‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 160 sur 228 · TAP · texte numérisé non relu

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est l'effet d'un aveugle préjugé ou d'une ancienne usurpation; que lès pontifes de Uome n'en ont fait aucun usage pendant les trois premiers siècles ; que, ni les catholiques, ni les hérétiques ne se sont adressés au saint-siége pour terminer leurs contestations.

Est-ce ainsi qu'en parle l'histoire ecclésiastique ? Avant la fin du icr siècle , les Corinthiens s'adressèrent à l'Eglise de Home, pour faire cesser un schisme qui les divisait; le pape saint Clément leur en écrivit, et cent ans après ils lisaient encore ce'te lettre avec autant de respect que les écrits des apôtres, lùisèbe , ïîb. iv , c. 23. L'an li5, un concile de Rome condamna Théodotc le Corroveur, et cette condamnation fut suivie dans tout l'Orient. L'an 197, Polycrate , évoque d'Ephèse, avant l'iit décider dans un concile qu'on célébrerait la pâque le IV de la lune de mars, le fit savoir au pape Victor; celui-ci en fut irrité, et fit condamner dans un concile de Rome la pratique des Orientaux. Pourquoi écrire une lcltre synodale au pape, si celui-ci n'avait rien à voir dans les affaires de l'Orient? Les observations astronomiques, pour fixer le jour de la lune, se faisaient dans l'école d'Alexandrie; l'évêque de cette ville en donnait avis au pape, et c'est celuici qui le faisait savoir au reste de l'Eglise. Les ennemis du saint-siége disent que le crédit des papes vint de leurs richesses ; or, depuis le t.mips des apôtres, les papes envoyaient des aumônes aux. fidèles persécutés dans la Grèce, dans la Syrie et dans l'Arabie : c'est un évoque d8 Corinthe et un évoque d'Alexandrie qui leur rendent ce témoignage. Eus'be,]. iv, c.23 ; 1. vu, c. 5.

Au commencement du m" siècle, on vit éclore en Afrique la dispute touchant la validité du baptême donné par les hérétiques; saint Cyprien et plusieurs conciles d'Afrique le déclarèrent nul; l'Eglise romaine décitla le contraire, et cette décision fut suivie partout ; si nous en croyons saint Jérôme, les Africains eux-mêmes se rétractèrent l'an 262, quatre ans après la mort de saint Cyprien. L'an 237, le pape Fabien condamna Origène dans un concile de Rome ; c'était néanmoins dans la Palestine que l'origénisme faisait le plus de bruit. L'an 2i2 ou 215, Privât, hérétique africain, fut excommunié par ce même pape. Sous le pontificat de Corneille, en 252, un concile de Rome confirma les décrets d'un concile de Carthage, touchant la pénitence des lapses. Vers l'an 257, Denis d'Alexandrie consulta successivement les papes Etienne et Sixte, touchant la validité du baptême donné par les hérétiques; environ l'an 263, ce même évoque, accusé de sabellianisme, fut absous dans un concile de Rome. L'an 268, le deuxième concile d'Antioche condamna et déposa Paul de Samosate et en rendit compte au pape Denis ; l'empereur Aurôlien ordonna que la maison de Paul fût donnée à celui auquel l'évêque de Rome et ceux de l'Italie l'adjugeraient. Analyse des conciles, t. 1, p. 169.

La prééminence des papes a été reconnue dans ce même siècle par de respectables personnages qui en étaient mécontents. Tertullien, fAché de ce que le pontife de Rome ne voulait pas approuver la sévérité outrée des montanistes, dit L. de Pudicit., c. 1 : « J'apprends que le souverain pontife ou Vévêquc des évéques a porté un édit, » etc. Quand TertulHen aurait ainsi parlé par dérision, il n'est pas probable qu'il eût donné ce titre au pape, si ce n'avait pas été l'usage. Saint Cyprien, fAché à son tour de ce que le pape Etienne condamnait la coutume des Africains do rebaptiser les hérétiques, dit, dans la préface du concile de Carthage : Aucun de nous ne s'établit évéque des évéques, etc. On pourrait trouver dans l'histoire ecclésiastique du m* siècle, plusieurs autres traits d'autorité de la part des papes, dans les Eglises de l'Asie et de l'Afrique. Lorsque nous les citons aux protestants, ils répondent froidement que ce fut un effet de l'ambition qu'avaient les papes de se mêler de toutes les affaires. Mais s'ils étaient persuadés que c'était leur devoir, l'empressement de le remplir était-il un crime? Lors même qu'ils ne cherchaient pas à s'en mêler, l'on avait recours à eux; nous venons d'en citer des exemples : on sentait donc la nécessité d'un tribunal toujours subsistant pour décider les contestations, parce que l'on ne pouvait pas assembler tous les jours les conciles ; et c'est ce qui prouve que la prétendue ambition des papes est venue de la nécessité des circonstances et des besoins de l'Eglise. Voy. Successiox.

III. En quoi consistent les droits, les devoirs, les fonctions attachés à la dignité de souverain pon ife (1) ? On ne peut mieux en juger que par le sens et l'énergie des paro'cs de Jésus-Christ ; ce divin Maître a établi saint Pierre pasteur de tout son troupeau ; ses fonctions et celles de ses successeurs sont donc les mêmes à l'égard de toute l'Eglise, que celles de chaque évoque à l'égard de son diocèse. Or, les fonctions des pasteurs sont connues ; saint Paul les a exposées amplement dans ses lettres à ïite et à Timothée.

C'est, en premier lieu, d'enseigner les fidèles, de leur intimer non-seulement les dogmes de foi, mais la morale, par conséquent de juger de la doctrine de tous ceux qui enseignent, de l'approuver ou de la condamner, lorsqu'il est nécessaire. Tout évêquo a ce droit dans son diocèse, c'est une do ses princ pales obligations ; elle est la même pour le pasteur de l'Eglise universelle. Nous

(1) Les principaux droits du pape sont, 1° d'être le centre de l'unité (Voy. ce mot) ; 2" de posséder^ la primauté d'honneur et de juridiction sur toute l'Eglise (Vo;/. ci-dessus ei Juridiction ) ; 5° d'être juge de la foi {Voy. Infaillibilité du pape); 4° d'avoir le pouvoir de porter des lois obligatoires pour toute l'Eglise ( Voy. Loi); 5" de présider les conciles généraux ( Voy. Concile); 6° le gouvernement du pape est réellement monarchique ( Voj. Gouvernement, de l'Eglise),

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"vous fait voir que les papes en ont usé dès le ier siècle et dans les suivants.

Les protestants disent que par là nous attribuons au pape et aux évoques le droit de dominer sur la foi des fidèles, que nous les rendons arbitres de la doctrine de Jésus-Christ, et maîtres de la changer à leur gré. Ils devraient commencer par faire ce reproche à saint Paul, qui dit à Timothée : « Enseignez et commandez ces choses ; prêchez la parole de Dieu ; insistez à temps et à conîre-temps; reprenez, priez, réprimandez avec patience et avec assiduité à l'enseignement (I Tint, iv, 11; 77 Tim. iv, 2). » Les pasteurs subissent les premiers le joug qu'ils imposent aux fidèles, puisqu'ils reconnaissent qu'il ne leur est pas permis d'enseigner autre chose que ce qu'ils ont reçu. Celui qui défend les lois contre les attaques des séditieux, prétend-il par là disposer des lois? D'autres ont dit qu'en attribuant au souverain pontife l'autorité d'enseigner toute l'Eglise, on dépouille les évoques de leur droit ; c'est comme si l'on prétendait qu'un évoque, qui proche dans une paroisse, dépouille le curé de ses droits.

Un second devoir du pasteur principal est de propager l'Evangile et d'amener à la foi les infidèles. Tel est l'ordre que Jésus-Christ a donné : Enseignez toutes les nations , prêchez VEvangile à toute créature [Mat th. xxvm, 19; Marc, xvi, 15). A l'article Mission, nous avons fait voir que, depuis la naissance de l'Eglise jusqu'à nous, les souverains pontifes n'ont pas cessé d'y travailler, et que leur zèle n'a pas été infructueux. Une suite naturelle de ce devoir est de fonder de nouvelles Eglises et d'y envoyer des pasteurs. Les schismatiques mômes l'ont compris ; depuis que les nestoriens, les eutychiens, les Grecs se sont séparés de l'Eglise romaine , leurs patriarches ont travaillé à étendre chacun leur secte avec le christianisme; les protestants ont eu la discrétion de ne pas les blâmer, pendant qu'ils attribuaient les missions ordonnées par les papes à une ambition démesurée d'étendre leur domination. C'est encore par une suite du droit d'enseigner et de veiller à la sûreté de renseignement général, que les papes ont présidé aux conciles généraux, les ont ordinairement convoqués, ont confirmé les uns et rejeté les autres, ou en tout ou en partie. Mais on affecte de nous répéter que ce droit prétendu est une usurpation , que les premiers conciles généraux n'ont été ni convoqués ni présidés par les papes. Cela n'est pas étonnant. Dans les premiers siècles, les évoques, tous pauvres, étaient hors d'état de voyager à leurs frais pour assister aux conciles ; ils y étaient conduits par les voitures publiques, aux frais de l'empereur; un concile ne pouvait donc être assemblé que par ses ordres. Constantin assista en personne au premier concile de Nicée, mais sans vouloir dominer sur les décisions ; il y reçut avec raison tous les honneurs. Les légats du pape Sylvestre y furent reçus avec la distinction due au chef de l'Eglise, et il

conste par les actes du concile de Chalcédoine que la primauté de l' Eglise romaine y fut reconnue. Eusèbe, de Vita Constant., 1. m, c. 7, dans les notes. Le second fut tenu à Constantinople, par conséquent sous les yeux de l'empereur ; il ne fut composé que des Orientaux , et il n'a été regardé comme œcuménique que par le consentement du pape et des Occidentaux ; le second canon de ce concile n'assigna le rang au siège de Constantinople qu'après celui de Rome. Au troisième concile général assemblé à Ephèse, saint Cyrille d'AlexanJrie présida comme député par le pape pour cette fonction, et les protestants lui en ont fait un crime. Celui de Chalcédoine fut assemblé par les sollicitations de saint Léon, et ses légats y présidèrent; on sait que ce grand pape, en approuvant ce concile, déclara qu'il n'approuverait jamais le vingt-huitième canon, qui accordait à l'évêquede Constant tinople une juridiction égale à celle du pontife de Rome, parce que ce canon était contraire au concile de Nicée, cpii avait reconnu la primauté de l'Eglise romaine. Pendant plus d'un siècle, les Occidentaux refusèrent de reconnaître pour légitime le cinquième tenu à Constantinople ; et ils ne s'y résolurent enfin que parce qu'il avait été approuvé par le pape Vigile. Au sixième, assemblé au même lieu, les légats du pape Agathon prirent séance immédiatement apW s l'empereur et parlèrent les premiers, et c'est la lettre du pape qui détermina principalement la décision de ce concile. Les protestants n'ignorent point la part qu'eut le pape Adrien à la convocation du septième tenu à Nicée : ils détestent ce concile, parce que le culte des images, aboli par les iconoclastes, y fut rétabli. Il en fut de même du huitième, assemblé à Constantinople contre Photius. Tous les conciles généraux postérieurs ont été tenus en Occident, et plusieurs ont été assemblés à Rome. Un fait certain, c'est qu'aucun concile n'a été regardé comme œcuménique, à moins qu'il n'ait été ou présidé, ou approuvé et confirmé par les papes; aucun n'a produit un effet salutaire dans l'Eglise qu'autant qu'il y a eu du concert entre le souverain pontife et les évêques. Aucun patriarche n'a joui comme \es papes du privilège de s'y faire représenter par des légats. A partir du premier concile général jusqu'à nous, il n'y en a pas un seul dans lequel nous ne trouvions des marques de la primauté et de la juridicîion universelle du saint-siége.

Enfin, un devoir essentiel du pasteur est de gouverner l'Eglise ; saint Paul avertit les évêques que le Saint-Esprit lésa établis surveillants pour exercer cette importante fonction, et il répète cette leçon à Timothée, en lui disant : Veillez à toutes choses. Conséquemmenf, à cause de la difficulté d'assembler des conciles, qui s'est augmentée à mesure que la religion s'est étendue, et que la chrétienté s'est trouvée partagée en un grand nombre de souverainetés, les papes se sont trouvés obligés de faire tout ce qui aurait pu être fait dans un concile général

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pour le bien de l'Eglise, de donner des décisions sur le dogme, sur la morale, sur la décence du culte, de dispenser des canons lorsque le cas a paru l'exiger, de diminuer par dos indulgences les rigueurs de la pénitence, d'employer les censures contre les pécheurs rebelles aux lois de l'Eglise. Cela était surtout nécessaire dans les temps de trouble, d'anarchie, de désordre, lorsque les évoques étaient trop faibles et trop peu respectés pour pouvoir en imposer à des nommes puissants et qui no connaissaient aucune loi. Les détracteurs du saint-siége ont trouvé bon de supposer et de répéter cent fois que les papes en ont agi ainsi par ambition, par la fureur de dominer, par l'envie d'attribuer à eux seuls toute l'autorité, et d'asservir l'univers entier à leurs lois. Une preuve évidente du contraire, c'est qu'ils n'ont ordinairement donné des décisions que quand on les a consultés, et n'ont dicté des lois que quand on a été forcé par la nécessité de recourir à eux. On a dit que cette conduite des papes avait énervé la discipline ; on se trompe, c'est l'ignorance et la corruption des mœurs qui ont causé ce funeste effet, et si les papes n'y avaient pas tenu la main, toutes les lois auraient été violées encore plus scandaleusement. Demander une dispense pour ne pas observer telle loi, c'est du moins lui rendre un hommage; la violer sans dispense et dans l'espérance de l'impunité , est un mal encore plus grand.

On a reproché aux papes d'avoir abusé des censures et de les avoir prodiguées par des intérêts purement temporels, c'était un abus en effet (1) ; mais quand on considère a quelle espèce d'hommes les papes avaient alfaire, on est plus tenté de les excuser que de déclamer contre eux. Prétendons-nous donc que l'autorité pontificale n'a point de bornes ? A Dieu ne plaise. Il en est de cette puissance comme de l'autorité paternelle. Celle-ci doit être plus ou moins grande selon l'âge, la capacité, le caractère des enfants, et selon que l'exigent le ton des mœurs publiques et le bien commun de la société. De môme celle du pasteur de l'Eglise a dû varier selon les circonstances et selon les révolutions arrivées dans les différents siècles (2). Lorsque le troupeau était encore peu nombreux, que les chrétiens étaient dans toute la ferveur d'une foi naissante et dans l'attente continuelle du martyre, qu'avaient de plus à faire les souverains pontifes et les évoques que de prêcher d'exemple ? A mesure que le nombre des filèles augmenta et que les églises se multiplièrent, la vigilance du pasteur dut être plus active; il

(1) Nous avons dit dans te Dict. de Théol. mor. que JEglise, et conséquemment les dépositaires de soi, autorité, peuvent porter des censures pour des intérêts temporels.

(L2) Los droits attachés à la primauté par Notre- Seigneur Jésus-Christ, sont les mêmes dans tous les temps. t,e droit puldic a pu ajouter au pouvoir des papes relativement au temporel, mais il n'a rien ajouté à son pouvoir essentiel.

survint des abus, des disputes, des schismes, «les hérésies ; les novateurs trouvèrent souvent de l'appui à la cour des empereurs ; plusieurs de ces princes voulurent décider des questions de foi sans y rien entendre, d'autres crurent être au-dessus de toutes les lois : les papes furent donc souvent obligés de résister ouvertement aux uns, de ménager les autres par la crainte de les irriter davantage et de causer déplus grands maux. Le caractère inquiet, ardent, tracassier des Grecs, donna continuellement de l'inquiétude et du désagrément aux papes ; les plus doux et les plus vertueux de ceux-ci furent ord ri iiremrnt les plus tourmentés. Si ceux qui blâment leur conduite s'étaient trouvés à leur place, ils auraient été bien embarrassés.

L'autorité pontificale fut poussée à son comble lorsque l'Europe, dévastée par les barbares, fut divisée en plusieurs lambeaux de souveraineté, tomba dans l'ignorance et dans l'anarchie du gouvernement féodal, perdit ses mœurs, ses lois, sa police, n'eut pour maîtres que des guerriers farouches et vicieux, qui ne connaissaient point d'autre droit que celui du plus fort. De quoi auraient servi des prières, des exhortations, des avis paternels, pour émouvoir de pareils hommes? Il fallut des menaces et des censures, il fallut opposer la force à la force, et souvent armer les uns pour dompter les autres. Si l'on veut juger de ces temps-là par les nôtres, si l'on se persuade que la même manière de gouverner convenait autant alors qu'aujourd'hui, l'on se trompe, et toutes les déclamations fondées sur ce principe portent à faux. Le pouvoir des papes est devenu beaucoup plus borné à mesure que les choses ont changé, que l'ordre s'est rétabi dans le clergé et dans la société civile. Ils comprennent eux-mêmes que plus nous nous rapprochons des mœurs douces et polies qui régnaient dans l'empire romain à la naissance du christianisme, plus il leur convient de revenir eux-mêmes à la charité tendre et paternelle qui fit adorer les premiers successeurs de saint Pierre. Et quel juste sujet de reproche on'-ils donné, même à leurs ennemis, depuis plus d'un siècle?

Mosheim, quoi jue protestant, a la bonne foi de convenir que l'autorité des papes est aujourd'hui très-bornée.

IV. C'est néanmoins des anciens troubles que les protestants et les incrédules sont partis pour faire envisager l'autorité des papes comme un monstre d'iniquité et comme un despotisme anti-chrétien; il est bon de voir la manière dont ils en ont décrit la naissance, les progrès, les conséquences.

Le tableau qu'en a tracé Mosheim, Hist. ecclcs., me siècle, nc part.,, c. 2, est vraiment curieux. 1° Il commence par poser pour principe, que, dans l'origine, l'autorité d'un évèque se réduisait h peu près à rien; qu'il nc pouvait rien décider ni rien régler dans son Eglise, sans avoir recueilli les voix du presbytère, c'est-à-dire des anciens de

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l'assemblée. Nous avons prouvé le contraire aux mots Evêque, Hiérarchie, etc. — 2° Il convient que, dans chaque province, le métropolitain avait un rang et une certaine supériorité sur les autres évoques ; mais elle se bornait à convoquer les conciles provinciaux et à y tenir la première place, à être consulté par les suffragants dans les affaires difficiles et importantes. Il convient encore que les évêques de Home, d'Antioche et d'Alexandrie, en qualité de chefs des Eglises primitives et apostoliques, avaient une espèce de prééminence sur les autres. Mais il soutient que c'était seulement une prééminence d'ordre et d'association, et non de puissance et d'autorité. Il prétend le prouver par la conduite de saint Cyprien , qui traita, dit-il, non-seulement avec une noble indignation, mais encore avec un souverain mépris, le jugement du pope Etienne, et la conduite arrogante de ce prélat hautain, et qui soutint avec chaleur l'égalité qu'il y avait en fait de dignité et d'autorité entre tous les évoques. Nous avons vu ci-dessus, par les propres paroles de saint Cyprien, par sa conduite, par les suites, si tout cela est vrai. Mosheim a imaginé que ce saint martyr était protestant; il lui prête les sentiments et le langage de Luther. C'est un trait de mauvais s foi de comparer l'autorité du pape sur toute l'Eglise à celle d'un métropolitain dans sa province. Celle-ci n'était pas d'institution divine, il n'en est pas question dans l'Ecriture sainte. Jamais les patriarches d'Antioche ni d'Alexandrie n'ont fait aucun acte de juridiction à l'égard des papes et de l'Eglise romaine; or, nous avons l'ait voir que, dès le ir siècle, les papes en ont exercé plusieurs dans ces deux patriarcats. — 3° Mosheim prétend que dès le m' siècle le gouvernement de l'Eglise changea, que les évoques foulèrent aux pieds les droits du peuple et ceux des prêtres, et s'attribuèrent toute l'autorité; que, pour pallier cette usurpation, ils publièrent une doctrihe obscure et inintelligible sur la nature de l'Eglise. L'un des principaux auteurs de ce changement, dit-il, fut Cyprien, homme très-entêté des prérogatives de l'épiscopat. De là naquirent les plus grands maux; une bonne partie des évêques donnèrent dans le luxe, dans le fas'e et la mollesse, furent vains, arrogants, ambitieux, inquiets, remuants, et adonnés à quantité d'autres vices. Déjà nous avons observé que les prétendus droits du peuple et des prêtres pour le gouvernement de l'Eglise, en concurrence avec les évêques, sont absolument nuls et faussement imaginés , et les anglicans le soutiennent comme nous; la doctrine de saint Cyprien, touchant l'unité de l'Eglise, n'est ni obscure, ni inintelligible, ni forgée au m' siècle; elle est fondée sur les paroles de Jésus-Christ et sur les leçons de saint Paul. Mais admirons l'équité de Mosheim. Lorsque saint Cyprien tenait tète au pape touchant la nullité du baptême donné parles hérétiques, c'était une noble indignation, un mépris très-bien fondé, quoiqu'il eût tort

sur le fond de la question; lorsqu'il soutenait l'unité de l'Eglise et les prérogatives de l'épiscopat, quoique cette doctrinelut vraie, c'était orgueil, ambition, entêtement de sa part. Il était donc louable quand il se trompait, et blâmable quand il avait raison. Voilà comme jugent les hommes conduits par le préjugé et par la passion. — k° Selon l'avis de ce critique, met. ecclésiast., iv" siècle, ii* part., c. 2, § 5, la supériorité du pontife romain sur les autres évêques vint principalement de la magnificence et de la splendeur de l'Eglise à laquelle il présidait, de la grandeur de son revenu, de l'étendue de ses possessions, du nombre de ses ministres et de la manière somptueuse dont il vivait. De là les schismes qui se formèrent quand il s'agissait d'élire un pape. Cependant les papes étaient toujours soumis à l'autorité et aux lois de l'empereur, et il s'en faut beaucoup qu'ils eussent encore acquis le degré do puissance qu'ils s'arrogèrent dans la suite. Riais pourquoi chercher des causes imaginaires de l'autorité des papes, lorsqu'il y en a de réelles? Nous les avons indiquées : l'institution de Jésus-Christ, la nécessité do maintenir l'unité et la catholicité de l'Eglise, les besoins multipliés d'une société aussi immense et qui devait lier ensemble toutes les nations; comment eût-elle pu subsister avec l'anarchie? Une secte peu étendue peut se soutenir pendant un certain temps avec un gouvernement démocratique; encoro voyons-nous ce qu'il a produit chez les protestants : une très-grande société ne le peut pas; il faut absolument un centre d'unité. Au défaut de liaison religieuse, les protestants, pour se maintenir, ont eu recours à des associa'ions politiques, à des ligues offensives et défensives entre les souverains do leur communion, afin de pouvoir recourir aux armes en cas de besoin. Cet expédient est-il plus chrétien que l'autorité paternelle d'un pasteur universel?

Nous avons fait voir que dès le h" siècle, dans un temps où les papes n'étaient ni riches, ni puissants, ni protégés par les empereurs , mais continuellement exposés à périr sur un échafaud, leur autorité était déjà reconnue et constatée par des actes authentiques de juridiction ; nous n'avons donc pas besoin des causes forgées par Mosheim. L'Eglise de Rome devint riche au ivc siècle ; mais les dépenses qu'elle était obligée de faire pour l'utilité de la religion étaient proportionnées à ses richesses. Les papes, témoins des maux de l'Italie et de la misère qu'avaient causée les guerres civiles entre les prétendants à l'empire, le mauvais gouvernement des empereurs, les persécutions et d'autres causes , ne négligeaient rien, n'épargnaient rien pour y pourvoir. Croit-on que des bienfaiteurs aveugles cl insensés auraient enrichi l'Eglise, si ses richesses n'avaient servi qu'à entretenir le faste et les vices de ses pasteurs ?

« Qu'on lise, dit M. Flcury, ce qu'ont fait les papes depuis saint Grégoire jusqu'au temps de Cfnrlemagnc , soit pour réparer

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les ruines de Rome et y rétablir non-seulement les églises et les hôpitaux, mais les rues et les aqueducs, soit pour garantir l'Italie de la fureur des Lombards et de l'avarice des Grecs ; on verra s'ils ont fait un mauvais emploi des biens de l'Eglise. » 5° Au v' siècle, Mosheim a découvert d'autres raisons de l'accroissement de l'autorité des papes; ce sont d'un côté les jalousies et les démêlés qui survinrent entre les patriarches d'Alexandrie et d'Antioche, et celui de Constantinople ; les deux premiers eurent recours au pape pour arrêter l'ambition et les entreprises du dernier; de l'autre, c'est le désordre et la confusion que mit dans l'Europe entière l'inondation des barbares. Pour cette fois nous sommes d'accord avec Mosheim ; mais qu'en conclurons-nous ? Donc l'autorité des papes était nécessaire, puisque sans cela les maux de l'Eglise auraient été plus grands : donc Jésus-Christ, qui les prévoyait, a sagement établi cette autorité, et sa parole s'est accomplie ; les portes de l'en* fer n'ont point prévalu contre l'Eglise, elle a subsisté et subsiste encore, malgré les orages qui se sont élevés contre elle et qui étaient les plus capables de la détruire de fond en comble.

Ceux qui ont imaginé que l'autorité des papes était fondée sur de fausses décrétâtes n'ont pas été fort habiles. Cette autorité était établie par l'usage, lorsque les fausses décrétales parurent. Le faussaire qui les forgea ne lit qu'ériger en lois anciennes la discipline et ià jurisprudence qu'il voyait régner do son temps ; il n'avait été ni excité ni soudoyé par les papes. Grotius convient que ceux-ci, loin de soutenir et de favoriser les faussaires , les ont toujours condamnés et réprimés, et qu'ils n'ont pas cessé d'encourager les travaux des habiles critiques. L. de Anlichristo. Mais les papes ont toujours agi par ambition.... Il est bien singulier que parmi deux cent cinquante pontifes qui ont été assis sur le siège de Home, il ne s'en soit trouvé aucun capable d'agir par religion, même en faisant du bien : l'absurdité de cette calomnie suffit pour la réfuter. N'importe, supposons-la vraie. Nous sommes encore forcés de bénir une ambition qui a produit de si heureux effets. C'est donc ce vice, inhérent à la papauté, qui a conservé en Europe un rayon de lumière au milieu des ténèbres de l'ignorance ; qui , par des missions continuelles, a rendu chrétiens les peuples du Nord, et nous a délivrés de leur brigandage ; qui a sauvé l'Italie du joug d.'s mahométans; qui a souvent épouvanté des princes vicieux, féroces, dévastateurs, incapables d'agir par un autre motif que par la crainte ; qui a procuré la tenue des conciles; qui a travaillé sans relâche à conserver la foi, les mœurs et la discipline. Heureuse ambition 1 que ne pouvons- nous l'inspirer à tous les souverains? Les moyens dont elle s'est servie n'ont pas toujours été sages : je le crois. Dans des siècles où la corruption des mœurs et l'esprit de vertige étaient univer-

sellement répandus, il serait difficile que tous les papes s'en fussent préservés. Mais, s'il y a eu parmi eux plusieurs hommes vicieux, il y a eu un beaucoup plus grand nombre de pontifes vertueux, et que l'on peut hardiment nommer de grands hommes, qui ont réuni tout à la fois les lumières, les talents, les vertus civiles et religieuses. Il est absurde de nommer toujours les uns, sans jamais parler des autres ; d'exagérer le mal qu'ont fait les premiers, sans tenir aucun compte du bien qu'ont procuré les seconds. C'est l'injustice que nous reprochons à Mosheim et à ses pareils. Nous ne le suivrons point dans le tableau hideux qu'il a tracé des papes de tous les siècles ; il n'a pas épargné davantage les autres pasteurs de l'Eglise, ni le clergé en général. Nous ne pouvons nous dispenser de répéter ici un reproche que nous lui avons déjà fait ailleurs. Comment n'a-t-il pas vu que le contre-coup de ses fureurs retombe sur Jésus- Christ même ? Quoi, ce divin Sauveur n'a formé au prix de son sang une Eglise pure, sainte, sans tache et sans ride, que pour la livrer, cent ans après, à la merci des pasteurs mercenaires, ambitieux, insensés, sans vertu et sans religion ! Selon saint Paul, il lui a donné des pasteurs et des docteurs pour perfectionner les saints, pour édifier par leur ministère son corps mystique , Ephes., c. iv, v. Il, et ils n'ont travaillé pendant quinze cents ans qu'à le détruire 1 Après avoir promis d'être avec son Eglise tous les jours jusqu'à la consommation des siècles, il a dormi pendant tout ce temps-là, et ne s'est éveillé que quand Luther et Calvin ont fait briller aux yeux de l'Europe étonnée V éclatante lumière de la bienheureuse réformation ! Merveilleux système, en vérité, très-capable de rendre le christianisme respectable aux yeux des incrédules. Mais qu'importe aux protestants que le christia nisme soit anéanti, pourvu que le papisme soit confondu 1 Ils se félicitent de ce que les sectes de chrétiens orientaux ne reconnaissent point, non plus qu'eux, la primauté de l'Eglise romaine, ni la juridiction du pape sur l'Eglise universelle, et de ce qu'ils regardent cette autorité du même œil que les protestants, c'est-à-dire comme une usurpation et une tyrannie. Quand cela serait vrai, l'opinion de ces sectes hérétiques ne serait pas un fort argument à nous opposer ; mais il ne faut pas être dupes d'un malentendu.

Aucun docteur des chrétiens orientaux n'a jamais nié que le siège de Rome ne soit la chaire de saint Pierre, et que le souverain pontife ne soit le successeur légitime de cet apôtre ; aucun n'est disconvenu que les papes n'aient exercé une juridiction sur les Eglises d'Orient pendant les premiers siècles ; aucun n'a rêvé comme les protestants que le pape est l'antechrist. Mais les uns disent que les évoques de Rome ont perdu leur privilège depuis qu'ils ont adopté, touchant la procession du Saint-Esprit, une doctrine contraire à celle des premiers conciles œcuuiéniqucs, cl ont ajouié au sym-

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boie le mol Filioque. D'autres ont prétendu que l'autorité du siège de Rome a passé à celui de Çonstàntinople, lorsque l'empire a été transféré dans cette dernière ville, et ([ue, depuis ce moment, le patriarche grec a été bien fondé à prendre le titre de patriarche œcuménique. En effet, depuis cette époque ou à peu près, cet évoque a exercé sur les Eglises grecques une autorité pour le moins aussi étendue et aussi absolue que celle des papes sur les Eglises d'Occident'; il a fait adopter, dans presque tout l'Orient, la liturgie de Çonstàntinople ; il a dispensé des canons, il a institué et transféré des évoques, etc. Le patriarche d'Alexandrie, depuis le vie siècle, n'a pas eu moins d'empire sur les copiâtes et sur les Ethiopiens, et le catholique des nestoriens a fait de môme dans les Eglises nestoriennes delà Perse, de la Tartarie et des Indes. Tous ces chrétiens orientaux ont donc été persuadés qu'il faut dans l'Eglise un chef visible qui ait autorité sur tous les membres ; ils n'ont pas môme trouvé mauvais que le pape exerçât sur l'Occident la môme autorité que les°patriarches d'Orient ont conservée sur les Eglises de leur communion. Ils font profession de suivre les anciens canons, qui ont établi enfre les évoques une hiérarchie et différents degrés de juridiction ; ils ont condamné la doctrine des protestants sur ce sujet, dès qu'ils en ont eu connaissance. De' quoi a donc servi aux protestants l'empressement qu'ils ont eu de traduire et de publier les traités des Grecs schismatiques contre l'autorité et la primauté du pape? Adoptent-ils les sentiments des Grecs sur la procession du Saint-Espr.it, sur l'addition Filioque faite au symbole et la discipline des Eglises d'Orient ? Pendant qu'ils refusaient au pontife de Rome toute espèce de marque de respect, ils ne rougissaient pas d'accorder au patriarche de Çonstàntinople le titre de patriarche œcuménique, de le nommer trèsgrande sainteté', de rechercher sa communion, par.^e qu'ils espéraient de lui l'approbation de leur doctrine. Mais cette bassesse n'a tourné qu'à leur confusion ; loin d'obtenir ce qu'ils demandaient, ils ont été condamnés par les Grecs sur tous les articles de leur profession de foi, dans plusieurs conciles tenus à ce sujet en Orient. Perpét. de la foi, t. V, Préface.

V. Mais est-il vrai que les papes aient été aussi vicieux, aussi méchants, et qu'ils aient fait autant de mal qu'on le dit? S'il nous fallait réfuter tous les reproches absurdes qu'on leur a faits, nous ne finirions jamais ; nous nous bornerons aux principaux, et à ceux que l'on a répétés le plus souvent ; sur plusieurs nos adversaires eux-mêmes fourniront la réponse : mais, avant d'entrer dans lo détail, il y a quelques réflexions générales à faire. — 1° Le nombre des papes vicieux n'est pas aussi grand qu'on !e croit. Jîavisson , protestant fougueux . qui a fait des pontifes romains le tableau le plus infidèle et le plus scandaleux qui fut jamais, n'a pu en accuser nommément que vingt-

huit ; encore n'a-t-il noirci les sept derniers que parce qu'ils ont été ennemis des protestants, et qu'ils ont approuvé les rigueurs que l'on a exercées contre eux. Il en reste clone deux cent vingt-deux contre lesquels Davisson n'a trouvé aucun reproche à faire. Y a-t-il un procédé plus détestable que de fouiller dans une îrstoire de dix-sept siècles, pour en tirer tous les crimes, vrais ou faux, dont on a chargé les papes, d'en faire le tissu en les exagérant tant que l'on peut sans dire un seul mot des vertus, des bonnes œuvres, des services rendus à l'humanité, desquels la chrétienté leur est incontestablement redevable, et de nommer cette chronique scandaleuse Tableau fidèle des papes? Quoi, le mal seul doit entrer dans un tableau, le bien ne doit jamais s'y montrer? Voilà comme les hérétiques et les incrédules ont toujours écrit l'histoire. Celle qu'ils ont faite des papes, en 5 vol. in-k°, et imprimée en Hollande en 1732, n'a eu pour but que de rassembler tous les reproches, les calomnies et les sophismes que les protestants ont vomis contre les pontifes romains depuis deux cents ans. La charité, le courage héroïque, la vie humide et pauvre des papes des trois premiers siècles, sont des faits certains ; les monuments de l'histoire en déposent. Les lumières, les talents, la vigilance laborieuse de ceux du ive et du v sont, incontestables ; leurs ouvrages subsistent encore. Les travaux et les efforts conslanis de ceux du vi* et du vu" pour diminuer et pour réparer les ravages de la barbarie, pour sauver les débris des sciences, des arts, des lois, des mœurs, ne peuvent être révoqués en doute ; les contemporains en rendent témoignage. Ce que les papes ont fait dans le vme et le ix% pour humaniser par la religion les peuples du Nord, est si connu, que les protestants n'ont pu y répandre un vernis odieux qu'en empoisonnant les motifs, les intentions, les moyens qui ont été employés. 11 ne fallait pas oublier non plus ce que les papes ont fait au ixc pour arrêter les ravages des mahomélans. C'est donc dans la lie des siècles postérieurs qu'il a fallu fouil'er pour trouver des personnages et des faits que l'on put noircir à discrétion ; c'est là que les ennemis des papes ont sucé les torrents de bile qu'ils ont vomis, et dont nos incrédules modernes se sont abreuvés de nouveau. Dans quel temps y a-t-il eu de mauvais papes? C'a été lorsque l'Italie était déchirée par de petits tyrans, qui disposaient du siège de Rome à leur gré, y plaçaient leurs enfants ou leurs créature-, et en chassaient les possesseurs légitimes. Il n'est pas étonnant que les papes aient mis en usage toutes sortes de moyens pour se mettre à couvert de pareils attentats. — 2" Il s'en faut beaucoup que la plupart des faits condamnables reprochés aux papes soient prouvés ; une grande partie sont rapportés par des hérétiques, par des schismatiques, par d s gens de parti qui ont vécu dans des temps de trouble, par des écrivains sans critique qui

pap

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ramassaient les bruits populaires, sans s'embarrasser de savoir s'ils étaient vrais ou faux. Pondant le grand schisme d'Occident, les partisans des papes français n'épargnèrent point les papes italiens qa ils nommaient antipapes : ceux-ci à leur tour usèrent de représailles contre les papes d'Avignon. La même chose était arrivée dans les siècles précédents toutes les fois qu'il y avait eu des schismes et divers prétendants h la papauté, et parmi les écrivains, dont les uns étaient guclphes, et les autres gibelins. — 3' Leibnitz, protestant mieux instruit et plus modéré que les autres, est convenu que le corps de l'Eglise étant un, il y a de d oit divin, dans ce corps, un souverain magistrat spirituel; que la vigilance des papes pour l'observation des canons et le maintien de la discipline a produit souvent de très-bons effets, a reprimé beaucoup de désordres; que dans les temps d'ignorance et d'anarchie les lumières de leur consistoire ont été une ressource, et que c'est de là qu'est venue leur plus grande autorité. Esprit de Leibnitz, t. II, p. 3, 6, etc. — 4" Quand tous les crimes reprochés aux papes seraient vrais et incontestables, cela ne détruirait ni leur caractère, ni leur mission, ni leur qualité de pasleuis, ni leur autorité. C'a été une erreur absurde de la part des vaulois, des hussites, des protestants, de soutenir cjue ar une conduite déréglée les ministres de

'Eglise perdent les pouvoirs qu'ils ont reçus de Jésus-Christ. Lorsqu'on a objecté aux protestants les vices des prétendus réformateurs, ils ont usé de récrimination, en insistant sur ceux des papes; mais ceux-ci avaient une mission ordinaire qu'ils avaient reçue par l'ordination, et qui ne se perd point par des péchés , quelque énormes qu'ils soient ; les prédicants n'en avaient point : il fallait donc qu'ils prouvassent une mission extraordinaire par des miracles f

Ï>ar des vertus héroïques, par la sainteté do eur doctrine, etc., comme ont fait les apôtres ; les chefs de la réforme n'avaient rien de tout cela. Nous n'avons donc pas un trèsgrand intérêt à faire l'apologie des papes ; mais le premier devoir d'un théologien est d'être juste, et de chercher la vérité de bonne foi (1). Venons au détail.

Le premier reproche que l'on fait aux pontifes de Rome est de s'être rendus indépendants de la domination des empereurs do Constantinople, et de s'être formé peu à peu une souveraineté. Rappelons l'idée de quelques faits, nous verrons ensuite si la conduite des papes a été un attentat contre l'autorité légitime. Il est constant que depuis la destruction de l'empire d'Occident, au ye siècle, ceux d'Orient n'eurent en deçà de la mer qu'une autorité très-précaire , et ne s'occupèrent de l'Italie que [tour en tirer de l'argent. Les Lombards qui, l'an 508, s'étaient rendus maîtres d'une partie de l'Italie, et possédaient l'exarchat de Ravenn ■, ne cessaient de menacer Rome. Vainement le pape et les Romains demandèrent du secours à la cour de Constantinople ; ils n'obtinrent rien, et furent réduits à se défendre eux-mêmes. Déjà sous les césars, les papes, comme les autres évêques, avaient eu le titre de défenseurs des villes; c'était une espèce de magistrature, et plus le siège de l'empire était éloigné, plus elle était importante. Depuis les services qu'avaient rendus aux Romains le pape Innocent Ier en écartant Alaric, et saint Léon en adoucissant Attila et en modérant un peu les fureurs de Genséne, les papes furent regardés comme les génies tutélaires de Rome, et comme la seule ressource contre les barbares. Ils y jouissaient donc déjà d'une autorité à peu pi es absolue ; les Romains, satisfaits de ce gouvernement paternel , redoutaient celui des Lombards, dont la plupart étaient ariens. Le pape Etienne, trop faible pour résister à ce peuple puissant, implora le secours do Pépin, qui s'était rendu maître de la France; Pépin passa les Alpes, délit Astolphc roi des Lombards, l'an 774, et l'obligea de céder au pape l'exarchat de Ravenne. Nous demandons quelle infidélité ce pape a commise envers l'empereur d'Orient ; celui-ci ne voulant plus être le protecteur de Rome, le pape en chercha un autre ; ce n'est pas cette ville qui s'est soustraite à la domination des empereurs, ce sont eux qui l'ont abandonnée à son malheureux sort. Didier , successeur d'Astolpho, reprit l'exarchat de Bavenne, et saccagea les environs de Rome ; Charleraagne vola au secours du pape Adrien, vain-

(1) « Rome chrétienne, dit M. de Chateaubriand, a éle pour le monde moderne ce que Home païenne fut pour le monde antique, le lien universel; celle capitale des nations remplit toutes les conditions de ea destinée, et semble véritablement la ville éternelle. Il viendra peut-être un temps où l'on trouvera que c'était pourtant une grande idée, une magnifique institution que celle du trône pontifical. Le Père spirituel, placé au milieu des peuples, unissait ensemble les diverses parties de la chrétienté. Quel beau rôle que celui d'un pape vraiment animé de l'esprit apostolique ! Pasteur général du troupeau, il peut, ou contenir les fidèles dans le devoir, ou les détendre de l'oppression. Ses Etats, assez grands p »;ir lui donner l'indépendance, trop petits pour qu'on ait lieu à craindre de ses efforts, ne iui lais- StJii que la puissance de l'opinion : puissance adinivab.e, qnand elle n'embrasse dans son empire que

des œuvres de paix, de bienfaisance et de charité ! < Le mal passager que quelques mauvais papes ont fait a disparu avec eux; mais nous ressentons encore tous les jours l'influence des biens immenses el inestimables que le monde entier doit à la cour de Rome. Celle cour s'est presque toujours montrée supérieure à son siècle. Elle avait des idées de législation, de droit public ; elle connaissait les beaux arts, les sciences, la politesse, lorsque tout était plongé dans les ténèbres des institutions gothiques ; elle ne se réservait pas exclusivement la lumière, ello la répandait sur tous; elle faisait tomber les barrières que les préjugés élèvent entre les nations ; elle cherchait à adoucir nos mœurs, à nous tirer de notre ignorance, à nous arracher à nos coutumes grossières ou féroces. Les papes, parmi nos ancêtres, turent des missionnaires des arts, envoyés à des barbares, des législateurs chez des sauvages. i — Le règne seul

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quit Didier, le fit prisonnier, et détruisit de l'a nation, tenue à Soissons deux ans au-

ainsi le royaume des Lombards. Couronné paravant : il ne lui donna donc rien. La cén'-

empereur l'an 800 a Rome, il fit le pape son monie ne servit en effet qu'à tranquilliser

premier magistrat. A la décadence de la maison les peuples et à prévenir de nouveaux trou-

de Charlemagne, le pape imita les grands vas- blcs. Lorsque Grégoire VII entreprit de dé-

saux et les seigneurs d'Italie ; il se rendit in- trôner l'empereur Henri IV, il savait que !a

dépendant. moitié de l'Allemagne était opposée à ce

Les empereurs allemands, malgré le titre prince et qu'il était détesté en Italie. Henri de rois des Romains, ne furent jamais paisi- avait fait élire un autre pape, et parvint en blement. maîtres de Rome ; la plupart se tirent effet à chasser Grégoire de son siège : excès détester par leur cruauté : c'est ce qui fit et clémence de part et d'autre. Les esprits naître les deux célèbres factions des guelphes n'étaient pas mieux disposés en faveur de et des gibelins, dont les premiers tenaient Frédéric II , lorsqu'il fut excommunié par pour les papes, les seconds pour les empe- Grégoire IX et par Innocent IV. C'était cerreurs. Qu'après plusieurs siècles d'anarchie, tainement un très-grand abus d'employer les de guerres et de dissensions, ceux-ci soient peines canoniques pour soutenir des intérêts enfin demeurés les maîtres, ce n'est pas une purement temporels ; mais depuis le comracrveille ni un grand crime; ils ont tou- mencement du xe siècle jusqu'au xiv% l'Eujours prétendu posséder leurs Etats en vertu rope entière sembla possédée d'un esprit de de donations qui leur avaient été faites. La vertige; il est bien absurde, au xvm% de replupart des autres souverains d'Italie n'a- proeher aux papes les fautes commises par vaient pas des titres plus authentiques ni leurs prédécesseurs il y a sept cents ans. plus respectables. 11 est à présumer que les On dit qu'Alexandre VI donna aux rois Romains ne se sont pas mal trouvés de leur d'Espagne et de Portugal l'Amérique, qui ne gouvernement , puisqu'ils n'ont pas cherché lui appartenait pas. La vérité est qu'il ne à se donner d'autres maîtres. Depuis le sac- leur a pas donné un seul pouce de terrain, cagement de Rome par les troupes de Charles- Ces deux rois s'étaient mis en possession de Quint, ils sont le seul peuple qui ait toujours l'Amérique sans consulter Rome ; prêts à se joui des douceurs de la paix. Ce n'est point brouiller pour leurs conquêtes respectives, un mal, pour la religion, que le pape soit ils prirent le pope pour arbitre. C'est en cette souverain temporel. Il ne serait pas conve- qualité, et non en vertu du pouvoir pontitinable que le père commun des fidèles fût cal, qu'il traça la célèbre ligne de démarcasujet ou vassal d'aucun prince particulier : tion qui fixait les limites de leurs possesobligé de les respecter et de les ménager sions. Cet arbitrage prévint une guerre prête également tous, il ne doit dépendre d'aucun, a éclore, et le pape exhorta les deux rois à Les empereurs d'Allemagne s'arrogèrent le travailler à la conversion des Américains, droit de faire et de défaire les papes à leur Une troisième accusation formée contre les gré; jamais le siège pontifical ne fut plus papes est d'avoir vendu les grâces de l'Eglise, mal rempli. les bénéfices, les dispenses, les indulgences.

Mais les papes sont tombés dans un excès H est vrai que plusieurs ont été coupables bien plus révoltant : ils se so..t arrogé le de cette simonie; mais c'étaient principaiedroit de donner les couronnes et de les ôter, ment des^ papes réduits à subsister d'aumôtle déclarer certains princes incapables de nés en France, pendant le grand schisme régner, de les excommunier, de délier les d'Occident. C'était le cas de dire que la nésujets du serment de fidélité; ils ont voulu cessité fait commettre des turpitudes. On lisposer du temporel des souverains, etc. avance néanmoins une calomnie quand on

Plusieurs, à la vérité, ont eu cette préten- assure que les papes ont accordé pour de

tion; mais dans quelles circonstances? Dans l'argent l'absolution des crimes commis et à

un temps d'anarchie et de brigandage mu- commettre : jamais le scandale n'est allé jus-

tuel entre les souverains, où, à force; d'usur- que-là.

pations et de querelles, il n'y en avait près- Enfin l'on reproche aux papes d'avoir dé-

que pas un seul dont les droits ne fussent cidé que tout est permis contre les héréti-

contestés ou contestables. Mais quel est le ques, la perfidie, le mensonge, la violence,

] rince que les papes ont véritablement dé- 'es assassinats, les supplices, ou du moins

pouillé de ses Etats, et quel est celui auquel d'avoir autorisé cette doctrine abominable

ils ont donné une couronne et des terres par leur conduite : calomnie encore plus

qu'il ne possédait pas déjà? Lorsque le pape atroce que la précédente. A ce sujet, nous

Llienne couronna Pépin et ses deux fils, ce copierons les réflexions d'un écrivain récent

prince avait été déclaré roi et sacré comme qui n'était ni théologien ni soudoyé par la

tel dans une assemblée des états généraux c°ur de Rome, et qui faisait profession de

ne ménager personne. Ce n'est pas le saint-

. „. . ,., ,, „ . , . , siège, dit-il, qui a ahumé dans les Pays-Bas,

de Charlemagnc, dit Voltaire, eut une lueur de po- et ensuite en France, les guerres thëologi-

luesse qu, lut probablement le Iruii du voyage de qyes qui ont c,<use Jant Je malheurs ! %s

< C'est donc une chose assez généralement recon- P(.'Pcsn n'ont Parlé Que tIuand on les a consul-

nue, que l'Europe doit au saint-siége sa civilisation, tl'S- Ce n est pas la cour de Rome qui con-

une pariie d<* ses meilleures lois, et presque toutes damna au feu Jean Hus et Jérôme de Pra-

ses sciences et ses arts.» Génie du Christianisme, gue : un empereur dressa le bûcher; des

iv part. liv. vi, c. vi. ) prélats allemands, français, espagnols, l'allu-

pap

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