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manger h pâque. Ce n'est donc que ce jourlà que l'on devait manger l'agneau pascal ; il n'est pas probable que Jésus-Christ 1 a.t mangé la veille, et vingt-quatre heures avant le moment fixé. Tel est le sentiment cpie dom Calmet a soutenu dans une dissertation sur ce sujet ; mais on lui a fait voir que cette opinion est contraire à plusieurs textes formels des évangéhstes. Bible d Avignon, tom. XIII, p- 430.
Le père Hardouin a pensé que l'usage des Galiléens était de taire la pâque un jour plus tôt que les autres Juifs, et que Jésus-Christ né en Galilée, aussi bien que ses apôtres, l'avaient faite selon la coutume de leurs compatriotes; mais cette conjecture ne parait pas suffisamment prouvée. D'autres ont été persuadés que Jésus-Christ avait mangé l'agneau pascal en même temps que le commun des Juifs, mais que les prêt, es de Jérusalem retardèrent leur pâque de vingtquatre heures cette année-là, soit parce que le lendemain était le grand jour du sabbat, et qu'ils voulurent faire la cérémonie en le commençant, soit pour quelque autre raison que nous ignorons. Pour expliquer le texte de saint Jean, il n'est pas nécessaire de recourir à ces divers expédients. Dom Calmet lui-môme a reconnu que le mot pâque se p, end en plusieurs sens différents dans l'E- Ci ilure sainte ; il signifie, 1° le passage de l'ange exterminateur, c'est le sens le plus littéral ; 2° l'agneau que l'on immolait ; ^ 3° les autres victimes et les sacrifices que l'on offrait le lendemain; k° les azymes ou pains sans levain que l'on mangeait pendant les sept jours de la fête ; 5° la veille et les sept jours de cette môme fête ; ajoutons, 6^ le grand sabbat qui tombait l'un de ces sept jours (Joan. xix, 31). Ainsi Parasceve Paschœ, ibid., v. 14, ne signifie pas la préparation du re:as de l'agneau, mais la préparation au sabbat qui tombait dans l'octave. Par conséquent lorsqu'il est dit, c. xvur, v. 28, que les Juifs craignirent de se souiller, parce qu'ils voulaient manger la pâque, cela peut très-bien s'entendre dans le troisième sens, des victimes qui devaient être offertes en sacrifice ce jour-là. Quant à ce que dit dom Calmet, qu'il n'est pas croyable que les Juifs eussent fait saisir Jésus-Christ, l'eussent condamné et crucifié le vendredi, si ce jour eût été un jour de fête et le premier de la solennité des A/.yrues, il ne fait pas attention que le repos n'était pas commandé aux Juis deux jours de suite, et que le lendemain était le jour du sabbat ; le repos de la fête ne devait donc commencer cette année-là que le vendredi soir, au coucher du soleil. On sait d'ailleurs que quand il s'agissait de satisfaire une passion violente, les Juifs n'étaient pas fort scrupuleux. L'on a encore trouvé de la difficulté à savoir combien de fois Jésus-Christ a célébré la pâque depuis le commencement de sa prédication jus pi'à sa mort; les uns ont dit qu'il avait fait trois pâques, d'autres en ont compté quatre, d'autres cinq ; ce qu'il y a de certain, c'est que l'Evangile ne fait men-
tion que de trois ; c'est aussi le sentiment le plus suivi par les anciens, et auquel il est à propos de s'en tenir.
PAQUES, fêle qui se célèbre dans l'Eglise chrétienne, en mémoire de la résurrection de Jésus-Christ. On lui a donné ce nom , parce qu'il est arrivé plusieurs fois, dans les premiers temps de l'Eglise, qu'on la faisait en môme temps que les Juifs célébraient leur pAque. Les plus anciens monuments nous attesten! que cette solennité est de même date que la naissance du christianisme, qu'el'e a été établie du temps des apôtres, témoins ocu'aires de la résurrection du Sauveur, et qui, placés sur le lieu mémo où ce grand miracle était arrivé, ont eu toutes les facilités possibles de se convaincre du fait ; ils n'ont donc pu consentir à solcnniser cette fête, que parce qu'ils étaient invinciblement persuadés de l'événement important qu'elle attestait. On doit donc en raisonner comme de la pâque juive à l'égard des faits dont celle-ci était un monument. Aussi, dès les premiers siècles, la fête de Pâques a été regardée c mime la plus grande et la plus auguste fête de notre religion ; elle renfermait les huit jours que nous nommons la semaine sainte , et l'octave entière du jour de la Résurrection; on y administrait solennellement le baptême aux catéchumènes; les fidèles y participaient aux saints mystères avec plus d'assiduité et do ferveur que dans les autres temps de l'année ; on y faisait d'abondantes aumônes : la coutume s'introduisit d'y affranchir les esclaves ; plusieurs empereurs ordonnèrent de rendre à cette occasion la liberté aux prisonniers détenus pour dettes ou pour des crimes qui n'intéressaient point l'ordre public. Enfin l'on s'y préparait comme l'on fait aujourd'hui par le jeûne solennel de quarante jours , que nous appelons le carême. Au ne siècle, il y eut de la variété entre les différentes Eglises , quant à la manière de célébrer cette solennité. Celles de l'Asie mineure la faisaient comme les Juifs , le quatorzième delà lune de mars; l'Eglise romaine, celles de l'Occident et des autres parties du monde , la remettaient au dimanche suivant : les Asiatiques prétendaient avoir reçu leur usage de saint Jean l'Evangéliste et "de saint Philippe ; les Occidentaux et les autres alléguaient pour eux l'autorité de saint Pierre et de saint Paul ; et il paraît que cette diversité dura jusqu'au concile de Nicée , tenu l'an 325. Pour comprendre le véritable objet de la dispute, il faut savoir, 1* q :e pour imiter l'exemple de Jésus-Christ, les chrétiens de l'Asie Mineure avaient coutume de manger un agneau le soir du IV jour de la lune de mais, comme font les Juifs, et d ■: nommer comme eux ce repas la pâque. On dit que cet usage subsiste encore chez les Arméniens, chez les cophtes et chez d'aut es chrétiens oriontanx. 2° Dès ce moment plusieurs rompaient le jeûne du carême; si d'autres l'observaient encore les deux jours suivants , ce rervas y avait mis du moins une interruplinu. 3" L'usage constant était, comme
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encore aujourd'hui, do célébrer la fête de la Résurrection de Jésus-Christ le troisième jour après le repas de la pâque ; ainsi lorsque le quatorzième de la lune tombait un autre jour de la semaine que le jeudi, la fêle de la Résurrection ne pouvait plus se faire le dimanche ou le premier jour de la semaine, qui est cependant le jour auquel Jésus-Christ est ressuscité. 4" A Home, dans tout TOccident et dans toutes les Eglises hors de l'Asie Mineure, les chrétiens retardaient le repas de l'agneau pascal jusqu'à la nuit du samedi , afin de le joindre à la joie du mystère de la résurrection ; c'est à quoi ■fa il encore allusion la préface qui se chante dans la bénédiction du cierge pascal , où le célébrant dit : « C'est dans cette nuit qu'est immolé le véritable agneau par le sang duquel sont consacrées les maisons des fidèles. » Conséqu enraient l'on représentait aux Asiatiques qu'il ne convenait pas aux chrétiens de manger la pâque avec les Juifs , de rompre le jeûne du carême avant la fête de la Résurrection , ni de célébrer celle-ci un autre jour que le dimanche. Ainsi, quand on dit que les Asiatiques fa;saient la pâque le 14' de la lune de mars, cela ne signifie point que ce jour-là ils célébraient la fête de la Résurrection, mais qu'ils mangeaient l'agneau pascal. Le P. Daniel, jésuite, a éclairci ce fait en 172V, dans une dissertation sur la discipline des quarto-décimans, recueil de ses ouvrages, tome III. Mosheim l'a prouvé de nouveau en 175-3. Hist. christ., saec. 2, § 71. Quoique cette diversité d'usage n'intéressât point le fond de la religion, il en résultait néanmoins des inconvénients. Lorsque deux Eglises de dilfércnt rite étaient voisines, il paraissait ridicule que l'une donnât dans son culte extérieur des signes de joie , pendant que l'autre était encore dans un deuil religieux de la mort du Sauveur, jeûnait et faisait pénitence. Ce pouvait être un sujet de scandale pour les infidèles , et la marque dune espèce de schisme entre les deux Eglises. On jugeait qu'une fête aussi solennelle devait être uniforme , d'autant plus qu'elle sert à régler le cours de toutes les autres fêtes mobiles. Eusèbe , de Vità Constant., 1. in, c. 18.
Vers l'an 152 ou 1G0, saint Polycarpe, évoque de Smyrne, vint à Rome, et conféra sur ce sujet avec le pape Anicet; le résultat fut que chacun garderait la pratique de son Eglise. Sur la fin de ce siècle, vers l'an 1%, la contestation se réveilla. Polycrate , évoque d'Ephèse , ayant mandé au pape Victor qu'il avait résolu dans un concile de continuer, comme auparavant, à célébrer la/;«que le quatorzième de la lune de mars, ce pape en fut irrité ; il assembla un concile de son coté, et tenta d'cxcommunii r les Asiatiques. Lusèbe, Hist. ccclés., I. v, c. 23 et 24. Voy. les Notes de Valois. Saint lrénée, évoque de Lyon, lui écrivit à ce sujet etbIAma cette rigueur ; il lui représenta ce qui s'était passé entre les deux saints évèques Anicet et Polycarpe, et il conclut que l'attachement des évèques de l'Asie Mineure à
le.r ancien usage n'était point un juste sujet de faire sebisme avec eux. Il y a contestation entre les savants, pour savoir jusqu'où Victor poussa son zèle dans cette question ; les uns, surtout les protestants, disent qu'il excommunia de fait les Asiatiques, mais que cette censure fut méprisée par tous 'es autres évèques ; d'autres disent qu'il se contenta de les menacer, que c'est le sens du mot dont se sert Eusèbe , il tenta de les excommunier. Mosheim pense que ce pape retrancha en effet les Asiatiques de sa communion , qu'il tenta de les priver par là de la communion des autres évoques , mais que ceux-ci ne voulurent pas l'imiter. Quoi qu'il en soit , les protestants ont saisi cette occasion de déclamer contre ce pontife : il n'avait, disent-ils , aucune juridiction sur les évèques d'Asie ; jusqu'alors on avait jugé que la discipline devait être arbitraire ; le sujet n'était pas assez grave pour mériter une excommunication : c'est un des premiers exemples de l'autorité que les papes se sont attribuée sur toute l'Eglise ; mais le peu d'égard que l'on eut pour la censure de Victor, démontre que l'on fut indigné de cette prétention. Le Clerc, Hist. ecclés. , an 194 et
Mais avant de condamner ce pape, il aurait du moins fallu convenir des faits que nous apprend Eusèbe, Hist. ecclés., 1. v, c. 23, 24, 25. 1° Ce pontife n'agissait point de son prop e mouvement ; avant qu'il procédât contre les Asiatiques, il y avait eu plusieurs conciles tenus à ce sujet , un dans la Palestine, un dans le Pont, un dans 1 l'Osrhoëne, province de la Mésopotamie, un dans les Gaules, une lettre écrite par l'évoque de Corinthe , et Victor agissait à la tête d'un concile de Rome ; tous avaient décidé qu'il ne fallait point faire la pâque avec les Juifs; un canon de ces conciles ^e trouve au nombre des Canons apostoliques en ces termes : « Si un évêque , un prêtre ou un diacre célèbre le saint jour de Pâques avant 1 t'équinoxe du printemps comme les juifs , qu'il soit déposé. » Can. 5, 7 ou 8. Ces conciles ne regardaient donc point alors la question comme indifférente; les choses n'étaient plus au même état que du temps d'Anicel et de Polycarpe ; et saint lrénée a pu ignorer ces circonstances quand il écrivit à Victor. 2° Ni Polycrate ni saint lrénée ne reprochent à ce pape de s'a tribuer une autorité qui ne lui appartenait fias; le concile des évoques de la Palestine avait ordonné que sa lettre synodale fût envoyée à toutes les Eglises; elle fut donc envoyée à Rome, et t lie atteste que celles du patriarcat d'Alexand ie pensaient et agissaient de môme au sujet de la pâque. 3* Il est évident que la tradition sur laquelle se fondaient Polycrate et ses comprovinciaux était très -apocryphe. Cet évèque n'allègue que l'usage qu'il avait trouvé établi. Saint Jean et saint Philippe, dont il cite l'exemple, pouvaient avoir toléré cette coutume sans l'approuver positivement; toutes les auttvs Eglises alléguaient une tradition contraire. 11 est donc faux que jusqu'alors on eût ju^é
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que cette discipline devait être arbitraire, comme le veulent les prof estants. V Une preuve que Victor n'avait pas tort, c'est que sa manière de penser fut confirmée par le concile général de Nicée.
En effet, l'an 325 , ce concile décida que désormais toutes J.'s Eglises célébreraient uniformément la fête de Pâques, le dimanche après le quatorzième de la lune de mars, et non le môme jour que les Juifs. Eusèbe nous a conservé le discours que Constantin lit au concile à ce sujet, de Vita Const., 1. m, c. 18; et cet usage est devenu général. Ceux qui ne voulurent pas s'y conformer furent dès lors regardés comme schismatiques et comme révoltés contre l'Eglise On les n mma quartodécimans , tétradécatites , protopaschites , audiens , etc. Depuis cette époque , il n'y a eu entre les différentes Eglises d'autre variation que celle qui a été quelquefois causée par un faux calcul des phases de la lune, et par l'usage d'un cycle fautif. Comme il y avait dans Alexandrie une école célèbre d'astronomie et de mathématiques, le patriarche de cette ville était chargé de notifier d'avance aux au'r< s Eglises le jour auquel la iêle de Pâques devair tomber; il en écrivait au pape qui l'indiquait à toutes les Eglises de l'Occident. Aujourd'hui les protestants jugent qu'il n'y a rien de si beau ni de si salutaire au christianisme que l'indépendance ; dans les premiers siècles , au contraire , on voulait l'ordre et l'uniformité , même dans la discipline, parce que les variations et les institutions arbilraires ne manquent jamais d'engendrer des erreurs. On sait que dans ces temps-là les fidèles passaient à l'église, et en prières, la plus grande partie de la nuit de Pâques; on l'appelait la grande vigile , pervigilium paschœ , et on ne se séparait qu'au chant du coq, pour se livrer à une joie innocente. Nous ne traiterons point de superstition la coutume de manger un agneau pascal dans cette solennité; cet usage n'avait rien de commun avec celui des juifs, puisque l'on ne s'y proposait rien autre chose que d'imiter le repas que Jésus-Christ lit avec ses apôtres la veille de sa mort.
Le véritable agneau pascal des chrétiens est Jésus -Christ : « Il a été immolé , dit saint Paul, pour notre pâque; mangeons-le, non avec le vieux levain de malice et d'iniquité, mais avec les azymes de la candeur et de la vérité ( / Cor. v, 7). C'est pour cela môme que , dans la suite des siècles , lorsque la piété s'est refroidie parmi les fidèles, l'Eglise leur a imposé un précepte rigoureux de la communion pascale : faire ses pâques , signifie participer à la sainte eucharistie. Voy. Communion pascale. Bingham , Origin. ecclésiast., 1. xx, c. 5.
PARABOLE. Ce terme grec, qui est reçu dans notre langue , signitie communément dans l'Ecriture sainte un discours qui présente un sens et qui en a un autre, mais que l'on peut saisir avec un peu d'intelligence et d'attention. Les paraboles des livres saints sont donc des instructions indirectes
et détournées , des comparaisons , de.s emblèmes qui cachent une leçon de morale, afin d'exciter la curiosité et l'attention des auditeurs. Cette manière d'enseigner [tardes discours figurés était fort du goût des Orientaux; leurs philosophes et leurs sages en ont toujours fait grand usage; les prophètes s'en servaient de môme pour rendre plus sensibles aux princes et aux peuples les réprimandes, les promesses et les menaces qu'ils leur faisaient de la part de Dieu. Ainsi ils reprochent souvent à la nation juive son infidélité à l'égard de Dieu, sous la parabole d'une femme adultère, d'une vigne qui ne rapporte que de mauvais fruits , etc. Ils décrivent les violences des peuples ennemis des Juifs, sous l'image de quelque animal féroce; Nalhan reproche à David son adultère sous la parabole d'un h mime riche qui a enlevé la brebis d'un pauvre , et par cet innocent artifice il réduit ce roi à se condamner lui-même ; Ezéchiel représente le rétablissement de la nation juive dans la Pales ine , après la captivité, sous l'image des os de plusieurs cadavres dispersés , qui se rapprochent , se revêtent de chair et de peau , et reprennent une nouvelle vie , etc. Jésus- Chrisf usa fréquemment de ce genre d'instruction, parce que c'est celui qui est le plus proportionné à la capacité du peuple, et le plus propre à exciter son attention. Voy. Allégokie. Le nom de parabole désigne quelquefois une simple comparaison: 1° lorsque Jésus-Christ dit : Comme il arriva du temps de Noé à l'égard du déluge, autant en serat-il au jour de la venue du Fils de l'Homme (Matth. xxir, 37); cela signitie que quand Jésus - Christ viendra pour punir la na ion juive , cet événement sera aussi imprévu pour elle que le fut le déluge pour les contemporains de Noé. — 2° Ainsi Balaam, appelé pour maudire les Hébreux et pour leur annoncer des malheurs, pr.'dit, au contraire, leur prospérité sous différentes images qui sontnommées paraboles (Num. xxiu et xxiv).
— 3" Ce terme signifie quelquefois une sentence , une maxime de morale et de conduite; dans ce sens, il est dit (III Reg.iv, 32), que Salomon composa trois mille paraboles.
— k' 11 désigne ce qui est digne de mépris ; dans ce sens, Dieu menace son peuple de le rendre la parabole ou la fable des autres nations ; David se plaint d'être devenu la parabole ou le sujet du mépris de ses ennemis. Les Juifs, irrités des prédictions d'Ezéchiei, demandent : « Cet homme ne nous débitet-il pas des paraboles? » c. xx, v. 40, c'est-àdire des fables et des discours frivoles.
Selon la sage observation de saint Clémcn1 d'Alexandrie, lorsqu'il est question de paraboles, il ne faut pas presser tous les termes, ni exiger que l'allégorie soit toujours soutenue ; il faut seulement considérer l'objet principal, le but , l'intention de celui qui parle. Ainsi dans la parabole des talents (Matth. xxv, 24-), le mauvais serviteur dit à son maître: «Je sais que vous êtes un homme dur, qui moissonnez où vous n'avez pas semé , et qui recue'Uez où vous n'avez rien
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mis. » Non-seulement ce discours n'est pas Récent d;ii!S la bouche d'un serviteur à l'égard de son maître, mais il ne peut dans aucun sens être appliqué à Dieu; le but de la parabole est donc seulement de peindre, par ces expressions outrées,les mauvaises excuses d'un serviteur paresseux et infidèle. Dans celle du fermier dissipateur (Luc. xvi,8), il est loué pour avoir remis aux débiteurs de son maître une partie de leurs dettes , afin de trouver auprès d'eux une ressource dans ses b soins ; cette conduite n'est pas approuvée comme juste, mais comme un trait de prévoyance et de prudence , qui doit nous servir de modèle dans l'usage de nos propres biens. C'est mal à propos que quelques incrédules en ont été scandalisés. Us le sont encore plus de la manière dont Jésus-Chr'st a parlé de ses propres paraboles; loin de s'en servir, disent-ils, afin d'être mieux entendu, il déclare lui-môme qu'il en fait usage , afin que les J ifs ne l'entendent point : cela est formel dans le texte des quatre évangé- Jistes.
Comparons-les et voyons ce qu'ils disent. Matlh., c. xiii, v. 10, les disciples de Jésus lui disent : « Pourquoi parlez-vous en paraboles à ces gens-là ? Jésus répond : Parce ou il vous est donné de connaître les mystères au royaume des deux, et cela ne leur est pas
donné Je leur parlerai en paraboles, parce
qu'ils regardent et ne voient point ; ils écoutent , et ils n'entendent ni ne comprennent. Ainsi s'accomplit à leur égard cette prophétie d'Isaïe : Vous écoulerez et vous n entendrez pas, vous regarderez et vous ne verrez pas. En effet, le cœur de ce peuple est appesanti, ils écoutent malgré eux, et ils ferment les yeux, de peur de voir, d'entendre, de comprendre dans leur cœur, de se convertir, et d'être guéris par mes leçons. » Il est donc clair que c'était la faute des Juifs et non celle du Sjuveur, s'ils ne comprenaient pas ses discours. Il leur parlait en paraboles, afin de réveiller leur attention et leur curiosité, et afin de les exciter à l'interroger , comme faisaient ses disciples ; mais ces endurcis n'en faisaient rien, ils semblaient craindre d'entendre et de voir trop clairement la vérité : de là Jésus-Christ conclut qu'il était donné à ses disciples de connaître les mystères du royaume de Dieu, puisqu'ils cherchaient à s'instruire, et que cela n'était pas donné aux Juifs, puisqu'ils avaient peur d'être instruits. Il faut s'aveugler comme eux, pour ne pas voir ce sens. Même langage dans saint Marc, c. iv, v. 11, et Luc, c. vin, v. 10, lorsqu'on leur fait dire : « Tout est proposé en paraboles à ces gens-là, afin qu'ils regaident et ne voient pas, etc. » On fait une fausse traduction ; le texte signifie simplement : « Tout leur est dit en paraboles, de manière qu'ils regardent et ne voient pas, etc. » Puisqu'enfin, quand on examine en elle-même la parabole dont il est question dans cet endroit, qui est celle de la semence, il est évident qu'elle n'est ni obscure, ni captieuse, ni faite exprès pour tromper, et qu'avec une attention médiocre il est aisé
d'en prendre le sens ; mais comme c'était un reproche que Jésus-Christ fa'sait aux Juifs des mauvaises dispositions dans lesquelles ils écoutaient sa parole, ces opiniâtres n'avaient garde de lui en demander une explication plus claire, comme le firent les apôtres. Ce que dit saint Jean, c. xn, v. 37, a le même sens : « Quoique Jésus, dit-il, eût fait de si grands miracles devant eux, ils ne croyaient pas en lui; de manière que (et non afin que) l'on vit l'accomplissement de ce que dit Isaïe : Seigneur, qui a eru à ce que nous avons annoncé? Us ne pouvaient pas croire, parce que lsaïe a encore dit : Il a bou ché leurs yeux et il a endurci leur cœur dt peur qu'ils ne voient, n entendent , ne se convertissent et ne soient guéris. Le prophète a ainsi parlé quand il a vu la gloire du Messie et a parlé de lui. »
II est évident, 1° que les miracles de Jésus-Christ étaient très-capables par eux-mêmes d'éclairer et de toucher les Juifs, et non de les aveugler ou de les endurcir; 2° qu'il serait absurde de dire que les Juifs ne croyaient pas, afin de vérifier la prophétie d'Isaïe ; ce ne fut jamais là l'intention des Juifs, et cette prophétie ne pouvait influer en rien sur leur incrédulité ; au contraire, s'ils y avaient fait attention , elle aurait dû leur dessiller les yeux. 3° Il est dit qu'ils ne pouvaient pas croire dans le même sens que nous disons d'un opiniâtre : Cet homme ne peut se résoudre à faire telle chose, et cela signifie seulement qu'il ne le ve :t pas, qu'il y a beaucoup de répugnance ; ainsi l'a entendu saint Augustin en expliquant cet endroit de l'Evangile, Tract. 53 in Joan., n. 6. Aux mots Aveuglement et Endurcissement, nous avons fait voir que ces termes signifient seulement que Dieu laisse endurcir ceux qui le veulent, qu'il le permet et ne les empêche point ; que, loin d'y contribuer positivement, il leur donne des grAces, mais non des grâces aussi fortes et aussi puissantes qu'il les faudrait pour vaincre leur obstination. Il y aurait de la démence à soutenir que les leçons, les miracles, les vertus, les bienfaits de Jésus-Christ, contribuaient positivement à l'endurcissement des Juifs. Nous avons encore fait voir que les mêmes façons de parler ont lieu dans notre langue, et que cependant personne n'y est trompé.
PARABOLANS ou PARABOLAINS, nom que les auteurs ecclésiastiques donnent à une espèce de clercs qui se dévouaient au service des malades, et surtout des pestiférés. 11 est probable que ce nom leur fut donné à cause de la fonction périlleuse qu'ils exerçaient ; les Grecs appelaient iiapoiSôlovç, et les Latins parabolos et parabolarios, ceux qui, dans les jeux de l'amphithéâtre, s'exposaient à combattre contre les bêtes féroces. Les païens donnèrent aux chrétiens ce même nom par dérision, soit parce qu'on les condamnait souvent aux bêtes, soit parce qu'ils s'exposaient eux-mêmes à une mort presque certaine en embrassant le christianisme. Il y a beaucoup d'apparence que les parabolains furent institués, vers le temps de Cens-
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