dieu ne veut pas nous accorder, c'est en quelque manière le mettre à la place de Dieu, et lui donner plus de confiance qu'à Dieu. La loi divine le défend expressément : Jésus-Christ a mis en fuite l'esprit tentateur, en lui répétant ces paroles de la loi : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et tu le serviras seul (Mattli. iv, 10) ; il est venu sur la terre pour détruire les œuvres du démon (7 Joan. ni, 8). L'Eglise, dans tous les temps, a condamné toutes les pratiques superstitieuses ou magiques, et a dit anathème à ceux qui y avaient recours. C'est un reste de paganisme d'autant plus difficile à déraciner, que la curiosité, l'intérêt aveugle, l'envie de se délivrer promptement d'un mal ou d'obtenir un bien, sont des passions à peu près incurables. La seule raison, qui peut dominer jusqu'à un certain point le crime des superstitions, est l'ignorance ou plutôt la stupidité de ceux qui les pratiquent. Thiers, Traité des Superst., 1. 1, 1. 1, c. 1 et 10. Nos philosophes, toujours très-confiants en leur propres lumières, ont décidé que tout pacte et tout commerce avec le démon sont purement imaginaires ; que si quelques insensés ont cru traiter réellement avec lui, ce n'a pu être qu'en rêvant; que tous ceux qui se sont vantés d'opérer des prodiges patson entremise sont des imposteurs, et (pie tous ceux qui y ajoutent foi sont des imbéciles. Ils prétendent que les lois de l'Eglise et les décisions des théologiens ne peuvent aboutir qu'à entretenir sur ce point la crédulité et les erreurs populaires. — 1° Quand il serait vrai que tout ce que l'on a cru et pu

PAG

PAG

hlié dans lous les siècles touchant les opérations du démon sont des fables, les insensés dont nous parlons ne seraient pas moins coupables, puisqu'ils ont eu réellement la volonté et l'intention d'avoir directement ou indirectement commerce avec l'esprit impur. Les lois et les censures de l'Eglise seraient donc toujours justes ; elles sont absolument nécessaires pour préserver les peuples de toute confiance aux pratiques superstitieuses, puisqu'cnlin le peuple est incapable de se détromper de ses erreurs par des spéculations philosophiques; et quand il serait en état d'y comprendra quelque c!iose, les philosophes ne se donneraient pas la peine de l'instruire. — 2° Ces savants dissertateuis sont-ils en état de démontrer par des preuves positives la fausseté de tout ce quiaété dit sur ce point par les écrivains sicrés, par les anciens philosophes, par les Pères de l'Eglise, par les voyageurs qui se donnent pour témoins oculaires de ce qu'ils rapportent ? Il est aisé de dire, Cela n'est pas vrai, cela est impossible ; mais où est la démonstration? Des témoignages positifs sont une preuve, l'ignorance incrédule n'en est pas une. — 3* Ce ne sont point les lois de l'Eglise ni les opinions des théologiens qui ont persuadé aux Caraïbes de l'Amérique, aux Indiens, aux nègres de Guinée, ni aux Lapons, qu'ils sont en commerce avec des esprits, ni qui leur ont appris à pratiquer la magie ; cet art infernal est plus ancien que le christianisme, et notre religion l'a extirpé, ou du moins l'a rendu très-rare partout où elle s'est établie. Voy. Démon , Magïk , etc.

Pacte social. Voy. Société.

PiEDOBAPTIS.MK. Voy. Baptême des entants.

PAGANISME, païens. Le paganisme est le polythéisme joint h l'idolâtrie, c'est-à-dire la croyance de plusieurs dieux et le culte qu'on leur rend dans les idoles ou simulacres qui les représentent. On croit que ce nom est venu de ce qu'après l'établissement du christianisme, les habitants de la campagne que nous nommons les paysans, pagani, furent les derniers qui demeurèrent atïachés au culte des faux dieux, et qui continuèrent h le pratiquer, pendant que les habitants des villes et tous les hommes instruits s'étaient faits chrétiens. De là il est arrivé que polythéisme, idolâtrie, paganisme, sont devenus des termes synonymes. Depuis qu'il a plu aux incrédules do justifier ou d'excuser toutes les fausses religions pour calomnier la vraie, de pallier les absurdités et les crimes du paganisme, afin de les faire retomber sur les adorateurs d'un seul Dieu, il e*t devenu nécessaire de connaître à fond lo système des païens, son origine, ses progrès, les effets qu'il a produits, les conséquences qui s'en sont ensuivies; sans cela l'on ne comprendrait pas assez l'importance du service que les leçons de Jésus-Christ ont rendu au genre humain, et l'on ne serait pas en état de réfuter l'odieux parallèle que les hérétiques ont osé faire entre le culte pratiqué

dans l'Eglise catholique et celui des païens. Nous croyonsavoir déjàsufiisamment éclai>ci ce sujet au mot Idolâtrie ; mais nous n'avons pas encore discuté les divers systèmes que nos adversaires ont imaginés pour en imposer aux ignorants. Ils ont môle d'ailleurs à cette matière certaines questions incidentes, touchant lesquelles il est bon de savoir ce qu'il y a de vrai ou de faux.

Nous avons donc à examiner, 1° si les die ix des païens ont été des hommes, et si l'idolâtrie a commencé dans le monde par le culte des morts ; 2° si le polythéisme a été la première religion du genre humain; 3' si les polythéistes ont admis un Dieu suprême auquel ait pu se rapporter le culte rendu aux dieux populaires; i° si l'on peut en quelque manière excuser l'idolâtrie; 5° si les lois portées par Moïse contre ce crime étaient trop sévères; 6° si parmi les Pères de l'Eglise il y en a quelques-uns qui l'aient excusé, et d'autres qui l'aient condamné avec trop de rigueur; 7" do quelle manière les païens ont défendu leur religion lorsqu'elle a été attaquée par les docteurs chrétiens ; 8° si les proiestants sont venus à bout do prouver que le culte rendu aux saints cl à leurs images par les catholiques est une idolâtrie. On doit prévoir que dans toutes ces discussions nous serons souvent obligés de répéter en gros les principes et les farts que nous avons posés ailleurs.

§ I. Les dieux du paganisme ont-ils été des hommes? Au mot Idolvtkie, nous avons prouvé par l'Ecriture sainte, par le sentiment des philosophes les plus célèbres, par le récit des poètes, que ces dieux prétendus étaient des esprits, des génies, des intelligences que les païens supposaient logés dans toutes les parties de la nature, et auxquelles ils en attribuaient tous les phénomènes ;que c'étaient par conséquent des êtres imaginaires qui n'ont jamais exist'.Ce sentiment, quelque certain qu'il nous ait paru, a été attaqué par de savants écrivains ; ils ont pensé que le polythéisme a commencé par honorer les âmes des morts, qu'ainsi les dieux des païens ont été des hommes qui ont vécu dans les premiers âges du monde. Quoique nous fassions beaucoup de cas de leur érudition, ils ne nousparaissentavoir fondé leurs différentes hypothèses que sur des vraisemblances, et non sur aucune \ reuve positive ; aucun n'a directement attaqué celles que nous avons données de notre opinion, c'est assez déjà pour nous y confirmer. Mais nous en avons encore plusieurs à proposer. — 1° L'on ne peut pas douter que le polythéisme et l'idolâtrie ne soient nés chez des nations plongées dans l'état de barbarie, puisque l'on n'en a presque trouvé aucune dans cet état qui ne fût polythéiste et idolâtre. Pour l'être, il n'est pas nécessaire d'avoir des statues ou des images travaillées, il sufiit d'adorer un objet matériel quelconque, en le supposant animé par un génie intelligent et puissant, duquel dépend notre destinée. Lorsque les Grecs adoraient Vénus sous la forme d'une borne ou d'une pyramide blan-

PAU

PAG

che, ils n'étaient pas moins idolâtres que quand ils offrirent leur encens à la Vénus ue Praxitèle. Mais dans l'état sauvage, lorsque les familles sont encore éparses, isolées, tout occupées de leur subsistance animale, il ne peut y avoir parmi elles aucun personnage assez important ni assez grand pour s'attirer l'attention de ses semblables. On ne peut en citer aucun exemple chez les peuples anciens ni chez les sauvages modernes. Tous connaissent cependant des esprits, des génies, des manitous, des fétiches, qu'ils redoutent et qu'ils révèrent, et ces esprits ne sont point les âmes des morts. — 2° Suivant l'histoire sainte, les Chaldéens ont été les plus anciens polythéistes, et, selon le témoignage de tous les auteurs profanes, ils adoraient les astres. S'ils avaient aussi rendu un culte aux âmes des morts, il serait fort singulier qu'ils n'eussent divinisé aucun des anciens patriarches, qui étaient leurs aïeux, et desquels ils ne pouvaient avoir perdu la mémoire. Noé et Sein, qui étaient la tige de leur nation, ne méritaient-ils pas plutôt des autels qu'un prétendu roi Relus qu'on leur donne pour premier roi, et dont 1 existence n'est rien moins que certaine ? Il en est de môme des Egyptiens ; ils reconnaissaient Menés pour leur premier roi, et il est très-probable que Menés était Noé ; mais ce n'éla t pas leur premier dieu. Suivant tous les auteurs égyptiens, le lègne des rois avait été précédé chez eux par le règne des dieux, et ceux-ci, tels qu'Osiris, Sérapis, ïsis, Anubis, çtc,, n'étaient certainement pas des hommes, quoique plusieurs écrivains se soient obstinés à les regarder comme tels. — 3° Chez les Grecs et chez les Romains, le culte des grands dieux, des dieux anciens, fut toujours distingué d'avec celui des héros ou des grands hommes; nous le voyons par la théogonie d'Hésiode, qui est le plus ancien des mythologues. Or, si les grands dieux, tels que Jupiter, Mars, Vénus, etc., avaunt été des hommes, cette distinction ne serait fondée sur rien. La plus ancienne apothéose dont les Romains eussent connaissance était celle de Romulus. De môme, chez les Chinois, le culte des ancêtres est très-différent de celui que l'on r nd aux esprits moteurs de la nature, au ciel, à la terre, aux fleuves, etc. Cela est certain par le Chou-Kinget par les leçons de Confucius. Cette considération seule aurait dû détromper les partisans du système que nous attaquons. — k" L'on ne peut pas prouver que les anciens païens se soient avisés de placer les morts dans le so- Jeil, dans la lune, dans les autres astres, ni dans les éléments, et on ne voit aucun vestige de cette opinion chez les polythéistes modernes. Les philosophes, qui ont cru comme le peuple que les astres étaient animés, n'ont pas imaginé que c'étaient des âmes humaines qui s'y étaient allées loger, et qui faisaient mouvo'r ces grands corps : un tel pouvoir est trop supérieur aux forces de l'humanité. Platon, dit, à la vérité, qu'après la mort d'un homme son Ame va se réunir à l'astre qui lui convient ; mais il ensei-

gne dans le môme ouvrage que les astres. en corps et en âme, ont existé longtemps avant que la race des hommes fut formée. Suivant l'opinion populaire, les âmes des morts étoient dans les enfers ou dans les champs élysécs ; on ne les croyait point dispersées dans les différentes parties de la nature. On ne peut pas prouver non plus que les Egyptiens ont supposé, dans les animaux qu'ils adoraient, des âmes qui avaient été autrefois dans un corps huma n; mais ils y ont certainement supposé des esprits, des génies, des dieux plus intelligents et plus puissants que les hommes. Le philosophe Celse soutient très-sérieusement celte opinion dans Origène, 1. iv, n. 88.— 5° Dans une question d'histoire et de critique, nous sommes en droit de citer le sentiment des différentes sectes de gnostiques qui ont paru dans le second siècle de l'Eglise, et qui avaient puisé leur doctrine chez les philosophes, soit grecs, soit orientaux -.aucun de ces sectaires n'a enseigné que les dieux des païens étaient des hommes déifiés après leur mort ; tous ont pensé que c'étaient des génies ou des esprits inférieurs à Dieu, et qui avaient eu l'ambition de se faire adorer par les hommes. Voij. Gnostiques, Valk.ntime\s, etc.

Nous cherchons vainement dans les divers monuments de la croyance des païens des argume ts qui prouvent que les dieux anciens, les dieux princi; aux et en pus grand nombre ont été des hommes dédiés ; nous n'y trouvons que le contraire. Cependant les plus habiles critiques protestants ont embrassé ce système ; nous verrons ci-après par quel motif. Beausobre, Jlist. duManich., t. Il, 1. ix, c. iv, S 2 et suiv., prétend queles dieux des païens ri ont été que des hommes; que cela est démontré par plusieurs de leurs cérémonies. Mais, dans cet endroit môme, il est forcé de se rétracter et de distinguer deux espèces d'idolâtrie, savoir, l'adoration des intelligences ou des esprits que l'on supposait dans les astres et dans toute la nature, et ensuite l'adoration des âmes des grands hommes. Voilà donc des dieux de deux espèces ; la question est de savoir à laquelle des deux l'on a commencé d'abord de rendre un culte : or nous avons fait voir qu'elle est décidée par les auteurs sacrés, par les p ilosophes, par les poètes, par les usages et par les opinions de tous les peuples idolâtres. La prétendue démonstration que Beausobie veut tirer des cérémonies païennes est absolument nulle; quand il y en aurait plusieurs qui semblent avoir été instituées i our honorer des hommes, il ne s'ensuivrait rien, puisque les païens en général attribuaient a leurs dieux les act.ons, les inclinations, ]as faiblesses, les vices et les accidents de l'humanité. Dans son système, toute la mvtho- 1 gie est un chaos inintelligible, au lieu qu'elle s'explique très-aisément dans le système opposé. Il assure que la plus grossière de toutes les idolâtries a été le culte rendu aux âmes des héros ; il se contredit encore eu disant, ibid, , c. u, § 9 : « Le culte rendu

1177 PAG

aux anges ou aux ôons esl plus raisonnable quecelui que les païens rendaient à la pierre; car les anges pensent et agissent, au lieu que la pierre n'a ni pensée ni action. » Or, en supposant immortelles les âmes des grands hommes, elles étaient aussi capables de penser et d'agir que les anges et les éons. Il est d'ailleurs évident que la plus grossière de toutes les idolâtries a été le culte rendu aux animaux et à leurs figures; cela est prouvé par les reproches que Moïse fait aux Israélites au sujet du culte du veau d'or, par les paroles du livre de la Sagesse, c. xui, v. 10 et 14, et par celles de saint Paul (Rom. i, 23). Beaus; bre cite le prophète Baruch, c. vi. 28, pour prouver que les démons étaient la môme chose que les Ames des morts. La vérité est que ce prophète n'en dit pas un mot ; il dit seulement, v. 21, que les Babyloniens crient et hurlent contre leurs dieux, comme on fait dans le repas d'un mort; mais cela ne signifie pas que ces dieux étaient des morts. On sait qu'après le repas des funérailles les païens faisaient à grands cris leurs derniers adieux aux morts. Le seul passage de l'Ecriture sainte que nos adversaires ont pu citer en faveur de leur opinion, est le reproche qui' David fait aux Iraélitcs ( Ps. cv, 23), d'avoir été initiés aux mystères de Béelphégor et d'avoir mangé des sacrifices des morts. Il ne s'ensuit pas de là que ce dieu des Moabites était un homme mort. Ce môme critique ajoute que les païens n'ont fait des statues que quand ils ont commencé d'adorer des morts. Elait-il en état de prouver que les théraphim de Laban étaient des figures de morts? Lui-même pense que c'étaient des figures d'anges (1b id. n, 14). C'est en défendant aux Israélites d'adorer le soleil, la lune et les astres, que Moïse leur défend aussi de faire aucune figure d'homme, de femme ou d'animaux (Dcutcr. iv, 16 et suiv. ). Or des ligures d'animaux n'étaient pas faites pour représenter des hommes morts. Le système de Beausobre n'est donc fondé sur aucuno preuve solide.

Brucker, dans son Histoire critique de la Philosophie, 1. n, c. n, § 19, soutient aussi que ia première origine «lu polythéisme a été le culte des morts ; mais que les philosophes orientaux corrigèrent ce préjugé dans la suite. Hs supposèrent, dit-il, un Dieu suprême, père et gouverneur de l'univers, dont l'essence, comme une grande âme, pénétrait toute la nature, était la source des esprits qui en gouvernaient chaque partie. Ils erui e t que ces esprits étaient sortis de l'essence divine par émanation, ou qu'ils en étaient seulement une modification. Telle a été, selon lui, l'opinion non-seulement des Chaldéens et des Egyptiens, mais de tout l'ancien paganisme. De la il conclut que les Chaldéens adoraient le Dieu suprême sous le nom de Baal ou de Jupiter Béius, parce que leurs philosophesleurapprirent à rapporter au Dieu suprême ce qu'ils disaient de leur roi Bélus, qui avait été le premier objet de leur culte. Kien de plus fabuleux que celte hypothèse. — i" Brucker n'a pu donner aucune preuve po-

PAG

sitive de ce qu'il avance ni des opinions qu'il prête aux Chaldéens et aux Egyptiens; nous ne sommes pas obligés de le croire sur sa parole. — 2° Les plus anciens monuments que nous ayons de la religion des Chaldéens sont nos livres sacrés. Nous y lisons (Gènes. xxxr, 19 ) que Laban avait des idoles, et il les appelle ses dieux, v. 30; c. xxxv, v.l, que Jacob, de retour de la Mésopotamie, et près à offrir un sacrifice à Dieu, ordonna à >es gens de se défaire des dieux étrangers, qu'ils les lui donnèrent, et qu'il les enfouit sous un arbre. Il est dit dans Josué, c. xxiv, v. 2, et dans le livre de Judith, c. v, v. 8, que les ancêties d'Abraham, dans la Mésopotamie, avaient adoré plusieurs dieux et des dieux étrangers; IV Reg. c. xvu, v. 29 et suiv., que les Babyloniens et les autres peuples, qui furent envoyés parle roi des Assyriens pu r habiter la Samarie, y joignirent le culte do leurs d'eux au culte du Seigneur; c. xix, v. 36, et îsaï., c. xxxvn, v. 38, que Sennaehérib, roi des Assyriens, adorait son dieu Nesroch ou Nisroch, dans son temple, lorsqu'il fut tué par ses deux fils. Jéréinie annonce aux Israélites conduits en captivité à Babylone qu'ils y verront adorer des dieux d'or, d'argent et de pierre, Baruch, c. vi , v. 3. Daniel nous apprend que Nabuchodonnsor, roi de Babylone, fit faire une grande statue d'or et la fit adorer par tous ses s ijets ; c. v , v. 4 , que Balthasar , son fils , fit faire un grand festin pour toute sa cour , que les convives y célébraient leurs dieux d'or, d'argent, de bronze, etc. il n'est parlé de l'idole de Bel ou de Bélus que dans le chapitre xiv, v. 2. Pe^t-on prouver que ce Bélus était un ancien roi d'Assyrie, et que son culte était plus a: cien que celui de toutes les ido'es dont l'Ecriture sainte fait mention ? — 3a Brucker ne nous dit point qui sont les philosophes chaldéens qui ont corrigé l'erreur de leur nation et qui lui ont appris à rendre son culte au Dieu suprême, sous le nom de Bélus ; nous ne connaissons aucun philosophe dans aucun lieu du monde qui ait travaillé à instruire les peuples , ni qui leur ait fait connaître le Dieu suprême. Tous ont caché leur doctrine au peupïe , lorsqu'elle était contraire à ses préjugés , ou ils se sont appliqués à réduire en système toutes les erreurs populaires. Nous l'avons fait voir au mot Idolâtrie et ailleurs. — 4° S'il y a eu une reforme religieuse chez les Chaldéens et chez les peuples voisins, ce ne peut être que celle de Zoroastre; or ce législateur vivait sur la fin de la captivité de Babylone, et son système n'est point celui que Brucker a trouvé bon de prêter aux Chaldéens. Voy. Parsis.

Mosheim, qui était dans la même opinion que Beausobre et Brucker , a blâmé les critiques anciens et modernes qui ont cru retrouver les mêmes personnes dans les dieux des Syriens, des Egyptiens, des Grecs, des Romains , des Gaulois et des Américains. 11 aurait eu raison de les censurer, s'il étajî prouvé que ces dieux divers ont été des hommes; le même personnage ne peut avoir

PAG

TAC

vécu dans tant de lieux différents. Mais si ces dieux sont le soleil , la lune , la terre , 1 eau , le feu , les nuées , le tonnerre , etc. , que l'on croyait animés, certainement ces objets sont les mêmes partout , et ils ont dû faire sur tous les peuples à peu près la même impression. Le Clerc n'a pas mieux conçu que les autres protestants l"s véritab'es objets du polythéisme et de l'idolâtrie ; il l'expose fort mal dans son Hist. ecclés. , Prolég. , sect. 2 , c. i , §2 et suiv. Il n'apporte aucune raison nouvelle pour prouver que les dieux des païens ont été des hommes. D'autres écrivains ont imaginé que les divinités de la mythologie étaient les attributs de Dieu personnifiés ; que Jupiter était sa puissanc >, Junon sa justice, Minerve sa sagesse, etc. , qu'ainsi Dieu lui-même était adoré sous ces noms différents. Ils ont pensé, sans doute, que le polythéisme est né chez des peuples philosophes, exercés dans les sciences et capables d'imaginer de pareilles allégories. Mais nous avons observé que les hommes les plus ignorants et les plus grossiers sont précisément ceux qui sont les plus enclins a multiplier , pour ainsi dire , la Divinité , à placer partout des génies, des esprits, des êtres supérieurs à l'humanité , dont il est important de gagner la bienveillance et de prévenir la colère. Chez tous les roupies, les f&bles et Ls pratiques de lido âtrie font plutôt allusion aux phénomènes de la nature qu'aux attributs (le Dieu. Comment reconnaître ces attributs dans les personnages que l'on supposait présider aux inclinations, aux vices , aux crimes des hommes , à l'inipudicité, à la vengeance, à l'ivrognerie, au larcin , etc. ?

On no: s objecte que plusieurs Pères de l'Kg'ise ont sou'enu aux païens que leurs dieux avaient été des hommes; mais les plus anciens , tels que saint Justin , Tatien, saint Théophile u'Anlioche , Clément d'Alexandrie, le poêle Prudence, etc., dont plusieurs étaient nés dans le paganisme , et qui l'avaient examitié do plus près, ont été convaincus que ces dieux prétendus étaient des génies ou démons qui étaient supposés animer les différentes parties de la nature. Les Pères postérieurs , qui semblent avoir pensé différemment, n'ont fait que suivre l'opinion qui régnait de leur temps chez les païens mêmes ; elle semblait être confirmée par les fables qui attribuaient aux dieux les actions, les passions, les vices de l'humanité. C'était donc un argument personnel dont les Pères ont eu droit de se servir, sans remonter à la première origine du polythéisme et de l'idolâtrie. Mais Je très-grand nombre de ces saints docteurs ont pensé aussi, et non sans raison, que les démons, ou les anges rebelles , attentifs à profiter des erreurs et des passions des hommes, sont souvent intervenus dans le culte que les païens rendaient à des génies purement imaginaires ; qu'ils se sont ainsi approprié ce culte , et qu'ils l'ont souvent cou firme par des prestiges. H est en effet difficile do comprendre que les hommes aient pu regarder comme un culte

religieux des crimes tels que l'impudicité, la prostitution, les sacrifices de victimes humaines, etc., si ces abominations ne leur avaient pas été suggérées par des esprits malicieux, ennemis de Dieu et de ses créatures. Il n'a pas été nécessaire , pour cela , que les démons allassent se loger dans les astres, dans les é'émen'.s, dans tous les corps dans lesquels les païens supposaient des esprits ; il leur a suffi de tromper les idolâtres par des prestiges et par des suggestions infernales , pour devenir tout à la fois les auteurs et les objets de l'idolâtrie (1).

§ IL Le polythéisme et l'idolâtrie ont-ils été la première religion du genre humain? Plusieurs de nos philosophes modernes l'ont assuré sans preuve et sur de simples con-

(1) Il serait extrêmement intéressant de suivre la marche progressive de l'idolâtrie ; mais les monuments historiques qui nous restent, écrits pour la plupart sous le règne de cette monstrueuse erreur, nous offrent à peine de faibles lueurs. Une multitude de systèmes ont été inventés sur ce sujet. Le célèbre liuet, dans sa Dé» oust aio i érangelique, suit l'histoire des principaux d euv du paganisme et montre les rapports qui existent entre eux et les grands personnages des premiers lemps du peuple juif. La rouie était ouverte : l'abbé Guérin-Durocher y entra à pleine voile : tout ce qu'il y avait de vague sous la plume du savant évèquc disparaît ; il précise tous les laits et montre une telle analogie entre les dieux du paganisme et Abraham, Moïse, etc., qu'on ne peut s'cmpàcher de s'écrier : Ce soûl les mêmes personnage<. L'abbé Hanier, dans son ouvrage intitulé : La Mylhiilogie et les jables expliquées par l'histoire, soutient que les dieux du paganisme sont quelque* personnages importants, dont les actions ont été embellies dans la suite. Pluche, dans son Uisio re du cifl, se persuade que le peuple ignorant, voyant des figures placées sur des tombeaux, les prit pour des dieux, leur offrit ses adorations et son culte. iiergieiy dans son ouvrage sur l'Origine des dieux du pugan'unie, prend pour des allégories la plupart des tables et se persuade que le peuple, non content d'adorer Dieu en lui-même, voulut encore l'honorer dans les phénomènes de la nature. L'ignorance transporta aux créatures ce culte, pur dans son origine. Ces systèmes sont loin de s'élever à la hauteur d'une véritable démonstration. Ils ont tous un côté sérieux et vrai. Il e>t constant qu'un grand nombre de peuples ont adoré les phénomènes de la nature. Il e.U aussi certain que beaucoup d'hommes ont été déifiés. < Nous en appelons à votre conscience, disait Terlullien, nous ne vouions point d'autre juge; qu'elle nous condamne, 6i elle ose nier que tous vos dieux aient été des hommes. Si vous pouviez le nier, vos anciens monuments vous convaincraient de faux; ils renient encore témoignage à la vérité. On sait les vdles où vos dieux sont nés, les villes où ils ont vécu et où ils se sont rendus fameux par leurs exploits; la mémoire de leurs actions n'e^t point perdue, et ou montre les lieux où reposent leurs cendres (a).i Il faut convenir aussi que tout n'étant pas fable dans la vie des dieux du paganisme , les faits ont seulement été défigures. « Dans tous les temps, dit ne philosophe païen, les traditions des anciens événements ont été défigurées par les fables que l'on a ajoutées a ce qu'il y avait de vrai. Ceux qui, dans la suite, ont entendu avec plaisir ces récits mêlés de vrai et de taux, se sont plu à y joindre encore de nouvelles fictions, de, sorte qu'a la lin la vérité a disparu, détruite par le mensonge (b). »

(a) Tertul. Apolog., cap x.

((>} l'i»usau:as, m Auad.

MSf

TAC

î î SI

lectures; ils ont seu.cment fait voir que si Dieu avait dans l'origine abandonné tous les peuples à leur ignorance et a. leur stupidité naturelle, ils auraient été certainement polythéistes et idolâtres , et que telle est la pente naturelle de l'espiit humain, comme nous 1 avons observé au mot Idolâtrie , § 1 et 2. Mais l'Ecriture sainte nous apprend que dès la création Dieu a prévenu ce malheur, qu'il a instruit lui-même nos premie s "•trents <t leur postérité, et que si les hommes avaient tous été fidèles à conserver le souvenir do ses leçons | rimitives, aucun ne serait tombé dans ï erreur. Une preuve posilivo de la vérité de cette tradition , c'est qu'après la naissance mémo du polythéisme et de l'idolâtrie , presque tous les ; euples ont encore conservé une notion vague et faible d'un seul Dieu , auteur et souverain martre de la nature. Ainsi , du temps d'Abraham, de Jacob et de Joseph, nous voyons encore le Vrai Dieu connu, respecté et craint par les Chaldéens, par les Chanan'cns et par les Egyptiens (Gen. xn, xin^xiv, etc.). L'histoire de Job et de ses amis, celle des sagesi'émmos d'Egypte , de Je tb.ro , beau-père de Moïse, de Balaam, de Rahab de Jéricho, etc. , nous montrent encore la même notion subsistante dans les tennis postérieurs ; malheureusement ell • n'influait en ren sur le cul e, sur la morale ni sur la conduite du gros des nations qui s'éiaient plongées dans l'idolâtrie. Nous pourrions prouver le même fait par le témoignage des auteurs profanes les plus anciens et les mieux instruits; mais plusieurs savants l'ont fait avant nous: Huet, Quœstiones ahietan...; de Burigny, Théologie des païtns;C\idwoTth,Sy st. intellect. ;Batteux, Jlist. des causes premières ; Bullet , Démons t. de l'existence de Dieu ; Mém. de VAcadém. des Jnscrip., t. LX1I, in-12, pag. 337, etc. Nous avons rassemblé un grand nombre de ces témoignages dans le Traité historique et dogmatique de la vraie religion, t. I, pag;. l(Jb et suiv., iv édit. Cette idée d'un Dieu suprême n'était certainement pas venue à l'esprit des peuples par le raisonnement, puisqu'on fait de religion ils ne raisonnaient pas ; c'était donc un reste de l'ancienne tradition.

Lorsque les dissertateurs incrédules ont dit que tous les peuples ont été d'abord polythéistes ; qu'ensuite , à force de méditer sur le premier principe des choses, quelques philosophes ont imaginé qu'il n'y a qft'une seule cause première , et qu'ils l'ont ainsi enseigné, ils ont très -mal conçu la marche de l'esprit humain. Aussi, lorsqu'il lour a fallu expliquer par quelle progression d'idées K s peuples ont passé du polythéisme au «iogme de l'unité de Dieu, ces sublimes spéculateurs n'ont proposé que des conjectures dénuées de toute vraisemblance.

En cfl'et, si les peuples, accoutumés d'abord à encenser plusieurs dieux et à leur attribuer legouvernemcntdu monde, étaient enfin parvenus à reconnaître un seul Dieu suprême, ils lui auraient attribué sans doute une providence, du moins une inspection et

une attention sur le gouvernement des dieux inférieurs, le pouvoir et la volonté d'en réprimer et d'en corriger les désordres. Or, quel est le peuple, quel est le philosophe qui a eu cette idée d'un Dieu suprême ? Ceux qui ont admis une première cause, un formateur du monde, ont supposé tous qu'il en abandonnait l'administration tout entière aux génies ou esprits secondaires; d'où ils ont conclu que le culte devait être adressé à ecux-ci, et non au Dieu suprême ; tel a été le cri général de la philosophie jusqu'à la naissance du christianisme. Celse est le premier qui ail semblé avouer que le culte des génies ne devait pas exclure celui du Dieu suprême ; mais ce point important de doctrine n'a jamais été connu du commun des païens. A quoi servaient les spéculations des philosophes, lorsque le peuple n'y avait aucune part, et qu'elles ne pouvaient influer en rien dans sa croyance ni dans sa conduite ? On conçoit très-bien , au contraire, que des hommes instruits, ilans l'enfance, del'existenced'un seul Dieu, de sa providence générale, du culte qu'il fallait lui rendre, ont cependant imaginé des génies, des esprits, des âmes, dans tous les corps où ils voyaient du mouvement ; l'étonnement, la peur, l'ignorance de la vraie caus:- des phénomènes, ont sufti pour leur donner cette idée. Ce premier pas une fois fait, le reste est venu de suite. Si ce sont des génies qui mettent tous les corps en mouvement, ce sont eux aussi qui produisent immédiatement tout le bien ou le mal qui nous en arrive : en les supposant a peu [très semblables à nous, ils doivent être ilaltés de nos hommages, de nos prières, de nos offrandes ; donc il faut leur en adresser. Voilà le polythéisme établi conjointement avec la croyance de l'existence d'un seul Dieu ou d'un seul Etre suprême. Si l'on se persuade une fois que ce n'est pas lui, mais des génies particuliers qui distribuent les biens et les maux, tout le culte sera bientôt réservé à ces derniers ; le vrai Dieu sera oublié, méconnu, relégué, pour ainsi dire, avec les dieux oisifs d'Epicure ; dès qu'il ne pense plus à nous, à quel titre serions-nous obligés de nous occuper de lui ? Encore une fois, l'Etre suprême conçu sans providence immédiate n'est plus un Dieu, mais un fantôme inutile, étranger à l'human té. On aura beau lui attribuer des perfections absolues, l'éternité, l'immensité, la toute-puissance, une intell'gence et une sagesse infinies, etc., s'il n'y a pas en lui bonté, miséricorde, justice, attention et libéralité à l'égard de ses créatures, nous n'aurons pour lui ni le res* peet, ni la reconnaissance, ni la crainte, ni l'amour dans lesquels consiste le vrai culte ; nous chercherons ailleurs le maître ou les maîtres que nous devons adorer. Or, ce n'est, pas la philosophie qui a fait connaître aux hommes les perfections divines relatives et adorables qui les intéressent, elle ne s'en occupa jamais ; c'est la révélation seule, et sans celte lumière surnaturelle nous les ignorerions encore ; mais ce sont celles dont l'Ecriture sainte nous parle le plus souvent.

PAG

PAG

De tout cc.a ii s'ensuit, 1° que Dieu, en ordonnant aux hommes de sanctifier le septième jour de la semaine en mémoire de la création, avait pris le moyen le plus propre à conserver parmi eux la notion d'un Dieu créateur, conservateur et gouverneur de l'univers , duquel viennent immédiatement tous les biens et les maux do ce monde, qu:, par conséquent, doit être seul adoré. L'exactitude des patriarches a observer ce culte exclusif a maintenu parmi eux la vraie foi ; la négligence de leurs descendants à remplir cedevoirlesa fait tomber insensiblement dans l'erreur ; leur faute a donc été volontaire et inexcusable. — 2° Dès ce moment le spectacle de la nature n'a plus suffi pour élever les hommes à la connaisance d'un seul Dieu : il est, au contraire, devenu un piège d'erreur, auquel les philosophes môme ont été pris ; savants ou ignorants, tous ont cru les corps animés par des esprits plus puissants que l'homme, desquels dépendait son soit sur la terre, auxquels, par conséquent, il devait adresser son culte, et la philosophie n'est venue a bout d'en détromper aucun. Plusieurs se sont plongés dans l'athéisme, plutôt que d'en revenir à la doctrine et à la croyance primitive. — 3° Les déistes ont donc très-grand toit de vanter les forces de la raison ei de la lumière naturelle, pour connaître Dieu et savoir le culte qu'il fautlui rendre; il faut en juger pai l'événement, et non par des conjectures arbitraires. L'exemple de toutes les nations anciennes et modernes démontre que l'homme passe fort aisément de la vérité à l'erreur, mais que sans un secours surnaturel il ne lui est jamais arrivé de revenir de l'erreur à la vérité.

§ III. Le culte des polythéistes a-t-il pu se rapporter à un Dieu suprême ? Parmi le grand nombre des savants qui se sont appliqués à prouver qu'au milieu même des ténèbres de l'idolâtrie, il s'est toujours conservé du moins une faible notion d'un seul litre suprême, tous n'ont pas agi par des motifs également louables. Les uns ont voulu prouver, contre les athées, que le polythéisme n'a pas été la croyance constante et uniforme de tout le genre humain. Les déistes ont saisi avec avidité cette occasion de conclure qu'avant le christianisme tous les peuples n'étaient pas plongés dans un aveuglement aussi profond que le supposent les théologiens, et que ceux-ci sont partis d'un faux principe pour démontrer la prétendue nécessité de la révélation. Plusieurs protestants en ont profité à leur tour, afin de persuader que le culte rendu par les païens à des dieux subalternes était relatif et se rapportait au vrai Dieu, tout comme celui que les catholiques rendent aux anges et aux saints ; que, si le premier était une idolâtrie criminelle, le second ne l'est pas moins. Beausobre, le plus téméraire de tous , dans son Hist. du Munich., 1. ix, c. iv, § k, pose pour principe que jamais les païens n'ont confondu leurs dieux avec le Dieu suprême; que jamais ils ne leur ont attribué l'indépen-

dance ni la souveraineté. Ils ont bien su. dit-il, que ces dieux n'étaient ou que des intelligences nées du Dieu suprême, et qui en dépendaient comme ses ministres, ou que des hommes illustres par leurs vertus et par leurs services. Si donc par le polythéisme l'on entend la croyance de plusieurs dieux souverains et indépendants, il n'yeut jamais de polythéisme dans l'univers. 1! conclut que le culte rendu par les païens aux dieux vulgaires se rapportait au Dieu suprême ; qu'ainsi ce culte n'était pas défendu par la loi naturelle, mais seulement par la loi divine positive, que les païens ne connaissent pas. Voilà un chaos d'erreurs et d'impostures que nous avons h réfuter.

Remarquons d'abord que la question n'est pas de savoir si les païens, ignorants ou philosophes, ont admis un premier Etre formateur du monde, que l'on peut appeler le Dieu suprême ; mais s'ils lui ont attribué une providence, une attention, une action , une inspection sur ce qui arrive dans le monde, et pr'ncipalement sur le genre humain.

Dussions-nous le répéter dix fois, un premier Etre sans providence n'est ni Dieu, ni maître, ni souverain ; on ne lui doit ni cuite, ni respect, ni attention quelconque. Or, nous défions Beausobre et les critiques les plus habiles, de prouver que les païens, so l ignorants, soit philosophes, ont admis un Etre suprême occupé du gouvernement de ce monde, dont les dieux populaires ne îroni que les ministres, et auquel ils sont comptables de leur administration. Non-seuleraent il n'y a aucun vestige de cette croyance dans les anciens monuments, mais il y a des preuves posi'ives du contraire (1). — 1° Mosheim, plus sincère que Beausobre, convient dans ses Notes sur Cudworth,c. iv, § 15 et 17, qu'aucun des témoignages allégués par ce savant anglais ne prouve la croyance dont nous parlons. Bayle est de même avis, Continuation des pensées div., § 26, 60 et suiv. ; Rép. aux quest. d'un Prov., c. evuetex, etc. Le docteur Leîand, Nouv. démonst. étang., i" part., c. xiv, fait voir qu'aucun des philosophes anciens n'a professé clairement et constamment le dogme d'un Dieu suprême, père et gouverneur de l'univers ; que si quelquefois ils ont semblé l'admettre, d'autres l'ois ils ont partagé le gouvernement du mondo entre plusieurs dieux indépendants. Saint Augustin, liv. xx contra Faust. , c. xix, avait dit que les païens n'ont jamais perdu la croyance d'un seul Dieu, mais dans la suite il a observé que Platon est le seul qui ait enseigné que tous les dieux ont été faits par un seul, De Civit. Dei, 1. vi, c. i ; que les autres philosophes ne savaient qu en penser, 1. ix, c. xvn. Nous avons vu ailleurs, en rapportant le système de Platon, que selon lui, l'Etre suprême a seulement fait les dieux visibles , les astres, le globe de la terre, les éléments ; que les dieux visibles

(1) Celle aflinnation est peut-être un peu absolue. INous croyons qu'on pourrait trouver dans les anciens monuments quelques vestiges de la foi en un Eue suprême, modérateur du monde. Voy. Dn:u.

1ÎS5 PAC.

ont engendré dans la suite les dieux invisibles, les dieux populaire--, et que ce sont ces derniers qui ont formé les hommes et les animaux. — 2° Loin d'attribuer à l'Etre suprême une providence à l'égard des hommes, Platon suppose qu'il n'a pas seulement daigné les former. Aussi, lorsqu'il veut prouver la providence, dans son dixième livre des tow, ce n'est point à l'Etre suprême qu'il l'attribue, mais aux dieux en g neral ; ce sont ces derniers, et non l'Etre suprême, qu'il invoque dans ce livre et dans le Timor, atin de pouvoir parler sagement de la naissance du inonde et de l'existence des dieux ; il n'ose dans l'un ni dans l'autre de ces ouvrages réfuter les fables de la mythologie, 1 les la'ss.) telles qu'elles sont. Cicéron, dans ses livres de la Mature des dieux, a rappoité et comparé les sentiments de tous les philosophes : nous n'y voyons aucun vestige de la prétendue croyance d'un Dieu suprême, gouverneur de l'univers, et arbitre du sort des hommes. Il serait singulier qu'en faisant rémunération de toutes les opinions philosophiques, Cicéroo eût passé sous silence la seule qui soit vraie et raisonnable, et qui, selon nos advers lires, était la croyance commune des païens. Nous y apprenons seulement ipie, suivant l'avis des stoïciens, l'Etre suprême était l'âme du m<nde. Or cette âme n'avait pas plus d'empire sur les phénomènes de la nature, que notre Ame n'en a sur l'économie animale de notre corps, sur la circulation du sang, sur le cours des esprits animaux, sur les mouvements convulsifs, ou sur les douleurs qui nous arriv< nt. A plus forte raison l'âme du monde n'avaitelle rien à voir aux actions des hommes, a x biens ou aux maux qu'ils éprouvent ; tout cela se faisait selon les lois irréformables du destin, ou p ir une nécessité fatale. — 3" Puisque d'ailleurs le peuple n'entendait rien aux spéculations des philosopbes, nous voudrions savoir dans quelles leçons le commun des païens avait puisé la connaissance d'un Dieu suprême, servi et obéi par les dieux inférieurs : serai:-ce cliez les poètes et chez les mythologues? Suivant leur doctrine, les premiers dieux étaient nés du chaos et du vide, les plus anciens donnèrent la naissance aux autres; celui qui se trouva le plus fort devint le maître des autres, leur distribua leurs emplois, et se réserva le tonnerre pour les faire, trembler. Mais de qu 1 droit aurait-il empêché les autres de commettre des injustices et des crimes? Suivant les fables, aucun Dieu n'en commit jamais autant que lui. I! est à présumer que si le commun des païens avait eu quelque notion d'un Dieu suprême, duquel ces derniers dépendaient, on lui aurait souvent fait des plaintes de la mauvaise conduite de ses ministres. Il est donc incontestable, quoi qu'en dise Ik'ausobre, que le polythéisme était la croyance de plusieurs dieux souverains et indépendants, puisque chacun d'eux l'était dans «on département. Neptune n'attendait point les ordres de Jupiter pour soulever ou pour calmer les Ilots de la mer, non plus que

PAG

.ISO

Plùton pour exercer son empire dans les enfers; Mars ni Vénus ne demandaient h personne la permission d'inspireraux hommes, l'un la fureur guerrière, l'autre le penebant à la volupté ; personne ne s'informait si Jupiter lui-môme avait lancé la foudre sur les bons ou sur les méchants. — 4." Ce critique nous citera peut-être le sentiment de Ceise et des nouveaux platoniciens ; mais qui ne sait pas quecesimposteurs avaient changé en plusieurs choses la doctrine des anciens philosophes* et qu'ils l'avaient rapprochée de celle du christianisme, pour parer aux arguments des docteurs chrétiens ? Mosheim l'a fait voir d ms une Dissertation sur la Créa~ tion, § 29 et suiv. Peausobre n'a pas ignoré que Porphyre, plus sincère et meilleur logicien que les autres, enseigne qu'il faut sacrifier aux dieux, mais qu'on ne doit rien présenter au Dieu suprême, qu'il est inutile de s'adresser à lui, même intérieurement. De Abslin., I. n, n. 3ï. I! a cité ce passage, mais il l'a falsifié, Ilist. du Munich., 1. ix,c. v, § 3. Enfin il s'est réfuté lui-même, ibid., § 8, en avouant que le paganisme du peuple ne doit point être comparé à celui des philosophes ; que c'étaient deux religions bien différentes. Ainsi, quand il serait vrai que les philosophes ont admis un Dieu suprôm •, que les dieux inférieurs n'étaient que ses ministres, que 1 ■ c lte renlu a ceux-ci pouvait se rapporter à lui, cela ne conclurait encore rien à l'égard du commun des païens. Non -seulement crux-ci n'avaient aucune connaissance du prétendu Dieu suprême des philosophes, mais Platon, dans le Timée, avoue qu'il est très-difficile de le découvrir, et impossible de le faire connaître au peuple. En effet, les païens le connaissaient si peu, que, quand les chrétiens vinrent l'annoncer au monde , ils furent regardés comme des a bées, parce qu'ils ne voulaient pas adorer les dieux populaires. — 5° Il est étonnant que nos critiques modernes veuillent nous donner du paganisme une idée plus avantageusa que les philosophes mêmes. Porphyre, ibid., n. 33 , avoue « que plusieurs de ceux qui s'appliquent à lu philosophie cherchent plus à se conformer aux préjugés qu'à honorer Dieu; qu'ils ne songent qu'aux statues, et ne se proposent point d'apprendre des sages quel est le véritable cul;e; » n. 38, il distinguo de bons démons, qui ont pour principe l'âme de l'univers, et qui ne font que du bien aux hommes, et de mauvais génies qui ne font que du mal; n. il), ceuxci, selon lui, sont la cause des fléaux do la nature, des erreurs et des passions des hommes; ils ne cherchent qu'à tromper et à séduire , à donner aux hommes de fausses idées de la Divinité et du culte qui lui est dû; ils inspirent , dit-il , ces opinions nonseulement au peuple, mais aussi à plusieurs philosophes, etc. Aujourd'hui on veut nous persuader que non-seulement les philosophes , mais le commun des païens avaient des idées très-justes de la Divinité , qu'ils connaissaient un Dieu suprême , et que le culte rendu aux démons ou génies, bons ou

PAC

mauvais, se rapportait h lui. — G0 Beausohre déraisonne en soutenant ([lie ce culte n'était pas défendu par la loi naturelle , mais seulement par la loi divine positive; ce qu'il dit pour justifier les martyrs de la Perse, qui souffrirent la mort plutôt que d'adorn- le soleil , n'est qu'un tissu d'inenties. Il est certainement défendu par la loi naturelle d'adorer plusieurs dieux, de rendre le culte suprême à d'autres êtres qu'au vrai Dieu; surtout de le rendre à des êtres fantastiques et imaginaires , auxquels on attribue d'ailleurs tous les vices et tous les crimes de l'humanité; or tels étaient les prétendus dieux des païens. Tout le monde convient qu'à la réserve de la sanctification du sabbat, tous les préceptes du Décalogue nés ont autre chose que la loi naturelle écrite ; or le premier précepte que nous y voyons est , Vous n'aurez point d'autre Dieu que moi. De là même il s'ensuit qu'il est défendu par la loi naturelle de faire aucune action qui puisse paraître un renoncement au culte du vrai Dieu. Ainsi le vieillard Eléazar obéit à la loi naturelle lorsqu'il aima mieux mourir que de manger de la chair de pourceau , parce que , dans la circonstance où il se trouvait, celte action aurait été prise pour une profession de paganisme. Les chrétiens, qui refusaient de jurer par le génie de César, agissaient par le même principe, les païens en auraient conclu qu'ils renonçaient au christianisme. Les martyrs de la Perse avaient donc raison de ne vouloir pas adorer le soleil, puisque les Perses l'exigeaient comme un acte d'apostasie. Saint Siméon de Séleucie ne voulut pas môme se prosterner devant le roi de Perse, comme il avait cou' urne de faire , parce qu'alors on voulait le forcer à renier le vrai Dieu, Sozom., Ilist. ecclcs., 1. it, c. ix. C'est ce qui devrait empêcher les Hollandais de fouler aux pieds l'image du crucifix en entrant au Japon , parce que cette action est regardée par les Japonais comme une abnégation de la religion chrétienne. Voilà ce que le bon sens dicte à t ;ut homme capab'.c de réll xion ; mais Beausohre a été aveuglé par ses préjugés, au point de ne pas voir qu'il a fourni des armes aux déistes pour se défendre contre les preuves de la nécessité d'une révélation.

Un philosophe moderne , mieux instruit que Beausohre, a donné du paganisme une idée très-juste. Les païens, dit-il, avaient des cérémonies dans leur cuite, mais ils ne connaissaient point d'articles do foi (1), ni

(1) M. de Lamennais avait émis en principe que les anciens peuples ne furent pas polytliéisL s ; que leur idolâtrie et ni un ernn • et non vue erreur, la vi lution d'un précepte et non In néplio i d'un dogme. Les Conférences de Bayenx lui répondent :

« M. de Lamennais a compris qu'il serait contraint d'abandonner ses opinions et ses raisonnements sur le principe de certitude, s'il avouait que le polythéisme a régné dans le monde \>M\ iant plus de deux mille ans , et que roules les nations, à l'exception d'une seule, oui été entachées de celle erreur. Il a mieux aimé, malgré l'évidence des faits, soutenir 411c les anciens peuples, lout en offrant leurs adora-

de théologie dogmatique; ils ne savaient pas seulement si leurs dieux étaient de vrais personnages , ou des symboles des puissan-

lions et leurs sacrifices à une foule de divinités bizarres, et même à des créatures inanimées, ont cependant toujours professé le dogme de l'unité de Dieu. « Avant de nionlrer, dit-il, comment le genre humain tomba dans l'ido'àtrie, nous ferons observer qu'elle n'est pas la négation d'un dogme, mais la violation d'un précepte et du premier de tous, de celui qui ordonne d'adorer Dieu et de n'adorer que lui seul.... On honora le Créateur dans ses ouvres les plus éclatantes, devenues autant de symbo.'es de la Divinité... L'idolâtrie ne lut jamais qite le culte des esprits bons et mauvais et le culte des hommes distingués par des qualités éclatantes ou vénérés pour leurs bienfaits, c'est-à-dire, an fond, le cuire des anges et celui des saints... L'idolâtrie n'était point, à proprement parler, une religion, mais seulement un cnl:e superstitieux. » M. de Lamennais n'est pas l'inventeur de ce système; d'autres l'ont soutenu avant lui, et surtout Cudworth, dans son ouvrage intitulé : Système intellectuel du mon'-e contre les alliées ; Beausohre, dans son Histoire du Manichéisme... Au reste, quel qu'en soit l'auteur, on ne réussira jamais à le concilier avec renseignement des livres saints et le témoignage de l'histoire. Non, l'idolâtrie des anc'eus peuples ne fut pas seulement un crime; elle était encore une erreur; les i .oies devant lesquelles ces peuples se prosternaient n'étaient pas seulement dairs leur poncée des symboles de la Divinité; ils leur attribuaient au moins une vertu divine, ils leur rendaient un culte absolu. Pourquoi, en effet. Moïse rappelait-il si fréquemment au peuple Juif l'unité de Dieu, sinon pour le préserver de l'erreur dans laquelle étaient plongées toutes les nations voisines? L'auteur inspiré du Livre de la Sagesse n'accusait-il pas d'erreur les peuples inlideles, lorsqu'il disait : Que les lu mmes sont [aides et av ugles! ils ignorent Dieu ; ils ne le voient jas dais les merveilles q ri s'opè eut devant eux ; ils s'ima jinent follement que le jeu, fair, le soleil, la lune, tous !■ s astres, sont les dieux qui gouvernent le mo <de! Ce roi de Babylone qui, dans son ignorante simplicité, croyait que la statue de Bel dévorait pendant la nuit les aliments qu'on plaçait le soir devant elle, ne voyait-il donc dans celle statue qu'un symbole matériel de la Divinité? Enfin saint Paul ne supposait-il pas que l'idolâtrie était une erreur, quand il écrivait aux Gâtâtes : Vois ne connaissiez pus Dieu, et ceux auxq tels vous rendiez vos ho nmages n'avaient pis la nature divine; ou bien lorsque, rencontrant dans Athènes un temple sur le frontispice duquel on avait gravé ces mots : Au Dieu i:conuu, il disait aux habitants de cette ville : i\o;is ne devons pus croire que la tint ,re divine suit smbluble à l'or, à l'aujent, à ces pierre* façonnées et sculptées par l'art . / Vmdustr e île» ho. mues ? Ces reproches de l'Apôtre eussent-ils été rondes, si la foi des vérité., primitives s'é ait conservée chez tous les peuples par une tradition perpétuelle, universelle el infaillible? Nous avouerons sans peine que la croyance d'un Dieu suprême s'est toujours conservée au milieu des ténèbres de l'idolâtrie, ou du moins que cette croyance n'a jamais été entièrement effacée ; nous avouerons encore, si l'on veut, que quelques-uns des dieux du paganisme ont pu n'être d'abord que différentes dénominations données à la Divinité pour exprimer ses attributs ou ses opérations. Mais lorsqu'une fois l'idolâtrie se fut répandue dans le mon. le, ces dénominations diverses furent transformées en autant de divinités particulières, et déjà le Dieu suprême, désigné dans le principe par ces différents noms, n'était [dus le Dieu véritable. Ce Jupiter, dont les poêles racon latent l'origine, la vie, les desordres et les aventures scandaleuses, etail-il le Dieu îniiiH , créateur du monde ? On n'hésitait p;is

mn

PAG

PAG

lîO'O

ces naturelles, comme du soleil, des planètes, des éléments. Leurs mystères n'étaient point des dogmes, mais des pratiques secrètes, souvent ridicules et absurdes; il fallait les cacher pour les garantir du mépris. Les païens avaient leurs superstitions, ils se vantaient de miracles , tout était plein chez eux d'oracles, d'augures, de présages, de divination; les prêtres inventaient des marques de la colère ou de la bonté des dieux, dont ils prétendaient être les interprètes. Cela tendait h gouverner les esprits par la crainte et par l'espérance des événements humains; mais le grand avenir d'une autre vie n'était guère envisagé; on ne se mettait point en peine de donner aux hommes de véritables sentiments de Dieu et de l'Ame. Esprit de Leibnitz, 1. 1, p. 405. Ce tableau du paganisme n'est pas différent, dans le fond, de celui qu'en a tracé Varron, le plus savant des Romains, dans saint Aug., 1. vi de Civit. Dei, c. v. 11 distingue trois espèces de théologie païenne ou de croyance touchant la Divinité : celle des poètes , contenue dans les fables, celle que les philosophes enseignaient dans leurs écoles, celle que l'on suivait dans la pratique et dans la société civile. Il convient que la première , qui attribuait aux dieux des faiblesses et des crimes était absurde et injurieuse à la Divinité; il dit que

cependant à lui attribuer la nature divine ; on l'appelait le père, le monarque , la puissance éternelle des hommes et des dieux. < En lui attribuant, dit le docteur Leland, les titres de la Divinité et le gouvernement du monde , les poêles montrent qu'ils avaient quelque notion d'un Dieu suprême et de ses attributs ; ils montrent aussi qu'ils confondaient ce Dieu, le seul vrai Dieu, avec le chef des vaines idoles, et qu'ils transportaient à celui-ci, par un abus criminel, les honneurs, le caractère et le culte qui appartenaient eu propre auDieu suprême.) On dira peut-être «pie les philosophes avaient de Dieu des idées plus justes, et qu'ils se moquaient en secret de la sotte crédulité et des superstitions du peuple. Nous répondrons : 1° qu'on ne peut juger des opinions dominantes par les idées de quelques individus et même de quelques écoles; 2° (pie les philosophes, loin de proclamer l'unité de Dieu, parlèrent presque toujours le langage du polythéisme et employèrent toute leur influence à maintenir l'idolâtrie cl le culte des dieux; 5" que la plupart d'entre eux n'admettaient pas d'autre Dieu que le inonde, (pie leur croyance n'était en réalité qu'une sorte de panthéisme. Ciccron, qui a rassemblé dans ses livres De natura deoruin les opinions diverses des philosophes anciens, impute celte erreur à Platon et au chef de l'école stoïcienne. Pline commence son histoire naturelle par ces mots : Muiidum et hoc qitod uomine ali» Cœlum appdlure libuil, cujus tir eu < flexu regiinlur omiiia, numen es e credi par e.t, œternum, immensum, neque genitum, neque iiteriturum. Les premiers apologistes de la religion chrétienne devaient connaître mieux que nous les erreurs de la philosophie païenne, qui avait été l'objet de leurs premières études : l'un d'eux déplorait avec amertume l'aveuglement dans lequel il était plongé avant qu'il eût embrassé la foi de l'Evangile: Vcnerubi.r (ô cœcitus !) nn,er simnlacra, il, lanquam i/te.isel vis pra'&em, aaula'iir, benr[icia p. scebain ; et eos î/jsos d vos quos esse milii persuaseram, afjiciebam co ■tmncLis gravibus, cum eos esse aedeba u ln/na, lapides, uljue ossu, aui in liUjUsmodi rert.m habitai e 'uahria. »

la seconde, qui consistait a rechercher s'il y a des dieux ou s'il n'y en a point , s'ils sont éternels ou nés dans le temps , do queîie nature et de quelle espèce ils sont, etc., serait intolérable en public, qu'elle doit être renfermée dans l'enceinte des écoles; que la troisième se borne au cérémonial religieux. Saint Augustin n'a pas de peine à faire voir que celle-ci n'est point différente de la théologie fabuleuse; que les fêtes, les spectacles, les cérémonies du paganisme étaient exactement conformes à ce que l'on disait des dieux dans les fables, mais il n'est pas moins évident <pie la tel gion ou la croyance populaire n'avait aucun rapport aux questions agitées parmi les philosophes , et que nos critiques modernes ont très-grand tort de vouloir lier l'une avec les autres.

§ IV. Peut-on excuser le paganisme en quelque manière ? De tous ceux qui ont entrepris d'eu faire l'apologie, personne n'y a travailla avec plus de zèle et de sagacité que le lord Herbert de Cherbury, célèbre déiste anglais, dans son livre de Religione gentilium. Selon lui , toute religion véritable doit professer les cinq dogmes suivants : 1° qu'il y a un Dieu suprême; 2° qu'il doit être le principal objet de notre culte; 3° que ce culte consiste principalement dans la piété intérieure et dans la vertu yk° que nous devons nous repentir de nos péchés et que Dieu nous pardonnera; 5° qu'il y a des récompenses pour les bons et des supplices pour les méchants. Or ces cinq vérités, dit-il, ont été professées dans le paganisme. Voici comme il le prouve.

il faut savoir d'abord que chez les païens le mot Dieu signiliait seulement un ôire d'une nature supérieure à la notre, plus intelligent et plus puissant que nous. Selon le sentiment commun , le Dieu supiôme, renfermé en lui-même et tout occupé de son bonheur, avait laissé le soin de gouverner l'univers à des esprits inférieurs , qui éta eut les ministres et les lieutenants de sa providence; ainsi le culte qui leur était rendu était relatif, il ne dérogeait point à celui qui était adressé au Créateur. Les païens ont donc adoré les astres elles éléments, parce qu'ils les croyaient animés et gouvernés par dos esprits, et qu'ils les envisageaient comme une production do la Divinité. Le ciel était nommé Jupiter; l'air, Junon; le feu, Vulcainel. Vesta; l'eu, Neptune ; la terre , Cybèle, lihéa, Ccrès, Pluton; le soleil , Apollon; là lune, Diane ; les autres planètes , Vénus, Mars, Mercure, Saturne. Les autres personnages désignaient ou des dons de la Divinité, ou quelques-uns des caractères empreints sur ses ouvrages. Le titre Optimus Maximus, constamment donné au Dieu suprême, attestait sa providence; c'est à lui qu'étaient dû le cuite intérieur, la reconnaissance , la conliance , l'amour , i<» soumission; le culte extérieur, l'encens, les sacrifices étaient peur les dieux inférieurs. Les honneurs divins accordés aux héros bienfaiteurs de l'humanité attestaient la croyance de l'immortalité de l'âme et des récompenses promises à la vertu; on les

fiai

p.vg

pâg

un

appelait dieux, c'est-à-dire saints cl bienheu roux. Ce que l'on disait des enfers était un témoignage des peines destinées aux méchants. En divinisant les vertus, comme la piété , la concorde , la paix , la pudeur, la bonne foi, l'espérance, la droite raison, sous le nom de mena, etc., on apprenait aux hommes que c'étaient des dons du ciel , et les seuls moyens de parvenir au bonheur. Les expiations faisaient souvenir les pécheurs qu'ils devaient se repentir et changer de vie, pour se réconcilier avec la Divinité. Si dans la suite des temps il s'est glissé des erreurs et des abus dans toutes ces pratiques, c'a été la faute des prêtres , qui les introduisirent par intérêt et pour rendre leur ministère nécessaire. Suivant ce système, avidement embrassé par les déistes , il n'y eut jamais de polythéistes dans le monde , puisque tous reconnaissaient un D'eu suprême; ni d'idolâtres, puisque le culte rendu aux statues s'adressait aux dieux ou aux génies qu'elles représentaient : les premiers principes de la morale ont été connus et professés partout, principalement dans les écoles de philosophie. De là les déistes ont conclu que les Pères de l'Eglise ont mal représenté le paganisme, qu'ils n'ont pas su en prendre l'esprit , ou qu'ils l'ont défiguré exprès atin de le rendre odieux, que dans le fond ce n'était autre chose que la religion naturelle , quoiqu'elle ne fût pas sans abus.

Biais cette pompeuse apologie du page nisme a été complètement réfutée par le docteur Leland, dans sa nouvelle Démonstration évangélique ; il n'en est pas un seul article auquel il n'ait opposé des faits et des monuments; nous nous bornerons à en extraire quelques réflexions. — 1° Elle nous parait renfermer des contradictions. Suivant l'observation de Chcrbury, a laquel'e nous acquiesçons, 1 s païens, sous le nom de Dieu, entendaient seulement un être plus puissant et plus intelligent que nous : qui donc leur avait donné l'idée d'un Etre suprême, souverain maître de l'univers ? Certainement l'idée rétrécie qu'ils s'étaient faite de la Divinité n'était pas propre à les élèvera la notion sublime d'un premier Etre éternel, existant de soi-même , tout-puissant , père <ie l'univers, etc. Nous voudrions savoir où ■les païens avaient pu la puiser. En second lieu , l'on nous dit que cet Etre suprême, renfermé en lui-môme et tout, occupé de son bonheur, avait laissé à des dieux inférieurs le soin de gouverner l'univers, et cependant on lui attribue une providence; qu'est-ce donc que la providence, sinon le soin de gouverner l'univers? Dès que le Dieu suprême ne s'en mêlait j as de peur de troubler .son bonheur, les dieux inférieurs n'étaient plus de simples ministres , de purs lieutenants ; ds étaient souverains absolus, selon toute la force du te. me. Dans ce cas, nous demandons à quel titre on devait un culte intérieur à un être qui n'en exigeait point, de la reconnaissance ou de la conliance à un monarque qui ne donnait lien et ne disposait de rien, de la soumission à un fantôme

qui ne commandait rien, etc.? Il et donc faux que le culte rendu aux dieux inférieurs, seuls gouverneurs du monde, dût se rapporter à lui en aucune manière. — 2° 11 est encore faux que le titre optimus maximus ait désigné le Dieu suprême ni attesté sa providence. On a trouvé dans les Alpes l'inscrip tion, Deo Penino oplimo maximo ; elle ne signifiait certainement pas que ce Dieu était l'Etre suprême ni qu'il gouvernait l'univers entier; quand elle aurait exprimé quelque chose de plus, lorsqu'elle était appliquée à Jupiter, jamais elle n'a donné à entendre qu'il était l'Etre étern 1 , existant de soi-même, formateur et souverain maître de toutes choses; ce n'était la croyance ni du peuple ni des philosophes. — 3° Tout le monde convient que les païens n'ont jamais attribua au Dieu suprême une providence dans l'ordre moral , la qualité de législateur, déjuge , de rémunérateur de la vertu , de vengeur du crime, d'inspecteur de toutes les actions et des pensées des hommes. Celse , dans Origène, liv. iv, n. 99, soutient qu'à la vérité Dieu prend soin de tout , ou de la machine générale du mon le , mais qu'il ne se fâche pas plus contre les hommes que contre les singes et contre les mouches, et qu'il ne leur fait point de menaces. Le païen Cécilius, dans Minutius Félix , n. 5, prétend que la nature suit sa marche éternelle, sans qu'un i Dieu s'en mêle; que les bie. s et les maux tombent au hasard sur les bons et sur les méchants; que, si le mon ie était gouverné par une sage Providence , les choses , sans doute, iraient tout autrement. N. 10, il tourne en ridicule le Dieu des chrétiens, Dieu curieux , inquiet , jaloux , imprudent, qui se trouve partout, fait tout, voit tout, même les plus secrètes pensées des homra s , qui se mêle de tout, môme de leurs crim 'S, comme si son attention pouvait suffire au gouvernement général du monde et aux soins minutieux de chaque particulier. Tacite , Annal., 1. vi, c. 22, onserve que le dognu de la providence des dieux est un p.oblôme parmi les philosophes, et lui-môme ne sait qu'en penser en considérant tes désordres de son siècle. Dans le troisième livre de Cicéron, sur la Nature des dieux , l'académicien Cotta combat de môme la providence par la multitude des désordres dj ce inonde. Nous savoi s très-bien que le peuple attribuait une espèce de providence aux dieux qu'il adorait; mais qu'il l'ait supposée dans un Etre suprême ou supérieur oux génies qu'il nommait des dieux, nous chercherions vainement par quel moyen ce dogme aurait pu se graver dans l'esprit du commun des païens. — k* Quelques philosophes ont dit, à la vérité, que le culte religieux consiste principalement dans la piété iniérieure et dans la vertu, mais aucun n'a enseigné que ce culte était réservé pour ie Dieu suprême, pendant nue les cérémonies étaient le partage des dieux inférieurs. Dès que les païens avaient satisfait au cérémonial , ils croyaient avoir accompli toute justice , et ces pratiques étaient des absurdités ou des crimes. De

PAG

PAG

quel Max pouvaient être la piété et la vertu aux yeux de$ dieux, dont la plupart étaient censés vicieux et autours dos passions dos hommes? Jamais les païens n'ont demandé aux dieux, dans leurs prières, la sagesse, la justice , la tempérance, la chasteté; Cicéron, Sénèuue, Horaco et d'autres jugeaient que c'était à l'homme seul do se les procurer ; comment les dieux auraient-ils donné ce qu'Us n'avaient pas? On se bornait a leur demander la santé, les richesses, la prospérité, souvent l'accomplissement des désirs les' plus déraisonnables. Lactanco n'avait pas tort de soutenir aux païens que leur religion , loin de les porter à la vertu , ne servait qu'à les exciter au crime. Divin. Instil., 1. v, c. 20, etc. — 5° Ce serait donc une illusion de croire qu'en divinisant quelques vertus, comme la paix, la bonne foi, la piété filiale, on ait voulu apprendre aux hommes que c'étaient des dons du ciel et des moyens de parvenir au bonheur. D'ailleurs , à quoi servait de leur ériger des autels, pendant qu'il y avait des temples consacrés aux vices, h un "Jupiter débauché, à un Mars vindicatif, à une Vénus impudique, etc.? Cicéron, 1. u, de Nat. deor., n. Gl , dit que les noms de Cupidofi et de Vénus ont été divinisés, quoiqu'ils signifient des passions vicieuses et contraires à la nature bien réglée, parce que ces passions agitent violemment notre Ame, et parce qu'il faut un pouvoir divin pour les vaincre. Ainsi las païens cherchaient a excuser leurs vices , en les attribuant au pouvoir de certaines divinités- Comment expliquer d'une manière honnête le culte qu'on leur rendait ? comment le rapporter au vrai Dieu ? — G0 L'apothéose des ûéros attestait sans doute la croyance de l'immortalité de l'âme; c'aurait été un encouragement à la vertu , si l'on n'avait accorda cet honneur qu'à des persoan iges respectables par leurs mœurs et par leurs services. Mais Hercule, Thésée, Romulus, eic, avaient été plus célèbres par leurs vices que par leurs vertus. Les pa ens ne plaçaient dans le Tartare ou dans l'enfer, que les âmes dos scélérats qui s'étaient rendus odieux par d'énormes forfaits; l'Elysée renfermait plusieurs personnages qui auraient écé punis chez une nation policée, et le bonheur dont ds y jouissaient n'était pas assez parfait pour exciter puissamment les hommes à la vertu. — 7° On nous trompe en disant que le repentir et le changement de vie faisaient partie essentielle des expiations et de la pénitence des païens; jamais ils n'ont été instruits de cette importante vérité, et ceux môme qui la leur prêtent no l'ont apprise que dans le christianisme. Lorsque la cérémonie do l'expiation était exactement accomplie , tout était bien; un guerrier qui, au retour du combat, expiait ses homicides en lavant ses mains dans une eau vive, n'avait certainement pas beaucoup de repentir d'avoir tué un grand nombre d'ennemis. On expiait une rencontre sinistre, un mauvais présage, un songe fâcheux, plus souvent que des crimes volontaires. — 8° Enlin Cherbury, après avoir

DlCTIOIKN. DR TUÉOL. DOGMATIQUE. III.

fait tous sos efforts pour justifier le paganisme, est forcé de se rétracter. Dans le dernier chapitre de son livro, il convient que l'opinion des païens touchant la providence dégradait la Divinité, que le culte des dieux inférieurs lui était injurieux , que le peuple ne comprenait peut-être pas trop bien comment ce culte pouvait être relatif et remonter au Dieu suprême , et que l'on ne peut pas l'absoudre d'idolâtrie. 11 avoue que les fables avaient absolument étouffé la religion, que l'abus était irréfo mable , que c'est co qui a fait le triomphe du christianisme.

Il n'est donc pas vrai que les apologistes de notre religion et les Pères de l'Eglise aient mal représenté le paganisme; ils l'ont peint tel qu'ils le voyaient pratiquer ot tel qu'il était expliqué par ses propres défenseurs. Celse, Julien, Porphyre, Ceci iusdans Minutius-Félix , Hiéroclès, Maxime de Madaure , etc., n'ont reproché aux Pères aucune infidélité , aucune accusation fausse , ils ont été de meilleure foi que les déistes ; et dans le § 7 nous ferons voir que les Pères ont exactement réfuté toutes les raisons dont se servaient les païens pour pallier la tu pitude et l'absurdité do leur religion. Beausobre, plus obstiné que Cherbury, soutient que les païens n'adoraient pas leurs dieux, ne leur rendaient pas le culte suprême. L'aJoration, dit-il, consiste , 1° dans les idées que l'on a de l'excellence et des perfections d'un être ; 2° dans les sentiments qui naissent de ces idées et qui doivent y être proportionnés ; 3° dans les actions extérieures qui sont les témoignages des sentiments de l'âme. Cela étant, la première idolâtrie consiste à transférer à quelque créature que ce soit le pouvoir , l'excellence et les perfections divines, et a c.oire que cet e créature les possède en propre ot par ellemême. Or , il n'y a jamais eu, que je sache, de telle idolâtrie dans le monde. Ilist. du Manich., 1. ix, c. k , § 7. Nous soutenons, au contraire, que telle a été l'idolâtrie de tous les polythéistes du monde; tous ont attribué à leurs dieux les perfections divines , non telles que la révélation nous les montre dans le Créateur, mais telles que la raison humaine les concevait pour lors ; savoir , la connaissance de ce que l'on faisait pour leur plaire ou pour les outrager, la science de l'avenir, le pouvoir absolu défaire du bien ou du m d aux nations et aux particuliers , d'agter les corps et les âmes, d'inspirer des passions aux hommes, d'opérer des prodiges supérieurs aux forces humaines, de disposer des bienfaits ou des fléaux de la nature. On ne prouvera jamais que les païens ont eu la notion de quelque être supérieur en perfections aux dieux qu'ils a ioraient , ni d'un culte plus parfait que celui qu'ils leur rendaient. Ces dieux, selon la croyance des païens , étaient donc autant d'êtres suprêmes , puisque l'on n'en connaissait aucun qui fût au-dessus d'eux; le culte qu'on leur rendait était l'adoration suprême, puisquo l'on n'imaginait aucune manière plus énergique de leur témoigner du respect, de

TAC

PAG

la confiance et de la soumission. Mais Beausobre avait ses raisons pour prêter aux païen',- - "idée d'un Etre suprême, tel que la révéla tinn nous l'a fait connaître. Nous verrons dans la suite l'usage qu'il en a voulu faire.

§ V. Les lois que Moïse avait portées contre l'idolâtrie étaient-elles injustes ou trop sévères? Ce législateur dit aux Juifs : « Si votre frère, votre fils et votre fille, votre époux ou votre ami vous dit en secret, Allons adorer les dieux étrangers, ne l'écoutez point, n'en ayez point de pitié, ne le cachez point ; vous le mettrez à mort , vous jetterez contre lui la première pierre , et le peuple le lapidera... Si vous apprenez qui;, dans une de vos villes , il est dit que quelques hommes pervers ont séduit leurs concitoyens , et leur ont dit, Allons servir des dieux étrangers , vous vous informerez exactement du fait, et s'il se trouve vrai, vous détruirez cette ville et ses habitants par le fer et par le feu, et vous en ferez un monceau de ruines (Deut. xm , G et ■suiv.). »

Voilà, disent les incrédules, deux lois./ abominables. 11 est aisé à un fanatique de se persuader que sa femme ou son fils veulent le faire apostasier, et s'il les tue sur ce prétexte, il se croira un saint. D'autre part, c'est le comble de la barbarie de détruire une ville entière , parce que quelques citoyens ont embrassé un culte différent du culte pu- •blic. Fausse explication et fausses conséquences. 11 n'est pas vrai que la première de ces lois autorise un particulier à tuer lui- ■même sa femme ou son fils , sans forme de procès. Il lui est ordonné de ne pas cacher leur crime , mais de le dénoncer à l'assemblée du peuple ; puisque le peuple devait lapider le coupable , c'était donc au peuple de le juger et de le condamner, et ce n'est qu'après la condamnation que le dénonciateur devait jeter contre lui la première pierre. Ainsi le prétendu jugement de zèle , par lequel on suppose que tout Israélite avait droit de tuer, sans forme de procès, quiconque idolâtrait ou voulait porter les autres à 1 idolâtrie, est une vision des rabbins, adoptée sans examen par quelques critiques imprudents. Voy. la Bible de Hhais sur cet endroit. Dans la seconde loi , il n'est pas seulement question de quelques citoyens qui ont pratiqué l'idolâtrie, mais d'hommes pervers qui y ont entraîné tous les habitants d'une ville, qui ont séduit leur s concitoyens. La loi suppose donc que tous ont eu part au crime, du moins par leur silence et leur tolérance ; par conséquent , qu'ils n'ont point exécuté la loi précédente, qui ordonne de mettre à mort tout citoyen qui parlera d'adorer des dieux étrangers. Si cette rigueur paraît d'abord excessive , il faut se souvenir que , dans la république juive, l'idolâtrie était non-seulement un crime de religion, mais un crime d'Etat. Dieu avait attaché la conservation et la prospérité de cette nation au culte de lui seul; toutes les fois qu'elle s'en écarta , elle en fut rigoureusement punie. Tout homme qui portait ses concitoyens

à l'idolâtrie était aussi coupable que s'il avait amené la peste parmi eux ; suivant la maxime salus populi suprema lexesto, il devait être exterminé. Aujourd'hui encore, chez les nations les mieux policées, tout ce que l'on appelle crime d'Etat est privilégié ; pour le punir, on n'observe ni toutes les formalités ni toutes les précautions que l'on a coutumede garder pourles cas ordinaires : on suppose que l'intérêt de l'Etat, salus populi, doit prévaloir à tout autre intérêt. Depuis l'établissement du christianisme , tout acte d'idolâtrie de la part d'un chrétien , toute pratique qui avait un rapport direct ou indirect au paganisme, fut regardée comme un signe d'apostasie , et punie comme telle par les lois ecclésiastiques. Voy. Lapses.

§ VI. Y a-t-il des Pères de l'Eglise oui aient justifié ou qui aient trop . condamné l'idolâtrie? Des protestants, qui se sont rendus célèbres par leurs calomnies contre les Pères de l'Eglise , accusent Clément d'Alexandrie et saint Justin d'avoir imprudemment justifié le culte des païens ; Barbcyrac, Traité de la Morale des Pères, c. 5, §59; Beausobre, Rem. sur les Actes des Apôtres, chap. xvii , 23 et 30. Jurieu a fait le même reproche à Oiigène , à Tertullien et à saint Augustin , Hist. crit. des dogmes et des pratiques de l'Eglise , iv' part. , pag. 711. Voici le passage de Clément , dont ils abusent : « Quoique Dieu connût, par sa prescience, que les gentils ne croiraient point , cependant , afin qu'ils pussent acquérir la perfection qui leur convenait , il leur a donné la philosophie , même avant la foi ; il leur a donné aussi le soleil et la lune pour les rendre religieux. Dieu a fait les astres pour les gentils, dit la loi , de peur que , s'ils étaient entièrement athées, ils ne fussent perdus sans ressource. Mais eux, ne faisant pas même attention à ce précepte , se sont attachés à adorer des images taillées , de sorte qu'à moins qu'ils ne se soient repentis , ils sont condamnés , les uns , parce que , pouvant croire en Dieu , ils ne l'ont pas voulu ; les autres , parce que , quoiqu'ils le voulussent , ils n'ont pas fait tous leurs efforts pour devenir fidèles. Bien plus, ceux-là même qui ne se sont pas élevés du culte des astres à leur Créateur, seront aussi condamnés; car c'était là un chemin que Dieu avait ouvert aux gentils, afin que, par le culte des astres, ils s'élevassent à Dieu. Pour ceux qui n'ont pas voulu s'en tenir aux astres, lesquels leur avaient été donnés , mais se sont abaissés jusqu'aux pierres et aux bois , ils sont, dit l'Ecriture, réputés comme la poussière de la terre. » Strom. , 1. vi , c. 14. , p. 795. Tout ce qui résulte de ce passage , c'est que, suivant l'opinion de Clément, Dieu voulait se servir de l'aveuglement des païens qui adoraient le soleil ei la lune , pour les élever à la connaissance du Créateur. Mais dans l'Exhortation aux gentils , page 22 , ce Père fait un crime aux païens d'avoir érigé les astres en divinités. Sa pensée, dans le fond , revient à celle du Sage , qui , pour excuser en quelque manière les adorateurs

ii!T7

PAC

PAC

il!)8

des astres, dit : « Us sont les moins coupables; ils s'égarent peut-être en cherchant Dieu et en désirant de le trouver ; ils le cherchent dans ses ouvrages , desquels ils admirent la perfection ; ils ne sont cependant pas pardonnables. » Sap. c. xui , v. 6. Afin de travestir le sens de Clément, au lieu de ces mots pour les rendre religieux , Barbeyrac traduit pour leur rendre (aux autres) un culte religieux. Au lieu de dire s'ils riaient entièrement athées, il met s'ils étaient entièrement sans divinités, afin de faire entendre que Dieu avait donné aux païens les astres pour divinités. Le précepte dont parle Clément était le précepte cCélre religieux ; Barbeyrac prétend que c'était le précepte d'adorer le soleil et la lune ; conséquemment, à ces paroles lesquels leur avaient été donnés, il ajoute de son chef pour les adorer. Ainsi il suppose que ce Père a condamné les gentils pour avoir fait une chose que Dieu voulait qu'ils fissent, c'est-à-dire pour avoir adoré les astres. Avec cette méthode l'on peut faire dire aux Pères tout ce que l'on veut, mais est-elle une preuve de la bonne foi de ceux qui s'en servent ? Le reproche que ce critique fait à saint Justin n'est pas plus équitab'e. Ce Père, Dial.cum Thryph., n. 55, fait dire au juif Tryphon, que, selon l'Ecriture (Dcut. iv, 19) , Dieu a donné aux gentils le soleil et la lune, pour les adorer comme des dieux ; parce que saint Justin ne réfute pas expressément cette fausse interprétation de l'Ecriture , Barbeyrac conclut que ce saint docteur l'adopte, ce qui est faux, puisque, dans ces deux apologies en parlant aux païens, il réprouve formellement leur culte comme une absurdité et une profanation. A la vérité, dans ce même dialogue, n. 121, il dit que Dieu avait donné d'abord le soleil pour l'adorer , comme il est écrit ; mais il entend pour adorer Dieu et non le soleil, puisqu'il n'est écrit nulle part d'adorer cet astre ; qu'au contraire cela est défendu (Deut. iv, 19) ; au lieu qu'il est écrit (Ps. xvm, G), que Dieu a établi sa demeure dans le soleil ; il est donc permis de l'y adorer, Origène, in Joan., t. II, n. 3 ; Tertullien et saint Augustin ont pensé et parlé de même.

Beausobre, dans Tendron cité , a poussé ïa témérité plus loin ; il dit « que les anciens chrétiens ont avoué que les Grecs servaient le même Dieu que les juifs et les chrétiens, savoir, le Dieu suprême , le Créateur du monde. » Ces anciens chrétiens se réduisent cependant à Clément d'Alexandrie, Strom., liv. vi, c. 5, pag. 759 et suiv., et il ne fonde r>on opinion que sur deux ouvrages apocryphes, la Prédication de saint Pierre et un écrit inconnu de saint Paul. Il ne dit >as même formellement ce que Beausobre ui prête ; il dit que le seul et unique Dieu a été connu des Grecs, mais à la manière païenne ; que parla philosophie le Dieu toutpuissant a été glorifié par les Grecs. En effet, il est incontestable que Platon, dans ce qu'il a dit de la formation du monde par un Dieu suprême, a témoigné le connaître, mais à la

manière païenne, sans en avoir une véritable idée ; qu'il l'a glorifié en quelque façon, mais sans 1 adorer ni le servir pour cela. C'est le reproche que saint Paul fait aux philosophes en général (Rom.i, 21), en disant qu'ils ont connu Dieu, mais qu'ds ne l'ont pas glorifié comme Dieu et ne lui ont pas rendu grâces. Beausobre a cependant voulu rendre saint Paul lui-môme garant de l'opinion de Clément d'Alexandrie. « L'apôtre, dit-il, par ces paroles des Act. , c. xvn, v. 30, Dieu méprisant ces temps d'ignorance, etc., peut bien avoir voulu dire, Dieu a excusé les cultes que les gentils ont rendus à des idoles pendant le temps de leur ignorance ; que, ne leur ayant donné aucune loi, il veut bien leur pardonner. » Il est évident que ce n'est point là le sens de saint Paul, puisqu'il ajoute que Dieu ordonne à tous de faire pénitence, parce qu'il les jugera tous avec équité ; et cela ne s'accordait pas avec la condamnation rigoureuse que cet apôtre a faite du culte des païens (Rom. i, 21 ; Ephcs., h, 12, etc.). Au jugement de Barbeyrac, Tertullien est tombé dans un excès contraire ; il condamne comme des pratiques idolâtres des actions inditférentes et innocentes en ellesmêmes ; comme de faire sentinelle à la porte d'un temple , de donner le nom de dieu à Esculape ou à un autre , allumer des flambeaux un jour de réjouissance publique, se couronner de Heurs, etc. Traité de la Morale des Pères, c. vi, § 10 et suivants. Mais si les païens eux-mêmes regardaient toutes ces pratiques comme une profession de paganisme, et si les chrétiens les envisageaient comme un signe d'apostasie, un fidèle pouvait-il se les permettre sans scandale ? Saint Paul dit : « Si ce que je mange scandalisait mon frère, de ma vie je ne mangerais aucune viande (/ Cor. vm, 13). Les apôtres défendirent aux premiers fidèles démanger du sang et des viandes suffoquées (Act. xv, 29) : c'était cependant une chose innocen e en elle-même. 11 est à présumer que Tertullien savait mieux que nous ce qui pouvait être de son temps un sujet de scandale. Aujourd'hui les protestants soutiennent que l'usage des images est mauvais en lui-même, puisque l'on s'en est abstenu dans les premiers siècles de l'Eglise ; mais si l'on s'en est abstenu seulement à cause des circonstances, comme des autres choses dont nous venons de parler, il ne s'ensuit pas que cet usage est mauvais en lui-même.

§ VIL Comment les écrivains du paganisme ont-ils justifié leur religion? Moins mal que les incrédules d'aujourd'hui. Ils ne parlent ni de Dieu suprême ni de culte relatif; ils représentent l'idolâtrie telle qu'elle était. L'apologie la plus complète qui en ail été faite est dans Minutius-Félix, n. 5 et suiv. Celse et Julien n'ont pas su défendre leur cause d'une manière aussi séduisante ; Céciiius, qui en prend la défense, commence par attaquer le christianisme. Nous ne sommes, dit-il, capables de connaître ni ce qui est au-dessus de nous, ni ce qui est au-dessous; il y a de la témérité à 1 entreprendre,

PAC

PAG

42TW

ce serait bien assez si nous pouvions nous connaître nous-mêmes. Que le monde se soit formé par hasard ou par une nécessité absolue, qu'est-il besoin d'un Dieu, quel rapport cela peut-il avoir avec la religion? Toutes choses naissent et se détruisent par la réunion et la séparation des éléments : la n iture suit sa marche éternelle sans qu'un Dieu s'en môle, les biens et les maux tombent au hasard sur les bons et sur les méchants, les hommes religieux sont souvent plus maltraités par la fortune que les impies ; si le monde était gouverné par une sage Providence, les choses sans doute iraient tout autrement. Puisqu'il n'y a que doute et incertitude sur ce point, pouvons-nous mieux faire que de nous en tenir à ce que nos ancêtres ont établi, de garder la religion telle qu'ils nous l'ont transmise, d'adorer les dieux qu'ils nous ont fait connaître, et qui, à la naissance du monde, ont sans doute instruit et gouverné les hommes ? — N. 6. Aussi chaque nation a-t-elle ses dieux particuliers ; les Romains, en les adoptant tous et en joignant la religion à la valeur militaire, sont devenus maîtres du monde ; ils ont été sensiblement protégés par tous ces dieux auxquels ils avaient préparé des autels.— N. 7. Rome est remplie de monuments des faveurs miraculeuses qu'elle a reçues du ciel en récompense de sa piété. Jamais, dans une calamité, elle n'a invoqué les dieux en vain, et plus d'une fois elle a été secourue par des inspirations et des révélations surnaturelles. — N. 8. Malgré l'obscurité répandue sur l'origine des choses et sur la nature des dieux, l'opinion qu'en ont les différentes nations est néanmoins constante et la même partout. C'est donc une témérité et une impiété de vouloir détruire une religion si ancienne , si utile, si auguste ; plusieurs athées célèbres l'avaient entrepris, ils ont porté la peine do leur crime et leur mémoire est en exécration. Soutfrirons -nous qu'une troupe d'hommes vils et ignorants déclament contre les dieux , forment dans les ténèbres une faction impie, s'engagent les uns aux autres, non par des serments sacrés, mais par des crimes, conjurent de détruire la religion de nos pères? Pour cacher 1 urs forfaits, ces malheureux ne s'assemblent que la nuit, ne parlent qu'en secret, ne s'adressent qu'aux femmes et aux imbéciles, faient nos temples, méprisent nos dieux, tournent en ridicule nos cérémonies, regardent nos prêtres avec dédain ; ils préfèrent leur nudité et leur misère aux honneurs , aux charges et aux fonctions civiles; ils bravent les tourments présents par une vaine terreur des supplices à venir ; ils endurent ici-bas la mort, de peur de mourir dans une autre vie, et se consolent de tous les maux par de frivoles espérances. — N. 9. Après avoir détaillé les crimes horribles dont on accusait les chrétiens, il leur reproche d'adorer un homme puni du dernier supplice, et d'honorer la croix, digne objet de culte, dit-il, pour des gens qui l'ont méritée. Il faut bien que leur religion soit honteuse

ou criminelle, puisqu'ils la cachent. Pourquoi n'avoir ni temples, ni autels, ni simulacres ; pourquoi ne s'assembler et ne parler que dans l'obscurité, si ce n'est parce que leur culte est digne ou de mépris ou de châtiment? Quel peut être ce Dieu isolé , mystérieux , abandonné , qu'ils honorent , qui n'est connu d'aucune nation libre, pas même des superstitieux romains? Les Juifs, nation vile et méprisable, n'ont aussi qu'un seul Dieu ; mais ils l'honorent publiquement par des temples, des autels, des sacrifices, des cérémonies ; et la faiblesse de ce Dieu est assez prouvée par l'esclavage auquel les Romains l'ont réduit avec toute sa nation. — N. 10. Et quelles absurdités les chrétiens n'ont-ils pas forgées sur la Divinité ? Ils prétendent que leur Dieu , curieux, inquiet, jaloux, imprudent, se trouve partout, sait tout, voit tout, même les plus secrètes pensées des hommes, se mêle de tout mômedeleurscriraes; comme sisonaltention pouvait suffire et au gouvernement général du monde et aux soins minutieux de chaque particulier. — N. 11. Ils poussent !a frénésie jusqu'à menacer l'univers en:ier d'un incendie général, comme si l'ordre éternel et divin de la nature pouvait être changé, et à se flatter de survivre eux-mêmes à cette ruine universelle, en ressuscitant après leur mort. Us en parlent avec autant d'assurance que si cela était déjà fait ; abusés par cette illusion, ils se promettent une vie éternellement heureuse et menacent les autres d'un supplice éternel. Qu'ils soient injustes, je l'ai déjà fait voir; mais, quand ils seraient justes, cdla serait égal, puisque, selon leur opinion, tout vient d'une espèce de fatalité. Si d'autres attribuent tout au destin, eux attribuent tout à Dieu ; ils en font donc un maître injuste qui veut non des adorateurs par leur propre choix, mais des élus; qui punit dans les hommes le sort et non la volonté. Je vous demande, continue Cécilius, si les prétendus ressuscites seront sans corps; mais sans le corps il n'y a ni âme, ni intelligence, ni vie ; seront-ils avec leur propre corps qui est réduit en poudre depuis plusieurs siècles? S'ils ont un autre corps, ce ne seront plus les mêmes hommes, mais de nouveaux individus. Il serait bon du moins que quelqu'un fût revenu de l'autre monde, pour nous convaincre par expérience ; mais vous avez maladroitement copié les fables des poètes, pour les mettre sur le compte de votre Dieu. — N. 12. Jugez plutôt de votre sort futur par notre condition présente. Vous êtes pour la plupart pauvres, nus, méprisés, abandonnés ; votre Dieu le souffre; vous êtes poursuivis, condamnés, livrés au supplice, attachés aux croix que vous adorez ; quoi, ce Dieu qui doit vous ressusciter ne peut vous conserver la vie ? Sans lui les Romains régnent , triomphent, dominent sur l'univers et sur vous, pendant que vous renoncez aux commodités de la vie et à tout plaisir même permis Objets de pitié aux yeux des dieux et des hommes, reconnaissez votre erreur j vous ne ressusci-

PAC

PAG

terOE pas inu-ux que vous ne vivez à présent : si donc il vous reste un peu de bon sens, cessez do raisonner sur le ciel et sur la destinée du monde ; regardez seulement à vos pieds , c'est assez pour des ignorants tels que vous. — N. 13. Si cependant vous avez la fureur de philosopher, imitez Socrate ; lorsqu'on l'interrogeait sur des choses du ciel, il disait : Ce qui est au-dessus de nous na point de rapport à nous. La secte des académiciens se tenait dans un doute modeste sur toutes les questions ; Siinonide n'osa jamais répondre, quand on lui demanda ce qu'il pensait des dieux: Il faut donc laisser les choses douteuses telles qu'elles sont , ne prendre aucun parti, de peur de tomber dans la superstition ou de détruire toute religion. Par ce simple extrait qui est fort au-dessous de l'original, on peut voir s'il est vrai qu'à la naissance du c'>rist:anisme la religion païenne était absolument décréditée , que l'on en était dégoûté, qu'il n'y avait rien de plus aisé que de la détruire, comme la plupart des incrédules ont osé le soutenir. Octavius , pour réfuter cette apologie, représente à son adversaire, n. 10, que l'ignorance et la pauvreté des chrétiens ne font rien à la question ; puisqu'il s'agit uniquement de savoir s'ils ont la vérité pour eux ; plusieurs philosophes ont été dans le nièine cas avant de se faire une réputation. Les riches, occupés de leur fortune, ne pensent guère aux choses du ciel ; souvent Dieu leur a donné moins d'esprit qu'aux pauvres.

Lorsque les ignorants exposent la vérité sans le fard de l'éloquence, si elle triomphe, c'est uniquement par sa propre force. — ,N. 17. Je consens, dit-il, que nous nous bornions à chercher ce que c'est que l'homme, d'où il vient et pourquoi il est ; peut-on le connaître sans savoir d'où vient l'univers, par qui et comment il a été formé ? Puisque l'homme, très-différent des animaux, porte sa tôte vers Je ciel, pendant que la leur est courbée vers la terre, il faut être privé d'esprit, de bon sens et des yeux, pour chercher dans la poussière du globe le principe de la raison, de la pensée, de la parole, par lesquelles nous connaissons, nous sentons et nous imitons la Divinité. Voilà ce que font ceux qui prétendent que le monde s'est fait par le concours fortuit des atomes. Ici notre auteur trace en raccourci le tableau de la nature, il fait remarquer l'ordre et la beauté do l'univers, le rapport de toutes ses parties, la régularité de ses mouvements, ensuite la structure admirable du corps humain. Partout il montre, n. 18, les soins d'une Providence attentive et bienfaisante. Cette vérité une fois démontrée, il n'est plus question que de savoir si le monde est gouverné par un seul Dieu ou par plusieurs. Un grand empire ne peut avoir qu'un seul maître. Rome elle-même n'a pu en supporter deux. Admettons-nous dans le ciel une division qui détruit tout sur la terre? Dieu,'^ Fore de toutes choses, n'a ni commencement ni lin, l'éternité est son partage; il a donné »'ètre à tout ce qui est ; il est donc seul.

Avant que le monde fût, il était son monde à lui-même. Invisible, inaccessible à nos sens, immense, infini, lui seul se connaît tel qu'il est ; noire esprit trop borné ne peut eu avoir une idée digne de lui, aucun nom ne peut exprimer son essence. Le peuple même, en levant les mains au ciel, atteste par ses exclamation l'unité de Dieu. — N. 19. Les poètes et les philosophes l'ont souvent reconnu ; Octavius cite leurs paroles ; tous, sous le nom de Dieu, ont entendu l'esprit, la raison, l'intelligence qui gouverne le monde; leur langage est le même que celui du christianisme. — N. 20. Puisqu'une seule volonté, une seule providence régit l'univers, nous ne devons ajouter aucune foi aux fables par lesquelles nos aïeux imbéciles se sont laissé tromper; fâudra-t-il croire tout ce qu'ils ont cru, Ja chimère, les centaures, les métamorphoses, etc. ? Octavius démontre l'absurdité, l'indécence, l'impiété des fables du pagunisme, la manière dont l'idolâtrie s'est introduite par le culte des morts ; il rapporte le sentiment des auteurs qui ont soutenu que les dieux des païens étaient ordinairement des hommes. Il fait voir l'excès et h ridicule de la superstition des Romains qui ont soutenu toutes les rêveries des Grecs et des Egyptiens, la puérilité de leurs cérémonies, les folies et les crimes par lesquels leur culte était souillé.

N. 25. Quand on dit , continue Octavius, que cette superstition a été la source de la prospérité des Romains, l'on oublie que leur république a été fondée par des crimes, leur domination étendue par des perfidies et par des rapines, leur empire enrichi parles dépouilles des dieux , des temples et des prêtres des autres nations. Chacun de leurs triomphes était une impiété, ils y étalaient les images des dieux vaincus ; ils ont donc été, non pas religieux, mais impunément sacrilèges ; ils n'ont adoré des dieux étrangers qu'après les avoir insultés. Ces dieux, trop faibles pour protéger leurs premiers adorateurs, ne sontils devenus puissants et bienfaisants qu'à Rome ? Religion bien respectable, sans doute, que celle qui a commencé par honorer la déesse des cloaques, par élever des temples à la pour, à la pâleur et à la fièvre, et par diviniser des prostituées 1 Sont-ce ces dieox tutélaires qui ont vaincu le Mars des Thraces et le Jupiter des Cretois, la Junon d'Argos ou de Samos, la Diane taurique et les monstres des Egyptiens ? N'est-ce pas dans leurs temples même et par leurs prêtres que se préparent et se commettent les plus grands crimes, l'impudicité, la prostitution, l'adultère? Avant les Romains l'on a vu les Assyriens, les Mèdes, les Perses, les Grecs, les Egyptiens , faire des conquête? sans avoir des collèges de pontifes, des augures , des vestales et des poulets sacrés dont l'appétit devait décider du sort de la république. — N. 28. Venons à ces auspices et à ces présages tant respectés à Rome, dont l'observation a été si salutaire, et le mépris si fatal. Sans doute Claudius, Flaminius et Junius ont perdu leur armée, parce qu'ils n'avaient

PAG

PAG

pas attendu que les poulets sacrés se fussent égayés au soleil ; mais Régulas avait consulté les augures, et il fut pris ; Mancinus ava t gardé le cérémonial , et il fut mis sous le joug; les poulets avaient mangé en faveur <ie Paulus, et il fut défait a Cannes avec toutes les forces de Home. Los auspices et les augures avaient défendu à César de conduire sa flotte en Afrique avant l'hiver, il n'en tint aucun compte; sa navigation et son expédition n'en lurent que plus heureuses. On sa.t le cas que faisait Démosthène des oracles d • la pythie, etc. — N. 27. Vos dieux sont des démons ; ainsi en ont jugé les mages, les philosophes et Platon lui-même.

Leurs oracles sont faux, leurs dons empoisonnés, leurs secours meurtriers ; ils font du mal en paraissant faire du bien. Nous leur taisons avouer ce qu'ils sont, lorsque, par des exorcismes et des prières , nous les chassons des corps dont ils s'étaient emparés. Adjurés au nom du seul vrai Dieu, ils frémissent et sont forcés de quitter la place. — N. 28. Sentez l'injustice de vos préventions contre nous , par le repentir que nous avons d'avoir autrefois pensé et agi comme vous. On nous avait persuadé que les chrétiens adoraient des monstres ou des objets obscènes, que dans leurs assemblées ils égorgeaient un enfant, le mangeaient, et commettaient des impudicités horribles ; nous ne faisions pas réflexion que ces calomnies n'ont jamais été prouvées , qu'aucun chrétien ne les a jamais avouées au milieudes tortures, quoique sûr d'obtenir sa grâce par cet aveu. Nous tourmentions comme vous ceux qui étaient accusés , non pour leur faire confesser leurs crimes, mais pour leur faire renier leur religion. Si la violence des tourments en faisait succomber quelqu'un, dès ce moment nous prenions sa défense, comme si l'apostasie avait expié tous ses forfaits. Voilà ce que vous faites encore. Si vous agissiez par raison et non par la suggestion d'un mauvais esprit, vous ne mettriez pas les chrétiens à la torture pour leur faire abjuger leur religion, mais pour les faire convenir des actions infâmes et cruelles que vous leur reprochez. — N. 29. Ce n'est pas nous qui commettons ces abominations ; c'est vous-mêmes ; elles sont consacrées chez vous par vos fables, par vos cérémonies, par vos mœurs. Octavius le prouve endétail. — N. 32. Vous croyez, continue-t-il,que c'est afin de cacher notre culte que nous n'avons ni temples, ni autels, ni simulacres ; mais la plus belle image de Dieu est l'homme, son temple est le monde entier, son sanctuaire est une âme innocente. La meilleure victime est un cœur purT la prière la plus agéable à Dieu est une œuvre de justice ou de charité. Voilà noscérémonies. Parmi nous, l'hommele plus juste est censé le plus religieux. Dieu, quoique invisible, nous est présent par ses ouvrages, par sa providence, par ses bienfaits. Vous pensez qu'il ne peut tout voir ni tout savoir : erreur. Présent partout, créateur et conservateur de tout, comment peutil ignorer quelque chose ? Il a tout créé par

une parole, il gouverne tout par un seul acte de volonté. — N. 33. Vous dites que les Juifs n'ont rien gagné à l'adorer, vous vous trompez encore : lisez leurs livres, ceux de Flavius-Josèphe ou d'Antonius Julianus, vous verrez que les Juifs ont été favorisés de Dieu et comblés de ses bienfaits, tant qu'ils ont été fidèles à sa loi. Us n'ont donc pas été faits captifs avec leur Dieu, comme vous l'avancez par un blasphème : c'est leur Dieu au contraire qui vous les a livrés, parce qu'ils lui étaient rebelles. — N. 3i. Douter de la ruine et de l'embrasement futur du monde, est un préjugé populaire; tous les sages conviennent que tout ce qui a commencé doit finir ; c'est le sentiment des stoïciens, des épicuriens et de Platon. Pythagore a cru une espèce de résurrection. Les philosophes pensent donc comme nous ; mais ce n'est pas à leur parole que nous ajoutons foi. Le bon sens seul nous fait comprendre que Dieu, qui a tout fait, peut tout détruire ; que, puisqu'il a formé l'homme, il peut à plus forte raison lui donner une nouvelle forme. Rien ne périt entièrement, tout se renouvelle dans la nature. — N. 35. Nous ne sommes pas les seuls non plus qui croyions les enfers et un feu vengeur qui punit les méchants, vos poètes en ont souvent tracé le tableau. Qui ne sent pas la justice et la nécessité des peines et des récompenses de l'autre vie? Octavius prouve cette justice par la comparaison des mœurs des païens avec celles des chrétiens. — N. 36. Que personne, dit-il , ne se tranquillise en mettant ses crimes sur le comp'e du destin, la fortune ne peut détruire la liberté de l'homme; il est jugé, non sur son sort, mais sur ses actions ; il n'y a point d'autre destinée que celle que Dieu a faite; et comme il prévoit tout, il la règle selon les mérites de chacun. Loin de rougir de notre pauvreté, nous en faisons gloire ; nos vraies richesses sont nos vertus. Dieu sait pourvoir aux besoins de toutes ses créatures, et récompenser leurs soutfrances; par là il les éprouve sans les abandonner. — N. 37. Y at-il aux yeux de Dieu un plus grand spectacle qu'un chrétien aux prises avec la douleur et invincible dans les tourments ? Il triomphe de ses persécuteurs et de ses bourreaux, il ne cède qu'à Dieu; vos histoires élèvent jusqu'aux nues la constance de Mutius-Scaevola, d'Aquilius, de Régulus ; parmi nous les femmes et les enfants en font autant. Juges aveugles, vous n'estimez que la félicité de ce moule; mais sans la connaissance de Dieu y a-t-il une félicité solide, dès qu'il fau» mourir ? Ici Octavius décrit les fêtes insensées et les plaisirs licencieux des païens. 1) fait voir combien les chrétiens sont sages d'y renoncer. Il tourne en ridicule le scepticisme orgueilleux et affecté des philosophes ; pour nous, dit-il, nous montrons la sagesse, non par notre habit, mais par nos sentiments; la vraie grandeur, non par nos paroles, mais par nos actions.

Qu'y a-t-il donc à désirer encore, dès que Dieu a daigné enfin se faire connaître dans notre siècle ? Jouissons avec gratitude de co

PAC

PAG

bien précieux ; réprimons la superstition, bannissons l'impie lé et retenons la vraie religion. C'est ainsi que Octavius conclut son discours. L'extrait que nous en donnons paraîtra peut-être un peu long; mais il est hou de montrer en quoi consistait la dispute entre nos apologistes et les défenseurs du paganisme; les premiers raisonnent cerlainem< nt mieux que leurs adversaires, et ils n'ont laissé aucune objection sans y donner une réponse solide. Si l'on veut consulter les autres écrivains du paganisme qui ont défendu leur religion contre les épicuriens, on verra qu'ils ont raisonné tout comme ceux qui argumentèrent dans la suite contre les chrétiens. Le pontife Cotta, que Cicéron fait parler dans son m' livre sur la Nature des dieux, soutient qu'en fait de religion l'on ne doit pas consulter les philosophes, mais s'en tenir a la tradition des anciens et à ce que les lois ont éiabli. Pour prouver l'existence des dieux , il apporte les mûmes preuves que Octavius allègue dans Minutius-Félix pour prouver qu'il y a un Dieu. Mais quant a l'objigation et à la manière d'adorer plusieurs dieux, il ne peut en donner d'autres raisons que celle du païen Cécilius, et que nous avons vues; Platon, dans le Timée , déclare que, quoique la croyance vulgaire touchant les dieux ne soit fondée sur aucune raison certaine ni probable , il faut néanmoins s'en tenir au témoignage des anciens qui se sont dits enfants des dieux, et qui devaient connaître leu s parents. Faible preuve ; mais on sentait la nécessité absolue d'une religion pour maintenir l'ordre dans la société, et l'on ne voyait rien de mieux que ce qui étit établi par les lois et par la coutume ; on concluait qu'il ne fallait pas y toucher et qu'il faliait proscrire toute religion nouvelle.

§ VIII. Les protestants sont-ils venus à bout de prouver que le culte rendu par les catholiques aux saints, à leurs images et à leurs reliques est une idolâtrie? Nous avons déjà démontré ailleurs que ce crime est imaginaire; qu'il est même impossible, à moins qu'un catholique ne fasse violence à sa profession de foi et au cri de sa conscience ; mais les protestants ne démordent pas. 11 y a cependant contre eux un argument auquel ils ne répondront jamais. Idolâtrer , c'est rendre à la créature les honneurs divins, ou qui ne sont dus qu'à Dieu ; or, non-seulement les honneurs que nous rendons aux saints ne sont pas dus à Dieu ; mais ce serait une insulte et une impiété , s'ils lui étaient adressés. En effet, le principal honneur que nous faisons aux saints est de les invoquer, et cette invocation consiste, suivant le concile de Trente, sess. 25, c. 2, à prier les saints d'intercéder pour nous, afin d'obtenir les grâces de Dieu par Jésus- Christ. Il y aura t de la folie à s'adresser ainsi à Dieu ; la créature seule peut prier et demander des grâces, et les obtenir par un autre, c'est-à-dire par Jésus-Christ ; nous attribuons donc aux saints le seul pouvoir qui convienne esseniiellement aux créatures.

Uist. des Variât., tom. V, p. 531. — 2° Nous

accusera-t-on de prêter aux sunts des attributs divins, et dr> les défigurer encore comme b'S païens, en les supposant joints aux passions et aux vues de l'humanité ?3° Nous n'avons jamais cru comme eux que les personnes divines, les anges, les saints, sont présents dans leurs images; nous n'accordons à celles-ci point d'autre vertu que celle d'exciter l'attention, de fixer l'imagination, d'instruire les ignorants par les yeux. On les bénit et on les consacre comme les vases du saint sacrifice et les autres instruments du culte divin. Nous les respectons et nous témoignons ce respect par des signes extérieurs, parce que toute représentation d'un personnage ou d'un objet respectable doit être respectée à cause de lui. Ce culte , ce respect, sont religieux, puisqu'ils parlent d'un motif de religion, et qu'ils ont pour objet d'honorer dans les saints, non les dons de la nature, mais les mérites de la grâce. Cependant, par une affectation malicieuse, les mêmes censeurs qui soutiennent que le culte des païens n'était pas une idolâtrie , parce qu'il se rapportait au dieu représenté , et non à sa représentation , nous accusent de borner nos respects à une image, sans penser à l'objet qu'elle représente : ils nous font la grâce do nous supposer plus stupides que les païens. — k" Il n'est jamais arrivé aux catholiques d'honorer des images indécentes ou scandaleuses , ni de mêler dans le culte des saints des pratiques absurdes ou criminelles ; ou du moins si ce désordre a eu quelquefois lieu parmi le peuple grossier dans les temps d'ignorance, il a toujours été blâmé et censuré par les pasteurs de l'Eglise. Voy. Image.

Mais aucune raison ne touche nos adversaires, et pour satisfaire leur haine, les contradictions ne leur coûtent rien. Comme les Pères de l'Eglise ont accusé les manichéens de rendre un culte idolâtre au soleil et à la lune, Beausobre n'a rien omis [;our justifier ces hérétiques, et pour prouver que ce culte n'était pas une idolâtrie. Il convient que les manichéens regardaient ces astres comme des êtres animés, comme des âmes pures et bienheureuses, comme le siège et le séjour de la sagesse et de la vertu du Sauveur; conséquemment, dit-il, les manichéens ne les ont point honorés comme des dieux souverains, mais comme des ministres de la divinité, comme les instruments vivants de ses bienfaits. 11 conclut qu'on ne doit point les taxer d'idolâtrie, 1° parce que plusieurs Pères de l'Eglise ont pensé de même; 2° parce cjue Ir's manichéens n'ont point offert de sacrifice à ces deux astres; S" ils ne les ont point invoqués; k" ils ne les ont point adorés. En effet, continue Beausobre , l'adoration intérieure n'est autre chose que l'estime infinie que l'on a pour un être auquel on attribue les souveraines perfections, auquel on se soumet et se dévoue entièrement, auquel on donne toute son admiration, sa confiance, sa vénération, sa reconnaissance, son obéissance. L'adoration extérieure consiste dans les actes religieux destinés à exprimer les senîi-

PAG

nients intérieurs de l'âme, comme les prosternements, les génuflexions, l'encens, les sacrifices, les prières, les actions de grâces. L'Ecriture, dit-il, a défendu de rendre à tout autre qu'à Dieu seul l'une et l'autre de ces adorations ; aussi les manichéens n'ont rendu ni l'une ni l'autre au soleil ni à la lune. ïl excuse par la même raison les Persans, les sabaïtes et les esséniens, qui ont été aussi accusés d'adorer ces deux astres. Hist. dumanich.,]\\.i\, cl, §11 et suiv.,et c.4,§7. En admettant pour un moment les principes posés par Beausobre, nous lui demandons si les catholiques regardent les saints comme des dieux souverains, s'ils leur attiibuent les souveraines perfections , s'ils leur accordent toute leur admiration, toute leur confiance, etc.; s'ils leur oirrent des sacrifices, si par conséquent les signes extérieurs de respect qu'ils leur adressent peuvent être appelés une adoration. Puisqu'il disculpe tous ceux qui ont honoré les astres, à quel titre ose-t-il nous taxer d'idolâtrie? Nous avons prouvé ailleurs qu'il est faux que l'Ecriture ait défendu d'honorer par des signes extéiiours,de prier, d'invoquer d'autres êtres que Dieu seul, surtout lorsque l'estime, la confiance, le respect qu'on leur témoigne sont subordonnés à ceux que nous devons à Dieu. Voy. Anges, Saints, Idolâtrie. Beausobre lui-même avoue que ces sentiments ont leur cause dans l'opinion que l'on a des perfections et du pouvoir de l'être auquel on s'adresse, ibid., c. 4, § 7 ; donc, dès que l'on reconnaît que cet être est inférieur, dépendant, soumis absolument à Dieu, en un mot, pure créature et rien de plus, il est impossible que le culte qui lui est rendu soit censé culte divin, culte suprême et injurieux à Dieu. Donc, quand il serait vrai que Dieu avait défendu aux Juifs toute espèce de culte rendu a d'autres qu'à lui, nous serions bien fondés à croire que cette défense était uniquement relative aux circonstances et au danger particulier dans lequel se trouvaient les Juifs ; que les protestants ont tort de la prendre pour une loi absolue et générale pour tous les temps, puisque Beausobre pense que le culte en question n'est point défendu par la loi naturelle, en quoi il se trompe absolument, môme suivant ses propres principes. « L'expérience fait voir, ditil, que ces divinités subalternes, qui ne sont que les ministres du Dieu suprême, deviennent les objets de la dévotion de l'homme, parce qu'il les regarde comme les auteurs immédiats de sa félicité. Il perd de vue la cause première , qui est dans un trop grand éloignement , et il s'arrête à la cause seconde. Quand cela n'arriverait pas, il est bien difficile de faire un juste partage des sentiments de l'âme. On invente bien des termes pour d stinguer le culte souverain d'avec le culte subalterne; mais ces distinctions subtiles et métaphysiques ne sont bonnes que pour l'esprit, le cœur n'en fait aucun usage, etc. Aussi l'Ecriture a-t- elle interdit tout culte religieux des créatures. » Ibid.

Déjà nous avons réfuté louic cette fausse théorie. lu Si elle était vraie, Beausobre aurait eu tort de dire que les sentiments du cœur ont pour cause V opinion que Von a dans l'esprit des perfections et du pouvoir de l'être que l'on honore: ici le cœur irait bien plus loin que l'esprit. 2° Si le danger de confondre l'un et l'autre culte dans la pratique est réelle, les manichéens, les Persans, les sabaïtes, les esséniens, en ont-ils été plus à couvert que les catholiques? Comment Beausobre sait-il que les premiers n'y ont pas succombé? 3° Dans ce cas il est faux que le culte subalterne ne soit pas défendu par la loi naturelle; cette loi défend certa nement non-seulement l'idolâtrie distincte et formelle, mais toute pratique capable de nous y faire tomber. L'inconséquence et la partialité percent de toutes parts au travers du verbiage et des dissertations de ce critique. Posons donc pour principe quo le culte, soit intérieur, soit extérieur, est toujours proportionné à l'idée que l'on a des perfections et du pouvoir de l'être auquel on l'adresse. Si on croit cet être indépendant et puissant par lui-même, ce culte est nécessairement divin et suprême, et c'est Je seul qu'on doit nommé adoration. S'il est adressé à un autre qu'au seul vrai Dieu, c'est polythéisme et idolâtrie, crime contraire à la loi naturelle et à la dro.tc raison. Lorsqu'on ne prétend honorer qu'une créature dépendante, soumise au vrai Dieu, qui tient tout de lui, qui ne peut rien que par lui, quels que soient les signes extéreurs par lesquels on le témoigne, ce n'est plus ni culte suprême, ni adoration, ni par conséquent idolâtrie; le donner pour tel, c'est abuser malicieusement des termes pour tromper les ignorants. Voy. Culte.

PAIN. Ce mot, dans l'Ecriture sainte, signifie souvent toute autre espèce d'aliment comme l'eau désigne toute sorte de boisson, lsaïe, c. m, v. 1, dit que Dieu ôtera aux Juifs toute la force du pain et de l'eau, c'està-dire qu'il les punira par la disette d'aliments. On retrouve la même expression, c. xxxiii, v. G. En français nous nous en servons dans Je môme sens : donner du pain à quelqu'un, c'est lui fournir les moyens de subsister. Ainsi lorsqu'il est dit que Abraham, en renvoyant Agar et Ismaël, leur donna du pain et un vase d'eau (G en. xxi, 14), cela peut très-bien signifier qu'il pourvut à leur subsistance; sans cela on ne peut pas concevoir comment ils auraient vécu dans un désert. De même dans l'Evangile Jésus-Christ dit (Joan. vi, 48) : Je suis le pain de vie; v. 52, le pain que je donnerai pour la vie du monde sera ma propre chair. Pain signifie nourriture. Lorsque nous demandons à Dieu notre pain quotidien, nous entendons par là tout ce qui est nécessaire à la vie. Dans les parties de l'Orient où le bois est très-rare, le peuple est souvent obligé de faire sécher au soleil la fiente des animaux, de la brûler pour cuire ses aliments, et de faire cuire 1? pain sous cette cendre. Dieu, pour faire comprendre aux Juifs qu'ils seront réduits

1209 PAI

h cette triste extrémité, ordonne au prophète Ezéchiel de cuire ainsi so® pain, et de le manger en présence du peuple, c. iv, v. 13. Un de nos philosophes incrédules, aussi ordurier que malicieux, a osé soutenir que Dieu avait ordonné à Ezéchiel de manger son pain couvert de fiente d'animaux. Telle est la sagesse et la décence de nos professeurs d'incrédulité.

Pains (multiplication des). Nous lisons (Matth. xiv, 17) que Jésus-Christ rassasia dans le désert cinq mille hommes avec cinq pains et deux poissons, et que l'on recueillit douze corbeilles des restes : ces pains n'étaient pas gros, puisqu'ils étaient portés par un enfant (Joan. vi, 9). Dans un autre endroit, il est dit (Matth. xr, 34) qu'il répéta Je même miracle, en nourrissant avec sept naine et quelques poissons quatre mille nommes, sans compter les femmes et les enfants, et que l'on remplit des restes sept paniers. Ce prodige fit tant d'impression sur cette multitude d'hommes, qu'ils s'écrièrent que Jésus était véritablement le Messie, et qu'ils furent près de le proclamer roi (Joan. vi, 14 et 15). Pour dim'nuer l'éclat de ce prodige, les incrédules ont dit que c'était le môme événement répété deux lois; mais la narration des évangélistes atteste le contraire, puisque les circonstances sont différentes. Ils ont ajouté que sans doute Jésus avait envoyé ses disciples à la quête dans les environs, qu'ils étaient revenus avec des vivres; que Jésus les fit distribuer, et qu'il n'y a rien là de miraculeux. Mais quand vin^t disciples seraient revenus chargés de vivres auraient-ils pu en rapporter assez pour rassasier quatre ou cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants? L'Evang'le prévient encore ce soupçon, en disant que les disciples de Jésus lui représentèrent qu'il était impossible de trouver assez de vivres pour rassasier toute cette multitude, dont une grande partie n'avait pas mangé depuis trois jours. Enfin, dans l'impossibilité de coniester ces deux miracles, nos sages critiques ont dit qu'il eût été mieux d'empêcher ce grand nombre d'hommes d'avoir faim, ou de les convertir tous sans miracle. Ils n'ont pas vu qu'en disputant contre deux miracles, ils y en substituaient deux autres; mais le premier n'aurait pas été aussi éclatant ni aussi sensible que la multiplication des pains, et le second aurait été absurde. Dieu ne convertit point les hommes sans raison et par un enthousiasme subit, mais par des réflexions, par des motifs, par des preuves sensibles et palpables.

Pai\ azyme ou tain a chanter. Voy.

Azyme.

Pain bénit, pain que l'on bénit tous les dimanches à la messe paroissiale, et qui se distribue ensuite aux fidèles; les Grecs le nomment eulogie, bénédiction ou chose bénite. Dans les premiers siècles de l'Kglise tous ceux qui assistaient à la célébration du saint sacrifice participaient à la communion; mai.» lorsque la pureté des mœurs et la piété

PAI

eurent diminué parmi les chrétiens, on restreignit la communion sacramentelle à ceux qui s'y étaient préparés, et pour conserver la mémoire de l'ancienne communion qui était pour tous, on se contenta de distribuer à tous les assistants un pain ordinaire bénit par une prière. L'objet de cette cérémonie est donc le même que celui de la communion, qui est de nous rappeler que nous sommes tous enfants d'un même père et membres d'une même famille, assis à la même table, nourris par les bienfaits d'une même Providence, appelés à posséder un môme héritage, frères par conséquent, et obligés à nous aimer les uns les autres. Celte leçon ne fut jamais plus nécessaire que dans un temps où le luxe a mis une énorme disproportion entre les hommes. « Nous sommes tous dit saint Paul, un môme pain et un même corps, nous qui participons a la môme nourriture (/ Cor. x, 17). Pour exprimer cette union, nous voyons qu'au ive siècle les chrétiens s'envoyaient mutuellement des eulogies ou du pain bénit; saint Grégoire de Nazianze, saint Augustin, saint Paulin et plusieurs conciles en ont parlé. Les évoques s'envoyaient même quelquefois l'eucharistie en signe d'union et ue fraternité, et la nommaient eulogie; mais le concile de Laodicée, tenu vers le milieu du iv' siècle, défendit cet usage et ordonna d'envoyer seulement du pain bénit. Lorsque les Grecs ont coupé un morceau de pain pour le consacrer, ils divisent le reste de ce pain en petits morceaux, le distribuent à ceux qui n'ont pas communié et en envoient aux absents; c'est ce qu'ils appellent eulogie; cet usage est trèsancien parmi eux. On a aussi nommé pain bénit ou eulogie les gâteaux ou les autres espèces de mets que l'on faisait bénir à l'Eglise. Non-seulement les évoques et les prêtres, mais encore les ermites faisaient cette bénédiction. Enfin, l'on a donné le même nom à tous les présents que l'on se faisa t en signe d'amitié.

L'usage du pain bénit aux messes paroissiales fut expressément recommandé au ix* siècle dans l'Église latine, par le pape Léon IV, par un concile de Nantes et par plusieurs évoques, et ils ordonnent aux fidèles de le recevoir avec le plus grand respect. Lebrun, Explic. des cérém. de la messe, t. II, p. 288.

Dans les paroisses de la campagne, l'offrande du pain bénit se fait sans appareil et sans dépense superilue; c'est ordinairement une mère de famille qui fait celte offrande, et souvent elle communie, afin de joindre ensemble le symbole et la réalité. Dans les villes, où le luxe et l'orgueil ont tout perverti, \q pain bénit entraine quelquefois une dépense considérable pour ceux qui l'offrent, parce que l'appareil de la cérémonie est ordinairement proportionné à leur condition et à leur fortune; chacun se pique d'enchérir sur ses égaux. Quelques-uns do nos censeurs modernes sont partis de là pour déclamer contre cet usage; ils en ont calculé la dépense pour tout le royaume, et il ne leur en a rien coûté pourenller ce résultat;

!PAI

ils ont conclu qu'il vaudrait mieux employer à soulager les pauvres cette dépense superflue, et qui, selon leur opinion, ne sert à rien. Nous n'avons garde d'approuver aucune espèce de luxe, surtout dans les pratiques de religion; nous convenons qu'il serait à souhaiter qu'on l'évitât dans une cérémonie qui est destinée a nous faire souvenir que tous les fidèles sont nos frères, par conséquent nos égaux devant Dieu; que quand l'offrande du pain bénit est accompagnée d'un cortège fastueux, il en résulte souvent de l'indécence. Mais ce n'est pas à l'Eglise qu'il faut sYn prendre, puisqu'elle a défendu plusieurs fois, dans ses conciles, toute espèce d'éclat et de bruit capables de troubler l'office divin et de détourner l'attention des fidèles. Voij. Thiers, Traité des Supcrstit., t. II, 1. iv, c. 10.

Ainsi nous supplions les censeurs de tous les usages religieux de faire à ce sujet quelques réflexions : 1° En blâmant l'abus d'un usage quelconque, il ne faut pas confondre l'un avec l'autre, ni conclure a tout supprimer; c'est la manie des ignorants, parce qu'il est beaucoup plus aisé de retrancher que de réformer. Que l'on bannisse le luxe et la dépense superflue du pain bénit, celi sera Irès-bien; mais il faut laisser subsister cette offrande, parce qu'elle nous donne une leçon très-bonne et très-nécessaire. En général c'est une mauvaise méthode que de calculer combien coûte une inslruction ou un acte de vertu. 2° Ce ne sont point les pasteurs de l'Eglise qui ont suggéré, commandé ou conseillé ce luxe, c'est la vanité des particuliers qui l'a introduit, comme elle a fait oans les pompes funèbres, dont le but est de nous montrer la vanité des choses de ce monde, et de nous humilier : il y a de l'injustice à mettre cet abus sur le compte des pasteurs. 3" Le motif de faire l'aumône" est très-louable, mais c'est un masque dont l'irréligion se sert souvent pour se déguiser; ceux qui ne donnent rien à Dic.i ne sont pas ordinairement mieux disposés à donner aux hommes. 41 En blAmant le luxe religieux, il ne faut pas oublier de censurer avec encore plus de force le luxe voluptueux, qui est cent fuis plus criminel et plus meurtrier pour les pauvres. Quand on dépense beaucoup pour les spectacles, pour le jeu, pour les modes, pour alimenter les talents frivoles, etc., comment trouverait-on de quoi soulager les malheureux? 5* Puisque l'économie est le motif qui fait déc'amer nos adversaires, ils doivent faire attention que les dépenses du culte religieux ne sont pas perdues pour l'Etat, plusieurs personnes en profitent; c'est une consommation qui est aussi utile politiquement que toutes les autres.

Pain conjuré. Voy. Epreuves superstitieuses.

Pains de proposition ou d'offrande. Ce sont les pains que l'on offrait a Dieu tous les samedis dans le tabernacle, et ensuite dans le temple de Jérusalem. Il devait y en avoir douze, selon le nombre des tribus au

nom desquelles ils étaient offerts; on les posait sur une table couverte de lames d'or et revêtue de divers ornements, uniquement destinée a cet usage, et placée vis-àvis l'arche d'alliance qui était censée être le trône de Dieu. C'étaient des pains sans levain; on devait les renouveler chaque jour de sabbat, et il n'était permis qu'aux prêtres d'en manger (Exod. xxv, 23, 30, etc.). Cependant Jésus-Christ {Matth. xn , 14) fait remarquer que David et ses gens en mangèrent dans un cas de nécessité, et que ce ne fut pas un crime de leur part (7 Reg. xxi, 6). Quelques interprètes disent que ces pains sont appelés en hébreu les pains des faces, et c'est ainsi que Aquila et Onkélos ont traduit; ils auraient mieux rendu la force de l'hébreu en traduisant par les pains des présents; face et présence sont la même chose; nous nommons une offrande un présent, parce qu offrir et présenter sont synonymes. La Vulgate en traduisant panes propositions, n'a rien dit de plus que panes oblationis. Cette offrande était un aveu solennel que faisaient les Israélites d'être redevables à Dieu de leur nourriture, de leur subsistance, dont le pain est le symbole et la partie principale. 11 n'est pas nécessaire de supposer, comme font plusieurs commentateurs, que Dieu, voulant être censé monarque des Israélites, exigeait que son temple fdt meublé comme un palais, qu'il y eût toujours une table servie, etc. Il était juste que les Israélites lui présentassent un tribut de reconnaissance, et cela suffit. La coutume subsiste encore, dans quelques paroisses de la campagne, d'offrir de petits pains le dimanche qui suit l'enterrement d'un mort; chaque proche parent porte le sien; cet usage semble faire allusion à la leçon que Tobie donnait à son fils, c. iv, v. 1<S : « Placez votre pain et votre vin sur la sépulture du juste. » C'était donc une aumône faite à l'intention du défunt. Voxj. Offrande.

PAIX. Ce terme, dans l'Ecriture sainte, a un sens très-étendu ; il signifie non-seulement le repos, la tranquillité, la concorde, mais toute espèce de prospérité et de bonheur. La manière ordinaire de saluer chez les Hébreux était de dire : La paix soit avec vous; Jésus-Christ saluait ainsi ses disciples, elles apôtres se servent encore de cette formule dans leuïS lettres. David, pour exprimer la félicité d'un bon gouvernement, dit que la justice et la paix se sont embrassées (Ps. lxxxiv, 11). Mourir en paix, être enseveli en paix, c'est mourir avec la tranquillité d'une bonne conscience et avec la consolation que donne l'espérance d'un bonheur éternel. C'est dans ce dernier sens qu'il est employé le plus souvent dans le Nouveau Testament. Le Messie avait été annoncé sous le nom de Prince de la paix: son Evangile est appelé Y Evangile de la paix, non-seulement parce qu'il apprend aux hommes à vivre en paix les uns avec les autres, en exerçant mutuellement la justice et la charité, mais parce qu'il nous enseigne

1il3

PAÏ

PAL

le moyen de conserver la tranquillité de notre Ame par le cil me de nos passion?. Saint Paul dit que Jésus-Christ, en mourant pour les hommes, a pacifié par le sang de sa croix tout ce qui est dans le ciel et sur la terre (Coloss. i, 10), parce qu'il a mérité et obtenu le pardon de nos péchés, et nous a réconciliés avec la justice divine. Il faut donc se défier de tout système qui suppose que, malgré la rédemption, la guerre règne toujours entre le ciel et la terre.

Paix ou Baiser de paix. Saint Pierre et saint Paul finissent leurs lettres en disant aux fidèles: « Saluez-vous les uns les autres par un saint baiser. » Dès l'origine de l'Kglise la coutume s'introduisit parmi les chrétiens, dans leurs assemblées, de se donner le baiser de paix, symbole de concorde et de charité mutuelle. Saint Justin, dans sa deuxième Apologie, n. G5; Tertullien, de Orat., c. lk; saint Cyrille de Jérusalem, Catech. myst. 5, et les Pères des siècles suivants en parlent; il en est fait mention dans le concile de Laodicée, dans les Constitutions apostoliques, et dans toutes les anciennes liturgies. Les païens prirent de la. un prétexte pour calomnier les chrétiens, et leur firent un crime de celte marque d'amitié fraternelle.

Jésus-Christ avait dit : Si votre frère a quelque chose contre vous, laissez là votre ablation devant l'autel, et allez auparavant vous réconcilier avec votre frère (Matth., v, 24). Les fidèles conclurent avec raison qu'une disposition nécessaire pour participer aux saints mystères était d'avoir la paix entre eux, de renoncer à tout sentiment de hainef et de jalousie, de se témoigner mutuellement une sincère amitié, puisque la communion même est un symbole d'union et de bienveillance. Conséquemment dans l'Eglise «l'Orient, le baiser de paix se donnait avant l'oblation et après avoir congédié les catéchumènes ; cet usage fut même suivi dans les Gaules et en Espagne; mais dans l'Eglise de Rome, il paraît que la coutume a été constante de faire cette cérémonie immédiatement avant la communion. Le pape Innocent 1er fit comprendre à un évêque d'Espagne que cet usage était le plus convenable, et il s'est établi dans toute l'Eglise latine, à mesure que la liturgie romaine y a été adoptée. La manière de donner la paix n'a xfint varié non plus dans l'Eglise de Rome; e célébrant baise l'autel et embrasse le diacre en lui disant : Pax tibi, fralcr, et Ecclesiœ sanctœ Dei; le diacre fait de même au sous-diacre, et lui dit : Pax tecum ; celui-ci donne la paix au reste du clergé. Depuis le xii' siècle jusqu'au xvie, il était d'usage dans plusieurs églises de France que le célébrant brisât l'hostie avant d'embrasser le diacre; depuis ce temps-là il a paru plus convenable d'en revenir à l'ancienne coutume de baiser l'autel qui est le siège du corps de Jésus-Christ. Ce n'est aussi qu'à la fin du xv# siècle que l'on a substitué un instrument de paix, la patène, une image ou une relique qui est baisée d'abord par le prêtre,

ensuite par ses assistants et par le clergé; on ne la présente point aux laïques, si ce n'est aux personnes d'une haute dignité, de peur de donner lieu à quelques contestations sur la préséance, comme cela est arrivé plus d'une mis. Avant de donner la paix, le prêtre adresse à Dieu une prière, par laquelle il le supplie de maintenir l'union entre les membres de son Eglise, et d'y réunir ceux qui ont eu le malheur de s'un séparer. La manière ordinaire dont Jésus- Christ saluait ses disciples était de leur dire : La paix soit avec vous : Pax vobis; c'était la formule usitée parmi les Hébreux : or nous voyons par plusieurs passages de l'Ancien Testament, que la paix signifiait nonseulement l'union et la concorde, mais la prospérité et le bonheur. Pour saluer quelqu'un, les Grecs lui disaient : x*if,t, soyez gai et content; les Latins : Salve, vale,ave, portez-vous bien. Le mot adieu, que le christianisme a introduit parmi nous, signifie, Soyez avec Dieu ; mais ordinairement on le prononce sans savoir ce qu'il exprime, ou sans y faire attention.

PAJONISTES, sectateurs de Claude Pajon, ministre calviniste d'Orléans, mort en 1085; il avait professé la théologie à Saumur. Quoiqu'il protestât qu'il était soumis sux décisions du synode de Dordrecht, il penchait cependant beaucoup du côté des arminiens, et on l'accuse de s'être approché des opinions des pélagiens. Il enseignait que le péché originel avait beaucoup plus influé sur l'entendement de l'homme aue sur la volonté, qu'il restait à celle-ci suffisamment de force pour embrasser la vérité dès qu'elle lui était connue, et se porter au bien sans qu'il fût besoin d'une opération immédiate du Saint-Espr.t. Telle est, du moins, la doctrine que ses adversaires lui ont attribuée, mais qu'il savait envelopper sous des expressions captieuses. Cette doctrine fut encore soutenue et répandue après sa mort par Isaac Papin, son neveu, et violemment attaquée par Jurieu, qui parvint à la faire condamner dans le synode wallon, en 1087, et à la Haye en 1088. Mos'icim convient qu'il est difficile de découvrir, dans toute cette dispute, quels étaient les vrais sentiments de Pajon, et que son adversaire y mit beaucoup d'animosité. Papin, dégoûté du calvinisme par les contradictions qu'il y remarquait et par les vexations qu'il y éprouvait, rentra dans le sein de l'Eglise catholique, et écrivit avec succès contre les protestants. Son traité sur leur prétendue tolérance est trèsconnu.

PALAMITES. Voy. Hésichastes.

PALESTINE. Voy. Tekre promise.

PALINGÉNÉSIE, renaissance. Ce mot est devenu célèbre parmi les philosophes modernes, depuis la publication de l'ouvrage de M. Bonnet, intitulé Palingénésie philosophique. Cet auteur, savant physicien, bon observateur, et qui fait profession de respecter beaucoup la religion, pense que Dieu a créé l'univers de manière que tous les êtres peuvent recevoir une nouvelle nais-

iirs PAL

sauce dans un état futur, et s'y perfectionner assez pour que ceux qui nous paraissent les plus imparfaits, y reçoivent un accroissement de faculté qui les 'égale à ceux d'une espèce supérieure; qu'ainsi une pierre peut y devenir un végétal, une plante être changée en animal, celui-ci être transformé en homme, et l'homme parvenir à une perfection fort supérieure à celle qu'il possède aujourd'hui. Au reste, l'auteur de ce système no le propose que comme une conjecture probable.

Pour l'établir, il suppose, 1° que tout corps organisé, soit végétal, soit animal, vient d'un germe préexistant ; que ce germe est un tout déjà organisé, qu'il est indestructible et impérissable, à moins que Dieu ne l'anéantisse ; que tous les germes ont été >roduits au commencement du monde par e Créateur. — 2° En conséquence de l'ànaogie qu'il y a entre la structure, les facultés, es opérations des animaux et celles de 'homme, il lui paraît probable que les premiers ont, aussi bien que l'homme, une âme immatérielle et immortelle. Comme il y a beaucoup d'analogie entre la fabrique, l'organisation, la vie des filantes et celle de certains animaux, il conclut qu'il en faut raisonner de même. Si on lui demande ce que deviennent ces Ames après la mort des animaux et après la destruction des plantes, il semble penser qu'elles demeurent unies aux germes qui ne périssent point. — 3° Il trouve encore probable qu'avant la création rapportée par Moïse, l'univers existait déjà, que cette prétendue création n'a été qu'une grande révolution ou un grand changement que notre globe subissait pour lors, puisqu'il est prédit dans le Nouveau Testament, qu'il y doit arriver encore une entière destruction par le feu (II Petr. m, 10). Il prétend prouver cette conjecture par la manière dont Moïse raconte la création ; cet historien suppose qu'elle a été successive, au lieu que, suivant les lois de la physique, les mouvements des globes célestes tiennent tellement les uns aux autres, qu'il faut que le tout ait été formé et arrangé d'un seul jet et au même instant. — k" 11 conclut que l'univers n'a pas été fait principalement pour l'homme, puisque la terre n'est qu'un atome de matière en comparaison des autres globes qui roulent dans l'immensité de l'espace, et qui sont autant d'autres mondes ; que d'ailleurs l'homme connaît très-peu de chose dans cette énorme machine; il pense donc qu'elle a été faite pour exciter l'admiration, et procurer le bonheur des intelligences qui la connaissent infiniment mieux que nous, et à la perfection desquelles l'homme parviendra ieut-être dans l'état futur. Conséquemment 'auteur fait au hasard plusieurs conjectures sur ce que feront les animaux dans ce nouvel état. — 5° Il fonde cet amas de suppositions sur le principe de Leibnitz, que Dieu ne fait rien sans une raison suffisante; que sa volonté seule n'est point cette raison, et. qu'il lui faut un motif; que cette volonté uivine tend essentiellement au bien cl au

PAL

plus grand bien; qu'ainsi l'univers est la somme de toutes les perfections réunies et le représentatif de la perfection souveraine. Nous ne savons pas si nous avons bien saisi l'ensemble d'un système aussi compliqué, et dont les parties sont éparses dans deux volumes; mais plus nous l'examinons, plus il nous paraît que l'auteur, quoique bon logicien, n'a pas raisonné conséquemment, et qu'il est peu d'accord avec lui-même.

En premier lieu, il semble n'avoir pas compris que son système fondamental est Voptimisme; or à cet article nous avons fait voir que l'on ne peut pas supposer dans les ouvrages du Créateur un optimum; un degré de perfection au delà duquel Dieu ne peut rien faire de mieux; il s'ensuivrait que la puissance de Dieu n'est pas infinie, qu'il n'est ni libre ni indépendant, qu'il agit hors de lui-même par nécessité de nature, et qu'il produit nécessairement dans ses ouvrages l'infini actuel; autant de suppositions fausses et absurdes. L'auteur de la Palingénésic aurait dû le comprendre mieux qu'un autre, puisqu'il enseigne que chaque espèce de créatures est susceptible de devenir plus parfaite dans un état futur. Si elle peut recevoir plus de perfection, Dieu peut donc la lui donner, et il peut en accorder à l'infini? puisque sa puissance n'a point de bornes. S'il daignait rendre chaque espèce de créatures plus parfaite, cela ne contribuerait-il rien à la perfection du tout ou de l'univers? 11 est donc faux quo l'univers actuel soit un optimum, au delà duquel Dieu ne peut rien faire de mieux. Nous avons encore prouvé que le prétendu principe de la raison suffisante n'est qu'une équivoque, puisque l'on confond ce qui suffit réellement à Dieu avec ce qui nous paraît lui suffire : comme si la borne de nos connaissances était le terme de la puissance et de la sagesse de Dieu.

En second lieu, personne n'a mieux dé montré que notre auteur l'imperfection de nos connaissances naturelles, combien peu de choses nous savons touchant la nature, les facultés, les relations des différents êtres, à plus forte raison touchant l'ordre et le mécanisme général de l'univers. « 11 serait, dit-il, de la plus grande absurdité, qu'un être aussi borné et aussi chétif que moi osât se prononcer sur ce que la puissance absolue peut ou ne peut pas. » Et par une contradiclion choquante, personne n'a poussé pi is loin que lui la licence des- conjectures sur ce que Dieu peut ou ne peut pas faire.

En troisième lieu, il ne veut pas qu'en fait de systèmes philosophiques, l'on mêle la religion avec ce qui n'est pas elle; que l'on tire des objections ni des preuves de la révélation. Cependant il en fait usage luimême, pour nous faire souvenir que notre monde doit éprouver une révolution et un changement total parle feu; il prétend expliquer Moïse. S'il n'avait pas été instruit par la révélation, aurait-il acquis par la philosophie une croyance aussi ferme de la création et des conséquences qui s'ensuivent, pendant qu'aucun des anciens philo-

12 17 PAL PAL 12ÏS

sopfaes n'a voulu l'admettre? Il dit que ce sicien no comprenait pas comment Dieu a qui est vrai en philosophie est nécessaire- pu faire et arranger le tout successivement, ment vrai en théologie; donc, au contraire, Mais Dieu, doué du pouvoir créateur, n'est-il ce qui est évidemment taux en théologie ne pas assez puissant pour faire ce qu'un philo peut être ni vrai ni probable en honno phi- sophe no comprend pas ? A la vérité, le deslosophie. Or nous soutenons que, par son sein do Moïse n'était pas de nous enseigner système, il donne atteinte à plusieurs vérités l'astronomie; mais il ne suit pas de laque révélées, qu'il ne rend point le sens des les astronomes ont droit de forger, sur de paroles qu'il cite de saint Pierre, et qu'il simples conjectures, un système contraire à s'expose à de funestes conséquences. — 1° ce qu'il dit. D'autres philosophes, pour la Moïse dit qu'au commencement Dieu créa commodité de leurs hypothèses, ont supposé le ciel et la terre, le soleil, la lune et les que les jouis de la création ne sont pas étoiles; donc Dieu donna l'existence non- seulement un espace de v.ngt-quatre heures, seulement à notre globe, mais a tous ceux mais des intervalles de temps indéterminés qui roulent dans l'étendue des cieux ; donc et peut-être fort longs : ainsi nos savants il ne leur donna pas seulement un nouvel dans leurs disputes se jouent de l'Ecriture état , mais un commencement d'existence sainte. — k" Le texte de saint Pierre (Èpist. absolue. L'entendre autrement, c'est vouloir //, m, 12) porte :« Nous attendons l'arrinous enlever une des leçons les plus essen- vée du jour du Seigneur dans lequel les tiellcs de la révélation, qui nous ont appris cieux seront détruits par les flammes, et les (pie le monde n'est pas éternel. Voy. Cuéa- éléments dissous par l'ardeur du feu; mais TioN. Ce qu'ajoute l'auteur sur la haute an- nous attendons aussi, suivant ses promesses, liquilé de la terre prouvée par sa constitu- de nouveaux cieux et une nouvelle terre, lion intérieure, par son refroidissement, par dans lesquels habite la justice. » Ce n'est les corps étrangers qu'elle renferme, etc., a certainement pas là une palingénésie ou un été réfuté par des physiciens très-habiles, renouvellement de notre globe, mais uno Voy. Genèse. — 2° Pour créer l'homme, Dieu entière destruction du monde. Les nouveaux dit : Faisons-le à notre image et ressemblance, cieux et la nouvelle terre sont le séjour du Cela signilïe-t-il que l'homme existait déjà bonheur éternel, et une seconde vie tempoauparavant dans l'état d'animalité, et que relie; ils existent déjà, puisque l'apôtre dit Dieu, en le perfectionnant, l'a élevé à l'état que la justice y habite, et non qu'elle y bad'intelligence? Si l'animal peut devenir un bitera. D'ailleurs les promesses de Dieu n'ont homme dans un état prétendu futur, il y a jamais eu pour objet une nouvelle vie sur la lieu de douter si nous n'avons pas été des terre, comme l'avaient imaginé les millénaianimaux dans un état antérieur du monde; rcs, ma. s une vie éternelle dans le ciel. On doute injurieux à Dieu et à la nature hu- dira t que notre auteur a voulu copier !a mymaine. L'Ecriture sainte, loin d'enseigner thologie des Indiens, touchant les quatre nulle part que les brutes ont comme nous périodes ou les quatre âges du monde quo une âme immatérielle, semble plutôt insi- les brames ont rêvés. La foi chrétienne nous nuer qu'il n'y a rien en elles que de la ma- enseigne qu'après la mort les justes et les tière. Nos ph.losophes incrédules ont blâmé méchants iront incontinent, les uns jouir du Moïse d'avoir dit que le sang tient heu d'âme bonheur du ciel, les autres souffrir les peiaux animaux (Levit. xvn, \k) ; mais ce pas- nés de l'enfer; ainsi l'Eglise l'a décidé contre sage peut avoir un autre sens. Voy. Ame. les Grecs et les Arméniens : ni les hommes Quand il serait prouvé que leur âme est un ni les animaux ne sont donc point réservés esprit, il ne s'ensuivrait encore lien. De à un nouveau période de vie terrestre, pour même que Dieu a pu créer des matières hé- s'y perfectionner et y changer de nature. Ce térogènes ou de différente nature, il a pu système de la palingénésie ressemble un peu créer aussi des esprits de différente espèce, trop à celui de la métempsycose ou de la dont l'un ne peut jamais devenir l'autre, transmigration des âmes, que soutenaient dont les uns sont destinés à l'immortalité, les anciens philosophes, et que nous réfuteles autres seulement à une existence passa- ions en son lieu. — 5U Nous avons encore à gère. Prétendre que, s'il a créé des âmes reprocher à notre philosophe d'avoir dit que pour les brutes, il ne peut pas les anéantir, l'univers n'a pas été fait principalement pour parce qu'd n'y a point de raison suffisante, l'homme, mais pour des intelligences d'un c'est répéter toujours le même sophisme, ordre très-supérieur. L'Ecriture sainte nous Supposer que nous ne sommes différents paraît enseigner le contraire. Le Psalmîste, des biutes que par l'organisation, c'est parlant de l'homme, dit au Seigneur (Psal. donner gain de cause aux matérialistes. — vm, G) : « Vous l'avez fait très-peu injfé- 3° 11 sied mal à un philosophe qui fait pro- rieur aux anges; vous l'avez environné de fession de respecter la révélation, et qui en gloire et d'honneur; vous l'avez établi sur a donné de bonnes preuves, de soutenir les ouvrages de vos mains, vous avez mis le que l'histoire de la création ne peut pas tout sous ses pieds, » ou en son pouvoir, être vraie dans le sens littéral. Quoique 6 Saint Paul enchérit encore en citant ces Newton ait dit que les mouvements des glo- mêmes paroles (Hebr. i, \h). « Les anges, bes célestes sont tellement engrenés et dé- dit-il, ne sont-ils pas tous des esprits admipendants les uns des autres, qu'il faut que nistrateurs, envoyés pour servir ceux qui le tout ait été fait et arrangé d'un seul jet, auront le salut pour héritage? » c. h, v. 5. que prouve ce jugement? Que ce grand phj- Dieu n'a point soumis aux anges le monde

lais

PAL

PAN

futur dont nous parlons, au lieu qu'un auteur sacré dit de l'homme : Vous tarez fait très-peu inférieur aux anges, etc. A la vérité, saint Paul applique ces paroles à Jésus-Christ; mais il ajoute, v. 11 : « Celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés sont de môme nature; c'est pour cela qu'il ne

rougit point de les appeler ses frères Or,

il n'a point pris la nature des anges, mais celle des descendants d'Abraham. » Qu'aurait pensé l'apôtre d'un système, qui, loin de nous rapprocher des auges, les suppose placés à une distance infinie au-dessus de l'homme, et qui entreprend d'assimiler à celui-ci les animaux et les plantes? — 6° Il ne sert à rien d'exténuer à l'excès nos connaissances touchant la fabrique et la marche physique du monde, dès que nous on avons assez pour admirer, remercier et bénir le Créateur. Des lumières plus étendues n'ont abouti souvent qu'à rendre les philosophes orgueilleux , ingrats et incrédules. Un écrivain sacré a tenu un langage tout différent de celui do notre auteur. « Dieu, dit-il, a donné à nos premiers parents l'intelligence de l'esprit et la sensibilité du cœur; il leur a montré les biens et les maux; il a eu l'œil sur eux; il leur a la t voir la grandeur et la beauté de ses ouvrages, afin qu'ils bénissent son saint nom, qu'ils le glorifiassent de ses merveilles, et qu'ils fussent attentifs à les publier; il a daigné les enseigner, et leur a donné une loi vivante; il a fait avec eux une alliance éternelle; il leur a fait connaître sa justice et ses jugements, etc. (Eccli., xvii, 6). » Ce sage auteur ne fait pas consister la science de l'homme à concevoir le mécanisme du monde physique, mais à respecter l'ordre du monde moral, ordre tout autrement important que le premier.

Fonder un système sur la multitude des mondes répandus dans l'immensité de l'espace, c'est bâtir en l'air et toujours pécher par inconséquence. D'un côté, nous ne savons rien ou presque rien sur la construction de l'univers; de l'autre, nous savons que les globes célestes sont autant de mondes peup!és d'habdants meilleurs que nous sans doute; du moins nous ne risquons rien de le supposer, enattendant qu'il nous en vienne des nouvelles. De tout cela nous concluons que l'hypothèse de la Palingénésie ne peut servir qu'à diminuer notre reconnaissance envers Dieu, à nous faire douter de sa providence particulière à l'égard de l'homme, et à favoriser les rôvcs des incrédules.

PALLE. Ce mot, dit le P. Lebrun, vient de pallium, manteau, couverture. On prétend que dans l'origine c'était une pièce de toile ou d'étoffe de soie, assez grande pour couvrir l'autel entier, et on l'en couvrait en effet lorsque le prêtre y avait placé le cal; ce et ce qui était nécessaire au sacrifice. Dans le Sacramentaire de saint Grégoire, le corporal et la petite sont appelés pallœ corporalcs, pour les distinguer des nappes d'autel, qui sont simplement nommées pallœ ; dans la suite on a donné le nom de corporal au linge

qui est dessous le calice, et celui qui est dessus a retenu le nom de palle ; en raccourcissant pour la commodité, on y a uns un carton, afin de le tenir plus ferme. Explic. des cérémonies de la Messe, t. II, pag. 25.

PALLIUM, ornement pontifical propre aux évoques et qui désigne ordinairement la qualité d'archevêque. 11 est formé de deux bandelettes d'étoffe blanche, large de deux doigts, qui pendent sur la poitrine et derrière les épaules, et qui sont marquées de croix. Cette étoffe est tissue de la laine de deux agneaux blancs qui sont bénits à Rome, dans l'église de Saint-Agnès, le jour de la fête de cette sainte. Ces agneaux sont gardés ensui.e dans quelque communauté de religieuses, jusqu'à ce que le temps de les tondre soit arrivé. Les pallium faits de leur laine sont déposés sur le tombeau de saint Pierre, et y restent pendant toute la nuit qui précèdo la fête de cet apôtre; ils sont bénits le lendemain sur l'autel de cette église, et envoyés aux métropolitains ou aux évoques qui ont droit de le porter. Vies des Pères et des Martyrs, t. V, p. 201. Ce qui regarde ce droit et les privilèges attachés au pallium, appartient à la jurisprudence canonique. M. Languet a réfuté dom de Vert qui avait imaginé que le pallium était dans son orig ne le parement ou la bjrdure delà chasuble des prêtres, et qu'il en a été détaché depuis deux ou trois cents ans seulement, pour être un ornement particulier. M. Languet prouve que c'éiait déjà un ornement épiscopal du temps de saint Isidore de Damiette, mort au milieu du v* siècle, puisque ce saint en a parlé et en a donné les significations mystiques. Il fut accordé par le pape Symmaque à saint Césaire d'Arles, mort au milieu du vie siècle. Du véritable esprit de l'Eglise, etc., p. 288.

PALMES. Voy. Rameaux.

PANACRANTE. Voy. Conception immaculée.

PANAGIE, cérémonie que font les moines grecs dans leur réfectoire. Lorsqu'ils vont se mettre à table, celui qui sert coupe un pain en quatre parties ; d'une de ces portions, il coupe encore un morceau en forme de coin, depuis le centre jusqu'à la circonférence, et le vemet à sa place. Quand on se lève de table, le servant découvre ce pain, le présente à l'abbé et ensuite aux autres moines qui eu prennent chacun un petit morceau, boivent un coup de vin, rendent grâces et se retirent. On prétend que cette cérémonie se pratiquait aussi à la table de l'empereur de Constaniinople; Codin, Ducange et Léon Allatius eu parlent. Si elle n'est accompagnée d'aucune parole, il est difficile d'en deviner l'origine. Il nous paraît cependant qu'elle peut faire allusion à ce qui est dit dans saint Paul ( 1 Cor. xi, 5), que ce fut à la tin du repas que Jésus bénit la coupe de l'eucharistie, et en lit boire à ses disciples. Ce dernier coup de vin que boivent les moines grecs avant de rendre grâces, rappelle la coupe de bénédiction de laquelle les Hébreux buvaient à la tin du repas. Parmi le peuple des campagnes qui garde beaucoup de restes des anciennes

PAN

PAN

mœurs, il esl assez ordinaire que le dernier coup de vin soit l>u à la ronde et à la santé de rhote qui a régalé : c'est une manière de lui Fendre grâces. Le terme de panugie, qui signifie toute sainte, semble indiquer une action religieuse par laquelle on veut rendre grâces à Dieu. Voy. Coupe.

PANARÈTE, mot grec qui signifie toute vertu. C'est le nom que les Grecs donnent à trois livres de l'Ecriture sainte que l'on appelle Sapientimix, qui sont les proverbes de Salomon, l'Ecclésiasteetla Sagesse. Les Crées donnent à entendre par là que ces livres enseignent toutes les vertus.

PANOPLIE, armure complète. On a ainsi nommé un ouvrage du moine Euthimius Zigabène, qui est l'exposition de toutes les hérésies avec leur réfutation; il le composa par l'ordre de l'empereur Alexis Comnène, vers l'an 1115. Cet ouvrage a été traduit en latin et inséré dans la grande Bibliothèque des Pères.

* PANTHÉISME , doctrine qui enseigne qu'il n'y a qu'une seule substance qui se modilie elle-même. Comme nous ne traçons pas l'histoire de la philosophie, nous n'avons point à décrire les phases qu'a suhies celle monstrueuse erreur depuis les temps de Xenophane, de Parménide et de Zenon (a) jusqu'à nos jours. Qu'il nous suffise de faire observer que celle doctrine, considérée sous loules les formes possibles, n'a jamais été et n'a pu être qu'une abstraction dépourvue de tout fondement, et contraire à l'expérience de tous les siècles, ainsi qu'à toutes les données de la science. Il y a deux systèmes principaux de panthéisme : le premier est celui des anciens qui expliquaient la formation des corps par le mouvement des atomes ; le second est des philosophes modernes, dont nous allons exposer les idées.

lu Depuis que notre planète est habitable, et elle n'a jamais pu être observée qu'elle ne lut telle, elle a toujours été constituée dans sa partie solide de corps plus ou moins distincts, et non d'atomes sans cohésion et homogènes, comme le prétendaient les anciens panthéistes ; autrement, elle serait encore à l'état de chaos, et ne contiendrait pas des êtres doués de propriétés si diverses, et qui sont nécessaires les uns aux autres pour l'entretien de la vie. De même, si tous les astres de noire système planétaire n'avaient été primitivement que des éléments isolés et errants, ils ne se seraient jamais formés en masses compactes, ni distribués en divers centres d'action. Les anciens panthéistes matérialistes ne sont donc arrivés à la conception de leur système atomislique, qu'en faisant abstraction, soit de la nature intime de tous les corps, soit de la cohésion, soit des affinités électives, soil de la gravitation universelle, soit surtout de l'inertie de la matière et de l'action indispensable d'une puissance intelligente pour l'organisation et le maintien de l'ordre dans l'univers. En un mol, dans la théorie des atomes primitifs, ou ne tient aucun compte ni des phénomènes naturels, qui seuls sont du domaine de l'observation, ni de leurs causes, qui induisent à la connaissance d'un suprême ordonnateur : on part d'une hypothèse qui n'a de fondement que dans l'imagination, et qui n'est que le résultat d'une abstraction que rien ne peut légitimer. — 2° H y a eu, à diverses époques et dans différents

(a) Ces trois philosophes, que l'on peut regarder comme les pères du panthéisme, vivaient vers le milieu du vi" siècle avant notre ère; Leucippe et Démocrite, qui donuèrent une nouvelle tonne à cette erreur, ne vécurent que dans le v* siècle avant notre ère ; et Eiricure, qui la modifia à «on tour, ne parut que vers 330, du temps d'Alexandre le Grand.

pays, des séries de panthéistes qui ne niaient pas précisément l'existence de Dieu, mais qui prétendaient que tout était Dieu, comme l'indique le nom qu'on leur a donné, et qu'il n'y avait dans toute l'étendue de l'univers qu'une seule substance. Les panthéistes de notre époque confondent tout dans co qu'ils nomment l'infini, V absolu (voy. ces mois), et proclament que tout est dans tout. Les uns et les autres, sans pousser l'abstraction aussi loin que les partisans des atomes primitifs, s'élèvent par les seuls efforts de l'imagination jusqu'à la conception d'une substance unique. On sait que les Opéra lions de 1 esprit qui ne sont pas fondées sur des données positives de la science, ne peuvent conduire qu'à des résultats chimériques: examinons donc quel peut être le fondement scientifique de l'abstraction panihéistique moderne. L'observation direcie ne peut porter que sur des individus .' quand on les a convenablement étudiés, on fait abstraction de leur individualité et des particularités qui leur sont exclusivement propres, pour ne considérer que les qualités qui leur sont communes avec d'autres. On forme ainsi des groupes d'autant plus généraux que l'on y envisage moins de qualités, et c'esl en ce sens que Ton dit eu histoire naturelle comme en logique que le yeme a moins de cumpréUemion que l'espèce , mais jilus d'exlemioii, qu'il en est de moine de Yord>e par rapport au genre, de la classe par rapport à l'ordre, etc. : en un mot, que la compréhension est toujours eu ruison i, verse de Vextensioi. Cela veut dire (pie, plus on s'élève dans l'échelle de l'abstraction par la généralisation, plus aussi on s'éloigne de la réalité. En sorte que, si d'abstraction en abstraction on parvient, avec le panthéiste, jusqu'à la conception pure de la substance, on n'a plus rien de réel, parce qu'on n'a plus rien d'observable. On sort du domaine de la science, parce qu'on abandonne la région des faits. Sans doute, il est impossible d'établir une théorie scienlilique quelconque sans le secours de la généralisation, et par conséquent sans l'abstraction, qui en est l'instrument ; mais, quand on ne sortirait même pas de l'ordre des choses observables, comme font les panthéistes, on ne doit pas oublier qu'à chaque opération généralisatrice de l'esprit, on a anéanti une realité en franchissant un abîme. Qui ne comprend que l'animal, le végétal , considérés en général , n'existent pas plus que la substance unique des panthéistes? Les réalistes du moyen âge sont donc tombés dans une erreur analogue à celle que nous combattons. En elfet, ce qu'il y a surtout d'inconséquent, d'erroné dans le système panlhéistique, c'est qu'on se précipite tout d'un coup du point culminant du monde idéal dans le monde réel : de l'unité de substance, qui ne peut être que le résultat de l'abstraction poussée à son maximum, on prétend conclure la transformation de tous les individus les uns en les autres; on veut voir tout dans tout.

11 est clair, d'après les développements qui précèdent, que le panthéisme n'a aucun fondement scientifique, et que le défaut capital de ce système consiste dans la réalisation de l'abstraction, et dans l'anéantissement par l'abstraction de tout ce qui tombe sous l'observation. Nous pourrions en rester là, et tenir ce système pour renversé par la destruction de sa base. Mais pour mieux dévoiler et son opposition formelle avec les faits les mieux constatés de la science, et les graves inconséquences dans lesquelles il se précipite, nous allons exposer les caractères profonds qui distinguent, les grands groupes d'êtres que nous pouvons observer sur la planète que nous habitons, et cela d'après les plus grands naturalistes. Le système panthéislique, considère dans ses conséquences, tend directement à la destruction de la personnalité, soit divine, soil humaine, et à l'anéantissement de l'individualité des êtres physiques. Nous vengerons plus tard la personnalité divine au mot Trinité; nous avons djà (au mot Ami.) dele.du la

ri23

l'AN

Page 1