AN
Le panthéisme est donc bien contraire a tontes les données de l'observation ; il n'est pas moins opposé à la raison.
« En effot, disent les Conférences de Baycux, 1° il est évidemment taux dans son principe. Si nous recherchons ce qu'il peut v avoir de commun dans les divers systèmes de panthéisme, nous reconnaîtrons que, sous un langage différent , ils parlent tous du même principe. Ce principe fondamental, c'est l'identité de la substance. Il n'existe qu'une seule substance, dont le monde et l'homme ne sont que les attributs. « Qu'avec llégel on l'appelle Vidée ou l'être ; qu'avec Schclling on lui donne le nom d'absolu; qu'on la présente avec Ficbte comme le moi, avec Spinosa comme Vin fini, on affirmé toujours le mémo principe, et les différences ne sont que nominales. L'élude des néoplatoniciens , des Grecs et des Orientaux, nous mène au même résultat; nous retrouvons partout une seule substance («). Or, le sentiment et la raison repoussent et condamnent ce principe. « Je sens, dit Bergier [Voy. Spinosisme) que je suis moi et non un autre, une substance séparée de toute autre, un individu réel et non une modification ; que mes pensées, mes volontés, mes sensations, mes affections sont à moi et non à un autre, et que celles d'un autre ne sont pas les miennes. Qu'un autre soit un être, une substance, une nature aussi bien que moi, cette ressemblance n'est qu'une idée abstraite, une manière de nous considérer l'un et l'autre, mais qui n'établit point l'identité ou une unité réelle entre nous. > Que les panthéistes interrogent tous les hommes, ils retrouveront en eux ce sentiment indestructible de la distinction des êtres. On dira que ce n'est qu'une illusion, on alléguera les progrès de la science humaine; on ne détruira jamais l'empire de ces croyances.
« 2° Le panthéisme, considéré en lui-même, répugne manifestement à la raison. Qu'est-ce, en effet, qu'un dieu composé de lous les êtres qui existent dans le monde, et qui ne sont peut-être eux-mêmes que de simples phénomènes et des apparences trompeuses ? Conçoit-on une substance unique, immuable et réunissant en elle des attributs contradictoires, retendue et la pensée? Qu'est-ce qu'une existence vague et indéterminée dont on ne peut rien aflirmer, qui n'est ni être ni mode, et qui cependant constitue le inonde spirituel et le monde matériel? Un homme peut-il croire de bonne foi qu'il est l'être universel, infini, nécessaire, et dont tous les autres ne sont que les développements et les modifications? Cet homme, qui ne respecte ni les devoirs de la religion ni les lois sacrées de la nature, qui professe ouvertement l'impiété et même l'athéisme, est- il dieu aussi ou un attribut, une modification de Dieu? En vérité, peut-on se persuader que des philosophes refusent de courber leur intelligence sous l'autorité de la foi, qu'ils rejettent et combattent les mystères du christianisme, pour adopter de pareilles rêveries?
c 3° Le panthéisme n'est pas moins funeste dans ses conséquences qu'il est absurde en lui-même et dans son principe. S'il n'existe qu'une seule substance, si tout est identique, si l'homme est dieu, il n'y a plus entre eux de rapports d'autorité et de dépendance; la religion, qui n'est fondée que sur ces rapports, est donc une chimère; il n'y a donc plus pour l'homme ni lois obligatoires ni morale, ni vice ni vertu, ni bien ni mal. D'ailleurs, qu'est-ce que Dieu dans le système des philosophes panthéistes? Une abstraction métaphysique, une simple idée de l'infini, de l'absolu, une existence vague et indéterminée qui ne se connaît que par la raison humaine, le plus parfait de ses développements. Mais refuser à Dieu l'intelligence, la liberté, et même la personnalité et l'individualité, n'est-ce pas l'anéantir? Le panthéisme n'est donc en réalité qu'un système d'a-
théisme caché sous le voile d'un langage éi rangement obscur et d'une terminologie barbare. Qu'est ce enfin que celle raison humaine qu'on nous présente comme la manifestation et le dernier développement de l'Etre infini? La raison humaine exisle-l-elle ? Ouvre/, les livres des philosophes allemands, et ils vous apprendront que le monde n'est qu'une apparence, une illusion vaine, une forme sans réalité objective; qu'il n'y a nulle individualité, nul acte personnel; qu'il n'y a plus ni cause ni effet. Le moi être, l'idée abstraite de Dieu, voilà tout. Mais pourquoi altrib.ierions-nous plus de réalité à celte idée qu'aux autres? Le scepticisme universel est donc le résultat inévitable et la conséquence nécessaire de toutes ces théories insensées. « Le panthéisme est donc en contradiction palpable avec la raison et la logique dont il renverse lous les principes, avec la personnalité humaine qu'il ne peul faire disparaître ni expliquer, avec la réalité du monde sensible qu'il nie, sans nous faire comprendre comment ce phénomène existe, et comment il nous donne le sentiment de la réalité. Il est encore en contradiction avec la notion de l'Etre absolu ; car, comme il lui refuse la personnalité et qu'il n'affirme rien de lui, il remplace l'Etre par l'existence et s'évapore dans l'abstraction (a). Voy. Spinosisme.
PAPAS, père. C'est le nom que les Grecs schisinatiques donnent à leurs prêtres, même à leurs évoques et à leur patriarche. Le Père Goar met une distinction entre nemSi;, et7râir«,-; il dit que le premier désigne un pontife principal; que le second se donne aux prêtres et même aux clercs inférieurs. Les Grecs nomment protopapas le premier d'entre les prêtres. Dans l'Eglise de Messine, en Sicile, il y a encore une dignité de protopapas, que les Grecs y introduisirent lorsque cette île était sous la domination des empereurs d'Orient. Le prélat de l'église de Corfou prend aussi le même titre. Scatiger remarque à ce sujet que les Ethiopiens appellent les prêtres papasath, et les évoques episcopasath; mais ces deux termes ne sont pas de la langue éthiopienne. Scaliger n'a pas fait réflexion que les Ethiopiens ou Abyssins n'ont qu'un seul évoque qu'ils nomment Abuna, qui signifie notre Père. Acosta rapporte que les Indiens du Pérou nommaient aussi leur prêtre papas. Enfin l'usage est établi parmi nous de donner le nom d'abbé à tous les ecclésiastiques. Du Gange, Glossar. latinit. Ce concert de tuutes les nations à envisager de même les ministres des autels, doit apprendre à ceux-ci le devoir que leur état leur impose, qui est de prendre pour tous les fidèles une tendresse paternelle et de se consacrer tout entiers à leur service. C'est donc une très-bonne leçon, de laquelle il serait à souhaiter que la signification ne s'oubliât jamais. Yoy. Abbé.
PAPAUTÉ , PAPE. Nous avons vu dans l'article précédent que le nom de pape signifie père; on l'a donné autrefois non-seulement aux évêques, mais aux simples prêtres : depuis longtemps il est réservé en Occident aux évêques de Rome, successeurs de saint Pierre : il désigne le souverain pontife de l'Eglise chrétienne : et le titre de Vicaire de Jésus-Christ sur la terre, qui lui est attiibué,
(a) E^sa'. sur le panthéisme', p. 173.
DlCTIONN. DE TlîÉOL. DOGMATIQUE. III.
(«) Essai sur le panthéisme, p. 199.
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PAP
est fond' sur l'Ecriture sainte; nous le verrons ci-après (1).
On peut considérer le pape sous quatre différents rapports : comme pasteur de l'Eglise universelle, comme patriarche de l'Occident, comme évoque particulier du siège de Rom?, et comme prince temporeh Les dernières de ces qualités appartiennent plutôt h la jurisprudence et à l'histoire qu'à la théologie ; nous nous arrêtons uniquement à la première.
La croyance catholique est que saint Pierre a été non-seulement le chef du collège apostolique, mais le pasteur de l'Eglise universelle; que le pont fe romain est le successeur de ce prince des apôtres, qu'il a comme lui autorité et juridiction sur toute l'Eglise, que tous les fidèles sans exception lui doivent respect et obéissance- Telle est la définition du concile de Florence, à laquelle celui de Trente s'est conformé, lorsqu'il a dit (pic le souverain pontife est le vicaire de Dieu sur li terre, et qu'il a la puissance suprême sur toute l'Eglise. Sess. 6, deRéform., c. 1 ; sess. 15, de Pœnit., c. 7. Comme cette doctrine est la base de la catholicité et de l'unité de l'Eglise, les théologiens de toutes les sectes hétérodoxes ont commencé par la déguiser, afin de la rendre odieuse, ils ont dit que nous faisons du pape, non-seulement un souverain spirituel et temporel du monde •entier, mais une espèce de Dieu sur la terre; que nous lui attribuons un pouvoir despotique, arbitraire et tyrannique, l'autorité de faire de nouveaux articles de fui, d'instituer de nouveaux sacremenîs, d'abroger les canons et les lois ecclésiastiques, de chan; er absolument la doctrine chrétienne, le droit d'e.bsoudre les sujets du serment de fidélité. «nvers les rois et les magistrats, sous prétexte que ceux-ci sont impies ou hérétiques, et de disposer ainsi des couronnes et des royaumes, etc. 11 est évident que ce sont là autant de calomnies, puisque ces droits prétendus seraient directement contraires aux devoirs de père spirituel et de pasteur des lidèles ; loin de maintenir l'ordre dans l'Eglise, ils y mettraient la confusion. 11 est absurde de confondre une puissance suprême avec une puissance absolue, illimitée, et qui n'est sujette à aucune loi ; celle du souverain pontife est limitée par les preuves mêmes qui l'établissent, par les canons, par la tradition de l'Eglise (2). L'essentiel est de la prouver d'abord ; nous verrons ensuite s; nos adversaires sont venus à bout d'en détruire les fondements et d'en démontrer l'illusion. Celte question a été épuisée de part et d'autre, et nous sommes forcés de Si* abréger.
Pour y mettre un peu d'Ordre, nous examinerons l°les preuves delà primauté et de
(1) Voy. la Liste chronologu,us des papes , qui se trouve dans le Dictionnaire liturgique île l'abbé Pascal, et dans celui de l'abbé Pronipsault sur la jurisprudence civile ei ecclésiastique, publiés par M. l'abbé Migwe.
(2) Voy. Déclaration du clergé de France de
PAP f*2a
l'autorité accordée à saint Pierre par Jésus- Christ ; 2" si la qualité de pasteur de l'Eglise universelle a dû passer et a passé en off, t aux successeurs de cet apôtre; 3° quels sont les droits, les devoirs, les fonctions de cette dignité ; k" comment l'autorité pontificale s'est établie par le fait et a reçu desaccroisscmenls; 5° si elie a fait autant de mal que ses ennemis h; prétendent.
1. Dans l'Evangile de saint Mathieu, c. xvr, v. 18, saint Pierre avant confessé la divinité de Jésus-Christ, ce divin maître lia répond : Je vous dis que vous êtes Pierre, et que sur celte pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. Je vous donnerai les clefs du royaume des vieux; tout ce que vous lierez ou délierez sur la terre sera lié ou délié dans le ciel. Dans le le style de l'Ecriture sainte, les portes de l'enfer sont les puissances infernales, et les clefs sont le symbole de l'autorité et du gouvernement ; nous le voyons dans Isaïe, c. xxn, v. 22 ; Apoc, c. ni, v. 7, etc. Le pouvoir do lier et de délier est le caractère de la magistrature, l'un et l'autre sont donnés à saint Pierre, pour assurer la solidité et la perpétuité de l'Eglise. Cela nous paraît clair. Dans un autre endroit ( Luc. xxn, 29), le Sauveur dit à ses apôtres : Je vous /a?isse(partestament) un royaume tel que mon Père me l'a laissé... pour que vous soyez assis sur douze sièges, et que vous jugiez les douze tribus d'Israël. Ensuite il dit à saint Pierre : Simon, Satan a désiré devous cribler ( tous ) comme le froment : ruais j'ai prié pour vous ( seul ), pour que votre foi ne manque point ; ainsi un jour tourne vers vos frères, confirmez ou affermissez-les. 11 est encoie ici question de la termeté de la foi et d'un privilège personnel à saint Pierre.
Jésus-Christ étant ressuscité, après avoir exigé trois fois de cet apôtre la protestation de son amour, lui dit : Paissez mes agneaux, paissez mes brebis (Joan. xxi, 10 et 17 ). On sait que notre divin Maître avait désigné son Eglise sous la figure d'un bercail dont il voulait être lui-même le pasteur, c. x, v. 16. Voilà donc saint Pierre revêtu de la fonction môme que Jésus-Christ s'était réservée, et chargé du troupeau tout entier. Aussisaint Mathieu, faisant l'énumération d» s apôtres, c. x, v. 2, dit que le premier est Simon surnommé Pierre; cette primauté est suffisamment expliquée par les passages que nous venons d'alléguer. Voy. Infaillibilité du pape et Juridiction.
Conséquemment après l'ascension du Sauveur, samt Pierre, à la tète du collège apostolique, prend la parole, et fait élue un apôtre à la place de Judas ( Act. 1. 15 ). Après la descente du Saint-Esprit, il prêche le premier et annonce aux Juifs la résurrection de J, sus- Christ, c. u, v. 14- et 37; c. m, v. 12. C'est lui qui rend raison au conseil des Juifs de la conduite des apôtres, c. iv, v. 8. C'est lui qui punit Ananie et Saphire de leur mensonge, c. v, v. 3 ; qui confond Simon le magicien, c. vin, v. 19 ; qui parcourt les églises naissantes, c. ix, v. 32 ; qui reçoit l'ordre d'aller
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baptiser Corneille, c. x, r« 19 ; qui clans 1î concile de Jérusalem porte la parole et dit son avis le première xv, v. 7, etc, Si saint Luc avait été compagnon de saint Pierre, aussi assidu qu'il l'était de saint Paul, nous serions plus instruits des traits qui caractérisaiont l'autorité du chef des apôtres. Saint Paul d'abord s'adressa à lui en arrivant h Jérusalem, lorsqu'il eut été élevé à l'apostolat [Calât; 1, 18). (1)
Nous ne nous arrêterons pas longtemps à réfuter les explications arbitrages par lesquelles les protestants ont cherché à éluder les conséquences des passages de l'Ecriture sainte que nous avons allégués. Us disent que saint Pierre a été le fondement de l'Eglise, parce qu'il a prêché la premier l'Evangile et a fait les premières conversions ; il ouvrit ainsi aux Juifs et aux gentils le royaume des cieux. Lier et délier, c'est déclarer ce qui est permis ou défendu ; saint Pierre exerça ce pouvoir au concile de Jérusalem. Ces fausses explications sont contraires à l'Ecriture sainte. Saint Pierre prêcha le premier, mais il ne prêcha pas seul ; il est dit des apôtres le jour de la Pentecôte : « Nous les avons entendus annoncer dans nos langues les merveilles de Dieu (Act. H, 11 ). » Dans Isaïe, les clefs, la puissance d'ouvrir et déformer, signifient l'autorité du gouvernement, c. xxii, v. 22; et dans l'Apocalypse, c. ut, v. 7, ces termes expriment la souveraine puissance de Jésus-Christ. Nous délions les protestants de citer un seul passage de l'Ecriture dans lequel lier et délier aient la signitication qu'ils y donnent. D'ailleurs Jésus-Christ a voulu donnera saint Pierre un privilège propre et personnel ; ceux qu'allèguent les protestants lui ont été communs avec les autres apôtres. Mais la règle des catholiques est de n'entendre l'Ecriture sainte que comme elle a été entendue par
(!) « Pierre, ditBossuet, parait le premier en toutes manières : le premier à confesser la foi, le premier dans l'obligation d'exercer l'amour, le premier de tous les apôtres qui vit le Sauveur ressuscité des morts, comme il en avait été le premier témoin devant tout le peuple ; le premier quand il fallut remplir le nombre des apôtres, le premier qui confirma la foi par un miracle, le premier à convertir les Juifs, ie premier à recevoir les gentils, le premier partout. Mais je ne puis tout dire ; tout concourt à
établir sa primauté ; oui, tout, jusqu'à ses fautes
La puissance donnée à plusieurs porte sa restriction dans son partage, au lieu que la puissance donnée à un seul, et sur tout, et sans exception, emporte la plénitude... Tous reçoivent la même puissance, mais no;i en même degré ni avec la même étendue. Jésus- Christ commence par le premier, et dans ce premier
il développe le tout, afin que nous apprenions...
que l'autorité ecclésiastique, premièrement établie en la personne d'un seul, ne s'est répandue qu à condition d'être toujours ramenée au principe de son unité, et que tous ceux qui auront à l'exercer se doivent tenir inséparablement unis à la même chaire. »
< C'est cette ebaire tant célébrée par les Pères, où ils ont exalté comme à i'envi la principauté de la chaire apostolique, U principauté principale, la source de l'unité et dans la place de Vierre, l'éminenl decjié ae la c .u\re s&cerd tule ; l'Eijliss-mcre, qui tu ■ t ci m
PAP
ceux qui ont été instruits, ou immédiatement ou de très-près, par les apôtres ; nous nous en rapportons à la tradition, à l'usage, à la croyance ancienne et constante do l'Eglise : sans cela il n'est aucun passage si clair , que l'art des sophistes ne puisse le tordre à son gré.
A la fin du i" siècle ou au commencement du h', nous voyons saint Clément, pape, successeur de saint Pierre, écrire deux: lettres aux Corinthiens, quil'avaient consulté, Epist. 1, n. 1 ; il les exhorte à la paix et à la soumission envers leur évêque, et il leur parle au nom de l'Eglise romaine. Nous ne savons pas pourquoi les Corinthiens s'adressaient plutôt à Rome qu'à quelqu'une des Eglises d'Asie, immédiatement fondées par les apôtres , si la première n'avait aucune prééminence ni aucune supériorité sur les autres. Vers l'an 170, Hégésippe, converti du judaïsme à la foi chrétienne, vint s'instruire à Rome ; il dit que, dans toutes les villes où il a passé, il a interrogé les évoques, et qu'il a trouvé que, dans toutes les Eglises , la croyance est telle que la loi, les prophètes et le Seigneur l'ont enseignée. Il dressa le catalogue des évêques de Rome depuis saint Pierre jusqu'au pape Eleuthèro ; Eusèbe , Hist, ceci., 1. iv, c. 22, note de Péarson. Pourquoi dresser cette succession, plutôt que celle des évêques d'une autre ville, si elle ne prouvait rien? Quelques années auparavant, saint Justin, philosophe converti dans la Palestine et instruit dans l'école d'Alexandrie, qui était pour lors la plus célèbre, était aussi venu à Rome; il y enseigna, y présenta ses deux apologies aux empereurs, et y souffrit le martyre. On envisageait déjà Rome comme le centre du christianisme , quoiqu'il fût né dans la Judée. Sur la fin do ce même sièjcle, saint Irénée fit comme Hégésippe, il montre la succession des papes
main la conduite de toutes les autres ICqlises; le chef de répiscopat, d'où part te rayandu gouvernement; la chaire principale, la chaire unique, en laquelle seule tous (tardent l'unité. Vous entendez dans ces mots saint Optât, saint Augustin, saint Cyprien, saint Irénée, saint Prosper, saint Avite, Théodoret, le concile de Clialcédoine et les autres ; l'Afrique, les Gaules, la Grèce, l'Asie, l'Orient et l'Occident unis ensemble... Puisque c'était le conseil de Dieu de permettre qu'il s'élevât des schismes et des hérésies, il n'y avait point de constitution ni plus ferme pour se soutenir, ni plus forte pour les abattre. Par cette constitution tout est fort dans l'Eglise, parce que tout y est divin et que tout y est uni ; et comme chaque partie est divine, le lien aussi est divin, et l'assemblage est tel que chaque partie agit avec la
force du tout C'est pourquoi nos prédécesseurs
ont dit... qu'il* agissaient au nom de sa. ni Pierre, pur l'autorité donné- à tous les crêi/uei en la personne de suint Pierre, comme vicaires de saint Pierre, et ils l'ont dit lors même qu'ils agissaient par lem autorité ordinaire et subordonnée : parce que tout a été mis premièrement dans saint Pierre, et que la correspondance est telle dans tout le corps de l'Eglise, que ce que l'ait chaque évêque, selon la règle et dans l'esprit ai l'unité catholique, toute l'Eglise, tout l'épisçopaj et le chef de l'épiscopat, le fait avec lui. i — Sermon su;- l'unité de rÈgltse.
12ol
depuis saint Pierre jusqu'à Eleuthère ; il dit «tu «^ saint Clément, par sa lettre aux Corinthiens, rétablit leur foi, et leur exposa la tradition qu'il avait reçue des apôtres; que, par cette succession et cette tradition, Ton confond les hérétiques. « Car il faut, dit-il, (pie toute Eglise, c'est-à-dire les fidèles, qui sont de toutes parts, viennent ( ou s'accordént ) à cette Eglise, à cause de sa primauté principale, dans laquelle les fidèles qui sont de toutes parts, ont toujours conservé la tradition qui vient des apôtres » Adv. Hœr., 1. m, c. 3, n. 2 et 3 (1 ). Grabe, qui sentait la force do ce passage, a fait ce qu'il a pu pour l'énerver. 11 convient que saint Irénée confond les hérétiques, non-seulement par l'Ecriture sainte, mais encore par la tradition des églises et en particulier de l'Eglise romaine; que Tertullien, saint Cyprien, Optât, saint Epiphane, saint Àuguslin, etc., ont fait de mèoïc; mais à présent, dit-il, cet argument ne vaut plus rien, depuis que les papes ont ajouté a la tradition qu'ils avaient reçue des apôtres d'autres articles, les uns douteux, les autres faux, dont ils exigent la profession. Comment ce critique n'a-t-il pas senti le ridicule de cette exception ? Quoi , Tertullien, saint Cyprien, saint Augustin et les autres Pères qui de siècle en siècle ont cité cette môme tradition, n'ont pas été assez instruits pour voir si les papes avaient ou n'avaient pas ajouté quelque chose à la tradition primitive >et apostolique ? Pendant que toutes les Eglises faisaient profession de croire qu'il n'était pas permis de rien ajouter ni de rien changer à cette tradition vénérable, elles ont soulfert que les papes l'altérassent à leur gré, y ajoutassent de nouveaux articles, et elles les ont reçus sans réclamation ? Depuis longtemps nous supplions les protestants de marquer distinctement ces articles nouveaux qui ont été inventés depuis le ve siècle, et qui ne sont pas crus dans les Eglises qui ont secoué le joug de l'autorité du pape à cette époque. Si l'argument tiré delà tradition ne vaut rien en lui-môme, il ne valait pas mieux du temps de saint Irénée qu'aujourd'hui. Yoy. Tradition.
Crabe ne s'est pas borné là: il soutient que l'opinion de saint Irénée n'est point que les lidèles qui sont de toutes parts, doivent s'accorder à l'Eglise romaine, mais que tous sont obligés de s'y rassembler, pour venir solliciter leurs alfairos à la cour des empereurs, et en particulier pour y défendre la cause des chrétiens ; telle est, dit-il, la force du mot convenire. La primauté' principale de cette
(l)Le texte semble avoir plus dVnergie : « Maximae et antiquissiuia: et omnibus cognila;, a gioriosissimis duobus aposlolis Petro et F>aulo fundatx et institut» Eeclesiaî, eani quam babet ab aposlolis traditioucm et annunlialam omnibus (idem, per successiones episeoporum pervenientem usque ad nos intlicantes, cônlundimus eos qui, quoquomodo... praeler quam quod oporlet colligiuil. Ad banc enim Ecclesiam, propler Potentiobem piuncipalitateh, necesse est omnem convenire Eeclesiam, boc est omnes qui undique sunt fidèles ; in qua ab bis qui sunt undique conservala est ea quae est ab aposlolis traditio. » (S. Irameus, Contra h.ires., lib. m, cap. ô. )
Eglise ne consistait donc pas dans aucune autorité ou juridiction sur les autres; ruais dans le relief que lui donnait la multitude des habitants de la capitale, le siège de l'empire, l'aftluence des étrangers. Saint Grégoire de Nazianze, dans le concile général de Constantinople, a dit de même de cette nouvelle Rome, que c'était comme l'arsenal général de la foi, où toutes les nations venaient la puiser. Orat. 32. Saint Irénée était si peu d'avis que les autres Eglises fussent obligées de s'accorder avec l'Eglise romaine, qu'il soutint contre le pape Victor le droit qu'avaient les Eglises d'Asie de célébrer la pâque le quatorzième jour de la lune, selon leur ancienne tradition, et qu^il reprit ce pape de . ce qu'il menaçait de les excommunier. Les théologiens anglicans ont applaudi à ces réflexions. Grabe avait oublié sans doute que du temps de saint Irénée les empereurs é aient païens et avaient proscrit le christianisme, que les papes étaient continuellement exposés au martyre, que plusieurs l'endurèrent elfectivement dans ce siècle et dans le suivant, et que les chrétiens étaient obligés de se cacher à Rome avec plus de soin qu'ailleurs. Quel relief pouvaient donc donner à l'Eglise de Rome la cour des empereurs , l'aftluence des étrangers , la nécessité d'y venir solliciter des affaires, etc. ? Saint Irénée ne fonde point là-dessus la primauté principale de l'Eglise romaine, mais sur ce qu'ello était la plus grande, ia plus ancienne, la plus céièbre de toutes, qu'elle avait été fondée par les glorieux apôtres saint Pierre et saint Paul, et qu'elle avait toujours conservé leur tradition. Ibid.
Nous convenons que, quand Constantinople fut devenue la capitale de l'empire d'Orient, l'Eglise de cette ville devint en quelque manière l'émule et la rivale de celle de Rome ; mais peut-elle enlever à celle-ci l'avantage de son antiquité , de son apostolicité, et d'avoir pour évoque les successeurs de saint Pierre ? Ce qu'en dit saint Grégoire de Nazianze ne prouve donc rien contre le sentiment de saint Irénée, et ne peut servir à énerver ses paroles. Lorsque saint Irénée reprit le pape Victor, il s'agissait non d'un point de foi, mais de discipline ; ce pape avait raison pour le fond, puisque ce qu il voulait fut décidé cent cinquante ans après dans le concile de Nicée ; mais ce n'était pas un motif suffisant pour excommunier les Eglises d'Asie. Saint Irénée ne lui contesta pas son autorité, il blâma seulement l'usage que ce pontife en voulait faire. Nous ne voyons pas quel avantage les ennemis du saint-siége peuvent tirer de ce fait : un abus d'autorité ne la détruit pas.
Origène, Homil. k in Exod., n. 4, nomme saint Pierre le fondement de l'éditice et la pierre solide sur laquelle Jésus-Christ abàli son Eglise. 11 le répète, in Epist. ad Rom., lib. v, à la fin; et il dit que l'autorité souveraine de paître les breb s a été donnée à cet homme. Tertullien, de Prœscript., c. 22, le nomme aussi la pierre de l'Eglise, qui a reçu les clefs du royaume des cieux, etc. :
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c. 32 , il oppose aux hérétiques la succession des évoques et la tradition des Eglises apostoliques, en particulier de celle de Rome : c. 37 , il soutient que , sans recourir h l'Ecriture sainte, on réfute solidement les hétérodoxes parla tradition (1).
Saint Cypricn, dans sa lettre 55 au pape saint Corneille, dit que saint Pierre, sur lequel Jésus-Christ a bâti son Eglise, parle pour tous et répond par la voix de l'Eglise , Seigneur, à qui irons-nous ? etc. Parlant de quelques scnismatiques : « Après qu'ils se sont, dit-il, donné un évoque, ils osent passer la mer, porter les lettres des scnismatiques et des profanes à la chaire de Pierre et à l'Eglise principale, de laquelle est émanée l'unité du sacerdoce, sans penser qu'ils s'adressent à ces mômes Romains dont saint Paul a loué la foi, et auprès desquels la pertidie ne peut avoir accès (2). Dans son livre de l'Unité de l'Eglise catholique, il dit que les schismes et les hérésies se forment, lorsqu'on ne recourt point à la source de la vérité, que l'on ne reconnaît point de chef, que l'on ne garde plus la doctrine de Jésus-Christ. « La preuve de la foi, continue saint Cyprien, est facile et abrégée ; le Seigneur dit à saint Pierre, je vous dis que vous êtes Pierre, etc. ; il bâtit son Eglise sur cet apôtre seul, et lui ordonne de paître ses brebis. Quoique après sa résurrection il ail donné à tous ses apôtres un égal pouvoir de remettre les péchés..., cependant, pour montrer la vérité, il a établi par son autorité une seule cha're et une môme source d'unité qui part d'un seul. Les autres apôtres étaient ce qu'était saint Pierre, ils avaient un môme degré d'honneur et de pouvoir, mais le principe est dans l'unité. La primauté est donnée à Pierre , afin que l'on voie que la chaire est une, aussi bien que l'Eglise de Jésus-Christ. Tous sont pasteurs, mais on voit un seul troupeau , que tous les apôtres paissent d'un consentement unanime... Comment peut se croire dans l'Eglise celui qui abandonne la cluire de Pierre sur laquelle l'Eglise est fondée (3} ?
(1) « Voici un édît, et même un édit péremploire, parli du souverain pontife;, de l'évêque des évoques.» Audio ediclum et tjuiden peemplorium : ponlifex scilicei ma.rimus, epheo; us episcoporum dicit, etc. ( De Pudiciia, cap. 1. ) « Le Seigneur, dit-il, a donné les clefs à Pierre, et pir lui à son Eglise. » Mémento dates Uomiiium Ptlro, et per eu..i Ecdcsiœ t\liquisse. (Scorpjac; )
(2) « Romain cum mendaciorum suorum merce « navigaverunt: quasi verilas post eos navigare non t posset, quae meudaces linguas rei ccrlai probalione
« eonvinceret Navigare audentet ad Pétri calhe-
« drain, atque ad Ecclesiam principalem, mule uni-
< tas sacerdotalis exorla est, a schismaticis cl profa-
< nis lilleras ferre; nec cogitant eos esse Romanos t quorum (ides apostolo pnedicante laudala est, ad i quos perfidia habere non polest accessum. t (Idem Epsl. al Cornelium. )
(•3) Nous pourrions ajouter ici une foule di> preuves à l'appui de celte croyance. Les bornes de ce Dictionnaire ne nous le permettent pas. Nos lecteurs, familiarisés . avec les savantes publications de M. l'abbé Migne, pourront facilement les trouver dans les divers dictionnaires dont se compose son Encyclopédie tbéo-
Cependanl les protestants et leurs copistes triomphent, parce que saint Cyprien dit que les autres apôtres avaient un môme degré d'honneur et de pouvoir qtie saint Pierre. J^oin, disent-ils, de reconnaître dans \o.pape aucune juridiction sur les autres évoques, saint Cyprien, à la tôte des évoques d'Afrique, soutint contre le pape Etienne la nullité du baptême des hérétiques, et persista dans son opinion. Supposerons-nous donc que saint Cyprien s'est contredit en quatre lignes et a détruit lui-môme toute la force de son argument contre les schismatiques? Si saint Pierre et ses successeurs n'ont eu et n'ont aucune autorité ni aucune juridiction hors de leur diocèse, en quoi leur chaire peut-elle être une source d'unité, un signe de vérité dans la doctrine, un lien d'union du sacerdoce? en quel sens l'Eglise universelle est-elle bâtie sur cette chaire? Voilà ce qu'on ne nous apprend pas Tous les apôtres avaient reçu de Jésus- Christ les mômes pouvoirs d'ordre et de remettre les péchés, la môme mission do prêcher l'Evangile, de fonder des Eglises par toute la terre et de les gouverner; en cela tous étaient parfaitement égaux ; s'ensuit-il de là que chacune des chaires épiscopalcs qu'ils fondaient devait ôtre le centre de l'unité comme celle de saint Pierre? Jamais saint Cyprien ne l'a pensé. Il faut donc que ce saint docteur ait regar.lé h; privilège accordé par Jésus-Christ à saint Pierre comme quelque chose de plus qu'un simple titre d'honneur. Lorsqu'il soutint la nécessité de réitérer le baptême donné par les hérétiques, il regardait cette pratique comme un point de discipline plutôt que comme une question de foi; mais il était dans l'erreur, puisque 1 Eglise n'a pas suivi son avis : il devait reconnaître son propre principe dans la leçon que lui faisait lo pape, en lui disant, n'innovons rien, suivons la tradition, non la tradition de l'Eglise d'Afrique seule, mais la tradition de l'Eglise universelle. Ce n'est pas la seule fois qu'un grand génie a. contredit ses principes par sa conduite, sans s'en apercevoir et sans penser pour cela que ses principes étaient faux. Dans les premiers siècles aucun des hérétiques condamnés par les papes, aucun des évoques mécontents de leurs décisions, ne s'est avisé d'en parler avec le mépris affecté par les prolestants ; aucun n'a dit que le pouvoir des papes est nul, que leur autorité est une usurpation, qu'ils n'ont aucune juridiction sur le reste do l'Eglise, etc. Ce langage insensé ne s'est fait entendre qu'au xiv6 siècle et au xve siècle. Cette discussion nous paraît suffisante pour montrer de quelle manière l'on a entendu, pendant les trois premiers siècles de l'Eglise, les passages de l'Ecriture sainte qui regardent saint Pierre, et l'idée que l'on a eue de l'autorité de ses successeurs. Il
logique. *Nous les engageons à consulter principalement le Cours complet de Théologie, où la question du pouvoir des souverains pontifes a été envisagea sons toutes ses faces.