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taulin , et qu'il y en eut dans toutes les grandes églises d'Orient. Mais ils n'étaient nulle part en aussi grand nombre que dans celle d'Alexandrie où ils formaient un corps de cinq cents hommes ; Théodose le Jeune l'augmenta encore et le porta jusqu'à six cents, parce que la peste et les maladies contagieuses étaient plus communes en Egypte que partout ailleurs; cet empereur I es soumit à la juridiction du préfet augustal, qui était le premier magistrat de cette grande ville. Cependant ils devaient être choisis par l'évêque et lui obéir en tout ce uni concernait le ministère de charité auquel ils s'étaient dé\oués. Comme c'étaient, pour l'ordinaire, des hommes courageux et familiarisés avec l'image de la mort, les empereurs avaient fait des lois extrêmement sévères pour les contenir dans le devoir, pour empêcher qu'ils n'excitassent des séditions et ne prissent part aux émeutes qui étaient fréquentes parmi le peuple d'Alexandrie. On voit par le Co !e théodosien que leur nombre était tixé, qu'il leur était défendu d'assister aux spectacles et aux assemblées publiques; même au barreau, à moins qu'ils n'y eussent quelque affaire personnelle, ou qu'ils ne fussent procureurs de leur société ; encore ne leur était-il pas permis de s'y trouver deux ensemble, beaucoup moins de s'y attrouper. Les princes et les magistrats les regardaient comme une espèce d'hommes formidables, accoutumés à braver la mort et capables des dernières violences, si sortant de leurs fonctions, ils osaient se mêler des affaires du gouvernement. On en avait vu des exemples dans le conciliabule d'Ephèse, en H9, où un moine syrien, nommé Rarsumas, suivi d'une troupe de par aboi lains armés, avaient commis les derniers excès et obtenu par la terreur tout ce qu'il avat voulu. La crainte de pareils désordres avait donné lieu sans doute h la sévérité des lois dont on vient de parler. Bingham, Orig. ccelés., tom. II, l.m, c. 9.
De tous ces faits il résulte qu'aucune religion n'a inspiré une charité aussi héroïque à ses sectateurs que le chistianisme. Dans une peste qui survint en Afrique au milieu du nr siècle, on vit les chrétiens se consacrer au service des pestiférés , soigner également 1 s chr'tiens et les païens, pendant que ceuxci abandonnaient leurs malades. Sanil. Cyp., L. de Mortal. Julien convenait dans une de ses lettres que notre religion devait une partie de ses progrès aux actes de charité exercés envers les pauvres, les malades et même envers les morts. On en a vu les exemples se renouveler par saint Charles pendant la peste de Milan, et par M. de Belzunce pendant celle de Marseille. C'est ce même esprit qui a donné naissance aux ordres religieux hospitaliers des deux sexes. Voy. Hospitaliers.
PARACLET, nom formé du grec ■KÙp«.x\nz»s, qui signifie à la lettre un avocat , celui qui est appelé par un coupable ou par un client pour lui servir de conseil, d'intercesseur, de consolateur. Jésus-Christ a donné ce nom au Saint-Esprit. Joan., c. xiv, v. 16 et 20, il dit
à ses apôtres : Je prierai mon Père, et il vous donnera un autre consolateur Le Saint- Esprit consolateur, quemonPère vous enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses. Et saint Paul, Rom., c. vm, v. 26, dit que l'Esprit prie ou intercède pour nous par des gémissements ineffables. Ce même titre est donné à Jésus-Christ lui-même. Saint Jean, Ep. 1, cap. ii, v. 1, dit : Si quelqu'un pèche, nous avons pour avocat auprès du Père, Jésus-Christ juste ; il est la victime de propitiation pour nos péchés non-seulement pour les nôtres, mais pour ceux du monde entier. » Saint Paul dit de même, Rom., c. vm, v.34, et Jlébr., c. vu, v. 25, que Jésus-Christ est à la droite de Dieu et intercède pour nous.
Les hérétiques, qui ont attaqué le mystère de la sainte Trinité et la coégalité des trois Personnes divines, ont voulu se piévaloir de ces passages ; ils ont dit que les titres d'avocat, de médiateur, d'intercesseur , de suppliant, donnés dans l'Ecriture sainte au Fils et au Saint-Es; rit, prouvent évidemment leur inégalité et leur infériorité à l'égard du Père ; les sociniens renouvellent encore cette objection. Mais les Pères de l'Eglise ont répondu aux anciens hérétiques, 1° qu'un personnage constitué en dignité peut très-bien faire les fonctions d'intercesseur et de médiateur pour un coupable auprès de son égal, qu'il le peut même faire près d'un inférieur sans se dégrader ; qu'ainsi il n'est pas vrai que cette fonction, par elle-même, soit une preuve d'inégalité ; 2° que les titres, les qualités, les fonctions des créatures, ne peuvent être attribués aux Personnes diviws que par métaphore; qu'il est ridicule d'exiger que la comparaison soit absolument exacte ; qu'ainsi l'on doit entendre les noms d'avocat, d'intercesseur, etc., donnes au Fils et au Saint-Esprit, avec les mêmes correctifs dont nous usons à l'égard des qualités humaines attribuées à Dieu le Père ; 3° qu'en ce qui regarde Jésus-Christ, les actions et les fonctions humaines ne forment aucune difficulté, puisqu'il est Dieu et homme ; qu'ainsi il peut faire, en tant qu'homme, ce qu'il ne conviendrait pas de lui attribuer en tant que Dieu. Sans imaginer des pr ères ni des supplications telles que les font les autres hommes, son humanité sainte toujours présente à Dieu avec ses souffrances et ses mérites, est une prière équivalente, très-énergique, toujours capable d'apaiser la justice divine et d'o tenir toutes les grâces dont les hommes ont besoin. Ces réponses nous paraissent solides et sans réplique. De là même nous concluons que quelques théologiens ont traité Origène avec trop de rigueur, lorsqu'ils lui ont reproché d'avoir dit, Hom. 7. in Levit., n. 2, que Jésus-Christ , notre pontife auprès do son Père, est affligé, gémit et pleure de nos péchés, lorsque nous ne faisons pas pénitence. Il dit lui-même, n. 1, qu'il l'entend dans un sens mystique ou figuré. On n'est pas scandalisé de trouver encore aujourd'hui le même langage dans les auteurs ascétiques, parce qu'on sait bien que tout cela ne doit
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pas être pris à la lettre. Voy. Médiateur. Les protestants ont été un peu embarrassés de concilier avec leurs préjugés ce qu'a dit saint Uénée, adv. Hœrct., 1. v, c. 19, que la Vierge Marie a été Yavocate d'Eve ; expression qui prouve l'intercession de la sainte Vierge et des saints. Les savants éditeurs de ce Père, Dissert. 3, art. 6, n. 65 et suiv., ont réfuté solidement les ex| lications forcées que Grabe et d'aulres protestants ont voulu donner de ce passage. Voy. Marie, § 5.
PAR AC LEXIQUE, nom que les Grecs donnent à un de leurs livres d'office, et que l'on peut traduire par invocatoire, parce que ce livre contient p'usieurs prières ou invocations adressées aux saints. Ils s'en servent pendant toute l'année, parce qu'ils ne font presque aucun office qui ne renferme quelque prière tirée de ce livre. Voy. Léon Allatius,Z>/ssert. 1 , sur les livres ecclésiastiques des Grecs.
PARADIS. Ce mot vient de l'hébreu ou du chaldéen parde's ; les Grecs l'ont rendu par 7r«jB«Ô£i(ro? ; il signifie non un jardin de fleurs ou de légumes, mais un verger planté d'arbres fruiliers et autres. Il est probable que les Grecs avaient emprunté ce terme des Perses, puisqu'il se trouve dans Xénophon. Dans le second livre (YEsdras, c. u, v. 8, Néhémie prie le roi Artaxerxès de lui donner des lettres adressées à Asaph, gardien du paradis du roi, afin qu'il lui fasse donner les bois nécessaires pour les bâtiments qu'il allait entreprendre ; c'était donc un parc rempli d'arbres propres à bâtir. Salomon dit dans YEcclésiaste, c. n, v. 5, qu'il s'est fait des jardins et des paradis, c'est-à-dire des vergers. Dans le Cantique des cantiques, c. iv, v. 13, il est dit que les plants de l'épouse sont comme un paradis rempli de grenadiers. Gen., c. un, v. 10, nous lisons que la vallée des bois, dans laquelle étaient situées les villes de Sodome et de Gomorrc, était semblable au paradis du Seigneur. Dans les prophètes ce terme signifie toujours un lieu agréable et délicieux. L'on comprend que, dans un clim.it tel que la Palestine, l'ombre et la fraîcheur des bois étaient un agrément et un avantage très-précieux. Dans le livre de Y Ecclésiastique, c. xliv, v. 16, il est dit que Hénoch fut agréable à Dieu et fut transporté dans le paradis. Jésus-Christ, Luc, c. xxm, v. 43, dit au bon larron : Aujourd'hui vous serez avec moi dans le paradis. Et saint Paul, Il Cor., c. xii, v. 4, dit qu'il a été transporté lui-même dans le paradis. De là quelques incrédules ont conclu que les auteurs sacrés ont conçu le séjour des bienheureux comme les païens, qui nommaient ce séjour les Champs clysées , et qui se figuraient que les âmes des héros y vivaient à l'ombre des bois, comme les vivants faisaient sur la terre. Quand cela serait vrai, il s'ensuivrait seulement que les anciens, qui vivaient sous un ciel plus chaud que le nôtre, et qui ne concevaient point de séjour plus délicieux que des bosquets plantés d'arbres fruitiers, n'avaient point trouvé non plus de terme plus nropre que celui de paradis, pour exprimer la demeure des bienheureux. Mais ce n'est
pas sur la signification littérale d'un terme qu'il faut juger des idées que l'on y attache ; nous nous servons nous-mêmes de ce mot pour exprimer le séjour du bonheur éternel, sans imaginer, comme les païens, que ce bonheur consiste à vivre à l'ombre des arbres et à manger des fruits. De quelques termes que nous puissions nous servir pour le désigner, ils ne nous en donneront jamais une idée exacte, puisque ce bonheur est infiniment au-dessus de toutes nos conceptions et de toutes nos pensées (Isai. lxiv, k ; 1 Cor. n, 9). Voy. Ciel.
Paradis terrestre , jardin ou séjour délicieux dans lequel D'eu avait placé Adam et Eve après leur création. Us y demeurèrent tant que dura leur innocence ; mais ils en furent chassés dès quils eurent désobéi à Dieu, en mangeant du fruit défendu.
Voici la description qu'en fait Moïse (Gen. n, 8) : « Dieu avait planté un jardin en Eden, du côté de l'orient , et il y plaça l'homme qu'il avait formé. Il y avait fait naître tous les arbres les plus agréables à la vue, et dont les fruits sont les meilleurs ; l'arbre dévie était au milieu du jardin, aussi bien que l'arbre de la science du bien et du mal. Un fleuve sortait d'Eden pour arroser le jardin, et de là il se divise en quatre chefs. Le nom du premier est Phison , c'est celui qui coule en tournoyant par le pays d'Havilath, où il se trouve de l'or... ; le nom du second est Ge'hon, c'est celui qui coule en tournoyant par le pays de Chus ; le troisième est le Tigre (Hiddékel), qui coule vers l'Assvrie ; le quatrième est VEuphrate. »
Avec cette topographie , il n'est pas fort aisé de découvrir en quel endroit précisément était situé le paradis terrestre. Tous les savants conviennent que dansles languesorientales Eden signifie en général un lieu agréable et fertile, un pays abondant et délicieux; que c'est un nom appellatif qui a été donné à plusieurs contrées de l'Asie. Le Tigre et l'Euphrate sont deux fleuves célèbres et très-connus ; mais il n'est pas aisé de savoir en quel endroit ils se sont autrefois réunis dans un seul lit , et se sont séparés ensuite en quatre chefs ou quatre branches ; cela n " se fait plus aujourd'hui, et le pays dans lequel ils se rapprochent le plus parait absolument changé.
Il n'est donc pas étonnant qu'il y ait eu une multitude de sentiments divers sur ce sujet. Quelques anciens, comme Philon, Origène, les séleuciens et les hermianiens, anciens hérétiques, pensaient que le paradis terrestre n'a jamais existé, qu'il faut entendre dans un sens allégorique tout ce qu'en dit l'Ecriture sainte ; d'autres l'ont placé hors du monde et dans un lieu inconnu : mais, dans ces deux suppositions, l'on ne voit pas pourquoi Moïse aurait pris la peine de le décrire et d'y placer des fleuves dont le lit et le nom subsistent encore. Quelques-uns plus sensés jugent qu'il est inutile d'en chercher aujourd'hui la situation précise, parce que la face du sol sur lequel il était a été buu'ever-
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sée et changée par le déluge. On sait d'ailleurs que la contrée dans laquelle ie Tigre et l'Euphrate se rapprochent est le pays du inonde qui, depuis le déluge, et même depuis le siècle de Moïse, a essuyé les plus terribles révolutions.
Quoi qu'il en soit, les systèmes adoptés par les modernes, touchant la situation du paradis terrestre, se réduisent à trois principaux. Le premier, qui a eu pour défenseurs Heidegger, Le Clerc, le P. Abram, place le paradis dans la Syrie, aux environs de Damas, près d s sources du Chrysorrhoas, de l'Oronte et du Jourdain; mais ce pays ne porte point les caractères de celui d'Edcn assignés par Moïse. On doit dire la môme chose de l'opinion du P. Hardouin, qui a pensé que le paradis terrestre était dans la Palestine, sur les bords du Jourdain, près du lac do Génésareth. Selon le second système le pays d'Eden était dans l'Arménie, entre les sources du Tigre , de l'Euphrate, de l'Araxe et du Phnse; c'est le sentiment du géographe Samson, de Reland et de dom Cal met. Mais Moïse ne dit point que le paradis était à la source de quatre fleuves; il dit qu'un fleuve sortait du lieu nommé Eden pour arroser le paradis, qu'ensuite il se divisait en quatre chefs ou quatre branches; dom Caîmet est forcé de convenir que cela ne s'accorde point avec la topographie qu'il fait du paradis. La troisième opinion, qui paraît la plus probable, suppose que ce lieu délicieux était placé s:r les deux rives d'un fleuve formé par la réunion du Tigre et de l'Euphrate , que l'on nomme le fleuve des Arabes, et qui se divisait ensuite en quatre branches pour aller se jeter dans le go!fe Persique. A la vérité, de ces quatre canaux ou rivières, il n'y en a que deux qui subsistent et qui sont encore aujourd'hui reconnaissables; mais on prouve par le témoignage des anciens que toutes les quatre ont existé autrefois. C'est le sentiment qu'ont suivi les auteurs anglais de l'Histoire universelle, tom. II, et les commentateurs de la Bible de Chais. M. l'abbé Clémence s'en est servi pour réfuter les inepties rassemblées dans le livre impie intitulé la Bible enfin expliquée, et dans les autres ouvrages du môme auteur. Il faudrait entrer dans un trop long détail pour rapporter les preuves de ce sentiment, qui a déjà été celui de Bochaid, d'Etienne Morin et du savant Huet; ils diffèrent seulement les uns des autres dans l'explication de quelques circonstances de Ja narration de Moïse. C'en est assez pour répondre à toutes les folles objections des incrédules; ils ne peuvent rien trouver dans la description du paradis terrestre qui ne puisse se concilier avec la topographie des lieux, avec les noms des pays dont parle Moïse, avec le témoignage des auteurs profanes. Quant aux objections qu'ils font contre les circonstances de la chute d'Adam, etc., voy. Adam.
Les questions qui embarrassent les commentateurs sont donc assez déplacées. « Où est ce fleuve qui se divise en quatre autres?
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Comment cela s'accorde-t-il avec l'Assyrie et l'Euphrate? Quels fleuves, quels pays sont désignés sous ces autres noms qui rie subsistent [dus, etc.? » Moïse avait prévenu ces questions, non pour le géographe, mais pour le naturaliste, en nous disant que, par le déluge, Dieu détruisit les hommes avec la terre. Ne cherchons donc plus le jardin d'Eden; ce séjour de la parfaite innocence est perdu ici-bas physiquement et moralement. De Luc. Lettre lkl sur l'Histoire de la terre, etc., tom. V, p. 677. Il paraît que c'est la raison pour laquelle les Pères de l'Eglise, qui ont vécu dans la Syrie, sur les bords de l'Euphrate ou dans le voisinage, ne se sont pas donné la peine d'expliquer les circonstances de la narration de Moïse, et de les concilier avec l'aspect que les lieux présentaient de leur temps.
Paradis céleste, séjour du bonheur éternel, dans lequel Dieu récompense les justes. Comme on ne connaissait point de lieux plus délicieux sur la terre qu'un jardin jonché de fleurs et de fruits, l'on a nommé paradis le lieu dans lequel Dieu rend les sainis heureux pour to jours. De même que l'on dispute pour savoir où était situé le paradis terrestre duquel Adam fut chassé après son péché, l'on sait encore moins où est \eparadisccleste, dans lequel nous espérons d'aller. Lorsque Jésus-Christ, sur la croix, dit au bon larron : Aujourd'hui vous serez avec moi en paradis (Luc. xxm, 43;, saint Augustin avoue qu'il n'est pas aisé de savoir où était ce lieu ûél cieux duquel pai le le Sauveur: le paradis, continue ce Père, est partout où l'on est heureux, Epist. 187 adDardan., n. 6. On ne conçoit pas mieux quel endroit saint Paul a voulu désigner, lorsqu'il a dit : « Je connais un homme qui a été ravi en esprit jusque dans le paradis, où il a entendu des paroles qu'il n'est pas permis à l'homme de publier (// Cor. xn, k).
Jésus-Christ nous a dit, à la vérité, que notre récompense est dans le ciel; mais le ciel n'est point une voûîe solide, nous ne le concevons que comme un espace vide et immense dans lequel roulent une infinité de globes, ou lumin ux ou opaques. Puisque l'âme de Jésus-Christ jouissait de la gloire céleste sur la terre, ce n'est pas le lieu qui fait le paradis; et puisque Dieu est partout, il peut aussi se montrer partout aux âmes saintes, et les rendre heureuses par la vue de sa propre gloire. 11 paraît donc que le paradis est moins un lieu particulier qu'un changement d'état, et qu'il ne faut point s'arrêter aux illusions de l'imagination qui se figure le séjour des esprits bienheureux comme un lieu habité par les corps. Dans le fond peu nous importe de savoir si c'est un séjour particulier et déterminé par des limites, ou si c'est l'univers entier dans lequel Dieu se découvre aux saints et fait leur bonheur éternel. La foi nous enseigne qu'après la résurrection générale les âmes des bienheureux seront réunies à leurs corps; mais saint Paul nous apprend que les corps ressuscites et glorieux participeront à la nature
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des esprits il Coi xv, H); ils seront par conséquent dans un état duquel nous ne pouvons avoir aucune idée. Ce serait donc une nouvel'e témérité de vouloir savoir si les bienheureux, revêtus de leurs corps, exerceront encore les facultés corporelles et les fonctions des sens; Jésus-Christ nous dit qu'après la résurrection ils seront semblables aux anges de Dieu dans le ciel (Matth. xxti, 30), ce qui exclut les plaisirs charnels. Saint Paul nous avertit que l'œil n'a point vu, que l'oreille n'a point entendu, et que le cœur de l'homme n'a point éprouvé ce que Dieu réserve a ceux, qui l'aiment (1 Cor. h, 9). Il faut donc nous résoudre à ignorer ce que Dieu n'a pas voulu nous apprendre; ce qu'en ont dit quelques auteurs plus ingénieux que solidement instruits, ne prouve rien et ne mus apprend rien. L'état des bienheureureux est fait pour être un objet de foi et non de curiosité, pour exciter nos espérances et nos désirs, et non pour nourrir des disputes. Les idées grossières des païens, des Chinois, des Indiens, des mahométans, touchant l'état des justes après la mort, ont donné lieu à des erreurs et à des abus énormes; la religion chrétienne, en les condamnant, a retranché la source du mal, a inséré à ses sectateurs des vertus dont le monde n'avait jamais eu d'exemple. Voy. Bonheur